I) TRAITÉ DE LA PRIÈRE
(1ère partie)
(Texte long, patientez s.v.p !)
|
Table des Matières (Retour Table générale) LXV.- Du moyen que prend l'âme pour arriver à l'amour
pur et généreux.
Texte
2.- Souvent le démon obsède plus l'âme de ses tentations pendant le temps destiné à la prière que pendant le temps qui n'y est pas consacré : il voudrait vous inspirer l'ennui de la, prière. Quelquefois il dit : Cette prière ne vous sert de rien, parce qu'on ne doit pas être ainsi distrait. Le démon s'efforce par ce moyen de troubler et, de dégoûter l'âme de l'exercice de la prière, parce que la prière est une arme avec laquelle l'âme se défend contre tous ses ennemis, lorsqu'elle la prend avec la main de l'amour et le bras du libre arbitre, et qu'elle combat à la lumière de la sainte foi. (103)
2.- Cette charité s'est rendue visible dans la personne de mon Fils unique, qui vous la montra en répandant son sang. Ce sang enivre l'âme et l'embrase du feu de la charité divine ; cette nourriture sacramentelle qui vous est offerte par la sainte Église est le corps et le sang de mon Fils, tout Dieu et tout homme. Mon Vicaire, qui tient la clef de ce précieux sang, est chargé de vous le distribuer. On le trouve dans cette hôtellerie établie sur le pont pour nourrir et assister les pèlerins qui passent par la doctrine de ma vérité, afin qu'ils ne périssent pas de faiblesse. 3.- Cette nourriture soutient peu ou beaucoup, selon le désir et les dispositions de celui qui la prend sacramentellement ou virtuellement : sacramentellement en recevant la sainte Hostie des mains du prêtre, virtuellement par le saint désir de la Communion ou par la pieuse contemplation du sang de Jésus crucifié. L'âme y trouve et goûte le sentiment de l'amour qui l'a fait répandre ; elle s'y enivre, s'y enflamme d'un saint désir, et se remplit uniquement de ma charité et de la charité du prochain. Où acquiert-elle cette charité? Dans la cellule de la connaissance d'elle-même, par la sainte oraison, comme Pierre et les disciples, qui, en se renfermant dans les veilles et la prière, perdirent leur imperfection (104) et acquirent la perfection. Par quel moyen? Par la persévérance unie à la sainte foi. 4.- Mais ne pense pas qu'on reçoive cette ardeur et cette force divine par une prière purement vocale. Beaucoup me prient plutôt des lèvres que du coeur. Ils ne songent qu'à réciter un certain nombre de psaumes et de Pater noster. Dès qu'ils ont rempli leur tâche, ils ne pensent pas à autre chose ; ils mettent toute leur piété dans de simples paroles. Il ne faut pas agir de la sorte ; quand on ne fait pas davantage, on en retire peu de fruit et on m'est peu agréable. Faut-il quitter la prière vocale pour la prière mentale, à laquelle tous ne semblent pas appelés ? Non, mais il faut procéder avec ordre et mesure. 5.- Tu sais que l'âme est imparfaite avant d'être parfaite sa prière doit être de même. Pour ne pas tomber dans l'oisiveté, lorsqu'elle est encore imparfaite, l'âme doit s'appliquer à la prière vocale ; mais elle ne doit pas faire la prière vocale sans la faire mentale ; pendant que les lèvres prononcent des paroles, elle s'efforcera d'élever et de fixer son esprit dans mon amour, par la considération de ses défauts en général et du sang de mon Fils, où elle trouvera l'abondance de ma charité et la rémission de ses péchés. 6.- Elle doit le faire pour que la connaissance d'elle-même et la vue de ses fautes lui fassent connaître ma bonté envers clic et continuer sa prière avec une humilité véritable. Je ne veux pas qu'elle considère ses fautes en particulier, mais en général, pour qu'elle ne soit pas souillée par le souvenir de ses péchés honteux. Je dis aussi qu'elle ne doit pas considérer ses péchés en généraI et en particulier sans y joindre la considération du sang de mon Fils et les souvenirs de mon inépuisable miséricorde, afin qu'elle ne tombe pas dans la confusion. 7.- Si la connaissance d'elle-même et la vue de son péché n'étaient pas accompagnées de la mémoire du sang et de l'espérance de la miséricorde, elle serait nécessairement troublée, et le démon se servirait de sa confusion et de son regret pour la faire tomber dans la damnation éternelle. Ce trouble la conduirait au désespoir, parce qu'elle ne s'appuierait pas sur le bras de ma miséricorde. (105) 8.- C'est là un des pièges les plus dangereux que le démon tende à mes serviteurs. Pour échapper à sa malice et pour m'être agréable, vous devez toujours dilater votre coeur et votre amour dans mon infinie miséricorde par une humilité sincère, Tu sais que l'orgueil du démon ne peut supporter une âme humble, et qu'il est confon4u par la grandeur de ma bonté et de ma miséricorde, dès que l'âme espère véritablement en moi. 9.- Souviens-toi que le démon voulait te perdre, en te troublant ; il tâchait de te persuader que ta vie était pleine d'égarements et que tu n'avais jamais suivi ma volonté. Tu fis alors ce que tu devais faire, et ce que ma bonté t'avait enseigné, car ma bonté est toujours présente à qui veut la recevoir. Tu t'appuyais avec humilité-sur ma miséricorde, et tu disais : Je confesse à mon Créateur que ma vie s'est passée dans les ténèbres, mais je me cacherai dans les -plaies de Jésus crucifié ; je me baignerai dans son sang. J'effacerai ainsi mes iniquités, et je me réjouirai par mon désir dans mon Créateur. 10.- Le démon prit la fuite, mais il revint avec une autre tentation, et voulut te porter à l'orgueil en te disant : Tu es parfaite et agréable à Dieu ; il est inutile de t'affliger davantage et de pleurer tes fautes. Ma lumière te fit voir alors la route que tu devais prendre ; c'était celle de l'humilité, et tu répondis au démon : Misérable que je suis! Jean-Baptiste n'a jamais fait de péché, il a été sanctifié dans le sein de sa mère, et il a fait pourtant beaucoup pénitence : et moi qui ai commis tant de fautes, ai-je commencé à les reconnaître et à les pleurer? ai-je compris ce qu'est Dieu, et ce que je suis, moi qui l'offense? 11.- Alors le démon, ne pouvant supporter l'humilité de l'espérance en ma bonté, te cria : Sois maudite, car je ne puis -rien faire avec toi si je veux t'abaisser parle désespoir, tu t'élèves par l'espérance de la miséricorde ; si je veux t'élever par l'orgueil, tu t'abaisses par l'humilité jusqu'aux enfers, où tu me poursuis. Je te fuirai maintenant, car tu me frappes toujours avec le bâton de la charité. 12.- L'âme doit donc sans cesse unir à la connaissance de ma bonté la connaissance d'elle-même, et à la connaissance d'elle-même ma connaissance. C'est ainsi que la prière vocale sera utile à l'âme qui la fera, et qu'elle me (106) sera agréable ; de la prière vocale imparfaite elle arrivera par la pratique et la persévérance à la prière mentale parfaite. Mais si elle se contente de réciter un certain nombre de prières, et si pour la prière vocale elle laisse la prière mentale, elle n'y arrivera jamais. 13.- Souvent l'âme, dans son ignorance, s'obstine à réciter de vive voix certaines prières, lorsque je la visite, tantôt en lui donnant une claire connaissance d'elle-même et la contrition de ses fautes, tantôt en lui faisant comprendre la grandeur de ma charité, d'autres fois en lui manifestant de différentes manières, comme il me plaît et comme elle l'avait désiré, la présence dé mon Fils bien-aimé ; mais elle, pour accomplir la tâche qu'elle s'est imposée, néglige ma visite et se fait un cas de conscience de ne pas achever ce qu'elle a commencé. 14.- Elle ne doit pas agir ainsi, car ce serait' être le jouet du démon.. Dès qu'elle sent au contraire ma visite par les moyens que je viens de dire, elle doit abandonner la prière vocale pour la prière mentale, et ne la reprendre que si elle a le temps. Si elle n'en a pas le temps, elle ne doit pas s'en attrister et se troubler, parce qu'elle a fait ce qu'elle devait faire. Il faut excepter cependant l'office divin, que les ecclésiastiques et les religieux sont obligés de dire : en ne le disant pas ils m'offensent, puisqu'ils y sont tenus jusqu'à la mort. S'ils sentent leur esprit attiré vers la prière mentale à l'heure qu'ils devaient consacrer à la récitation de l'office, ils doivent faire en sorte de le dire , avant ou après, parce qu'ils ne doivent jamais y manquer, 15.- L'âme doit commencer par la prière vocale pour arriver à la prière mentale, et dés qu'elle s'y trouve disposée, elle gardera le silence. La prière vocale, faite comme je l'ai dit, conduit à la prière parfaite ; il ne faut donc pas l'abandonner, mais suivre le mode que je t'ai enseigné : et ainsi, par la pratique et la persévérance, l'âme goûtera la prière véritable et se nourrira du sang de mon Fils bien-aimé. 16.- Je t'ai dit que quelques-uns participaient au corps et au sang du Christ virtuellement, quoique non sacramentellement, parce qu'ils participaient à l'ardeur de la charité, qui se goûte au moyen de la sainte prière, peu (107) ou beaucoup, selon le désir de celui qui prie. Celui qui prie avec peu d'application recueille peu ; celui qui prie avec beaucoup d'application recueille beaucoup. Plus l'âme s'efforce d'affranchir son amour et de s'unir à moi par la lumière de l'intelligence, plus elle me connaît ; plus elle me connaît, plus elle m'aime ; plus elle m'aime, plus. Elle me goûte. 17.- Ainsi, tu vois que la prière parfaite ne consiste pas dans la multitude des paroles, mais dans l'ardeur du désir qui élève l'âme vers moi, par la connaissance de. son néant et la connaissance de ma bonté jointes ensemble : il faut donc unir la prière mentale et la prière vocale comme la vie active et la vie contemplative. 18.- il y a différentes manières de comprendre la prière vocale et la prière mentale. Car je t'ai dit que le désir, c'est-à-dire une volonté bonne et sainte, était une prière continuelle. Cette volonté se manifeste dans un lieu et dans un moment donné, et surajoute à la prière continuelle du désir ; et ainsi la prière vocale, unie à la sainte volonté de l'âme., se fera dans le temps prescrit, ou quelquefois se continuera au delà, si la charité le demande pour le salut du prochain, ou si la position où je l'ai placée l'exige. 19.- Chacun, selon son état, doit coopérer au salut des âmes, comme l'inspire une sainte volonté. Tout ce qui se dit et se fait pour le salut du prochain est une prière méritoire, mais qui n'exempte pas de la prière vocale prescrite à un certain moment et dans un certain lieu. En dehors de cette prière obligatoire, tout ce qui se fait dans la charité de -Dieu et du prochain, tout ce qu'on fait même pour soi avec une intention droite, peut être appelé une prière ; car, comme le dit mon apôtre saint Paul, on ne cesse pas de prier dès qu'on ne cesse pas de bien faire : aussi j'ai dit que la prière se faisait de plusieurs manières, en unissant la prière actuelle à la prière mentale. Cette prière actuelle est inspirée par l'ardeur de la charité, et -cette ardeur de la charité est la prière continuelle. 20.- Je t'ai dit comment on parvenait à la prière mentale, par la pratique, par la persévérance, et en laissant la prière vocale pour la prière mentale lorsque je (108) visite l'âme ; je t'ai dit ce qu'étaient la prière publique et la prière vocale faite en dehors du temps prescrit, la prière du désir, et comment tout ce qu'on fait pour soi ou pour son prochain avec une intention droite était une prière. Il faut donc que l'âme s'excite avec courage à la prière, qui enfante la vertu ; et l'âme y parviendra si elle se renferme dans la connaissance d'elle-même avec un amour tendre et filial. Si l'âme ne le fait pas, elle restera toujours dans sa tiédeur et son imperfection ; elle n'aimera qu'autant qu'elle trouvera son avantage et son plaisir en moi et dans le prochain.
2.- Les consolations temporelles charment les hommes du monde, qui font quelque bien tant qu'ils sont dans la prospérité ; mais quand vient la tribulation que je leur donne dans leur intérêt, ils se troublent et abandonnent le peu de bien qu'ils faisaient. Si vous leur demandez : Pourquoi vous troublez-vous? Ils répondront : Parce que je suis dans la peine, et le peu de bien que je faisais dans la prospérité me semble inutile, puisque je ne le fais plus avec le même amour et le même esprit. C'est la tribulation qui en est cause, car il me semble que j'agissais bien mieux, avec plus de paix et de calme autrefois que maintenant. 3.- Celui qui parle ainsi est aveuglé par l'intérêt. Il n'est pas vrai que ce soit la tribulation qui diminue son amour et ses oeuvres. Ce qu'on fait dans la tribulation vaut autant que ce qu'on fait dans la consolation, et même Le mérite en augmenterait si l'on avait la patience. Mais cela vient de ce que ces hommes s'attachent trop à la prospérité. Ils m'aiment peu par vertu, et se reposent l'esprit (109) dans quelques bonnes oeuvres. Dès qu'ils sont privés de ce qui, les charme, il leur semble qu'ils n'ont plus la paix nécessaire pour bien faire ; il leur arrive comme à un homme qui est dans un beau jardin : parce qu'il s'y plaît, il aime y travailler ; il croit aimer son travail, mais c'est le beauté du jardin qu'il aime. Il est- facile de voir qu'il aime plus le jardin que le travail ; car, dès qu'il a quitté le jardin, il ne ressent plus de plaisir. Si son plaisir venait du travail, il ne l'aurait pas ainsi perdu ; il l'aurait toujours, parce que la faculté de bien faire ne peut se perdre sans la volonté de l'homme, même lorsqu'on ne jouit plus de la prospérité, comme l'homme ne jouit plus du jardin. 4.- La passion égare ceux qui agissent ainsi et qui disent : Je sais que je faisais mieux et que j'avais plus de consolations avant d'être éprouvé. J'aimais à faire le bien, mais maintenant je n'y ai aucun goût. Ils se font illusion ; s'ils eussent aimé le bien par amour du bien, ils n'auraient pas cessé de l'aimer et, loin d'en perdre le goût, ils l'auraient davantage ; mais ils faisaient le bien pour le plaisir qu'ils y trouvaient ; leur amour du bien cesse avec ce plaisir, et c'est là une erreur où tombent la plupart de ceux, qui font des bonnes oeuvres ; ils s'abusent sur le plaisir qu'elles leur causent.
2.- Elle est trompée d'abord par cette consolation qu'elle cherche et dans laquelle elle se complaît. Car quelquefois je la console et je la visite plus qu'à l'ordinaire ; et quand je me retire, elle revient sur ses pas pour retrouver les jouissances dans la route qu'elle avait suivie. Je ne donne pas toujours de la même manière, afin qu'elle sache que je distribue ma grâce comme il plaît à ma bonté et comme le demandent ses besoins. Mais l'âme ignorante recherche la consolation dans les mêmes choses, comme si elle voulait imposer une règle à l'Esprit Saint. 3.- Elle ne doit pas agir ainsi, mais elle doit passer avec courage par ce pont de la doctrine de Jésus crucifié, et recevoir en la manière, au lieu et au moment choisis par ma bonté pour lui donner. Si je ne lui donne pas, je le fais par amour et non par haine, pour qu'elle me cherche en vérité et qu'elle ne m'aime pas seulement pour son plaisir, mais qu'elle s'attache plutôt à ma charité qu'à la consolation. Si elle ne le fait pas, et si elle cherche, la jouissance selon sa volonté et non selon la mienne, elle trouvera la peine et la honte, parce qu'elle se verra privée de ce plaisir où elle avait fixé le regard de son intelligence. 4.- Tels sont ceux qui s'arrêtent aux consolations : ils ont goûté ma visite d'une certaine manière, et ils veulent toujours y revenir. Leur ignorance est telle, que, si je les visite d'une autre façon, ils résistent et ne veulent me recevoir que comme ils le désirent. Cette erreur vient de leur attachement à la jouissance spirituelle qu'ils ont trouvée en moi. 5.- L'âme se trompe, parce qu'il est impossible qu'elle soit visitée toujours de la même manière. Elle ne peut rester stationnaire, elle avance ou elle recule dans la vertu, et alors elle ne peut recevoir de ma bonté les mêmes grâces ; je les varie au contraire, je lui donne tantôt la grâce spirituelle, tantôt une contrition et un regret qui semblent la bouleverser. Quelquefois je serai dans l'âme, et elle ne me sentira pas ; quelquefois je manifesterai ma volonté, c'est-à-dire (111) mon Verbe incarné, de différentes manières aux yeux de son intelligence, et cependant il semblera que l'âme ne goûte pas l'ardeur et la joie que cette vision devrait lui donner. D'autres fois, au contraire, elle ne verra rien, et goûtera un grand bonheur. 6.- Je fais tout cela par amour, pour la sauver, pour la faire croître dans l'humilité et la persévérance, pour lui apprendre à ne pas vouloir me donner de règle, et à ne pas mettre sa fin dans la consolation, mais seulement dans la vertu, dont je suis le fondement. Qu'elle reçoive humblement les différents états où elle se trouve, qu'elle reconnaisse avec amour l'amour avec lequel je donne. Qu'elle croie fermement que j'agis toujours uniquement pour la sauver ou la faire parvenir à une plus grande perfection. Elle doit être toujours humble et placer son principe et sa fin dans la fidélité à ma charité, et recevoir dans cette charité le plaisir et la privation, selon ma volonté et non selon la sienne. Le moyen d'éviter les pièges de l'ennemi est de recevoir tout de moi par amour, parce que je suis la fin suprême de l'homme et que, toute chose doit être basée sur ma douce volonté.
2.- Ils croient m'offenser parce qu'ils n'ont plus de consolations, mais leur amour-propre spirituel les abuse ; car ils m'offensent bien plus en ne secourant pas leur prochain qu'en abandonnant toutes leurs consolations. Si j'ordonne des prières vocales et mentales, c'est pour que l'âme puisse arriver à la charité envers moi et envers le prochain, c'est pour qu'elle persévère dans cette charité. (112) 3.- Elle m'offense plus en abandonnant la charité du prochain pour prier et pour conserver la paix, qu'en laissant ses exercices pour assister le prochain. Aussi l'âme me trouve dans la charité du prochain, tandis qu'elle me perd dans les consolations où elle me cherche. Car en n'assistant pas le prochain, la charité du prochain diminue par là même. Dès que la charité du prochain diminue, mon amour pour elle diminue, et avec mon amour diminue aussi la consolation. 4.- En voulant cagner on perd, en voulant perdre on gagne ; car celui qui renonce à la consolation pour le salut du prochain me gagne, et gagne le prochain en l'assistant et en le servant avec charité. Il goûte ainsi toujours la douceur de ma charité. Celui qui ne le fait pas, au contraire, est toujours dans la peine ; car souvent l'obéissance, les liens particuliers, les infirmités spirituelles ou temporelles des autres le contraindront à s'occuper du prochain : et alors il le fera avec chagrin, avec ennui et trouble de conscience ; il deviendra insupportable à lui-même et aux autres. 5.- Si vous lui demandez : Pourquoi ressentez-vous de la peine? Il vous répondra : Il me semble que j'ai perdu la paix et la tranquillité d'esprit ; je n'ai pas fait mes exercices ordinaires, et je crois que j'ai offensé Dieu. Il n'en est rien ; mais parce qu'il ne regarde que sa propre consolation, il ne sait connaître et discerner véritablement où est son offense. S'il le savait, il verrait que l'offense ne consiste pas à être privé de consolation spirituelle et à laisser l'exercice de la prière lorsque les besoins du prochain le réclament, mais à manquer de charité pour le prochain, qu'on doit aimer et servir par amour pour moi. Tu vois donc que l'âme se trompe elle-même à cause de son, amour-propre spirituel.
2.- Elle ne devrait pas se laisser ainsi abuser par l'amour-propre spirituel, qui lui cache la vérité. Qu'elle sache que moi, le souverain Bien, je suis en elle pour soutenir sa volonté pendant le combat, et pour l'empêcher de reculer en recherchant la consolation. Elle doit s'humilier et se reconnaître indigne de la paix et du repos de l'esprit. Je me retire d'elle pour qu'elle s'humilie et qu'elle reconnaisse ma charité dans la volonté droite que je lui conserve pendant le combat. 3.- II faut qu'elle ne reçoive pas seulement le lait de la douceur que je lui présente, mais il faut- qu'elle s'attache au sein de ma Vérité, et qu'elle reçoive le lait avec la chair, c'est-à-dire qu'elle se nourrisse du lait de ma douceur par le moyen de la chair de Jésus crucifié, dont j'ai fait un pont pour que vous arriviez à moi. C'est pour cela que je me retire. Si l'âme avance avec prudence et sagesse, je reviens bientôt à elle avec plus de douceur, de force et de charité ; mais si elle reçoit avec trouble et tristesse la privation des douceurs spirituelles, elle y gagne peu et reste dans sa tiédeur.
2.- Si tu me demandes comment on peut reconnaître. ce qui vient du démon et ce qui vient de moi, je te répondrai que c'est à ce signe. : Si c'est le démon qui se présente, à l'âme sous forme de lumière, elle en reçoit une vive joie ; mais plus la vision se prolonge, plus la joie diminue, et il ne reste bientôt que trouble, tristesse et ténèbres qui obscurcissent tout l'intérieur. Mais si c'est moi, l'éternelle Vérité, qui visite l'âme, elle éprouve au premier moment une sainte frayeur, et avec cette frayeur, la joie, l'assurance, une douce prudence qui fait qu'en doutant elle ne doute pas. 3.- La connaissance d'elle-même la persuade de son indignité. Elle dit : Je ne suis pas digne de recevoir votre visite, et, puisque je n'en suis pas digne, comment cela peut-il être? Alors elle se confie à la grandeur de ma charité ; elle comprend que je puis lui donner ce qu'il me plaît, en ne regardant pas son indignité, mais ma dignité, qui me rend, capable de me recevoir en elle-même par grâce et d'une manière sensible. Je ne méprise pas son désir qui m'appelle, et elle me reçoit humblement en disant : Voici, votre servante, qu'il me soit fait selon votre volonté. Alors elle quitte l'oraison et les douceurs de ma présence avec joie, avec humilité, parce qu'elle se trouve indigne de tout ce qu'elle reçoit de ma charité. 4.- Tel est le signe qui montre si l'âme est visitée par moi ou par le démon. Ma visite commence par la crainte, elle continue et finit dans la joie et l'espoir de la vertu ; celle du démon commence par la joie, mais elle se termine dans la confusion et les ténèbres de l'esprit. Je vous ai donné ce signe pour que l'âme qui veut marcher avec humilité et prudence ne puisse être trompée ; elle le sera (115), quand elle voudra avancer seulement avec l'amour imparfait de sa propre consolation, et non pas avec mon amour.
2.- Ces erreurs et ces dangers sont pour ceux dont l'amour est imparfait, c'est-à-dire pour ceux qui aiment plus mes bienfaits que moi-même. Mais l'âme qui est entrée dans la connaissance d'elle-même en s'exerçant à l'oraison parfaite, en rejetant l'imperfection de l'amour et de la prière, comme je te l'ai expliqué, cette âme me reçoit par l'amour ; elle s'efforce d'attirer à elle le lait de ma douceur sur le sein de la doctrine de Jésus crucifié. 3.- Elle est arrivée au troisième état, c'est-à-dire à l'amour tendre et filial ; elle n'a pas un amour mercenaire, mais elle agit avec moi comme un ami agit avec son ami qui lui fait un présent : il ne regarde pas au présent, mais au coeur de celui qui donne, et il n'aime le présent que par amour pour son ami. Ainsi fait l'âme qui est parvenue à l'amour parfait. Quand elle reçoit mes bienfaits et mes grâces, elle ne s'arrête pas au présent, mais son intelligence contemple la grandeur de ma charité qui donne. 4.- Pour que l'âme ne puisse s'excuser de ne pas faire ainsi, j'ai voulu unir le bienfait au bienfaiteur, en unissant la nature humaine à la nature divine, lorsque je vous ai donné le Verbe, mon Fils unique, qui est une même chose avec moi comme moi avec lui. Par cette (116) union vous mie pouvez voir le présent sans voir celui qui vous le fait. Comprenez donc avec quel amour vous devez aimer le don et le donateur. Si vous faites cela, vous aurez un amour non pas mercenaire, mais pur et généreux, comme ceux qui se renferment dans la connaissance d'eux-mêmes.
2.- La patience deviendra sa force contre les attaques du démon et contre les persécutions des hommes. Elle s'en servira avec moi, lorsque, pour son bien, je lui retire la consolation. Elle supportera tout au moyen de cette vertu. Si la sensualité voulait, dans quelques épreuves, se révolter contre la raison, le juge de la conscience s'élèverait au-dessus d'elle avec une sainte haine et ferait justice de tout mouvement coupable. Car l'âme qui ne s'aime pas se corrige toujours et se reprend non seulement des mouvements qui sont contre la raison, mais encore quelquefois de ceux qui viennent de moi. 3.- C'est ce que veut faire comprendre mon doux serviteur saint Grégoire, lorsqu'il dit qu'une conscience sainte et pure trouvait le péché là où il n'était pas, c'est-à-dire que sa délicatesse était si grande, qu'elle voyait une faute où il n'y en avait pas. L'âme doit faire de même si elle veut quitter l'imperfection, et si elle attend, dans la connaissance d'elle-même et à la lumière de la foi, ce qu'ordonnera ma Providence (117). 4.- Ainsi firent mes disciples, lorsqu'ils se renfermèrent dans le Cénacle, persévérant dans les veilles et la prière jusqu'à la descente du Saint-Esprit. L'âme, comme je te l'ai dit, fait de même. Elle s'éloigne de l'imperfection et se renferme en elle-même pour atteindre la perfection. Elle veille, et fixe le regard de son intelligence sur la doctrine de ma Vérité. Elle se connaît et persévère humblement dans la prière d'un saint désir, parce qu'elle éprouve en elle l'ardeur de ma charité.
2.- Ainsi, lorsque l'âme s'est renfermée dans la connaissance d'elle-même, comme je te l'ai dit, je retourne vers elle par le feu de ma charité. Cette charité, pondant qu'elle persévérait dans sa retraite, lui a fait concevoir la vertu par amour, en lui communiquant ma puissance ; avec cette puissance elle a dominé et vaincu sa passion sensitive. 3.- Par la même charité, je l'ai fait participer à la sagesse de mon Fils, et dans cette sagesse elle voit et connaît, par l'oeil de l'intelligence, ma vérité et les égarements de l'amour-propre spirituel, c'est-à-dire l'amour imparfait de la consolation. Elle connaît la malice et les mensonges avec lesquels le démon abuse l'âme qui est liée à cet amour imparfait ; elle se lève avec la haine de l'imperfection et avec l'amour de la perfection. 4.- Par cette même charité, qui est le Saint-Esprit, je la fais participer à sa volonté, en fortifiant la volonté qu'elle a de supporter toute peine, de sortir de la retraite (118) pour mon nom, et de produire des bonnes oeuvres envers le prochain. Elle ne sort pas de sa connaissance, mais elle fait sortir d'elle-même les vertus conçues par l'amour. Elle les montre de différentes manières, quand les besoins du prochain le réclament ; car elle n'a plus la crainte qu'elle avait de perdre ses consolations spirituelles. 5.- Elle est parvenue à l'amour généreux et parfait, et elle agit au dehors sans penser à elle-même. L'âme arrive au second degré de ce troisième état parfait, où elle goûte et enfante la charité du prochain. Elle obtient ce degré de parfaite union en moi. Ces deux derniers degrés sont unis ensemble, et l'un n'est pas sans l'autre ; mon amour n'est jamais sans l'amour du prochain, et celui du prochain, sans le mien, ils ne peuvent être jamais séparés : de même, ces deux degrés ne sont jamais l'un sans l'autre, comme je te le montrerai en t'expliquant le troisième état.
2.- Les imparfaits ne veulent suivre que la consolation qu'ils trouvent en moi. Je te le dis, ce n'est pas moi qu'ils suivent, c'est la consolation qu'ils trouvent en moi. Les parfaits, au contraire, font autrement : embrasés par l'amour, ils ont uni les trois puissances de l'âme et monté les trois degrés figurés sur le corps de Jésus crucifié. Avec les pieds de son affection, leur âme est parvenue des pieds de mon Fils à son côté, où elle trouve le secret du coeur et connaît le baptême de l'eau, qui a sa vertu par le sang. L'âme y reçoit la grâce du saint baptême et y devient un vase capable de contenir la grâce unie et mélangée de ce sang. (119) 3.- Où l'âme connaît-elle la dignité d'être unie et mélangée au sang de l'Agneau, en recevant le saint baptême par la vertu de ce sang? Dans le côté de mon Fils où elle connaît le feu de la divine charité. Si tu te le rappelles, ma Vérité incarnée te l'a révélé, lorsque tu l'interrogeais en lui disant : Doux Agneau sans tache, vous étiez mort quand votre côté a été ouvert. Pourquoi vouloir que votre coeur soit ainsi frappé et entrouvert? Mon Fils te répondit, s'il t'en souvient, qu'il avait eu bien des raisons ; et il te dit les principales. 4.- Son désir de sauver le genre humain était infini, et son corps ne pouvait supporter la douleur et les tourments que dans une certaine mesure ; ce qui était fini ne pouvait donc montrer l'amour infini dont il vous aimait ; alors il voulut que vous vissiez le secret de son coeur, et il vous le montra ouvert, pour vous faire comprendre qu'il vous aimait plus que ne le pouvait montrer sa mort. 5.- L'eau et le sang qui en sortirent signifiaient le saint baptême de l'eau, que vous recevez en vertu du sang ; il répandit le sang et l'eau pour marquer deux baptêmes de sang : le premier, que reçoivent ceux qui répandent leur sang pour moi : ce sang tire sa vertu du sang de mon Fils, et remplace le baptême qu'ils n'ont pu recevoir ; le second est le baptême de feu, que reçoivent ceux qui désirent le baptême avec un ardent amour sans pouvoir l'obtenir ; et il n'y a pas de baptême de feu sans le sang ; parce que ce sang est pénétré par le feu de la divine charité qui l'a fait répandre. 6.- L'âme reçoit aussi le baptême de sang d'une autre manière, pour parler par figure ; ma divine charité l'accorde parce qu'elle Voit' l'infirmité et la fragilité de l'homme qui l'entraîne au péché. Sa fragilité, ni aucune autre cause ne l'entraînerait au péché, s'il n'y consentait pas ; mais il y tombe par faiblesse, et le péché lui fait perdre la grâce qu'il avait reçue au baptême en vertu du sang ; alors il fallait que ma divine bonté perpétuât le baptême du sang par la contrition du coeur et par la sainte confession, en s'adressant, quand on le peut, à mes ministres qui gardent les clefs du sang. 7.- Le sang est versé sur l'âme par l'absolution, et quand (120) on ne peut se confesser, il suffit de la contrition du coeur : alors c'est la main de ma clémence qui vous donne le bénéfice du sang. Mais celui qui pourra se confesser devra le faire, et celui qui le pourra, et ne le fera pas, sera privé du bénéfice du sang. 8.- Il est vrai que, quand on le veut, au moment de la mort, et qu'on ne le peut pas, on reçoit le sang. Mais que personne ne soit assez insensé pour espérer se faire pardonner ses fautes au dernier instant ; car il peut craindre que, pour punir son obstination, ma divine justice lui dise : Tu ne t'es pas souvenu de moi pendant la vie, quand tu en avais le temps ; je ne me souviendrai pas de toi dans la mort. On ne doit donc jamais différer sa conversion ; mais, alors même, on doit jusqu'à la fin espérer dans le sang et en recevoir le baptême. 9.- Mais tu vois que le baptême de sang peut toujours couler sur l'âme ; et dans ce baptême tu reconnais l'action de mon Fils. La peine de la croix est finie, mais le fruit que vous en recevez est infini à cause de la nature divine infinie qui est unie à la nature humaine finie. La nature humaine souffrait dans mon Verbe revêtu de votre humanité, mais comme les deux natures sont unies et pénétrées l'une pour l'autre, La divinité attire à elle la peine qu'elle a supportée sur la croix avec un amour ineffable, et son action peut être appelée infinie. 10.- La peine n'était pas infinie, puisqu'elle était limitée par le corps, et que le désir de souffrir pour vous racheter a cessé sur la croix quand l'âme de mon Fils s'est séparée de son corps ; mais le fruit qui est sorti de cette peine est infini comme le désir de votre salut, et vous le recevez d'une manière infinie ; car s'il n'était pas infini, le genre humain ne pourrait pas être sauvé dans le passé, dans le présent et dans l'avenir. L'homme qui m'offense ne pourrait se relever sans cesse, si le baptême de sang ne lui était accordé d'une manière infinie, et si le fruit du sang n'était pas infini. 11.- C'est ce que mon Fils vous a montré par la blessure de son côté ; c'est là que vous trouvez le secret de son coeur, parce que vous y voyez qu'il vous aime plus qu'il ne peut vous le montrer par une peine finie. Il vous le montre d'une manière infinie, par le baptême du sang uni (121) au feu de la charité divine, car c'est l'amour qui l'a fait répandre. Le baptême est donné à tous les chrétiens, et à quiconque veut le recevoir, dans l'eau unie au sang et au feu. L'âme est ainsi pénétrée par le sang de mon Fils, et c'est pour vous faire comprendre ces choses qu'il a fait sortir le sang et l'eau de son côté. J'ai maintenant répondu à ce que tu m'avais demandé.
2.- Ceux qui sont arrivés à la bouche font ce que fait la bouche. La bouche parle avec la langue qu'elle a ; elle goûte les aliments, elle les retient pour les donner à l'estomac, et les dents les broient pour qu'ils puissent être avalés. L'âme fait de même ; elle me parle d'abord avec la langue, qui est dans la bouche du saint désir, c'est-à-dire avec la langue d'une sainte et continuelle prière. Cette langue parle, réellement et mentalement : elle parle mentalement lorsqu'elle m'offre ses doux et amoureux désirs pour le salut des âmes ; elle parle réellement lorsqu'elle annonce la doctrine de ma Vérité, lorsqu'elle avertit et conseille le prochain, lorsqu'elle confesse la foi sans craindre ce que le monde peut lui faire souffrir. Elle parle hardiment devant toute créature, de toutes les manières et à chacun selon son état. 3.- L'âme aussi apaise la faim qu'elle a des âmes pour mon honneur sur la table de la très sainte Croix. Nulle autre (122) chose et nulle autre table ne pourraient la rassasier parfaitement. Elle broie sa nourriture avec les dents, sans lesquelles elle ne peut rien avaler. La haine et l'amour sont comme deux rangées de dents dans la bouche du saint désir ; la nourriture qu'elle reçoit est préparée pas la haine d'elle-même et par l'amour de la vertu, en elle et dans son prochain. Elle broie l'injure, le mépris, les affronts, les reproches, les persécutions nombreuses ; elle supporte la faim, la soif, le froid, le chaud, les angoisses, les larmes et les sueurs pour le salut des âmes. Elle accepte tout pour mon honneur et ne rejette jamais son prochain. 4.- Quand tout est ainsi préparé, elle goûte et savoure le fruit de sa fatigue, et la douceur de ces âmes dont elle se rassasie dans ma charité et dans la charité du prochain. Cette nourriture parvient à l'estomac, qui est excité par le désir et la faim des âmes ; et cet organe est l'amour et le zèle de son coeur pour le prochain. Elle se plaît tant à savourer et à s'approprier cette nourriture, qu'elle perd le goût des délicatesses de la vie corporelle, afin de pouvoir mieux se rassasier de cet aliment, qu'elle trouve sur la table de la sainte Croix et de la doctrine de Jésus crucifié. 5.- Alors l'âme s'engraisse de solides et véritables vertus, et se développe tellement dans l'abondance, que le vêtement de la sensualité qui la couvre se déchire, c'est-à-dire que son corps perd tout désir sensuel. Ce qui est ainsi déchiré meurt, et la volonté sensitive disparaît ; car la volonté de l'âme qui vit en moi est revêtue de mon éternelle volonté : la sensualité meurt donc eu elle. Telle est l'âme arrivée au troisième degré de la bouche. Ce qui indique son progrès, c'est que la volonté propre est morte en goûtant l'ardeur de ma charité. 6.- L'âme trouve dans la bouche la paix et le repos. Tu sais que la bouche donne le baiser de paix : aussi à ce degré l'âme possède tellement la paix, que personne ne peut la troubler, parce qu'elle a perdu et détruit sa volonté propre, dont la mort seuls procure la paix et le repos. L'âme alors enfante sans douleur des vertus à l'égard du prochain : non pas qu'elle Soit exempte de peine, mais sa volonté, qui est morte, ne peut plus les ressentir, et elle supporte tout volontairement pour l'honneur de mon nom. Elle court avec ardeur dans la voie de Jésus crucifié ; elle ne se laisse point (123) arrêter par l'injure, par les persécutions qu'elle rencontre ou par les plaisirs que le monde voudrait lui donner : elle surmonte tout avec force et persévérance. 7.- Son amour s'est revêtu du feu de ma charité ; il se rassasie du salut des âmes avec une patience sincère et parfaite. Cette patience est la preuve certaine que l'âme m'aime parfaitement et sans intérêt. Car si elle m'aimait et aimait le prochain pour sa consolation, elle serait impatiente et s'arrêterait dans sa route. Mais parce qu'elle m'aime pour moi, qui suis la souveraine Bonté, seule digne d'être aimée, parce qu'elle s'aime et qu'elle aime le prochain pour moi, pour louer et glorifier mon nom, elle est patiente, forte et persévérante.
2.- Ne le vois-tu pas dans mes saints, qui se sont abaissés pour moi et que j'ai élevés en moi, et dans le corps mystique de la sainte Église, qui parle toujours d'eux, parce que leurs noms sont écrits en moi, le livre de vie? Oui, le monde les respecte, parce qu'ils ont méprisé le monde. Ils ne cachent pas leur vertu par crainte, mais par humilité ; et si le prochain a besoin de leurs services, ils ne se cachent pas de peur de souffrir et de perdre leur consolation ; mais ils le servent avec courage, s'oubliant et se sacrifiant eux-mêmes. 3.- De quelque manière qu'ils consacrent leur vie et (124) leur temps à mon honneur, ils sont heureux et trouvent la paix et le repos de l'esprit. Pourquoi? Parce qu'ils veulent me servir, non pas selon leur volonté, mais selon la mienne, et qu'ils aiment le temps de la consolation comme le temps de la tribulation, la prospérité comme l'adversité ; l'une ne leur pèse pas plus que l'autre, parce qu'en toute chose ils trouvent ma volonté, et qu'ils n'ont pas d'autre pensée que de s'y conformer dès qu'ils la connaissent. 4.- Ils ont vu que rien ne se fait sans moi et que tout est ordonné mystérieusement par ma providence, excepté le péché, qui est un néant. C'est pour cela qu'ils détestent le péché et qu'ils acceptent avec respect les autres choses. Ils sont fermes et inébranlables dans leur volonté de suivre la voie de la vérité. Ils ne se ralentissent jamais, et servent fidèlement leur prochain, sans s'arrêter à son ignorance et à son ingratitude. Si quelquefois le méchant leur dit des injures et leur fait des reproches, ils n'en continuent pas moins leurs bonnes oeuvres et les prières qu'ils m'offrent pour lui, et ils souffrent plus de l'offense qu'il me fait et du tort qu'il cause à son âme que de toutes les injures qui leur sont adressées. C'était ce que disait mon glorieux apôtre saint Paul : " Le monde nous maudit, et nous bénissons ; il nous persécute, et nous le souffrons avec patience et actions de grâce ; il blasphème, et nous prions ; nous sommes rejetés comme les ordures du monde, et nous le supportons " (I Cor. , IV, 12-13 ). 5.- Tu vois, ma fille bien-aimée, le signe par excellence qui montre que l'âme a quitté l'amour imparfait pour, l'amour parfait : ce signe est la vertu de patience, qui lui fait suivre le doux Agneau sans tache, mon cher Fils. Lorsqu'il était sur la Croix où les clous de l'amour l'attachaient, il ne tint pas compte des injures des Juifs, qui lui criaient : " Descends, et nous croirons en toi " (S.Matth. XXVII, 42). Votre ingratitude ne l'empêcha pas de persévérer dans l'obéissance que je lui avais imposée, et sa patience fut si grande, qu'on n'entendit pas la moindre plainte sortir de ses lèvres. 6.- Ainsi font mes enfants bien-aimés, mes fidèles serviteurs qui suivent la doctrine et l'exemple de ma Vérité. Le monde a beau vouloir les faire reculer par ses caresses (125) ou ses menaces ; ils ne tournent jamais la tête en arrière, et fixent toujours leurs regards sur ma Vérité. Ils ne veulent jamais quitter le champ de bataille, pour venir reprendre chez eux le vêtement qu'ils y ont laissé, c'est-à-dire cet amour qui fait préférer la créature au Créateur. Ils restent joyeusement dans la mêlée, tout enivrés du sang de Jésus crucifié, de ce sang que j'ai chargé la sainte Église de distribuer pour soutenir et animer mes vrais chevaliers, qui combattent la sensualité, la chair, le mondé et le démon, avec la haine de leurs ennemis et l'amour de la vertu. Cet amour est une armure qui résiste à tous les coups et rend invulnérable tant qu'on la conserve et que le libre arbitre ne livre pas volontairement à l'ennemi le glaive qu'il tient dans ses mains. Ceux qui sont enivrés du sang de mon Fils ne le font jamais ; ils persévèrent courageusement jusqu'à la mort, où tous leurs ennemis sont confondus. 7.- O glorieuse vertu, combien tu me plais! tu brilles dans le monde même, aux yeux ténébreux des ignorants qui ne peuvent s'empêcher de participer à la lumière de mes serviteurs. Dans la haine avec laquelle ils les poursuivent brille la bonté de mes serviteurs, qui désirent leur salut. Dans leur envie brille la grandeur de la charité, dans leur cruauté la pitié : car plus ils sont cruels, plus mes serviteurs sont compatissants. Dans l'injure triomphe la patience, qui règle et gouverne toutes les vertus, parce qu'elle est la moelle de la charité. Elle prouve et affermit les vertus de l'âme ; elle montre si elles sont fondées ou non en moi. Elle est victorieuse et jamais vaincue, car elle est accompagnée, comme je te l'ai dit, de la force et de la persévérance ; elle remporte la victoire, et quand elle quitte le champ de bataille, c'est pour venir à moi le Père, l'Eternel, qui récompense toute fatigue et qui lui donne la couronne de gloire.
2.- Elle se glorifie dans les opprobres de mon Fils unique, comme le disait mon apôtre saint Paul : " Je me glorifie dans la tribulation et dans les opprobres de Jésus crucifié " (II Cor., XII, 9). Et ailleurs : " Puis-je me glorifier en autre chose qu'en Jésus crucifié" ? Il disait aussi : " Je porte les stigmates de Jésus crucifié dans mon corps " (Gal., VI, 14-17). De même, ceux qui se passionnent pour mon honneur et qui sont affamés du salut des âmes, courent à la table de la très sainte Croix ; ils veulent souffrir beaucoup pour être utiles au prochain, pour conserver et acquérir des vertus en portant les stigmates du Christ dans leur corps. Car l'amour crucifié qui les brûle, brille dans leur corps, et ils le montrent en se méprisant eux-mêmes, en se réjouissant des opprobres, des peines que je leur accorde, de quelque côté ou de quelque manière qu' elles leur viennent. 3.- Pour ces fils bien aimés la peine est un plaisir et le plaisir une fatigue. Ils repoussent les consolations et les jouissances que leur offre le monde, non seulement ils ne veulent pas celles que le monde leur donne par ma permission, car quelquefois les serviteurs du monde sont forcés par ma bonté à les vénérer et à les assister dans leurs besoins, mais encore ils ne veulent pas des consolations spirituelles qu'ils reçoivent de moi, et cela par humilité et par haine d'eux-mêmes. Ils ne méprisent pas la consolation, le présent de ma grâce, mais le plaisir que l'âme trouve dans cette consolation. Ce qui les inspire, c'est la vertu d'une humilité sincère acquise par une sainte haine ; cette humilité est la gardienne et la nourrice de la charité que donne la connaissance de moi et d'eux-mêmes (127). Aussi tu vois briller dans leur esprit et dans leur corps la vertu et les stigmates de Jésus crucifié. 4.- Je leur fais la grâce de ne jamais me séparer d'eux d'une manière sensible, comme je le fais pour les autres dont je me rapproche et m'éloigne, non par la grâce mais par la douceur de ma présence. Je n'agis pas de la sorte avec ceux qui sont arrivés à la grande perfection et qui sont entièrement morts à leur volonté ; car je me repose continuellement dans leur âme par ma grâce et d'une manière sensible. Dès qu'ils veulent s'unir à moi par un regard d'amour, ils le peuvent, parce que leur désir les attache tellement à moi que rien ne peut les en séparer. Tous les lieux et les instants leur conviennent pour la prière, parce que leur conversation s'est élevée au-dessus de la terre, et s'est fixée dans le ciel. Ils ont perdu toute affection terrestre, tout amour-propre sensitif ; ils se sont élevés au-dessus d'eux-mêmes jusque dans les hauteurs des cieux, par l'échelle des vertus et les trois degrés que je t'ai montrés sur le corps de mon Fils. 5.- Au premier degré, ils ont dépouillé les pieds de leur affection de l'amour du vice ; au second, ils ont goûté le secret et l'affection du coeur, et ils ont conçu l'amour pour les vertus ; au troisième, où est la paix de l'esprit, ils ont acquis les vertus en quittant l'amour imparfait, et ils sont parvenus à la grande perfection, où ils ont trouvé le repos dans la doctrine de ma Vérité. 6.- Ils ont trouvé la table, la nourriture et le serviteur. La nourriture, ils la goûtent au moyen de la doctrine de Jésus crucifié. C'est moi qui suis le lit et la table ; mon doux et tendre Fils est la nourriture ; car ils se rassasient en lui du salut des âmes, et ils se nourrissent de lui-même. Je vous l'ai donné pour aliment ; vous recevez au Sacrement de l'Autel sa chair et son sang, sa divinité, son humanité tout entière, que ma bonté vous offre pour que vous ne tombiez pas de faiblesse pendant votre pèlerinage, pour que vous n'oubliiez pas le bénéfice du sang versé pour vous avec tant d'amour, mais pour que vous soyez toujours pleins de force et d'ardeur dans votre voyage. 7.- L'Esprit Saint les sert, car l'ardeur de ma charité leur distribue les dons et les grâces. Ce doux serviteur va et vient pour les servir ; il me porte leurs ardents et amoureux (128) désirs, et il leur porte le fruit de leurs fatiguez, dont ils goûtent et savourent la douceur dans leurs âmes. Ainsi tu le vois, je suis la table, mon Fils est la nourriture, et le Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils, est le serviteur. 8.- Remarque qu'ils me possèdent toujours d'une manière sensible : plus ils ont rejeté les jouissances et voulu la peine, plus ils ont perdu la peine et trouvé la Jouissance. Pourquoi ? Parce qu'ils sont enflammés et embrasés de ma charité qui a Consumé leur volonté. Aussi le démon redoute les coups de leur charité ; il leur jette de loin ses flèches et n'ose pas en approcher. 9.- Le monde les frappe à l'extérieur, croyant les blesser, et c'est lui qui se blesse ; car le trait qui ne peut pénétrer revient sur celui qui le jette. Ainsi le monde, lorsqu'il lance les injures, la persécution et les murmures, sur mes parfaits serviteurs, ne trouve aucun endroit où il puisse les atteindre, parce que le jardin de leur âme est fermé ; et le trait revient sur celui qui l'a lancé, empoisonné par la faute. Il ne peut blesser d'aucun côté les parfaits, parce qu'en frappant le corps il n'atteint pas l'âme qui reste heureuse et affligée, affligée de la faute du prochain, et heureuse de la charité qu'elle possède. 10.- Elle suit ainsi l'Agneau sans tache, mon Fils bien-aimé, qui, sur la croix, était heureux et affligé. Il était affligé de la croix que souffrait son corps, et de la croix du désir qu'il avait d'expier la faute des hommes ; il était heureux, parce que la nature divine, unie à la nature humaine, ne pouvait souffrir et ravissait toujours son âme en se montrant à elle sans voile, li était heureux et affligé, parce que la chair souffrait, mais que la divinité ne pouvait souffrir, pas plus que son âme dans la partie supérieure de son entendement. De même, mes enfants bien-aimés, lorsqu'ils sont arrivés au troisième et au quatrième degré, sont affligés par des croix spirituelles et corporelles, puisqu'ils souffrent dans leur corps, comme je le permets, et qu'ils sont tourmentés du regret que leur causent mon offense et le malheur du prochain ; mais ils sont heureux parce que le trésor de la charité qu'ils possèdent ne peut leur être enlevé ; et c'est pour eux une source d'allégresse et de béatitude. (129) 11.- Leur affliction n'est pas une douleur qui dessèche l'âme : elle l'engraisse, au contraire, dans l'ardeur de la charité. La peine augmente la vertu, la fortifie, la développe et l'excite. Elle n'affecte pas l'âme, mais elle la nourrit. Aucune douleur, aucune peine ne peut la retirer du foyer d'amour où elle est plongée. Un tison qui est embrasé dans une fournaise ne peut être saisi parce qu'il est tout en feu : de même l'âme qui est jetée dans la fournaise de ma charité n'est plus rien en dehors de moi ; sa volonté est détruite et elle est toute embrasée en moi ; personne ne peut la prendre et la retirer de ma grâce, parce qu'elle est devenue une même chose avec moi, et moi une même chose avec elle. 12.- Jamais je ne lui retire ma présence comme je le fais pour les autres dont je me rapproche et m'éloigne pour les conduire à la perfection. Lorsqu'ils y sont arrivés je cesse ce jeu de l'amour ; cette alternative de visites et d'absences est un jeu de l'amour ; c'est par amour que je pars, c'est par amour que je reviens. Je ne me retire pas réellement, car je suis un Dieu immuable et je ne change pas ; mais c'est l'effet sensible de ma charité dans l'âme qui parait et disparaît.
1.- Je te disais que les parfaits ne perdent jamais le sentiment de ma présence. Je m'éloigne cependant d'une autre manière, parce que leur âme, qui est unie à leur corps, ne pourrait supporter continuellement l'union que je contracte avec elle. Et parce qu'elle ne le peut pas, je m'éloigne, non par sentiment ou par grâce, mais par union. 2.- Lorsque l'âme s'élance avec ardeur vers la vertu par le pont de la doctrine de Jésus crucifié, et qu'elle arrive à la porte divine, elle élève son esprit eu moi, elle se baigne et s'enivre du sang ; elle brûle du feu de l'amour et goûte en moi la divinité même. L'âme s'unit tellement à cet océan tranquille, qu'elle ne peut avoir de pensée qu'en (130) moi. Dès sa vie mortelle elle goûte le bien de l'immortalité, et malgré le poids de son corps elle reçoit les joies de l'esprit. 3.- Souvent son corps est élevé de terre par la parfaite union de l'âme avec moi, comme si le corps était déjà devenu subtil. Il n'a pas perdu sa pesanteur, mais parce que l'union de l'âme avec moi est plus parfaite que son union avec le corps, la force de l'esprit fixé en moi soulève de terre le poids du corps, et le corps reste immobile et brisé par l'amour de l'âme : tellement que, comme tu l'as entendu dire de quelques personnes, il lui serait impossible de vivre si ma bonté ne lui en donnait pas la force. Et je veux que tu saches que c'est un plus grand miracle de voir l'âme ne pas quitter le corps dans cette union, que de voir plusieurs corps morts ressusciter. 4.- Aussi j'arrête pour quelque temps cette union de l'âme et je la fais retourner dans le vase de son corps ; la sensibilité de ses organes, qui avait été suspendue par l'ardeur de l'âme, recommence ses fonctions. Car l'âme n'est complètement séparée du corps que par la mort, mais elle perd seulement ses puissances par l'amour qui l'unit à moi. La mémoire ne contient d'autre chose que moi ; l'intelligence ne contemple d'autre objet que ma Vérité, et l'amour qui suit l'intelligence, n'aime et ne s'unit qu'à ce que voit l'intelligence. Toutes ses puissances sont unies, abîmées et consumées en moi. Le corps perd tout sentiment. L'oeil en voyant ne voit pas, l'oreille en entendant n'entend pas, la langue en parlant ne parle pas, à moins que quelquefois, à cause de la plénitude du coeur, je ne permette à la langue de le laisser déborder et de parler pour la gloire de mon nom. 5.- Ainsi, la langue en parlant ne parle pas, la main en touchant ne touche pas, les pieds en marchant ne marchent pas ; tous les membres sont liés et retenus par les liens de l'amour, et ces liens les soumettent tellement à la raison et les unissent si étroitement à l'ardeur de l'âme, que tous ensemble, contrairement à la nature, ils crient vers moi le Père éternel pour que le corps soit séparé de l'âme et l'âme du corps. C'est ce que me criait le glorieux saint Paul : "Malheureux que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort? Je vois dans mes membres (131) une loi contraire à la loi de l'esprit " (Rom., VII , 23-24). 6. Paul ne parlait pas seulement du combat de la chair contre l'esprit, car ma parole l'avait pour ainsi dire rassuré, lorsqu'il lui avait été dit : " Paul, ma grâce te suffit" ( II Cor., XII, 9). Il parlait ainsi parce qu'il se sentait enfermé dans son corps, qui empêchait ma vision pour quelque temps. Jusqu'au moment de la mort, l'oeil ne peut voir l'éternelle Trinité de la même vision que les Bienheureux qui rendent sans cesse honneur et gloire à mon nom. Tant que Paul se trouvait parmi les hommes qui sans cesse m'offensent, il était privé de me voir dans mon essence. 7.- Mes serviteurs me voient et me goûtent, non pas dans mon essence, mais dans l'effet de la charité, de différentes manières, selon qu'il plaît à ma bonté de me manifester ; mais cette vue de l'âme unie au corps est une obscurité quand on la compare à la vue de l'âme séparée du corps. Il semblait à Paul que la vue corporelle empêchait la vue spirituelle, et que ses sens grossiers privaient son âme de me contempler face à face. Sa volonté lui paraissait liée de telle sorte qu'il ne pouvait aimer autant qu'il devait aimer, parce que tout amour dans cette vie est imparfait jusqu'à ce qu'il arrive à sa perfection. 8.- L'amour de Paul, comme celui de mes autres vrais serviteurs, n'était pas imparfait quant à la grâce et à la charité ; il était parfait sous ce rapport, mais il était imparfait parce qu'il ne pouvait rassasier son amour. C'était là sa peine. S'il avait pu satisfaire son désir de ce qu'il aimait, il n'aurait eu aucune peine ; mais il souffrait parce que l'amour, tant qu'il est dans un corps mortel -n'a pas parfaitement ce qu'il aime. 9.- Dès que l'âme, au contraire, est séparée du corps, son désir est rempli et l'amour est sans peine. L'âme alors est rassasiée, mais elle l'est sans dégoût, parce qu'étant rassasiée elle a toujours faim, sans avoir la peine de la faim, car dès que l'âme est séparée du corps, elle déborde d'une félicite parfaite, et elle ne peut rien désirer sans la voir. Elle désire me voir, et elle me soit face a face, elle désire voir la gloire de mon nom dans mes saints, et elle la voit dans la nature angélique et dans la nature humaine. (132)
les hommes la gloire et la louange de mon nom, puisqu'en eux brillent ma miséricorde et la grandeur de ma charité. 2.- Je leur laisse le temps, et je ne commande pas à la terre de les engloutir pour leurs fautes ; je les attends, au contraire, et je dis à la terre de leur donner ses fruits, au soleil de les éclairer et de les chauffer de ses rayons ; je conserve au ciel la régularité de ses mouvements et je répands ma miséricordieuse bonté sur toutes les. choses qui sont faites pour eux. Non seulement je ne les leur retire pas à cause de leurs fautes, mais encore je les donne au pécheur comme au juste, et même souvent plus-au pécheur qu'au juste, parce que le juste peut souffrir, et que je le prive des biens de la terre pour lui donner plus abondamment les biens du ciel. Ainsi, ma miséricorde et ma charité brillent sur eux. 3.- Quelquefois, les persécutions que les serviteurs du monde font supporter à mes serviteurs éprouvent leur patience et leur charité ; elles ne servent qu'à me faire offrir d'humbles et continuelles prières ; elles tournent. ainsi à la gloire et à l'honneur de mon nom. Qu'il le veuille ou non, le méchant cause ma gloire, même par ce qu'il fait pour m'offenser.
ma justice sur les damnés. Ils servent aussi mes créatures, (133) qui, dans leur pèlerinage terrestre, désirent arriver a moi, leur fin. Ils les servent en exerçant leur vertu par des attaques et des tentations de toute sorte, en les exposant aux injures et aux injustices des autres afin de leur faire perdre la chante, mais en voulant dépouiller mes serviteurs, ils les enrichissent en exerçant leur patience, leur force et leur persévérance. De cette manière ils rendent gloire et honneur à mon nom. 2.- Ainsi s'accomplit ma vérité en eux. Je les avais créés pour me louer, me glorifier et pour les faire participer à ma beauté ; mais ils se sont révoltés contre moi par orgueil, ils sont tombés, ils ont été privés de ma vision. Ils ne me rendent pas gloire par l'amour ; mais moi, la Vérité éternelle, je les ai faits des instruments pour exercer mes serviteurs à la vertu, et des bourreaux pour punir les damnés ou pour purifier ceux qui sont dans le purgatoire. Tu vois que ma vérité s'accomplit véritablement a eux, puisqu'ils me rendent gloire, non pas comme les habitants du ciel, dont ils sont exilés par leur faute, mais comme les ministres de ma justice dans les enfers et dans le purgatoire.
2.- Elle voit l'offense qu'i m'est faite ; elle ne peut (134) plus comme autrefois en ressentir de la douleur, elle en éprouve seulement de la compassion ; elle aime sans peine et prie toujours avec charité pour que je fasse miséricorde au monde. En elle la peine est passée, mais non la charité. Le Verbe, mon Fils, vit finir, dans la mort douloureuse de la Croix, la peine du désir de votre salut qui le tourmentait ; mais le désir de votre salut n'a pas cessé avec la peine. 3.- Si l'ardeur de ma charité que je vous ai montrée en mon Fils avait cessé pour vous, vous ne seriez pas. Vous êtes faits par amour ; si je retirais l'amour, c'est-à-dire si je n'aimais pas votre être, vous ne seriez pas ; mais mon amour vous a créés, mon amour vous conserve, et, parce que je suis une même chose avec mon Verbe et mon Verbe avec moi, la peine du désir a cessé, mais non pas le désir. 4.- De même les saints qui ont la vie éternelle conservent le désir du salut des âmes, mais sans en avoir la peine ; la peine s'est éteinte dans leur mort, mais non ‘ardeur de la charité. Ils sont comme enivrés du sang de l'Agneau sans tache, et revêtus de la charité du prochain Ils ont passé par la porte étroite, tout inondés du sang de Jésus crucifié, et ils se trouvent en moi, l'océan de la paix, délivrés de l'imperfection, c'est-à-dire de la peine du désir, car ils sont arrivés à cette perfection où ils sont rassasiés de tout bien.
ciel, excepté que son âme n'était pas séparée de son corps. Il plut à ma bonté d'en faire un vase d'élection dans l'abîme de ma Trinité, et je le dépouillai de moi, parce qu'en moi ne peut être la peine ; et je voulais qu'il souffrît pour mon nom. (135) 2.- Je donnai pour objet à son intelligence Jésus crucifié, le revêtant du vêtement de sa doctrine, le liant et l'enchaînant avec la clémence du Saint- Esprit, qui est le feu de la charité. Il devint par ma bonté un vase utile et nouveau ; il ne résista pas quand il fut frappé, mais il dit : " Seigneur, que voulez-vous que je fasse ; dites ce que vous voulez que je fasse et je le ferai ". (Act., IX, 6). Alors je l'enseignai en lui montrant Jésus crucifié, en le revêtant de la doctrine de ma charité. Je l'illuminai parfaitement par la lumière de la vraie contrition, avec laquelle il effaça ses fautes, en s'appuyant sur ma charité (La fin de ce chapitre et le commencement du chapitre suivant ne se trouvent pas dans l'édition italienne de Gigli. Nous les donnons d'après la traduction latine du bienheureux Raymond de Capoue.). 3.- Il se revêtit tellement de la doctrine de Jésus crucifié, il y fixa si fortement son âme, qu'il ne put en être dépouillé et séparé, ni par les tentations du démon, ni par les combats de la chair, que ma bonté permettait pour le faire croître en mérite et en grâce, pour conserver son humilité après qu'il eut joui des grandeurs de la Trinité. Jamais il ne quitta en la moindre chose ce vêtement de Jésus-Christ ; il le garda dans toutes ses épreuves et. ses tribulations, et il persévéra toujours dans la doctrine de la Croix. Il se l'était tellement incorporé, qu'il donna sa vie pour ne pas s'en séparer, et retourna vers moi avec ce vêtement divin. 4.- Paul avait goûté ce que c'était que jouir de moi sans le poids de son corps ; je lui avais permis d'en jouir par union, mais non pas complètement séparé de son corps. Quand il fut revenu à lui, revêtu de Jésus crucifié, il lui sembla que son amour était imparfait en le comparant à la perfection de l'amour qu'il avait goûté en moi, et qu'il avait vu dans les Bienheureux séparés de leurs corps. Il sentait que le poids de son corps était un obstacle qui empêchait la perfection et le rassasiement dont l'âme jouit après la mort. Sa mémoire lui paraissait faible et imparfaite, et cette faiblesse, cette imperfection le rendaient incapable de pouvoir me retenir, me recevoir, me goûter avec la perfection des saints dans le ciel. (136) 5.- Il lui semblait que, tant qu'il était dans son corps mortel, il rencontrait en toute chose une loi mauvaise qui combattait l'esprit, non. par un entraînement au péché, puisque je lui avais dit : " Paul, ma grâce te suffit", mais par un empêchement à la perfection de l'esprit, qui consiste à me voir dans mon essence. Et comme cette vision est impossible avec la loi et la pesanteur du corps, Paul s'écriait : " O homme infortuné que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort? car j'ai dans mes membres une autre loi qui combat la loi de mon esprit ". 6.- C'est la vérité ; car la mémoire est combattue par l'imperfection du corps, l'intelligence, arrêtée par sa pesanteur, ne peut me voir tel que je suis dans mon essence, et la volonté, enchaînée par ses liens, ne peut me goûter sans peine, comme je te l'ai fait comprendre. Ainsi Paul avait bien raison de dire : J'ai dans mon corps une loi qui combat la loi de mon esprit. De même mes serviteurs que je t'ai montrés parvenus au troisième et au quatrième degré d'union parfaite avec moi, crient aussi qu'ils désirent être délivrés et séparés des liens de leur corps.
2.- (Le chapitre LXXXIV commence ici dans l'édition italienne ) Quand l'âme revient à ses sens corporels, qui avaient été absorbés en moi par l'effet de l'amour, elle (136) supporte péniblement la vie, parce qu'elle se voit privée de l'union qu'elle avait avec moi, ‘et de la société désirable des Bienheureux qui nie rendent sans cesse gloire. Elle se retrouve parmi les hommes, dont elle voit les iniquités si nombreuses. Ce spectacle lui cause une amère douleur et augmente son désir de me voir. La vie lui devient insupportable. 3.- Cependant comme sa volonté ne lui appartient plus et qu'elle est devenue par l'amour une même chose avec moi, elle ne peut vouloir et désirer autre chose que ce que je veux. Elle désire venir, mais elle est contente de rester si je l'ordonne, et de souffrir beaucoup pour ma gloire et pour le salut des âmes. Elle ne s'éloigne en rien de ma volonté, mais elle court avec ardeur ; revêtue de Jésus crucifié, elle passe par le pont de sa doctrine, en se glorifiant dans les opprobres et dans la peine. Plus elle souffre, plus elle se réjouit : la multitude des tribulations calme le désir qu'elle a de la mort, et souvent l'amour des souffrances adoucit la peine qu'elle éprouve de n'être pas délivrée de son corps. 4.- Non seulement mes serviteurs souffrent alors avec patience comme ceux qui Sont au troisième degré, mais ils se glorifient encore de souffrir beaucoup en mon nom ; quand ils souffrent, ils se réjouissent ; et quand ils ne souffrent pas, ils s'en affligent, parce qu'ils craignent que je ne veuille les récompenser en cette vie, et que le sacrifice de leurs désirs ne me soit point agréable. Dès que je leur envoie au contraire beaucoup d'épreuves, ils sont heureux de se voir revêtus des peines et des opprobres de Jésus-Christ. 5.- S'ils pouvaient être vertueux sans fatigue, ils n'y consentiraient pas ; ils préféreraient se réjouir sur la croix avec le Christ, et acquérir la vie éternelle par la souffrance plutôt que par tout autre moyen. Pourquoi? Parce qu'ils sont abîmés et embrasés dans ce sang où ils trouvent ma charité, ce feu qui sort de moi pour ravir leur coeur, leur esprit et consumer le sacrifice de leur désir. C'est ainsi que le regard de l'intelligence s'élève à cette contemplation de ma divinité, où l'amour s'unit et se développe en suivant l'entendement. Cette vue surnaturelle est une grâce infinie que je donne à l'âme qui m'aime et me sert en vérité. (138)
aveugles et les intelligences grossières, afin que l'homme puisse connaître la vérité dans les ténèbres. 2.- Moi, le feu qui consume le sacrifice, je les ai ravis en leur donnant la lumière surnaturelle qui fait comprendre la vérité dans les ténèbres. Et alors ce qui paraissait obscur est devenu évident pour les ignorants comme pour les savants. Chacun reçoit la lumière selon sa capacité et selon la préparation qu'il apporte à mie connaître ; car je ne méprise les bonnes dispositions de personne. 3.- L'intelligence reçoit une lumière infuse par la grâce, supérieure à la lumière naturelle, une lumière avec laquelle les saints docteurs et mes autres serviteurs ont connu la lumière dans les ténèbres. Des ténèbres est venue la lumière, car l'intelligence a été formée avant l'Écriture ; c'est dé l'intelligence que vient la science, puisque c'est en voyant qu'elle discerne. 4.- Avec cette lumière, les prophètes ont vu l'avènement et la mort de mon Fils ; les apôtres l'ont possédée après la descente du Saint-Esprit ; les évangélistes, les docteurs, les confesseurs, les vierges, les martyrs en ont tous été éclairés ; tous l'ont reçue selon que le demandaient leur salut, le salut des âmes et l'enseignement de la Sainte Écriture. (139) 5.- Les docteurs l'ont reçue pour expliquer la doctrine de ma Vérité, la prédication des Apôtres et les textes des Évangélistes ; les martyrs, pour montrer par leur sang la lumière de la foi, le trésor et le fruit du sang de l'Agneau ; les vierges l'ont montrée par la charité et la pureté. Les obéissants ont fait briller l'obéissance du Verbe, cette obéissance parfaite que mon Fils a embrassée pour courir à la mort ignominieuse de la Croix. 6.- Cette lumière est visible dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. Dans l'Ancien Testament, par les prophètes dont l'intelligence a été surnaturellement éclairée par ma grâce ; dans le Nouveau Testament, par la vie évangélique révélée au chrétien fidèle. La nouvelle loi venait de la même lumière, car elle n'a pas détruit l'ancienne, elle en est inséparable ; elle en a seulement ôté l'imperfection, parce qu'elle était fondée sur la crainte. 7.- Lorsque le Verbe mon Fils vint avec la loi d'amour, il l'accomplit en lui donnant l'amour, en ôtant la crainte de la peine, et en ne lui laissant que la bonne et sainte, crainte. Aussi, mon Fils disait à ses disciples pour montrer qu'il ne détruisait pas la loi : " Je ne suis pas venu pour- détruire la loi, mais l'accomplir " (S. Matth., V. 17 ). Comme s'il disait : Jusqu'à présent, la loi était imparfaite ; mais avec mon sang je la rendrai parfaite et je l'accomplirai en ce qui lui manque, parce que j'ôterai la crainte de la peine ; je l'établirai sur l'amour et sur la crainte sainte et filiale. 8.- Comment la Vérité est-elle connue? Par la lumière surnaturelle qui est donnée à qui veut la recevoir de ma grâce. Toute lumière qui sort de la sainte Ecriture, sort de cette lumière. Les ignorants, orgueilleux de leur science, s'aveuglent dans la lumière, parce que leur orgueil et les nuages de l'amour-propre en couvrent et en cachent la clarté. Ils comprennent la lettre et l'apparence de l'Écriture plus qu'ils n'en saisissent le sens ; ils goûtent la lettre en consultant beaucoup de livres, mais ils ne goûtent pas la moelle de l'Écriture, parce qu'ils sont privés de la lumière avec laquelle l'Écriture a été formée et présentée. 9.- Ceux-là s'étonnent et murmurent quand ils voient des gens sans instruction plus éclairés sur la vérité que (140) ceux qui ont longtemps étudié. Ce n'est pas surprenant, puisqu'ils possèdent la cause de la lumière d'où vient la science ; mais, parce que, les superbes ont, perdu la lumière, ils ne voient pas et ne connaissent pas ma bonté et la lumière de la grâce répandue sur mes serviteurs. 10.- Aussi je te dis qu'il vaut mieux prendre pour le conseiller de son âme une personne humble qui a une conscience droite et pure, qu'un savant orgueilleux qui a beaucoup étudié. Car on ne peut donner que ce qu'on a soi-même. Une vie de ténèbres change souvent en ténèbres pour les autres la lumière des Saintes Écritures. Tu trouveras le contraire dans mes serviteurs parce que la lumière qu'ils ont en eux, ils la présentent avec l'ardent désir du salut des âmes. 11.- Je te dis cela, ma très douce fille ; pour te faire connaître la perfection de l'état unitif, où l'intelligence est ravie par le feu de ma charité qui donne la lumière surnaturelle. L'âme m'aime avec cette lumière, parce que l'amour suit l'intelligence ; plus elle connaît, plus elle aime, et plus elle aime, plus elle connaît. L'intelligence et l'amour se nourrissent réciproquement. 12.- C'est par cette lumière que l'âme isolée du corps parvient à mon éternelle vision, où elle me goûte en vérité, comme je te l'ai dit en t'expliquant le bonheur que l'âme reçoit en moi. C'est l'état le plus élevé où l'âme dans sa vie mortelle puisse goûter la vie des Bienheureux. Souvent son union est si grande, qu'elle sait à peine si elle est avec son corps ou sans son corps. Elle a un avant-goût de la vie éternelle, parce qu'elle m'est étroitement unie, et que sa volonté est morte en elle : c'est cette mort qui l'unit à moi, et il n'y a pas d'autre moyen de s'unir à moi parfaitement. L'âme goûte la vie éternelle dès qu'elle est délivrée de l'enfer de sa volonté propre. L'homme souffre comme un damné quand il obéit à sa volonté sensitive.
2.- Je t'ai montré un pont et les trois degrés qui représentent les trois puissances de l'âme. Personne ne peut avoir la vie le la grâce s'il ne monte ces trois degrés, c'est-à-dire, s'il ne réunit toutes ses puissances en mon nom. Je t'ai montré plus parfaitement ces trois degrés de l'âme figurés sur le corps de mon Fils unique, dont je fais un moyen de vous élever, en parvenant à ses pieds percés, à l'ouverture de son côté, et à sa bouche où l'âme goûte la paix et le repos. 3.- Je t'ai fait connaître l'imperfection de la crainte servile, et l'imperfection de l'amour de ceux qui m'aiment à cause de la douceur qu'ils trouvent en moi. Tu as vu la perfection du troisième degré, celle de ceux qui sont arrivés à la paix de la bouche, après avoir couru avec un ardent désir sur le pont de Jésus crucifié et avoir monté-les trois degrés principaux, en unissant les puissances de leur âme et toutes leurs opérations en mon nom, comme je te l'ai clairement expliqué. Tu les as vus, après avoir franchi les trois degrés particuliers, passer de l'état imparfait à l'état parfait dans lequel ils courent en vérité. 4.- Je t'ai fait goûter la perfection de l'âme et les parfums de ses vertus. Je t'ai montré aussi les pièges où elle peut tomber avant d'arriver à la perfection, si elle ne s'applique pas toujours à se connaître et à me connaître Je t'ai montré le malheur de ceux qui se noient dans le fleuve, en ne passant pas par le pont de la doctrine de ma Vérité, que -je vous ai donné pour que vous ne périssiez pas ; mais les insensés ont préféré se noyer dans les misères et la fange du monde. (142) 5.- Je t'ai montré ces choses pour augmenter en toi le feu des saints désirs et la douleur de la perte des âmes, afin que la douleur et l'amour te poussent à me faire violence par les larmes, les sueurs, les humbles et continuelles prières que tu m'offriras avec ardeur. Je t'ai parlé pour que beaucoup d'autres qui me servent m'entendent, et pour qu'enflammés de ma charité, vous m'imploriez tous et vous me forciez à faire miséricorde au monde et au corps mystique de la sainte Église pour lequel tu m'as tant prié. 6.- Je t'ai promis, si tu te le rappelles, d'exaucer vos saints désirs et de récompenser vos peines. Je réformerai la sainte Église en lui donnant de bons et saints pasteurs. Ce ne sera pas avec la guerre, le glaive et la cruauté, mais avec la paix, le calme, les larmes et les sueurs de mes amis ; je vous ai envoyés travailler à vos âmes et à celles du prochain, dans le corps mystique de la sainte Église, en agissant par la vertu, l'exemple et la doctrine, en m'offrant de continuelles prières pour le salut des hommes, et en produisant des vertus dans le prochain. Car je veux que vous soyez utiles à votre prochain, c'est le moyen véritable de faire fructifier votre vigne. 7.- Ne cessez jamais de faire monter vers moi le bon encens de vos prières pour le salut des âmes, parce que je veux faire miséricorde au monde. Je laverai avec vos prières, vos sueurs et vos larmes, la face de mon épouse, la sainte Église, que je t'ai montrée sous la forme d'une femme dont le visage est sali et pour ainsi dire couvert de lèpre, parce que les ministres de la religion et tous les chrétiens l'ont souillée de leurs fautes, comme je te l'expliquerai bientôt.
à ces états par les larmes, elle désirait apprendre de la Vérité la différence des larmes, ce qu'elles sont, d'où elles viennent et les fruits qu'elles produisent. 2.- La vérité ne pouvant être connue et comprise que par la Vérité même, elle s'adressait à la Vérité, où rien ne s'aperçoit que par l'intelligence. Celui qui veut la connaître doit s'élever vers elle par l'ardeur du désir, en ouvrant l'oeil de son intelligence par la lumière de la foi, en fixant son regard sur la Vérité. Quand donc cette âme eut connu qu'elle ne s'était pas écartée de la doctrine que Dieu, la Vérité même, lui avait enseignée, et qu'il n'y avait pas d'autres moyens de connaître ce qu'elle voulait savoir des différentes larmes et de leurs fruits, elle s'éleva au dessus d'elle-même par un effort extraordinaire de son désir, et à la lumière d'une foi vive, elle fixait son regard dans la Vérité éternelle où elle vit et connut la vérité de ce qu'elle demandait. Dieu se manifestait à elle, et sa bonté condescendait à son ardent désir et accueillait favorablement sa demande.
2.- Je te parlerai aussi des larmes de feu, que l'oeil ne verse pas, parce que ce sont celles de ceux qui voudraient pleurer et ne le peuvent pas. L'âme passe par ces différentes larmes en quittant la crainte et l'amour imparfait pour arriver à la charité parfaite de l'état unitif. Je vais t'expliquer toutes ces larmes.
coupables, selon la mesure de l'amour déréglé, ceux qui pleurent ainsi répandent les larmes de mort dont je t'ai parlé. 2.- Voici maintenant les larmes qui commencent à donner la vie : ce sont les larmes de ceux qui à la vue de leurs fautes commencent à pleurer par crainte du châtiment. Ces larmes sont humaines et sensibles, parce que l'âme n'a pas encore la haine parfaite de sa faute, à cause de l'offense qu'elle m'a faite ;sa douleur vient de la peine qui suit le péché commis, et l'oeil pleure parce qu'il obéit au mouvement du coeur. 3.- Lorsque l'âme s'exerce à la vertu, elle commence à perdre la crainte, parce qu'elle connaît que la seule crainte ne suffit pas pour donner la vie éternelle, comme je te l'ai expliqué dans le second état de l'âme. Alors elle s'élève avec amour à la connaissance d'elle-même et de ma bonté jour elle, et elle commence à espérer de ma miséricorde dans laquelle se réjouit son coeur. La douleur de sa faute se mêle à la joie de l'espérance dans ma miséricorde, et l'oeil commence à verser des larmes qui viennent de la source du cœur (145). 4.- Mais, parce que l'âme n'est pas parvenue à la véritable perfection, souvent ces larmes sont encore sensuelles. Et si tu me demandes pourquoi, je te répondrai : Parce que la racine de l'amour-propre n'est pas détruite : Je ne parle pas de l'amour-propre sensitif, car il est vaincu, mais de l'amour-propre spirituel, qui fait désirer à l'âme les consolations qui viennent de moi ou de quelque créature qu'elle afme d'une affection spirituelle. 5.- Lorsqu'elle est privée de ces consolations intérieures ou extérieures, intérieures si elles viennent de moi, ou extérieures si elles viennent des créatures, lorsqu'elle est éprouvée par les tentations du démon et par les persécutions des hommes, son coeur souffre, et aussitôt l'oeil ressent sa douleur et commence à répandre des larmes personnelles qui viennent de la tendresse que l'âme u pour elle-même, parce que sa volonté propre n'est pas encore entièrement foulée aux pieds et détruite. Ces larmes sont sensuelles, car elles procèdent d'une passion spirituelle dont je t'ai montré l'imperfection. 6.- Mais si l'âme, en augmentant la connaissance d'elle-même, se méprise et se hait parfaitement ; si elle acquiert ainsi une vraie connaissance de ma bonté et un ardent amour, elle commence à unir et conformer sa volonté à la mienne, et à ressentir intérieurement la joie de la compassion, la joie de l'amour et la compassion du prochain, comme je te l'ai dit en parlant du troisième état. Aussitôt l'oeil qui veut satisfaire le coeur verse des larmes excitées par ma charité et par l'amour du prochain. L'âme pleure sur l'offense qui m'est faite, et sur le malheur du prochain, sans penser à la peine qu'elle peut en recevoir elle-même, parce qu'elle s'oublie pour ne penser qu'à rendre gloire à mon nom ; et dans l'ardeur de son désir elle se rassasie à la table de la sainte Croix, en imitant l'humilité, la patience de l'Agneau sans tache, mon Fils unique, dont j'ai fait un pont pour les hommes. 7.- Lorsque l'âme a passé sur ce pont, en suivant la doctrine de rua Vérité et l'exemple de mon Verbe, elle souffre avec une sincère patience les épreuves et les afflictions que je permets pour son salut ; non seulement elle les supporte avec patience, mais encore avec joie et empressement. Elle trouve que c'est une gloire d'être persécutée pour mon nom (146), selon ma volonté et non selon la sienne. Elle est contente, pourvu qu'elle souffre, et elle goûte une consolation et une paix qu'aucune langue n'est capable d'exprimer. 8.- En suivant ainsi la doctrine de mon Fils, elle fixe son intelligence en moi, la Vérité suprême ; en me voyant elle me connaît, en me connaissant elle, m'aime. L'amour suit l'intelligence et savoure ma divinité qu'elle connaît et qu'elle voit dans la nature divine unie à votre humanité. Elle se repose en moi, l'océan de la paix, et son coeur m'est uni par les liens de l'amour, comme je l'ai dit dans le quatrième état unitif. Le sentiment de ma divinité fait verser aux yeux de douces larmes qui sont un lait pur dont l'âme se nourrit clans la patience. Ces larmes sont un baume précieux qui répand un parfum d'une extrême suavité. 9.- O ma fille bien-aimée! quelle gloire pour cette âme qui a réellement su passer de la mer orageuse du monde à moi, l'océan de la paix, pour y remplir le vase de son coeur dans les abîmes de ma divinité! L'oeil, qui est le canal dit cœur, en reçoit les larmes et les répand avec abondance. C'est le dernier état, où l'âme est heureuse et affligée : heureuse par l'union qu'elle éprouve en moi, et par l'amour divin qu'elle goûte ; affligée par l'offense qu'elle voit faire à ma bonté, à ma grandeur qu'elle a vue et goûtée dans la connaissance d'elle-même. C'est par cette connaissance et. par la mienne qu'elle arrive à ce dernier état. 10.- Cet état unitif n'empêché pas qu'elle ne répande des larmes d'une extrême douceur, que lui causent la connaissance d'elle-même et la charité du prochain. Elle pleure d'amour pour ma divine miséricorde, et de douleur pour l'offense du prochain ; elle ple |