HOMÉLIE VI
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HOMÉLIE VI. COMMENCERONS-NOUS A FAIRE ENCORE UNE FOIS NOTRE ÉLOGE ? AVONS-NOUS BESOIN, COMME QUELQUES-UNS, DE RECOMMANDATIONS AUPRÈS DE VOUS, OU BIEN AVONS-NOUS BESOIN DE RECOMMANDATIONS DE VOTRE PART? (III, 1, JUSQU'A 6).

 

Analyse.

 

1 et 2. Eloge des Corinthiens.

3. Parallèle entre la Loi ancienne et la Loi nouvelle ; développement de ces paroles : la lettre tue, mais l'esprit vivifie.

4. De l'âme plongée dans la mort.

 

1. On ne manquera pas de reprocher à l'apôtre qu'il se comble lui même d'éloges. C’est ce reproche qu'il veut prévenir. Sans doute il a expliqué le sens de ses paroles; il a dit : « Qui est capable de ces choses? » Et encore :  « Nous parlons avec sincérité ». Mais cela ne suffit pas. Telle est la coutume de saint Paul. Il insiste : tant il craint d'avoir l'air de parler de lui-même avec orgueil, tant il met d'ardeur et de zèle à foie même l'apparence de ce vice l'Remarquez ici l'étendue de sa prudence. Ce qu'il y a de plus triste, ce semble, c'est-à-dire, les afflictions, il les relève à ce point, il en montre si bien la grandeur et l'éclat, que son langage peut sembler orgueilleux. Il en agit de même à la fin de l'épître. Après avoir passé en revue les innombrables périls qu'il a courus, les outrages qu'il a essuyés, ses besoins, ses angoisses, et le reste, il ajoute : « Nous ne prétendons point. faire notre éloge, mais vous donner à vous-mêmes l'occasion de vous glorifier ». Il dit la même chose plus loin avec une certaine force , afin d'encourager de plus en plus les Corinthiens. Ici c'est le langage de l'affection

« Avons-nous besoin, comme plusieurs, de (42) lettres de recommandation ? » Mais à la fin de cette épître, tout est plein de véhémence et de feu : il le fallait dans l'intérêt des fidèles de Corinthe : « Nous n'entreprenons point de faire notre éloge, mais nous vous donnons à vous-mêmes l'occasion de vous glorifier ». Et ensuite : « Pensez-vous que nous voulions nous excuser nous-mêmes ? C'est en présence de Dieu et dans le Christ que nous parlons. Je crains qu'arrivant parmi vous je ne vous troue pas tels que je voudrais, et que vous ne me trouviez pas non plus tel que vous le voudriez ».

Il ne veut pas avoir l'air de les flatter en vue de se faire honorer lui-même, et c'est pourquoi il dit : « Je crains qu'arrivant parmi vous je ne vous trouve pas tels que je voudrais et que vous ne me trouviez pas non plus tel que vous le voudriez ». Ces paroles respirent le blâme ; au début de l'épître il s'exprime en termes moins durs. Que veut-il dire ? Il a parlé de ses épreuves, des dangers qu'il a courus; des triomphes que Dieu lui a fait remporter par Jésus-Christ et que tout l'univers connaît. C'est parce qu'il vient de rappeler toutes ces circonstances si glorieuses pour lui, qu'il se fait à lui-même cette objection : « Est-ce que j'entreprends de faire mon « propre éloge?» Voici le sens de ses paroles: Peut-être nous dira-t-on : Eh quoi ! Paul, est-ce ainsi que vous parlez de vous-même? Est-ce ainsi que vous vous glorifiez? C'est donc pour renverser cette objection qu'il dit : Nous ne voulons point nous enorgueillir ni nous glorifier. Bien loin d'avoir besoin auprès de vous de lettres de recommandation, nous vous regardons comme étant vous-mêmes notre lettre. « Car vous êtes notre lettre, dit-il ». Qu'est-ce à dire ? Si nous avions besoin de nous recommander auprès des autres, nous vous produirions vous- mêmes comme une lettre de recommandation. Il disait la même chose dans la première épître : « Vous êtes le sceau de mon apostolat ». Il emploie ici une autre forme; il fait usage de l'interrogation, pour donner plus de force à son discours. « Avons-nous besoin de lettres de recommandation ? »

Puis faisant allusion aux faux apôtres, il ajoute : « Comme d'autres en ont besoin auprès de vous, ou de votre part », auprès des autres. Ensuite il adoucit ce qu'il vient de dire, en. ajoutant : « Vous êtes, notre lettre, écrite dans nos cœurs, et cette lettre tous les hommes la connaissent(2). Tout le monde a sait que vous êtes la lettre du Christ ». Ici, il rend témoignage non-seulement de leur charité, mais encore de leurs bonnes actions, puisqu'il suffit de leurs vertus pour prouver la dignité du maître. C'est ce qu'il veut dire par ces paroles : « Vous êtes notre lettre ». Une lettre pourrait nous recommander et nous attirer le respect ; or on est plein d'estime pour nous, dès que l'on vous a vus et entendus. La vertu des disciples est pour le maître une meilleure recommandation, un plus bel ornement que n'importe quelle lettre. — « Inscrite dans nos coeurs », c'est-à-dire, que tout le monde connaît. Vous êtes sans cesse dans notre coeur, et ainsi nous vous portons partout où nous allons. C'est comme si l'apôtre disait : Vous nous recommandez auprès des autres ; vous êtes sans cesse dans notre coeur, et partout nous publions vos bonnes couvres. Ainsi nous pouvons nous passer de vos lettres, puisque vous nous servez vous-mêmes de lettres de recommandation mais nous n'avons pas besoin non plus d'être recommandés auprès de vous, parce que nous vous aimons avec tendresse. C'est à des inconnus que l'on présente des lettres de recommandation ; mais vous, sans cesse vous êtes présents à notre pensée. Il ne dit pas simplement : « Vous êtes », mais « vous êtes inscrits». C'est-à-dire, vous ne pouvez sortir de notre cœur. Tous ceux qui connaissent notre coeur, y lisent comme dans une lettré l'amour que nous vous portons.

2. Si par une lettre je reconnais que tel ou tel -est mon ami, si en conséquence je traite avec lui familièrement, l'amour que vous me portez produit le même effet. Si donc nous nous rendons parmi vous, toute recommandation devient inutile, puisque votre affection nous en tient lieu; si nous nous dirigeons d'un autre côté, là encore nous pouvons nous passer de lettres : votre charité nous suffit bien; car nous portons une lettre dans nos cœurs. Il va plus loin, et les appelle une lettre du Christ : « Tout le monde sait », dit-il, « que vous êtes une lettre du Christ ». Il part de là pour examiner ce qui concerne la loi. — Ils sont, dit-il, d'une autre manière encore, la lettre de l'apôtre. Tout à l'heure ils lui servaient de lettre de recommandation; maintenant il les appelle la lettre du Christ, parce qu'ils ont la (43) loi de Dieu gravée dans leurs coeurs. Tout ce que Dieu a voulu vous faire connaître, à vous et aux autres, tout cela est gravé dans vos coeurs. Nous vous avons préparés à recevoir les lettres de cet enseignement divin. Moïse grava la Loi sur des tables de pierre; nous l'avons gravée dans vos âmes. C'est pourquoi l'apôtre dit : « Nous en avons été les secrétaires.». Jusque-là, point de différence : Les lois de Moïse avaient été écrites par Dieu lui-même; celle-ci est écrite par l'Esprit-Saint. En quoi diffèrent-elles donc? « Cette loi, ce n'est pas avec l'encre qu'elle a été écrite, mais par l'Esprit du Dieu vivant; il l'a écrite non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair qui sont vos coeurs (3) ». Autant il y a de différence entre l'Esprit-Saint et l'encre, entre des tables de pierre et des tables de chair, autant-il s'en trouve entre ces deux Lois elles-mêmes; et par conséquent entre les ministres de celle-ci et les ministres de celle-là.

            II vient encore de parler de lui-même avec éloge, et aussitôt il se reprend en ces termes « Or nous avons confiance en Dieu par Jésus-Christ (4) ».C'est à .Dieu qu'il renvoie toute la gloire : Le Christ, dit-il, est l'auteur de tous ces dons. — « Nous ne pouvons avoir aucune bonne pensée par nous-mêmes, comme venant de nous-mêmes (5) ». C'est une nouvelle précaution que prend l'apôtre. Car il possède au plus haut degré la vertu. d'humilité: Aussi dès qu'il a rappelé quelqu'une, de ses bonnes oeuvres, il s'empresse de s'en ôter le mérite. C'est ce qu'il fait ici. « Nous ne pouvons avoir a aucune bonne pensée de nous-mêmes , comme venant de nous-mêmes ». Ce qu'il signifie, par ces mots: « Nous avons confiance »; je n'ai pas voulu m'attribuer une,chose, et une autre à Dieu; mais c'est à Dieu que j'attribue tout. « Toute notre puissance vient de Dieu qui a nous rendus capables d'être les ministres du Nouveau Testament (6) ». Que veulent dire ces paroles : « Qui nous a rendus capables? » c'est-à-dire, qui nous a donné la force et l'aptitude nécessaire pour remplir cette mission. N'est-ce pas une grande. mission que cette d'apporter au monde des tables de lois, des lettres bien supérieures à la loi et aux lettres anciennes? Et c'est pourquoi l'apôtre ajoute . « Les ministres, non de la lettre, mais de l'Esprit ».

Voyez une autre, différence. Et quoi donc? La Loi ancienne n'était-ce pas une Loi spirituelle? l'apôtre ne dit-il pas : « Nous savons que la Loi est spirituelle? » Oui, sans doute; mais elle ne donnait pas l'Esprit-Saint. Ce n'est pas l'Esprit que Moïse apporta aux Hébreux, mais la lettre .de la , Loi; pour nous, Dieu nous a chargés de donner l'Esprit-Saint. L'apôtre insiste sur ce point, et il ajoute : « La lettre tue, mais l'Esprit vivifie». Ce n'est pas sans raison qu'il parle ainsi; il songe à ceux qui mettent leur orgueil dans les observances judaïques. Cette lettre dont il parle, c'est la loi de Moïse; qui châtie les pécheurs; l'Esprit, c'est la grâce du baptême qui rappelle à la vie ceux que le péché a fait mourir. Après avoir établi cette différence dans la nature des deux lois, il ne s'en tient pas là;il continue, et achève de la faire voir. Il compare les avantages et la facilité de l'une et de l'autre : c'est par là surtout qu'il s'emparera de ses auditeurs. La loi nouvelle, dit-il, n'offre aucune difficulté, et présente des avantages bien plus nombreux. Si en effet, quand il parle de Jésus-Christ, il rappelle plutôt ce qui est de nature à prouver sa miséricorde que ce qui montre notre propre mérite, bien que notre mérite se trouve joint à la miséricorde divine, à plus forte raison en agit-il ;de la sorte à propos de la Loi nouvelle. Que signifient donc ces paroles : « La lettre  tue? » Saint Paul avait parlé de tables de pierre et de coeurs de chair; mais la différence entre les deux Testaments n'était pas encore assez sensible. C'est pourquoi il ajoute que l'une est écrite avec de l'encre, l'autre par l'Esprit-Saint. Ce n'était pas encore assez pour encourager les Corinthiens. Ce qu'il ajoute est de nature à leur donner des ailes « La lettre tue », dit-il, « mais l'Esprit vivifie».

3. Que veut-il dire encore? Sous la Loi, celui qui pèche, reçoit un châtiment; dans le Nouveau- Testament, le pécheur s'avance, reçoit le baptême, et il est justifié; une fois justifié, il vit : car il est soustrait à la mort du péché. La loi punit de mort celui qui est convaincu, d'homicide; la grâce au contraire l'éclaire et le vivifie. Que dis-je? un homicide? Ne suffisait-il pas de ramasser un peu de bois le jour du sabbat pour être lapidé? C'est pourquoi l'apôtre dit-: « La lettre tue ». Que d'homicides, que de voleurs la grâce n'a-t-elle pas accueillis ! une fois baptisés, ils ont été délivrés de leurs crimes. Ainsi donc : « l'Esprit vivifie ». La Loi surprend un homme dans le péché, elle le trouve vivant, elle lui donne la mort; la grâce vient trouver le coupable; il (44) est plongé dans la mort; elle lui rend la vie. « Venez, dit-elle, venez à moi; vous tous qui êtes fatigués et accablés sous le faix» ; et elle n'ajoute pas : je vous tourmenterai, mais, « je vous soulagerai ». (Matth. XI, 28.) En effet le baptême ensevelit les péchés, fait disparaître le passé, donne la vie à l'homme, et imprime toute espèce de grâces dans son coeur, comme sur une table. Voyez donc, je vous prie, quelle est la dignité de l'Esprit-Saint; puisque les tables qu'il grave valent mieux qua les anciennes, et puisqu'il produit une oeuvre meilleure que la résurrection. Car la mort dont il délivre est pire que la première; il y a entre ces deux morts la même différence qu'entre l'âme et le corps; car c'est la vie de l'âme que donne le Saint-Esprit. Or si l'Esprit-Saint peut donner une telle vie, à plus forte raison peut-il en donner une moindre. Les prophètes ont pu rendre la Vie du corps, mais ils n'ont pu rendre la vie à l'âme. Personne ne peut remettre les péchés, excepté Dieu: Et encore, cette vie temporelle, les prophètes ne pouvaient la rétablir sans le secours de l'Esprit-Saint.

Ce n'est pas seulement en ce qu'il vivifie, que l'Esprit-Saint est digne de notre admiration; mais aussi en ce qu'il communique à d'autres cette puissance. « Recevez le Saint-Esprit », dit le Sauveur. Pourquoi? Est-ce qu'il ne pouvait conférer ce pouvoir, sans nommer le Saint-Esprit.? Assurément; mais Dieu se sert de ces paroles pour montrer que l'Esprit-Saint a en partage l'essence divine et  la puissance suprême, et que sa dignité égale celle des autres personnes. Aussi Jésus-Christ ajoute-t-il : « Ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus ». (Jean, XX, 22.) Puisque nous avons recouvré la vie; conservons-la toujours, et ne nous replongeons point dans la mort : « Car le Christ ne meurt plus » . (Rom. VI, 10.) Il est mort, mais une fois seulement, à cause de nos péchés, et il ne veut pas que nous soyons sans cesse ramenés au salut par la grâce. Autrement nous n'aurions aucun mérite; et c'est pourquoi il veut que nous fassions quelque chose de notre côté. Travaillons donc et efforçons-nous de maintenir notre âme dans la vie. Or qu'est-ce que la vie de l'âme? Vous pouvez en juger par celle du corps. On dit que le corps a de la vie, quand il s'avance d'un pas ferme et qui annonce la santé. Lorsqu'il tombe en défaillance; lorsqu'il se meut péniblement, mieux vaudrait pour lui la mort que ce reste de mouvement et de vie. Ou bien encore, s'il ne dit rien de. sensé, si toutes ses paroles sont déraisonnables, si ses yeux le trompent, mieux vaudrait qu'il fût mort.

De même une âme qui se porte mal, a beau sembler vivante; elle est morte. Quand l'or lui paraît, non plus de l'or, mais quelque chose de grand et de précieux, quand .elle ne se préoccupe plus de la vie future, quand elle rampe à terre, quand elle fait le contraire de ce qu'elle devra faire, elle est morte. Et d'où savons-nous que nous avons une âme? N'est-ce point par ses actes? Si donc elle cesse de remplir ses fonctions, elle est morte. Ainsi; quand, loin de s'appliquer à la vertu, elle prend la bien d'autrui, elle se plonge dans le vice, comment pourrait-on dire qu'elle vit encore? Vous marchez, il est vrai; hais les animaux marchent aussi. Vous mangez et vous buvez; mais les animaux en font autant. Votre corps est debout, et il se soutient sur deux pieds. Cela me prouvé que vous êtes un animal revêtu d'une forme humaine. En tout le reste vous ressemblez à l'animal; vous n' en différez qu'en ce que votre corps est droit; c'est là ce qui me trouble et m'épouvante : je crois avoir un monstre sous les yeux. Eh quoi! Si je voyais un animal qui parle à la manière des hommes, dirais-je que cet animal est homme? Non, je dirais que c'est un animal plus merveilleux que les autres. Comment croirais-je que vous avez une âme humaine, quand je vous vois lancer des ruades, comme les ânes; avoir de la rancune, comme les chameaux; vivre de rapines, comme les loups; mordre, comme les ours; voler, comme les renards; aussi fourbes et rusés que,les serpents, aussi impudents que les chiens? Comment, dis-je, pourrais-je croire que vous avez une âme? Voulez-vous que je vous montre une âme -plongée dans la mort, et une âme qui a la vie? Reportons-nous aux personnages de l'antiquité. Faisons paraître ce riche qui vivait au temps de Lazare, et nous comprendrons alors ce que c'est que la mort de l'âme. L'âme de ce riche était morte, et ses actions nous le montrent clairement. Elle ne faisait rien de ce que l'âme doit faire; elle mangeait, elle buvait, elle se livrait au plaisir.

4. Ils ressemblent a ce riche, ceux, qui sont sans entrailles et sans pitié ; eux aussi, leur âme est plongée dans la mort. Elle a perdu (   45) toute cette chaleur que produit l'amour du prochain; elle est. plus morte qu'un cadavre. Voyez au contraire le pauvre Lazare ; il se retranche dans la citadelle de la Sagesse, et il brille de l'éclat le plus vif; la faim le dévore, il n'a pas même le nécessaire, et cependant, loin de blasphémer contre Dieu, il supporte ses maux avec courage. Voilà l'énergie de l'âme; voilà le signe de la force et de la santé. Quand cela manque, n'est-il pas évident que l'âme est morte? N'est-elle. pas morte, cette âme que le diable envahit; qu'il frappe, qu'il perce, qu'il dévore, sans qu'elle sente aucune douleur, sans qu'elle se plaigne, lors même. qu'on lui enlève ses forces? Le démon s'élance sur elle, elle demeure immobile, elle reste insensible comme un cadavre. Voilà ce qu'elle est nécessairement, dès qu'elle a perdu la crainte de Dieu, dès qu'elle s'est laissée aller à la négligence : son état est plus déplorable que celui des morts. Elle ne se corrompt point sans doute, elle ne tombe pas en poussière comme le corps, mais elle se plonge: dans l'ivrognerie, dans l’avarice, dans de coupables amours, dans les passions les plus funestes. Quoi de plus horrible?

Si vous voulez voir tout ce qu'il y a d'affreux dans A état, donnez-moi une âme pure, et alors vous pourrez voir clairement combien est hideuse une âme impure. Non, maintenant vous ne pouvez pas vous en faire une idée exacte; car, tant que nous sommes. habitués à une mauvaise odeur, mous ne sentons pas tout te qu'elle a de détestable. C'est après nous être nourris de paroles spirituelles, que nous reconnaissons toute l'étendue du mal, lors même que plusieurs le voient avec indifférence. Je ne parle pas encore de l'enfer. Mais, si vous le voulez, bornons-nous à la vie présente, ne parlons pas même de celui qui commet de honteuses actions, considérons seulement celui qui tient de honteux discours; voyez combien il est ridicule, comme il s'outrage lui-même, semblable à cet homme dont la bouche vomit l'ordure et qui ainsi souille ses propres vêtements. Si ce qui jaillit de sa bouche est impur, quelle n'est pas l'infection de la source elle-même? « La bouche parle de l'abondance du coeur ». (Matth. XII, 34.) Ce que je déplore, ce n'est pas seulement ce mot en lui-même, mais c'est l'indifférence de tant ale chrétiens qui n'en aperçoivent point la turpitude. Voilà ce qui multiplie le mal outre mesure; c'est que l'on pèche, sans se douter que l'on souille sa conscience.

Voulez-vous donc savoir quel est le crime de ceux qui tiennent des discours honteux? Voyez rougit de vos propos obscènes ceux qui les entendent. Quoi de plus vil, quoi de plus méprisable qu'un homme tenant de mauvais discours? Il se met lui-même au rang des histrions et des femmes de mauvaise vie. Que dis-je ? Ils ont plus de pudeur que vous; comment pouvez-vous former votre épouse à la sagesse, quand par vos discours vous l'excitez à la débauche? Mieux vaudrait vomir du pus que prononcer un mot obscène. Si votre bouche sent mauvais, on ne vous admettra pas à un ,festin; et quand votre âme exhale une odeur si infecte, vous osez participer aux sacrés mystères ! Si quelqu'un venait Placer sur votre table un vase infect, vous prendriez un bâton pour le chasser. Dieu est présent sur cette table qu'il a tonnée, (car sa table, c'est notre bouche toute remplie de grâces,) et vous proférez des paroles plus impures que le vase le plus infect, et vous ne craignez pas de l'irriter ! Comment ne  s'indignerait-il pas? lui qui est la sainteté, la pureté même; rien ne l'irrite autant que de telles paroles. Rien .non plus ne donne autant d'impudence et de témérité; que ces paroles proférées ou entendues. Rien ne rompt les nerfs de la pudeur autant que la flamme allumée par ces discours. Dieu a déposé un parfum sur vos lèvres; vous lui substituez des paroles plus fétides qu'un cadavre; vous tuez votre,âme, vous la frappez d'immobilité.

Quand vous injuriez quelqu'un, c'est le fait, non de votre âme, mais de la colère ; quand vous prononcez des mots obscènes., ce n'est point votre âme qui parle, c'est la passion ; si vous commettez des médisances, elles ont l'envie pour principe ; si vous dressez des embûches, ce n'est point votre âme qui agit, c'est l'ambition. Rien de tout cela n'est son oeuvre, c'est l'oeuvre des passions et des maladies qu'elle renferme. De même que la corruption n'est point l'œuvre du corps, mais bien de la mort et de, la souffrance qui agissent sur le corps, de même aussi ces désordres résultent des passions qui sont dans l'âme. Si vous voulez entendre la voix d'une âme vivante, écoutez saint Paul, quand il dit : « Pourvu que nous ayons des aliments et de quoi nous vêtir, nous sommes contents » ; et encore : « La piété est un gain considérable ». (Tim. V, 6-8.) (46) Et ensuite : « Le monde est crucifié pour moi, et moi, pour le monde ». (Gal. VI,14.) Ecoutez saint Pierre : « Je n'ai ni or ni argent; mais ce que j'ai, je te le donne ». (Act. III, 6.) Ecoutez Job rendant grâces et disant : « Le Seigneur m'a donné, le Seigneur m'a ôté ». (Job, I, 21.) Voilà le langage d'une âme pleine de vie, d'une âme qui déploie sa vigueur. Ainsi Jacob disait à son tour: « Je ne demande à Dieu que du pain pour me nourrir, et des habits pour me couvrir ». (Gen. XXVIII , 20.) Et Joseph : « Comment me rendrais-je à tes séductions et ferais-je le mal en présence du Seigneur ? » (Gen. XXXIX, 9.) Ce n'est pas ainsi que parlait l'Egyptienne; mais enivrée de passions, et comme au délire, elle disait: « Viens dormir avec moi ». Maintenant que nous sommes instruits, imitons les âmes vivantes, fuyons cette âme plongée dans la mort, afin d'obtenir un jour la vie éternelle. Puissions-nous tous y parvenir par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec qui soit au Père, en même temps qu'au Saint-Esprit, gloire, puissance, honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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