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ACTES D'INQUISITION



TOUCHANT LES VERTUS ET LES MIRACLES

DE SAINTE HILDEGARDE




(Acta S.S. Bolland. ubi supra, p. 697, ex ms. Bodecensis cœnobii Regularium. sancti Augustini diœcesis Paderbornensis).



1.-Nous donc, envoyés par l'autorité du Pape Grégoire IX (1) au monastère de Saint-Rupert, nous nous y sommes présentés en personne, et nous avons reçu un si grand nombre de témoins dignes de foi, pour réfuter les témoins adverses sur la manière d'être, la renommée, les mérites, les miracles et les autres circonstances de la vie de la bienheureuse Hildegarde, que le temps nous ferait plutôt défaut que l'abondance des témoignages. L'Abbesse (magistra) (2) de Saint-Rupert, du nom d'Els, rendant témoignage des miracles de la bienheureuse Hildegarde, affirme qu'elle vit Méchilde délivrée de la possession diabolique, auprès du tombeau de la sainte. Elle vit deux nobles femmes, l'une de la Seigne (territoire de Namur), l'autre du comté de Sussex (Angleterre), après avoir été délivrées du démon dans le même lieu, servir dans le monastère pendant le reste de leur vie. Elle vit de nombreux épileptiques guéris. De même par son invocation, des fébricitants furent délivrés sur son tombeau de la fièvre tierce ou quarte. La Prieure Agnès, sœur de l'Abbesse, affirme le même fait, ainsi que Béatrix, la gardienne de la chapelle. De même l'économe Odile et Heddewige assurent, d'un commun accord, avoir vu la même chose. La choriste Sophie dit la même chose. Le prêtre Roric, ayant prêté serment, parie de même, et ajoute, qu'au moment de l'abjuration de la possédée, et avant qu'il lui eût dit la moindre chose, le démon l'appelait d'un double nom : Henri Roric, ce qui n'avait jamais eu lieu. Il vit aussi quatre corbeaux perchés sur les fenêtres de l'église ; et comme il demandait au démon quels étaient ces corbeaux, il répondit qu'ils étaient ses compagnons, et qu'ils attendaient sa sortie. Après ces paroles, il fit entendre un hurlement terrible et, au milieu d'une épaisse fumée noire, s'étant retiré du corps de la possédée, celle-ci fut délivrée et le démon et ses compagnons disparurent : ce que la plus saine partie des témoins affirme. Il ajoute aussi, qu'il vit délivrer dix-huit possédés, auprès du tombeau de la sainte, par l'invocation de son nom. Le prêtre Daniel jure la même chose. L'évêque du lieu, ayant prêté serment, parle de même.


2. - L'Abbesse Jutte interrogée, dit que tous ces faits se produisirent avant la trentième année. Béatrix, gardienne de la chapelle de Confluence, témoigne, qu'à sa douzième année elle fut offerte à Dieu dans le monastère de sainte Hildegarde, et qu'étant restée quelque temps avec la sainte, elle vit et entendit prédire par elle, dans le chapitre, le jour de sa mort ; et que la mort étant survenue, elle vit Méchilde, aveugle, recouvrer la vue par l'invocation de la même vierge. Elle vit aussi un malade d'esprit revenir à la santé. La servante Metza, qui avait porté de la terre du lieu de sa sépulture en un lieu moins honorable, fut punie et corrigée par sainte Hildegarde ; et, émue de ce fait, ayant dans un mouvement de repentir replacé la terre dans le lieu saint, elle fut délivrée aussitôt. Elle vit Clémence, qui est devenue sœur depuis, punie de ce qu'elle avait donné des cheveux de la sainte à son frère, jusqu'à ce que les cheveux lui eussent été pieusement restitués. Elle vit aussi une femme du peuple, qui ne pouvait marcher à cause d'une excroissance osseuse aux genoux, guérie par le contact des cheveux de la sainte. Les membres les plus autorisés du chapitre sont d'accord avec elle sur ce point. Elle vit aussi la personne qui, dans un mouvement de colère, heurta du pied la sainte, privée de ce pied par un châtiment divin. L'économe, qui habitait depuis plus de six ans avec la sainte, affirme le fait et ajoute, qu'une femme malade de la fièvre tierce, ayant imploré le secours de la bienheureuse, fut guérie eu buvant l'eau qu'elle lui donna dans sa coupe. Elle affirme avoir entendu dire à la sainte, qui s'adressait à deux servantes du réfectoire : « Prenez bien garde à vous et faites pénitence pendant quatorze jours » ; et, à l'expiration de ce délai, les deux servantes moururent. Elle ajoute qu'il arriva un fait semblable à un certain clerc. Et l'économe Hedwige s'accorde avec elle sur ce fait.


3. - Méchilde témoigne avoir entendu affirmer par sa mère, qu'elle était née aveugle et un jour que la bienheureuse Hildegarde allait visiter le village d'Erbengen (au delà du Rhin, dans le Rhingau), où elle avait fondé un monastère, sa mère, l'apportant dans ses bras, courut au devant de la sainte et lui demanda son secours ; et la bienheureuse vierge, de la barque où elle était, ayant lavé les yeux de l'aveugle avec l'eau du Rhin, lui rendit la vue. Irmingarde, questionnée, affirme avoir vu se produire le même miracle. Elle ajoute aussi, que la bienheureuse Hildegarde dit un jour à une jeune fille qui s'était déguisée eu écolier, et qu'elle appela de son nom, Berrudin, bien qu'elle ne l'eût jamais vue : « Convertis-toi à un meilleur état, parce que je ne vois pas que tes années se poursuivent plus loin », comme si elle lui avait dit : « Tu mourras cette année ». Lorsqu'elle eut vu sainte Hildegarde, prise de repentir, elle avoua qu'elle était femme et, ainsi convertie, elle mourut dans la même année. Les supérieurs s'accordent sur ce fait. Au témoignage de ses voisines, la même jeune fille, à cause de sa beauté, pour ne pas être un obstacle à la vertu d'autrui, se noircit le visage. Méchilde ajoute qu'une dame de qualité (matrona) suspecte de la mort de son mari, et devant subir l'épreuve du fer rouge, eut recours à sainte Hildegarde ; et la bienheureuse vierge ayant béni le fer ardent, la femme le porta sans en souffrir nul dommage. La renommée affirme le fait dans la ville de Bingen (Binga). Elle dit aussi, qu'étant à toute extrémité, elle fut délivrée par deux fois, en invoquant la sainte. Elle ajoute, que pendant sa vie comme après sa mort, l'invocation de son nom délivrait les démoniaques et les épileptiques.


4. - Hedwige d'Alcée parle de même, ajoutant, que la bienheureuse Hildegarde, dans son lit de maladie, eut toujours le visage rayonnant de clartés divines ; et que, se promenant à travers le cloître, elle chantait, sous l'inspiration du Saint-Esprit, la séquence qui commence par ces mots : « O Virga et Diadema : O Sceptre et Diadème » La sœur sacristine et l'économe rendent témoignage du même fait. Elle dit aussi avoir vu un flambeau ardent sur la tombe de la sainte, pendant qu'on chantait la messe des défunts. Et ce flambeau ayant été éteint au commencement de l'évangile, s'alluma de lui-même à plusieurs reprises. Elle vit aussi un homme insensé et démoniaque, chargé de liens, conduit violemment sur le tombeau de la sainte par ses gardiens, s'échapper de leurs mains pour se jeter dans le fleuve du Naw qui coule aux pieds du mont, et se noyer ; et lorsque ceux qui étaient présents croyaient qu'il était mort, il fut retiré vivant avec le secours de la vierge ; et il confessa qu'il avait été délivré du démon et retiré des flots par la main de la bienheureuse. La renommée publique confirme ce fait, et la plupart des membres du monastère en portent témoignage.

Rapode, Hilde, Humbert, habitants de Binga, disent qu'ils virent la sainte pendant de longs jours, et qu'elle chassa les démons de tous ceux qui, de sa province ou d'ailleurs, venaient à elle ; qu'ils la virent guérir les épileptiques et faire beaucoup d'autres miracles, et qu'il ne faut pas douter de sa sainteté. Hartrade s'accorde avec eux et affirme, qu'il vit quatre démoniaques délivrés par les mérites de la même vierge. Le chanoine Henri dit, qu'il apposa des cheveux de la bienheureuse vierge sur des femmes infirmes, et qu'elles furent aussitôt délivrées : pour les démoniaques et les épileptiques, il s'accorde avec les précédents, c'est-à-dire Rapodone, Hilde et Humbert, ainsi qu'Hartrade. Il en est de même de Conrad, qui s'accorde avec eux pour les démoniaques qu'il a vu délivrer.


5. - De même l'Abbesse (Elze ou Jutte), affirmant la vérité de la relation, dit avoir appris de gens dignes de la meilleure foi, et même de la propriétaire de Darabech, qu'à l'anniversaire de sainte Hildegarde, un flambeau ne dépassant pas la longueur de la main, et pouvant à peine durer pendant la célébration de la messe, resta allumé en l'honneur de la dite vierge, du soir jusqu'à l'heure de la messe du jour suivant ; et qu'à cette occasion, on vint en foule du voisinage et de tous côtés à son tombeau.

Elle apprit aussi des anciens du monastère, ce que l'on disait au sujet d'une enfant aveugle, qui recouvra la vue avec l'eau du Rhin dont on mouilla ses yeux, pendant qu'elle se trouvait près de Ruedesheym, distant d'un mille du tombeau de la sainte, ce qu'elle-même avoua toute tremblante devant nous. Elle apprit aussi de témoins dignes de foi que Wilhelm, archidiacre de Trèves, ayant reçu comme reliques des cheveux de la bienheureuse Hildegarde, les avait enfermés dans un écrin de soie et placés dans un cadre de bois, pour les poser sur l'autel, dans l'église de Dalvau ; et que tout ce qui était sur l'autel ayant été brûlé dans un incendie, l'écrin de soie resta intact et le cadre de bois fut à peine effleuré par les flammes. Elle raconte qu'une noble femme de Trêves était fascinée par un jeune homme, au point d'en perdre l'esprit : ses parents désolés eurent recours à la bienheureuse Hildegarde, lui demandant une grâce. La sainte prit du pain de sa table, le bénit et le donna à la malade qui, l'ayant goûté, fut aussitôt guérie. L'économe Odile et la sœur converse Hedwige, qui étaient avec elle à table, témoignent avoir vu le miracle. Elle apprit aussi que pendant le saint office, à la lecture des leçons, Hildegarde reprochait aux sœurs du monastère toutes leurs pensées vaines, et leur donnait des instructions conformes à leur état, exprimant complètement leur volonté, et plusieurs d'entre elles firent profession religieuse dans l'ordre des Cisterciens.


6. - De même, comme un certain religieux injustement excommunié était enseveli dans son monastère, l'église de Mayence y avait suspendu les saints offices avant qu'il en fût retiré ; la sainte fit le signe de la croix sur le lieu de sa sépulture, et son tombeau ne put jamais être retrouvé. Quelqu'un s'était voué à Satan et lui rendait un culte, au point de lui offrir tous les ans des sacrifices d'animaux, il en vint même jusqu'à lui vouer ses fils et sa femme. Celle-ci, se rendant compte du fait, eut recours à la bienheureuse Hildegarde, lui demanda sa protection et lui exposa sa situation. La sainte lui donna une mèche de ses cheveux, qu'elle porta sur elle, selon l'ordre reçu. Ce dont le démon se rendant compte, il dit au mari : « Elle m'a trompé, je n'ai aucun droit sur elle, à cause des incantations d'Hildegarde ». Le mari la dépouillant de ses habits la mit au bain, afin de pouvoir faire ce qu'il désirait. Et comme le démon ne pouvait s'en rendre maître, il rompit le cou au mari. Chrestien (3), évêque de Mayence, était un jour reçu au son des cloches dans la ville de Binga, il entendit ces cloches faisant résonner ces mots qui semblaient s'adresser à lui, l'une disait : « Pastor luge » (Pasteur gémis) ; une autre reprenait : « In salute tua cito fuge » (Pour ton salut, fuis aussitôt). Et comme si la sainte eût représenté la personne de l'évêque, elle disait : « Je m'en vais, je quitte la terre dans la confusion ». Et ces paroles elle les dit en esprit aux sœurs présentes. Ce que s'accordent à affirmer la prieure Agnès, la gardienne de la chapelle Odile, Sophie, et beaucoup d'autres aussi qui en portent témoignage. Méchilde affirme avec serment, qu'elle-même était depuis longtemps tourmentée par le démon, et qu'elle fut délivrée par l'invocation de la bienheureuse Hildegarde, et que le couvent, qui existe encore aujourd'hui, fut témoin de sa possession et de sa délivrance.


7. - Elle dit aussi, avoir vu d'autres démoniaques et d'autres fébricitants des fièvres tierce ou quarte, délivrés de la même manière. Avec elle s'accorde Jutte, ajoutant qu'un enfant épileptique pour lequel elle pria auprès de la tombe de la bienheureuse Hildegarde, fut délivré par son invocation, ainsi que le cocher du chateau de sa mère qui avait l'esprit frappé : la publique renommée affirme le fait dans ce pays. Méchilde soutient avec serment avoir vu la bienheureuse Hildegarde, et qu'elle restait là continuellement : elle est d'accord avec l'aveugle née. Dète, qui recouvra aussi la vue après la mort de sainte Hildegarde, s'accorde avec l'Abbesse sur les autres points. Bruno, gardien et prêtre de Saint-Pierre, à Strasbourg, affirme avec serment, à propos de la vie de sainte Hildegarde, ce que la renommée publique publiait, et ce qu'il lut dans le livre écrit immédiatement après la mort de la bienheureuse par deux religieux, Godefroid et Théodoric, qui avaient vécu avec la vierge sainte, et que ce livre contient la vérité en toutes choses ; et en outre qu'elle reçut la vie de parents nobles ; et qu'à l'âge de cinq ans, ayant remarqué une vache (qui était pleine), elle dit à sa nourrice : « Vois, nourrice, comme le veau que porte cette vache est joli, il est blanc et tacheté au front, et il est marqueté aux pieds et au dos » ; ce que la nourrice étonnée rapporta aussitôt à la mère. Celle-ci, à qui appartenait la vache, ordonna que quand elle mettrait bas on lui montrât le petit. Ce qui ayant été fait, elle reconnut qu'il était exactement comme la bienheureuse enfant Hildegarde l'avait prédit. Ses parents, dans l'admiration de ce prodige, et considérant la différence des mœurs qui la distinguait des autres, se préparèrent à l'envoyer dans un monastère ; et, à sa huitième année, ils la confièrent à une recluse du nom de Jutte, sœur du comte de Spanheim, et l'offrirent à Dieu, en l'assujétissant à la règle de saint Benoit, sur le mont de Saint-Disibode.


8. Sur son genre de vie, elle dit que la renommée de sa sainteté s'étant répandue au loin, de nombreuses jeunes filles nobles vinrent à elle. Mais comme la maison de retraite ne pouvait les contenir toutes, elle fut avertie par le Seigneur, et contrainte de transférer sa demeure auprès du tombeau de saint Rupert. On trouve expliqué tout au long, dans le livre de sa vie, comment le fait fut rapporté par son confesseur à l'Abbé, qui prit très mal la chose ; et par quels miracles elle obtint la permission de quitter ces lieux, et de s'en aller occuper ceux qui lui avaient été indiqués d'une manière divine ; et qu'après avoir fait construire dans ce désert un nouveau monastère, elle y vint habiter avec dix-huit nobles jeunes filles et s'efforça d'y servir Dieu. Elle y institua cinquante prébendes d'Abbesses et deux de Prêtres, et en outre sept des mères des pauvres, en l'honneur du Saint-Esprit et de la Sainte Vierge.

De plus, au delà du fleuve du Rhin distant d'une lieue, elle fonda un autre monastère, où elle institua trente prébendes. Sur le fait de sa renommée, elle rapporte que trois apôtres Eugène (4), Adrien et Anastase, ayant entendu parler d'elle, lui écrivirent et qu'elle leur répondit ; en outre, les archevêques de Mayence, de Cologne, de Trèves, de Magdebourg, de Ravennes et beaucoup d'autres d'Italie ; le patriarche de Jérusalem et bien d'autres évêques, de même que le saint abbé de Clairveaux, Bernard, et d'autres abbés et prélats des diverses églises lui écrivirent, et qu'elle leur répondit. Ces lettres sont rassemblées en un corps d'ouvrage.


9. - Touchant ses mérites, elle dit : Le roi Conrad (5) (duc de Franconie et fils de Frédéric de Souabe, mort en 1152) et l'empereur Frédéric (6) s'étant informés de leur fin, la sainte leur prédit l'avenir, et de cette manière, ils revinrent à de meilleurs sentiments. Elle dit aussi, (ce qui est exposé tout au long dans le livre des Épîtres), que, chaque année, une foule énorme de peuple des environs et de l'étranger accourait à son tombeau, le jour de son anniversaire, pour demander le salut du corps et de l'âme. En outre, sans être douée d'un grand génie, à la quarante-deuxième année de son âge, elle commença d'écrire, sous la révélation du St-Esprit, de nombreux ouvrages, comme il est dit longuement au commencement du livre de Scivias. Elle termina le livre de Scivias (commencé en 1141) en dix ans : le livre de la médecine par les simples, le livre de l'exposition des Évangiles, le chant d'Harmonie céleste, le livre de la Langue inconnue et le livre des Épîtres, elle les termina en huit ans (ce qui est exposé tout au long au commencement du livre des Mérites de la Vie). Ensuite, pendant les cinq années suivantes, elle écrivit le livre des Mérites de la Vie, et elle mit sept ans pour achever le livre des Œuvres divines, ce qui est prouvé au commencement du même livre. Sur le fait des miracles, elle dit avoir cru de toute évidence, que les merveilles que Dieu accomplit par elle dans sa vie sont véritables ; et que, pendant sa vie comme après sa mort, Dieu fit par elle des prodiges qui sont restés dans la mémoire des hommes. Sur les circonstances, elle dit que lorsqu'elle eut écrit ses livres, c'est-à-dire le livre de Scivias, le livre des Mérites de la Vie, le livre des Œuvres divines, selon les exemplaires conservés dans son monastère, elle vint en pèlerinage au tombeau de St-Martin de Tours, (7) et apporta avec elle les dits livres à Paris (8) ; et afin qu'on pût les examiner en toute assurance, elle obtint de l'évêque du lieu, (9) après beaucoup de peines et de longues tribulations, qu'il convoquât tous les maîtres en théologie pour lire ses ouvrages ; et il les communiqua à chacun d'eux pour les examiner, de l'octave de St-Martin à l'octave de l'Épiphanie. Ceux-ci, les ayant examinés, les rendirent à l'évêque, qui les soumit au jugement de maître Wilhelm d'Auxerre, lequel les restitua à la sainte en affirmant que le sentiment des docteurs était que ces livres ne contenaient pas la parole humaine, mais la parole divine.


10. - Elle dit aussi, à propos de la renommée de la sainte, que sa mère ayant entendu parler de sa sainteté, vint avec d'autres nombreuses dames, du monastère qu'elle avait construit dans le village de Lorch distant de deux lieues, la supplier de lui donner sa bénédiction, ce qu'elle fit.

Sur l'examen des livres, le maître Arnold, de l'école Saint-Pierre, et Bruno, étudiant en théologie de la Faculté de Paris, sont d'accord avec tous ceux du monastère qui approchèrent sainte Hildegarde. Maître Jean, chanoine de Mayence, et maintenant curé de Binga, est d'accord avec ces derniers sur l'examen des livres ; et il ajoute, qu'en ce temps-là, il était étudiant en théologie de la Faculté de Paris, et que peu de vivants connaissent comme lui la vérité sur sainte Hildegarde. À ceux qui demandaient pourquoi la bienheureuse Hildegarde ne faisait plus désormais de miracles, il leur fut répondu que le Seigneur en avait accompli un si grand nombre, après la mort de la sainte, que le concours du peuple à son tombeau était devenu immense, à tel point que la religion et les offices divins étaient troublés par le tumulte de la foule. Le fait ayant été rapporté à l'archevêque suzerain de Mayence, il vint lui-même en personne sur les lieux et lui commanda de cesser les miracles.


11. Le prêtre Roric, qui a été déjà nommé avec les premiers témoins, dit, à propos de la possédée qu'il exorcisa, qu'une forme démoniaque apparut, semblable à un gros rat, d'un noir de charbon, et qu'à l'application des cheveux de la sainte, il s'enfuyait visiblement d'un membre à l'autre. Enfin, fatigué depuis longtemps, il se retira laissant derrière lui une fumée noirâtre ; et désormais on ne le vit plus avec ses corbeaux, qui lui servaient d'escorte (10).

Les écrits que l'assemblée confesse être sortis de ses mains sont le livre de « Scivias », le livre des « Mérites de la vie », le livre des « Œuvres divines » ; tous les trois, soumis à l'examen des docteurs en théologie de la Faculté de Paris ; le livre de l'Exposition de certains Évangiles, le livre des Épîtres, le livre de la Médecine par les simples, le livre de la Médecine par les composés, et son Cantique en langue inconnue, avec un opuscule écrit sur sa vie par le prêtre Bruno, déjà nommé, curé de Saint-Pierre à Strasbourg, homme de bonne foi et de bonne réputation, aumônier du dit monastère. Nous les transmettons sous notre sceau à Votre Sainteté ; et prosternés à ses genoux, nous supplions Votre Paternité, de daigner exposer sur un candélabre cette éclatante lumière qui semble cachée sous le boisseau, afin qu'elle luise aux yeux de tous ceux qui sont dans la maison du Seigneur, en inscrivant son nom au catalogue des Saints, donnant mission à des hommes de science de poursuivre, sous votre autorité, la réalisation de cette œuvre, et faisant taire les contradicteurs par la censure ecclésiastique. Ces choses ont été faites auprès de saint Rupert. Donné en l'an du Seigneur mil deux cent trente-trois, le dix-septième jour des calendes de Janvier.




(1) Ces actes ont été composés par ordre de Grégoire IX, qui avait envoyé trois dignitaires de 1'Église de Mayence, pour s'enquérir des vertus et des miracles de la sainte.

(2) Le nom d'Abbesse ne fut donné que plus tard aux supérieures du monastère de Saint-Rupert.

(3) Évêque-soldat, que la sainte avertit en vain de se rendre en son église. Il fut fait prisonnier et mourut dans les camps.

(4) Eugène III, 1145-1 153, Conciles de Reims et de Trèves ;

Adrien IV, 1154-1159 (seul pontife nommé par l'Angelerre), nombreux démélés avec l'empereur Frédéric Barberousse ;

Anastase IV. 1 1153 -1154.

(5) Conrad fit une expédition en Terre Sainte où il perdit la plus grande partie de son armée.

(6) Frédéric Barberousse. 1121-1190. Croisade en Terre Sainte, prise d'Icononium. Mort en se baignant dans le Cydnus.

(7) St-Martin. 316-397. On accourait en foule depuis des siècles à son tombeau La sainte fit ce pèlerinage aux dernières années de sa vie.

(8) L'Université de Paris était célèbre en ce temps-là.

(9) L'Évèque Maurice occupait le siège depuis longtemps. Il est fort loué dans la Gallia Christiana

(10) Ici les examinateurs envoyés par Grégoire IX, pour lui transmettre les moindres écrits d'Hildegarde (selon les paroles même du Pontife), se retournent vers lui et, après l'énumération de ses livres, lui demandent la canonisation.