TRAITÉ DE LA HIÉRARCHIE ECCLESIASTIQUE

Par SAINT DENIS l’ARÉOPAGITE

Traduction Maurice de Gandillac

 

CHAPITRE 1

Ce qu’on entend traditionnellement par hiérarchie ecclésiastique et quel en est l’objet.

CHAPITRE 2

I. De cette consécration qui s’accomplit dans l’illumination.

II. Mystère de l’Illumination

III. Contemplations

CHAPITRE 3

I. De ce qui s’accomplit dans la communion

II. Mystère de la communion

III. Contemplations

CHAPITRE 4

I. De ce qui s’accomplit grâce aux saintes huiles et des consécrations auxquelles elles servent.

II. Mystère du sacrement de l’onction.

III. Contemplation.

CHAPITRE 5

I. Des consécrations sacerdotales.

II. Mystère des consécrations sacerdotales

III. Contenplation.

CHAPITRE 6

I. Des ordres que forment les initiés.

II. Mystère de la consécration monacale.

III. Contemplation.

CHAPITRE 7

I. Des rites funéraires.

II. Mystère concernant ceux qui sont morts saintement.

III. Contemplation.

 

CHAPITRE 1

 

Ce qu’on entend traditionnellement par hiérarchie ecclésiastique et quel en est l’objet.

 

§ 1. Que notre hiérarchie, ô le plus pieux de nos saints disciples, comporte une science, une opération et une perfection, qui conduisent à Dieu, qui appartiennent à Dieu et qui sont l’oeuvre de Dieu, c’est ce qu’il nous faut montrer, d’a ces très saintes Écritures qui ne sont pas de ce inonde, à ceux que mystères et traditions hiérarchiques ont initiés par de saintes consécrations. Mais prends garde à ne pas divulguer de façon sacrilège dés mystères saints entre tous les saints mystères. Sois prudent et honore le secret divin par des connaissances intellectuelles et invisibles; conserve-le à l’abri de tout contact, de toute souillure profane; fie communique les saintes vérités que selon un mode saint à des hommes saints par une sainte illumination.

C’est ainsi, en effet, — la théologie nous l’enseigne, à nous qui sommes ses sectateurs, — que Jésus lui-même, Intelligence parfaitement théarchique et sur-essentielle, Principe et substance même de toute hiérarchie, de toute sanctification, de toute opération divines, Puissance souverainement théarchique, illumine de façon tout ensemble plus claire et plus intellectuelle les essences bienheureuses qui nous dépassent, et qu’il les assimile, autant qu’il est possible, à sa propre lumière. Quant à nous, grâce à cet amoureux désir du Beau, qui nous attire à lui et qui nous fait tendre vers lui, il réduit nos multiples altérités, il nous parfait en unifiant et en déifiant notre vie, nos habitudes, nos dispositions; il nous départit le don sacré des saints pouvoirs sacerdotaux. Accédant ainsi aux opérations sacrées du sacerdoce, nous nous approchons davantage des essences qui nous dépassent, en imitant autant que nous le pouvons l’indéfectible constance de leur sainte stabilité, en élevant ainsi notre regard vers la constance même de Jésus, bienheureuse et proprement théarchique. Ayant reçu une suffisante initiation pour contempler saintement tout ce qui s’offre à nos yeux sans sacrilège, illuminés par la connaissance de ces spectacles, nous pourrons alors, tout ensemble, nous con sacrer nous-mêmes à la science mystique et y consacrer les autres, revêtir nous-mêmes la forme lumineuse et accomplir l’opération divine, nous parfaire nous-mêmes et parfaire les autres.

§ 2. En ce qui concerne la hiérarchie des anges et des archanges, des principautés qui ne sont pas de ce monde, des pouvoirs et des puissances, des seigneuries et des trônes divins, ou des essences de même rang que les trônes dont l’Ecriture rapporte qu’elles se tiennent de façon constante et perpétuelle autour de Dieu et qu’elles vivent en accord avec lui, ces essences qu’on appelle en hébreu chérubins et séraphins, — si tu as l’occasion de lire dans le traité que nous y avons consacré ce que nous avons dit des ordres et des divisions sacrées de leurs légions et de leurs hiérarchies, tu pourras remarquer que nous avons loué cette hiérarchie céleste, non certes de façon digne d’elle, mais dans la mesure de nos forces et selon la tradition théologique des très saintes Ecritures. Il est un point pourtant qu’il faut rappeler ici. Comme tout à l’heure pour la hiérarchie céleste, celle dont nous entreprenons maintenant la louange ne comprend qu’une seule et même puissance à travers toutes ses fonctions hiérarchiques. Chaque chef hiérarchique en effet, dans la mesure où le comporte son essence, sa proportion et son ordre, peut, d’une part, recevoir l’initiation des secrets divins et obtenir la déification, transmettre d’autre part ceux qu viennent après lui, selon le mérite de chacun, une part de cette sainte déification qu’il a reçue de Dieu même. Quant aux inférieurs, d’une part, ils obéissent à ceux qui ont plus de pouvoirs qu’eux, d’autre part, ils incitent à progresser leurs propres subalternes. Ces derniers eux-mêmes ne se contentent pas d progresser; dans la mesure du possible ils guident le autres. Et c’est ainsi que, grâce à cette harmonie divine et hiérarchique, chaque ordre peut participer autant qu’il est en lui à Celui qui est véritablement beau, sage et bon.

Mais, comme nous l’avons déjà saintement rappelé, les essences et les ordres qui nous dépassent sont incorporels, leur hiérarchie appartient à l’ordre intelligible et transcende notre monde. Dans la hiérarchie humaine nous verrons au contraire se multiplier à la mesure de notre nature propre la variété des symboles sensibles qui nous élèvent hiérarchiquement jus qu’à l’unité de la déification autant qu’elle nous peut être accessible.

En tant qu’intelligences, les essences célestes possèdent autant qu’elles le peuvent faire sans sacrilège l’intuition intellectuelle de Dieu et de la vérité divine. Pour nous, c’est au moyen d’images sensibles que nous nous élevons autant que nous le pouvons jusqu’aux contemplations divines. A dire vrai, c’est bien un seul et même objet vers quoi tendent tous les êtres qui se conforment à Dieu, mais loin que tous aient part selon le même mode à Celui qui est identique et unique, chacun n’y participe qu’autant que les décrets divins lui assignent d’y participer, c’est-à-dire à la mesure de ses mérites. Mais on a traité cette question de façon plus explicite quand on a étudié la relation des intelligibles aux sensibles. Pour l’instant, je tenterai seulement de décrire notre hiérarchie, d’en définir autant que Je pourrai le principe et l’essence, ayant d’abord invoqué Jésus, principe et fin de toute hiérarchie,

§ 3. Selon notre vénérable tradition, toute hiérarchie rend pleinement compte de toutes es saintes réalités qui lui sont soumises, Quelle qu’elle soit, elle totalise de façon parfaitement Intégrale toutes les saintes réalités qui lui appartiennent. On a raison, par conséquent, de dire que notre hiérarchie enveloppe en elle toutes le suintes réalités qui appartiennent à son ressort et que c’est grâce à elle que le divin grand prêtre, une fois consacré, pourra participer à toutes les plus simples opérations qui dépendent de lui, comme l’indique bien son nom grec de hiérarchique. Qui dit hiérarchie dit, en effet, collection ordonnée de toutes les saintes réalités; de même qui dit « hiérarque désigne un homme déifié et divin, instruit de toute sainte connaissance, en qui toute la hiérarchie qui dépend de lui trouve le pur moyen de s’achever et de m’exprimer.

De cette hiérarchie la Trinité, à titre de cause unique que des êtres, est la source vivifiante, l’essence bienfaisante. C’est elle qui, dans sa bonté confère à la fois toute existence et tout bonheur, Or cette bienheureuse Théarchie, totalement transcendante, qui est en toute vérité à la fois une et trine, s décidé, selon une raison qui nous échappe mais qui lui est parfaitement claire, d’assurer notre salut ainsi que celui des essences qui nous dépassent. Mais notre salut n’est possible que par notre déification. Et nous déifier, c’est ressembler à Dieu et nous unir à lui au tant que nous le pouvons. Le terme commun de toute hiérarchie consiste donc dans cet amour continu de Dieu et des mystères divins que produit saintement en nous la présence unifiante de Dieu lui-même. Mais pour atteindre à cette présence, il faut passer d’abord, par le dépouillement total et sans retour de tout ce qui y fait obstacle, il ne faut plus connaître des êtres que Celui qui les rend véritablement êtres; il faut contempler et comprendre la sainte vérité, participer, dails la mesure du possible, grâce à une parfaite et déifiante union, à Celui qui est l’unité même, se repaître tic cette vision sacrée qui nourrit l’intelligence et déifie quiconque s’élève jusqu’à elle.

§ 4. Disons donc que la bienheureuse Théarchie, qui est, en tant que Déité naturelle, le principe de toute déification, et dont la divine bonté déifie les déifiés, a octroyé à toute substance douée de raison et d’intelligence le don de la hiérarchie pour assurer son salut et sa déification. A ceux qui jouissent dans l’au-delà d’un repos bienheureux, ce don fut octroyé de façon plus immatérielle et plus intellectuelle (car ce n’est pas du dehors que Dieu les meut vers le divin, mais de façon intelligible, en les illuminant du dedans du plus divin vouloir, grâce à une lumière pure et immatérielle). Quant à nous, ce don que les essences célestes ont reçu de façon une et simple, la divine tradition des Ecritures ne nous l’a transmis qu’adapté à nos moyens, à travers la variété multiple des divisions symboliques. Ainsi l’essentiel de notre hiérarchie humaine est constitué par les créatures reçues de Dieu. Par ces très saintes Ecritures, nous n’entendons pas seulement ce que nos saints initiateurs nous ont laissé dans leurs saints écrits et dans leurs tablettes théologiques, mats encore tout ce que ces saints hommes, en imitant Dieu selon un mode moins matériel, d’une façon qui se rapproche pour ainsi dire de celle qui appartient à la hiérarchie céleste, ont transmis à nos maîtres d’intelligence à intelligence, de façon corporelle puisqu’ils parlaient, immatérielle pourtant, puisqu’ils n’écrivaient pas.

Ces grands prêtres inspirés de Dieu n’ont pas abandonné pour autant ces mystères à l’usage commun du culte saint en usant de formules ouvertement Intelligibles, mais bien à travers des symboles sacrés, car tout le monde n’est pas saint, et, comme dit l’Ecriture, « il n’y a pas en tous la même connaissance (I Co. VIII, 7) ».

§ 5. Ayant eux-mêmes reçu de la Théarchie suressentielle la plénitude du don sacré, chargés par la Bonté théarchique de répandre ce don au dehors, il a bien fallu par conséquent que, dans leur ardent et généreux désir d’élever spirituellement leurs subordonnés à la déification qu’ils avaient eux- mêmes reçue, les premiers chefs de notre hiérarchie nous transmissent à travers des images sensibles des secrets qui sont plus haut que le ciel, à travers la variété et la multiplicité des formules un mystère qui est unique. En nous en faisant don, ils ont nécessairement humanisé le divin et matérialisé l’immatériel. Ils ont réduit à notre portée le suressentiel, aussi bien dans leurs écrits que dans leurs initiations orales. C’est bien là ce que prescrivent les saintes lois, non seulement à l’égard des profanes pour qui ce serait sacrilège que de toucher aux symboles, mais encore parce que notre hiérarchie elle-même, comme je l’ai dit, est également symbolique et proportionnée à notre nature et doit s’appuyer sur des signes sensibles pour nous élever plus divinement jusqu’aux réalités intelligibles. Toutefois, si la raison d’être des symboles fut révélée aux saints initiateurs, ce serait sacrilège de leur part que d’en instruire ceux qui sont encore sur la voie de la perfection, car ils n’ignorent pas que ceux qui ont reçu de Dieu même le pouvoir d’instituer les saints règlements ont organisé la hiérarchie selon la gradation fixe et invariable des ordres, déterminant pour chacun selon ses mérites, les saintes attributions qui lui conviennent.

Comme les voeux sacrés que tu as prononcés (il faut ici le rappeler) me garantissent que tu ne transmettras rien à autrui de tous les saints enseignements qui concernent les sublimes hiérarchies sinon à des initiateurs déifiés et qui sont tes pairs, comme je suis sûr également que tu leur feras promettre selon le précepte hiérarchique de ne toucher que purement à ce qui est pur et de ne communiquer qu’à des hommes de Dieu les mystères de l’oeuvre divine, qu’à ceux qui sont capables de consacrer les secrets de la consécration, qu’aux saints enfin les plus saintes réalités, je t’ai transmis avec d’autres enseignements hiérarchiques ce don reçu de Dieu.

 

CHAPITRE 2

 

I. De cette consécration qui s’accomplit dans l’illumination

 

Nous avons saintement exposé que l’objet propre de notre hiérarchie est de nous assimiler, de nous unir autant que nous le pouvons à Dieu. Mais, comme l’enseignent les saintes Ecritures, nous n’y réussirons que par l’amour charitable et par la pieuse observance des plus saintes prescriptions. Car il est écrit : « Celui qui m’aime gardera mes paroles, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous demeurerons en lui. (Jean XIV, 23) » Mais quel est le principe de la pieuse observance des plus saintes prescriptions? Il consiste à façonner les dispositions de notre âme de façon qu’elle reçoive le mieux possible les paroles sacrées et les saintes opérations qui nous viennent du dehors; à nous frayer une route pour nous élever spirituellement au repos que nous goûterons au delà du ciel; à recevoir enfin la sainte et très divine régénération.

Comme le dit, en effet, notre Illustre maître sur le plan intellectuel, c’est l’amour de Dieu qui nous meut d’abord vers le divin. Mais lorsque cet amour sacré se manifeste au dehors en inspirant les saintes opérations du culte, ce qui constitue le fondement primitif de ce procès, c’est l’opération parfaitement ineffable par laquelle nous sommes déifiés. Etre déifié, c’est faire naître Dieu en soi ; personne, par conséquent, ne saurait comprendre, ni moins encore ni moins encore mettre en pratique les Vérité reçues de Dieu s’il ne lui a été donné d’abord de subsister divinement. Sur le plan humain, n’avons-nous pas besoin d’abord de subsister avant d’agir selon nos facultés, car ce qui n’existe d’aucune façon ne se meut ni ne subsiste, car ce qui n’existe que selon tel ou tel mode n’opère rien ni ne subit aucune action du dehors sinon dans les limites de son existence? II me semble que c’est là une vérité d’évidence.

Partant de ces principes, initions-nous maintenant aux divers symboles de la naissance de Dieu en nous. Mais qu’aucun profane surtout n’assiste à ce spectacle. Car s’il n’est pas sans danger pour des yeux faibles de fixer les rayons du so1eil on ne saurait toucher sans péché à ces mystères qui nous dépassent. Sous le règne de la Loi la véritable hiérarchie a ré prouvé Ozias d’avoir touché aux saints mystères, Coré d’avoir exercé des charges sacrées supérieures à son ministère, Nadiab et Abihu de n’avoir pas exécuté saintement les fonctions qui leur appartenaient en propre

 

II. Mystère de l’Illumination

 

§ 1. Le grand prêtre, qui désire que « tous les hommes, chacun pour leur part, soient sauvés en acquérant la ressemblance de Dieu , et qu’ils accèdent tous à la connaissance du vrai (I Tim. II, 4) » annonce à tous la véritable bonne nouvelle, à savoir que Dieu a fait miséricorde aux habitants de la terre en vertu de sa bonté propre et naturelle, qu’il a daigné dans son amour pour l’homme faire l’effort de venir à nous et, en les unissant à lui, de s’assimiler comme fait le feu tous ceux qu’il a admis à son union, dans la mesure de leur aptitude propre à recevoir la déification. « Car à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné pouvoir de devenir fils de Dieu, s’ils ont la foi en son nom, s’ils ne sont pas nés du sang ni de la volonté charnelle, mais de Dieu (Jean I, 12-13). »

§ 2. Lorsqu’un homme est enflammé par l’amour des réalités qui ne sont pas de ce monde et qu’il est animé du saint désir d’en recevoir a part, il s’approche d’abord de l’un des Initiés; il le prie de le conduire au grand prêtre promettant une totale obéissance à tout ce qui lui sera prescrit; Il lui demande d’accepter la charge de son admission et de tout ce qui concerne sa vie future. L’autre est mû par le désir sacré de sauver celui qui s’adresse à lui, mais quand il met en balance les forces humaines et la sublimité de l’entreprise, il frémit tout aussitôt et l’angoisse l’étreint. A la fin pourtant sa bienveillance l’emporte et il consent à accéder à la demande qui lui est faite. Prenant en charge le novice, il le conduit à celui qui a reçu son nom de la hiérarchie [qu’il préside].

§ 3. Ce dernier, ayant reçu joyeusement ces deux hommes, comme on porte une brebis sur ses épaules, exprime d’abord sa gratitude et par les action de grâces de son intelligence comme par les prosternements de son corps il chante les louanges du Principe unique et bienfaisant par qui sont appelés tous les appelés et sauvés tous les sauvés.

§ 4. Rassemblant ensuite dans l’enceinte sacrée tous les membres du saint ordre pour coopérer au sa lut de cet homme, pour célébrer ensemble ce salut et pour rendre grâces à la Bonté divine, il commence par chanter pieusement avec tout son clergé un hymne tiré des saintes Ecritures. Ayant ensuite baisé la sainte Table, il s’avance vers l’homme qui se tient devant lui et il lui demande dans quel dessein il est venu.

§ 5. Lorsque le postulant, plein d’amour pour Dieu, a répondu suivant les instructions de son parrain, en répudiant son impiété, son ignorance de la vraie Beauté, l’absence en lui de toute vie divine, lorsqu’il a demandé par sa sainte entre mise l’honneur de participer à Dieu et au mystères divins, le grand prêtre proclame qu’il doit faire le don total de lui-même pour s’approcher du Dieu absolument parfait et sans reproche. Lui ayant enseigné les règles de la vie en Dieu, lui ayant demandé s’il est bien décidé à vivre selon ces règles, sur la réponse affirmative du postulant, il lui impose les mains en le marquant du signe sacré. Il ordonne ensuite aux sacrificateurs d’enregistrer son nom ainsi que celui de son parrain.

§ 6. L’enregistrement terminé, il prononce une sainte invocation. Tout le clergé l’ayant récitée avec lui, il ordonne aux ministres de délier la ceinture du postulant et de le déshabiller. Puis il le place face à l’occident, les mains étendues dans la même direction en signe de conjuration; il lui ordonne trois fois de souffler sur Satan et de consentir à l’abjuration. Ayant trois fois prononcé la formule que l’autre répète après lui, il le tourne alors face à l’orient, les yeux levés, les mains tendues vers le ciel, et Il lui or donne de se soumettre au Christ, ainsi qu’à tous les enseignements révélés par Dieu.

§ 7. Cette cérémonie achevée, il l’oblige de nouveau à une triple profession de foi. Lorsque le postulant a accompli cette triple profession de foi, il prie, puis il le bénit et il lui impose de nouveau les mains. Les ministres alors le dévêtent entièrement, et les sacrificateurs apportent l’huile sainte destinée à l’onction. Le grand prêtre commence l’onction par trois signes sacrés, puis il laisse aux sacrificateurs le soin d’oindre tout le corps de l’homme et s’avance lui- même vers la matrice de toute filiation. Il sanctifie l’eau de cette source par de pieuses invocations, il la consacre par trois effusions d’huile très saintes, opérées en signe de croix. Chaque fois qu’il verse l’huile très sainte il chante le cantique sacré inspiré aux prophètes par l’Esprit de Dieu. Il ordonne alors que l’homme soit conduit jusqu’à lui. L’un des sacrificateurs dit son nom à haute voix, ainsi que celui de son parrain tels qu’ils furent consignés dans le registre. Puis les sacrificateurs conduisent le postulant jus qu’à l’eau et le remettent au grand prêtre. Ce dernier, s’étant placé sur un lieu plus élevé, cependant que les sacrificateurs répètent à chaque immersion le nom de l’initié, trois fois le grand prêtre je plonge dans l’eau en invoquant, chaque fois qu’il pénètre dans l’eau et chaque fois qu’il en sort, les trois Personnes de la divine Béatitude. Les sacrificateurs prennent alors en charge [le nouveau baptisé] et le conduisent à son parrain, promoteur de son initiation. De concert avec lui, ils le revêtent de son vêtement et le conduisent de nouveau jusqu’au grand prêtre. L’ayant signé avec l’huile parfaitement sacramentelle, ce dernier maintenant le proclame digne de prendre part à la très sanctifiante action de grâces.

§ 8. L’initiation achevée, après être descendu processivement vers des réalités de second ordre, le grand prêtre s’élève de nouveau et retourne à la contemplation des réalités premières, en sorte qu’il ne se laisse jamais entraîner en aucun cas ni d’aucune façon par des objets étrangers à sa fonction pro-

 

III. Contemplations

 

§ 1. Cette initiation pour ainsi dire symbolique de la sainte naissance de Dieu en nous ne contient rien d’inconvenant ni de profane; elle ne contient même aucune Image sensible, mais elle reflète plutôt les énigmes d’une contemplation digne de Dieu dans des miroirs naturels adaptés aux facultés humaines. En quoi pourrait-elle sembler défectueuse, cette cérémonie qui (pour ne célébrer que par le silence la raison plus divine de ces rites consécratoires) inculque à l’Initié par ses saintes instructions les préceptes d’une vie sainte, en même temps que par la purification physique de Peau elle lui enseigne de façon plus corporelle à se purifier de toute malice en me nant une vie vertueuse et toute en Dieu?

Ainsi, n’eut-elle aucune signification plus divine, la tradition symbolique de cette Initiation n’aurait rien à mon sens d’impie, puisqu’elle enseigne à vivre saintement et, que par la purification du corps entier dans l’eau elle suggère un total renoncement aux oeuvres de malice.

§ 2. Puisse cette cérémonie servir aux imparfaits de moyen d’élévation spirituelle en distinguant, comme il se doit, de ce qui appartient à la foule les sacrements d’unité qui sont le lot de la hiérarchie et en proportionnant à chacun des ordres la part d’ascension spirituelle, qui lui convient! Quant à nous, levons saintement les yeux jusqu’au Principe de toute initiation. Recevons de lui-même le dépôt de ses saints y et nous confesserons alors ces vérités dont nos rites ne sont que des expressions sensibles, ces réalités invisible dont elles sont les images visibles. Comme nous l’avons montré clairement dans notre traité Des sensibles et des intelligibles, les symboles sacrés sont, en effet, les signes sensibles des mystères intelligibles; ils montrent la route et conduisent vers eux, tandis que les intelligibles constituent le principe et la science de tout ce que la hiérarchie contient d’allégories sensibles.

§ 3. Ainsi nous pouvons affirmer que la Bonté de La divine Béatitude, tout en demeurant constamment semblable et identique à soi-même, dispense généreusement à quiconque la contemple avec les yeux de l’intelligence les rayons bienfaisants de sa propre lumière. Il arrive pourtant qu’en vertu de leur libre arbitre les intelligences repoussent la lumière intelligible, que leur désir amoureux du mal les pousse à fermer ces yeux de l’intelligence à qui fut départi naturellement le pouvoir de recevoir l’illumination. Mais elles ont beau se dérober à cette lumière qui s’offre sans cesse à leur regard, celle-ci, loin de les abandonner d’aucune façon, rayonne encore même sur des yeux myopes. Comme il convient à sa bouté, elle s’élance même pour les toucher lorsqu’elles se détournent d’elle. Il arrive aussi qu’elles outrepassent les limites raisonnablement assignées à leur regard et que dans leur audace elles prétendent contempler directement ces Lumières qui sont au delà même de la lumière en soi. En ce cas la lumière n’agira pas contre sa nature de lumière, mais t’est l’âme même qui, s’étant offerte imparfaite à la Perfection absolue, non seulement n’atteindra pas à des réalités qui lui demeurent étrangères, mais se verra frustrée par son orgueil malsain de la part même qui lui revenait. Il n’en reste pas moins, comme je l’ai dit que, dans sa bonté, la Lumière divine ne cesse jamais de s’offrir aux yeux de l’intelligence; c’est à eux qu’il appartient de la saisir, car elle est là et toujours divinement prête au don de soi-même.

Tel est le modèle qu’imite le grand prêtre de Dieu, lorsqu’il déverse généreusement sur toutes les âmes les rayons lumineux de son enseignement d’homme de Dieu, lorsqu’à l’imitation de Dieu il de meure toujours parfaitement disposé à illuminer qui conque se présente à lui, ignorant la jalousie, ne se laissant aller à aucune colère impie à l’égard des anciens défaut s et des dérèglements passés, mais ne c saut de dispenser ses lumières hiérarchiques à qui conque vient à lui, comme il sied à un homme de Dieu, de façon harmonieuse et en respectant l’ordre, selon les aptitudes de chacun à recevoir les mystères di vins.

§ 4. Mais puisque Dieu même est le principe de cette institution sacrée qui permet aux saintes intelligences de se connaître elles-mêmes, quiconque s’empressera de considérer sa propre nature verra d’abord quel il est soi-même en son principe, et de cette connaissance il recevra en quelque sorte le premier des dons sacrés qui naîtront en lui de son ascension vers la Lumière. S’étant considéré soi-même en toute rectitude dans sa propre nature et d’un regard sans passion, il échappera ainsi aux crasses ténèbres de l’ignorance Mais n’étant pas encore assez initie pour s’unir et pour participer à la Perfection divine, ce n est pas spontanément qu’il en éprouvera le désir, mais c’est progressivement qu’initié par l’entremise de ceux qui sont plus avancés que lui jusqu’à un niveau plus haut encore, puis par l’entremise de ceux qui appartiennent à ce plus haut niveau jusqu’au rang des tout premiers, il accèdera alors selon les saintes règles de l’ordre jusqu’au Sommet théarchique.

Cette harmonieuse gradation est saintement figurée par la honte du postulant, par la confession de ses péchés, par le chemin qu’il parcourt pour s’approcher du grand prêtre, avec le secours d’un parrain. A celui qui procède ainsi, la divine Béatitude accorde une part d’elle-même, elle lui imprime comme le sceau de sa propre Lumière, faisant de lui un homme de Dieu, le recevant dans la communion de ceux qui ont mérité la déification et qui constituent l’assemblée des saints. C’est ce que symbolise saintement le signe marqué sur le postulant par le grand prêtre, l’enregistrement salutaire effectué par les sacrificateurs qui cataloguent ainsi le néophyte parmi les sauvés et qui inscrivent son nom, ainsi que celui de son parrain, sur les mémoriaux sacrés, comme pour les conduire sur la vraie voie de la vivification, l’un parce qu’il aime de façon sincère et fidèle son divin guide, l’autre parce qu’il conduit sans erreur celui qui marche derrière lui selon les prescriptions reçues de Dieu même.

§ 5. Mais on ne saurait participer tout ensemble à des réalités opposées; quiconque entre en communion quelconque avec l’Un ne peut plus mener une vie divisée, s’il tient du moins à recevoir de l’Un une sûre participation, mais il lui faut résister ferme ment à toutes les atteintes de ce qui peut dissoudre l’unité. Tel est l’enseignement que suggère saintement la tradition symbolique en dépouillant pour ainsi dire le néophyte de sa vie antérieure, en lui arrachant jusqu’aux dernières affections d’ici-bas, en le plaçant le corps et les pieds nus, face à l’occident pour abjurer le mains tendues toute communication avec les ténèbres mauvaises, pour expulser en quelque sorte tout ce qui, dans sa conduite passée, portait le signe de la dissemblance pour accepter l’abjuration totale de tout principe contraire à la conformité divine.

Devenu ainsi invincible et libre, on le tourne vers l’orient pour lui montrer qu’en répudiant toute malice il pourra recevoir dans leur parfaite pureté la possession et la contemplation de la Lumière divine. Maintenant qu’il est tout à fait unifié, c’est avec un véritable amour qu’on accueille la sainte promesse qu’il fait de tendre de toutes ses forces vers l’Un. Mais il est clair, je crois, pour qui connaît la nature des hiérarchies, que c’est en tendant de façon énergique et constante vers l’Un, en mourant entièrement aux principes adverses et en se libérant de leur domination, que les êtres doués d’intelligence reçoivent la force de se conformer sans altération à la forme divine. Car Il ne suffit pas de renoncer à toute malice, il faut encore manifester une inflexible virilité, résister intrépidement et sans relâche à tout funeste relâchement, ne jamais cesser de désirer le Vrai d’un saint amour, mais tendre continûment et constamment vers lui autant qu’on le peut, tâchant toujours de s’élever saintement vers les plus hautes perfections de la Théarchie.

§ 6. De toutes ces vérités, les rites hiérarchiques de l’initiation te présentent donc des images exactes. Le grand prêtre, qui vit dans la conformité divine, commence à enduire des saintes huiles le corps du postulant, mais ce sont les sacrificateurs qui achèvent l’opération sacrée de l’onction, appelant ainsi symboliquement l’initié aux pieuse luttes qu’il va entreprendre désormais sous la direction du Christ, car c’est Lui, qui, à titre de Dieu, organise le combat; à titre de Sage, établit le règlement; à titre de Beau, pourvoit dignement aux qui seront décernés aux vainqueurs. Mais, mystère plus divin encore, à titre de Bon, il est descendu lui-même en lice avec les combattants pour défendre leur liberté et leur assurer la victoire sur les forces de mort et de damnation. Aussi bien l’initié va-t-il s’élancer joyeusement à ces combats qu’il sait divins, fidèle désormais aux préceptes sagement institués qui seront pour lui les règles inflexibles du combat. Dans le ferme espoir de mériter de belles récompenses dans les rangs d’une troupe commandée par le Seigneur bon qui est le maître du combat, il marchera sur les traces divines de Celui qui, dans sa bonté, fut le premier des athlètes, combattant à l’imitation de Dieu lui-même. C’est ainsi qu’ayant vaincu toutes les opérations et toutes les substances qui font obstacle à sa déification, en mourant au péché par le baptême, on peut dire mystiquement qu’il partage la mort même du Christ.

§ 7. Remarque avec moi et observe attentivement quelle est la convenance des symboles où s’expriment les mystères sacrés. Puisqu’à nos yeux la mort, en effet, n’est pas une désubstantialisation de l’essence comme l’imaginent les autres, mais bien la séparation des parties unies qui entraîne l’âme dans un monde pour nous invisible, comme si elle devait y être à jamais privée du corps, tandis que ce dernier, caché pour ainsi dire sous la terre où il subit une autre altération qui modifie sa forme corporelle, abandonne ainsi toute figure humaine, c’est à bon droit qu’on immerge entièrement l’initié dans l’eau pour figurer la mort et cet ensevelissement où se perd toute figure. Par cette leçon symbolique, celui qui reçoit le sacrement de baptême et qui est trois fois plongé dans l’eau, apprend mystérieusement à imiter cette mort théarchique que fut l’ensevelissement pendant trois jours et trois nuits de Jésus, Source de vie, dans la mesure du moins où Il est permis à l’homme d’imiter Dieu sans sacrilège, s’il est vrai que, selon la tradition secrète et profonde de l’Ecriture, « le prince de ce monde n’eut aucune prise sur lui ».

§ 8. On revêt ensuite l’initié de vêtements lumineux. Maintenant que son courage et sa déification l’ont rendu insensible à tout ce qui appartient au domaine des oppositions, grâce à l’énergique tension de son vouloir vers l’Un, tout ce qui était en lui d s’ordonne; ce qui était informe prend forme et sa vie maintenant s’irradie d’une pleine lumière. La consécration par l’huile parfume agréablement l’initié d’une suave odeur, car la sainte perfection de la naissance de Dieu en eux unit les initiés à l’Esprit théarchique. Mais cette effusion reste indicible, car son opération parfumante et perfectionnante demeure sur le plan intelligible. Je laisse le soin de la reconnaître intellectuellement à ceux qui ont mérité d’entrer en communion, sur le plan de l’intelligible, de façon sainte et divine, avec l’Esprit de Dieu.

Une fois tous ces rites achevés, le grand prêtre convie celui dont l’initiation est maintenant complète à une très sainte action de grâces et il l’admet ainsi à la communion des mystères qui doivent le rendre parfait.

CHAPITRE 3

 

I. De ce qui s’accomplit dans la communion

 

Mais poursuivons. Puisque nous avons fait allusion à la communion, il serait sacrilège de passer outre et de célébrer avant elle quelque autre fonction de la hiérarchie. Elle constitue, en effet, selon notre illustre précepteur, le sacrement des sacrements. Après avoir exposé, grâce à la science divine que nous dispensent Ecriture et hiérarchie, les saintes allégories qui la concernent, il nous faudra donc nous élever sous l’inspiration de l’Esprit théarchique jusqu’à la sainte contemplation de ce qu’elle est en vérité.

Tout d’abord initions-nous pieusement au privilège de ce sacrement qui se voit attribué de préférence à tous les autres un caractère commun à tous les sacrements hiérarchiques, puisqu’on l’appelle tout simple ment communion, et que toute opération sacramentelle consiste bien à unifier en les déifiant nos vies dispersées, à rassembler dans la conformité divine tout ce qui en nous est divisé, à nous faire entrer ainsi en communion et en union avec l’Un. Mais nous disons que la participation aux autres symboles de la hiérarchie n’est complètement achevée que grâce aux dons théarchiques et perfectionnants de celui-là. Car il est à peu près impossible que se célèbre aucun des sacrements hiérarchiques sans que la très divine action de grâces, au point capital de chaque rite, réalise par sa divine opération l’unification spirituelle de celui qui reçoit le sacrement, sans qu’elle lui dis pense de la part de Dieu ses mystérieux pouvoirs de perfectionnement, sans qu’elle achève ainsi de le faire entrer dans la communion divine. Chacun des sacrements de la hiérarchie est imparfait en ce sens qu’il ne parachève pas notre communion avec l’Un; demeurant lui-même imparfait, il ne saurait entièrement nous parfaire. La fin pourtant de tous les sacrements et leur élément capital consistent toujours à faire participer celui qui les reçoit aux mystères de la Théarchie. Aussi la science sacerdotale a bien fait d’attribuer à la communion un nom qui signifie en toute vérité l’essence même de son opération.

Il en est de même pour le saint sacrement qui pro duit en nous la naissance de Dieu: puisqu’il est le premier introducteur de la lumière et le principe de toute illumination divine, nous avons raison de le célébrer d’après son opération propre sous le nom d’illumination. Car bien qu’il appartienne en commun à toutes les opérations hiérarchiques de transmettre aux fidèles la lumière divine, c’est bien ce sacrement qui le premier m’a ouvert les yeux et c’est sa lumière originelle qui m’a permis de contempler la lumière que répandent les autres sacrements.

Ces points établis, élevons nos âmes et considérons hiérarchiquement, d’abord le rituel du plus saint des sacrements, ensuite la contemplation [qui correspond à ce rituel].

 

II. Mystère de la communion

 

Le grand prêtre, ayant achevé sa sainte invocation au pied de l’autel des divins sacrifices, commence par encenser cet autel, puis il fait le tour de la sainte assemblée. Revenu à l’autel des divins sacrifices, il en tonne le chant sacré des psaumes, et tous les ordres ecclésiastiques accompagnent sa voix dans cette sainte psalmodie. Immédiatement ensuite les ministres commémorent les saintes tablettes (évangile et épître). C’est alors que les catéchumènes sortent de l’enceinte sacrée, puis les possédés et les pénitents. Ne demeurent que ceux qui méritent l’initiation et la communion aux mystères divins. Parmi les ministres certains se tiennent aux portes du sanctuaire dont ils assurent la fermeture (portiers). Les autres accomplissent quelque fonction correspondant à leur ordre les plus élevés en dignité (diacres) aident les sacrificateurs à déposer sur l’autel des divins sacrifices le pain sacré et le calice de bénédiction, après que l’assemblée entière a chanté l’hymne de la foi catholique.

A ce moment-là le divin grand prêtre prononce une sainte invocation et annonce à tous la sainte paix; tous les assistants échangent le baiser rituel, puis on achève la proclamation des saintes tablettes. Le grand prêtre et les sacrificateurs s’étant purifié les mains avec de l’eau, le grand prêtre prend place au centre de l’autel des divins sacrifices, et seuls l’entourent, avec les sacrificateurs, les plus élevés, en dignité parmi les ministres. Le grand prêtre loue les saintes oeuvres de Dieu, puis il accomplit saintement l’oeuvre des plus divins mystères; c’est alors qu’il ex pose publiquement, sous le voile des symboles sacrés, l’oeuvre divine qu’il vient d’accomplir. Ayant ainsi montré les dons bienfaisants de Dieu, il se prépare à communier saintement, et il exhorte les autres à l’imiter. Ayant reçu et distribué la communion théarchique, il termine la cérémonie par une sainte action de grâces. Cependant que la foule ne prend garde qu’aux seuls symboles divins, lui, au con traire, inspiré par l’Esprit théarchique, ne cesse d’élever son âme vers le saint principe du rite sacramentel, grâce à des contemplations bienheureuses de l’ordre intelligible, conformément aux lois de la hiérarchie, dans cette pureté habituelle qu’il doit à sa vie tout en Dieu.

 

III. Contemplations

 

§ 1. Et maintenant, bel enfant, après ces Images pieusement subordonnées à la vérité divine de leur modèle, je vais parler pour l’instruction spirituelle des nouveaux initiés. Me mettant à leur portée, je dirai que la variété composite des symboles sacrés, si extérieure qu’elle puisse paraître, est loin de manquer de signification pour leur intelligence. Le chant des très saintes Ecritures et les commémoraisons [des tablettes] leur enseignent, en effet, les préceptes d’une vie vertueuse, et avant tout la nécessité de se purifier totalement de toute malice dissolvante. La très divine distribution, opérée en commun et pacifiquement, du même pain et du même vin leur prescrit, puisqu’ils furent nourris des mêmes aliments, d’unifier leurs moeurs en vivant tout en Dieu, en même temps qu’elle leur rappelle pieusement la mémoire de la très sainte Cène, symbole primitif de tout sacrement et dont l’instituteur même de ces symboles a tout à fait raison d’exclure quiconque se présente au saint banquet dans l’impureté et sans s’être réconcilié avec lui, enseignant par là même de façon très sainte et très divine qu’en prenant vraiment l’habitude d’approcher des mystères divins, on mérite vraiment de s’assimiler à eux et d’entrer en communion avec eux.

§ 2. Mais laissons aux imparfaits ces signes qui, comme je l’ai dit, sont peints magnifique ment dans les vestibules des sanctuaires; ils suffiront à nourrir leur contemplation. Pour nous, dans la con sidération de la sainte communion, remontons des effets aux causes, et, grâce aux lumières que nous dis pensera Jésus, nous pourrons contempler harmonieusement les réalités Intelligibles où se reflète clairement a bienheureuse bonté des modèles (qui sont au delà même de l’intelligence). Toi même, ô saint sacrement, le plus divin de tous les sacrements, soulève les voiles énigmatiques qui t’enveloppent de leurs symboles, révèle-toi clairement à notre regard, et emplis les yeux de notre, intelligence d’une lumière unifiante et manifeste!

§ 3. Il nous faut donc, je crois, pénétrer maintenant dans le sanctuaire, puis, ayant dévoilé le caractère intelligible de la première des images, fixer nos yeux sur cette beauté qui lui donne forme divine et considérer avec un regard divin la double marche du grand prêtre, allant d’abord répandre le parfum de puis l’autel des divins sacrifices jusqu’aux extrémités même du temple, puis revenant à l’autel pour accomplir le sacrifice. La bienheureuse Théarchie, qui transcende tout être, bien que dans sa bonté divine elle s’avance elle aussi processivement pour se communiquer à ceux qui reçoivent saintement sa participation, ne sort jamais -de son siège essentiellement stable et immobile; et bien qu’elle illumine quiconque se conforme à Dieu proportionnellement à ses aptitudes, elle demeure réellement en soi-même, totalement in dans sa propre identité. Il en est de même pour le saint sacrement de la communion tout en conservant son principe unique, simple, indivisé, il se multiplie par amour des hommes dans une sainte variété de symboles, il s’étend jusqu’à la totalité de ces pieuses images qui figurent la Théarchie; mais, unifiant la variété de ces symboles, il retourne à sa propre unité et il confère l’unité à tous ceux qui viennent saintement à lui.

De la même façon encore, s’il est vrai que, comme il sied à un homme de Dieu, le divin grand prêtre dans sa bienveillance transmet à ses inférieurs cette science unique de la hiérarchie qui lui appartient en propre et qu’il use pour ce faire d’une multitude d’énigmes, bientôt on le voit revenir, libéré et affranchi de toute réalité inférieure, a son principe propre, sans avoir subi aucune diminution. Pénétrant par l’intelligence jusqu’au niveau de l’Un, il contemple alors d’un oeil pur et dans leur unité primordiale les raisons d’être des rites sacrés. Se retournant plus divinement vers les réalités premières, il arrête cette descente processive vers les réalités secondes que lui inspire son amour des hommes.

§ 4. La sainte psalmodie qui accompagne à peu près tous les mystères hiérarchiques ne devait pas manquer non plus au plus hiérarchique de tous. Ce qu’enseignent, en effet, les saintes tablettes scripturaires à ceux qui sont capables de déification, ce qu’elles enracinent en eux par les saints mystères sacramentaux et par ces exhortations spirituelles qui les conduisent à vivre d’une vie conforme à Dieu, c’est cette opération par laquelle Dieu lui-même confère à tout ce qui existe substance et ordre (Genèse); c’est la hiérarchie et l’ordre public tels qu’ils sont prescrits par la Loi (Lev., Deut); ce sont les tirages au sort, les distributions et les partages concernant le peuple de Dieu (Nombres); c’est le savoir des saints juges (Juges), des sages rois (Rois, Paral.), des prêtres qui vivent en Dieu; la puissante et inébranlable philosophie avec laquelle nos anciens supportèrent des accidents variés et nombreux (Job); les sages préceptes de vie (livres sapientiaux); le cantique qui dépeint divinement les divines amours (Cantique); les prédictions prophétiques de l’avenir (prophètes); les divines opérations de Jésus fait homme (évangiles synoptiques); les actes et les enseignements de ses disciples, dans l’ordre profane et dans l’ordre sacré, tels que Dieu les leur inspira en vue d’assurer a propre imitation (Actes et épîtres); c’est la vision secrète et mystique de cet inspiré qui fut le plus cher des apôtres (Apocalypse); c’est enfin l’explication théologique des mystères concernant Jésus et qui ne sont pas de ce monde (évangile de saint Jean), explication destinée à ceux qui sont aptes à la déification et confirmée par des élévations sacramentelles saintes et conformes à Dieu. D’autre part, ces divins chants sacrés qui ont pour dessein de célébrer la révélation et toutes les opérations divines, de redire tout ce qu’ont dit de Dieu et tout ce qu’ont divinement opéré les hommes de Dieu, constituent le poème historique complet de tous les mystères divins et confèrent à tous ceux qui les écoutent dans un esprit divin le pouvoir durable de recevoir et de distribuer tous les sacrements de la hiérarchie.

§ 5. Aussi, lorsque les chants sacrés qui résument les plus saintes vérités ont harmonieusement préparé nos âmes aux mystères que nous devons progressivement célébrer, lorsqu’ils nous ont mis à l’unisson des chants divins et nous ont ainsi accordés non seulement aux réalités divines, mais avec nous-mêmes et mutuellement entre nous de façon que nous ne formions plus qu’un choeur unique et homogène d’hommes saints; le rappel qui est fait alors très saintement des textes scripturaires élargit par des images et de explications plus nombreuses et plus claires ce qu’avait d’abord résumé, ou plut6t esquissé pour l’intelligence la sainte psalmodie. En considérant ces te sacrés d’un oeil saint, on y contemplera l’unité et l’unicité d’une concordance dont le moteur est l’unité même de l!Esprit théarchique. Ainsi se justifie l’usage, après l’ancien Testament d’annoncer publiquement la nouvelle Alliance il me semble, en effet, que cet ordre, qui vient de Dieu et que prescrit la hiérarchie, indique comment l’un a prévu les oeuvres divines de Jésus, comment l’autre décrit leur réalisation; comment l’un a dépeint la vérité en images, comment l’autre en a montré la réalité présente; car ce qui était annoncé par l’un, les événements que rapporte l’autre en ont confirmé l’authenticité et c’est dans l’Opération de Dieu que culmine’ et s’achève la Parole de Dieu.

§ 6. Ceux qui sont entièrement sourds à l’enseignement des saints sacrements ne discernent même pas les images, car Ils ont impudemment refusé l’initiation salvatrice et la naissance de Dieu dans leur âme; car ils rejeté l’Ecriture par ces paroles funestes : « Je ne veux point connaître tes voies (Job XXI, 14) ». Mais les catéchumènes, les possédés et les pénitents doivent écouter, selon les prescriptions de la très sainte hiérarchie, la psalmodie et la divine commémoraison des très saintes Ecritures. Ils ne sont pas admis pour tant à la célébration des mystères qui viennent en suite, ni à cette contemplation qui est réservée aux yeux parfaits des parfaits. Parce qu’elle se conforme à Dieu, la hiérarchie est pleine d’une sainte justice; aussi répartit-elle, selon les mérites de chacun, et en vue de leur salut, la part des mystères qui leur con vient en propre, mesurant et proportionnant sainte ment ses dons selon chaque circonstance. Or les catéchumènes n’ont obtenu que le dernier rang, car, n’ayant reçu aucune initiation, ils n’ont part à aucun sacrement hiérarchique. Puisque Dieu n’est pas encore né en eux pour faire d’eux de façon durable des hommes de Dieu, ils restent au stade de l’accouchement, sous la direction paternelle des Ecritures. Recevant des formes unifiantes, ils se façonnent à mesure que s’accomplit en eux la bienheureuse naissance divine, principe de vie et de lumière. De même donc que les enfants selon la chair, s’ils sortent avant le temps convenable pour l’accouchement, imparfaits et informes, tels des avortons morts-nés, tombent à terre sans avoir reçu la vie ni vu le jour, en sorte qu’il serait fou de se fonder sur les apparences et de dire qu’ils sont venus à la lumière parce qu’ils ont échappé aux ténèbres du sein maternel (l’art médical qui connaît mieux qu’aucun autre tout ce qui concerne le corps montrerait, en effet, que pour que la lumière agisse il faut des organes capables de la recevoir); ainsi la science très sage des saints accouche d’abord les catéchumènes grâce à cette nourriture spirituelle des Ecritures qui leur confère forme et vie et c’est ensuite seulement, lorsque leur être est achevé et en eux maintenant Dieu peut naître à terme, qu’elle leur accorde pour leur salut et selon les règles de l’ordre d’enter en communion avec les vérités qui les illumineront et qui les perfectionneront. Pour l’instant comme ils sont encore inachevés, elle écarte d’eux les mystères de la perfection, soucieuse tout à la fois de sauvegarder la dignité de ces mystères et de veiller sur l’accouche ment et sur la vie des catéchumènes selon l’ordre di vin institué par la hiérarchie.

§ 7. La foule des possédés est profane, elle aussi, mais elle occupe le second rang au dessus des catéchumènes dont le rang est le dernier. Car je ne crois pas que soient égaux celui d’une part qui n’a reçu aucune initiation, qui n’a participé à aucun sacrement divin et d’autre part celui qui a participé à quelques-uns des sacrements les plus sacrés avant de retomber, par sa paresse ou par l’excès de son agitation, dans un état contraire à l’effet de ces sacrements. A eux aussi pourtant on n’interdit pas moins qu’aux catéchumènes de contempler les mystères tout à fait saints et d’entrer en communion avec eux. Et l’on a bien raison. S’il est vrai, en effet, que l’homme parfaitement divin, celui qui est digne d’entrer en communion avec les réalités divines, celui que des déifications intégrales et perfectionnant ont élevé au plus haut degré de conformité avec Dieu qui lui soit accessible; s’il est vrai donc qu’un tel homme n’aura soin des réalités charnelles que s’il s’agit des plus urgentes nécessités de la nature (et encore, en ce cas, sera-ce comme en passant), car, ayant atteint la plus haute déification qu’il puisse obtenir, il sera tout ensemble le temple et le compagnon de l’Esprit théarchique, — fondant sa similitude en Celui-là même dont il est devenu le semblable, loin de subir jamais l’effet des phantasmes et des épouvantails de l’adversaire, il s’en moquera bien, et s’ils se présentent, il les repoussera et les poursuivra. Il sera donc plus actif que passif, et lui qui a fait de 1’impassibilité et de la fermeté la loi constante de sa nature, on le verra aussi, tel un médecin, aider les autres dans leur lutte contre de pareilles tentations.

C’est pourquoi je crois, —ou plutôt je sais de façon claire— que dans leur jugement parfaitement sain les membres de la hiérarchie n’ignorent aucunement que ceux-là sont en butte à la plus maudite des actions qui, renonçant à conformer leur vie à l’exemple divin, adoptent au contraire les sentiments et les moeurs des abominables démons; se détournent, par la pire et pour eux-mêmes la plus funeste des folies, des biens qui existent vraiment, dont la possession défie la mort et procure un éternel bonheur, orientent leurs désirs et leurs actes vers les altérations de la matière et la multiplicité de ses passions, vers les plaisirs périssables et corrupteurs, vers l’apparence incertaine de ce bonheur chimérique qu’offrent les réalités étrangères. Aussi bien le ministre chargé des exclusions (l’exorciste) rejette-t-il d’abord et principalement ceux-là plutôt que les autres, car il serait sacrilège qu’ils prissent part à aucune autre partie du sacrifice qu’à la récitation des Ecritures destinées à les convertir à des biens plus essentiels.

Si, en effet, la divine liturgie, qui n’est pas de ce monde, rejette jusqu’aux pénitents, qui pourtant ont déjà participé aux mystères, et n’admet que ceux-là qui sont parfaitement saints; si elle proclame dans sa par faite pureté: « Ceux-là mêmes que quelque imperfection empêche d’atteindre au parfait sommet de la conformité divine, je reste invisible à leurs yeux et je les écarte de ma communion » (car cette voix totalement et parfaitement pure rejette ceux-là mêmes qui ne réussissent pas à s’accorder avec ceux qui méritent de communier aux sacrements très divins), à bien plus forte raison la foule des possédés en proie aux passions sera-t-elle considérée comme profane et exclue de la vision comme de la communication des saints mystères.

Après donc qu’on a fait sortir du temple et exclu d’une célébration sacrée qui dépasse leur mérite, d’abord ceux qui ne sont pas encore initiés ni consacrés sacramentellement, puis ceux qui ont renoncé à mener une vie sainte, ensuite ces hommes sans virilité qui se complaisent aux épouvantails et aux phantasmes de l’adversaire, car ils n’ont pas exercé cette tension ferme et constante de tout leur être vers les réalités divines qui les eût conduits à l’effective stabilité d’une déification durable, à leur suite on exclut ceux qui ont renoncé à vivre dans le péché, mais qui ne sont pas encore libérés des imaginations mauvaises parce qu’ils n’ont pas acquis de façon durable le désir amoureux et sans mélange de Dieu; et les derniers rejetés sont enfin ces hommes qui n’ont p réussi à s’unifier totalement, ceux qui, pour employer le langage dé la Loi, ne sont ni totalement irréprochables ni totalement impeccables.

C’est alors seulement que les ministres et les pieux assistants, les saints parmi les Saints, les yeux pieusement levés vers le plus sacré des sacrements, chantent le cantique universel de louange en l’honneur du Principe qui est la source et le dispensateur de tout bien, Celui qui a institué pour nous ces sacrements salutaires par lesquels sont saintement déifiés tous ceux qui y prennent part. Ce chant, on l’appelle tantôt cantique de 1ouange tantôt symbole d’adoration, d’autres fois, d’une façon que je crois plus divine, action de grâces hiérarchique car il résume en lui tous les dons sacrés que nous devons à Dieu. Il me parait en effet que ce chant célèbre toutes les opérations divines dont nous fûmes les objets. Il rappelle d’abord que nous devons à la bonté de Dieu notre essence et notre vie, que c’est Dieu qui nous a formés à Son image sur le modèle éternel de la Beauté et qui nous a donné une partie des propriétés divines pour nous rendre capables d’élévation spirituelle, Il rappelle ensuite qu’une fois privés par notre propre imprudence des biens que nous avions reçus de lui, Dieu prit soin de nous ramener par les bienfaits de sa Rédemption à notre état primitif, de nous octroyer, en assumant pour lui la plénitude de notre nature la plus parfaite participation à la sienne, nous permettant d’entrer ainsi en communion avec Dieu et avec les réalités divines.

8. L’amour de la Théarchie pour les hommes ayant été célébré ainsi de façon sainte, le pain divin, couvert d’un voile, est présenté avec le calice de la bénédiction. On échange saintement le très divin baiser de paix, puis on procède à cette commémoration mystique des saintes tablettes, qui n’est pas de ce monde. Car il est impossible de se recueilli pour atteindre à l’Un, ni de participer à la pacifique union de l’Un, si l’on demeure divisé d’avec Soi-même. Si, au contraire, grâce aux lumières qui nous viennent de la contemplation et de la connaissance de l’Un, nous parvenons à nous recueillir et à nous unifier de façon vraiment divine, il ne nous adviendra plus jamais de succomber à la diversité de ces convoitises qui fomentent entre semblables des dissensions matérielles et passionnées. Il me semble donc que c’est cette vie unifiée et indivisible que prescrit la cérémonie sacrée lu baiser de paix, fondant celui qui s’assimile à Dieu en Celui même qui est la source de cette assimilation et privant celui qui se sépare de Dieu de l’unité des spectacles divins.

§ 9. Par la commémoraison des saintes tablettes qui suit le baiser de paix, on proclame le nom de ceux qui ont vécu saintement et à qui leur constant effort a mérité la perfection d’une vie vertueuse. Ainsi sommes-nous exhortés et entraînés à leur exemple vers des modes de vie qui nous assureront un plus grand bonheur, vers ce repos que procure la conformité avec Dieu, car les tablettes proclament comme s’ils étaient vivants les noms de ceux-là dont la théologie nous enseigne, en effet, qu’ils ne sont point morts, mais plutôt passés de la mort à une vie parfaitement divine. Remarque pourtant que si ces noms sont consignés sur de saints mémoriaux, ce n’est point que la mémoire divine ait besoin, comme la nôtre, de faire appel à des images commémoratives, mais bien pour signifier, en quelque sorte et d’une façon digne de lui, que Dieu honore et connaît à tout jamais ceux qui sont devenus parfaits pour se conformer entièrement à lui. « Car, dit l’Ecriture, il connaît ceux qui lui appartiennent (II Tim. II, 19) » et « La mort de ses saints a du prix devant le Seigneur (Psaume CXV, 15) » (La mort des saints signifie ici la perfection de leur sainteté) Remarque aussi pieusement que c’est au moment même où l’on dépose sur l’autel des saints sacrifices les symboles sacrés par quoi le Christ se signifie et se communique, que tout aussitôt on lit les noms des saints pour manifester ainsi qu’ils sont inséparablement unis à lui, dans une sainte union qui n’est pas de ce monde.

§ 10. Ces rites terminés selon la règle qu’on a décrite, le grand prêtre, face aux symboles très saints, se lave les mains avec de l’eau, ainsi que l’ordre vénérable des sacrificateurs. Comme le dit, en effet, l’Ecriture, celui qui s’est baigné n’a plus besoin que de se laver le bout ou les extrémités. Grâce à cette purification des extrémités (Jean, XIII, 10), demeurant dans la pure perfection de sa conformité à Dieu, il pourra procéder généreusement à des tâches inférieures tout en restant invulnérable aux atteintes de l’impureté, puisqu’il est totalement uni à Dieu, pour se retourner ensuite vers l’Un auquel il demeure uni grâce à une conversion pure et immaculée qui sauvegarde la plénitude et l’intégrité de sa conformité avec Dieu.

Comme nous l’avons rappelé, les ablutions sacrées existaient déjà dans la hiérarchie légale, et c’est elles que suggère aujourd’hui le lavement des mains du grand prêtre et des sacrificateurs. Car ceux qui ont part à la célébration des très saints mystères doivent être entièrement purs des derniers phantasmes qui encombrent leur âme, et célébrer les mystères divins aussi proches que possible de la pureté même de ces mystères. Ainsi seront-ils illuminés par les claires visions divines, car ces rayons qui ne sont pas de ce monde aiment à refléter leur propre splendeur avec un éclat plus intégrai et plus lumineux sur des miroirs faits à leur image.

Si le grand prêtre et les sacrificateurs se lavent le bout ou les extrémités des doigts en présence des symboles très saints, c’est pour signifier que le Christ voit toutes nos pensées, même les plus secrètes, et que c’est lui qui, dans ses réflexions auxquelles rien n’échappe, dans ses jugements parfaitement justes et intègres, a prescrit lui-même cette purification des extrémités. Par là le grand prêtre s’unit aux réalités divines. Ayant celles saintes opérations divines il consacre les plus divins mystères et il les expose ensuite à la vue des assistants.

§ 11. Il faut expliquer maintenant autant que nous en sommes capables, quelles sont les opérations divines qui nous concernent. Certes, je suis impuissant à les célébrer toutes, voire même à les connaître clairement et à les révéler à autrui. Ayant appelé à notre aide l’inspiration hiérarchique, nous pourrons du moins exposer à la mesure de nos forces celles que réalisent dans leur liturgie conforme aux Ecritures les grands prêtres qui sont des hommes de Dieu.

Déchue dès le principe et par sa folie des biens qu’elle avait reçus de Dieu, la nature humaine fut vouée dès lors à une vie toute pleine de multiples passions et terminée par une mort destructrice. II s’ensuivit une apostasie à l’égard des vrais biens, une violation de la sainte loi prescrite à l’homme dans le Paradis. Une fois qu’il eut échappé au joug qui était pour lui source de vie, l’homme, s’opposant aux biens divins, fut abandonné alors à ses propres impulsions aux insinuations et aux pièges malveillants de l’adversaire, et au lieu de 1’Eternité il reçut le déplorable don de la mort. Né lui-même d’engendrements corruptibles, il était juste, il est vrai, qu’il mourût comme il était né. Mais ce n’était pas suffisant; déchu volontairement d’une vie divine et capable de l’élever spirituellement, il fut en traîné jusqu’à l’extrémité adverse et soumis aux vicissitudes de la vie la plus passionnée. Errant hors du droit chemin, soumise à l’action destructrice des perfides légions, la race humaine dans son inconscience adressa ses adorations, non à des dieux ou à des amis, mais à des ennemis. Ces derniers, naturellement féroces, abusèrent impitoyablement de sa faiblesse et la firent succomber de façon lamentable au péril de sa ruine et de sa perdition.

Pourtant, dans son amour infini de l’homme, la Bonté théarchique ne cessa jamais de nous prodiguer les bienfaits efficaces de sa Providence. Elle assuma de la façon la plus authentique tous les caractères de notre nature, à l’exception du péché; elle s’unit à notre bassesse sans rien perdre de a propre nature, sans subir aucun mélange, sans souffrir aucun dommage, Elle nous accorda comme à des rejetons des propre race d’entrer en communion avec elle et de participer à sa propre beauté. C’est ainsi, comme l’enseigne la sainte tradition, qu’elle nous permit d’échapper à l’empire de légions révoltées, non par la prévalence de sa force, mais, selon la mystérieuse révélation des Ecritures, par un jugement et selon la justice.

Dans son oeuvre de bonté, elle opéra une totale transmutation de notre nature. Notre intelligence était encombrée de ténèbres et informe; elle la remplit d’une bienheureuse et divine lumière, elle l’orna de beautés conformes à sa nature déifiée. En assurant le salut de notre essence presque entièrement déchue, elle délivra la demeure secrète de nos âmes des passions maudites et des souillures malfaisantes. Elle nous révéla enfin que, pour nous élever spirituelle ment vers l’au-delà et pour vivre en Dieu, il nous fallait nous assimiler pleinement à elle, autant qu’il est en notre pouvoir.

§ 12. Mais cette imitation de Dieu, comment la réaliserions-nous sinon en renouvelant sans cesse la mémoire des plus saintes opérations divines grâce aux chants sacrés et aux saintes liturgies instituées par la hiérarchie? Comme le dit l’Ecriture, le but de des chants et de cette liturgie est bien, en effet, de commémorer J’oeuvre divine. C’est pourquoi le grand prêtre, homme de Dieu, se tenant debout devant l’autel des divins sacrifices, célèbre les saintes oeuvres qu’on vient de rappeler et qu’opéra divinement Jésus en exerçant à notre endroit sa très sainte Providence, pour le salut du genre humain avec l’assentiment du Père très saint et dans l’Esprit saint, comme le dit l’Ecriture.

Ayant ainsi célébré les mystères, s’étant initié de façon intellectuelle et par les yeux de l’intelligence à leur sainte contemplation, le grand prêtre procède alors à leur consécration symbolique, selon les règles instituées par Dieu même. C’est pourquoi, comme il vient de célébrer la louange sainte des opérations divines, il s’excuse modestement et de la façon qui sied à un grand prêtre, de servir d’instrument à une liturgie qui le dépasse. Dans sa piété il s’écrie d’abord: « C’est Toi qui l’as dit: Faites cela en mémoire de moi ».

Il prie ensuite afin de mériter l’honneur d’accomplir à l’imitation de Dieu cette divine opération, de consacrer les mystères divins et de les distribuer pieusement en s’assimilant au Christ lui-même. Il prie également pour que tous ceux qui y auront part y participent sans sacrilège. Puis il consacre les plus divins mystères et il présente aux yeux de tous les mystères qu’il vient d’accomplir sous les espèces symboliquement présentes. Le pain était couvert et in divis: il le découvre et le divise en parts nombreuses; de même il partage entre tous les assistants l’uni que calice, multipliant ainsi et distribuant symboliquement l’Un, ce qui constitue la plus sainte opération de toute la liturgie.

Dans sa bonté, dans son amour pour les hommes, l’Unité simple et mystérieuse de Jésus, Verbe parfaitement théarchique, es-t devenue, en effet, par les voies de l’Incarnation, sans subir aucune altération, une réalité composée et visible. Généreusement elle nous a admis à sa communion unifiante, liant notre bassesse à sa stabilité infiniment divine, mais à condition pourtant que nous aussi nous adhérions à elle comme les membres adhèrent au corps entier, par la conformité divine d’une vie sans péché; à condition que nous ne nous livrions pas nous-mêmes à la mort en succombant aux passions corruptrices ou en devenant incapables de nous harmoniser aux membres parfaitement sains du corps divin, incapables d’y adhérer et de vivre en eux d’une vie unique. Si nous désirons participer à sa communion, il faut que nous fixions notre regard sur la vie divine du Dieu incarné, que nous prenions comme modèle sa sainte impeccabilité de façon à tendre vers la pureté parfaite d’une durable déification. A ce prix seulement et selon le mode qui nous convient, il nous accordera de nous assimiler à lui et de jouir de sa communion.

§ 13. Tels sont les enseignements que révèle le grand prêtre en accomplissant les rites de la sainte liturgie, lorsqu’il dévoile publiquement les offrandes d’abord cachées; lorsqu’il divise en parts multiples leur unité primitive; lorsque, par la par faite union du sacrement qu’il distribue aux âmes qui le reçoivent, il admet à sa parfaite communion tous ceux qui y prennent part. En offrant Jésus Christ à nos yeux, il nous montre ainsi de façon sensible et comme en image ce qui constitue la vie même de notre intelligence; il nous révèle comment le Christ même est sorti de son mystérieux sanctuaire divin pour prendre par amour de l’homme figure d’homme, pour s’incarner totalement sans se mélanger d’aucune façon; comment il est descendu processivement mais sans altération de son unité naturelle jus qu’au niveau de notre divisibilité; comment les bienveillantes opérations que lui inspire son amour pour nous accordent au genre humain le pouvoir de s’associer à lui et aux biens qui lui appartiennent en propre, à condition toutefois que nous fassions un avec sa vie très divine, que nous l’imitions autant qu’il est en notre puissance, que nous devenions assez parfaits pour entrer véritablement en communion avec Dieu et avec les mystères divins.

§ 14. Ayant pris part lui-même à la communion hiérarchique et l’ayant distribué aux assistants, le grand prêtre achève la cérémonie par une sainte action de grâces qu’il chante avec toute l’assemblée sainte, avant de donner, il convient d’abord de recevoir et la participation aux mystères précède toujours leur mystérieuse distribution. Telles sont, en effet, la règle universelle et l’harmonieuse disposition qui conviennent aux réalités divines. Le saint pontife commence par prendre part lui-même à la plénitude des dons sacrés que Dieu lui a donné mission de distribuer ensuite aux autres; et c’est à ce prix seulement qu’il est en mesure de les distribuer. Il n’en va pas autrement pour les préceptes d’une vie vraiment divine quiconque prétend abusivement enseigner la sainteté avant de la pratiquer lui-même de façon constante, celui-là est impie et totalement étranger à nos saintes institutions. De même, en effet, que sous l’influence du rayonnement solaire les essences les plus subtiles et les plus diaphanes s’emplissent les premières de la lumière qui déferle sur elles, et qu’alors seulement, devenues en quelque sorte soleils elles-mêmes, elles transmettent à celles qui viennent après elles toute la lumière dont elles débordent, ainsi doit-on toujours éviter l’audace de montrer à autrui les voies de Dieu, si l’on n’a pas soi-même atteint à une déification parfaite et durable, si l’inspiration et l’élection divines ne nous ont pas appelés au fonctions de chef.

§ 15. Aussi bien tous les ordres sacrés, réunis selon leur hiérarchie, après avoir pris part ensemble à la communion des mystères les plus divins, terminent-ils la cérémonie par une sainte action de grâces, chacun d’eux confessant, à la mesure de ses capacités, les grâces qu’opère en lui l’action divine. Celui qui n’a pris aucune part aux mystères divins et qui ne les a aucunement confessés ne saurait naturellement en rendre grâces, bien que, par leur nature propre, les dons infinis de Dieu méritent qu’on leur rende grâces. Mais, comme je l’ai dit, c’est parce que ces hommes enclins au mal ont refusé de considérer les dons de Dieu que leur impiété les a rendus ingrats à l’égard des grâces infinies qu’on doit rendre aux opérations divines. « Goûtez, dit l’Ecriture, et voyez (Psaume XXXIII, 9) » Car c’est en s’initiant saintement aux mystères de Dieu que les initiés confesseront l’immensité des grâces reçues. C’est parce qu’ils y auront participé qu’ils découvriront leur sublime magnificence et leur grandeur sublime et infiniment divine ne se révélera qu’à ceux qui y auront part. Alors seulement ils pourront célébrer, eux aussi, par des actions de grâces ces dons bienfaisants de la Théarchie qui descendent de plus haut que du ciel.

CHAPITRE 4

 

I. De ce qui s’accomplit grâce aux saintes huiles et des consécrations auxquelles elles servent.

 

Telle est donc la grandeur de la très sainte communion, et tels sont les beaux spectacles par quoi, on l’a maintes fois rappelé, elle élève notre Intelligence jusqu’à l’Un grâce à ces rites hiérarchiques qui nous font entrer avec lui en communauté et en communion. Mais Il existe une autre consécration qui appartient au même ordre: nos maîtres l’ont appelée sacrement do Quand nous aurons examiné de façon systématique les saintes images qui nous le représentent, la multiplicité de ces symboles nous élèvera par des contemplations hiérarchiques jusqu’à l’Un.

 

II. Mystère du sacrement de l’onction.

 

Comme pour la communion, les ordres les moins parfaits sont exclus aussitôt après que les membres de la hiérarchie ont répandu de saints parfums tout au tour du temple, qu’on a chanté pieusement les Psaumes et qu’on a fait mémoire des très saintes Ecritures. Le grand prêtre alors prend l’huile sainte, il la dépose sur l’autel des divins sacrifices sous le couvert de douze ailes saintes. Cependant l’assemblée tout entière fait retentir le chant de cet hymne très saint que Dieu même inspira aux prophètes. Ayant consacré l’huile par une très sainte invocation, il l’utilise pour les plus saintes consécrations liturgiques, à l’occasion de presque toutes les cérémonies hiérarchiques.

 

III. Contemplation.

 

§ 1. L’enseignement spirituel auquel nous élève ce rite consécratoire de la sainte bénédiction de l’huile, c’est, je crois, de nous montrer que les hommes pieux gardent secrète la bonne odeur de leur sainteté intellectuelle. Car Dieu lui-même prescrit aux saints de ne pas étaler par vain souci de gloire la beauté et la bonne odeur de l’effort vertueux par lequel ils tendent à la ressemblance du Dieu caché. Ces secrètes beautés divines, dont le parfum dépasse toute opération de l’intelligence, échappent, en effet, à toute profanation; elles ne se dévoilent qu’à l’intelligence de ceux qui ont le pouvoir de les saisir, car il leur convient de ne se refléter dans nos âmes qu’à travers des images qui leur ressemblent et qui aient, comme elles, la vertu de l’incorruptibilité. Or la représentation de cette vertueuse conformité à Dieu ne dessine, en effet, l’image authentique de son modèle que si l’âme attache son regard à cette Beauté intelligible et odorante; car à ce prix seulement elle peut en imprimer et en reproduire en elle-même les plus belles images.

De même que dans l’ordre des images sensibles, si te dessinateur garde les yeux constamment fixés sur l’original, sans se laisser distraire par aucun objet visible, sans partager son attention d’aucune façon, il multipliera par deux, si l’on ose parler ainsi, l’objet même, quel qu’il soit, qu’il entend reproduire; de même qu’à ce prix seulement il atteint à une ressemblance authentique qui permet au modèle d’apparaître sous l’image, qui permet aux deux exemplaires de se confondre sous la seule réserve que leurs essences demeurent distinctes; ainsi pour ceux qui aiment la Beauté [divine] et qui en dessinent l’image dans leur intelligence, la contemplation attentive et constante de cette Beauté odorante et secrète leur permet d’atteindre à l’exacte ressemblance du modèle, à la parfaite conformité divine. C’est donc à bon droit que ces peintres divins ne cessent de façonner la puissance de leur intelligence sur le modèle d’une Vertu intellectuelle, suressentielle et odorante; mais s’ils pratiquent les vertus qu’exige l’imitation de Dieu, ce n’est point pour se donner en spectacle aux hommes, suivant le mot de l’Ecriture, mais bien plutôt, grâce au symbole de l’huile divine, pour s’initier saintement aux mystères infiniment sacrés que dissimule ainsi l’Eglise. C’est pourquoi on les voit eux aussi dissimuler au sein de leur intelligence, quand elle imite Dieu et qu’elle reproduit son image, leur sainte vertu et leur parfaite conformité divine. Leurs yeux se fixent sur les seuls modèles intelligibles; aussi bien non seulement demeurent-ils invisibles à ceux qui n’ont pas atteint à la ressemblance divine, mais même ils se soucient fort peu d’attirer leur regard. Conformément à leur état ils ne désirent amoureusement que ce qui est vraiment beau et juste, non les vaines apparences; peu leur importe cette gloire que vante sotte ment la foule. Discernant à l’instar de Dieu la vraie beauté et le vrai mal, il sont vraiment les divines images de cette Suavité infiniment théarchique qui possèdent en soi le vrai parfum, ne s’intéresse pas aux spécieuses contre qui séduisent les foules, et se contente d’imprimer sa marque authentique sur les âmes qui sont les vraies images d’elle-même.

§ 2. Mais poursuivons notre examen. Après avoir examiné la belle ordonnance extérieure de toute cette magnifique cérémonie sacrée, tournons maintenant les yeux vers sa plus divine beauté, considérons-la en elle-même, débarras de ses voiles, rayonnant à découvert d’un bienheureux c1at et nous dispensant la plénitude de ne parfum qui n’est sensible qu’aux hommes doués d’intelligence.

[Remarquons que les dignitaires] qui entourent le grand prêtre ont le droit d’assister entièrement à la consécration des saintes huiles. Il ne leur est interdit ni d’y participer ni de la contempler. Bien plutôt ce sacrement s’offre à leurs yeux, car ils sont capables de contempler ce qui n’est pas à la portée du vulgaire. C’est à eux au contraire qu’il appartient de cacher pieuse ment ce spectacle à la multitude et d’écarter cette multitude [du sanctuaire] selon les lois de la hiérarchie, Si les rayons, en effet, qui émanent des plus saluts mystères illuminent en toute pureté et sans intermédiaire les hommes de Dieu parce qu’ils se tiennent sur le plan de l’intelligible, si ces mystère répandent ouvertement leur parfum suave sur l’intelligence de ces hommes de Dieu, par contre cette odeur ne se répand de la même façon sur ceux qui se tiennent à un plan inférieur. Aussi pour qu’elle échappe à toute profanation de ceux qui ne vivent pas en conformité avec Dieu, les secrets contemplateurs de l’intelligibles couvrent d’huile d’énigmes ailées, saintes énigmes qui peuvent ne pas être inutiles aux membres des ordres inférieurs, car, s’ils ont l’âme bien disposée, elles les élèveront spirituellement, à la mesure de leurs mérites.

§ 3. On l’a dit déjà, le saint rite liturgique dont nous chantons à présent les louanges est si haut placé, il possède un tel pouvoir qu’on l’utilise pour les consécrations hiérarchiques. Aussi bien, considérant que sa dignité est égale et son pouvoir identique à ceux de saints mystères de la communion, nos divins précepteurs ont-ils prescrit pour lui à peu près les mêmes images, les mêmes cérémonies mystiques et les mêmes formules sacramentelles. C’est ainsi qu’on voit de la même façon le grand prêtre s’éloigner du sanctuaire répandre la belle odeur jusqu’aux parties les moins sacrées du temple, puis revenir à son point de départ, pour enseigner que les dons divins se communiquent à tous les saints selon leurs mérites propres, sans subir aucune diminution ni aucune modification, tout en conservant la plénitude des qualités qui leur appartiennent au sein de l’Immutabilité divine.

De même ici encore les chants et les commémoraisons scripturaire font naître dans l’âme des imparfaits la Filiation vivifiante, convertissent saintement ceux des pécheurs qui ont subi un mauvais sorti délivrent des malédictions sinistres de l’adversaire ceux dont le péché vient d’une insuffisante virilité, proposant à chacun selon ses forces le moyen de vivre en conformité avec Dieu. Ayant reçu cette propriété et ce pouvoir durables, c’est eux maintenant qui feront peur aux puissances adverses et qui seront préposés à la guérison d’autrui, car il ne leur suffira pas de posséder par eux-mêmes, la force de conserver en toute pureté les belles vertus qu’ils auront acquises à l’imitation de Dieu et de lutter de façon efficace contre les terreurs de l’adversaire, mais de cette forme même ils feront présent aux autres hommes. Aux intelligences qui déjà se sont détournées du péché pour suivre les voix de la sainteté, ces rites confèrent le saint pouvoir de les prémunir contre toute rechute dans le mal. Ils lavent de toute souillure ceux qui ont encore besoin d’aide pour atteindre à une parfaite pureté. Quant aux saints, ils les conduisent aux saintes images, leur permettant de les contempler et de vivre en communion avec elles. Pour ceux enfin qui ont atteint à la sainteté parfaite, ils leur servent d’aliments et, en leur offrant des spectacles bienheureux et intelligibles, ils remplissent ces âmes, déjà marquées du sceau de l’Un, de cet Un lui-même, en les transformant en Lui.

§ 4. Que dire encore? N’est-il pas vrai qu’en con sacrant les huiles on procède suivant les mêmes rites que pour la communion? Nous l’avons déjà rappelé, on écarte également de toute participation aux mystères les ordres qui ne sont pas encore pleinement purifiés et que nous avons déjà énumérés. N’est-il pas vrai aussi que ce mystère ne s’offre qu’en Images à la vue des saints, que seuls les hommes parfaitement saints peuvent sans médiation le contempler et participer à sa liturgie dans des cérémonies hiérarchiques qui les élèvent spirituellement vers lui? Tout cela, nous l’avons dit plus d’une fois, et je crois superflu d’y revenir au lieu de poursuivre notre route et de considérer le regard divin du grand prêtre lorsqu’il couvre les saintes huiles de six paires d’ailes et lors qu’il les consacre par un saint rite.

Achevons donc notre exégèse en disant que les sain tes huiles sont constituées par un mélange de substances odorantes et qu’elles possèdent par conséquent une foule de propriétés aromatiques qui embaument ceux qui les sentent selon la quantité d’odeur qui a pu venir jusqu’à eux dans leur participation à l’encense ment. Nous apprenons ainsi que le Parfum suressentiel du très théarchique Jésus répand ses dons intelligibles sur nos puissances intellectives, les emplissant d’une divine volupté. Si la réception des parfums sensibles est agréable et nourrit d’une grande volupté l’organe qui est capable en nous de discerner les odeurs, à condition qu’il soit sain et bien adapté aux parfums qu’il reçoit, on pourrait dire de façon analogue que nos puissances intellectives, pourvu qu’aucune propension vers le mal ne vienne les corrompre, pourvu qu’elles conservent la vigueur naturelle de ce pouvoir de discernement qui nous appartient, deviennent elles aussi, selon les opérations qu’accomplit Dieu en notre faveur et dans la mesure où l’intelligence répond à ses grâces par une divine con version, aptes à recevoir les parfums de la Théarchie, pleines d’un saint bonheur et nourries d’une manne parfaitement divine.

Ainsi la composition symbolique des saintes huiles, donnant en quelque sorte figure à ce qui est sans figure, nous montre de façon figurée que Jésus est la source féconde des divins parfums, que c’est lui-même qui, dans la mesure qui convient à la Théarchie, répand sur les intelligences qui ont atteint à la plus grande conformité avec Dieu les très divins effluves qui charment agréablement les intelligences et qui les dis posent à recevoir les dons sacrés et à se repaître d’une nourriture intellectuelle, chaque puissance intellective recevant alors les odorantes effusions selon la part qu’elle prend aux mystères divins.

§ 5. Mais il est clair, à mon sens, que les essences qui sont au dessus de nous, parce qu’elles sont plus divines, reçoivent, pour ainsi dire, plus près de sa source, le flot des suaves odeurs. Pour elles cette effusion est plus claire et dans leur très grande limpidité elles en reçoivent mieux la communication. Sur les puissances réceptives de leur intelligence ce flot déferle généreusement et, pour pénétrer en elles, il se multiplie de façon surabondante. Aux intelligences inférieures, et moins réceptives, en raison de sa transcendance, la Source des odeurs se cache au contraire et se refuse, car elle ne dispense ses dons embaumés qu’à la mesure des mérites de ceux qui y ont part et selon l’harmonieuse mesure qui convient à la théarchie.

C’est ainsi que les douze ailes signifient cet ordre des séraphins qui occupent un rang si éminent à la tête des saintes essences qui nous dépassent, qui se tiennent et qui siègent auprès de Jésus, appliqués, autant qu’ils le peuvent faire sans sacrilège à le contempler de façon bienheureuse à recevoir saintement, dans le réceptacle infiniment pur de leurs âmes, la plénitude de ses dons intellectuels, à répéter enfin (pour user ici de termes tirés du monde sensible), d’une voix qui ne se tait jamais, l’hymne célèbre des louanges divines. Car ces intelligences qui ne sont pas d’ici-bas sont infatigables dans leurs saintes connaissances, indéfectibles dans leur amour de Dieu, et leur sublimité les situe à la fois et pleinement au dessus du péché et de l’oubli. Leur incessante clameur signifie je crois, qu’elles connaissent et qu’elles comprennent les vérités divines avec une pleine attention, avec une totale gratitude, de façon perpétuelle et immuable.

§ 6. Quant aux propriétés incorporelles des séraphins telles que les décrivent les saintes Ecritures par des images sensibles où se révèle leur caractère intelligible, je crois que nous les avons suffisamment considérées quand nous avons exposé l’ordre de ces hiérarchies qui vivent au delà du ciel et que nous les avons rendues suffisamment manifestes aux yeux de ton intelligence. Mais puisque les saints assistants du grand prêtre nous présentent maintenant en raccourci l’image de cet ordre sublime, contemplons, Une fols encore, avec tics yeux parfaitement immatériels la splendeur de leur parfaite conformité divine.

§ 7. Le nombre infini de leurs visages, la multitude de leurs pieds symbolisent à mon sens leur éminent pouvoir contemplatif en face des plus divines illuminations le mouvement perpétuel et la vaste ampleur de leur intelligence appliquée aux biens di vins. Les six ailes dont parle l’Ecriture ne correspondent pas pour moi à un nombre sacré, comme l’enseignent certains exégètes, mais elles signifient qu’en ce qui concerne la plus haute essence et l’ordre le plus haut de ces êtres qui vivent auprès de Dieu, les Puissances intellectuelles par lesquelles elles se con forment à Dieu, qu’elles soient premières, moyennes ou dernières, possèdent toutes le même pouvoir ascensionnel, qu’elles jouissent toutes de la même liberté et qu’aucune d’entre elles n’est de ce monde. C’est pourquoi lorsque la sagesse très sainte des Ecritures décrit ces ailes à la collection de ses allégories sacrées, elle les situe en haut du corps, dans la partie médiane et aux pieds, indiquant que les séraphins ont des ailes partout et qu’ils possèdent ainsi au plus haut degré le pouvoir de s’élever vers l’Etre véritable.

§ 8. S’ils dissimulent leur visages et leurs pieds [sous ces ailes], n’usant pour voler que des ailes médianes, apprends par cette image sainte que cet ordre si sublime parmi les plus hautes essences considère avec circonspection des mystères plus hauts et plus profonds que ceux qui sont accessibles à son intelligence et qu’il use de ses ailes médianes pour s’élever sans démesure vers la vision divine, soumettant sa propre vie aux jougs divins et se laissant ainsi pieusement conduire jusqu’à la reconnaissance de ses Propres limites.

§ 9. La phrase des Ecritures : « Ils criaient l’un à l’autre (Isaïe VI, 3) » signifie à mon sens qu’ils se transmettent généreusement l’un à l’autre les fruits intellectuels de leurs visions divines. Et nous jugerons encore utile de noter pieusement que dans le texte hébreu la Bible appelle séraphins les plus saintes essences pour signifier qu’elles brûlent sans relâche d’une ardeur débordante grâce à la vie divine qui ne cesse de les mouvoir.

§ 10. S’il est donc vrai comme l’affirment les hébraïsants que la théologie appelle les très divins séraphins ceux qui brûlent et ceux qui chauffent, usant d’un nom qui révèle leur propriété essentielle, c’est donc qu’ils possèdent, selon les règles de l’iconographie symbolique, le pouvoir indéfectible d’exciter les huiles divines à se manifester et à répandre leurs parfums efficaces.

A la Substance dont le parfum dépasse toute intelligence il plaît de se révéler par l’entremise d’intelligences incandescentes et parfaitement purifiées qui l’appellent ainsi, selon un mode qui n’est pas de ce monde, à se manifester elle-même. C’est pourquoi l’ordre le plus divin parmi les essences qui vivent au delà du ciel n’a pas pu ignorer que Jésus très théarchique était descendu parmi nous pour nous sanctifier. Comprenant que, dans sa bonté divine et indicible, Dieu s’était fait homme, le voyant sous sa forme humaine consacré par le Père, par Lui-même et par l’Esprit, il fut clair à son intelligence que le Principe propre des opérations théarchiques n’en conservait pas moins son essentielle immutabilité. Aussi la tradition sacrée, au moment de la consécration des saintes huiles, les couvre-t-elle du symbole séraphique, pour révéler et pour signifier par là que le Christ demeure parfaitement immuable bien qu’il s’incarne tout entier et en toute vérité.

Par un symbolisme plus divin encore, on use en outre de l’huile sainte pour toutes les consécrations liturgiques, montrant ainsi de façon claire que selon la parole de l’Ecriture Celui qui opère toute consécration demeure identique à soi-même à travers toutes les opérations de sa bonté théarchique. C’est pourquoi la très divine consécration de l’huile sainte parfait en nous le don gratuit et sanctifiant de la sainte naissance de Dieu. Ainsi s’explique également, je crois, le rite selon lequel, dans le baptistère sacrificatoire, le grand prêtre répand l’huile sainte par des aspersions en forme de croix, montrant aux yeux qui savent voir que Jésus, par la plus sublime et la plus divine des humiliations, a consenti pour nous déifier à mourir lui-même en croix, arrachant généreusement à l’ancien gouffre de la mort destructrice quiconque, selon la mystérieuse expression de l’Ecriture, a reçu le baptême de sa mort, le faisant renaître en Dieu pour l’Eternité (Rom., VI, 3).

§ 11. Ajoutons qu’en nous initiant très saintement au sacrement grâce auquel Dieu naît en nous, nous recevons l’infusion de l’Esprit théarchique par l’onction sanctifiante des saintes huiles. Cette allégorie sacrée signifie à mon sens de façon symbolique que Celui-là même qui sous sa figure humaine a reçu la consécration de l’Esprit théarchique, tout en conservant inaltérée l’essence de sa divinité, pourvoit lui-même à l’effusion en nous du saint Esprit.

§ 12. Remarque aussi, selon les règles de la hiérarchie, que les plus saintes prescriptions sacramentelles imposent pour la consécration de l’autel des di vins sacrifices de pieuses effusions d’huile sainte. Par là se révèle à nos regards contemplatifs ce mystère supra-céleste et suressentiel, principe, essence et puissance de toutes les sanctifications que Dieu opère en nous. Puisqu’en effet c’est sur Jésus lui-même, comme sur l’Autel parfaitement divin de nos sacrifices que s’accomplit la consécration théarchique des divines intelligences, puisque c’est là que selon l’Ecriture nous sommes admis à la consécration el mystiquement offerts en holocauste (Eph., III, 12), considérons d’un regard qui n’est pas de ce monde cet Autel des très divins sacrifices, (car c’est là qu’est sacrifiée et consacrée la victime sainte), et apprenons mystérieusement comment l’huile très sainte peut con sacrer cet autel. C’est en effet Jésus très saint qui s’offre lui-même pour nous et qui nous dispense la plénitude de sa propre consécration, excellent intendant qui nous offre généreusement comme à des fils de Dieu les fruits de son sacrifice.

Ainsi s’explique à mon avis qu’ayant reçu de Dieu même l’intelligence des symboles hiérarchiques, les divins promoteurs de la hiérarchie humaine appellent ce rite liturgique si parfaitement saint le sacrement des saintes huiles en raison de son action perfectionnante. Cela revient à l’appeler sacrement de Dieu et à célébrer cette opération sacramentelle en un double sens, Il s’agit bien en effet d’un sacrement, tout d’abord parce que Dieu lui-même s’est sacrifié pour nous après s’être fait homme, ensuite parce que cette opération divine est le principe de tout perfectionnement et de toute sanctification.

En ce qui concerne le chant sacré qui fut révélé aux prophètes inspirés quand Dieu les visita, ceux qui savent l’hébreu le traduisent ainsi : Louange à Dieu ou Louez le Seigneur. Puisque toutes les saintes apparitions et toutes les saintes opérations de Dieu se traduisent allégoriquement, il convenait de rappeler ici cet hymne que Dieu révéla lui-même aux prophètes; car il nous enseigne avec au tant de clarté que de sainteté que les dons bienfaisants de la Théarchie méritent d’être saintement célébrés.

 

CHAPITRE 5

 

I. Des consécrations sacerdotales.

 

Telle est la très divine consécration des saintes huiles. Après avoir exposé ces saints rites liturgiques, il serait temps d’exposer en eux-mêmes les ordres sacerdotaux, leurs fonctions, leurs puissances, leurs opérations, leurs perfections, et les trois ordres éminents qu’ils constituent, de façon à montrer l’ordonnance de notre hiérarchie, comment dans sa pureté elle a rejeté et exclu tout ce qui est désordre, disharmonie et confusion, combien au contraire elle a manifesté d’ordre, d’harmonie et de distinction dans les relations bien proportionnées qui lient entre eux les ordres saints.

En ce qui concerne la division ternaire de toute hiérarchie, il me semble que nous l’avons suffisamment expliquée à propos des hiérarchies que nous avons déjà célébrées, quand nous avons dit que selon notre sainte tradition toute hiérarchie se divise en trois parties: les très divins sacrements, les êtres qui vivant en Dieu connaissent ces sacrements et en deviennent les initiateurs, ceux- là enfin qu’ils initient saintement.

§ 2. Ainsi la très sainte hiérarchie des essences qui vivent au delà du ciel a comme sacrement cette intellection très immatérielle de Dieu et des mystères divins qui leur appartient en propre et qui correspond au maximum de leurs puissances; elle possède la propriété pleine et entière de se conformer à Dieu, et, autant que possible, de l’imiter. Les illuminateurs et ceux qui conduisent les autres à cette sainte perfection, ce sont les essences du plus haut rang, celles qui vivent auprès de Dieu, et qui dans leur bonté répandent sur les ordres sacrés de rang inférieur, proportionnellement à leurs capacités, cette connaissance des opérations divines dont ne cesse de leur faire don la Théarchie, perfection absolue et source de sagesse pour les intelligences divines. Les rangs qui suivent ces premières essences et qui, par leur entremise, s’élèvent saintement jusqu’à l’illumination de ces oeuvres divines qu’opère la Théarchie, constituent les ordres initiés, et c’est ainsi qu’on a raison de les appeler.

Après cette hiérarchie céleste et qui n’est pas de ce monde, la bienfaisante Théarchie, étendant ses dons très saints jusqu’à notre portée et nous traitant, selon le mot de l’Ecriture, comme des enfants, nous gratifia de la hiérarchie légale, couvrant la vérité sous des images obscures, usant de copies fort éloignées des originaux, d’énigmes difficiles à voir et de figures dont on ne discerne le sens qu’avec peine; ne répandant, pour ne point les blesser, qu’une lumière proportionnée aux faibles yeux qui la contemplaient. Dans cette hiérarchie légale, le sacre ment, c’est l’accession des âmes au culte selon l’es prit. Les initiateurs de ce culte, ce sont ces hommes que Moïse lui-même, le premier initiateur et le premier chef des grands prêtres selon la Loi, initia pieusement aux mystères du saint tabernacle quand il écrivit sur ce tabernacle sacré, pour l’instruction des autres, les saintes institutions de la hiérarchie légale, appelant toutes les institutions sacerdotales des images de cette Face qui s’était révélée à lui sur le mont Sinaï. Quant aux initiés, ce sont ceux que ces symboles légaux élèvent selon leurs forces jus qu’à une plus parfaite initiation.

Mais, selon la théologie, cette plus parfaite initiation, appartient à notre hiérarchie, car elle en pro clame l’achèvement et le terme sacré. Elle est à la fois céleste et légale; participant par sa situation médiane aux deux hiérarchies extrêmes, partageant avec l’une les contemplations intellectuelles, avec l’autre l’usage de symboles variés de l’ordre sensible par l’entremise desquels elle s’élève saintement vers le divin. Comme toute hiérarchie, elle se divise elle- même en trois ordres. Elle comprend d’abord les très saintes consécrations sacramentelles; puis un corps sacerdotal chargé de distribuer en conformité avec Dieu les mystères sacrés; des fidèles enfin que ce sacerdoce conduit aux saints mystères à la mesure de ses forces. Comme on l’a vu pour la hiérarchie légale et pour cette hiérarchie qui est plus divine que la nôtre, chacune des trois divisions de notre hiérarchie est disposée en trois rangs; le premier, le moyen et le dernier, par une puissance qui a eu dessein de régler cette ordonnance dans des proportions dignes de son objet sacré et d’en lier tous les éléments selon un ordre harmonieux qui as sure leur cohésion.

§ 3. Or donc la très sainte célébration des sacrements a pour vertu première, en conformité avec Dieu, de purifier saintement les imparfaits; pour vertu moyenne d’illuminer et d’initier ceux qu’elle a purifiés; pour vertu dernière, qui résume les précédentes, de parfaire les initiés dans la connaissance des mystères auxquels ils ont accès.

Voici maintenant comment se divisent les fonctions qui appartiennent aux ministres du culte. Leur première vertu consiste, par l’entremise des sacrements, à purifier les imparfaits; leur vertu moyenne, à illuminer ceux qu’ils ont purifiés; leur vertu dernière, la plus sublime de toutes, et qui s’adresse à tous ceux qui communient à la lumière divine, à les parfaire dans la science la plus achevée de leurs illuminations contemplatives.

Quant aux initiés enfin, leur première vertu consiste à se purifier; leur vertu moyenne, à recevoir, une fois purs, l’illumination qui leur perme de contempler certains mystères; leur vertu dernière, plus di vine que les autres, à connaître de science parfaite ment claire les saintes illuminations qu’il leur a té donné de contempler.

On a déjà célébré la triple vertu liée à la célébration des sacrements on a montré d’après les Ecritures que la sainte naissance de Dieu en nous est une purification et une illumination éclairante; que les sacrements de la communion et de l’huile sainte sont une connaissance et une science par faites des opérations divines et que par elles s’achèvent saintement et l’ascension unifiante vers la Théarchie et la très sainte communion avec elle. Mais il faut montrer maintenant comment la classe sacerdotale comprend trois ordres harmonieux celui qui purifie, celui qui illumine, celui qui parfait.

§ 4. La très sainte loi de la Théarchie exige que, dans son ascension vers la plus haute lumière qui lui soit accessible, le second rang passe par l’entre mise du premier rang. Ne voyons-nous pas que, jus que dans l’ordre sensible, les essences élémentaires s’approchent d’abord de celles qui ont le plus d’affinité avec elles et que c’est par leur entremise qu’elles agissent sur les autres selon la spécificité de leur nature? Rien d’inconvenant par conséquent si le Principe fondamental de toute harmonie, soit invisible soit visible, permet d’abord aux rayons qui révèlent les opérations divines de pénétrer jusqu’aux êtres qui ont atteint au maximum de conformité avec Dieu et si c’est par l’entremise de ceux-là, intelligences plus diaphanes et mieux disposées par nature à recevoir et à transmettre la lumière, qu’il dispense ses illuminations aux êtres inférieurs, se manifestant à eux proportionnellement à leurs aptitudes.

C’est donc à ceux qui contemplent Dieu les premiers qu’il appartient de révéler à ceux qui occupent le second rang, sans jalousie et dans la mesure qui leur convient, les divins spectacles auxquels ils furent eux-mêmes saintement initiés. Initier les autres aux mystères hiérarchiques, tel est le rôle de ceux qui ont reçu magnifiquement et dans la plénitude de la science le secret divin de tout ce qui concerne leur hiérarchie et à qui fut donné le pouvoir sacramentel de l’initiation. Communiquer enfin les sacrements à qui les mérite, telle est la fonction de ceux qui possèdent la science et la parfaite participation des consécrations sacerdotales.

§ 5. L’ordre divin des grands prêtres est donc le premier ordre de ceux qui contemplent Dieu, lui- même tout ensemble le premier et le dernier, car en lui se termine et s’achève toute l’ordonnance de la hiérarchie humaine. De même, en effet, que nous voyons toute hiérarchie aboutir à Jésus, ainsi chaque hiérarchie a comme terme propre son grand prêtre particulier. La puissance de l’ordre des grands prêtres se répand à tous les étages de la sainte ordonnance et à travers chacun des ordres sacrés elle accomplit les mystères particuliers de sa hiérarchie. Mais c’est aux grands prêtres singulièrement, de préférence aux membres des autres ordres, que la loi divine a attribué en propre les plus divines opérations du saint ministère. Les rites, en effet, grâce auxquels ils parfont les fidèles, sont les images de la Puissance théarchique et c’est par eux qu’ils confèrent leur plein achèvement à tous les symboles les plus divins et à toutes les saintes ordonnances. Car, s’il appartient aussi aux sacrificateurs de consacrer quelques-uns des symboles sacrés, le sacrificateur pourtant ne saurait opérer le sacrement de la naissance de Dieu dans les âmes sans l’aide des saintes huiles, ni consommer les mystères de la communion divine, à moins que d’abord n’aient été déposés sur le très saint autel des divins sacrifices les symboles de cette communion.

Disons plus lui-même ne saurait être sacrificateur avant que les consécrations du grand prêtre ne lui en aient conféré la dignité. Aussi bien les décrets di vins ont-ils réservé aux puissances sacramentelles des grands prêtres, hommes de Dieu, et la consécration des ordres hiérarchiques et la sanctification de l’au tel des divins sacrifices.

§ 6. Ainsi donc l’ordre des grands prêtres est ce lui qui possède la plénitude du pouvoir consécratoire. Il possède le privilège de consommer toute consécration hiérarchique. C’est lui qui révèle les saints mystères, qui enseigne leurs propriétés respectives et leurs saintes puissances. L’ordre illuminateur des sacrificateurs conduit les initiés à la sainte initiation des sacrements, sous l’autorité de l’ordre des grands prêtres, hommes de Dieu; en communion avec lui, il exerce les fonctions propres de son saint ministère; en les exerçant il révèle les opérations divines à travers les symboles très sacrés et il parfait assez ceux qui viennent à lui pour leur permettre de contempler ces opérations divines et de communier aux saints sacrements. C’est au grand prêtre pourtant qu’il renvoie quiconque aspire à la science des rites qu’il contemple. L’ordre enfin des ministres est chargé de purifier et de passer au crible ceux qui ne portent pas en eux la ressemblance divine, avant qu’ils ne s’approchent des saintes liturgies sacerdotales. Il purifie ceux qui se présentent à lui; en les sanctifiant il écarte d’eux toute participation au mal; il les prépare aux initiations et aux communions sa crées. C’est pourquoi, au cours de la cérémonie par laquelle s’opère [dans l’âme du néophyte] la naissance de Dieu, ce sont les ministres qui le dépouillent de ses anciens vêtements; qui délient sa ceinture; qui le placent face à l’occident pour l’abjuration, puis le ramènent face au levant (car leur ordre et leur pouvoir consistent à purifier); qui l’invitent à rejeter les dépouilles de sa vie antérieure; qui lui montrent dans quelles ténèbres il a vécu jusqu’alors; qui lui enseignent à quitter l’obscurité et à se tourner dorénavant vers la lumière.

Ainsi l’ordre des ministres est purificateur, puisqu’il élève les purifiés de manière à les rendre dignes de l’illumination des liturgies sacerdotales puisqu’il libère les imparfaits de toutes leurs souillures; puisque, tel un accoucheur, il fait naître en eux les lumières et les leçons purifiantes de l’Ecriture puisqu’il écarte enfin les profanes de façon que le sacerdoce reste sans mélange. C’est pourquoi les institutions de la hiérarchie préposent cet ordre à la charge des portes du sanctuaire, montrant par là qu’avant que les postulants aient accès aux saints mystères il leur faut passer par une totale purification, certaines puissances purificatrices étant précisément chargées de les initier, de les faire entrer saintement en communion avec les mystères, afin de n’introduire au sanctuaire que les immaculés.

§ 7. Nous avons montré que l’ordre des grands prêtres est chargé de consacrer et de par faire; que l’ordre des sacrificateurs illumine les âmes et leur apporte la lumière; que la tâche enfin des ministres est de purifier et de séparer. Il est clair néanmoins que l’ordre des grands prêtres n’a pas pour seule fonction de consacrer, mais qu’il illumine égale ment et qu’il purifie. De même l’ordre des sacrificateurs joint au pouvoir d’illuminer celui de purifier. Car s’il est impossible aux inférieurs d’empiéter sur les fonctions des supérieurs, puisqu’une pareille au dace serait pour eux un sacrilège, les puissances supérieures au contraire, outre leur savoir propre, possèdent aussi la science sacrée des rangs inférieurs à leur propre fonction sacramentelle. Il n’en reste pas moins vrai que, puisque les distinctions sacerdotales figurent symboliquement les opérations divines, puisqu’elles manifestent en soi des illuminations dont l’ordre correspond à l’ordre harmonieux et sans mélange des opérations divines, on les a ordon nées hiérarchiquement selon les trois degrés (premier, moyen et dernier) de leurs saintes opérations et de leurs saints ordres, afin qu’elles portent en elles, comme je viens de le dire, l’image de l’ordre et de la distinction propres aux opérations divines.

La Théarchie, en effet, purifie d’abord les intelligences dans lesquelles elle pénètre. Ensuite elle les illumine. Une fois illuminées, elle les parfait en les consacrant dans leur conformité divine. Ainsi on comprend bien que la hiérarchie, qui est constituée d’images divines, se divise en ordres et en puissances distincts, pour manifester clairement que les opérations théarchiques demeurent inébranlables et distinctes dans des ordres très saints et sans mélange

Ayant ainsi exposé les ordres sacerdotaux, leurs fonctions, leurs puissances et leurs actes, autant que nous l’avons pu, initions maintenant, dans la mesure où nous y réussirons, à leurs très saintes consécrations.

 

II. Mystère des consécrations sacerdotales

 

Le futur grand prêtre, avant de recevoir la consécration pontificale, fléchit les deux genoux au pied de l’autel des sacrifices. Il porte sur la tête les Ecritures que Dieu même a révélées, ainsi que la main du grand prêtre qui le consacre. Ce dernier parfait alors l’opération consécratoire par des très sain tes invocations.

Le futur sacrificateur fléchit également les deux genoux devant l’autel des divins sacrifices. Le grand prêtre lui impose la main droite et c’est alors que le grand prêtre opère la consécration par des invocations sanctifiantes.

Le futur ministre ne fléchit qu’un genou au pied de l’autel des divins sacrifices. Sur sa tête, le grand prêtre place sa main droite et c’est alors qu’il le con sacre par des invocations correspondant à sa fonction de ministre.

Sur chacun de ceux qu’il consacre, le grand prêtre trace le signe de la croix. Pour chacun d’eux il procède à une sainte proclamation et à un baiser consécratoire, tous les membres du clergé présents à la cérémonie embrassant à la suite du grand prêtre consécrateur celui qui vient d’être con sacré à l’un des ordres sacerdotaux dont on vient de parler.

 

III. Contenplation.

 

§ 1. Les rites communs à la consécration sacerdotale des grands prêtres, des sacrificateurs et des ministres, sont la présentation devant l’autel des divins sacrifices, la génuflexion l’imposition des mains par le grand prêtre, le signe de croix, la proclamation, le baiser. Les rites particuliers et distinctifs sont, pour les grands prêtres, l’imposition des saintes Ecritures, ce qui ne se fait pas pour les ordres inférieurs; Pour les sacrificateurs le fléchissement des deux genoux, qui n’a pas lieu pour la consécration des ministres, car les ministres, comme on l’a dit, ne fléchissent qu’un genou.

§ 2. La présentation et la génuflexion devant l’autel des divins sacrifices enseignent à tous ceux qui reçoivent la consécration sacerdotale à soumettre entièrement leur vie propre au Dieu qui est le principe de tout sacrement; à lui offrir une intelligence parfaitement sainte et pure, assimilée à la sienne et digne autant que possible de cet Autel théarchique parfaitement saint et sacré, qui consacre au sacerdoce les intelligences qui ont reçu en elles ta forme divine.

§ 3. L’imposition des mains par le grand prêtre indique que c’est sous la protection de Celui qui est le principe de tout sacrement, que, tels de pieux enfants soumis à leur père, les consacrés reçoivent les propriétés et les pouvoirs du sacerdoce, en même temps qu’ils sont libérés des puissances ad verses. Ce rite leur apprend aussi à accomplir toutes les fonctions sacerdotales comme sous les ordres de Dieu et en le considérant dans tous les actes de leur vie comme leur chef.

§ 4. Le signe de croix signifie le renoncement à tous les désirs charnels, une vie consacrée à l’imitation de Dieu, constamment tournée vers la Vie divine de Jésus incarné, de Celui, qui théarchiquement Impeccable, s’est humilié jusqu’à la crucifixion et jusqu’à la mort, de Celui qui marque quiconque l’imite de ce signe de croix qui symbolise sa propre innocence.

§ 5. La sainte proclamation par le grand prêtre des ordres et des ordinands signifie mystérieusement que le consécrateur, dans son amour pour Dieu, est l’interprète de l’élection théarchique; que ce n’est point en vertu de sa grâce propre qu’il appelle les ordinands à la consécration sacerdotale; mais que Dieu lui-même le meut en toutes ses ordinations hiérarchiques. C’est ainsi que nous voyons Moïse, le fondateur de la hiérarchie légale, bien qu’Aaron fût son frère et qu’il le sût ami de Dieu et digne du sacerdoce, ne lui conférer cette dignité que lorsque Dieu lui en eut donné l’ordre et qu’il fut licite alors de lui conférer hiérarchiquement la plénitude du sacerdoce au nom du Dieu qui est le principe de tout sacrement (Exode, XXIX, 4). Mais il n’est pas jusqu’au divin fondateur de notre propre hiérarchie (car c’est Jésus qui, dans son amour infini pour nous assume aussi cette fonction) qui n’ait refusé de se glorifier lui-même, comme le dit l’Ecriture, puisque c’est un autre qui lui annonça : « Tu es prêtre à tout jamais selon l’ordre de Melchisédech. (Ps. CIX, 4) » Aussi bien, lorsqu’il conféra l’ordination sacrée à ses disciples, et bien qu’à titre de Dieu il fût lui-même hiérarchiquement le principe de tout sacrement, le vit-on lui aussi rapporter hiérarchique son acte consécratoire à son très saint Père et à l’Esprit théarchique puisqu’il enseigna à ses disciples, selon le témoignage de l’Ecriture : « Ne vous éloignez pas de Jérusalem, mais attendez la promesse du Père que vous avez entendue de ma bouche, et selon laquelle Vous serez baptisés par l‘Esprit saint (Actes I, 4) ». De même encore le chef des disciples ayant réuni autour de lui dix grands prêtres, ses pairs, pour ordonner au sacerdoce un douzième disciple, il laissa prudemment à la Théarchie le Soin de l’élection, disant: « Révèle- nous qui tu as élu (Actes I, 24) », et c’est celui qu’un sort divin avait divinement désigné qu’il fit entrer à titre de grand prêtre dans le collège des douze. Mais qu’est-ce que ce sort divin divinement tombé sur Matthias? Il existe sur ce sujet de nombreuses exégèses qui sont loin de me satisfaire. Aussi vais-je dire ici ce que j’en pense. Il me semble, en effet, que l’Ecriture entend par sort quelque don théarchique qui vint manifester au collège des grands prêtres celui qu’avait dû- signé l’élection divine, car ce n’est pas de son propre mouvement que le divin grand prêtre doit accomplir les consécrations sacerdotales, mais c’est sous la motion divine qu’il lui faut accomplir ces rites saints de façon hiérarchique et céleste.

§ 6. Le baiser qui termine la consécration sacerdotale a, lui aussi, un sens sacré. Car non seulement tous les assistants revêtus d’une dignité sa crée, mais le grand prêtre consécrateur lui-même baisent l’initié. Lorsqu’en effet une sainte intelligence, par des qualités et des puissances dignes de sa fonction sacrée, par sa vocation divine, par le sacrement enfin qui lui est conféré, accède à la dignité sacerdotale, elle mérite alors l’amour de ses pairs et de tous ceux qui appartiennent aux ordres plus saints. Elevée jusqu’à une beauté qui la rend pleinement con forme à Dieu, elle aime les intelligences qui lui ressemblent et elle reçoit en échange leur saint amour. Ainsi se justifie le rite sacré du baiser qu’échangent les membres du sacerdoce et qui symbolise cette sainte communauté que forment les intelligences lors qu’elles se ressemblent, cette joie de leur mutuel amour qui conserve pleinement à toute la hiérarchie la par faite splendeur de sa conformité divine.

§ 7. Tels sont, je l’ai dit, les rites communs à toutes les consécrations sacerdotales. Mais le grand prêtre est le seul qui porte très saintement sur la tête les saintes Ecritures. Puisqu’en effet la puissance et la science perfectionnantes de tout sacerdoce furent octroyées aux grands prêtres, hommes de Dieu, par cette Bonté théarchique qui est le fondement de tout sacrement, il est juste qu’on place sur la tête des grands prêtres les Ecritures que Dieu lui-même a dictées et qui nous révèlent tout ce qu’on peut savoir sur Dieu, toutes ses opérations, toutes ses apparitions, toutes ses saintes paroles et tous ses actes saints, en un mot tout ce que dans sa bonté la Théarchie a bien voulu transmettre à la hiérarchie humaine de ce qui fut par Dieu même saintement fait et saintement dit. Le grand prêtre, en effet, qui vit en conformité avec Dieu et qui participe de façon pleine et totale à la puissance hiérarchique, ne se contente pas de recevoir par illumination divine la science authentique de toutes les paroles rituelles et de tous les sacrements hiérarchiques, mais c’est lui en outre qui les transmet aux autres, selon leur rang dans la hiérarchie, et c’est lui qui, parce qu’il est doué des connaissances les plus divines et du plus haut pou voir d’élévation spirituelle, accomplit les plus saintes consécrations de la hiérarchie.

Quant aux sacrificateurs, ce qui distingue le rite de leur consécration, c’est qu’ils fléchissent les deux genoux tandis que l’ordre des ministres ne fléchit qu’un genou pour recevoir la consécration du grand prêtre.

§ 8. L’agenouillement indique que le postulant s’approche avec humilité du sacrement et place cette sainte démarche sous la protection divine. Mais puis qu’il existe, on l’a souvent redit, trois classes d’initiateurs sacrés, préposés, par la vertu de trois sacrements très saints, à soumettre au joug divin trois ordres d’initiés et à assurer leur salut par leurs saintes opérations liturgiques, il est naturel que l’ordre des ministres, dont la fonction n’est que purificatrice, se contente de Conduire saintement et de placer les purifiés au pied de l’autel des divins sacrifices, afin que les intelligences dépouillées de toute souillure y soient sanctifiées selon un mode qui n’est pas de ce monde.

Les sacrificateurs pour leur part fléchissent les deux genoux parce que leur rôle n’est pas limité à la purification de ceux qu’ils présentent saintement à la Consécration: après avoir élevé spirituellement les âmes grâce aux rites sacrés qui leur appartiennent en propre, après les avoir dépouillées de toute souillure, ils les parfont sacramentellement afin qu’elles possèdent la propriété durable et le pouvoir de contempler.

Quant au grand prêtre, ayant fléchi les deux genoux, il reçoit en outre sur la tête le livre des Ecritures transmises par Dieu, car à ceux que, selon leurs puissances respectives, les ministres ont purifiés et que les sacrificateurs ont illuminés, c’est lui qui enseigne, selon les lois de la hiérarchie et à la mesure de leurs aptitudes, la science des mystères dont ils ont obtenu l’initiation C’est lui enfin qui, grâce à cette science, parfait les ordinands de façon que la consécration qu’ils reçoive soit aussi entière que le comporte leur nature.

 

CHAPITRE 6

 

I. Des ordres que forment les initiés.

 

§ 1. Tels sont donc les ordres sacerdotaux, leurs fonctions, leurs puissances, leurs opérations, leurs consécrations. Il faut décrire maintenant les trois ordres que forment les initiés qui leur sont subordonnés.

Nous disons donc que l’ordre des purifiés est constitué par la foule de tous ceux qui sont exclus du saint ministère et des opérations sacramentelles et dont on a déjà fait mention, d’abord ceux que les ministres n’ont pas encore achevé d’instruire et de former en sorte que l’enseignement des saintes Ecritures, tel un accoucheur, ait fait naître en eux la vie; viennent ensuite ceux qui continuent à recevoir l’excellent enseignement des Ecritures qui doit les ramener à la sainte vie dont ils se sont écartés; puis les lâches qu’impressionnent encore les épouvantails de l’adversaire et que la puissance des Ecritures saintes est en train d’affermir; après eux, ceux qui sont encore sur la voie qui les fera passer du péché aux opérations de la sainteté; enfin ceux-là qui, bien que convertis, ne se sont pas encore enracinés de façon parfaitement pure dans des habitudes divines et immuables.

Tels sont les rangs que forment les purifiés, soumis à la puissance accoucheuse et purificatrice des ministres. Grâce, en effet, à leurs pouvoirs sacrés, les ministres les sanctifient de façon que, parfaitement purifiés, ils puissent accéder à la contemplation illuminatrice et à la communion des sacrements les plus capables de les éclairer.

§ 2. L’ordre moyen se compose de ceux qui contemplent certains mystères et qui, parfaitement purifiés, entrent en communion avec ces mystères dans la mesure de leurs forces. Cet ordre a été confié aux sacrificateurs afin qu’ils l’illuminent. Il est clair, en effet, je le crois, que, purifiés de toute souillure profane, ayant fondé leur intelligence sur des bases saintes et immuables, les membres de cet ordre s’élèvent par l’entremise des sacrificateurs jusqu’à la possession stable de la faculté contemplatrice; qu’ils participent autant qu’ils le peuvent aux très divins symboles; que ces contemplations et ces communions les emplissent d’une joie toute sacrée; qu’ils s’élèvent enfin à la mesure de leurs forces et grâce à leurs puissances d’ascension spirituelle jusqu’à l’amour divin des mystères dont ils possèdent déjà la science.

Cet ordre, je l’appelle le peuple saint, car il a été soumis à une purification totale et maintenant il est digne de s’initier saintement et de communier, autant qu’il le peut faire sans sacrilège, aux plus lumineux sacrements.

§ 3. Mais de tous les ordres d’initiés le plus élevé est la sainte légion des moines. Elle s’est entièrement purifiée de toute souillure. Rien ne limite sa liberté d’action, qui est entière et sans mélange. Autant qu’elle le pouvait sans sacrilège, elle a été admise à la contemplation intellectuelle et à la communion de tous les mystères sacrés. Soumise aux puissances perfectionnantes des grands prêtres, ces hommes de Dieu, dont l’illumination et les traditions hiérarchiques l’initient selon ses aptitudes aux saintes opérations sacramentelles, elle s’élève grâce à cette science sacrée et selon ses propres mérites jus qu’à la plus haute perfection. C’est pourquoi nos di vins maîtres, jugeant ces hommes dignes de porter un titre saint, les ont appelés tantôt serviteurs et tantôt moines, parce qu’ils exercent de façon pure le culte, c’est-à-dire le service de Dieu, et parce que leur vie, loin d’être divisée, demeure parfaitement une, parce qu’ils s’unifient eux-mêmes par un saint recueillement qui exclut tout divertissement de façon à tendre vers l’unité d’une conduite con forme à Dieu et vers la perfection de l’amour di vin. Aussi bien les institutions sacrées leur ont- elles octroyé une grâce qui les parfait et les ont-elles jugés dignes d’une certaine invocation consécratoire, qui n’appartient pas au grand prêtre (lequel n’intervient que pour conférer les ordinations sacerdotales), mais aux saints sacrificateurs qui sont chargés de ce rite secondaire de la liturgie hiérarchique.

 

II. Mystère de la consécration monacale.

 

Le sacrificateur se tient debout devant l’autel des divins sacrifices, prononçant les paroles sacrées de la consécration monacale. Debout derrière le sacrificateur, l’initié ne fléchit ni les deux genoux ni l’un des genoux; on ne dépose point sur sa tête les Ecritures qui contiennent le dépôt de la Révélation divine. Il se contente de rester debout devant le sacrificateur lorsque ce dernier prononce les paroles qui mystérieusement le vouent à l’état monacal. Ayant achevé cette consécration, le sacrificateur s’approche de l’initié. Il lui demande d’abord s’il renonce, non seulement à réaliser, mais même à imaginer tout ce qui pourrait introduire la division dans sa vie. Il lui rappelle ensuite les règles d’une vie pleinement parfaite, affirmant publiquement qu’il lui faudra dépasser toutes les vertus d’une existence médiocre. Quand l’initié a formellement souscrit ces engagements, le sacrificateur le marque du signe de la croix, puis il lui coupe les cheveux en invoquant les trois Personnes de la divine Béatitude. L’ayant en suite dévêtu entièrement, il lui impose un habit nouveau. Suivi enfin par tous les autres sacrificateurs présents à la cérémonie, il lui donne le baiser de paix et lui confère le pouvoir de prendre part aux mystères de la Théarchie.

 

III. Contemplation.

 

§ 1. Si l’initié ici ne s’agenouille point, si on ne lui impose point les saintes Ecritures qui contiennent le dépôt de la Révélation divine, s’il se contente de rester debout quand le sacrificateur prononce devant lui les paroles sacrées de la sainte consécration, ces rites signifie que l’ordre monacal n’a pas mission de diriger les autres, mais que, demeurant stable dans sa sainte unité, il obéit aux ordres sacerdotaux, les suivant comme un fidèle compagnon de voyage sur la route qui les conduit à cette science divine des mystères qu’il leur est permis d’atteindre.

§ 2. Si l’initié est tenu de renoncer à tous les actes, voire à toutes les pensées qui pourraient di viser sa vie, ce rite signifie cette parfaite Philosophie que confère aux moines la science des préceptes par quoi toute vie devient une. Comme je l’ai dit, en effet, leur rang parmi les initiés n’est pas médiocre, car c’est le plus sublime de tous. C’est Pourquoi ce qui est parfaitement licite aux hommes du deuxième ordre est très souvent totalement interdit aux moines, car leur vie étant unifiée, c’est un devoir pour eux de ne faire qu’un avec l’Un, de s’unir à la sainte Unité, et d’imiter, autant qu’ils le peuvent sans sacrilège, la vie sacerdotale Puisqu’ils appartiennent par beaucoup de points à la nième famille et qu’ils sont plus proches d’elles que les initiés des autres ordres.

§ 3. Le signe de croix signifie, comme nous l’avons déjà dit, la mort de tous les désirs charnels. La tonsure symbolise une vie pure et parfaitement dépouillée, qui ne camoufle la laideur de l’intelligence d’aucune surcharge d’ornements superflus, mais qui s’élève spontanément, grâce à des beautés qui n’ayant rien d’humain unifient l’âme et conviennent à l’état monacal, jusqu’à la plus haute conformité divine.

§ 4. Le dépouillement des anciens vêtements et la prise d’habit représentent le passage d’une sainteté médiocre à une plus grande perfection; nous avions vu déjà que la cérémonie par quoi Dieu naît dans les âmes comporte aussi un changement d’habit que signifie l’ascension spirituelle de la purification aux stades supérieurs de la contemplation et de l’illumination. Quant au baiser que donnent à l’initié et le sacrificateur qui le consacre et tous les autres sacrificateurs présents, vois-y le signe de la sainte communauté qui unit tous ceux qui se conforment à Dieu par les liens joyeux d’une mutuelle et charitable congratulation.

§ 5. A la fin de toutes ces cérémonies, le sacrificateur appelle celui qu’il a consacré à prendre part à la communion théarchique, montrant ainsi de façon sacrée que, pour peu que l’initié s’élève selon la loi monacale jusqu’à l’unité spirituelle, il ne contemplera pas seulement les saints mystères qui sont offerts à sa vue, il ne communiera pas seulement comme ceux de l’ordre moyen avec les symboles très sacrés; mais, grâce à la connaissance divine des mystères auxquels il aura part, il sera admis à la communion théarchique selon un tout autre mode que le peuple saint. C’est pour le même motif que, lors de la cérémonie de leur très sainte consécration et pour consommer le sacrement de leur ordination, les ordres sacerdotaux reçoivent la communion de la très sainte action de grâces des mains du grand prêtre qui vient de les consacrer; non seulement parce que la réception des mystères théarchiques couronne toute participation hiérarchique, mais parce que tous les ordres sacrés, selon que leur ascension spirituelle et leur consécration les ont plus ou moins déifiés, participent, chacun à leur mesure, au don très divin de cette même communion.

Résumons-nous maintenant. Les saints sacrements procurent la purification, l’illumination et la perfection. Les ministres constituent l’ordre qui purifie, les sacrificateurs l’ordre qui illumine, les grands prêtres, qui vivent en conformité avec Dieu, l’ordre qui parfait. A l’ordre des purifiés, tant que ses membres en sont encore à ce stade de purification, il n’est pas encore permis de s’initier et de participer aux saints mystères. L’ordre des contemplatifs se con fond avec le peuple saint. L’ordre des parfaits comprend les moines, parce qu’ils ont unifié leur vie. Saintement et harmonieusement divisée en ordres selon les révélations divines, notre propre hiérarchie présente ainsi la même structure que les hiérarchies célestes, conservant soigneusement à la mesure de son humanité les caractères qui lui permettent de ressembler à Dieu et de se conformer à lui.

§ 6. Mais tu vas objecter que dans les hiérarchies célestes on ne trouve pas trace d’ordres purifiés (car ce serait sacrilège et mensonge que de prétendre qu’il existe au ciel une légion pécheresse), Mais pour nier que les anges soient totalement immaculés et qu’ils possèdent la plénitude d’une pureté qui n’est pas d’ici- bas, il faudrait que j’eusse entièrement perdu l’intelligence des mystères les plus sacrés. Si l’un des anges succombait au mal, tout aussitôt il se verrait rejeté de l’harmonie céleste et sans mélange des intelligences divines. Il tomberait dans les ténèbres où vivent les multitudes renégates. Et pourtant on a le droit de dire que dans la hiérarchie céleste quelque chose correspond à la purification des essences subordonnées; c’est l’illumination qui leur donne divinement accès aux mystères qu’elles ignoraient jusque là; qui les conduit A une science plus parfaite des con naissances théarchiques; qui les purifie en quelque sorte de leur ignorance des vérités qui demeuraient cachées à leur regard; qui les conduit enfin, par l’entremise des essences supérieures et plus divines, jus qu’aux splendeurs plus hautes et plus évidentes des di vins spectacles.

C’est ainsi qu’on peut distinguer dans la hiérarchie céleste elle-même, d’une part des ordres qui sont illuminés et parfaits, d’autre part des ordres qui purifient, qui illuminent et qui parfont, car les essences supérieures les plus divines ont bien la triple tâche, selon des ordres proportionnés aux hiérarchies célestes, de purifier de toute ignorance les saintes légions célestes qui leur sont subordonnées; de leur octroyer la plénitude des plus divines illuminations; de les parfaire enfin dans la science très lumineuse des intellections théarchiques. Nous l’avons déjà dit, en effet, les légions célestes ne sont pas toutes identiques dans la sainte connaissance des illuminations par quoi elles peuvent accéder aux mystères divins. Mais c’est Dieu directement qui illumine les premières légions et, par leur entremise, c’est encore Dieu qui illumine indirectement les légions inférieures, en proportion de leurs capacités, lorsqu’il répand sur elles la brillante lumière du Rayon théarchique.

 

CHAPITRE 7

 

I. Des rites funéraires.

 

§ 1. Ayant précisé ces divers points, il faut parler je crois de nos saints rites funéraires. Ces rites, en effet, sont différents selon qu’il s’agit de saints ou de profanes et, comme leurs vies furent différentes, leurs morts le sont également.

Ceux qui menèrent une sainte vie, attentifs à ces véridiques promesses de la Théarchie dont ils ont en quelque sorte contemplé la vérité en assis tant à sa Résurrection, c’est plein d’une joie divine, animés d’une ferme et sincère espérance qu’ils atteignent au terme marqué pour leur mort, comme au but de leurs saints combats, car ils savent en toute certitude que, grâce à l’entière résurrection qui viendra pour eux, leur être entier sera sauvé et vivra pleine ment et à jamais. Non seulement, en effet, les âmes saintes, bien qu’il puisse leur advenir ici-bas de dé choir et de succomber à la tentation du mal, acquerront par leur régénération la plus haute et la plus immuable conformité divine, mais encore les corps purs qui furent soumis au même joug que ces âmes et qui accomplirent le même pèlerinage, qui furent enrôlés avec elles et qui combattirent le même combat, recevront eux aussi pour prix des sueurs versées au service de Dieu et en même temps que les âmes la récompense de cette résurrection qui les fera participer comme elles à l’indéfectible stabilité que procure aux âmes leur vie en Dieu. Unis aux saintes âmes dont ils furent ici-bas les compagnons, devenus en quelque sorte les membres même du Christ, ils jouiront du repos indéfectible d’une bienheureuse immortalité grâce auquel ils vivront dans la divine conformité. On comprend ainsi pourquoi les saints s’en dorment joyeux, dans une espérance que rien ne saurait ébranler, à l’heure où vient le terme de leurs combats divins.

§ 2. Parmi les profanes, certains pensent absurdement que les morts retournent au néant. D’autres imaginent que le lien des corps avec leurs âmes propres se rompt à tout jamais, car, disent-ils, il ne con viendrait pas aux âmes [de conserver le commerce du corps] au sein du repos béatifique et dans la pleine conformité divine. Mais ces hommes, faute d’une suffisante initiation à la science divine, oublient que le Christ a déjà donné l’exemple d’une vie humaine parfaitement conforme à Dieu. D’autres attribuent aux âmes de nouvelles incarnations, et par là ils se montrent à mon sens parfaitement injustes à l’égard des corps qui ont partagé le labeur des âmes divines, car ils les frustrent indignement des saintes récompenses qui sont dues à leurs mérites au terme d’une course parfaitement divine. Certains, enfin, s’étant laissé glisser je ne sais comment jusqu’à des conceptions matérialistes, ont prétendu que le repos très saint de la parfaite béatitude promise aux saints ressemble aux bonheurs d’ici-bas. A ceux qui sont de venus semblables à des anges ces hommes ont attribué de façon sacrilège des nourritures qui conviennent à une vie changeante.

Mais jamais aucun des vrais saints ne succombera à de telles erreurs; ils savent que leur être tout entier recevra le repos qui les rendra conformes au Christ. Quand vient le terme assigné à leur vie terrestre, et maintenant qu’ils s’en approchent davantage, ils voient très clairement la route qui mène à l’immortalité. Ils célèbrent alors les dons de la Théarchie et, pleins d’une divine volupté, ils ne craignent plus de succomber au mal car ils sont pleinement conscients de posséder de façon sûre et à tout jamais la belle récompense qu’ils ont méritée. Quant à ceux qui sont pleins de souillures et criminellement maculés, pour peu qu’ils aient reçu quelque initiation aux saints mystères, — initiation qu’ils ont misérable ment rejetée de leur intelligence pour s’abandonner aux désirs pernicieux, — quand vient le terme de leur vie terrestre, la loi divine des Ecritures cesse alors de leur paraître si méprisable; c’est avec d’autres yeux qu’ils considèrent maintenant les voluptés destructrices auxquelles les attachaient leurs passions, ainsi que cette vie sainte qu’ils ont follement abandonnée et dont ils font maintenant l’éloge. Ils quittent ce monde à contrecœur et avec des supplications; en raison de leur vie coupable, aucune espérance sacrée ne les guide [à l’heure de leur mort].

§ 3. Mais rien de semblable n’advient à l’heure où s’endorment les saints. Arrivé au terme de ses combats, le juste est plein d’une sainte allégresse, et c’est avec une grande joie qu’il avance sur la voie de la sainte régénération. Ses familiers, ceux qui sont ses proches en Dieu et dont les moeurs ressemblent aux siennes, le félicitent, quel qu’il soit d’avoir atteint victorieusement au but de ses désirs. Ils chantent des cantiques d’action de grâces en l’honneur de Celui qui est l’auteur de cette victoire, lui demandant de leur accorder, à eux aussi, la grâce d’un tel repos. Puis ils prennent le corps du défunt, et comme pour lui faire décerner la sainte couronne [de sa victoire], ils le portent au grand prêtre. Ce dernier le reçoit avec joie et, conformément aux règles saintes, il accomplit les rites sacrés institués en l’honneur de ceux qui sont morts saintement.

 

II. Mystère concernant ceux qui sont morts saintement.

 

Ayant rassemblé le choeur sacré, voici comment procède le grand prêtre. Si le défunt appartenait à l’un des ordres sacerdotaux, on le dépose au pied de l’autel des divins sacrifices. Puis le grand prêtre commence par invoquer Dieu et par lui rendre grâces. Si le mort prenait rang parmi les moines pieux ou s’il appartenait au peuple fidèle, le grand prêtre le dépose devant le sanctuaire, à la porte du lieu saint réservé aux sacrificateurs, et c’est alors qu’il récite la prière d’action de grâces. Les ministres lisent ensuite le texte des promesses véridiques contenues dans les divines Ecritures au sujet de notre sainte résurrection et chantent des Psaumes qui se rapportent au même thème. Le chef des ministres renvoie ensuite les catéchumènes, puis il proclame les noms de ceux qui se sont déjà saintement endormis, jugeant celui qui vient d’achever sa vie terrestre digne d’être commémoré avec eux et comme eux; il exhorte enfin tous les assistants à prier pour obtenir dans le Christ l’ultime béatitude. Le grand prêtre, homme de Dieu, ré cite sur le corps une très sainte invocation. L’invocation terminée, il baise le mort, imité aussitôt par tous les assistants. Quand tous ont donné le baiser de paix, le grand prêtre enduit le corps d’huile sainte ; il prie pour tous les défunts, puis il dépose la dépouille en terre sainte à côté de celles des autres saints d’égale dignité.

 

III. Contemplation.

 

§ 1. S’ils assistaient à ces rites ou qu’ils en entendissent le récit, les profanes, je crois, éclateraient de rire et prendraient notre erreur en pitié. N’en soyons pas surpris. Comme dit l’Ecriture, « il faut croire pour comprendre (Isaïe VII, 9) ». Pour nous que la lumière de Jésus a initiés au sens intellectuel de ces rites sacrés, affirmons que ce n’est pas sans motif raisonnable que le grand prêtre introduit et dépose le corps du défunt dans la partie du temple réservée à ceux de son ordre, car il signifie saintement qu’au moment de la régénération chacun aura le sort correspondant à sa vie d’ici-bas. Celui qui a mené ici-bas, dans la mesure où il est permis à un homme d’imiter Dieu, une vie conforme à Dieu et parfaitement sainte, possédera à jamais dans les siècles à venir le repos et la béatitude divine. Si, tout en menant une vie sainte, il est resté en deçà de la plus haute conformité avec Dieu, il recevra de saintes récompenses proportionnées à ses mérites. C’est pour célébrer cette divine Justice que le grand prêtre prononce de saintes actions de grâces et célèbre cette vénérable Théarchie qui nous délivre tous tant que nous sommes de l’oppression d’une injuste tyrannie, pour nous soumettre à l’équité parfaite de ses propres jugements.

§ 2. Les chants et les commémoraisons des promesses théarchiques signifient d’abord de quelle béatitude et de quelle paix jouiront à jamais ceux qui atteignent à la perfection divine. Donnant en exemple aux vivants celui qui saintement s’est endormi, ils leur enseignent ensuite à tendre eux aussi vers la même perfection.

§ 3. Mais prends garde à ceci. Dans cette cérémonie, au lieu de renvoyer, comme on fait d’ordinaire, tous ceux qui appartiennent aux ordres purifiés, on n’exclut de la sainte assemblée que les catéchumènes; ceux-là, en effet, ne sont encore initiés à aucun des sacrements et ils ne sauraient donc assister sans sacrilège, si peu que ce fût, à aucune des cérémonies de la sainte liturgie, puisque Dieu n’est pas né encore en eux, lui qui est le principe et le distributeur des lumières, et qu’ainsi ils n’ont encore reçu d’aucune façon le pouvoir de contempler les mystères. Au contraire les autres ordres purifiés ont été initiés déjà à la réception des dons sacrés. Il est vrai que dans leur folie, ils se sont empressés de retourner au mal au lieu de s’élever, comme c’était leur devoir, à une plus haute perfection. C’est pourquoi on n’a pas tort de les exclure de cette initiation et de cette communion théarchiques qui se manifestent sous les symboles sacramentels. S’ils participaient indigne ment à ces saintes cérémonies, ils seraient les premières victimes [de leur audace], ils augmenteraient encore leur mépris pour les réalités divines et leur mésestime de soi-même. Il n’en reste pas moins légitime de les admettre aux rites funéraires, car ce spectacle leur enseigne clairement l’incertitude de notre mort, les récompenses promises aux saints par les infaillibles Ecritures et les supplices sans fin dont elles menacent les impies. Ce ne sera donc pas une leçon inutile pour eux que d’assister à cette solennelle proclamation par quoi les ministres affirment que celui qui est mort pieusement est véritablement admis pour toujours dans la communauté des saints. Peut-être éprouveront-ils alors le désir d’un sort semblable, peut-être apprendront-ils en écoutant les ministres que bienheureux sont véritablement tous ceux qui meurent dans la paix du Christ.

§ 4. S’étant ensuite avancé, le grand prêtre, homme de Dieu, récite sur le mort une invocation sa crée. Après l’invocation, il le baise, imité par tous les assistants. L’invocation s’adresse à la Bonté théarchique; elle lui demande de pardonner au défunt toutes les fautes dont la faiblesse humaine est responsable, et de l’établir dans la lumière et le lieu des vivants, dans le sein d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, là où l’on ignore la douleur, la tristesse et les gémissements.

§ 5. Telles sont donc, je crois, les bienheureuses récompenses évidemment promises aux saints. Que pourrait-on, en effet, comparer à une immortalité exempte de toute peine et pleinement lumineuse? Et pourtant, elles ont beau se traduire dans des images adaptées le plus possible à notre faiblesse, ces promesses demeurent au-delà de toute intelligence et les termes qui les formulent restent en deçà de la vérité qu’elles contiennent. Car il faut croire que ce n’est pas sans raison que l’Ecriture s’écrie: « L’oeil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu ces choses et elles ne sont point montées jusqu’au coeur des hommes, elles que Dieu o préparées pour ceux qui le chérissent (I Co. II, 9) ».

Ce qu’on appelle le sein des vénérables patriarches et des autres bienheureux, c’est, je crois, ce repos très divin et cette parfaite béatitude où sont accueillis tous ceux qui vivent en conformité avec Dieu, dans la perfection toujours nouvelle d’un bonheur infini.

§ 6. Tu pourrais répondre que nous avons raison sans doute, mais qu’un point reste obscur. Pour quoi le grand prêtre prie-t-il la Bonté théarchique de pardonner ses fautes au mort et de lui accorder même rang et même illustration qu’à ceux qui ont vécu en conformité avec Dieu? Si chacun, en effet, reçoit de la divine justice le salaire correspondant aux mérites ou aux démérites de sa vie terrestre, comme le mort a cessé d’agir ici-bas, par quelle prière le grand prêtre pourrait-il obtenir pour lui un autre repos que celui qui lui appartient en propre et qui correspond à la vie qu’il a menée ici-bas? Pour ma part, que chacun doive jouir du sort qu’il a mérité, je ne l’ignore aucunement, car je suis fidèle aux enseignements de l’Ecriture qui nous dit: « Le Seigneur a fait son compte et chacun recevra selon les actes de sa vie corporelle, bons ou mauvais (II Cor., V, 10) ». Que d’autre part les prières des justes, ici-bas déjà, mais a fortiori pour les morts, ne soient utiles qu’à ceux qui les méritent, c’est bien la vraie doctrine que nous ont transmise les Ecritures. Samuel a-t-il rien pu obtenir en faveur de Saül ? En quoi le peuple juif a-t-il profité des invocations des prophètes? (Reg., XVI, 1) De même, en effet, qu’un homme qui se serait arraché les yeux serait fou de prétendre avoir part à cette lumière solaire qui ne répand ses dons que sur des yeux intacts, ainsi c’est s’accrocher à un espoir impossible et vain que de réclamer l’intercession des saints alors même qu’on paralyse l’action naturelle de leur sainteté par le mépris des dons divins, par le rejet des ordonnances les plus évidentes de la Bonté divine.

Je n’en affirme pas moins, conformément aux Ecritures, que les invocations des saints sont ici-bas parfaitement utiles dans le cas d’un homme qui désire les dons divins, qui s’est saintement préparé à les recevoir en prenant conscience de son indignité et qui va trouver quelque homme pieux pour le prier d’être son auxiliaire et le compagnon de ses prières. Une telle assistance ne peut alors que l’aider de la façon la plus éminemment utile. C’est elle qui lui pro curera les dons très divins qu’il désire. La Bonté théarchique se communiquera à lui, en raison des bonnes dispositions de sa conscience, en raison aussi de la vénération qu’il témoigne envers les saints, du louable zèle avec lequel il implore les dons divins vers les quels il aspire, de la vie enfin qu’il mène, harmonisée à son désir et conforme à Dieu.

Car c’est également une loi établie par les jugements théarchiques, que les dons divins, selon l’ordre qui convient parfaitement à leur nature divine, sont octroyés à ceux qui méritent de les recevoir, par l’entremise de ceux qui méritent de les distribuer. S’il advient donc qu’on méprise cette sainte ordonnance, et que sous l’empire d’une funeste présomption on se croie capable par soi-même d’entrer en relation avec la Théarchie en dédaignant l’entremise des saints; et de même s’il advient qu’on présente à Dieu des demandes indignes et impies sans éprouver, à la mesure de ses forces, un solide désir des dons divins, — on se prive soi-même des fruits d’une prière malhabile.

En ce qui concerne l’invocation dont on a fait mention et que prononce le grand prêtre en faveur du défunt, il faut donc l’expliquer selon les traditions que nous ont transmises nos maîtres, ces hommes de Dieu.

§ 7. Le divin grand prêtre est, comme disent les Ecritures, le révélateur des jugements divins, II est, en effet, le messager du Seigneur tout puissant. Il sait par conséquent, car Dieu le lui a appris par l’entremise des Ecritures, qu’à ceux qui ont pieuse ment vécu, selon les décisions d’une très juste balance et en raison de leur mérite, il est accordé de vivre en Dieu d’une vie très lumineuse, parce que la Théarchie dans son amour bienfaisant pour les hommes ferme les yeux sur les fautes qu’ils ont commises, car personne, dit l’Ecriture, n’est exempt de souillure. Le grand prêtre connaît bien les promesses contenues dans les infaillibles Ecritures, Aussi prie-t-il pour qu’elles se réalisent et pour que ceux qui ont pieuse ment vécu reçoivent leur sainte récompense. Par là il se modèle sur la Bonté divine qu’il imite, en demandant, comme si c’étaient des grâces pour lui-même, des dons destinés à d’autres.

Sachant que les promesses divines se réaliseront infailliblement, il enseigne également par là à tous les assistants que les dons qu’il implore en vertu d’une sainte institution seront pleinement accordés à ceux qui mènent en Dieu une vie parfaite, Car le grand prêtre, interprète de la Justice théarchique, se garderait bien de rien souhaiter qui n’agréât point totale ment à Dieu et qui rie correspondît point aux promesses divines. Aussi bien, lorsqu’il s’agit de ceux qui se sont endormis en état d’impiété, ne prononce-t-il point cette prière invocatoire, non seulement parce qu’il sortirait en cela de son rôle d’interprète, parce qu’il aurait l’audace d’accomplir de son propre chef des fonctions hiérarchiques et non Sous l’inspiration de Celui qui est le principe de tout sacrement, mais encore parce que sa prière maudite serait rejetée et que Dieu lui répondrait par les justes paroles de l’Ecriture : « Vous demandez et vous ne recevez point, parce que vous demandez mal (Jacques IV, 3) ». Aussi le grand prêtre, homme de Dieu, ne demande que ce qui correspond aux promesses divines, que ce qui est agréable à Dieu, que ce que Dieu accordera pleinement. Il manifeste ainsi à Dieu qui aime le bien à quel point sa conduite se modèle durablement sur le Bien, et il révèle clairement aux assistants quels dons recevront les saints.

De la même façon, à titre de révélateur des jugements divins, le grand prêtre possède le pouvoir d’ex communier, non certes que la toute sage Théarchie se plie, si l’on ose dire servilement à tous ses caprices, mais parce qu’il obéit à l’Esprit qui est le principe de tout sacrement et qui s’exprime par sa bouche, parce que c’est en raison de leur démérite qu’il excommunie ceux que Dieu a déjà jugés. Il est écrit, en effet : « Recevez l’Esprit saint à ceux dont vous remettrez les péchés, ils seront remis; à ceux à qui cous les retiendrez, ils seront retenus (Jean XX, 22) ». Et à celui qui reçut la révélation divine du Père très saint, il est dit selon l’Ecriture: « Ce que tu auras délié sur terre sera aussi délié dans les cieux (Matthieu XVI, 17) ». Il est indiqué par là que [saint Pierre l’évangéliste] lui-même et tous les grands prêtres de son ordre, selon les révélations qu’ils reçoivent des jugements du Père, ont pour mission, à titre de révélateurs et d’interprètes, d’admettre les amis de Dieu et d’exclure ses ennemis. Quand Pierre prononça les saintes paroles théologiques, ce ne fut pas, 1’Ecriture en témoigne, de son propre chef ni par une révélation de la chair et du sang, mais de façon intelligible et sous la motion du Dieu qui l’initia lui- même aux mystères divins. De la même façon les grands prêtres, ces hommes de Dieu, doivent user de leurs pouvoirs d’excommunication, comme de tous les autres pouvoirs hiérarchiques, dans la mesure seule ment où ils sont mus par la Théarchie même, principe de tout sacrement. Et les autres hommes doivent obéir aux grands prêtres, chaque fois du moins qu’ils opèrent à titre de grands prêtres, comme à des hommes que Dieu même inspire. Car il est dit : « Celui qui vous rejette me rejette (Luc X, 16) ».

§ 8. Mais revenons aux rites qui suivent l’invocation dont on vient de parler. L’ayant terminée, le grand prêtre, imité ensuite par tous les assistants, donne au mort le baiser de paix. Car il est agréable et respectable pour tous ceux qui vivent en conformité avec Dieu, celui qui a mené une vie parfaitement divine. Après le baiser, le grand prêtre verse l’huile sainte sur la dépouille du défunt. Rappelle toi que, dans la sainte cérémonie par laquelle Dieu naît dans l’âme, avant le très divin baptême, c’est par l’onction de l’huile sainte qu’il est permis à l’initié de participer pour la première fois aux symboles sacrés, aussitôt après qu’il a échangé son ancien vêtement contre un nouvel habit. Maintenant, tout au contraire c’est à la fin de la cérémonie que l’huile sainte est répandue sur la dépouille mortelle. Tout à l’heure, en effet, l’onction sacrée appelait l’initié aux saints combats; maintenant l’effusion de l’huile sainte signifie que, dans ces saints combats, le défunt n lutté jusqu’à la Victoire.

§ 9. Ayant achevé ces rites, le grand prêtre dépose le corps dans un lieu convenable avec les autres corps des saints d’égale dignité. Si le défunt, en effet, a vécu, corps et âme, d’une vie agréa à Dieu, son corps méritera d’être associé aux honneurs de l’âme sainte dont il a Partagé le combat et les sueurs sacrées. C’est pourquoi la Justice divine associe le corps à l’âme lorsqu’elle octroie à cette dernière le salaire ultime qu’elle a mérité car lui aussi a partagé au cours du même Pèlerinage la sainteté ou l’impiété d’une même vie, A bien les institutions sacrées accordent-elles à l’un et à l’autre la communion théarchique: à l’âme, par une pure contemplation et par la science des rites sacrés; au corps, à travers l’image de l’huile très sainte et par les symboles Parfaitement sacrés de la communion théarchique sanctifiant ainsi l’homme tout entier, accomplissant l’oeuvre sainte de son salut intégral, et annonçant, par les rites de sa liturgie universelle, l’absolue plénitude de la résurrection à venir.

§ 10. Quant aux invocations consécratoires, il se rait sacrilège d’en révéler le sens par écrit et de dévoiler au public leurs mystérieuses significations et la puissance que Dieu opère en elles. Comme l’enseigne notre sainte tradition, c’est en les apprenant par des initiations entièrement soustraites à la risée publique, en t’élevant spirituellement par l’habitude d’une vie plus sainte, en te perfectionnant dans l’amour de Dieu et dans l’amour des oeuvres saintes que tu atteindras, illuminé par Celui qui est le principe de tout sacrement, à la science suprême de ses mystères.

§ 11. Mais ce qui semble, me dis-tu, mériter la raillerie des impies, c’est que les enfants, bien qu’ils soient incapables de comprendre les mystères divins, soient admis pourtant, eux aussi, au sacrement qui fait naître Dieu dans leur âme, ainsi qu’aux symboles très sacrés de la communion théarchique; c’est qu’on puisse voir les grands prêtres enseigner les mystères divins à qui n’est pas capable de les entendre, livrer en vain les saintes traditions à qui ne le comprend pas. Ce qui prête à rire davantage encore, c’est que d’autres prononcent, à la place de enfants les abjurations rituelles et les promesses sacrées.

Toi pourtant, qui, à titre de grand prêtre, n’ignores rien de ces rites, au lieu de t’irriter contre ceux qui s’égarent, il te faut prudemment les éclairer en réfutant charitablement leurs objections et en leur répondant, selon la loi sainte, que nos connaissances sont loin de s’étendre à la totalité des mystères divins, qu’il en est plus d’un qui nous demeure inconnaissable et que, pourtant, leurs raisons d’être, si elles noms échappent et ne sont connues que par les ordres supérieurs à notre humanité, sont tout à fait dignes de leur divine nature. Beaucoup échappent même aux essences les plus hautes et ne sont connues de façon exacte que par la Théarchie toute sage et Source de toute sagesse. Disons cependant ce que, sur ce point, nos saints initiateurs, eux-mêmes initiée aux traditions les plus primitives, ont transmis jusqu’à nous.

Ils affirment, en effet, et c’est la vérité, que, si on les élève selon les saintes prescriptions, les enfants contracteront de saintes habitudes, qu’ils échapperont à tout égarement et aux tentations d’une vie impie. Ayant compris cette vérité, nos maîtres divins ont jugé bon d’admettre les enfants aux sacrements, à condition que les parents naturels de l’enfant qu’on présente le confient à quelque bon instructeur, initié lui-même aux mystères sacrés, qui puisse achever son instruction religieuse, à titre de père spi rituel et de garant de son salut. A celui qui s’engage ainsi à conduire l’enfant sur les voies d’une vie sainte, le grand prêtre demande de consentir aux abjurations rituelles et de prononcer les saintes promesses. Mais il est faux, comme le prétendent les railleurs, que le parrain s’initie aux secrets divins à la place de l’enfant, car il ne dit pas qu’il abjure ou qu’il s’engage saintement à la place de l’enfant, mais bien que ce soit l’enfant lui-même qui abjure et qui promet. Ce qui revient à dire : « Je m’engage moi-même, lors que cet enfant pourra comprendre les saintes vérités, à le former et à l’élever par mes divines instructions, de façon qu’il renonce à toutes les séductions de l’adversaire, qu’il s’engage dans de saintes promesses et qu’il les réalise en fait. »

Rien donc d’absurde, à mon sens, si l’enfant est admis aux sacrements qui l’élèveront spirituellement, à condition toutefois qu’un maître et un garant sacré le forme dans des habitudes divines et le prémunisse contre les séductions adverses. Si le grand prêtre admet l’enfant à la participation des symboles sacrés, c’est pour qu’il s’en nourrisse, pour que, grâce à cette nourriture, sa vie entière se passe à contempler sans relâche les divins mystères, à entrer en communion avec eux par de saints progrès, à en acquérir ainsi la sainte et durable habitude, conduit à la sainteté sous la direction d’un pieux garant qui vit lui-même en conformité avec Dieu.

Tels sont, mon enfant, les beaux spectacles, capables d’unifier nos âmes, que j’ai découverts dans notre hiérarchie, mais sans doute d’autres intelligences au regard plus perçant ne se seraient pas limitées à ces contemplations; elles auraient joui de spectacles beaucoup plus manifestes et plus conformes à Dieu. A tes yeux également, je crois, brilleront des beautés plus éclatantes et plus divines si tu uses pour t’élever jusqu’à un rayon plus sublime des méthodes progressives que je t’ai indiquées. Fais-moi part alors, très cher ami, toi aussi, de cette illumination plus parfaite et manifeste à mes yeux tout ce que tu auras pu saisir des beautés plus harmonieuses et plus proches de l’Un.

 

Car je suis sûr, par mes paroles, d’éveiller en toi les étincelles latentes d’un feu divin.

Fin du traité de la hiérarchie ecclésiastique, par Saint Denis l’Aréopagite