Les mystères de la tombe
et la résurrection de la chair


L’Esprit est UN - la Matière est UNE

Ce n’est pas pour satisfaire une vaine curiosité que j’écris cet article, d’autant plus que les explications données ne sont évidemment pas définitives mais parce qu’il fera, je crois, penser, réfléchir et méditer. Il est bon, du reste, que certaines questions restent un peu mystérieuses pour notre raison et que nous croyions à la résurrection de la chair surtout par l’humilité et par la Foi.

Que se passe-t-il, après que notre organisme physique a cessé de constituer pour notre Esprit un instrument capable de le manifester dans la matière ?

L’Ame, principe animateur, a brisé les liens qui lui permettraient d’agir sur le monde extérieur par l’intermédiaire du cerveau et du cœur : la Conscience n’est plus dans le corps visible et elle fonctionne ailleurs.

L’instrument qui nous a servi quelques années est déposé dans la terre, mais la décomposition est-elle un anéantissement ? Que se passe-t-il exactement et que pouvons-nous percevoir ou connaître une fois la tombe refermée ?

Enfin, ce corps que nous devons reprendre à la Résurrection, quel sera son avenir d’ici-là ? Pour essayer de répondre à ces questions, nous examinerons successivement la composition de notre corps physique et les différents états de la matière sous lesquels nos cellules peuvent se présenter, le degré de leurs conscience et de leur intelligence propre ; le milieu minéral, végétal et animal où ces cellules vont évoluer après leur libération – Nous rechercherons en rappelant même les découvertes les plus récentes de la science, quel est le terme final de cette évolution et je l’espère, nous pourrons alors mieux comprendre une Loi énoncée dans « Quelques Paroles directes » ; « Psyché » page 110, numéro spécial consacré au Dr Marc Haven : «Vous reprenez votre corps là où vous l’avez laissé, vous avez toujours le même corps (mêmes éléments sous différentes formes) ».

Dans son étude intitulée « Le Corps, le Cœur de l’homme et l’Esprit » (« Psyché » n° de mars 1927) le Dr MARC HAVEN, établit que le corps humain a été formé d’atomes que nous trouvons dans les couches profondes de la terre : carbone, oxygène, silice, calcium, soufre, etc. Il a fallu, dit-il, que ces molécules prennent contact les unes avec les autres, dans la matière minérale, évoluent jusqu’au végétal, passent dans le règne animal par l’intermédiaire des herbivores et enfin dans le corps humain, où les cellules formeront un organe avec l’aide des Siècles.

Notre matière physique est toujours en évolution et en perfectionnement continu. Elle se présente à l’état solide liquide, gazeux, radiant, éthérique. Des expériences précises (DURVILLE, de ROCHAS et d’autres) ont prouvé que le siège réel de nos sensations est dans ces dernières cellules et non dans les organes physiques grossiers qui ne fonctionnent plus dès qu’elles sont extériorisées par le sommeil magnétique ou anesthésique. Notre corps est presque à ce moment un cadavre. La petite partie de notre conscience que nous connaissons peut quitter notre cerveau dans le sommeil ou l’extase. Voilà ce qu’il faut retenir ; on ne constate plus alors que la vie inférieure, chimique, végétative. La seule différence avec la mort réelle c’est que l’Ame n’a pas encore abandonné la direction de la machine humaine et que les liens ne sont pas brisés, mais seulement distendus.

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Avant d’aller plus loin et pour que notre étude soit plus complète, il y a lieu de rappeler ici deux Lois intéressantes : celle de l’intelligence et de la mémoire des cellules nerveuses (Plexus) et celle de la force conservatrice de la forme. Je n’en dirai que peu de choses. Que nos plexus soient doués d’une sorte d’intelligence rudimentaire et d’une mémoire précise , cela ne peut faire aucun doute pour le physiologiste qui constate par exemple la reproduction identique des petites lignes qui strient l’extrémité du doigt après qu’elles ont été détruites par une blessure légère. En ce qui concerne le principe conservateur de la forme, nous pouvons en avoir la preuve en nous basant sur les belles expériences de Claude Bernard, de Flourens et de leurs successeurs. Elles ont démontré que nos cellules se renouvellent toutes en 3 ou 4 ans et cependant quand je revois un ami au bout de ce temps, sa forme n’a presque pas changé. Il y a donc en nous un principe non visible qui a agi et nous pensons que ce principe est tout simplement le double, ou Corps astral qui lui-même n’est qu’une manifestation de la Vie, un lien avec les parties les plus grossières de l’Ame.

Cette intelligence de la partie astrale de nos plexus nerveux, cette force conservatrice de la forme échappent, il me semble, à la mort ; elles ont certainement un rôle important à jouer dans le travail qui s’effectue après la mise en terre et que nous allons étudier maintenant.

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Dès que la cadavre a été déposé dans la tombe et d’autant plus vite que le cercueil sera en bois plus léger, commence une série de transformations dont une partie seulement est connue. Sous l’influence de la chaleur et de différents agents, la décomposition de la matière se produit. En réalité, les cellules qui composent nos organes n’étant plus comprimées par la force qui les maintenait unies, reprennent leur liberté. Les atomes de calcium, de carbone, de silice, d’azote, de métaux en suspension dans le sang , etc… vont donc être disponibles et prêts à subir l’évolution nécessaire. Une partie de ces cellules passera dans les minéraux, végétaux et animaux voisins et ici nous entrons dans un domaine moins connu.

Aujourd’hui, la science admet que la matière non seulement peut passer à l’état radial et colloïdal, mais encore se dématérialiser entièrement et il n’est pas anti-scientifique d’enseigner que les cellules libérées de nos corps passent à un état subtil où elles peuvent facilement traverser la matière solide. Le Dr Marc Haven, dans « Psyché » Mars 1927, dit page 46, en renvoi : « on reconnaît que l’atome de carbone (par exemple) peut se présenter à l’état colloïdal, amorphe, etc… ».

Nous voici au cœur même de notre sujet : page 80, de la même revue, l’auteur cite le passage suivant : « jadis, Tcheou Huong disait que : les transports des particules des êtres défunts sous l’action de la terre, sont imperceptibles ».(Lao-Tseu, ch.1, p.70). Et cette idée ne peut même plus nous étonner à une époque ou l’on étudie couramment la dématérialisation de la matière, le noyau de l’atome, les radiations invisibles, les rayons ultra-gamma, ultra-béta, les ions, les électrons, etc… qui ne sont déjà plus de la matière physique, mais bien les débuts de la matière supérieure (astrale, disaient les écoles occultistes).

Nous sommes donc en droit de penser que si au bout de 50 ans ou ouvre une tombe, au moins une grande partie du corps qu’elle contenait n’a pas été anéantie, mais a pu être transportée dans l’une quelconque des directions de l’espace ; soit sur des ondes spéciales, soit sur des courants depuis longtemps familiers aux occultistes et que la science redécouvrira sûrement tôt ou tard.

Dans le même numéro de « Psyché », page 110, le Dr Marc Haven cite l’enseignement suivant « Nous avons toujours le même corps, mêmes éléments, c’est-à-dire que nous le reprenons « là où nous l’avons laissé ». Cette loi assez obscure s’éclaire bien, je pense, et se comprend si l’on se rapporte aux pages précédentes.

Nous supposons naturellement admise l’existence d’un Etre spirituel et d’une âme pour chacun de nous : l’âme étant considérée comme le principe animateur de la matière. A chaque mort, le corps que l’Ame vient d’abandonner subit plus ou moins lentement les transformations décrites plus haut, selon que le cercueil est en bois léger ou en plomb ou déposé dans un caveau. Dès que la future mère est prête et qu’elle a été fécondée, le transport des cellules passées à l’état radiant s’effectue sous la direction de l’Ame, et le nouveau corps se reconstruit, très souvent, je pense, à peu près semblable à l’ancien, car le principe conservateur des formes dont nous avons constaté l’action pendant la vie doit continuer d’agir. Nous reprenons bien ainsi le même corps là ou nous l’avions laissé. Mais l’enseignement ci-dessus précise qu’il s’agit des mêmes éléments. Cela revient à dire que nous reprenons les « principes » servant à composer le corps, c’est-à-dire les cellules, bases de chaque organe qui sont passées à un état subtil et ont été transportées jusqu’à la future mère. Rappelant ici quelques souvenirs de l’Embryologie occulte de Papus, nous pensons que c’est dans l’œuf, d’où sort tout être vivant, que se concentrent les éléments du futur corps, très probablement à l’instant où il a été fécondé. Cette concentration doit se faire dans l’un des feuillets externes et de là, ce dynamisme initial va diriger tout le travail de développement du fœtus et d’abord celui du système nerveux (Papus, Traité méthodique, p.273 et suiv.). A un certain moment de la gestation, le Corps subtil est formé, constituant d’après les traditions orientales et occidentales le moule sur lequel vont se placer les cellules dues à la vie de la Mère qui fournit ainsi la matière physique du Corps, mais les Eléments, base du futur organisme, viennent bien de l’ancien corps. La part de la mère n’en est pas diminué.

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Examinons maintenant quelques conséquences de cette Loi. Tout d’abord, il apparaît que l’incinération et l’embaumement, qui, sans en empêcher complètement la réalisation, mais la rendant plus difficile, doivent être évités ainsi que l’emploi du plomb pour le cercueil. La mise en terre dans un cercueil de bois mince, voilà le procédé le meilleur qui du reste a été recommandé par l’église.

Remarquons ensuite, que si les choses se passent comme nous l’indique la « Parole directe » citée ci-dessus, je comprends fort bien que si j’ai abusé de mon estomac ou de n’importe quel autre de mes organes, j’en souffrirai forcément dans ma vie suivante car les cellules affaiblies sont transportées dans le même état. Par exemple, beaucoup d’infirmes de naissance sont des êtres qui ont détruit leur corps par le suicide avant l‘heure fixée. L’embaumement pratiqué chez les égyptiens et certains peuples, la conservation des cadavres dans des terrains secs et calcaires, la préservation des corps de quelques Saints due à la pureté de leur Ame, de leur vitalité et à l’ascétisme, ne semblent pas constituer des exceptions, en partie, parce que ces faits sont relativement rares et en partie parce que les Eléments de ces organismes physiques peuvent malgré tout passer à l’état radiant ou éthérique. Du reste, en particulier chez les égyptiens, tous les initiés connaissent les troubles profonds et les conséquences terribles qui ont été la suite de leur décision volontaire d’empêcher la décomposition des corps de leur Elite dans le but d’amasser d’énormes forces fluidiques, destinées à des buts occultes.

Il nous faut aussi jeter un regard sur le milieu minéral, végétal et animal où notre corps va subir les changements nécessaires. Là encore l’orientation nouvelle de la science, qui sait aujourd’hui reconnaître la Vie, même dans les minéraux, nous permettra certaines idées qui auraient paru il y a vingt ans tout à fait inadmissibles. On est pas loin de reconnaître que la conscience étant un des attributs de la Vie, il est possible de dire que le minéral à une certaine notion de lui-même très rudimentaire certes, mais réelle. La science ne peut encore aller cependant jusqu’à la notion , familière aux Mystiques chrétiens, de responsabilité, de liberté et de tendance vers l’Esprit Pur que possède une simple pierre. Aussi, c’est seulement sous forme de légende que nous parlerons du rôle que la partie spirituelle de nos organes, surtout le cerveau et le cœur, ont à jouer dans la terre. C’est cependant un beau spectacle que de voir leur esprit sous formes de lumières colorées, s’arrêter un instant ; appeler les esprits obscurs des minéraux et les grouper autour d’eux. Elles sont, en effet, nos cellules, la seule forme sous laquelle l’Esprit créateur peut être perçu, dans ce milieu sombre. Des interéchanges se produisent du reste, comme partout où il y a Vie, et une aide mystérieuse peut être donnée par ces esprits élémentaires à nos particules corporelles dans le travail difficile que j’ai tenté de décrire.

Nous ne présentons pas, bien entendu, ces notions nouvelles pour quelques lecteurs, comme un dogme, mais nous y trouverons, je crois, quelques lumières pour l’étude des rapports possibles entre la tombe et le berceau et le grand problème si important de la naissance et de la mort pourrait en être un peu éclairci.

Ici se présente tout naturellement à notre mémoire ce qu’on a appelé la réincarnation. A mon avis, seul l’Etre qui pourrait être sûr de savoir de ce que sont la Matière et l’Esprit en parlerait en connaissance de cause. En tout cas, si le fait est certain, le mot est sûrement inexact, car il donne l’idée de pénétration dans la matière physique d’un Principe spirituel. Je pense que ce dernier n’est jamais prisonnier d’un organisme de chair. C’est par l’âme , qui dans ses parties inférieures touche à ce que la science occulte appelle corps astral, que l’Esprit, parcelle de l’absolu créateur, siège de notre moi réel , agit sur le corps, un peu comme un opérateur projette les ondes nouvelles pour diriger à distance un bateau ou un avion, sans s’y trouver corporellement. Une grand quantité d’êtres humains n’ont aucune conscience de cette direction. Il faut gagner son Ame par la patience c’est-à-dire que beaucoup de temps et d’efforts sont nécessaires pour commencer à se rendre compte de l’existence de notre âme tout à fait en dehors de notre matière.

Ainsi, comme nous avons toujours le même corps , la mort n’a aucune espèce de sens pour notre moi véritable ; elle n’a plus ses aiguillons. Notre âme cesse momentanément son action sur notre corps : ou plutôt, elle agit sur lui autrement, pendant qu’il se renouvelle et se reconstitue, et elle a du reste d’autres instruments, car son activité est incessante. Il n’y a donc aucun interruption dans notre vie, ni dans notre travail, ni dans nos efforts pour atteindre un but dont notre conscience ne peut avoir physiquement qu’une idée imparfaite. Ainsi également, nous sommes définitivement fixés sur l’absurdité de nos raisonnements, de nos façons de voir lorsqu’il s’agit de la notion de l’Absolu, de l’Esprit et des grandes énigmes que l’Univers nous présente. Et cependant, les hommes continuent de parler et d’écrire sur ces sujets ; ont-ils tort de le faire ? non : on doit travailler, mais ils ont tort d’attribuer à leur systèmes philosophiques ou à leurs théories scientifiques une valeur importante et, pour quelqu’un, définitive.

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Enfin, les idées que nous avons remuées dans cette étude, ne peuvent manquer de nous rappeler un des dogmes les plus obscurs de l’Eglise chrétienne : la résurrection de la chair. Sans prétendre l’expliquer, les pages précédentes nous aideront cependant à en admettre la possibilité.

Voici donc un résumé du dogme catholique, et de la célèbre Epitre de Saint Paul : « Tous ceux qui sont mort depuis le commencement du monde, ressusciteront avec le même corps qui leur aura servi pendant leur vie ; ce seront les mêmes « corps ; mais il sera hideux et grossier pour les méchants, glorieux pour les bons « (jouissant des qualités suivantes : immortalité, impassibilité, clarté, agilité, « subtilité) (catéchisme romain) ».

Saint Paul , lui, dit en résumé : « Pour qu’une graine produise une fleur « vivante, il faut qu’elle meure comme graine. Le Corps vivant qui naît n’est pas « semblable à ce qui lui donne naissance. Des différences très grandes existeront entre « les corps ressuscités, comme composition et éclat. Le corps humain provient d’une « semence corruptible, méprisable, faible, animale, périssable. Le corps ressuscité sera « incorruptible, glorieux, plein de force, spirituel, éternel ».

Remarquons tout d’abord le rapport très strict qui existe entre l’affirmation de l’Eglise et la parole directe à laquelle nos amis attachent avec raison une importance définitive « Vous ressusciterez avec le même corps qui vous aura servi, dit le catéchisme ».

« Vous reprenez votre corps là où vous l’avez laissé, vous avez toujours le même corps » lisons-nous dans « Psyché ». Il s’agit évidemment d’un enseignement identique. Que nous reprenions ce corps une seule fois à la résurrection et que notre Ame purifiée le transforme en corps glorieux, ou que nous le reprenions à plusieurs reprises, l’affinant sans cesse et le rapprochant de plus en plus de l’Esprit, jusqu’au dernier jugement, cela n’a pas une importance énorme. Le processus est le même . L’Eglise catholique ajoute qu’à la résurrection , le corps sera hideux et grossier pour ceux qui auront refusé la Lumière et l’effort, qui se seront livrés au mal sans repentir ; nous pouvons espérer que même pour eux tout ne sera pas fini et que l’Esprit ne les laissera pas sans aide. Pour les bons, c’est-à-dire l’immense majorité qui auront fait des efforts progressifs vers le Bien, l’Amour, la Charité vraie, pour tous ceux auxquels Jésus pensait lorsqu’il disait : « Soyez sans crainte ; il a plus au Père de vous réserver le Royaume », le Corps de résurrection sera tel que le décrit Saint Paul : resplendissant, immortel, impassible, agile et subtil. Toutes les molécules auront été transmuées. Ce qui aura été semé corruptible et mortel, sera incorruptible, éternel et, à des degrés différents, tous nos corps deviendront capables de vivre dans ce que le Christ appelle son Royaume.

Dans l’hypothèse de notre vie ininterrompue matérielle, comment cette transformation aura-t-elle pu se réaliser plus ou moins longuement ? Citons ici encore une des paroles directes, recueillies par le Dr Marc Haven (page 110 « Psyché ») : « C’est vous-même qui avez formé votre corps et qui le préparez depuis des siècles ». Notre corps glorieux, c’est notre personnalité vraie qui lentement, d’âge en âge, l’aura formé. A chaque pardon à chaque défaut vaincu, à chaque effort vers l’accomplissement parfait de la volonté de Dieu, le travail invisible s’accomplit et peut-être le Christ construit-il parallèlement les assises mystérieuses de ce Royaume, où, régénérés, victorieux, purifiés, nous vivrons un jour près de Lui en corps et en âme et en Esprit.

 PHANEG - Psyché n°399, décembre 1929.

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