Tome 3 - Livre 6 – Chapitre 1 à 122

p.192 – 464 = 262 pages


Révélations Célestes de Sainte Brigitte de Suède
les Apparitions, extases et locutions sont approuvées par trois papes et par le concile de Bâles.

 

 Chapitres :

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Chapitre I.

 

P.192

 

La Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, parle à Sainte Brigitte de la beauté de Jésus-Christ, et comment les Juifs étant affligés, s'en allaient pour voir la face et pour en être consolés.
 

La Mère de Dieu parlait à l'épouse, disant : Je suis la Reine du ciel. Mon Fils vous aime de tout son cœur. Partant, je vous conseille de n'aimer rien que lui, car il est si désirable, il est si beau que la beauté des éléments et de la lumière comparée à son éclat, n'est qu'ombre, d'où vient que, quand je nourrissais mon fils, je le voyais être si beau que même ceux qui le regardaient, étaient soulagés de leurs douleurs et consolés en leur tristesse. C’est pourquoi les Juifs disaient, quand ils étaient plongés en quelque tristesse : Allons voir le Fils de Marie, afin que nous soyons consolés. Et bien qu’ils ignorassent qu’il fût Fils de Dieu, néanmoins, ils recevaient une grande consolation de le voir. Son corps était si pur que jamais vermine ne s’y trouva, car les vermisseaux rendaient l’honneur et le respect à leur auteur, et il ne se trouva jamais en ses cheveux aucune crasse, aucun immondice.

p.193

 

 

 

Chapitre 2

 

Notre-Seigneur parle à son épouse d’un qui avait mal vécu, et qui, en la mort, avait eu une bonne volonté de s’amender, s’il vivait, et dit qu’à cause de cette bonne volonté, il ne fut pas condamné à la peine éternelle, mais aux peines horribles du purgatoire.

 

Le Fils de Dieu parle à son épouse, disant : Celui qui est maintenant infirme, pour lequel vous priez, a été fort lâche à mon endroit, et toute sa vie a été contraire à la mienne. Mais maintenant, faites-lui dire que, s’il a volonté de s’amender s’il évite la mort, je lui donnerai la gloire. Qu’on l’avertisse donc de s’amender, d’autant que je compatis à lui avec une grande miséricorde.

 

Or, lorsque ce malade mourait avant le premier chant du coq, Notre-Seigneur apparut derechef à l’épouse et lui dit : Considérez combien juste je suis en mon jugement : celui-ci, qui était infirme, est venu à mon jugement, et bien qu’à raison de sa bonne volonté, il ait été
jugé à la grâce, néanmoins, avant qu'il soit entièrement  purifié; son âme endurera en purgatoire un supplice si cuisant, qu'il n'y a mortel qui le puisse comprendre. Hélas! qu'est-ce que ceux-là qui ont leurs volontés liées au monde, et ne sont affligés par aucune tribulations?


Page 194

 

Chapitre 3

 

Manière dont Sainte Brigitte voyait quelque démon s'enfuyant avec confusion d'un homme qui priait, lequel le démon avait fort troublé par ses tentations, et en quelle manière le bon ange déclare la vision à l'épouse.

 

L'épouse voyait un démon auprès d'un homme qui priait ; et ayant demeuré là une heure les mains liées, soudain ce démon s'écria d'une voix horrible et épouvantable, et tout confus, se retira de celui qui priait, duquel le bon ange parla à Sainte Brigitte, disant : Ce démon a troublé quelque temps cet homme ; et d'autant qu'il ne l'a pu vaincre, il paraît les mains liées, car cet homme avait généreusement résisté au diable, de sorte que c'était un juste jugement de Dieu que le démon n'ait pu faire ce qu'il voulait. Le démon pourtant a encore quelque attente de la surmonter ; mais à cette heure, il a été vaincu en choses faciles, mais jamais il ne sera surmonté. Or, depuis, la grâce de Dieu de jour en jour, et partant, le démon criait de toutes ses forces, disant qu'il avait perdu celui qu'il avait tant de fois combattues pour le vaincre et le supplanter.

 

page 195

 

DÉCLARATION

 

L'homme dont il est parlé en ce chapitre fut un Frère tenté douze ans sur le saint Sacrement, et sur le nom de la Sainte Vierge, qu'il ne pouvait prononcer sans quelque sale pensée. Par les prières de Sainte Brigitte, il fut délivré de la tentation, en telle sorte qu'il ne pouvait se réjouir qu'au jour où il communiait, et le nom de la Sainte Vierge lui fut à l'avenir très doux à la bouche et au cœur.

 

D'ailleurs, un prêtre, ensorcelé par une enchanteresse, concernant les mauvais désirs charnels, priait Sainte Brigitte de vouloir prier Dieu pour lui, laquelle étant ravie en esprit, ouït : Vous admirez, ô ma fille, pourquoi le diable domine en l'homme : Il fait cela par l'inconstance de la volonté des hommes, comme vous pourrez le voir en ce prêtre qui a été ensorcelé et charmé par une femme.

 

Sachez donc que cette femme a trois choses, savoir, l'infidélité, l'endurcissement, les désirs et les cupidités de l'argent et de la chair. C'est pourquoi le diable, s'approchant d'elle, lui fournit de la lie amère de son poison. Sachez aussi que la langue de cette femme sera sa fin, ses mains seront sa mort, et le diable sera le conducteur de son testament.

 

Toutes ces choses arrivèrent de la sorte, car la troisième nuit, cette sorcière fut furieuse, et ayant pris un couteau, elle se frappa en l'aine, criant à la présence et audience de tous : Venez, ô diable ! Suivez-moi. Et soudain, elle finit la vie avec une horrible voix. Mais le prêtre susdit fut affranchi des tentations de la chair, et soudain il entra en religion, où il fit un fruit agréable à Dieu.


Chapitre 4

 

Jésus-Christ dit à l'épouse que tout homme vertueux et sage prêche généreusement les paroles contenues en ce livre, et la grâce aux peuples qui la désirent, ne la refusant tant aux pauvres qu'aux riches, et de cela, il aura Dieu pour prix éternel.

 

Celui qui a l'or de la sapience divine est tenu de faire trois choses :
Le distribuer à tous ceux qui le veulent et à ceux qui ne le veulent pas ;
Il doit être patient et modéré ;
il doit être raisonnable et équitable en la distribution,

Car l'homme qui a ces excellentes vertus, a mon or, c'est-à-dire, ma sagesse. Qu'y a-t-il en effet de plus précieux entre les métaux que l'or ? De même, en mes écritures, il n'y a rien de si digne que la sagesse. Je remplis de cette sagesse celui pour lequel vous me priez, et partant, il doit :

 

1. Prêcher sans rien craindre, comme mon soldat, ma sainte parole. Non-seulement il doit annoncer ma grâce à ceux qui la veulent ouïr, mais encore à ceux qui ne la veulent point ouïr.

 

2. Qu'il soit lui-même patient pour l'amour de mon nom, sachant qu'il a un seigneur qui a souffert toute sorte d'opprobres.

 

3. Je dis qu'il soit juste et équitable en la distribution, tant au pauvre qu'au riche ; qu'il ne pardonne à personne ! Qu'il ne craigne aucun, car je suis en lui et lui est en moi.

 

Quel est celui qui lui nuira, puisque je suis tout-puissant en lui et hors de lui ? Je lui donnerai un stipende fort riche pour son labeur, non certes corporel ou terrestre, mais moi-même, en qui est tout bien, en qui est toute sorte d'abondance.


Chapitre 5

 

Ici Notre Seigneur menace grandement les religieux hypocrites et superbes qui troublent en se moquant la simplicité des simples et innocents, par les cornes de médisance et des mauvaises œuvres. Il les avertit néanmoins pieusement qu'ils se convertissent, et que, sans délai, ils s'adonnent à la vertu, autrement ils seront punis très grièvement.
 
 

Je suis le Créateur de toutes choses, qui ne suis point créé, mais je suis l'auteur des créatures. Il y a longtemps que j'ai détourné mes yeux de ce lieu-ci, à raison de l'iniquité des habitants ; car comme les premiers fondateurs se hâtaient d'aller de vetu en vertu, de même maintenant ces modernes vont de mal en pis ; un chacun tâche de perdre l'autre et se glorifie de son péché. Or, maintenant, les prières de ma Mère très-chère me fléchissent à miséricorde ; mais il demeure encore quelque racine de cett méchante race, comme vous l'entendrez mieux par quelque simitude.

 

Il y avait un pasteur qui dit à son Seigneur, son Dieu : Mon Seigneur, en votre bercail, il y a peu de brebis, et encore, entre celles-là, il y en a bien peu de douces. Il y a encore des béliers colères qui troublent les bonnes, tête desquels n'est utile à rien ; leur peau est corrompue ; leur chair est pourrie, et leurs intestins sont puants.

 

Le maître répondit : Que mes brebis douces ne se troublent point ! Je couperai la tête des béliers avec un couteau tranchant ; je leur ôterai la peau, qui ne porte point de laine ; la chair (page 198 ) et les intestins seront jetés aux champs comme pourris et puants, et on les donnera aux oiseaux qui ne savent discerner ce qui est pur de ce qui est impur.

 

Je suis le Seigneur qui ai en ce lieu des brebis simples, entre lesquelles il y a comme des béliers affreux en leurs cornes, qui, déchirant les brebis, arrachant la laine, et les poussant avec leurs cornes, les jettent à terre : De même eux, se moquant de la simplicité des innocents, les troublent et les jettent par terre avec les cornes de la médisance et des mauvaises œuvres. Partant, leur tête, c'est-à-dire, leur intention, élevée par les cornes de l'arrogance et de la présomption, leur sera coupée par mon jugement sévère, qui est un glaive très aigu ; leur peau, c'est-à-dire, leur hypocrisie, de laquelle ils sont revêtus au lieu de la simplicité religieuse, leur sera ôtée, et pour l'hypocrisie, le diable déchirera leur âme et les privera de toute sorte de biens. Aussi ils étaient une chose et en montraient une autre sous un masque emprunté et dissimulé ; Ils me servaient de bouche et me contrariaient par œuvres. Leur chair voluptueuse, qui, devant moi, est comme une vilaine femme, sera brûlée et consommée par le feu sans miséricorde ; leurs intestins, c'est-à-dire, leurs pensées et leurs affections qu'ils ont au monde et non à moi, lesquelles affections mes ennemis sont fomentés, et non moi, seront ruinées par les démons, de sorte qu'il n'y aura point méchante affection pour laquelle ils ne soient grandement tourmentés.

 

Partant, pendant qu'il en est temps encore, que leur tête, c'est-à-dire, que leur volonté déréglée et leur superbe soient changées en humilité d'une peau simple ; Que la chair soit retenue des voluptés ; que les intestins, c'est-à-dire, les pensées monstrueuses, soient guéris par la pénitence salutaire, de peur que je n'exige avec rigueur et justice les peines de leurs démérites, et que ne les soumette à la puissance de Satan, de sorte qu'ils ne pourraient faire que ce qui plaira aux diables, et seraient par eux poussés d'un mal à un autre.

 

ADDITION

 

Notre Seigneur parle encore sous la parabole du père de famille sur cette maison, les habitants de laquelle disent : Pourquoi Dieu a-t-il fait cette maison de la sorte ? On répond : D'autant qu'on n'a pas voulu faire les paroles de celui qui avertissait, car je leur donnerai des gardes regardant d'en haut, et la terre de leur volupté sera mise en servitude, et le pain leur sera donné en mesure, et on les pourra nombrer à cause de leur petit nombre.

 

Chapitre 6

 

Jésus-Christ reprend l'épouse de quelque impatience qu'elle eut, l'instruisant qu'elle ne doit plus se fâcher à l'avenir, ni répondre un seul mot à ceux qui la provoquent à cela, jusqu'à ce que l'émotion soit pacifiée, et qu'elle voie qu'elle peut profiter par ses paroles.

 

Je suis votre Créateur et votre Époux ; et vous, ma nouvelle épouse, vous avez maintenant péché en quatre manières en la colère.

1.Vous avez eu de l'impatience en votre cœur contre les paroles qu'on vous a dites, et moi j'ai souffert pour vous les coups de fouets, et étant devant le juge, je n'ai pas dit un seul mot.

2.Vous avez répondu rudement, et avez trop élevé votre voix en dédaignant, et moi, j'ai été cloué en un gibet ; je regardais le ciel et ne disais mot.

3.Vous m'avez méprisé, moi pour l'amour duquel vous deviez souffrir toutes choses.

4.D'autant que vous n'avez pas édifié votre prochain, car si vous eussiez été patiente aux injures, vous l'eussiez gagné ; c'est pourquoi je vous dis que désormais vous ne vous colériez point.

Quand vous serez provoquée à colère par quelqu'un, ne parlez point jusqu à ce que la colère, l'émotion et l'occasion de la colère, cessent en votre cœur ; parlez avec douceur ou taisez-vous. Que si vous voyez que vos paroles ne profitent point, il est plus méritoire de se taire.

 

Chapitre 7

 

Jésus-Christ commanda par son épouse à un certain diacre fort dévot, de prêcher la parole de Dieu avec ferveur et courage à ses compagnons et aux autres pécheurs, instruisant les infirmes, reprenant les déréglés, et exposant son âme à la mort pour le salut des âmes.

 

Je suis votre Dieu et le Créateur de toutes choses, bien que je sois méprisé. Vous direz à celui pour lequel vous priez, et qui m'aime, vous le savez : Quand on vous a fait diacre, on vous a donné la charge de prêcher ; vous en avez reçu l'autorité, afin d'instruire les infirmes et de reprendre les déréglés. Je n'ai pas refusé de faire cela pour moi-même ; cela même ont fait mes apôtres et mes disciples, qui, pour acquérir une âme à Dieu, ont parcouru divers lieux, cités et villes, et ont donné leurs âmes pour le salut des âmes. D'autant donc que votre office est de prêcher, il n'est pas décent ni expédient que vous vous taisiez, car mes ennemis sont autour de vous, et vous marchez au milieu d'eux. En vérité leur maudite gueule m'est aussi odieuse que si on mangeait même de la viande le vendredi saint. Ils sont comme des vases ouverts de chaque bout, qui si on y versait toute la mer, ne seraient pas pourtant remplis, ni ne pourraient être rassasiés, la gourmandise desquels est augmentée par le péché de lasciveté.

 

Ils chassent et éloignent d'eux mes anges, qui sont destinés à leur garde, et appellent les démons, qui sont maintenant plus proches d'eux que les bons. Ils assistent au chœur, non pour me plaire, mais afin qu'ils ne soient repris des autres et afin de ne leur déplaire. Ils se montrent imitateurs des Pères anciens, mais ils sont devant moi menteurs et dissimulés pipeurs, car ils m'ont faussé la foi qu'ils m'avaient promise, et trompent les âmes, du bénéfice desquelles elles vivent, sans en être reconnaissants ni par la vie ni par les prières.

 

Partant, je jure devant les anges et les saints, qu'en vérité je suis la vérité et que de ma bouche il n'est jamais sorti que la vérité. Que s'ils s'amendent, je permettrai que peu de temps ils marchent par la voie de leurs volontés, et après, je les conduirai par la voie semblable aux épines et à des pointes aiguës ; et afin qu'ils ne puissent s'en écarter, je mettrai à droite et à gauche mes serviteurs, qui les empêcheront de s'en détourner, et ils les contraindront d'aller ; et de là, comme un corps mort tombe à terre, de mpeme promptitude leurs âmes toonberont dans les précipices de l'enfer, si profondément que jamais ils n'en sortiront.

 

Chapitre 8

 

Notre Seigneur donne courage à l'épouse, qui craignait de reprendre fidèlement quelques religieux plongés en des péchés abominables, chez lesquels elle était logée, lui assurant que sa répréhension ne lui serait point imputée à péché, mais à mérite, bien qu'ils s'en scandalisassent et s'en endurcissent.

 

O épouse, vous avez pensé à part vous ce qui suit : Puisque mon Dieu Seigneur de toutes choses, tout-puissant, et a patiemment souffert le traître, pourquoi ne souffrirai-je sa créature, ceux qui demeurent avec moi, de peur que, de mon avertissement et répréhension, ils ne deviennent pires ?

 

Je réponds maintenant à cette pensée, qu'elle était en partie pieuse mais moins fervente, car un bon soldat qui est entre les mauvais, voyant l'offense de son seigneur, s'il ne peut corriger par œuvre la faute, parle pour le moins de la bonté de son maître, et souffre patiemment les contumélies qui résultent de là : de même vous, parlez-leur fidèlement de leurs excès, qui, à raison de la diuturnité des péchés dans lesquels ils croupissent, me sont rendus abominables ; et bien qu'ils s'endurcissent en quelque manière que ce soit, à raison de votre répréhension, il ne vous sera pas imputé à péché, mais bien à plus grande récompense. Car comme les apôtres, qui prêchaient à plusieurs, et tous ne se convertissaient pas, n'étaient pas pour cela privés de la récompense, de même vous en arrivera-t-il, car bien que tous ne vous écoutent point, néanmoins, il y en aura quelques-uns qui seront édifiés par vos paroles et qui seront guéris.

 

Dites-leur donc que, s'ils ne s'amendent, il viendra promptement et sévèrement à eux, et tous ceux qui l'oiront en gémiront de crainte et d'effroi, et tous ceux qui goûteront ma sévérité, défaudront. Je les jugerai comme des larrons, par des confusions inexprimables devant les anges et tous les saints, et ce, d'autant qu'ils ont reçu l'habit de religion, non pour bien vivre. C'est pourquoi ils sont devant moi comme des larrons qui possèdent les biens qui ne leur appartiennent pas, mais sont à ceux qui vivent bien, et comme défraudateurs, je les jugerai et les condamnerai à mon glaive, qui coupera leurs membres de la tête jusqu aux pieds. Je les remplirai encore d'un feu bouillant qui ne s'éteindra jamais. Je les en ai avertis, comme un père plein de pitié, et ils n'ont point voulu m'écouter ! Je leur ai montré les paroles de ma bouche plus que jamais je n'avais fait auparavant, et ils m'ont méprisé ! Si j'eusse envoyé mes paroles aux païens, peut-être se fussent-ils convertis et eussent fait pénitence. Partant, je ne leur pardonnerai point, ni ne recevrai point les prières ni celles que ma Mère et mes saints, font pour eux, mais ils seront tout autant dans la peine que je serai dans la gloire qui sera sans fin. Néanmoins, tant que leur âme sera dans leur corps, ma miséricorde leur sera ouverte.

 

 

 

 

Chapitre 9

 

Jésus-Christ révèle à son épouse combien il est abominable devant Dieu qu'un prêtre célèbre en péché mortel, et en quelle manière les diables y assistent. Il traite aussi de la célébration de la messe, et de sa très horrible peine, s'il ne s'amende.

 

Le prêtre pour lequel vous me priez est comme une pincette avec laquelle il attire l'or de ma vertu ; il est comme un souffle dégénéré qui ne se soucie d'entendre la voix de la mère. Quand il vient à l'autel, deux diables assistent à ses deux côtés, l'âme duquel ils possèdent, d'autant qu'elle est morte devant moi.

 

Quand il met le surhuméral, les démons couvrent son âme et l'occupent ailleurs, afin qu'elle ne pense et n'entende combien il est horrible d'approcher de mon autel, et combien pur doit être celui qui s'approche de moi, qui suis très pur.

 

Quand il s'habille de l'aube, il se revêt de la dureté du cœur et de l'indévotion, d'autant qu'il croit que son péché n'est pas grand, que le supplice éternel ne sera pas si dur, et il ne lui arrive jamais à l'esprit qu'elle est la joie des bienheureux.

 

Quand il met l'étole, le diable pose un grand joug lourd et pesant sur son col, d'autant que la douceur du péché lui plaît grandement ; et ainsi, il charge son âme, ne la laisse pas gémir ni considérer son péché.

 

Quand il prend la manipule, toutes les œuvres divines lui sont à charge, à honte, et les œuvres terrestres lui sont faciles.


Quand il prend la ceinture, lors sa volonté est liée au diable, de sorte qu’il propose aucunement de mourir en son péché ; et lors, ma charité se retire de lui, d’autant que sa volonté se porte à tout ce que le diable veut et lui suggère, excepté quand les jugements effroyables de ma juste indignation le retiennent.

 

Quand il prend la chasuble, lors le diable le revêt de perfidie.

 

Quand il dit le Confiteor, les diables répondent et disent : Tu as menti ! Nous en sommes témoins : ta confession est semblable à celle de Judas, d’autant qu’il a une chose au cœur et une autre à la bouche.

 

Quand il s’aproche de l’autel, lors je détourne ma face de lui.

 

Quand il dit la messe, soit de ma Mère ou de quelque’autre saint, il m’est aussi agréable que si une méchante femme offrait un vase immonde à quelque seigneur, ou si quelqu’un disait à son ennemi :Donnez vous garde, je cherche votre mort.

 

Quand il consacre mon cœur et dit : : Ceci est mon corps, lors les diables s’enfuient de lui, et son corps demeure comme un tronc, car son âme est morte devant mes yeux.

 

Quand il approche mon corps de sa bouche, de la présomption qu’il a de le recevoir sans craindre, toute la troupe des démons retourne à lui, d’autant qu’il ne m’aime point. En vérité, je suis si miséricordieux que, s’il disait d’un cœur contrit et avec résolution de s’amender : Seigneur, je vous en supplie, pardonnez mes péchés par le mérite de votre passion et de votre amour, je le prendrais, et les diables ne retourneraient point à lui. Mais hélas ! il n’a que la méchanceté du monde en la bouche ; dans son cœur grouillent les vers à troupes, qui l’empêchent de goûter ma parole ; les paroles inutiles de son cœur le rongent incessamment et l’occupent, afin qu’il ne pense point à moi. Voilà pourquoi il n’arrivera jamais à mon autel.

 

Or, quel est mon autel, si ce n’est la table céleste et a gloire dans les cieux, dont les anges et les saints se réjouissent ? Cela est représenté par l’autel de pierre qui est dans l’église, et sur lequel est sacrifié le corps qui fut autrefois crucifié en la croix. Les sacrifices signifiaient jadis ce qui se fait maintenant et l’Eglise. Or, que marque la table céleste, si ce n’est la jubilation et la joie des anges ?

 

Or , ce prêtre ne goûtera jamais cette joie indicible en la gloire éternelle ; il n’assistera jamais devant ce mien autel, ni ne verra jamais ma face. Je suis comme le vrai pélican, qui leur donne mon propre sang, et les réfectionne, en cette vie et en la vie future, jusqu’à rassasiement. Or, cet aigle abominable les repaîtra, l’aigle dont la coutume est de ravir à ses petits quelquefois les choses nécessaires, de sorte que la maigreur de la faim paraît en eux tout le temps de leur vie : de même le diable repaît de ses délectations quelque temps, afin qu’après, il ressente la famine de la joie, faim qui durera éternellement en lui. Néanmoins, je lui ferai miséricorde, s’il se convertit pendant qu’il vit.

 

DECLARATION.

 

Ce prêtre fut avocat et collecteur d’argent. Il fut déposé de sa charge à la persuasion de sainte Brigitte. Etant furibond, il lui dit : Vous m’avez privé de mon honneur et de mon office : quel gain en avez-vous ? Il vous eût été meilleur de demeurer en votre maison, et non pas de semer des discordes.

 

Elle répondit : Tout ce que le roi a fait, je lui ai conseillé pour le salut de votre âme et pour votre honneur, car un prêtre peut faire une telle charge sans le danger de son âme.

 

Il lui répondit : Qu’avez-vous à faire de mon âme ? Laissez-moi passer en ce monde comme je pourrai, car mon âme se contentera bien en l’autre.

 

Elle lui repartit : C’est pourquoi je vous dis, et cela sans doute comme je l’ai ouï dans les jugements de Dieu, que si vous ne vous amendez et ne vous corrigez, vous n’esquiverez point le jugement et la mort effroyable, aussi vrai que je m’appelle Brigitte !

 

C’est pourquoi aussi, peu de temps après, l’évêque l’ayant privé de l’église, il mourut d’une mort inouïe, car lorsqu’on fondait une cloche, le métal fondu sortit du fourneau, l’environna et le brûla tout à l’entour.

 

 

 

 

Chapitre 10

 

La Mère de Dieu raconte à l’épouse sa grandeur et sa dignité, et les bienfaits que tout le monde reçoit d’elle. Elle enseigne aussi la manière et es suffrages pour lesquels l’âme d’un grand prince décédé, pour lequel sainte Brigitte priait, pouvait être affranchie du purgatoire. Ce document est très bon.

 

Je suis la Reine du ciel et la Reine de miséricorde. Je suis la voie et l’entrée des pécheurs vers Dieu, car il n’y a peine au feu du purgatoire qui ne soit, pour l’amour de moi, plus légère, plus soulagée et plus facile à porter. Il n’y a pas homme si maudit qui ne puisse avoir ma miséricorde tandis qu’il vit ,d’autant qu’il n’est pas si rudement tenté qu’il le serait, si je ne l’empêchais ; pas un n’est si éloigné de Dieu, à moins qu’il ne soit tout à fait maudit, qui, s’il m’invoque, ne puisse retourner à Dieu et sentir les effets de ma miséricorde, car moi qui suis miséricordieuse et qui ai obtenu miséricorde de mon Fils, je veux vous montrer comment votre ami défunt, duquel vous êtes affligée, pourra être sauvé des sept plaies que mon Fils vous a manifestées.

 

En premier lieu, il sera sauvé du feu qu’il souffre à raison de sa luxure, si quelqu’un veut, pour l’amour de lui, faire trois biens selon les trois ordres de l’Eglise, des mariés, des veuves et des vierges : marier une pauvre fille, mettre l’autre en religion, et nourrir une pauvre veuve, et ce, d’autant qu’il a excédé, 1° au péché de luxure, même dans le mariage ; 2° à raison de sa superbe et ostentation, en méprisant plusieurs ; 3° pour avoir trop demeuré à table et laissé Dieu.

 

En deuxième lieu, que celui qui voudra colliger et loger trois pauvres à l’honneur de Dieu un et trine, pour cette triple gueule, un an entier, leur administrant et servant de tels de tels mets qu’il avait accoutumé de manger, ne mange pas qu’il ne voie manger les pauvres, afin que, par ceci, le long temps qu’il a demeuré à table soit récompensé ; et d’ailleurs, qu’il leur donne des vêtements et des lits, comme il verra leur être expédient et convenable.

 

En troisième lieu, pour la superbe dont il a été bouffi en plusieurs sortes, doit, qui voudra, assembler sept pauvres chaque semaine pendant un an, le jour qu’il voudra ; il leur lavera les pieds humblement, s’entretenant:

En cette première demande : Seigneur Jésus-Christ , qui avez été pris par les Juifs, ayez miséricorde de lui.

En cette deuxième : Seigneur Jésus-Christ, qui avez été lié à la colonne, ayez miséricorde de lui.

En cette troisième : Seigneur Jésus-Christ, qui avez été jugé, étant innocent, par les coupables, ayez miséricorde de lui.

En cette quatrième : Seigneur Jésus-Christ, qui avez été dépouillé de vos propres habits, et avez été revêtu de vêtements de dérision, ayez miséricorde de lui.

En cette cinquième : Seigneur Jésus-Christ, qui avez été fouetté si cruellement qu’on voyait les côtes et qu’il n'y avait point de santé en vous, ayez miséricorde de lui.

En cette sixième : Seigneur Jésus-Christ, qui avez été souffleté et couvert de crachats, ayez pitié de lui.

En cette septième : Seigneur Jésus-Christ, qui avez été étendu sur un gibet, les pieds et les mains cloués, la tête meurtrie de la couronne d’épines, vos yeux pleins de sang, ayez miséricorde de lui.

 

Et ayant lavé les pauvres, qu’il leur donne la réfection le mieux qu’il pourra et le plus convenablement, et qu’il les prie afin qu’ils prient pour l’âme du décédé.

 

En quatrième lieu, il a péché en paresse en quatre manières :

1° à aller à l’église ;

2° à gagner des indulgences ;

3° à visiter les lieux saints.

 

Qui voudra donc satisfaire pour le premier, qu’il aille à l’église une fois par mois pendant un an pour son âme, et qu’il fasse dire une messe pour les défunts.

Pour le deuxième, qu’il aille autant de fois qu’il pourra commodément aux lieux où sont données des indulgences, et où il verra pratiquer plus de dévotion.

Pour le troisième, qu’il envoie, par quelque homme juste et fidèle, des offrandes aux saints principaux de ce royaume de Suède, et là où le peuple a accoutumé de s’assembler pour gagner des indulgences comme à Saint-Erice à Saint-Sigfride, et autre semblables, et qu’il récompense celui qui porte les offrandes.

En cinquième lieu, d’autant qu’il a péché en vaine gloire et joie déréglée, qu’il assemble, s’il lui plaît, tous les pauvres de la cour, ou lieux circonvoisins, une fois chaque mois pendant un an, et iceux assemblés en une église, qu’il leur fasse dire une messe des défunts, et que le prêtre, avant de commencer, les avertisse de prier pour l’âme du défunt. La messe étant dite, que tous les pauvres soient réfectionnés en sorte qu’ils sortent contents de la table, afin que l’âme du défunt se réjouisse de leurs prières, et que les pauvres se réjouissent de la réfection.

En sixième lieu, que jusques à la dernière maille, il paiera et demeurera dans la peine jusques à ce que tout soit récompensé et payé.

 

Vous devez savoir qu’à la fin de sa vie, il fut en bon état et avait une bonne volonté, non certes si fervente qu’il payât tout, mais il fut pourtant du nombre des sauvés. Donc, l’homme doit considérer combien grande est la miséricorde de mon Fils, qui, pour si peu d’amour, donne un repos éternel ; et s’il n’eût eu une si bonne volonté, il eût été condamné éternellement. Partant, ses parents, qui ont hérité de ses biens, doivent avoir la volonté de payer pour lui ; et de fait, ils doivent payer ses dettes à tous ceux à qui il devait, et en les payant, ils doivent leur demander pardon, de peur qu’ils n’aient été incommodés par la longue attente, autrement, les parents du défunt porteront son péché. Après, qu’ils envoient à un chacun des monastères de ce royaume une offrande telle qu’ils voudront, et qu’on y fasse dire une messe ; et avant qu’on dise la messe, qu’on prie Dieu pour cette âme, afin que Dieu soit apaisé. Après, qu’on dise la messe pour les défunts en chaque église paroissiale en laquelle il a eu des biens, et le prêtre dira avant de célébrer : On dit cette messe pour l’âme du défunt. S’il vous a offensé par parole, fait ou commandement, je vous supplie de lui pardonner. Et après, qu’il s’approche de l’autel.

 

Pour le septième, il était juge, et il a commis le jugement à des lieutenants iniques, c’est pourquoi il est affligé par les mains des diables. Mais parce que ses lieutenants faisaient mal contre leur volonté, néanmoins, parce qu’il n’en eut pas le soin qu’il devait, il peut être affranchi de cette peine, si on l’aide par prières, et surtout par le saint et auguste sacrement de l’autel, qui est le corps immolé de mon Fils tous les jours sur l’autel ; car le pain qui est mis en l’autel avant ces paroles : CECI EST MON CORPS, n’est que pain ; mais les paroles étant prononcées, il se transubstantie en corps de mon Fils, qu'il a pris de moi et qui a été cloué au gibet. Lors le Père est honoré et doré en esprit par les membres de mon Fils. Le Fils se réjouit en la puissance et la majesté du Père. Moi, sa Mère, qui vous parle, je suis honorée de toute la cour céleste qui se tourne vers celui que j’ai engendré et l’adore, et les âmes des justes me rendent grâces de ce qu’elles ont été rachetées par lui.

Oh ! combien est horrible aux misérables de toucher avec des mains indignes un si grand Seigneur !

Ce corps donc, qui est mort d’amour pour l’amour, il le peut délivrer.

Partant, qu’on dise une messe de chaque solennité de mon Fils, savoir, une de la Nativité, une de la Circoncision, de l’Epiphanie, de la Fête-Dieu, de la Passion, de la Pâques, de l’Ascension et de la Pentecôte. Et d’ailleurs, une messe pour chaque solennité à mon honneur et gloire, et encore neuf messes en l’honneur des neuf ordres des anges. Et quand on les dira, on donnera le vivre et le vêtement, afin que les anges gardiens qui ont été offensés, soient apaisés par cette petite oblation, et qu’ils puissent offrir son âme à Dieu. Après, qu’on dise une messe généralement pour tous les défunts, afin que, par icellen ils obtiennent le repos, et qu’elle soit seulement avec un digne repos.

 

DECLARATION.

 

Cet homme-ci fut un gentilhomme miséricordieux qui apparut à sainte Brigitte, disant : Il n’y a rien qui me soulage tant des peines, que l’oraison des justes et le saint Sacrement de l’autel. Mais d’autant que j’ai été juge et ai commis mes jugements à d’autres qui n’aimaient guère la justice, c’est pour cela aussi que je suis encore détenu en cet exil.. Mais je serais bientôt affranchi, si ceux qui m’appartiennent avaient pitié de moi avec plus de douceur. Il sera parlé du même en ce livre, Chapitre XXII.

 

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Chapitre 11

 

La Mère de Dieu avertit son épouse de se souvenir tous les jours de la passion douloureuse.du Fils de Dieu, car à cette heure de la passion toutes choses c'etaient troublées, l'humanite , la Mère , les anges , et tous les éléments, et les âmes des vivants et des morts, voire les démons

 

Pour le jour de la Passion

 

La Mère de Dieu parle à son épouse, disant :En la mort de mon Fils, toute choses s'étaient troublées, car la Divinité, qui ne s’est separée jamais non pas même en cette heure de 1a mort, en laquelle il semblait que la Divinité bien que 1a Divinité, ne puisse souffrir ni douleur ni peine, d’autant qu’elle est impatible et immuable , le Fils patissait une douleur très amère en tous ses membres. , et voire même dans le coeur, qui néanmoins était immortel selon la Deïté . Son âme était aussi immortelle et pâtissait beaucoup en la séparation. Les anges aussi assemblés, semblaient se troubler de voir Dieu pâtir en l’humanité.,

 

Mais comment les anges se peuvent-ils troubler, étant immortels? Certainement, comme le juste, voyant son ami pâtir quelque chose dont il lui revenait une grande gloire, se réjouirait tic l’acquisition de la gloire , et s’affligerait de ce qu’il pâtit, de même les anges se contristaient de sa peine, bien qu’ils soient impatibles, et se réjouissaient de la gloire et du mérite de sa passion.

 

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Tous les éléments aussi se troublèrent: le soleil et la lune perdirent leur splendeur; la terre trembla ; les pierres se fendirent; les sépulcres s’ouvrirent à l’heure de la mort de mon Fils.

Tous les Gentils se troublaient en tous lieux où ils étaient, car il y avait alors en leur coeur comme une pointe de douleur, bien qu’ils ignorassent d’où en venait le sujet. Le coeur aussi de ceux qui le crucifiaient, se troubla à cette heure

mais non certes à leur gloire. Les malins esprits étaient encore troubles à cette heure, et étaient comme assemblés en un. Or, ceux qui étaient dans le sein d’Abraham, étaient beaucoup troublés , en telle sorte qu’ils. eussent mieux aimé être éternellement en l'enfer que de voir une si horrible peine en leur Seigneur.

 

Mais moi , Vierge Marie, sa Mère ,j'étais devant mon Fils. Pensez aussi quelle etait ma douleur Certes, personne ne le peut comprendre.

 

Partant, ô ma fille! souvenez vous de la passion de mon très cher Fils. Fuyez l’inconstance du

monde, qui n’est qu’une vie passagère et une fleur qui se fane et se fletrit soudain.

 

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Chapitre 12

 

La Mère de celui qui est engendré de toute éternité, dit qu’elle est semblable à un essaim d’abeilles, d’autant que son Fils, comme une abeille bénie, a rempli tout le monde de son miel très-doux, quand il descendit en son ventre, de sorte que tout venin a été ôté.
 
La bienheureuse Vierge parle à l’épouse, disant : O épouse de mon Fils, vous me saluez et me comparez à un essaim d’abeilles. Certainement, j’ai été une ruche, car mon corps fut au centre de ma Mère comme un bois avant que l’âme y fût infuse. Mon corps fut aussi comme un bois, quand l’âme en fut séparée jusqu'à la Divinité. Ce bois a été fait en essaim d’abeilles, quand cette bienheureuse mouche, mon Fils, sortit du ciel, et descendit Dieu vivant dans mon sein. En moi enfin fut quelque très-doux et très-pur rayon de miel, qui était préparé en toutes manières pour recevoir le très-suave miel de la grâce du Saint-Esprit. Ce rayon a été lors rempli, quand le Fils de Dieu éternel vint en moi avec sa puissance, son amour et son honnêteté.

 

Il vint avec sa puissance, d’autant qu’il est mon Dieu et mon Seigneur. Il vint avec amour, car l’amour lui a fait prendre chair humaine et la mort sur un gibet. Il vint avec l’honnêteté, car toute la vilenie du péché d’Adam fut éloignée de moi, d’où vient que le Fils de Dieu très-pur prit la chair très-pure. Mais il a l’aiguillon avec lequel néanmoins il ne pique pas, s’il n’y est provoqué : de même l’aiguillon de la justice sévère de mon Fils ne pique point, s’il n’est provoqué par les péchés. On a mal récompensé cette abeille, car sa puissance a été donnée aux mains des iniques, son amour aux mains des cruels ; son honnêteté a été dépouillée et fouettée très-cruellement. Bénie soit donc cette abeille qui a fait de mon bois une ruche, et l’a remplie de son miel avec tant d’abondance, que, par sa douceur qui m’a été communiquée, l’amertume du venin a été ôtée de la bouche de tous !

 

Chapitre 13

 

Jésus-Christ avertit son épouse de ranger tout son temps selon la volonté de Dieu, et de ne rien faire, si ce n’est ce qu’elle croit plaire à Dieu, et qu’elle conserve toujours la volonté de persévérer toujours en la volonté de Dieu, et qu’elle élève toujours on esprit au ciel, et qu’elle mortifie tellement son corps en cette vie, qu’il puisse ressusciter en l’autre.

 

Le Fils de Dieu parle à son épouse : Vous devez avoir trois choses : la première, n’allez qu’à mes volontés ; la deuxième, ne vous arrêter que pour mon honneur ; la troisième, ne vous asseoir que pour l’utilité de votre époux. Or, Vous allez lors à mes volontés, quand vous ne mangez, dormez, ni faites quelque autre chose, sinon comme vous connaissez qu’il plaît à Dieu. Or vous vous arrêtez, quand vous avez une volonté constante de demeurer et persévérer à mon service. Or, vous êtes assise, quand vous élevez incessamment votre esprit aux choses célestes, considérant quelle est la gloire des saints et la vie éternelle.

 

Vous devez ajouter à ceci trois autres choses : 1-vous devez être disposée et préparée comme une fille qu’on veut marier, qui pense en cette sorte : J’amasserai pour mon époux tout ce que je pourrai des biens de mon père, puisque je dois être en adversité et nécessité. Vous en devez faire même, car votre corps est comme votre père, duquel vous devez exiger toute sorte de travail et toute sorte de biens pour les départir aux pauvres, afin que vous puissiez vous réjouir en moi comme en votre époux, car votre corps mourra, et il ne faut pas l’épargner en cette vie, afin qu’en l’autre il ressuscite à une vie meilleure.

 

En second lieu, considérez à part vous comme une épouse : Si mon époux m’aime, pourquoi m’inquièterais-je ? S’il est pacifique avec moi, pourquoi craindrais-je ? Partant, afin qu’il ne se courrouce point, je lui rendrai toute sorte d’honneur et ferai toujours sa volonté.

 

En troisième lieu, pensez que votre époux est éternel et très-riche, avec lequel vous aurez un honneur perpétuel et des richesses éternelles ; et partant, ne liez point vos affections aux richesses périssables, afin qu’éternellement vous puissiez acquérir les richesses permanentes.


Chapitre 14

 

Notre-Seigneur déclare à l’épouse comment il l’a fait nourrir en la vie spirituelle et dans les vertus, par un ange à la façon d’un enfant. Il la recommande encore à la Vierge. Il raconte encore comment, par une subtile ruse, il l’a arrachée au monde et l’a conduite au port du salut, et lui commande de déclarer toutes ses tentations aux pères spirituels, et qu’elle fera une bonne fin.

 

Un des anges parlait à Jésus-Christ, disant : Louange vous soit, O Seigneur, de toute votre troupe, pour l’amour que vous nous portez ! Vous avez commis cette épouse à ma garde : je vous la recommande aussi, car je l’attirais comme une petite fille à vous, en lui donnant des pommes ; et après les pommes, je lui disais : Suivez-moi encore, et je vous donnerai du vin très-doux, d’autant qu’en la pomme, il n’y a qu’un peu de saveur, mais au vin, il y a une grande douceur et un sujet de joie à l’âme. Or, ayant goûté le vin, je lui ai dit derechef : Avancez encore plus avant, car je vous dispose ce qui est éternel et en quoi est tout le bien.

 

Ces choses étant dites, Notre-Seigneur dit à l’épouse : Il est vrai que mon serviteur me parlait de vous, vous l’entendant ; il vous attirait à moi comme avec des pommes, lorsque vous pensiez que toutes choses venaient de moi et me rendiez grâces de tout ce que vous aviez reçu de moi ; car comme en la pomme, il n’y a qu’une petite saveur et un médiocre rassasiement, de même mon amour ne vous était pas alors à grand goût, si ce n’est que quelque suavité fût en votre cœur de penser à moi. Mais lors vous avez passe plus outre quand vous pensiez ceci : La gloire de Dieu est éternelle, et la joie du monde fort courte et trop inutile à la fin du monde. Que me sert-il d’aimer de la sorte les choses temporelles ?

 

Après avoir eu cette pensée, vous commençâtes de vous abstenir courageusement des délectations du monde, et faire les biens que vous pouviez à l’honneur de mon nom ; et lors vos désirs furent plus grands à mon endroit. Après que vous eûtes pensé que j’étais tout-puissant et Seigneur, duquel, comme de la source, dépendent toute sorte de biens, et renonçâtes à vos volontés, faisant miennes, lors de droit vous été faite mienne ; je vous ai acceptée et ai fait que vous fussiez mienne.

 

Cela étant dit, Notre-Seigneur dit à l’ange : Mon serviteur, vous êtes riche en moi ; votre honneur est éternel ; le feu de votre amour est inextinguible ; ma vertu est indéficiente ; vous m’avez recommandé mon épouse, mais je veux que vous la gardiez encore jusqu'à ce qu’elle soit arrivée à l’âge ; gardez-la bien, afin que le diable ne lui présente à l’inconsidéré quelque chose mauvaise. Ayant soin de la vêtir des robes des vertus, vêtements de toute sorte d’éclat et de beauté ; entretenez-la de mes paroles, qui sont comme de la chair fraîche, par lesquelles le sang est amélioré, la chair infirme s’en porte mieux, et une sainte délectation est excitée en son ame, car j’ai fait à cette mienne épouse comme quelqu’un à accoutumé de faire à son ami, lequel il attire et allèche par amour, lui disant : Mon ami, entrez en ma maison, et voyez ce qui s’y fait et ce que vous y devez faire à l’entrée. Celui qui l’a attiré dans la maison ne lui montre pas d’abord les serpents et les lions farouches qui sont en la maison, afin que son ami ne soit épouvanté ; mais pour la consolation de son ami, il lui fait voir les serpents comme des brebis douces, et les lions comme des ouailles très-belles, disant à son ami : Mon ami, sachez que je vous aime et que je vous ai attiré pour votre bien. Partant, dites à vos amis tout ce que vous verrez, car ils vous consoleront et vous garderont, de sorte que ma captivité vous sera plus agréable que votre propre liberté.

 

De même en ai-je fait à votre égard, O ma fille bien-aimée ! Je vous ai comme attirée et captivée, quand je vous ai retirée de l’amour du monde et vous ai liée au mien ; quand je vous ai retirée des dangers du monde dans ce port de salut, dans lequel ceux que pensez être vierges par continence, sont vraiment des lions par malice, ceux que vous croyez des brebis par la contemplation divine, sont comme des serpents rampants à terre, et par la ventre de la gueule et cupidités insatiables. Partant, ne rapportez point ailleurs ce que vous verrez et oirez, mais bien à mes amis qui vous gardent et vous instruisent, car l’Esprit qui vous a conduite au port, celui-là même vous conduira à la patrie ; et celui qui vous a conduite à un bon principe, celui-là vous dirigera à une meilleure fin.

 

Chapitre 15

 

Notre-Seigneur Jésus-Christ dit à son épouse que les prélats, les grands et savants qui se glorifient et s’enrichissent de leur savoir et en vivent mal, sont comparés aux courtisanes et aux ivrognes, qui précipitent les autres et eux-mêmes dans les abîmes des péchés. Bien que pourtant ils eussent obligations d’être meilleurs que les autres, ma miséricorde néanmoins ira au-devant de celui qui se convertira, comme un père ayant recouvré son fils qui s’était perdu.

 

Ce prélat pour lequel vous priez détourne ses yeux de moi et se convertit au monde avec l’ornement et l’éclat de la dignité. S’il voulait être à moi, il me regarderait tous les jours ; il lirait mon livre avec plus d’attention, et considérerait non avec tant de soin du monde ma loi, qu’est ce qui est dit à l’Église.

 

Elle lui répondit : La loi de l’Église n’est-elle pas votre loi ?

 

Notre-Seigneur répondit. Elle était ma loi, tant que les miens l’ont lue et observée pour l’amour de moi. Or, maintenant, elle n’est point à moi, d’autant qu’on la lit en la maison des dés qui jettent trois points sur un dé, qui, pour une petite justice qu’ils trouvent en la loi de l’Église, en acquièrent une grande somme d’argent. On ne la lit plus pour mon honneur, mais pour acquérir des richesses.

 

Aux maisons des joueurs de dés se trouvent les courtisanes et les ivrognes : tels maintenant sont ceux qui lisent les lois de mon Église ; tels maintenant se nomment savants et sages, quoiqu’ils soient vraiment fous : car qu’est-ce qu’une courtisane a accoutumé de faire ? certainement, elle est babillarde, légère en ses mœurs, belle de face par le plâtre, et bien vêtue : tels sont maintenant ceux qui apprennent mes lois : ils sont babillards en plaisanteries, muets à prêcher ma parole et à me louer, si légers en leurs mœurs, que même les séculiers ont honte du dérèglement de leurs mœurs ; et non-seulement ils se perdent , mais ils ravagent et précipitent les autres par leurs pernicieux exemples ; ils n’affectionnent ni n’affectent rien tant que d’être vus du monde, d’être honnêtes et honorés , et d’aller pompeux en leurs vêtements , d’acquérir richesses et honneurs. Mes paroles et mes préceptes leur sont fort amers ; ma vie et ma voie leur sont abominables. En vérité, leur conversation et leur vie sont aussi puantes devant moi qu’une courtisane, qui est la plus vile et la plus abjecte des femmes. De même ceux-là me sont odieux par-dessus les autres ; ils disent et se glorifient de savoir mes lois, mais c’est pour décevoir et tromper les simples, pour assouvir leurs voluptés.

 

En la maison où ma loi se lit, il y a des ivrognes et des incontinents, la gloire desquels est d’exceller, voire excéder les autres, et de pousser leur nature aux superfluités : tels sont maintenant les maîtres de la loi, qui se réjouissent des superfluités, qui ont bien peu honte de leur excès, et qui ne s’affligent nullement des offenses et des péchés d’autrui. Néanmoins, s’ils lisaient vraiment ma loi, ils trouveraient qu’ils doivent être plus continents que les autres, et qu’ils sont plus obligés de vivre plus parfaitement.

 

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Or, je suis comme un seigneur puissant, aimant les brebis de plusieurs cités, lequel, bien qu’il soit puissant, n’usurpe point les brebis des cités circonvoisines ; il n’en veut d’autres que celles que la justice l’oblige d’avoir. De même moi, qui suis Créateur de toutes choses et suis très-puissant, je ne reçois pas pourtant, sinon ceux que je dois avoir par justice, et qui se connaissent être à moi par amour. En vérité, quiconque se sera retiré de moi, voudra retourner à moi et voudra ouïr ma voix, pourra être sauvé. Une brebis errante de son propre bercail, si elle oyait la voix de sa mère, ne retournerait-elle pas soudain à sa mère ? Et semblablement, quand la mère entend la voix de celui qu’elle a enfanté, elle court de toute sa force au-devant de lui, de sorte que, s’il est en sa puissance libre, il n’y a ni labeur ni peine qui l’empêche de courir : de même, moi, Créateur de toutes choses, je reçois librement ceux qui oient ma voix, et je leur vais au-devant avec joie, et je me réjouis d’avoir retrouvé l’enfant perdu, et comme une mère, je me réjouis du retour de mon agneau.

 

DÉCLARATION.

 

L’homme dont il est ici parlé fut prévôt de l’Église de Saint-Pierre, puis cardinal. Plusieurs qui sont le sort de Dieu et aumôniers de Dieu, thésaurisent au autres les dons de Dieu, car le clerc, qui est le sort de Dieu, n’a point d’autres biens hors le vivre et le vêtir, mais est des pauvres tout ce qui est par-dessus cela, d’où vient que celui-là est heureux qui amasse en l’été ce dont il puisse vivre en hiver.

 

Car voyez comme ses parents ont évidemment dispersé ce que celui-ci avait amassé, ne se souciant point de son âme ; mais néanmoins, d’autant qu’il a eu une bonne volonté de distribuer ses biens, il est parvenu à ce qu’il désirait ; néanmoins, il eût été plus heureux s’il les eût dispensés pendant sa vie.

 

Chapitre 16

 

Quelque saint dit à l’épouse que, si l’homme mourait chaque jour pour Dieu, il ne saurait assez remercier et reconnaître Dieu pour la gloire éternelle qu’il lui réserve.  Il raconte aussi des peines terribles qu’une femme endurait pour les délectations de la chair qu’elle avait eues en sa vie.
 

Un des saints parlait à sainte Brigitte, disant : Si j’avais souffert pour l’amour de Dieu autant de morts qu’il y a d’heures au monde, et que je fusse à toute heure ressuscité, je ne pourrais pourtant avec tout cela reconnaître Dieu pour l’amour qu’il m’a porté ; sa louange ne se retire jamais de ma bouche, sa joie de mon cœur ; sa gloire et son honneur ne sont jamais cachés de ma vue, ni ses concerts de mon oreille.

 

Lors Notre-Seigneur dit au même saint : Dites à cette épouse assistante ce que mérite celui qui se soucie plus du monde que de Dieu, qui aime plus la créature que le Créateur, et quel supplice cette femme endure, qui, pendant qu’elle à vécu, a cherché les plaisirs de la chair.

 

Ce saint répondit : Son supplice est très cruel, car pour la superbe qu’elle a eue en tous ses membres, sa tête, ses mains, ses bras et ses pieds, sont allumés comme d’un foudre horrible. Sa poitrine est piquée comme d’une peau de hérisson, les épines duquel percent sa peau comme des épines, et l’affligent sans consolation. Ses bras et le reste des membres, qu’elle étendait pour embrasser avec douceur les hommes, sont comme deux serpents qui l’environnent, la rongent et le déchirent sans cesse avec désolation continuelle ; son ventre est misérablement tourmenté, comme si, avec une grande force, on s’efforçait d’y planter un pal. Ses cuisses et ses genoux sont comme de la glace dure et inflexible, n’ayant point de repos ni de chaleur. Ses pieds aussi, avec lesquels, elle se portait aux délices, avec lesquels elle a attiré les autres à soi, sont comme des rasoirs aigus que la taillent incessamment.
 

DÉCLARATIONS.

 

Cette dame abhorrait fort les confessions et suivait ses volontés ; étant atteinte d’une tumeur à la gorge, elle est morte sans confession. On l’a vue être au jugement de Dieu, laquelle tous les diables accusaient, disant et criant : Voici cette femme qui a voulu se cacher de vous et être connue de nous.

 

Le juge répondit : La confession est une bonne lavandière ; et d’autant qu’elle ne s’est pas voulu laver en temps et saison, elle sera maintenant noircie de vos immondices ; et d’autant qu’elle n’a pas voulu se confondre devant peu de gens, il est juste qu’elle soit confondue de tous devant tous.

 

 

Chapitre 17

Lors le démon dit à la Sainte Vierge : Vierge, donnez-moi puissance sur celle-ci.

 

La Vierge lui dit : Pourquoi ne la recevez-vous en votre puissance ?

 

Le démon lui dit : Je ne puis pas, d’autant que je ne puis pas séparer le sang du sang étant dans un vase pèle mêle : le sang de la charité de Dieu est mêlé avec le sang de la charité de son cœur.

 

La Sainte Vierge Marie lui dit derechef : Pourquoi ne la laissez-vous en repos ?

 

Le diable dit : Je ne le ferai jamais, car si je ne puis la faire tomber en péché mortel, je ferai en sorte qu’elle soit fouettée pour le péché véniel. Et si je ne puis encore faire cela, je jetterai en son esprit plusieurs pensées qui l’inquiéteront.

 

Lors la Vierge dit : Je veux l’aider, car toutes les fois qu’elle chasse ces pensées et les jette à votre front, tout autant de fois les péchés lui seront pardonnés, et son prix et sa couronne s’augmenteront.
 
DÉCLARATION.

 

Un jour, sainte Brigitte était tentée de gourmandise ; et lors, ravie en esprit, elle vit un Éthiopien qui avait en la main comme une bouchée de pain, et un jeune homme qui avait un vase d’or.

 

Lors le jeune homme dit à l’Éthiopien : Pourquoi la sollicitez-vous et la tentez-vous, elle qui est commise à ma garde ?

 

L’Éthiopien répondit : Je la tente, d’autant qu’elle se glorifie de l’abstinence qu’elle n’avait pas eue : c’est pourquoi je lui présente mon pain, afin que le pain le plus bis lui soit à goût. Jésus-Christ n’a-t-il pas jeûné quelque temps sans manger ? Les prophètes n’ont-ils pas mangé le pain et bu à mesure ? D’où ils ont mérite ce qui est excellent et sublime. Et comment donc celle-ci méritera-t-elle, qui est toujours saoule ?

 

Le jeune homme répartit : Jésus-Christ à enseigné de jeûner, non pas à débiliter notablement son corps : il ne demande pas ce qui est impossible à la nature, mais la modération ; et il ne demande pas compte de la quantité et de la qualité des viandes, mais il considère l’intention et l’amour avec lequel on les prend, car il faut garder la coutume de la bonne éducation avec action de grâces, afin que la chair ne soit débilitée plus qu’il ne faut.

 

Lors le diable disparut, et elle fut affranchie de la tentation.


Chapitre 18.

Notre-Seigneur dit que les religieux et les personnes spirituelles qui reçoivent des consolations du Saint-Esprit, s’ils n’en remercient très-humblement Dieu, mais négligent la grâce et s’enorgueillissent, se délectant au monde, sont semblables au pauvre ingrat qui, après avoir bu, jette la boisson avec mépris devant les yeux de celui qui lui avait donné à boire.
 
Quelques-uns sont comme un homme pauvre, indigent, qui souffre la soif, ce que le père de famille sachant, il lui donne la meilleure boisson qu’il a. Or, ayant reçu la boisson et l’ayant goûtée, il dit : Ce breuvage ne me plaît point, et je ne vous en rends point grâces ; et il jette la boisson en présence de celui qui la lui a donnée, lui rendant contumélie pour charité. Le père de famille, ayant reçu une telle injure d’icelui, étant tout plein de douceur et de bénignité, pense à part soi : Voici que mon hôte m’a fait une grande injure, mais je ne veux pas pourtant me venger de lui avant de venir au jugement et que le temps en soit arrivé, car lors les taches, les notes et les injures seront ôtées de sa face.

 

De même m’en font plusieurs religieux, car en leur pauvreté et humiliation, ils crient à moi et disent : Seigneur, nous sommes accablés de mépris et de tribulations ; donnez-nous quelque consolation. Lors, j’en ai compassion, et leur donne pour consolation le meilleur vin que faire se peut, c’est-à-dire, mon Esprit, la douceur duquel remplit les âmes, et l’ardeur duquel fait qu’ils ne se soucient point ni du mépris ni de la pauvreté. Or, ayant goûté le vin du Saint-Esprit et l’ayant eu quelque temps en leur cœur, ils le négligent et ne me remercient point, mais le jettent en ma présence, lorsqu’ils choisissent les délectations du monde, et quand ils se rendent orgueilleux de mes grâces et de mes faveurs.

 

Celui que vous connaissez s’est comporté de la sorte avec moi, lequel étant pauvre et délaissé, mon Saint-Esprit le consolait ; quand il était méprisé et qu’il n’avait point la joie de son cœur, je le réjouissais, car bien que je ne lui parlasse point d’une voix corporelle et qu’il ne l’ouît pas sensiblement, néanmoins, mon Saint-Esprit l’avertissait de faire bien, et je l’excitais, en le réjouissant, à ce qui était le meilleur. Mais lui, ayant goûté mon Esprit et ayant reçu les grâces de mes consolations, répute à néant ce que je lui ai donné, et délibère en son esprit de jeter devant ma face les divines et amoureuses liqueurs ; Il ne les a pas pourtant jetées encore.

 

Voyez et considérez en ce fait combien je suis patient et miséricordieux, car je ne le souffre pas seulement avec patience, mais je lui distribue des biens pour ses ingratitudes ; car il est maintenant plus honoré et plus estimé des hommes, et les biens qu’il avait accoutumé de recevoir, lui arrivent avec plus d’abondance qu’auparavant, mais lui me sert moins pour cela qu’auparavant. Il répute mes grâces pour néant et ma dilection à nulle estime. Or, il s’arrête comme un homme qui délibère de jeter les faveurs devant la face de celui qui l’en a enrichi, et ce, d’autant que le monde qu’il aime lui plaît plus que moi ; la vie spirituelle qu’il avait embrassée lui est onéreuse et à dégoût, et afin que vous éprouviez ceci, expérimentez que l’odeur qui sortait de ses vêtements pendant qu’il me servait, n’est plus, ni n’est pas de merveilles, car les anges tous pleins de force et de vertu, protégent mes amis. Or, maintenant, sa volonté étant changée, l’odeur l’est aussi, et cette odeur montre aujourd’hui quelles sont son intention et sa volonté. Or, qu’est-ce que je dois faire, quand on jette devant ma face, mes grâces et mes faveurs ? Véritablement, je le souffrirai patiemment comme un homme débonnaire, jusqu'à ce que le jour de jugement arrive et sentence générale, afin qu’alors apparaissent l’ingratitude et la présomption de ce présomptueux, et la patience du Seigneur qui l’a souffert.
 
DÉCLARATION.

 

L’homme dont il est ici parlé fut moine du monastère de Saint-Paul, qui , ayant eu contrition de ses fautes, mourut heureusement.

 

 

 

Chapitre 19.

 

Notre-Seigneur se plaint des hommes qui se plaisent dans les délices temporelles, méprisant la gloire future et les bénéfices de sa passion, l’oraison desquels est comparée à la voix d’une canne et au cliquetis des pierres ; tels seront damnes, et lors ils ne verront pas la gloire de Dieu dans le ciel, hors, dessous et en tout lieu, à leur confusion.

 

Celui que vous connaissez chante : Seigneur, délivrez-moi de l’homme mauvais. Cette voix est à mes oreilles comme la voix d’un flageolet, comme l’harmonie d’une canne et comme le son du cliquetis des pierres. Or, qui pourra répondre à leur son, vu qu’on ignore ce qu’il signifie ? car son cœur crie à moi comme par trois voix.

 

La première dit : Je veux avoir les volontés. Je dormirai et me lèverai quand il me plaira ; je prendrai plaisir en mes paroles. Ce qui me plaît et délecte entrera en ma bouche. Je ne me soucie point de la sobriété, mais je cherche l’assouvissement de la nature ; je lui donnerai à suffisance ce qu’elle désire : je désire avoir de l’argent en ma bourse, la douceur et la mollesse des vêtements. Quand j’aurai toutes ses choses, je serai content, et je répute à félicité d’avoir ce que je désire.

 

La deuxième voix crie et dit : La mort n’est pas si dure qu’on le dit ; le jugement n’est pas si sévère qu’il est écrit. Les prédicateurs nous menacent de plusieurs choses dures pour nous faire prendre garde à bien vivre, mais elles seront plus douces à raison de la miséricorde divine. Mais pour que je puisse accomplir ici mes volontés, faire ce qui me plaît et jouir du meilleur, que l’âme aille où elle pourra.

 

La troisième voix criait et disait : Dieu ne m’aurait pas créé, s’il ne voulait me donner le ciel ; il n’aurait pas souffert, s’il ne voulait m’introduire dans la patrie des vivants. Et pourquoi aurait-il voulu endurer une mort si cruelle ? Qui l’y a contraint ? Ou bien quelle utilité en résulterait-il ? Je ne puis entendre ni comprendre que par l’ouïe ce qu’est le royaume céleste ; je ne vois pas sa bonté ; je ne sais si je le dois croire ou non. Je sais et tiens pour royaume céleste ce que je tiens.

 

Voilà quelles étaient ses pensées et ses volontés ; c’est pourquoi aussi sa voix m’est comme le cliquetis des pierres.

Mais je veux répondre à la première voix de son cœur. Mon ami, votre voix ne tend point au ciel ; la considération de ma passion ne vous est pas à goût : c’est pourquoi l’enfer vous est ouvert, d’autant que votre vie désire les choses basses et les aime.

 

Je réponds à la deuxième voix : Mon fils, la mort vous sera très-dure ; le jugement vous sera intolérable ; il est impossible que vous les fuyiez ; vous aurez une peine très-amère, si vous ne vous amendez pas.

 

Je réponds à la troisième voix de votre cœur : Mon frère, tout ce que j’ai fait par amour, je l’ai fait pour l’amour de vous, afin que vous me fussiez, et que, vous étant retiré de moi, vous puissiez revenir à moi. Or, maintenant, ma charité été éteinte en vous ; Mes œuvres vous sont pesantes et onéreuses ; mes paroles vous semblent des fadaises, mes voies vous paraissent difficiles : c’est pourquoi il vous reste un supplice amer et la compagnie des diables, et vous ne changez votre cœur en mieux, si vous me tournez le dos, à moi qui suis votre très-débonnaire Seigneur et Créateur ; vous aimez mon ennemi en me méprisant ; vous foulez aux pieds mes trophées et dressez ceux de mon ennemi.

 

Hélàs ! Voici comment ceux qui semblent être à moi sont contre moi ; voyez en quelle sorte ils s’en sont retirés. Je vois ces choses et les souffrances, et encore, ils sont si endurcis qu’ils ne veulent prendre garde à ce que j’ai fait pour eux et comme j’ai été devant eux.

1. J’ai été devant eux comme un homme dont un couteau aigu perçait les yeux ;

2- comme un homme dont un glaive transperçait le cœur ;

3- comme un homme dont tous les membres ont été roidis à raison de l’amertume et de la douleur de ma douloureuse passion : C’est de la sorte que j’ai été devant eux.

 

Or, qu’est-ce que mon œil signifie, sinon mon corps, auquel le ressentiment de ma passion fut aussi amer que la douleur en la prunelle de l’œil ? Néanmoins, je souffrais tout cela patiemment avec un grand amour. Mais le glaive signifie la douleur de ma très-chère Mère, qui affligea plus mon cœur que la douleur même.

 

En troisième lieu, tous mes membres et toutes les parties intérieures se roidirent en ma passion, et c’est ce que j’ai pâti pour eux. Mais hélas ! Les misérables ! Ils méprisent tout cela comme un fils qui méprise sa mère. Eh quoi ! Ne leur ai-je pas été comme une mère qui, ayant dans le ventre son enfant, désire l’heure de l’enfantement, afin que l’enfant naisse vivant ? Que s’il peut être baptisé, la mère n’a pas tant de peine de la mort qu’elle en aurait autrement. J’en ai fait de même : j’ai enfanté comme une mère, par ma passion, l’homme des ténèbres de l’enfer au jour éternel. Je l’ai porté et nourri comme dans mon sein avec de grandes difficultés, lorsque j’ai accompli les prophéties qui parlaient de moi ; je l’ai nourri de mon lait, quand je lui ai montré les paroles saintes et lui ai donné les préceptes de vie. Mais lui, comme un méchant fils, méprisant les douleurs de sa mère, me rend haine pour amour ; pour la douleur, des sujets de pleurs, et surajoute à mes plaies de nouvelles infirmités ; il donne à ma faim des pierres, et pour étancher ma soif, il me donne de la boue.

 

Or, quelle est cette douleur que l’homme me cause, vu que je suis sans changement, impassible et Dieu éternel ? En vérité, lors l’homme me fait comme endurer, quand il se sépare de moi par le péché, non pas que je sois sujet à quelque douleur, mais seulement d’une manière ineffable, comme un homme a compassion d’un autre. Or, l’homme me causait alors de la douleur, quand il ignorait la gravité et la laideur du péché, lorsqu’il n’avait ni prophètes ni loi, ni n’avait encore les paroles de ma bouche. Or, il me cause maintenant une double douleur comme un pleur, bien que je sois impassible, quand, ayant connu mes volontés, ressenti mon amour, il s’agit contre mes commandements, et pèche impudemment contre la raison de sa conscience ; et c’est pourquoi plusieurs sont plus profondément précipités dans l’enfer, ayant la connaissance de mes volontés, que s’ils ne l’eussent pas eue et n’eussent reçu mes commandements ; et certes, lors l’homme faisait en moi quelques plaies, bien que je sois invulnérable, lorsqu’il ajoutait péché sur péché.

 

Or, maintenant, ils ajoutent sur mes plaies quelque malheur vénéneux, lorsque, non-seulement ils multiplient les péchés, mais lorsqu’ils s’en glorifient et ne s’en repentent point. Or, quand l’homme me donne encore des pierres au lieu de pain, et de la boue au lieu de boisson, remarquez que, par le pain, sont entendus le profit des âmes, la contrition du cœur, le désir divin et l’humilité fervente en charité : au lieu de ces choses, l’homme me donne des pierres, savoir, par l’endurcissement de son cœur. Il me donne de la boue par l’impénitence et vaine confiance. Il méprise de revenir à moi par les avertissements salutaires ; et par les adversités, il dédaigne de me regarder, et de peser et considérer la grandeur de mon amour. Partant, je puis me plaindre à juste sujet, car je les ai enfantés comme une mère en la lumière par la douleur de ma passion ; mais ils aiment mieux être plongés dans les ténèbres palpables. Je les ai repus et je les repais du lait de ma douceur, et ils me méprisent, et ajoutent impudemment la boue de leur malice à la douleur de l’ignorance. Ils me rassasient du péché, bien qu’ils me dussent arroser des larmes de leurs vertus. Ils me présentent des pierres, bien qu’ils soient obligés de me présenter leur cœur plein de douceur. Partant, ayant patience comme un juste juge en la justice, et en la justice miséricorde, et en la miséricorde sagesse, je me lèverai contre eux en leur temps, et leur rendrai selon leurs mérites ; et ils verront ma gloire dans le ciel, dedans, dehors, de toutes parts, dans les vallées, sur les collines ; et ceux qui seront damnés seront confus et honteux de leur propre honte et confusion.

 

DÉCLARATION.

 

Celui-ci fut religieux, moine du monastère de Saint-Laurent, dissolu et dissipé, qui fut occis par ses ennemis et enseveli en l’Église de Saint-Laurent.

 

Saint-Laurent a été vu parler au juge, disant : Qu’est-ce que ce volage fait avec les élus, lesquels ont répandu leur sang ? Ce moine a aime les voluptés. Et cela étant dit, son corps a été jeté du sépulcre puant et infect.

 

Après, le juge dit à l’âme qui était là présente : Allez, maudite, aux incirconcis et abortifs que vous avez suivis, d’autant que vous n’avez voulu ouïr la voix de votre Père ! Et la vision disparut de la sorte.


Chapitre 20.

La Mère de miséricorde dit que l’homme qui a la contrition et la volonté de s’amender, et qui néanmoins est froid en la dévotion et en l’amour de Dieu, doit impétrer de Dieu une bluette de feu divin, par la fréquente méditation de la passion de Jésus-Christ ; et de là, elle échauffera son âme par le divin amour, et elle sera allaitée des mamelles virginales, c’est-à-dire, de la vertu, de la crainte divine et de l’obéissance.

 

La Vierge Marie dit : Je suis comme une mère qui a deux enfants ; mais ils ne peuvent atteindre aux mamelles de leur mère, d’autant qu’elles sont trop froides et sont en une maison trop froide. Néanmoins, la mère les aime tellement qu’elle les couperait volontiers, s’il était possible, pour leur utilité.

 

Je suis en vérité Mère de miséricorde, d’autant que je fais miséricorde à tous ces misérables qui me la demandent. J’ai deux enfants : l’un s’appelle la contrition de ceux qui faillent contre Dieu, mon Fils ; le second est la volonté de se corriger des fautes commises. Mais les deux enfants sont trop froids, et ils n’ont aucune chaleur d’amour, et ne ressentent aucun plaisir divin, et la maison de leur âme est si froide des flammes des consolations divines, qu’ils ne peuvent s’approcher de mes divines mamelles.

 

Lors, mon Fils me répondit : Ma Mère bien-aimée, j’enverrai pour l’amour de vous une scintille de feu en leur maison, de laquelle on pourra allumer un grand feu. Qu’on garde, fomente et nourrisse La scintille, et qu’on en chauffe vos enfants, afin qu’ils puissent recevoir vos mamelles.

 

Après, la Mère parlait à l’époux, disant : celui-là pour l’amour duquel vous me priez eut une spéciale dévotion envers moi ; et bien qu’il se soit plongé en des misères infinies, il se confiait néanmoins en mon secours, et eut quelque amour envers moi, mais point envers mon Fils, ni crainte ; et partant, s’il eût été alors appelé du monde, il eût été tourmenté éternellement. Mais d’autant que je suis pleine de miséricorde, c’est pour cela aussi que je ne l’ai pas oublié ; mais il y a encore quelque espérance du bien à ma considération. S’il se voulait aider soi-même, car il a maintenant contrition des péchés commis, et volonté de s’en amender ; mais il est trop froid en la charité et dévotion ; partant, afin qu’il puisse être chauffé et recevoir mes mamelles, on doit envoyer ma scintille en son âme, c’est-à-dire, la considération de la passion de mon Fils, qu’il doit assidûment méditer.

 

Et de fait, qu’il considère ce que le Fils de Dieu et le Fils de la Vierge, qui est un Dieu avec le Père et le Saint-Esprit, a souffert et enduré ; comment il a été lié, souffleté ; comment on lui a craché au visage ; comment il a été fouetté jusqu’au dedans, de sorte qu’on arrachait la chair avec les fouets ; comment ayant tous les os désemboités et tous les nerfs étendus, il était pendu au gibet avec grande douleur ; comment, criant en la croix, il rendit l’esprit.

 

S’il souffle souvent cette bluette, il s’échauffera, et je l’appliquerai à mes mamelles, c’est-à-dire, à deux vertus que j’ai eues, savoir : la crainte de Dieu et l’obéissance ; car bien que je n’aie jamais péché, je craignais toutefois à toute heure afin que, ni par parole ne par démarche, je n’offensasse mon Dieu. Par cette crainte, j’allaiterai mon fils, savoir, la contrition de celui qui m’est dévot, pour lequel vous priez, afin qu’il se repente de ce qu’il a fait, mais encore il craindra le supplice et craindra d’offenser désormais mon Fils Jésus-Christ. J’allaiterai aussi sa volonté à la mamelle de mon obéissance, car de fait, je suis celle qui n’a jamais été désobéissante à Dieu. Je ferai donc que celui qui a été échauffé de la charité de mon Fils, obéira en tout ce qu’on lui commandera.

 

DÉCLARATION.

 

Celui-ci fut allié de sainte Brigitte et était grandement mondain ; il se convertit, et eut contrition de ses péchés par un avertissement divin. Il avait coutume de dire : Tant que j’ai eu horreur de la pénitence, je me suis senti chargé comme d’un grand et pesant faix de chaînes ; et lorsque je commençai de fréquenter les confessions, je me suis senti fort allége, et mon esprit a été fort paisible, de sorte que je ne me souciais point des honneurs et des ambitions mondaines, mais rien ne m’était si doux que de parler ou d’ouïr parler de Dieu. Celui-ci, ayant reçu les sacrements et ayant en la bouche le nom vénérable de Jésus, dit : O doux Jésus, ayez miséricorde de moi ! et s’endormit en Notre-Seigneur.

 

Chapitre 21.

 

La Sainte Vierge priant pour un défunt, son ami, Jésus-Christ lui dit que les biens que ses successeurs ont faits pour son âme, lui ont peu profité, d’autant qu’ils l’avaient fait, plus par vanité que par charité et amour de Dieu, et que néanmoins, sa peine était soulagée par les prières de la Vierge.

 

p.240

La Sainte Vierge Marie parle, disant : Béni soit votre nom, ô mon Fils ! Vous êtes le Roi de gloire et le Seigneur tout-puissant, ayant la miséricorde avec la justice. Votre corps, qui a été engendré et nourri en mon ventre sans péché, a été aujourd’hui consacré pour cette âme. Je vous prie donc, ô mon très-cher Fils ! Qu’il profite à son âme et que miséricorde lui soit faite.

 

Le Fils répondit : Béni soyez-vous, ô ma Mère, bénie de toute créature, d’autant que votre miséricorde est infinie ! Je suis semblable à l’homme qui a acheté à grand prix un petit champ de cinq pieds dans lequel était caché le bon or. Ce champ est l’homme qui a cinq sens, que j’ai acheté et racheté par mon sang, dans lequel il y avait un or précieux, c’est-à-dire, l’âme créée par ma Divinité, laquelle est maintenant séparée du corps et demeure seule en terre. Ses successeurs sont semblables à un homme puissant qui, allant au jugement, crie au bourreau : Séparez avec le couteau la tête de son corps ; ne permettez point qu’il vive plus ; ne pardonnez point à son sang. De même en font-ils, car ils vont comme au jugement, quand ils prient pour l’âme de leur père ; mais on crie au bourreau : Séparez leur tête du corps. Qui est ce bourreau que le diable, qui sépare de son Dieu l’âme qui consent à ses suggestions ? Ils lui crient : Séparez, quand, ayant méprisé l’humilité, ils font par superbe le bien pour l’âme ou pour l’honneur du monde, plus que par charité et amour de Dieu.

Par la superbe, Dieu est séparé de l’homme et est uni à lui par l’humilité, car ils crient : Ne souffrez pas qu’ils vivent longtemps, quand ils ne se soucient point de bien faire pour le mort ; ils crient qu’il ne faut pardonner au sang, quand ils ne se soucient point de soulager sa grande peine, ni ne se soucient du temps qu’il y demeurera, pourvu qu’ils puissent accomplir leurs volontés ; ils ne se soucient de rien plus, tant ils sont liés aux honneurs du monde et réputent à peu ma passion.

 

Lors la Sainte Vierge répondit : J’ai vu votre justice, ô mon Fils, grandement sévère, à laquelle je ne m’adresse point, mais bien à votre infinie miséricorde. Partant, pour l’amour de mes prières, ayez miséricorde de celui-ci : il disait tous les jours les heures pour mon honneur, et n’imputez point à superbe les biens que ses successeurs font pour lui : ils se réjouissent, et celui-ci pleure et est puni sans consolation aucune.

 

Le Fils répondit : Bénie soyez-vous , ma Mère très-chère ! Vos paroles sont toutes pleines de clémence et sont plus douces que le miel ; vos paroles procèdent et sortent d’un cœur tout plein de miséricorde, c’est pourquoi vos paroles ne prêchent que miséricorde.

 

Celui pour lequel vous priez aura trois sortes de miséricorde pour l’amour de vous :

1- Il sera affranchi des mains des démons, qui l’affligent comme des corbeaux, car comme les oiseaux, oyant quelque grand son, laissent la proie qu’ils tiennent, à cause de la peur qu’ils ont, de même les diables quitteront, à cause de la crainte qu’ils auront de vous, et ils ne la toucheront désormais ni ne l’affligeront.

2- Cette âme sera transférée d’une peine plus ardente à une moins ardente ;

3- mes anges la consoleront ; elle n’est pas entièrement affranchie ; elle a encore besoin de secours, car vous savez et voyez la justice qui est en moi, et que personne ne peut entrer en la béatitude, s’il n’est purifié comme de l’or par le feu ; partant, en son temps, pour l’amour de vos prières, elle sera entièrement affranchie.
 

p.242 à 245

 

 

 

Chapitre 22.

 

Notre-Seigneur Jésus-Christ reçoit à miséricorde quelque évêque par les prières de sa Mère, bien qu’il fût dénué de bonnes œuvres ; mais s’étant depuis peu converti à la contrition et à une sainte résolution de mieux vivre, il l’a prévenu de miséricorde et de douceur, montrant comme il devait vivre humblement, sans cupidité et de la manière dont il doit corriger ses sujets défaillants, avec miséricorde et justice.

 

Le Fils de Dieu parle : Ce prélat pour lequel vous me priez, ô mon épouse ! est déjà revenu à moi en trois manières :

1- comme un homme nu ;

2- comme ayant en sa main un glaive ;

3- comme étendant la main et demandant pardon ; et moi, pour l’amour des prières de ma Mère, je me tourne vers lui, et je lui irai au-devant comme une mère à son enfant qui avait été perdu ; et bien que mes apôtres, par leurs prières, me l’aient recommandé, ils avaient néanmoins obtenu peu, d’autant que celui-ci me fut contraire, lorsqu’il eut la dignité de l’Église, ni ne se comporta pas envers elle comme prélat.

 

Or, je l’ai revêtu maintenant, afin qu’il ne soit plus nu. Quelle est sa nudité, sinon le peu de bonnes œuvres, lesquelles, certes, doivent revêtir de l’éclat des vertus son âme qui, hélas ! paraît nue devant ma face, bien qu’elle pense être habillée ? Je lui donnerai secours maintenant par les prières de ma très-chère Mère et de mes saints, afin qu’il puisse être touché et revêtu, car il s’en venait autrement tout nu devant moi. Or, c’est lorsqu’il venait nu qu’il s’entretenait en ces pensées : je n’ai rien de bon de moi ; je ne puis rien de bien sans Dieu ; je ne suis pas digne de quelque bien, car si je savais comment je puis plaire à Dieu et qu’est-ce qui lui plaît, bien que je dusse mourir ; je le ferais franchement. Par une telle pensée, il vient nu à moi. C’est pourquoi je lui irai au-devant et je le revêtirai.

 

Il eut aussi le glaive en ses mains, quand il considérait la rigueur et la fureur de mes jugements, disant à part soi : Le jugement de Dieu est intolérable, et il est impossible de l’éviter ; partant, tout ce que Dieu veut de moi, je le veux librement, et ma volonté est disposée à faire la sienne ; je n’ai point de bonnes œuvres.

Que sa volonté soit faite et non la mienne. Cette pensée et cette résolution arrachèrent de mes mains le glaive de ma fureur, et lui attirèrent ma miséricorde.

 

En troisième lieu, il étendit sa main, quand il s’occupait en ces pensées : Je sais que j’ai péché outre mesure, et que je suis digne de la rigueur du jugement ; néanmoins, me confiant en votre bonté, j’espère secours, car vous n’avez pas méprise saint Paul persécuteur, ni rejeté Magdelène pécheresse. C’est pourquoi j’ai mon recours à votre secours, afin que vous me fassiez selon votre grande pitié et miséricorde.

Pour cette pensée et désir, je lui donnerai ma main miséricordieuse, et je lui augmenterai ma douceur, s’il accomplit généreusement ces trois choses, car il doit :

1- chasser de lui tout orgueil et toute ostentation, et embrasser l’humilité ;

2- qu’il arrache de son cœur toute sorte de cupidités, afin qu’il se gouverne dans les choses temporelles comme un bon dispensateur qui doit rendre raison à son maître ;

3- qu’il ait soin que les péchés propres et les siens ne soient négligés, mais qu’il les corrige avec miséricorde et justice, considérant mes œuvres, de moi qui ai pardonné et fréquenté les publicains et les courtisanes, qui ai néanmoins méprisé les superbes.

 

N’est-il pas écrit que quelqu’un, venant à moi et disant : Maître, je vous suivrai où vous irez ? Il répondit : Non, car les renards ont des tanières ? Et pourquoi l’ai-je méprisé, si ce n’est que j’ai vu son cœur et sa volonté qui désiraient la gloire et la nourriture sans rien faire ? et partant, ma justice a voulu qu’il fût repoussé. Qu’il en fasse de même, car quiconque viendra à lui, s’humiliant et promettant de s’amender, demandant pardon, il est tenu de lui faire miséricorde. Mais celui qu’il attrapera en la volonté de croupir dans son vice ni ne voudra se convertir, il le châtiera avec modération et avec des verges ; on le changera avec de l’argent.

 

Qu’il prenne néanmoins garde qu’il ne fasse pas le châtiment pour assouvir sa cupidité, mais par amour et pour l’amour de la justice, et qu’il convertisse l’argent qu’il a en tels usages qu’il en puisse rendre compte à Dieu un jour, savoir, qu’il ait pris l’argent du délinquant par droit et justice, et qu’il soit employé en de bons et divins usages. Que si, ayant été puni une fois en la bourse, il ne s’amende point, qu’il le prive après du bénéfice et du plus haut degré d’honneur, afin qu’étant ainsi confus, il demeure là comme un âne, qui, portant auparavant une selle dorée, était en grande réputation et en grand mépris, et qui, quand elle lui a été ôtée, a été regardé comme s’il était insensé : de même en fais-je, moi qui suis le Créateur de toutes choses : je châtie l’homme,

1- par la tribulation temporelle ;

2- par les infirmités de corps et d’esprit, par les résistances et contradictions de sa volonté ; et si lors, il ne veut se convertir, je le laisse et l’abandonne aux peines qui lui sont dues de droit et de justice.

 

p.246

 

Chapitre 23.

La Sainte Vierge Marie apparut à l'épouse, priant son Fils pour un grand seigneur qu'elle comparait à un larron . Notre-Seigneur lui disait ses détestables péchés, et il lui faisait, en consideration de ses prières , trois grâces, car il lui donna un maître spirituel . La connaissance des peines effroyables et éternelles, et l'espérance droite de la miséricorde avec la crainte discrète.

 

La Sainte Vierge parle à son Fils et lui dit : Mon Fils, béni soyez-vous ! Je vous demande miséricorde pour ce larron , pour lequel votre épouse pleure en priant.

 

Le Fils répondit et dit : Pourquoi , ô ma Mère , priez-vous pour lui ? Il a fait trois larcins : 1° il a dérobé les anges et mes élus ; 2° il a dérobé les corps de plusieurs hommes , séparant leurs âmes du corps avant le temps ; 3° il a dépouille plusieurs de leurs biens, car : 1° il a dérobé les anges , en tant que plusieurs âmes qui devaient être unies et associées avec les anges , en ont été séparées par lui par cajoleries , mauvaises œuvres , exemples mauvais, par occasions et attrait du mal , et en ce qu'il souffrait les méchants en leur malice , lesquels il devait punir justement , 2° Il a commande que plusieurs innocents fussent punis et occis par colère et indignation ; 3° il a usurpe les biens des innocents , et mis d'intolérables calomnies sur les misérables.

 

p.247

 

Il a encore trois autres maux avec ces trois-ci : 1° une insatiable cupidité du monde ; 2° une vie

incontinente , car bien qu'il soit lie par mariage , il n'en use pas par charité divine , mais pour assouvir ses cupidités ; 3° une superbe insupportable , de sorte qu'il ne pense pas qu'aucun lui soit semblable . Voyez quel est celui pour lequel vous priez ; vous voyez ma justice et savez ce qui est dû à chacun.

 

Quand la mère de Jacques vint à moi et qu'elle m'eut demande que l'un de ses enfants fut assis à la droite et l'autre à la gauche , je lui répondis que celui qui aurait plus travaille et qui se serait plus humilie , serait assis à ma droite et à ma gauche . Comment donc pourra quelqu'un être assis à ma gauche ou à ma droite sans rien faire, qui n'est pas pour moi , mais contre moi ?

 

La Mère repartit : Beni soyez-vous O mon Fils, plein de justice et miséricorde . Je vois votre justice terrible comme un feu embrase, et pas un ne s'en ose approcher ; et au contraire, je vois votre miséricorde très débonnaire , et c'est à elle que je m'adresse , que je parle ; c'est d'elle que je m'approche , car quoique j'aie bien peu de droit et de justice en votre endroit