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VII - La manifestation de la présence
de l'Esprit Saint. - Quand même, répondis-je, je
ne comprends pas encore comment je puis être vraiment sûr d'être dans
l'Esprit Saint ! Comment puis-je en moi-même reconnaître Sa véritable
présence ? - Il me faut, dis-je, pouvoir le comprendre
mieux encore !. - N'ayez pas peur, dit saint Séraphim.
Vous êtes devenu aussi lumineux que moi; vous êtes aussi, à présent,
en la plénitude de l'Esprit Saint Autrement, vous n'auriez pu me voir ainsi
». Et inclinant la tête vers moi, il me dit doucement à l'oreille:
« Remerciez le Seigneur de nous avoir donné Sa Grâce ineffable. Vous
avez vu que je n'ai même pas fait un signe de croix; seulement, dans mon coeur,
en pensée, j'ai prié le Seigneur Dieu et j'ai dit: « Seigneur, rends-le
digne de voir clairement avec ses yeux de chair la descente de l'Esprit Saint, comme
Tu l'as fait voir à Tes serviteurs élus quand Tu daignas apparaître
dans la magnificence de Ta Gloire ! ». Et voilà, petit père, Dieu
exauça immédiatement l'humble prière de l'humble Séraphim ! Comment
pourrions-nous ne pas Le remercier pour ce don inexprimable accordé à nous
deux ? Réalisez, petit père, que ce
n'est pas toujours aux grands ermites que Dieu manifeste ainsi Sa Grâce. Telle
une mère compatissante, cette Grâce de Dieu a daigné panser votre
coeur douloureux par l'intercession de la Mère de Dieu elle-même
Après ces mots, je regardai sa face
et une peur surnaturelle encore plus grande m'envahit. Représentez-vous la face
d'un homme qui vous parle au milieu d'un soleil de midi. Vous voyez les mouvements
de ses lèvres, l'expression changeante de ses yeux, vous entendez sa voix, Vous
sentez que quelqu'un vous serre les épaules de ses mains, mais vous n'apercevez
ni ses mains, ni son corps, ni le vôtre, mais seulement cette éclatante
lumière qui se propage à plusieurs mètres de distance tout autour,
éclairant la surface de neige recouvrant la prairie, et la neige qui continue
à nous saupoudrer, le grand Staretz et moi-même. Qui pourrait imaginer
mon état d'alors ! - C'est là, votre Théophilie,
dit le petit Père Séraphim, cette paix même que le Seigneur désignait
à Ses disciples lorsqu'Il leur disait: « Je vous donne Ma paix, non comme
le monde la donne. C'est Moi Qui vous la donne. Si vous étiez de ce monde, le
monde aurait aimé les siens. Je vous ai élus et le monde vous hait. Soyez
donc téméraires, car J'ai vaincu le monde ! ». C'est à ces hommes, que le monde
hait, élus de Dieu, que le Seigneur donne la paix que vous ressentez à
présent - « cette paix », dit l'Apôtre, « qui dépasse
tout entendement ». Mais que ressentez-vous en plus de la paix ? demanda saint Séraphim. - ....une douceur extraordinaire... - C'est cette douceur dont parlent les Saintes Écritures: « Ils boiront le breuvage de Ta maison et Tu les désaltéreras par le torrent de Ta douceur ». C'est cette douceur qui déborde dans nos coeurs et s'écoule dans toutes nos veines en un inexprimable délice. On dirait qu'elle fait fondre nos coeurs, les emplissant d'une telle béatitude qu'aucune parole ne saurait la décrire. Et que sentez-vous encore ? - Tout mon coeur déborde d'une joie indicible. - Quand le Saint Esprit, continua saint
Séraphim, descend vers l'homme et le couvre de la plénitude de Ses dons,
l'âme de l'homme se remplit d'une inexprimable joie, parce que le Saint Esprit
recrée en joie tout ce qu'Il a effleuré 1 C'est de cette même joie
dont parle le Seigneur dans l'Évangile: « Quand la femme enfante, elle
est dans la douleur, car son heure est arrivée. Mais, ayant mis au monde un
enfant, elle ne se souvient plus de la douleur. tant la joie d'avoir enfanté
est grande.. Vous aurez de la douleur dans le monde, mais quand Je vous visiterai,
vos coeurs se réjouiront et votre joie ne vous sera point ravie ».
Pour autant qu'elle soit consolation,
cette joie que vous ressentez à présent dans votre coeur, votre Théophilie,
n'est rien en comparaison,de celle dont le Seigneur Lui-même a dit par le voix
de Son Apôtre: C'est alors que notre joie actuelle, trop
petite et éphémère, nous sera donnée en sa plénitude sans
que personne puisse nous la ravir et nous remplira de jouissances célestes inexprimables.
- Une chaleur extraordinaire, répondis-je. - Comment cela, chaleur ? Ne sommes-nous pas en pleine forêt, l'hiver, la neige sous nos pieds, qui nous recouvre d'une couche épaisse et continue à nous saupoudrer ? Quelle chaleur pouvez-vous ressentir ici ? - Mais une chaleur comparable à celle d'un bain de vapeur à l'instant où son tourbillon vous enveloppe. - Et l'odeur que vous sentez, est-elle
aussi comme aux bains ? - Oh ! que non, dis-je. Rien sur la terre ne peut se comparer à cet aromate. Quand autrefois j'aimais danser, aux réunions et aux bals, feu ma petite mère me parfumait parfois avec des parfums qu'elle achetait dans les meilleurs magasins de Kazan. Mais ces parfums ne sont rien en comparaison de ces « aromates ». Petit Père Séraphim, alors, sourit agréablement en disant: - Je sais, en vérité, que c'est
bien ainsi et c'est exprès que je vous questionne sur ce que vous ressentez
! C'est bien vrai, votre Théophilie, rien ne peut se comparer avec le parfum
que nous humons actuellement, car c'est l'aromate de l'Esprit Saint qui nous enveloppe.
Quelle chose terrestre peut lui être comparée ? Notez bien, votre Théophilie, que
vous m'avez dit tout à l'heure, qu'il faisait chaud comme aux bains. Pourtant
regardez, la neige qui nous recouvre ne fond point, non plus que celle qui est sous
nos pieds: cette chaleur n'est donc pas dans l'air, mais à l'intérieur
de nous-mêmes. C'est cette chaleur que l'Esprit Saint nous fait demander dans
la prière, quand nous clamons vers Dieu: « Que Ton Saint Esprit me réchauffe
! ». Réchauffés par cette chaleur, les ermites ne craignaient plus le froid de l'hiver, habillés comme par des pelisses chaudes dans un vêtement tissé par la Grâce de l'Esprit Saint. Et c'est ainsi que les choses doivent être en réalité, puisque la Grâce divine doit habiter au plus profond de nous, dans notre coeur, comme l'a dit le Seigneur: « LE ROYAUME DES CIEUX EST EN VOUS ». Et, par le « Royaume des Cieux »,
le Seigneur entendait la Grâce de l'Esprit Saint. C'est ce « Royaume des
Cieux » qui se trouve à présent en nous, et la Grâce de l'Esprit
Saint nous éclaire et nous réchauffe aussi de l'extérieur, et embaume
l'air environnant de divers parfums et réjouit nos sens de célestes délices,
désaltérant nos coeurs d'une inexprimable joie. Notre état actuel
est celui-là même dont l'Apôtre Paul disait : « LE ROYAUME DES
CIEUX N'EST POINT NOURRITURE OU BREUVAGE, MAIS LA VÉRITÉ ET LA JOIE EN
L'ESPRIT SAINT ». Notre foi consiste non pas en « des paroles de la sagesse
terrestre mais dans la manifestation de la Force et de l'Esprit ». Nous sommes
actuellement avec vous dans cet état. C'est de cet état précis que
le Seigneur Dieu dit : « Certains ici présents ne goûteront point
la mort avant d'avoir vu le Royaume des Cieux venir en « Force ».
Maintenant le Seigneur nous a, nous aussi, humbles que nous sommes, remplis de cette plénitude de Son Saint Esprit. Eh bien, votre Théophilie, il me
semble à présent que vous n'allez plus m'interroger sur la façon dont
se manifeste dans les hommes la présence de la Grâce de l'Esprit Saint...
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