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LIVRE SECOND.Traduction de M. l'abbé POGNON. CHAPITRE PREMIER. QUI DES DEUX, DE MAXIMIN OU
D'AUGUSTIN, S'INSPIRE DE LA CRAINTE DE DIEU. CHAPITRE III. DE L'ÉGALITÉ DU FILS AVEC LE
PÈRE, ET DU SAINT-ESPRIT AVEC LE FILS. CHAPITRE V. DÉFINITION CATHOLIQUE DE LA
SAINTE TRINITÉ. CHAPITRE VII. LE FILS EST ÉGAL AU PÈRE. CHAPITRE IX. DE L'INVISIBILITÉ DU FILS. CHAPITRE X. EXPOSITION DU MYSTÈRE DE LA
SAINTE TRINITÉ, CHAPITRE XI. LE FILS EST INVISIBLE COMME LE
PÈRE. CHAPITRE XII. LE FILS EST TOUT-PUISSANT COMME
LE PÈRE. CHAPITRE XIII. LE FILS EST SAGE COMME LE
PÈRE. CHAPITRE XIV. DE LA PROCESSION DU
SAINT-ESPRIT. CHAPITRE XV. LE FILS EST PAR NATURE CE QU'EST
LE PÈRE. CHAPITRE XIX. DES GÉMISSEMENTS DU
SAINT-ESPRIT. CHAPITRE XX. UNITÉ DE SUBSTANCE ENTRE LE
PÈRE ET LE FILS : PREUVES SCRIPTURALES. CHAPITRE XXI. ARGUMENTS SUR LES PREUVES
SCRIPTURALES DE LA DIVINITÉ DU SAINT-ESPRIT. CHAPITRE XXIV. OBSTINATION DES ARIENS À NE
VOIR LE FILS DE DIEU QUE DES YEUX DE LA CHAIR.
PRÉFACE.Je dois maintenant, avec l'aide de Dieu, tenir ma promesse en ce qui concerne le reste; car j'ai dit au commencement de cet ouvrage : Je démontrerai, en premier lieu, que vous n'avez pu réfuter ce que j'ai soutenu; je ferai voir ensuite, autant que. le besoin s'en fera sentir, les erreurs que vous avez avancées. Or, comme j'ai déjà démontré, autant qu'il m'a été possible avec la grâce de Dieu, que vous n'avez pu réfuter ce que j'ai soutenu, il me reste maintenant, aidé du même secours divin, à réfuter les propositions que vous avez avancées vous-même. Je ne reviendrai donc pas sur vos premières affirmations, dont j'ai fait immédiatement justice dans la discussion que j'ai eue avec vous; mais à votre dernière thèse, dont la prolixité a été telle que je n'ai pas eu le temps de vous répondre ce jour-là, j'opposerai des arguments si victorieux, que vous devrez, s'il plaît à celui qui est notre Maître, vous rendre à la lumière de la vérité, à moins que vous ne lui préfériez les ténèbres de la dispute. J'écarterai d'abord, pour le. besoin de ma réponse, vos digressions superflues. Car la question qui s'agite entre nous est de savoir, si le Père, et le Fils, et le Saint-Esprit, sont de nature différente, comme vous le soutenez, ou plutôt, conformément à notre doctrine, s'ils sont d'une seule et même nature, et si la Trinité elle-même n'est qu'un seul Dieu : puisque nous sommes d'accord pour affirmer que le Père n'est pas le même que le Fils, que le Fils n'est pas le même que le Père, et que le Père ou le Fils ne sont pas la même chose que le Saint-Esprit. Malgré tout ce que vous avez dit dans un langage trop disert, pour montrer que, autre est le Père, autre le Fils, autre le Saint-Esprit; faites donc l'aveu que ce sont là des paroles superflues, quand vous discutez avec nous; si les Sabelliens étaient vos adversaires, à la bonne heure; vous pourriez alors tourner contre eux des armes qui nous sont communes, à vous et à nous. Vous avez encore parlé longuement, pour démontrer que Notre-Seigneur Jésus-Christ est un Dieu grand : à quoi bon nous prouver cela, puisque nous enseignons la même chose ? Vous avez aussi exalté l'Esprit-Saint en des termes pompeux et pleins de vérité; mais loin de renier ces louanges, nous pourrions y ajouter encore : il était donc inutile de nous les opposer, puisque nous les publions comme vous. Est-ce que nous ne professons pas également que le Christ est assis à la droite du Père ? Vous avez cependant fait une thèse en forme, pour démontrer cette vérité par les témoignages de nos saints livres, comme si jamais nous avions nié ce point. de foi. Nous savons, les uns et les autres, et nous tenons pour certain que le Christ est venu dans la chair or, pour le prouver, vous avez réuni les arguments tirés de l'autorité divine, absolument comme si nous croyions le contraire. Ces particularités et d'autres, que je signalerai en leur lieu et place, et pour lesquelles vous avez dépensé inutilement beaucoup de peine, afin de traîner la discussion en longueur et de gagner du temps, je devrai les toucher pour mention, sans y opposer de réfutation.
CHAPITRE PREMIER. QUI DES DEUX, DE MAXIMIN OU D'AUGUSTIN, S'INSPIRE DE LA CRAINTE DE DIEU.Vous dites que je m'appuie sur le pouvoir des princes, et que je ne parle point suivant la crainte de Dieu; tandis que vous savez bien que nous sommes obligés de prier pour les rois, afin qu'ils arrivent à la connaissance de la vérité (1) : de ce que cette grâce a été donnée à quelques-uns, nous en témoignons notre reconnaissance à Dieu, et vous, vous en gémissez. Mais, à les bien comprendre, nos propres paroles témoignent qui de nous tient un langage inspiré par la crainte de Dieu est-ce celui qui exalte Dieu le Père, et lui fait 1. I Tim. II, 2,4. 608 un titre de gloire, d'avoir engendré un Fils égal à lui-même; ou celui qui déshonore et le Père et le Fils, en disant que le premier n'a pu engendrer un fils en tout semblable à lui, et que le second est un fils dégénéré, non point depuis sa naissance, mais même en naissant ?
CHAPITRE II. JÉSUS-CHRIST A ÉTÉ ÉLEVÉ, QUANT À SON HUMANITÉ SAINTE; COMME DIEU, IL N'ÉTAIT PAS SUSCEPTIBLE DE PLUS D'ÉLÉVATION.Vous dites que vous honorez le Christ, comme le Dieu de toute créature, devant qui tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers; les vôtres cependant nient qu'il soit égal à Dieu le Père, parce que le Père lui a accordé cette faveur : l'Apôtre dit en effet « C'est pourquoi Dieu l'a élevé, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse etc. » Vous ne vous inquiétez pas de savoir à qui fut accordée cette faveur, si c'est à l'humanité, ou à la divinité du Christ. Il n'y a pourtant pas ici de méprise possible. « Il s'est abaissé lui-même jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom (1) ». Si donc Dieu lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, parce qu'il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort de la croix, le Fils de Dieu n'était-il pas, avant qu'il en vînt à ces abaissements, Dieu suprême, Verbe de Dieu, et Dieu avec Dieu ? ou bien, est-ce après avoir été élevé pour s'être rendu obéissant jusqu'à la mort de la croix, qu'il a commencé d'être le Fils de Dieu élevé en gloire, le Fils unique de Dieu, Dieu lui-même ? est-ce alors seulement qu'il a commencé d'avoir un nom au-dessus de tout nom ? Qui serait assez insensé pour avancer de telles erreurs? Par conséquent ce don s'adressait à son humanité sainte, parce que c'est comme homme que le Fils s'est rendu obéissant jusqu'à la mort de la croix; comme Fils de Dieu, Dieu de Dieu, l'égal du Père par la naissance, il en était déjà en possession. 1. Philipp. II, 8, 9.
CHAPITRE III. DE L'ÉGALITÉ DU FILS AVEC LE PÈRE, ET DU SAINT-ESPRIT AVEC LE FILS.Vous me faites un reproche d'enseigner que le Saint-Esprit est égal au Fils. Je le soutiens assurément. Eh bien ! ajoutez-vous, prouves que le Saint-Esprit est l'objet de nos adorations. Comme je le vois, la preuve, selon vous, qu'il soit égal au Christ, c'est qu'il soit adoré comme lui. Avouez donc maintenant que le Christ est égal au Père, puisque vous reconnaissez vous-même qu'il est adoré comme le Père. Mais quels hommes singuliers vous êtes ! quelle bizarre humilité vous inspire ! Quoi ! vous lisez dans lEcriture : « La lettre tue, mais l'Esprit vivifie (1) », et vous ne voulez pas adorer l'Esprit-Saint ? Vous ne voulez donc pas adorer celui qui, de votre propre aveu, est la vie des âmes; tandis que le patriarche Abraham adora des hommes, parce qu'ils lui cédèrent un tombeau, pour y déposer le corps de son épouse qui venait de mourir ! Voici en effet ce que porte le texte sacré : « Abraham vint pleurer Sara et en faire le deuil. Et s'étant levé du lieu où était son corps, il dit aux enfants de Heth : Je suis parmi vous comme voyageur et étranger; donnez-moi donc le droit de posséder un tombeau au milieu de vous, où je puisse enterrer la personne qui m'est morte. Les enfants de Heth répondirent à Abraham: « Non, Seigneur; mais écoutez-nous maintenant : vous êtes parmi nous un prince favorisé de Dieu; enterrez votre mort dans l'un de nos plus beaux sépulcres : car nul d'entre nous ne vous refusera son tombeau pour y enterrer votre mort. Abraham, sétant levé, adora le peuple des enfants de Heth (2) ». Et vous, pour vous obstiner à repousser la grâce divine, vous ne consentirez pas à rendre au Saint-Esprit le devoir de l'adoration ! Mais, dites-vous, prouvez que le Saint-Esprit est adoré : comme si la lecture des saints livres ne nous donnait pas à entendre des choses qui n'y sont point consignées. Mais, sans aller chercher si loin, où avez-vous lu que Dieu le Père n'a pas été engendré ou n'est pas né ? C'est là cependant une vérité certaine. Et ce que vous avez affirmé plusieurs fois que le Père est incomparable même au Fils, vous ne l'avez point 1. II Cor. III, 6. 2. Gen. XXIII, 2-7. 609 lu, et ce n'est point une vérité. Que si vous vous faisiez une idée raisonnable du culte d'adoration qui est dû à Dieu, en lisant que l'Esprit-Saint possède un temple, vous seriez plus convaincu de sa divinité que si vous lisiez qu'il est l'objet de notre adoration. Nous savons,. et nous venons de le rappeler, que des hommes mêmes ont été adorés par des saints; mais les temples n'ont été érigés par les hommes qu'en l'honneur du vrai Dieu, tel fut le temple de Salomon, ou qu'en l'honneur de ceux qui passaient pour être des dieux, et qu'adoraient les nations idolâtres. Or, l'Esprit-Saint, suivant cette belle expression qui s'applique à Dieu, « n'habite pas dans des temples faits de mains d'hommes (1) », mais notre corps lui-même est son temple. Et nos corps, pour être traités avec respect, sont aussi les membres du Christ (2). N'est-il donc pas un grand Dieu, celui à l'honneur duquel un temple est bâti, et par Dieu lui-même, et avec les membres d'un Dieu ?
CHAPITRE IV. IL EST INUTILE DE PROUVER AUX CATHOLIQUES QUE JÉSUS-CHRIST EST DIEU ET HOMME TOUT ENSEMBLE.Vous dites que « le Christ est à la droite du Père, et qu'il intercède pour nous (3) ». Pourquoi nous objecter ce passage, si vous reconnaissez qu'il est à la fois Dieu et homme ? Quel intérêt en revient à votre cause qu'on lise, qu'il est toujours assis à la droite du Père ? C'est inutilement, sinon sur de vains témoignages, que vous vous appliquez à prouver ce que nous faisons profession de croire.
CHAPITRE V. DÉFINITION CATHOLIQUE DE LA SAINTE TRINITÉ.Vous dites que vous honorez convenablement le Saint-Esprit comme docteur, comme guide, comme illuminateur, comme sanctificateur; que vous révérez le Christ comme créateur; et que vous adorez le Père avec une sincère piété comme l'auteur de toutes choses. Si vous dites que le Père est auteur, parce que le Fils vient de lui, mais que lui ne vient pas du Fils; et que le Saint-Esprit procède de lui et du Fils, en ce sens qu'en engendrant ce Fils, le Père a voulu que le Saint-Esprit procédât 1. Act,
XVII, 24. 2. I Cor. VI, 19, 15. 3. Rom, VIII, 34. aussi de lui; si vous dites que le Fils est créateur, sans retrancher pour cela cet attribut au Père et au Saint-Esprit; enfin, si vous dites que le Saint-Esprit est docteur, guide, illuminateur et sanctificateur, sans prétendre pour cela enlever ces fonctions au Père et au Fils ; nous admettons vos propres expressions et les faisons nôtres. Mais si vous élevez des idoles dans votre coeur et supposez qu'il y a deux dieux, l'un plus grand, qui serait le Père, et l'autre inférieur, qui serait le Fils; et si vous imaginez que le Saint-Esprit est le dernier des trois et ne mérite pas même d'être appelé Dieu, ce n'est plus dès lors notre foi, parce qu'elle n'est pas chrétienne et par là même n'est plus la foi. Nous vous faisons grâce encore de cette parole imprudente que vous avez échappée, quand vous avez dit que le Christ était descendu jusqu'à la contagion des misères humaines. Et comme nous avons voulu vous reprendre à ce sujet, et vous apprendre ce qu'il faut appeler de ce nom, vous avez répondu que je vous interprétais à faux, et vous avez pensé que je m'en tenais trop à la rigueur des principes philosophiques. Il me suffit que vous ayez admis, qu'en descendant jusqu'à la contagion des misères humaines, le Christ n'a contracté la tache d'aucune faute. CHAPITRE VI. INCONSÉQUENCE DES ARIENS, QUI REFUSENT AU PÈRE CE QU'ILS ACCORDENT A LA CRÉATURE, LE POUVOIR D'ENGENDRER SON SEMBLABLE.Quand j'ai observé, à propos des animaux, que, tout terrestres et mortels qu'ils sont, ils engendrent néanmoins des êtres d'une nature semblable à la leur, par exemple, l'homme et le chien, je pense que vous n'avez pas reculé d'horreur et de mépris, mais plutôt que vous en aurez fait semblant, lorsque vous avez répliqué qu'une comparaison aussi basse n'était point digne d'une aussi grande majesté. Pourquoi en effet ce langage, sinon parce que vous craigniez que la vérité ne vous fermât la bouche avec des arguments tirés d'aussi bas et qu'elle ne vous empêchât de respirer, comme elle le fait encore? Ainsi, tandis que vous voyez la créature corruptible engendrer un rejeton de même nature qu'elle, vous croyez que Dieu le Père tout-puissant ne peut engendrer son Fils unique, qu'en lui (610) communiquant une nature inférieure à la sienne.
CHAPITRE VII. LE FILS EST ÉGAL AU PÈRE.Mais vous dites : Le Seigneur a engendré le Seigneur, un Dieu a engendré un Dieu, le Roi a engendré un Roi, le Créateur a engendré un Créateur, bon il a engendré un être bon, sage un être sage, clément un être clément, puissant un être puissant. Si, grâce à ces paroles, vous pensez échapper à l'objection qu'on vous fait, que vous refusez à Dieu le pouvoir d'engendrer ce qu'il est lui-même, et si vous dites pour cette raison : Le Seigneur a engendré le Seigneur, un Dieu a engendré un Dieu, etc., pourquoi ne dites-vous pas : Le Tout-Puissant a engendré le Tout-Puissant, comme vous avez dit : Puissant il a engendré un être puissant ? Si vous voulez parler franchement, eh bien ! dites : Le Seigneur plus grand a engendré un Seigneur inférieur à lui ; un Dieu plus grand, un Dieu inférieur; un Roi plus grand, un Roi inférieur; un Créateur plus grand, un Créateur inférieur; meilleur, il a engendré un être bon ; plus sage, un être sage ; plus clément, un être clément; plus puissant, un être puissant. Maintenant, si vous ne tenez pas ce langage, et si vous convenez que le Fils n'a rien de moins que le Père, pourquoi ne déclarez-vous pas qu'il lui est égal? Et pourquoi ne poursuivez-vous pas ainsi votre énumération Le Seigneur a engendré un Seigneur égal à lui, Dieu un Dieu égal, le Roi un Roi égal, le Créateur un Créateur égal; bon, il a engendré un être également bon; sage, un être également sage; clément, un être également clément; puissant, un être également puissant ? Que si vous niez cette égalité du Fils avec le Père, alors déclarez sans détour qu'il est un Fils dégénéré. Car ce Dieu, inférieur au Dieu plus grand dont vous le dites le fils, vous n'admettez pas qu'il fasse du moins des progrès comme un enfant, afin qu'il puisse un jour égaler son père. Vous prétendez qu'il est né parfait, non pas dans le dessein de se glorifier, mais de maintenir son infériorité relative à l'égard du Père. Quoique vous souteniez de pareilles erreurs, vous ne cessez pas néanmoins de dire : Le Père n'a rien ôté au Fils en l'engendrant. Comment se peut-il faire qu'il n'ait rien ôté au Fils en l'engendrant, lorsqu'au lieu de le faire son égal, il l'a fait son inférieur? Cela veut-il dire qu'après avoir engendré son Fils, il ne lui arien ôté de ce qu'il lui avait donné en l'engendrant ? En ce sens-là, certainement, il ne lui a rien ôté; mais il en est ainsi même à l'égard des enfants des hommes qui viennent heureusement au monde; le Créateur ne leur ôte rien après leur naissance; que dis-je ? il ajoute plutôt i leurs dons naturels, et leur accorde en grandissant ce qu'ils n'avaient pas au moment de leur naissance. Quelle importance faut-il donc attacher à ce que vous avez dit de la conduite du Père envers son Fils unique, qui n'a pas été tiré du néant ni de la matière, mais qui est né de lui-même ? Quelle merveille qu'il n'ait pas ôté ce qu'il a donné, s'il n'a pas, en le donnant, ôté ce qu'il pouvait donner? Com. ment en êtes-vous venu à dire qu'il n'est pas jaloux? Ou bien, est-ce qu'il était dans l'impossibilité de donner à son Fils? Mais alors où est la toute-puissance de Dieu le Père? Or, toute la question se réduit au dilemme suivant : Ou Dieu le Père n'a pu engendrer un Fils égal à lui-même, ou il ne l'a pas voulu. S'il ne l'a pu, c'est une imperfection; s'il ne l'a pas voulu, c'est par motif de jalousie. Or, ces deux conclusions sont fausses. Donc le Fils est vraiment égal à Dieu son Père. Si donc il,vous plaît toujours d'entendre ce telle cité par moi : « Les perfections invisibles de Dieu sont rendues compréhensibles par la connaissance que nous en donnent ses créatures (1) », apprenez, par ce qui se passe dans la création visible, où les parents engendrent ce qu'ils sont eux-mêmes, apprenez, dis-je, à connaître la naissance du vrai Fils de Dieu, et ne dites plus que Dieu le Père a engendré ce qu'il n'est pas lui-même. Or, s'il a engendré ce qu'il est lui-même, cessez de nier l'unité de substance du Père et du Fils.
CHAPITRE VIII. SAINT AUGUSTIN NE RÉPOND PAS AUX DIGRESSIONS SUPERFLUES DE MAXIMIN SUR L'INCARNATION ET LA MORT DE JÉSUS-CHRIST.Dans les digressions suivantes, que vous faites à propos de la croix et de l'incarnation du Christ, vous êtes fidèle à votre habitude, en voulant nous prouver ce qui est l'objet de notre commune foi; mais en ne vous répondant 1. Rom. I, 20. rien à ce sujet, je me montre, moi aussi; fidèle à ma promesse.
CHAPITRE IX. DE L'INVISIBILITÉ DU FILS.1. Lorsque nous discutions sur l'invisibilité du Fils, que vous avez consenti à reconnaître en lui sous le rapport de la divinité, tandis qu'auparavant vous l'aviez attribuée exclusivement au Père, vous avez dit, à propos des créatures invisibles, une foule de choses qui n'avaient pas de rapport à la question : le lecteur pourra d'ailleurs en juger. Or, il s'agit entre nous de l'invisibilité de Dieu : et c'est là tout l'objet du débat, car vous pensez qu'il n'est fait mention que de l'invisibilité du Père dans ce passage de l'Apôtre : « Au Dieu immortel, invisible, unique (1) ». Si le texte portait: Au Père seul, la solution serait peut-être plus difficile ; mais nous lisons : « Au Dieu unique » : ce qui évidemment n'est pas contre nous; conséquemment, et le Fils unique, en sa nature divine, et le Saint-Esprit, en la nature qu'il possède aussi, sont également invisibles, car la Trinité est un seul et unique Dieu, suivant notre foi. Sommes-nous dans le vrai en le soutenant, c'est ce que nous avons démontré ailleurs, et ce que nous démontrerons encore, quand il le faudra. Maintenant, sur cette question, il est peut-être permis de s'étonner que l'Ecriture dise de Dieu seul, qui est la Trinité même : « Au seul Dieu invisible », tandis qu'il existe des créatures qui sont invisibles aussi: «Toutes choses », est-il dit du Christ, « ont été «créées par lui, et les visibles et les invisibles (2) ». Mais c'est parce que les faux dieux sont visibles, que l'Apôtre s'exprime en ces termes : « Au seul Dieu invisible soit honneur et gloire ». Car, quoiqu'il existe des créatures invisibles, ce ne sont pas pour nous des dieux, Mais, lors même que le texte ne porterait pas : « Au seul Dieu » ; mais : « Au Roi des siècles, immortel, au seul invisible, soit honneur et gloire » : à qui s'appliquerait-il, si ce n'est à Dieu? Donc, honneur et gloire soit à Dieu seul, qui est un Dieu invisible, et non pas, qui est le seul invisible; car il y a aussi, comme nous l'avons observé, des créatures qui sont invisibles. On peut demander encore pourquoi il est écrit: « Nul n'a jamais 1. I Tim. I, 17. 2. Coloss. I, 16. vu Dieu (1) », tandis que le Seigneur dit expressément : « Ne savez-vous pas que leurs anges voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux (2) ? » Voilà une citation qui confond votre ignorance, au moment où vous soutenez que le Père seul est invisible, sans savoir ce que vous dites. Jésus-Christ a dit : « Ce n'est pas que personne ait vu le Père, si ce n'est celui qui est de Dieu; car celui-là a vu le Père (3) » : personne, peut s'entendre ici des hommes. Comme il était homme lui-même et parlait alors dans la chair, son langage revenait ainsi à dire : Ce n'est pas qu'aucun homme, si ce n'est moi, ait vu le Père ; de même qu'il est écrit : « Quel est le sage qui comprendra ces choses (4) ? » car ces paroles ne peuvent s'appliquer aux saints anges. C'est pourquoi l'Apôtre, parlant de l'invisibilité de Dieu, dit en termes plus découverts : « Que nul des hommes ne l'a vu et ne peut le voir (5) ». Il ne dit pas : Personne ; mais : « Nul des hommes ». Ce qui nous donne l'intelligence de ce passage « Personne n'a jamais vu Dieu », c'est-à-dire Nul des hommes ; de même qu'il est écrit « Personne ne monte au ciel (6) », quoique les anges y montent et en descendent continuellement. L'Apôtre n'a pas dit cependant : Nul des hommes ne pourra voir Dieu; mais « Personne ne peut ». Car l'homme pourra voir Dieu un jour, mais quand il sera la récompense éternelle de ses fidèles serviteurs. De là ces paroles de l'apôtre Jean : « Mes bien-aimés, dit-il, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n'apparaît pas encore : nous savons que quand il se montrera, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est (7) ». Comment dites-vous donc que le Père seul est invisible ? Ce qui serait faux, lors même qu'il ne serait vu que par le Fils. Mais maintenant que, suivant le témoignage de nos saints livres, il est vu des anges, et qu'il se manifestera aussi aux hommes, lorsqu'ils seront devenus semblables aux anges (8), que signifie ce que vous dites? Que devient votre affirmation audacieuse, d'après laquelle les créatures inférieures sont vues par les créatures supérieures, mais non réciproquement les créatures supérieures par les créatures 1. Jean, I, 18. 2. Matt. XVIII, 10. 3. Jean, VI, 46. 4. Psaume CVI, 43. 5. I Tim. VI, 16. 6. Jean, III, 13. 7. I Jean, III, 2. 8. Matt. XXII, 30. 612 inférieures? Il est vrai que vous avez ensuite abandonné cette définition, quand vous avez reconnu que le Père est vu par le Fils, quoique vous prétendiez que, même sous le rapport de la substance divine, le Fils est inférieur au Père. Mais que direz-vous des anges, qui voient sans cesse la face de Dieu le Père ? Est-ce que, conformément à la règle que vous avez établie sans réflexion, il faudra mettre les anges au-dessus de Dieu le Père? 2. Mais vous pensez avoir été habile, quand vous avez trouvé cette échappatoire, au sujet du Fils : Il a vu le Père, mais sans pouvoir l'embrasser entièrement. Vous ne vous apercevez pas ici du vice de votre argument : car, lors même que le Père n'aurait pu, comme vous le prétendez, être embrassé par le Fils, ce n'est pas une raison pour qu'il ait été invisible à ses yeux. Or, toute la discussion entre nous, quand vous avez avancé cet argument, roulait sur la question de savoir, non pas si le Père pouvait être, ou non, embrassé par le Fils, mais s'il était visible ou invisible pour lui car l'Apôtre ne dit pas : Au seul Dieu qui ne peut être embrassé; mais: « Au seul Dieu invisible ». Vous avez cru pouvoir tirer de ce texte une preuve défavorable au Fils et donner à entendre qu'il n'était pas invisible, même dans sa nature de Dieu. Mais vaincu par la vérité et contraint de confesser l'invisibilité du Fils, vous vous êtes préparé, comme je le pense, à faire la réponse suivante : L'invisible a engendré l'invisible ; de même que vous avez dit: Le puissant a engendré le puissant; afin de pouvoir dire, quand vous seriez pressé de vous expliquer : Le plus invisible a engendré l'invisible, comme le plus puissant a engendré le puissant; le plus sage, le sage, et le reste de votre théorie. Autant vous montrez de sagesse, quand vous dites que le Père ne peut être embrassé par le Fils, autant vous en faites voir, quand vous démontrez que le Fils est embrassé par le Père. Le Fils, dites-vous, voit le Père, mais sans pouvoir Fe1nbrasser. Quant au Père, ce sont vos propres expressions, il voit le Fils, en le tenant et le possédant en son sein. Il n'y a, pour tenir un pareil langage, que ceux qui ont la sagesse charnelle. Car, je le vois, ce sein du Père n'est qu'un mot imaginé pour le besoin de votre cause ; c'est une sorte de capacité où la grandeur du Père embrasse et tient enserrée l'infériorité relative du Fils : à peu près comme une maison sert matériellement d'asile à l'homme, comme le sein d'une nourrice reçoit un enfant. Voici donc une merveille d'un nouveau genre qu'il faut attribuer au Christ: c'est qu'il a pris de l'accroissement dans sa nature de serviteur et qu'il y est devenu plus grand que dans sa nature divine, puisqu'il était porté auparavant dans le sein du Père, et qu'il est maintenant assis à sa droite. De grâce, mettez de côté ces puérilités et ces contes de vieilles ; et quand il est question du sein du Père, entendez-le en ce sens que l'un a engendré, et que l'autre est le Fils ; et non pas, que l'un est plus grand, et l'autre plus petit, Car si le Père ne peut être embrassé, et que la même chose ne puisse être attribuée au Fils, alors l'Ecriture ment quand elle fait dire à celui-ci : « Tout ce qu'a mon Père est à moi (1) » : on peut lui répondre en effet: Le Père ne peut être embrassé, et vous êtes privé de cet attribut. Mais comme il ne peut sortir d'erreur de la bouche de la Vérité, et que tout ce que possède le Père appartient au Fils; il est impossible de dénier au Fils cet attribut du Père, si grand d'ailleurs qu'on veuille l'imaginer. Pour nous, il est de notre devoir de vous opposer toujours cette maxime du Sauveur : « Tout ce qu'a mon Père est à moi », soit afin de vous convaincre, soit afin d'amener, et c'est là notre principal désir, votre conversion : de sorte que, chaque fois que vous attribuez au Père une perfection que vous déniez au Fils, nous avons à la produire comme un témoignage irréfragable contre vos erreurs ou vos mensonges. Et qu'est-il besoin de discuter avec vous, quand vous prétendez, pour appuyer votre thèse, que la sagesse humaine est visible, tandis que vous avez accordé que l'âme humaine, qui est certainement le siège de la sagesse de l'homme, est elle-même invisible? Mais quoi qu'il en soit de votre manière de voir sur les créatures invisibles, en ce qui concerne Dieu, et c'est là tout l'objet de notre discussion, il est suffisamment démontré que le Père n'est pas seul invisible.
CHAPITRE X. EXPOSITION DU MYSTÈRE DE LA SAINTE TRINITÉ,1. Vous pensez que Dieu le Père ne peut être un seul Dieu, s'il est uni au .Fils et au Saint-Esprit : vous craignez que le Père ne soit plus 1. Jean, XVI, 15. 613 un seul Dieu unique, mais qu'il ne devienne une partie d'un Dieu unique en trois personnes. Ne craignez rien; dans l'unité de la divinité il n'y a pas de division de parties. Le Père et le Fils et le Saint-Esprit, en d'autres termes, la Trinité elle-même n'est qu'un seul Dieu. Elle est ce Dieu unique, dont il est écrit, qu' « il n'y a d'autre Dieu que le seul Dieu (1) » ; et qui a dit expressément : « Ecoute, Israël : le Seigneur ton Dieu est le Seigneur unique ». Nous ne faisons aucun scrupule de dire que nous servons ce Dieu seul et unique, quand nous entendons et lisons ce passage : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul (2) ». Ces paroles ne nous détournent pas de l'adoration que nous devons au Christ, dont nous sommes les membres (3), et au Saint-Esprit, dont nous sommes le temple (4); s'il est écrit: Tu ne serviras que le Seigneur ton Dieu seul, nous appliquons ce texte, non pas au Père exclusivement, mais à la Trinité même. Pour vous, lorsqu'on vous demande quel est, à votre avis, celui dont il est fait mention dans ce passage : « Le Seigneur ton Dieu est le Seigneur unique », vous répondez que c'est Dieu le Père. Et lorsque ensuite on vous demande de quel Seigneur Dieu il est dit : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul », vous répondez encore qu'il s'agit là de Dieu le Père. Voici alors ce qu'on nous objecte : Si le Seigneur notre Dieu est un Seigneur unique, et que ce soit le Père, pourquoi imaginez-vous deux seigneurs dieux, en disant que le Christ est aussi Seigneur Dieu? Si ce Père est le seul et unique Seigneur Dieu digne d'adoration, comment vous montrez-vous dociles à ce commandement, quand vous adorez aussi le Fils comme Seigneur Dieu ? Car le premier n'est pas seul adoré, quand on rend le même culte au second. Or, suivant notre foi, reconnaissant la Trinité comme notre unique Seigneur Dieu, nous avons certainement l'assurance qu'en lui rendant à elle seule le culte qui est à Dieu, nous servons l'unique Seigneur Dieu. 2. Donc, dites-vous, Dieu le Père est une portion de Dieu. Pas du tout. Car le Père et le fils et le Saint-Esprit sont trois personnes ; et ces trois, n'ayant qu'une même substance, sont un, et souverainement un: en eux, il n'y a ni diversité de natures, ni diversité de volontés. Or, s'ils étaient un par nature, sans 1. I Cor. VIII, 4. 2. Deut. VI, 4, 13. 3. I Cor. VI, 15.
4. Id. III, 17. l'être par la volonté, ils ne seraient pas parfaitement un ; et s'ils étaient différents de nature, ils ne seraient pas un. Ces trois, qui sont un par l'union étroite et ineffable de la divinité, sont donc un seul Dieu. Quant au Christ, il est une personne douée d'une double substance, parce qu'il est Dieu et homme tout ensemble. En lui cependant le Dieu ne peut être appelé une portion de cette personne : sans quoi, le Fils de Dieu, Dieu lui-même avant de prendre la nature de serviteur, n'aurait pas été tout ce qu'il est, et quand l'homme s'unit à sa divinité, il aurait pris de l'accroissement. S'il est de la dernière absurdité de tenir un pareil langage à l'égard d'une des trois personnes, parce que Dieu ne peut être la partie de quoi que ce soit; à combien plus forte raison l'un des trois ne peut-il être appelé une portion de la Trinité? Ensuite, quand l'Apôtre dit : « Celui qui s'attache au Seigneur est un même esprit avec lui (1) », est-ce que le Seigneur est une portion de cet homme qui ne fait qu'un avec lui ? Si nous le disions, que serait-ce à dire sinon que le Seigneur gagne à être uni à l'homme, et perd à en être séparé ? Donc, en la Trinité qui est Dieu, le Père est Dieu, le Fils est Dieu, et le Saint-Esprit est Dieu, et tous les trois ne sont qu'un seul Dieu : et l'un d'eux n'est pas une troisième partie de cette Trinité, et deux ne sont pas une portion plus grande qu'un seul : et tous réunis ne sont pas quelque chose de plus que chacun en particulier, parce que leur grandeur est spirituelle et différente de celle des corps. Qui peut comprendre, comprenne (2); que celui qui n'en est pas capable, croie et demande l'intelligence de comprendre ce qu'il croit. Car le Prophète dit vrai dans ce passage: « Si vous ne croyez, vous ne comprendrez point (3) ». 3. Vous avez dit que le Dieu unique n'est pas composé de parties. Et comme vous prétendez ne dire cela que du Père, vous ajoutez Ce qu'il est, c'est une puissance qui n'a pas été engendrée, qui est simple. Et cependant voyez que de choses multiples vous imaginez réunies dans cette vertu simple ! Car voici vos propres paroles : Un Dieu a engendré un Dieu, le Seigneur un Seigneur, le Roi un Roi, le Créateur un Créateur, bon il a engendré un être bon, sage un être sage, clément un être clément, puissant un être puissant. Pourquoi 1. I Cor. VI, 17. 2. Matt. XIX, 12. 3. Isa, VII, 9. 614 donc n'avez-vous pas craint d'énumérer tant de vertus dans une vertu simple, comme est Dieu? En effet, sans parler des quatre premières, et à ne nous en tenir qu'aux quatre autres, qu'il est possible de désigner sous des noms communs, la bonté, la sagesse, la clémence et la puissance seraient-elles des parties d'une vertu que vous affirmez être simple ?: Si vous dites oui, une vertu simple comprend donc des parties, et cette vertu simple est, selon vous, un seul Dieu. Vous affirmez par conséquent que le Dieu unique est composé de parties. Non, répondez-vous, il n'y a pas de parties : et cependant vous en comptez quatre, et il n'y a qu'une vertu en même temps simple. Si donc, dans la personne unique du Père, vous trouvez plusieurs choses, et n'y admettez pas de parties, à combien plus forte raison y a-t-il, dans le Père et le Fils et le Saint-Esprit, un seul Dieu avec la divinité individuelle en chacun d'eux, et trois personnes avec la propriété particulière à. chacun, sans qu'il y ait, a raison de leur perfection personnelle, les parties d'un Dieu unique ! Le Père est une vertu, et le Fils aussi, et le Saint-Esprit également. Ici vous dites vrai: mais quand vous prétendez que la vertu engendrée par la vertu, et la vertu procédant de la vertu, n'ont pas la même nature, vous formulez une erreur, vous contredites la foi orthodoxe et catholique.
CHAPITRE XI. LE FILS EST INVISIBLE COMME LE PÈRE.Vous revenez sur vos pas, pour me demander de quelle manière le Fils est invisible, tandis que j'ai déjà exposé précédemment ce que j'ai cru devoir dire à ce sujet. Mais, objectez-vous, si vous affirmez que le Fils est invisible, parce qu'il ne peut être contemplé par les yeux humains ; pourquoi n'affirmez-vous pas la même chose des vertus célestes, puisqu'elles ne peuvent être non plus aperçues par le regard de l'homme ? Vous parlez absolument comme s'il était au pouvoir de l'homme de comprendre la manière dont les vertus célestes sont invisibles ; ou comme si c'était pour nous un devoir de le rechercher, lorsque l'Écriture nous donne cet avertissement : «Ne recherchez point ce qui est au-dessus de vous (1) ». Vous ne tenez point 1. Eccli. III, 22. compte vous-même de cette recommandation, puisque vous avez eu la hardiesse de prétendre que les anges sont vus par les archanges, mais non les archanges par les anges. Il suffit que j'aie démontré l'inconséquence où l'on tomberait, en croyant que le Fils est visible dans sa nature divine, parce que l'Écriture contient ces mots: « Au seul Dieu invisible (1)», Appliquant ce texte au Père, vous en tiriez la conclusion que le Fils n'est pas invisible, et cela, en dépit de l'Écriture, qui le proclame le créateur même des choses invisibles. Voici toutefois l'argument qui vous reste : Ils sont tous deux, le Père et le Fils, invisibles, mais le Père est invisible à un degré supérieur; or, en donnant ainsi au Père quelque chose qui n'appartient pas au Fils, vous faites de ce même Fils un menteur, car il dit : « Tout ce qu'a mon Père est à moi (2) ». CHAPITRE XII. LE FILS EST TOUT-PUISSANT COMME LE PÈRE.3. Vous tenez le même langage au sujet de la puissance du Fils ; vous accordez qu'il a la puissance en partage, mais vous en attribuez une plus grande au Père : ainsi, d'après vos maîtres et vos docteurs, celui qui est puissant aurait pu engendrer un être puissant, mais le Tout-Puissant n'aurait pu engendrer un être tout-puissant. Il suit de là que, si le Père possède la toute-puissance, et que le Fils ne l'ait pas, celui-ci ment quand il dit : « Tout ce qu'a mon Père est à moi ». De plus, si le Père fait quelque chose que le Fils ne peut pas faire, il est juste de dire que le Père est plus puissant que le Fils ; mais comme il a dit « Tout ce que fait le Père, le Fils le fait « également (3) », le meilleur, n'est-il pas de s'en rapporter à lui plutôt qu'à vous, de croire à ses enseignements plutôt qu'à vos erreurs ? Mais, dites-vous, le Père ne tient sa puissance de personne, tandis que le Fils l'a reçue du Père. Nous confessons, nous aussi, que le Fils tient sa puissance de celui dont il est né, et que nul n'a donné la puissance au Père, parce que nul ne l'a engendré. Le Père a donné la puissance au Fils en l'engendrant, de même que tout ce qu'il a dans sa substance, il l'a, par le fait de la génération, donné à celui qu'il a engendré de sa propre substance. Mais la question est de savoir si le Père a 1. I Tim. I, 17. 2. Jean, XVI, 15.
3. Id. V, 19. 615 donné au Fils une puissance égale ou inférieure à la sienne. S'il a donné une puissance égale, alors.il faut dire, croire et entendre, non plus que celui qui est puissant a engendré un être puissant, mais que le Tout-Puissant a engendré un être tout-puissant; et s'il lui a donné une puissance inférieure à la sienne, comment alors tout ce qu'à le Père, appartient-il au Fils? Si la toute-puissance du Père n'appartient pas au Fils, comment « tout ce que fait le Père, le Fils le fait-il également ? » c'est chose impossible, à moins qu'il ne soit tout-puissant. 2. Et quand l'Apôtre dit : « Celui qui est a heureux et seul puissant », je ne suis pas obligé d'entendre ces paroles du Père exclusivement, mais de Dieu, en d'autres termes, de la Trinité elle-même. Voici en effet ce qu'il écrit à Timothée : « Je vous ordonne devant Dieu qui fait vivre toutes choses, et devant Jésus-Christ qui a attesté par sa mort l'excellente confession qu'il avait faite sous Ponce-Pilate, de garder ces préceptes sans tache et sans reproche, jusqu'à l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que doit a manifester en son temps Celui qui est heureux et le seul puissant, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ; qui seul possède l'immortalité, et habite une lumière inaccessible ; que nul homme n'a vu et ne peut voir, à qui est honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen (1) ». Je ne vois rien à ces paroles qui ne convienne à la Trinité. Mais sans parler ici de l'Esprit-Saint, dont vous ne voulez pas même faire un Dieu inférieur au Fils, parce que vous lui refusez absolument la divinité, il suffit que nous vous convainquions de l'égalité qui existe entre le Père et le Fils. De ce que l'Apôtre dit : « Je vous jure devant le Dieu qui donne la vie à tout », s'ensuit-il en effet que le Père seul donne la vie, à l'exclusion du Fils ? Si vous dites que le Père seul donne la vie à toutes choses, comment donc « tout ce que fait le Père, le Fils le fait-il également ? » Car, selon vous, le Père donne la vie à toutes choses, et le Fils ne le fait pas. Après cela, quand il dit : « Comme le Père ressuscite les morts et leur rend la vie, ainsi le Fils donne la vie à qui il lui plaît (2) » ; comment cela s'accorde-t-il avec la vérité, si le Père donne la vie à toutes choses, à l'exclusion 1. I Tim. VI, 13-16. 2. Jean, V, 21. du Fils ? Par conséquent, lorsque l'Apôtre ajoute : « Et devant Jésus-Christ qui a attesté par sa mort l'excellente confession qu'il a faite sous Ponce-Pilate », il entend parler proprement du Fils ; car bien que le Fils donne la vie à toutes choses comme le Père, nous savons que ce n'est pas le Père, mais le Fils qui a souffert sous Ponce-Pilate dans sa nature de serviteur. L'Apôtre ajoute : « Gardez ces préceptes sans tache et sans reproche, jusqu'à l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que doit manifester en son temps Celui qui est heureux et seul puissant » : ce qui sera manifesté, c'est l'avènement de Jésus-Christ ; et celui qui fera cette manifestation, c'est Dieu, et non pas le Père seul, car, suivant la vérité, et non suivant votre erreur, la Trinité est un seul Dieu, « heureux et seul puissant, Roi des rois et « Seigneur des seigneurs ». Est-ce que par hasard vous oseriez encore refuser au Fils le titre de Roi des rois et de Seigneur des seigneurs ? Mais, entre autres choses, voici ce qui est écrit de lui dans l'Apocalypse de Jean « Et c'est lui qui foule la cuve de vin de celui qui est puissant, et il porte écrit sur son vêtement et sur sa cuisse : Le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs (1) ». Mais de peur que vous n'objectiez que: ce nom, écrit sur le vêtement et sur la cuisse du Fils, c'est le nom du Père, on lit plus haut dans un autre endroit du même livre : « Et l'Agneau les vaincra, parce qu'il est le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois (2) ». Selon vous, il y a donc deux rois des rois et deux seigneurs des seigneurs ; et si on l'entend du Père exclusivement, ce texte de l'Apôtre : « Celui qui est heureux et seul puissant, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs », va contre vous. Mais, suivant la vraie foi, la Trinité est un seul Dieu, « qui est heureux et seul puissant, Rois des rois et Seigneur des seigneurs, qui possède seul l'immortalité, et habite une lumière inaccessible ». Et comment serait-il vrai de dire : « Approchez de lui, et vous serez éclairés (3) », si cela ne signifie pas que personne n'est capable de trouver ces lumières en lui-même, s'il en a la présomption, mais que c'est un don de Dieu ? Or, on dit que Dieu seul possède l'immortalité, parce que seul il est inaccessible au changement. Le changement est en effet une sorte de mort 1. Apoc. XIX, 15,
16. 2. Id. XVII, 14. 3. Ps. XXXIII, 6. 616 dans tout être qui est sujet à changer, parce qu'il fait que quelque chose qui était en lui, cesse d'être. L'âme de l'homme elle-même, que l'on dit immortelle, parce qu'elle ne cesse point en quelque sorte de vivre suivant son mode propre, éprouve cependant une sorte de mort en rapport avec sa nature: car, si elle pèche après avoir bien vécu, elle meurt à la justice ; et si elle revient à la justice après avoir été pécheresse, elle meurt au péché ceci soit dit, sans préjudice de ses autres modifications, dont il serait trop long de parler ici. La nature des créatures célestes a pu mourir également, parce qu'elle a pu commettre le péché : car les anges mêmes ont péché, et sont devenus ces démons dont le diable est le chef. Et ceux qui n'ont pas commis le péché, ont pu aussi le commettre. Et toute créature raisonnable qui est impeccable, ne le tient pas de sa nature, mais de la grâce divine: Conséquemment Dieu seul possède l'immortalité ; sans le devoir à personne, mais en vertu de sa nature, il n'a pu et ne peut subir aucun changement, il n'a pu et ne pourra pécher par suite de quelque changement. Sous le rapport de sa nature divine, « nul homme ne l'a vu et ne peut le voir » ; mais il pourra un jour le contempler, s'il est du nombre de ceux dont il est dit : « Heureux ceux qui ont le coeur pur, parce qu'ils verront Dieu (1) ». A ce Dieu, c'est-à-dire, au Père, et au Fils et au Saint-Esprit, à la Trinité qui est un seul Dieu, honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen. 3. Mais loin de nous de prétendre, à votre exemple, que le Père est plus puissant que le Fils, parce que le Père a engendré un créateur, et que le Fils n'a pas fait la même chose. Ce n'est pas qu'il n'en ait pas été capable, mais c'est qu'il n'a pas dû le faire. Car la génération n'aurait point de bornes, si le Fils, qui est engendré, engendrait lui-même un petit-fils au Père : en effet, si le petit-fils, à son tour, n'engendrait pas un arrière-petit-fils à son aïeul, il faudrait, d'après votre admirable sagesse, l'accuser d'impuissance. De même encore, s'il n'engendrait pas un petit-fils à son grand-père, et un arrière-petit-fils à son bisaïeul, vous ne l'appelleriez pas tout-puissant; la suite des générations demeurerait ainsi incomplète, si l'un donnait toujours naissance à un autre; et nul ne la complèterait, 1. Matt. V, 8. si un seul ne pouvait y suffire. Donc le Tout-Puissant a engendré le Fils tout-puissant, parce que « tout ce que fait le Père, le Fils le fait également ». Car la nature du Père a engendré, elle n'a pas fait le Fils.
CHAPITRE XIII. LE FILS EST SAGE COMME LE PÈRE.1. Votre erreur est la même au sujet de ce texte de l'Apôtre : « A Dieu, qui est le seul sage »; mais notre réponse, à propos de la sagesse, ne sera pas autre que celle qui con. cerne là puissance. Si l'Apôtre avait dit : Au Père qui est le seul sage, il n'aurait pas par cela même séparé le Fils du Père. Car si l'Apocalypse rapporte que le Fils « portait écrit un nom que nul ne connaît que lui (1) », est-ce qu'il s'ensuit que le Père, inséparable comme il l'est de son Fils, ne connaît point ce nom? De même donc que le Père sait aussi bien que le Fils ce que celui-ci est proclamé savoir à lui seul, parce qu'ils sont inséparables ; de même, lorsque le texte porte rait : Au Père qui est le seul sage, il faudrait l'entendre aussi du Fils, par la raison qu'ils sont inséparables. Mais comme le texte, au lieu de : Au Père qui est le seul sage, porte: « Au seul Dieu sage », et que la Trinité est un seul Dieu, la solution de la difficulté est beaucoup plus facile pour nous; nous entendons que la sagesse appartient à Dieu seul, comme nous avons entendu que la puissance appartient à lui seul, c'est-à-dire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, qui est le seul et unique Dieu, que nous devons servir uniquement ; nous craindrions de suivre une autre interprétation, qui serait fausse, ou plutôt de n'avoir point l'intelligence du texte et de paraître violer ce précepte, en rendant au Christ le culte dû à Dieu. En effet, l'Ecriture ne dit pas : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu qui est le Père, et tu le serviras de préférence; en sorte qu'il nous serait aussi permis d'adorer le Fils, mais à la condition de rendre au Père un culte plus parfait comme à un Dieu plus grand, et un culte moindre au Fils, comme à un Dieu moins parfait ; mais il est dit : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul (2) c'est-à-dire le seul Dieu tout-puissant, le seul Dieu sage ; c'est ainsi que vous 1. Apoc. XIX, 12. 2. Deut. VI, 13. 617 ôtes confondus par ce texte, vous qui refusez de reconnaître qu'il n'y a qu'un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, et déclarez que l'unique Seigneur Dieu, que nous devons servir, c'est Dieu le Père, tout en admettant que le Fils est Dieu et Seigneur : de cette manière, vous professez ouvertement qu'il y a deux dieux et deux seigneurs, l'un plus grand, et l'autre moindre ; et, conformément à la logique de votre erreur, vous vous montrez coupable de la violation de ce précepte, car vous rendez, non-seulement au plus grand, mais encore au moindre, le culte qui est dû au Seigneur Dieu. 2. C'est à la fin de son épître aux Romains, que l'Apôtre emploie ces paroles : « A Dieu, qui est le seul sage », lorsqu'il s'exprime ainsi : « A celui qui est puissant pour vous affermir dans l'Evangile que j'annonce et dans la doctrine de Jésus-Christ, laquelle vous a été prêchée conformément à la révélation du mystère qui, étant demeuré caché dans tous les siècles passés, a été découvert maintenant par les Ecritures prophétiques, selon l'ordre du Dieu éternel, et est venu à la connaissance de tous les peuples, afin qu'ils obéissent à la foi; à Dieu, qui est le seul sage, gloire dans tous les siècles par Jésus-Christ. Amen (1) ». Ce qui veut dire : « A celui qui est puissant pour vous affermir, à Dieu, qui est seul sage, gloire dans tous les siècles». Mais ces mots intercalés dans le texte, « par Jésus-Christ », faut-il les entendre en ce sens que Dieu seul est sage par Jésus-Christ, c'est-à-dire que Dieu est sage, non par participation, mais par génération de la sagesse, qui est Jésus-Christ; ou bien, différemment, faut-il les entendre en ce sens: A Dieu, qui est le seul sage, gloire par Jésus-Christ? c'est une question à éclaircir. Mais qui oserait prétendre que Dieu le Père tient sa sagesse du Fils, puisqu'il n'est pas douteux que la sagesse est inhérente à sa substance, et que la substance du Fils vient plutôt du Père, qui l'a engendré, que la substance du Père ne vient du Fils, qui a été engendré par lui ? Reste donc la seconde hypothèse, c'est-à-dire que, gloire soit par Jésus-Christ à Dieu, qui est le seul sage, ce qui veut dire, avec tout l'éclat et la manifestation extérieure, par lesquels la Trinité divine s'est fait connaître aux nations : l'Apôtre 1. Rom. XVI, 25-27. dit : « Par Jésus-Christ », parce que (pour ne citer que cette raison) c'est Jésus-Christ qui a donné l'ordre de baptiser les nations au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit (1), et que c'est alors que la gloire des- trois personnes divines a brillé avec plus d'éclat. Par conséquent, si l'on dit que Dieu, qui est la Trinité elle-même, est le seul sage, c'est qu'il a seul la sagesse qui lui est substantielle, et non accidentelle ou partielle, comme celle qui appartient à une nature raisonnable. Quant à cette particule du texte « à qui », mise pour « à lui soit la gloire », quand il aurait suffi de dire : Que la gloire soit à lui, elle marque une locution inusitée dans notre langue; elle n'infirme pas le sens que nous recherchons ou sur lequel nous sommes en suspens. Qu'importe en effet pour le sens, qu'on dise : Que la gloire soit à lui; ou : A qui soit la gloire par Jésus-Christ? Car, « par Jésus-Christ à lui soit la gloire », revient à dire : A lui soit la gloire par Jésus-Christ. Seulement l'une des deux constructions est usitée, et l'autre ne l'est pas.
CHAPITRE XIV. DE LA PROCESSION DU SAINT-ESPRIT.1. Vous me dites : Si le Fils est de la même substance que le Père, le Saint-Esprit est aussi de la substance du Père : pourquoi alors l'un est-il Fils, et l'autre non? Voici ma réponse, que vous la compreniez, ou que vous ne la compreniez pas. Le Fils vient du Père, le Saint-Esprit vient du Père; mais l'un est engendré, et l'autre procédant: c'est pourquoi l'un est le Fils du Père, duquel il est engendré ; et l'autre est l'Esprit du Père et du Fils, parce qu'il procède de l'un et de l'autre. Mais quand il parle de l'Esprit-Saint, le Fils dit : « Il procède du Père (2) », parce que le Père, qui a engendré un tel Fils, est auteur de cette procession, et qu'en l'engendrant, il lui a accordé que l'Esprit-Saint procéderait aussi de lui. En effet, s'il ne procédait pas aussi de lui, il n'aurait pas dit à ses disciples : « Recevez le Saint-Esprit», et il ne l'aurait pas donné en soufflant sur eux (3), l'expiration et l'aspiration étant une action symbolique, qui figurait la procession du Saint-Esprit de Jésus-Christ et la communication qu'il en faisait. Que si l'Esprit-Saint naissait, ce ne serait donc pas du Père seul, ni du Fils seul, mais de l'un 1. Matt. XXVIII, 19. 2. Jean, XV, 26. 3. Id. XX, 22. 618 et de l'autre; il serait certainement appelé le fils de l'un et de l'autre. Or, comme il n'est aucunement leur fils, il n'a pas dû naître de l'un et de l'autre. Il est donc leur Esprit, en procédant d'eux. Mais, en parlant d'une nature si excellente, qui pourra dire la différence qui existe entre naître et procéder? Tout ce qui procède ne naît pas, quoique tout ce qui naît procède ; de même que tout ce qui est bipède n'est pas homme, quoique tout ce qui est homme soit bipède. Voilà ce que je sais quant à distinguer entre la génération de l'un et la procession de l'autre, je ne le sais, je ne le puis, je ne m'en sens pas capable. Et comme ces deux choses sont ineffables, suivant cette parole du Prophète relative au Fils : « Qui racontera sa génération (1)? » il est parfaitement vrai de dire du Saint-Esprit : Qui racontera sa procession? Qu'il nous suffise donc de savoir que le Fils n'est pas par lui-même, mais par celui de qui il est né; que le Saint-Esprit n'est pas par lui-même, mais par celui dont il procède. Et comme il procède de l'un et de l'autre, ainsi que nous l'avons démontré, on l'appelle l'Esprit du Père, d'après ce passage : « Si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts, habite en vous » ; et l'Esprit du Fils, d'après cet autre passage : « Celui qui n'a pas l'Esprit de Jésus-Christ, celui-là ne lui appartient pas (2) ». Car il n'y a pas deux Esprits-Saints, appartenant chacun à l'un d'eux, l'un au Père et l'autre au Fils, mais il n'y a qu'un seul Esprit du Père et du Fils : c'est de cet Esprit unique qu'il est écrit: « Car nous avons tous été baptisés dans le même Esprit, pour n'être qu'un même corps, soit Juifs ou Gentils, soit esclaves ou libres; et nous avons tous reçu un même Esprit (3) ». Et ailleurs: « Un seul corps et un seul esprit (4) ». 2. Le Fils est consubstantiel au Père. Qu'est-ce donc que cette Trinité, si elle n'est pas d'une seule et même substance ? Car le Fils ne vient pas de quelque créature ou du néant, mais de celui qui l'a engendré; et de même le Saint-Esprit ne vient pas de quelque créature ou du néant, mais de celui dont il procède. Mais vous ne voulez pas que le Fils soit engendré de la substance du Père, et pourtant vous reconnaissez qu'il ne vient pas du néant, ou de la matière, mais du Père. 1. Isaïe,
LIII, 8. 2. Et vous ne voyez pas combien il est nécessaire que celui qui ne vient pas du néant, ni de quelque autre chose, mais de Dieu, ne puisse pas être autrement que de la substance de Dieu et être ce qu'est Dieu dont il vient, c'est-à-dire, Dieu de Dieu. Par conséquent, étant né Dieu de Dieu, parce qu'il n'a pas été autre chose auparavant; mais que sa nature est coéternelle à celle de Dieu, il n'est pas autre chose que celui dont il tire son origine, c'est-à-dire, qu'il est d'une seule et même nature, ou d'une seule et même substance. Quand nous vous disons ces choses, je ne sais où vous avez l'esprit, pour imaginer que nous disons du Fils qu'il est né du Père à la manière des créatures corporelles: et comme celles-ci naissent corruptibles, vous nous accusez d'attribuer à la génération du Fils unique parle Père, les douleurs et la corruption de la créature mortelle. Plein des pensées de la chair, vous n'imaginez pas que la substance divine puisse engendrer d'elle-même le Fils, à moins d'éprouver le laborieux enfantement de la créature. Vous êtes dans l'erreur, faute de savoir les Ecritures et de connaître la puissance de Dieu (1). Quand vous lisez ce texte: « Afin que nous soyons dans son vrai Fils, Jésus-Christ (2)», pensez qu'il s'agit du véritable Fils de Dieu. Mais vous ne le pensez nullement, si vous niez que ce Fils soit né de la substance du Père. Car était-il déjà Fils de l'homme, avant de devenir, par un don d'en haut, Fils de Dieu, né de Dieu en vérité, mais par grâce, et non par nature? Ou bien, quoique n'étant pas Fils de l'homme, était-il par hasard une autre créature quelconque, devenue ensuite Fils de Dieu, par une transformation que Dieu aurait opérée? Si rien de cela n'est vrai, il est donc né du néant ou de quelque substance. Mais de peur que nous ne croyions que, selon vous, le Fils est sort du néant, vous nous avez délivré de ce souci: vous avez affirmé que telle n'est pas votre opinion. Il vient donc de quelque substance. Si ce n'est pas de celle du Père, de laquelle? dites-le. Mais vous ne le trouvez pas. N'hésitez donc pas à confesser avec nous que le Fils de Dieu, Jésus-Christ Notre-Seigneur, est con. substantiel au Père. 3. Continuation du même sujet. Le Père et le Fils sont donc d'une seule et même substance. C'est là cet omoúsion, que les Pères 1. Matt. XXII, 29. 2. I Jean, V, 20. 619 catholiques ont établi dans le concile de Nicée contre les hérétiques ariens, sur l'autorité de la vérité et sur la vérité de l'autorité: quoiqu'il reposât sur l'antique foi, il ne fut point compris comme il le devait être au concile de Rimini, en raison de la nouveauté de l'expression; la ruse de quelques-uns trompa la bonne foi du plus grand nombre, et l'impiété hérétique s'efforça d'en fausser le sens sous l'empereur Constance, fauteur de l'hérésie. Mais, peu de temps après, lorsque la liberté de la foi catholique eut prévalu ; quand on eut saisi, comme il le fallait, la valeur de cette expression, cet omoúsion fut défendu par tout l'univers et partout ce qui gardait la vraie foi catholique. Que veut dire en effet omoúsion, sinon d'une seule et même substance ? Que signifie, je le répète, omoúsion, sinon: « Mon Père et moi nous sommes une même chose (1) ? » Mais, pour ne rien préjuger, vous ne devez pas maintenant alléguer le concile de Rimini, ni moi celui de Nicée. Leur autorité, pour le moment, ne fait pas loi pour nous; que l'affaire, que la cause, que le débat s'éclaircisse par les passages extraits des Ecritures, non point en présence de témoins propres à chacun des partis, mais en présence de témoins communs à tous les deux. Nous lisons les uns et les autres: « Afin que nous soyons dans son véritable Fils Jésus-Christ : il est vrai Dieu et la vie éternelle ». Inclinons-nous les uns et les autres devant des témoignages de ce poids. Dites-moi donc si ce vrai Fils de Dieu, qui est différent de ceux qui ne portent ce nom que par grâce, est de quelque substance, ou non. Je ne dis pas, répondez-vous, qu'il ne soit d'aucune substance, de peur que cela ne signifie qu'il est sorti du néant. Il est donc de quelque substance. de laquelle ? je vous le demande. Si ce n'est pas de la substance du Père, cherchez-en une autre. Si vous n'en trouvez pas d'autre, parce que c'est absolument impossible, alors reconnaissez en lui la substance du Père, et confessez que le Fils est consubstantiel au Père. La chair naît de la chair, l'enfant de la chair naît de la substance de la chair. Ne nous parlez plus de ce qui est corruptible ; ôtez de votre esprit les épreuves que subit la chair, et par les créatures, voyez et comprenez les perfections invisibles de Dieu (2). Ce Créateur, qui a donné à la chair d'engendrer 1. Jean, X, 30. 2. Rom. I, 20. la chair, et aux parents d'engendrer de la substance de la chair de vrais enfants de la chair, de sorte que les enfants sont d'une seule et même substance que leurs parents, croyez qu'il a été beaucoup plus en son pouvoir d'engendrer de sa substance un Fils véritable et d'avoir avec ce vrai Fils une seule et même substance, douée d'une incorruptibilité spirituelle permanente et infiniment éloignée de la corruption de la chair. 4. Continuation. Quant à ce que vous dites de l'âme, je n'y comprends rien. Voici en effet vos propres expressions: « Vous rapprochez cette grandeur incomparable, non pas d'une âme noble, mais d'un corps fragile. Du corps naît certainement une chair, un fils corporel : l'âme cependant ne naît pas de l'âme ». Après cette sorte de définition, qui est de vous, vous affirmez de nouveau que l'âme engendre des fils. « Si donc », ajoutez-vous, « notre âme engendre d'une manière incorruptible et impassible et sans éprouver aucune diminution ni de souillure quelconque; mais qu'elle engendre légitimement un fils conformément aux lois divines, et que la sagesse elle-même conserve son intégrité en s'accommodant aux exigences du corps: à combien plus forte raison la même chose convient-elle au Dieu tout-puissant ! » Et un peu plus loin vous dites : « A combien plus forte raison Dieu le Père, qui est incorruptible, engendre-t-il le Fils d'une manière incorruptible ! » Je l'ai déjà observé, je ne comprends pas ce que vous voulez dire de l'âme, quand vous dites d'abord que l'âme ne naît point de l'âme, et ensuite que l'âme engendre un fils d'une manière incorruptible. Si elle engendre une âme, comment l'âme ne naît-elle point de l'âme ? Si elle engendre de la chair, c'est à vous de voir comment la chair est un vrai fils de l'âme. Le Christ, à propos duquel vous avez imaginé cette comparaison, est effectivement vrai Fils de Dieu. Mais si, en disant que l'âme engendre un fils d'une manière incorruptible, vous avez voulu l'entendre dans le sens de ce passage de l'Apôtre : « Je vous ai tous engendrés par l'Evangile en Jésus-Christ (1) » ; pourquoi ne remarquez-vous pas que ces âmes existaient déjà, dans leur ancien genre de vie, et que l'Apôtre les a engendrées en les renouvelant par l'Evangile ? Or, le Verbe de Dieu, Dieu 1. I Cor. IV, 15. 620 lui-même et Fils unique de Dieu, nous l'avons déjà dit, n'a pas été quelque chose antérieurement et n'a pas été engendré de nouveau par le Père, mais il a été toujours avec le Père, comme il est toujours et sera éternellement engendré par l'Eternel d'une manière admirable et au-dessus de toute expression. Mais si vous avez imaginé cette comparaison inconvenante, pour en arriver à dire que Dieu le Père a engendré d'une manière incorruptible, ne vous donnez pas tant de peine : je confesse absolument que Dieu le Père a engendré d'une marnière incorruptible, mais qu'il a engendré ce qu'il est lui-même. Car je répète ici encore ce qu'il faudra souvent vous redire : Ou le Fils de Dieu est né de quelque substance, ou il n'est né d'aucune. Dans la seconde hypothèse, il est donc sorti du néant: ce que vous ne voulez pas dire, nous le savons déjà. S'il est né de quelque substance, et que ce ne soit pas de celle du Père, il n'est donc pas son véritable Fils. Et s'il est né de la substance du Père, le Père et le Fils sont d'une seule et même substance. Mais comment prétendez-vous que le Père n'a rien retranché au Fils, si tout en étant de la même substance, le Fils est cependant inférieur au Père et ne peut croître comme un enfant? 5. De l'immortalité commune aux trois personnes divines. Au sujet de l'immortalité de Dieu, déjà précédemment j'ai fait voir que l'Apôtre attribue le privilège de l'immortalité, non pas au Père, mais à Dieu, qui est le Père, et le Fils et le Saint-Esprit; j'ai alors cité en entier tout le texte de l'Apôtre, et je l'ai expliqué. 6. De l'égalité du Fils avec le Père. Il vous déplaît de nous entendre dire que le Fils est égal au Père: comme s'il pouvait y avoir quelque inégalité dans celui qui est le vrai Fils de Dieu et n'est pas né dans le temps, mais est coéternel à celui qui l'a engendré, comme l'éclat qui naît du feu se manifeste au même moment que le feu qui l'engendre. Mais, dites-vous, le Fils de Dieu a le Père pour auteur. Si par là vous voulez dire que le Père a engendré, et que le Fils est engendré; que celui-ci vient du Père, et que le Père ne vient pas du Fils; je suis d'accord avec vous, je vous le concède. Mais si vous voulez en conclure que le. Fils est inférieur et le Père plus grand, et que le Fils n'est pas de la même substance que le Père; je .repousserai avec horreur vos assertions: car un fils de l'homme lui-même, en tant qu'il est fils, a pour auteur le père à qui il doit le jour; ci cependant ce n'est pas un motif pour qu'il ne soit pas de la même substance que son père; et quoiqu'il soit plus petit que son père, il peut néanmoins avec le temps parvenir à la ressemblance et à la force de celui-ci, quoi qu'elle ne doive pas se trouver semblable de tout point, attendu que le père décroît avec la vieillesse. C'est ainsi en effet que ce qui est mortel doit varier avec l'âge, parce que la naissance est dans le temps, au lieu d'être éternelle. Il n'en est pas de même de celle du Fils : le Fils ne prend point d'accroissement, et le Père ne vieillit point. C'est pourquoi ils ne diffèrent point d'âge ; car il n'y a point d'âge, où il s'agit d'éternité : c'est pourquoi ils ne diffèrent point de forme, parce que le vrai Fils n'est pas né pour prendre de l'accroisse ment, mais est né égal à son Père, pour ne pas être un Fils dégénéré. Il faut donc proclamer que la naissance divine est beaucoup meilleure et plus parfaite que la naissance humaine, grâce à l'incorruptibilité et à l'inviolabilité de la génération : il ne faut pas néanmoins qu'elle soit moins parfaite, en raison de la diversité de nature. 7. Continuation du même sujet. Mais, dites-vous, le Fils a reçu la vie du Père. Oui, comme celui qui est engendré la tient de ce, lui qui l'a engendré. « Tout ce qu'a mon Père, dit le Sauveur, est à moi (1) ». Donc, tout ce qui appartient au Père, l'un en engendrant l'a donné, et l'autre l'a reçu en naissant. Et l'un n'a rien perdu pour avoir donné de ce qu'il avait, et l'autre n'a pas reçu étant déjà né et dans un état d'indigence; mais de même que le Père est demeuré en possession de tout, lorsqu'il eut donné au Fils tout ce qu'il avait, ainsi le Fils n'a jamais été sans posséder tout ce qu'il a reçu comme Fils; non pas dans un état d'indigence, mais en naissant : car il n'a jamais pu ne pas être né, et ce sans quoi il n'est pas né et d'une manière immuable, il l'a possédé toujours, parce que toujours ii a été né. En effet, s'il y a quelque chose que le Père n'ait pas donné au Fils, le Fils nous a trompés quand il a dit; « Tout ce qu'a le Père est à moi ». Mais, comme il a dit vrai, il s'ensuit, nous le répétons, que le Père a donné, en engendrant, 1. Jean, XVI, 15. 621 tout ce qu'il possède, et que le Fils l'a reçu en naissant. Par conséquent, le premier a donné la vie, parce qu'il a engendré la vie; le second a reçu la vie, parce qu'il est né vie : si elle est inférieure, disparate, différente, le Père n'a donc pas donné au Fils la vie, qui lui appartient. Alors comment ceci est-il la vérité : « Tout ce qu'a mon Père est à moi? » Mais qui oserait tenir ce langage : La Vérité n'a pas dit vrai ? Ainsi « comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donné au Fils d'avoir en lui-même la vie (1) ». Il l'a donnée comme il l'a, en la manière qu'il la possède, telle qu'il l'a, et aussi grande qu'il l'a. Tout ce qui est au Père, appartient au Fils. Le Père n'a donc pas donné au Fils moins qu'il ne possède, et le Père n'a pas perdu la vie en la donnant au Fils, car il se maintient en possession de la vie qu'il a donnée en engendrant. Le Père est la vie, et le Fils est la vie. Et l'un et l'autre possèdent ce qu'ils sont eux-mêmes seulement l'un est la vie qu'il ne tient de personne, et l'autre est la vie qu'il tient de la vie; mais semblable, aussi grande et absolument telle que la première, parce que le Fils unique est un véritable Fils, un Fils parfait, un Dieu qui n'est pas un Fils dégénéré du Dieu unique, qui est son Père : le Fils est donc égal au Père. Tout ce que vous dites qu'il tient du Père, nous l'affirmons également: en un mot, le Père a donné, le Fils a reçu. Mais quand le Père a donné tout ce qu'il a en engendrant, il a certainement engendré son égal, parce qu'il ne lui a pas donné moins que ce qu'il a. Comment donc, de ce que l'un a donné, et l'autre reçu, concluez-vous que le Fils n'est pas égal au Père, puisque vous voyez que celui à qui tout a été donné, a reçu légalité elle-même? Il est vrai qu'il est écrit « Il vaut mieux donner que recevoir (2) » : mais ce texte s'applique à cette vie, où la privation se fait sentir, et où l'abondance est assurément quelque chose de meilleur. Car il est meilleur de posséder que d'être dans le besoin; de donner que de recevoir; de faire l'aumône que de mendier. Mais quand celui qui a donné, adonné en engendrant, et celui qui a reçu, a reçu en naissant, le don n'a pas été fait à quelqu'un dans le besoin, mais c'est l'abondance de tous biens qui a été engendrée elle-même. Et celui qui a reçu ne peut être inégal à celui qui a donné, parce qu'il 1. Jean, V,
26. 2. Act. XX, 35. a reçu précisément pour être son égal. En effet, celui qui a dit : « Tout ce qu'a mon Père est à moi », n'a pas moins que le Père. Il est donc son égal. Mais parce qu'il « s'est abaissé, en prenant la forme d'un esclave », sans perdre pour cela la forme de Dieu; il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort de la croix (1) », en cette forme de serviteur, où il avait été mis un peu au-dessous des anges (2), tout en demeurant égal au Père en la forme de Dieu : car cette forme n'est pas sujette au changement. 8. Le Fils est égal au Père, comme Dieu; inférieur au Père, comme homme. De la mission du Fils. Dès lors, qu'y a-t-il d'étonnant que le Fils ait dit, comme vous le rappelez : « Je fais toujours ce qui plaît à mon Père (3) » ; et au tombeau de Lazare : « Mon Père, je vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé; pour moi, je savais que vous m'exaucez toujours; mais je dis ceci pour ceux qui m'environnent, afin qu'ils croient que c'est vous qui m'avez envoyé (4) » ; et encore : « Il faut que je fasse les oeuvres de celui qui m'a envoyé (5) » : quoi d'étonnant encore qu'avant de rompre les pains, «il ait rendu grâces à son Père (6)? » Si votre dessein était de prouver, par ces citations et d'autres semblables, que le Fils est inférieur au Père dans sa forme de serviteur, et que, dans la forme de Dieu, le Fils vient du Père, et non le Père du Fils : ce qui ressort très-souvent de ses paroles, et donne lieu à ceux qui ne les comprennent pas, de croire qu'il est inférieur au Père, même quant à sa divinité : alors vous vous conformeriez à la droite règle de la foi et vous ne contrediriez pas la vérité; vous n'iriez pas contre l'Evangile avec de pareils témoignages, mais vous en produiriez les enseignements. En effet, quelles choses plaisent au Père et ne plaisent pas au Fils? Ou bien, comment le Fils peut-il faire uniquement ce qui est agréable au Père, de qui il tient tout ce qui le rend égal à lui? Comment n'aurait-il pas rendu grâces au Père de qui il vient, surtout en sa forme de serviteur, où il est moindre que lui ? Comment celui qui, en tant que Dieu, exauce avec le Père, n'aurait-il pas prié le Père, en tant qu'homme? Quel chrétien, du reste, ignore que le Père a envoyé, et que le Fils a été l'envoyé du Père? Il fallait effectivement que l'engendré fût envoyé par 1. Philipp. II, 7, 8. 2. Ps. VIII, 6. 3. Jean, VIII, 29. 4. Id. XI, 41, 42. 5. Id. IX, 4. 6. Matt. XXVI, 26 ; Marc, VIII, 6 ; Jean, VI, 11. 622 celui qui lui avait donné la vie, et non le Père par celui qu'il avait engendré : or, il n'y a pas là inégalité de substance, mais l'ordre réglé par la nature des choses; non pas que l'un soit antérieur à l'autre, mais l'un né de l'autre. Il fallait donc que l'envoyé fît les oeuvres de celui qui l'avait envoyé: or, quelles sont les oeuvres du Père qui n'appartiennent pas au Fils, puisque ce Fils a dit lui-même : « Tout ce que fait le Père, le Fils le fait également (1) ? » Il dit cependant que ces oeuvres sont celles du Père : il n'oublie pas en effet qu'il est de lui : car c'est au Père qu'il doit d'exécuter ces oeuvres. Pour vous, vous donnez à ces paroles une interprétation telle, que vous croyez le Père plus grand que le Fils, parce qu'il a dit qu'un passereau ne tomberait pas sans la permission du Père (2) : comme si ce passereau tombait sans la volonté du Fils. Est-ce que, selon vous, le Fils serait tellement inférieur au Père, qu'il n'aurait pas même le passereau en son pouvoir? Mais si vous ne voulez pas admettre pour règle, que chaque fois que vous lisez dans les saints livres des passages qui semblent établir l'infériorité du Fils relativement au Père, il faut alors les entendre de sa nature de serviteur, où il est vraiment inférieur au Père; ou les entendre, non pas en ce sens que l'un est plus grand ou plus petit que l'autre, mais que l'un vient de l'autre : si, dis-je, vous ne voulez pas vous en tenir à cette règle d'une justesse irréprochable, vous n'aurez sous aucun rapport une idée véritable du Fils de Dieu, à moins que vous n'affirmiez qu'il est de la même substance que le Père. En effet, pour parler le langage humain et me prêter à la faiblesse des hommes charnels, supposons deux hommes, le père et le fils : si le fils obéit à son père, lui demande quelque chose pour un motif quelconque et l'en remercie, puis est envoyé par son père quelque part et dit qu'il ne vient pas pour faire sa volonté, mais celle de celui qui l'a envoyé : est-ce qu'il est démontré par là que ce fils n'est pas de la même substance que son père ? Pourquoi donc, lorsque vous lisez des choses semblables au sujet du Fils de Dieu, vous hâtez-vous de commettre en paroles et en pensées cet odieux sacrilège de croire et d'affirmer qu'il n'y a pas une seule et même substance commune au Père et au Fils ? 1. Jean, V, 18. 2. Matt. X, 29. 9. Encore de la mission du Fils. Com. ment encore avez-vous cru devoir rappeler ce passage, où le Christ parle évidemment comme homme : « J'ai le pouvoir de quitter ma vie, et j'ai le pouvoir de la reprendre; car c'est le commandement que j'ai reçu de mon Père ? » Qu'est-ce qu'y gagne votre cause? A-t-il en effet dit autre chose que ceci: J'ai le pouvoir de mourir et de ressusciter ? Qua-t-il donc voulu faire entendre par ces paroles: « Personne ne me la ravit, mais c'est de moi-même que je la quitte et que je la reprends (1) », sinon qu'il ne devait pas mourir, s'il n'en avait la volonté? Aurait-il pu cependant mourir et ressusciter, s'il n'avait été homme? Mais en alléguant ce témoignage, vous l'avez fait précéder de cette réflexion : C'est assurément encore du pouvoir qu'il avait reçu du Père, qu'il disait : « J'ai le pouvoir de quitter ma vie, et j'ai le pouvoir de la reprendre », comme si, dans le cas où il n'eût pas été homme, il aurait dû donner sa vie. C'est donc comme homme, et non comme Dieu, qu'il a reçu ce pouvoir. Ce n'est pourtant pas qu'il ait dit : Ce pouvoir, mais: « C'est le commandement que j'ai reçu de mon Père ». Or, qui ne sait que, autre est un commandement, autre un pouvoir ? En effet, une chose que nous pouvons faire quand nous le voulons, est en notre pouvoir; tandis qu'un commande ment nous oblige, quand il est en notre pou. voir de l'accomplir: et si nous n'avons pas encore ce pouvoir, il faut que nous le sollicitions par la prière, afin d'accomplir ce qui nous est commandé. En résumé, si vous con. sentez à comprendre ce qui est clair, c'est en tant qu'homme qu'il avait reçu ce pouvoir, Mais, pour répondre aux esprits amis de le dispute, je raisonnerai dans l'une et l'autre hypothèse : S'il a reçu ce pouvoir en tant qu'homme, vous voyez vous-même que ce texte ne vous sert de rien ; car si, de ce qu'il a reçu ce pouvoir du Père, vous voulez prouver que le Fils est inférieur au Père, nous ne don. tons pas non plus que le Christ, en tant qu'homme, est inférieur au Père : et si vous prétendez qu'il a reçu ce pouvoir en tant que Dieu, le Père, en l'engendrant égal à lui-même, lui a donné un pouvoir sur toutes choses aussi grand que celui qui lui appartient. En effet, s'il a en pouvoir quelque chose de moins que le Père, tout ce qu'a le 1. Jean, X, 18. 623 Père n'est pas à lui : mais comme tout cela lui appartient, il est hors de doute qu'il a un pouvoir aussi grand que le Père. C'est aussi, ou comme homme, ou comme Dieu, qu'il a reçu un commandement : si c'est comme homme, il n'y a pas à discuter, puisqu'il est sous ce rapport inférieur au Père ; si c'est comme Dieu, il n'est pas prouvé pour cela qu'il lui soit inférieur : car il a reçu ce commandement, non après en avoir senti le besoin, mais dès sa naissance. Car tous les commandements de Dieu sont dans son Verbe unique, et il les lui a donnés en l'engendrant, et non après l'avoir engendré, et pour lui donner quelque chose qui lui manquait : conséquemment il l'a engendré aussi grand que lui-même, parce qu'il a engendré de lui-même son vrai Fils, et l'a engendré parfait dans la plénitude de sa divinité, au lieu de l'engendrer perfectible avec l'âge. Mais je vous demande très-humblement pourquoi vous ne dites pas d'un homme quelconque, fils d'un autre homme, qui a reçu un ordre de son père, qu'il est par cela même d'une substance différente, tandis que vous osez nier que le Fils de Dieu soit de la substance paternelle, parce qu'il a reçu un commandement de son Père? Or, certainement, il a reçu un commandement de son Père, et néanmoins il est de la même substance que celui qui le lui a donné. Si des hommes, des pères avec leurs fils, les uns et les autres d'une même substance, accouraient pour vous entendre; si les fils n'étaient pas dégénérés à leurs propres yeux pour avoir reçu ainsi des ordres de leurs pères, qui d'entre eux pourrait supporter votre dénégation ? Mais peut-être dites-vous que ce sont des pères instruits qui ont donné des commandements à des fils sans instruction. Reportez-vous maintenant au Fils de Dieu, né Dieu de Dieu le Père, qui serait né certainement imparfait, s'il avait reçu un commandement dans son ignorance. Mais, comme il est né parfait, le Père lui a donné son commandement en l'engendrant, et le Fils l'a reçu en naissant. Car jamais le vrai Fils de Dieu n'a été dans l'ignorance, et jamais il n'y a eu un moment où il ne fût point le Fils de Dieu.
CHAPITRE XV. LE FILS EST PAR NATURE CE QU'EST LE PÈRE.1. Vous ne refusez pas au Fils la forme de Dieu, et nous niez qu'il soit égal à Dieu le Père, parce que vous vous imaginez que la forme du Père est plus parfaite que celle du Fils : comme si le Père n'avait pas lieu de donner sa forme complète au Fils, qu'il n'a pas fait de rien, ni fait d'une autre chose. Ou bien, si le Père, pouvant engendrer sa forme complète dans son Fils unique, l'a cependant engendrée moins parfaite : remarquez la conséquence de cette proposition, et revenez sur vos pas, pour ne pas être entraîné à dire que le Père est jaloux. Vous dites que le Fils est Dieu et Seigneur; mais vous faites par là même deux dieux et deux seigneurs, en dépit de l'Ecriture qui vous crie : « Ecoute, Israël : le Seigneur ton Dieu est un Seigneur unique (1) ». Mais quel profit vous revient-il de donner au Père, dans une pensée sacrilège, une forme plus parfaite que celle que vous accordez au Fils ? Est-ce que, si l'un est plus grand, et l'autre inférieur, il n'y a pas par là même deux seigneurs et deux dieux? Si vous désirez échapper à cette erreur, alors dites que le Père et le Fils, malgré la différence que vous mettez entre eux, sont néanmoins, selon vous, non pas deux, mais un seul Seigneur Dieu. Vous dites que le Fils est né roi de son Père roi; et vous ne remarquez pas que dans le genre humain les fils de rois sont hommes, devant leur nature à des hommes, quoiqu'ils ne soient pas rois, nés de rois; et que, bien qu'ils ne partagent pas la puissance royale avec leurs pères, ils tiennent d'eux cependant une nature tout à fait semblable. Vous accordez au Fils de Dieu le royaume que vous lui faites partager avec le roi son Père, et, par une légèreté impie, vous lui refusez la nature paternelle; vous le dites inégal à Dieu le Père, lui qui « n'a pas cru commettre un larcin », c'est-à-dire, s'emparer d'un bien appartenant à un autre « en s'égalant à Dieu ; mais » néanmoins, prenant en main nos intérêts plutôt que les siens, « s'est anéanti lui-même » ; ne perdant point pour cela sa forme de Dieu, mais « prenant la forme de serviteur », en laquelle « il s'est rendu obéissant » au Père « jusqu'à la mort de la croix (2) ». Vous ne voulez pas reconnaître qu'il a été en cette forme inférieur à Dieu le Père, afin d'être amené à reconnaître qu'il est égal au Père en la forme de Dieu. Pour nous, ce sont vos paroles, nous sommes 1. Deut. VI, 4. 2. Philipp. II, 6-8. 624 appelés enfants par grâce, nous ne le sommes pas par nature : le Fils est l'unique engendré, parce qu'il est né ce qu'il est suivant la nature de sa divinité. Ces paroles, nous les revendiquons aussi pour nous. Puisque vous confessez que le Fils de Dieu est tel par nature, et non par grâce, pourquoi donc ne soutenez-vous pas qu'il est de la même nature que le Père, et ne voyez-vous pas l'incohérence de votre langage? Est-ce qu'il vous serait plus permis d'ôter au Fils du Dieu-Roi la royauté paternelle que la nature paternelle? 2. Le Christ n'est vrai Fils de Dieu, qu'à la condition d'avoir avec lui une seule et même nature, c'est-à-dire une seule et même substance, et de lui être en tout semblable. Déjà précédemment nous avons démontré, autant que nous avons cru devoir le faire, comment le Saint-Esprit est de Dieu, et cependant n'est pas son fils, parce qu'il est de Dieu, non par naissance, mais par procession. Pour nous, dites-vous, nous n'admettons pas de nature en Dieu le Père, puisqu'il n'est pas né. Et comme pour rendre raison de cette affirmation, vous ajoutez : Nous croyons ce qu'a dit le Christ : «Dieu est esprit (1) » comme si le Christ, que vous reconnaissez pourtant pour être Fils de Dieu par nature, n'était pas esprit, en tant que Dieu. De ce que le Père est esprit, il ne s'ensuit donc pas qu'il n'ait pas de nature. Mais peut-être la lui refusez-vous, en vous fondant sur cette raison qu'il n'est pas né : car vous vous imaginez que nature vient du mot naître. Sachez donc qu'on dit de tout ce qui existe qu'il est en raison de sa substance, en d'autres termes, eu égard à sa nature. Certes, si vous ne pensez pas qu'on doive dire que le Fils est de la même nature que le Père, dites qu'il est de la même substance : cela suffit pour le besoin de notre discussion. Toutefois il est nécessaire de vous rappeler cette parole de l'Apôtre : « Vous serviez autrefois ceux qui ne sont point dieux par nature (2) » : passage qui montre évidemment que nous servons celui qui est Dieu par nature. Voyez donc où vous placerez Dieu le Père, vous qui croyez qu'il n'est pas Dieu par nature : et s'il vous reste encore une ombre de pudeur, rougissez de honte, Voici ce que nous vous disons Nous ne servons pas un Dieu qui ne soit pas Dieu par nature, de peur de ressembler à 1. Jean, IV, 24. ceux dont il est écrit : «Vous serviez ceux qui « ne sont point dieux par nature ». Si vous voulez leur ressembler, nous demandons que tel ne soit pas votre désir et que vous reconnaissiez que Dieu le Père est Dieu par nature; nous demandons aussi, qu'après avoir professé que le Fils est son Fils, non par grâce, mais par nature, vous ne refusiez pas d'admettre qu'il est de la même nature que le Père, afin de ne pas nier qu'il soit autre chose que son vrai Fils. En effet, comment dites-vous que vous reconnaissez en lui le vrai Fils de Dieu, et que vous ne niez pas sa ressemblance avec le Père, quand vous niez qu'il soit de la même substance que le Père? De même que l'identité de substance prouve la vérité de sa filiation, ainsi la différence de substance prouve le contraire. Comment donc dites-vous que le Fils est semblable au Père, quand vous refusez de lui accorder la substance du Père ? Est-ce qu'un tableau ou une statue ne peuvent pas ressembler à l'homme? et cependant l'on ne dit pas que ces images soient fils de l'homme, parce qu'elles sont d'une substance différente. L'homme, il est vrai, a été fait à la ressemblance de Dieu; cependant, comme il n'est pas d'une seule et même substance, il n'est pas son vrai fils; et il est son fils par grâce, parce qu'il ne l'est point par nature. Si donc vous voulez professer ouvertement que le Christ est le vrai Fils de Dieu, d'abord et avant tout dites qu'il est d'une seule et même substance, pour en venir à déclarer qu'il est vrai Fils et Fils ; de Dieu, en tout semblable à son Père. En effet, quand vous imaginez en lui une substance différente, vous le rendez plutôt différent que semblable, et vous lui refusez absolument la qualité de vrai Fils. Vous voulez savoir en quoi l'unité et l'identité de substance peuvent servir à prouver la vérité de la filiation du Fils : quoique le fils né de l'homme soit un homme semblable à son père en certaines choses, et diffère de lui sous d'autres rapports, cependant, comme il est de la même substance, on ne peut nier qu'if soit vraiment son fils; et comme il est son vrai fils, on ne peut nier qu'il soit de la même substance. Mais vous, vous voulez que le vrai Fils de Dieu soit semblable au Père, quoiqu'il soit d'une substance différente, tandis qu'il n'y a que l'identité de substance qui puisse prouver la vérité de la filiation, (625) En effet, voici deux hommes; quoique l'un ne soit pas le fils de l'autre, ils sont cependant d'une seule et même substance ; et l'homme, né d'un autre, le vrai fils d'un homme, ne peut être absolument d'une substance différente de celle de son père, quoiqu'il ne lui soit pas semblable en toutes choses. Quant au vrai Fils de Dieu, il est d'une seule et même substance avec,le Père, parce qu'il est son vrai Fils ; et il est en tout semblable au Père, parce qu'il est Fils de Dieu. Car il n'est pas permis de tenir le même langage au sujet du Fils de Dieu qu'au sujet des enfants des hommes ou des petits des autres êtres, et de dire que le vrai Fils est d'une même substance que le Père, mais qu'il n'est pas en tout semblable au Père. Donc, si vous voulez dire que le Christ est le vrai Fils de Dieu, confessez avec nous la foi du concile de Nicée. 3. L'esprit du Fils est de la même nature que celui du Père. Nous sommes accusés, observez-vous, d'admettre des natures différentes. Hé ! dites-vous autre chose de Dieu le Père et de Dieu le Fils? Dites-vous autre chose? Et pensez-vous vous laver de cette accusation, parce que vous vous empressez d'ajouter Apprenez que, selon nous, le Père, qui est esprit, a engendré un esprit avant tous les siècles; qu'étant Dieu, il a engendré un Dieu? Voilà ce que vous enseignez, et en cela vous êtes dans le vrai : mais vous passez sous silence ce qui constitue votre erreur, et une erreur exécrable. En effet, étant esprit, il a engendré un esprit, voilà une vérité ; mais, cette vérité, vous la dites avec une prétention perfide, parce qu'on dit qu'il y a des esprits de nature différente. L'Esprit de Dieu, ou autrement l'Esprit divin et l'esprit de l'homme sont effectivement d'une nature différente; et cependant l'un et l'autre sont esprits. De même, l'esprit de l'homme et l'esprit de la bête sont de différente nature; et cependant on dit l'esprit de l'un et de l'autre. On dit encore : Dieu qui est Dieu, et l'homme qui est dieu, comme dans ce passage : « Vous êtes des dieux (1) ». C'est ainsi que Moïse fut donné pour dieu à Pharaon (2). Et quoiqu'il lait de la différence entre la substance de l'homme et celle de Dieu, cependant l'un et l'autre sont appelés dieux. En vain dites-vous de Dieu le Père et de Dieu le Fils : 1. Ps. CXXXI, 6. 2. Exod. VII, 1. Celui qui est esprit a engendré un esprit; c'est avec raison qu'on vous fait un reproche d'admettre entre eux des natures différentes ; et tout en disant : Un Dieu a engendré un Dieu, de ne pas écarter la différence de nature, parce que vous n'accordez pas que le Fils soit en tout semblable au Père. Car, si vous accordiez qu'il lui est en tout semblable, on comprendrait que vous admettiez comme conséquence qu'ils sont d'une seule et même nature ou substance. Si donc vous pensez à vous laver du crime qu'on vous reproche, d'admettre qu'il y ait diversité de natures entre Dieu le Père et Dieu le Fils ; de même que vous dites : Celui qui est esprit a engendré un esprit ; dites : Celui qui est esprit a engendré un esprit de même nature ou substance. De même encore que vous dites : Un Dieu a engendré un Dieu ; dites : Un Dieu a engendré un Dieu d'une même nature ou substance. Si vous croyez cela et si vous le proclamez, désormais vous né serez plus accusé de ce chef. Mais si vous ne faites pas cet aveu, qu'importe que vous disiez : Le Père, qui n'a point véritablement pris naissance, a engendré un vrai Fils ? puisqu'il est hors de doute que le Christ n'est pas le vrai Fils de Dieu, s'il n'est d'une seule et même substance que celui qui l'a engendré. 4. Refuser au Fils et au Saint-Esprit ce qui leur est commun avec le Père, c'est nier leur divinité. Il est vrai que le Fils dit au Père : « La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable, et Jésus-Christ que vous avez envoyé (1) » c'est-à-dire, à reconnaître pour seul vrai Dieu vous et Jésus-Christ que vous avez envoyé. En appliquant ces paroles uniquement au Père, et en ne reconnaissant pour vrai Dieu que lui- seul, à l'exclusion du Fils, que voulez-vous, sinon refuser d'admettre que le Fils est vrai Dieu? Mais comme le Père et le Fils ne sont pas deux dieux, mais un seul Dieu, il est indubitable que le Fils est aussi vrai Dieu, et, avec le Saint-Esprit, seul Dieu. De ce que le Saint-Esprit n'est pas nommé dans ce passage, il ne faut pas en effet s'en émouvoir, comme s'il y avait lieu de douter qu'il fût Dieu, ou vrai Dieu. C'est comme si l'on disait que le Christ ne connaît pas ce qui est en Dieu, parce que l'Apôtre a dit : « Nul ne connaît ce qui est en Dieu, que l'Esprit de 1. Jean, XVII, 3. 626 Dieu (1) » ; car : « Nul ne sait, que l'Esprit de Dieu », revient à dire : Seul, l'Esprit de Dieu connaît ces choses. Donc, de même que le Christ n'est pas exclu de cette science, qui est censée n'appartenir qu'à l'Esprit de Dieu; ainsi l'Esprit-Saint n'est pas exclu de la qualité de seul vrai Dieu, qui est attribuée au Père et au Christ. Il en est de même de ce nom qui, dans l'Apocalypse, n'était connu que de celui qui le portait, c'est-à-dire du Christ (2). Assurément le Père le connaissait aussi, et vous n'oseriez le nier; il faut en dire autant du Saint-Esprit, en dépit de vos dénégations : « Car cet Esprit sonde tout, même les profondeurs des secrets de Dieu (3) » ; à moins que vous ne lui refusiez l'intelligence, parce qu'il est dit qu'il sonde : mais alors il faudra nier que Dieu pénètre les curs et les reins des hommes, parce qu'il est écrit « Dieu sonde les reins et les coeurs (4) ». De ce que Dieu le Père et Jésus-Christ sont appelés le seul Dieu, il ne s'ensuit donc nullement que le Saint-Esprit ne soit pas aussi véritablement Dieu. Mais le Fils ne dit pas, comme cela vous le semble, que le Père est le seul Dieu puissant, sage et bon. La Trinité est le seul et unique Dieu, comme le démontrent les raisons que nous avons fréquemment exposées plus haut. 5. Dieu a pu engendrer son Fils égal à lui-même : donc il l'a engendré tel. Dieu le Père, dites-vous, a engendré Dieu le Fils non perfectible, mais parfait : en cela vous dites vrai. Mais quand vous refusez d'égaler la perfection du Fils à la perfection du Père, vous êtes dans l'erreur, et vous vous mettez en contradiction avec la Vérité même qui est le Fils. Si, dites-vous, l'homme pouvait engendrer un fils parfait, il n'engendrerait pas un petit enfant, qui ne pourrait accomplir la volonté de son père qu'après de longues années. Vous tenez ainsi contre vous-même le langage de la plus pure vérité. Pour ne pas vous contredire, admettez donc l'égalité du Père et du Fils. Car, si cela était en son pouvoir, l'homme lui-même engendrerait tout de suite un fils égal à lui, et il n'attendrait pas les années pour que son fils fût capable de mettre ses volontés à exécution. Pourquoi donc Dieu n'aurait-il pas engendré son Fils égal à lui- |