Veillez et priez.

(Mat. 26: 41.)

Temple de Chailly, le dimanche 5 mars 1922,à 10 h. du matin.


  

L'oubli de la prière, cause de chutes morales.

 

     Veillez et priez. C'est la chose essentielle pour notre vie spirituelle. Beaucoup de chrétiens n'arrivent pas à comprendre ce qu'est le Christianisme ; ils négligent la prière. Ils savent bien des choses au sujet du Christ, mais ils ne Le connaissent pas, Lui. Si nous prions, nous saurons qui est Jésus-Christ. Beaucoup de chrétiens le connaissent par la lecture de la Bible ; ils savent qu'il est un grand homme, un grand conducteur spirituel. Quelques-uns pensent qu'il est un grand prophète, mais, parce qu'ils ne prient pas, ils ne comprennent pas qu'il est le Christ vivant. Ils croient qu'il nous a laissé un grand exemple à suivre, mais non pas qu'il est Dieu. Il y a déjà eu bien des prophètes dans le monde, en divers pays, mais aucun n'a pu satisfaire l'âme humaine. Après tant de prophètes, il fallait au monde un Sauveur, Dieu incarné.
 

     Il enseigna à ses disciples à prier. Notre vie spirituelle est en grand danger lorsque nous ne prions pas. Ce danger ne consiste pas uniquement dans le fait de commettre le péché, mais dans bien d'autres tentations d'ordre spirituel. Nous sommes tentés et nous succombons à la tentation, parce que nous n'accomplissons pas la volonté de Dieu.
 

     Lorsque Christ était en prière à Gethsémané, trois de ses disciples étaient avec lui. Il leur recommanda de prier et, quand il les retrouva endormis, il leur dit, particulièrement à Pierre : «Ainsi, vous n'avez pas pu veiller une seule heure avec moi ». Pierre perdit une grande bénédiction pour n'avoir pas pu prier, pendant une heure, avec le Maître. Combien de fois, dans sa vie, n'a-t-il pas regretté d'avoir perdu cette bénédiction, cette puissance ! S'il l'avait eue, jamais il n'aurait renié son Maître. Bien qu'il ait beaucoup travaillé pour le Seigneur, afin d'en sauver d'autres, la pensée qu'il avait renié le Christ doit être restée comme une écharde dans sa vie.
 
 

     Lorsque j'entendis parler de Christ, je me mis à le persécuter dans ses enfants ; je me disais : « Christ a été un grand homme, sans doute, mais nous autres, aux Indes, nous avons aussi de grands prophètes ». J'avais besoin d'un Sauveur et ne pouvais pas comprendre que Christ était ce Sauveur. De nos jours, les habitants des pays appelés chrétiens savent beaucoup de choses au sujet de Christ, mais ils ne le connaissent pas, Lui. Après avoir visité l'Angleterre et l'Amérique, je retournai aux Indes et, là, on me demanda : « Que pensez-vous que le christianisme ait fait en Europe ? Christ a dit : « Aimez-vous les uns les autres » et ils se sont fait la guerre.
 

     Le christianisme a fait faillite en Europe ! » je répondis : « Ce n'est pas le christianisme qui a fait faillite, mais c'est l'Europe qui a fait faillite en ne comprenant pas le Christ ». Ils n'ont pas pu comprendre son enseignement, parce qu'ils ne vivent pas avec Lui. Il y a quelques hommes de prière qui connaissent Christ et vivent avec lui. Ceux-là nous envoient des missionnaires, donnent de l'argent pour les missions et connaissent vraiment Jésus-Christ ; mais, à côté de ceux-là, il y en a beaucoup qui voient en JésusChrist un grand homme et non pas un Sauveur. Ils ne croient pas qu'il est le Sauveur, parce qu'ils ne l'aiment pas vraiment et ne le prient pas. Ils sont très instruits dans la science, la philosophie, mais ne comprennent rien aux choses spirituelles. Ils nourrissent leur cerveau, et leur âme meurt de faim. Ce n'est pas le cerveau qui peut satisfaire le coeur, mais Celui qui a créé ce coeur ; aussi n'est-ce que quand ils prieront qu'ils seront satisfaits en Jésus-Christ. C'est par la prière que nous connaissons la vraie valeur des choses spirituelles.
 

L'oubli de la prière fait perdre Christ.

     Beaucoup de chrétiens de nom sont comme cet homme qui possédait un diamant et croyait que c'était seulement une belle pierre. Il n'en connaissait pas la valeur et le vendit pour quelques francs. On lui dit ensuite que cette pierre valait cent mille francs et il se lamentait ainsi : « je ne savais pas que ma pierre valait autant ! » Beaucoup de gens, dans les pays chrétiens, considèrent Christ comme une pierre précieuse, mais, n'en connaissant pas la vraie valeur, ils ne savent pas l'apprécier. Lorsqu'ils apprennent à le connaître et à vivre avec lui, alors ils l'apprécient. L'homme qui vendit son diamant pour quelques francs n'avait jamais vu de diamant et c'est pourquoi il n'en connaissait pas la valeur. Beaucoup d'hommes, parce qu'ils ne connaissent pas vraiment Jésus, ne peuvent pas apprécier sa qualité de Sauveur. Ceux qui vivent dans les pays non chrétiens, ceux qu'on appelle des païens, ne savent pas où chercher ce qui leur manque.
 

     Il y a une raison pour laquelle je suis heureux d'être né en pays païen, plutôt qu'en pays chrétien : c'est que, lorsque les religions de là-bas ne m'ont plus satisfait, j'ai cherché autre chose et l'ai ainsi trouvé, Lui, mon Sauveur. Je considérais Christ seulement comme un homme supérieur et je découvris qu'Il est mon Sauveur, tandis que, dans les pays chrétiens, où on l'a toujours connu, on reste indifférent, et c'est la pire des ignorances. Dans mon pays, les Hindous adorent des idoles : ils ne connaissent rien de mieux. Et pourtant, ils arrivent à la connaissance de Christ, tandis que, dans ces pays-ci, on entend parler de lui, mais on reste indifférent et on ne cherche pas à le connaître, Lui. C'est pour cela que je dis que c'est la pire des ignorances... Au dernier jour, au jour du jugement, ceux-là seront punis plus sévèrement que les païens.
 

Par la prière, nous sommes au-dessus du péché.

     Saint Paul a dit : « Dieu nous fait asseoir avec Jésus-Christ dans les lieux célestes ». Il ne dit pas « après la mort seulement », mais déjà dans cette vie nous pouvons vivre dans les lieux célestes. Paul était un homme de prière. Pour que notre vie devienne une vie de prière, nous devons vivre dans les lieux célestes dès cette terre, et alors, en priant, nous serons délivrés des dangers et des tentations.

     J'illustrerai cette pensée par un récit: Il y a quelques années, j'étais assis, un jour, sur une montagne de l'Himalaya, haute de six mille mètres, lorsqu'un orage terrible éclata tout à coup. je fus tout d'abord effrayé à la pensée que j'étais en danger d'être foudroyé, mais bientôt je vis que l'orage se déchaînait au-dessous de moi. J'étais dans la calme lueur du sommet, alors que, sous mes pieds, 1'orage se déchaînait et les éclairs sillonnaient la nue. Et cette parole du Christ traversa mon esprit : « je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair ». je me dis alors : « Il en est ainsi pour l'enfant de Dieu - tant qu'il est sur la hauteur, tout près du Christ vivant, assis dans les lieux célestes avec Christ, Satan ne peut rien contre lui. C'est seulement lorsqu'il descend et s'éloigne de Christ que la tentation et le péché peuvent avoir prise sur lui ». Par la prière, nous nous tenons éloignés du danger et les efforts du tentateur ne pourront rien contre nous.
 

La connaissance de Christ par la prière est un
fait d'expérience.

     Je demande quelquefois à des chrétiens : « Pourquoi croyez-vous en Jésus-Christ ? » On me répond: « Parce qu'il est le Sauveur ». Je demande alors : « Quelle preuve avez-vous qu'il soit le Sauveur ? » « Mais c'est dit dans la Bible ! » Je dis alors : « Le fait qu'il est parlé de Jésus-Christ dans un livre, même dans la Bible, n'est pas une preuve suffisante ; cette preuve doit se trouver dans votre coeur ; c'est dans votre coeur que vous devez Le connaître et vous réaliserez alors qu'Il est le Sauveur ».

     C'est tout autre chose d'avoir entendu parler de Christ ou de Le connaître. Tant que j'entendais seulement parler de Lui, je le haïssais, mais, lorsque je le connus vraiment, alors je l'aimai. Si, nous le connaissons de nom, nous n'en retirons aucun bien, nous ne trouvons aucun secours spirituel, mais dès que nous le connaissons, Lui, personnellement, nul ne nous demande plus si nous aimons notre Sauveur. Il y a dans notre vie quelque chose qui le montre. Nous pouvons avoir des difficultés et des tentations dans le monde, mais nous ne serons jamais vaincus si nous connaissons le Christ vivant.

     Un homme appartenant à une caste élevée du nord de l'Inde devint chrétien. Il fut chassé de chez lui et souffrit beaucoup. Un jour, ses parents 1'entourèrent et le battirent cruellement. Ils le laissèrent tellement meurtri que son sang coulait et qu'il perdit connaissance. En revenant à lui, il se releva et se mit à prier: « Oh ! Dieu, je te remercie pour ces souffrances ; c'est un grand bonheur que de souffrir pour toi ». J'ai vu à ce moment, la puissance du Christ vivant, cette puissance que le monde ne peut pas donner et qu'il ne peut pas ôter... Cet homme se leva ensuite et alla dire à d'autres ce qu'il avait trouvé en Jésus-Christ : « Si Jésus-Christ n'avait été qu'un grand homme, disait-il, il n'aurait pas pu m'aider ainsi, mais Il est le Christ vivant qui s'est donné pour moi ». Les gens furent très surpris de le revoir, car ils le croyaient mort après avoir perdu tant de sang, mais il leur dit : « Christ m'avait donné ce sang et maintenant Il m'a donné une vie nouvelle, afin que je lui rende témoignage ». « Comment avez-vous trouvé cette vie ? » lui demanda-t-on. « En priant . Par la prière, nous entrons en communion avec Jésus-Christ, il se révèle à nous et parle à notre âme un langage merveilleux que le monde ne peut pas comprendre. Nous ne le voyons pas avec nos yeux de chair, mais nous sentons sa présence et sa présence dans mon coeur , c'était le Ciel sur la terre. »

     J'ai rencontré ce jeune homme et lui ai dit que mon expérience était semblable à la sienne. Je lui racontai que, lorsque j'ai été jeté en prison pour avoir prêché l'Évangile, j'ai joui d'une paix telle que le monde ne peut se la représenter. Le monde peut penser que ceux qui croient ressentir cette paix-là sont des illuminés, mais c'est bien la réalité. Le Christ vivant peut vous donner cette paix au sein des persécutions et des difficultés. Je n'aime pas à dire que j'ai été en prison, car en réalité j'étais au Ciel, mais je suis obligé d'employer ce mot-là pour expliquer la chose. En réalité, c'était le Ciel. Ceux qui disent qu'ils ne croient pas à la divinité du Christ, qu'Il n'est pas d'essence divine, ne peuvent pas ébranler ma foi, parce que je Le connais, Lui.

     Quand un homme a soif et qu'on lui donne de l'eau, il boit et il est satisfait. Qu'on vienne alors lui dire: « Ce n'était pas de l'eau », il répondra. « Insensés, je sais que c'était de l'eau, car j'avais soif, j'ai bu et je suis désaltéré ». C'est ainsi que je sais, par ma propre expérience, qu'il est le Sauveur, l'eau vivante, l'eau qui donne la vie.

La satisfaction suprême est en Christ,
et non pas dans les nouveautés religieuses.

     Il y a beaucoup de tentations d'ordre spirituel dans ce monde et nous avons besoin de force pour y résister. Pour vaincre Satan, nous avons besoin du secours de notre Sauveur. Nous devons aller à lui et le prier, afin qu'il se révèle à nous et que nous le connaissions. Quand je le prenais pour un grand prédicateur de morale, je me trompais; quand j'ai prié, j'ai réalisé qu'il est le vrai, le seul Sauveur.

     Chez moi, j'avais tout ce qui rend la vie facile, j'avais la richesse et les biens de ce monde, mais cela ne satisfaisait pas mon âme ; Jésus seul, le Christ vivant, a pu me satisfaire. Cela semble à beaucoup une folie. Le message de la croix est une folie pour beaucoup et, pour moi aussi, c'en était une quand je croyais à l'hindouisme et que je me disais : « Cet homme qui est mort sur la croix n'a pas pu se sauver lui-même ! » Tant que j'essayai de le comprendre avec mon cerveau, je n'y arrivai pas, mais quand, par la prière, je lui donnai mon coeur, alors je le compris et trouvai en lui le Ciel sur la terre. je lui rends donc témoignage de ce que j'ai trouvé en lui, moi qui le haïssais... Que Dieu nous aide à Le connaître!

     De nos jours, s'il y a tant de nouveaux ismes, c'est que les hommes ne connaissent pas Jésus-Christ, qui seul peut les satisfaire. Ils croient une chose et, lorsque cette chose ne les satisfait plus, ils en acceptent une autre et ne sont pas encore satisfaits. Chers amis, ce n'est pas une doctrine, même pas l'enseignement de la morale qui peut vous satisfaire, mais le Christ vivant. Dans bien des pays, j'ai vu des hommes qui haïssaient Christ et qui ont été transformés quand ils ont appris à le connaître. Ils ont trouvé en Lui force et puissance.

Que le Seigneur nous aide, afin que notre vie devienne une vie de prière et afin que nous puissions Le connaître et L'aimer dans ce monde!