IX
DE LA TENTATION EN GÉNÉRAL
Il
serait trop long de parler de chaque espèce de tentation, car il faudrait
également parler des persécutions. Le démon a mille ruses pour nous prendre au
piège et dans ses combats il lance mille dards empoisonnés. Il nous tente par
la vie du monde, il nous tente par notre propre chair, par le plaisir, par la
peine, par nos ennemis, par nos amis ; il lui arrive même, à l'intérieur
d'une famille, de transformer en ennemis des êtres chers. Notre Sauveur a dit :
Inimici hominis domestici eius (Mt., 10, 36).
Pourtant,
dans toutes ces tentations, nous pouvons trouver une consolation merveilleuse,
c'est que plus forte est la tentation plus nous devons nous en réjouir.
Écoutons
saint Jacques : « Heureux celui qui supporte l'épreuve ! Sa
valeur une fois reconnue, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a
promise à ceux qui l'aiment » (Jc., 1, 12).
Dans
ce monde, il y a un perpétuel combat entre le peuple de Dieu et ces lutteurs
puissants et rusés que sont les démons, esprits orgueilleux et damnés. En
effet, ce n'est pas seulement contre notre chair que nous devons lutter mais
aussi contre le démon. Et saint Paul dit : « Car ce n'est pas contre
des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter mais contre les
Principautés, contre les Puissances, contre les régisseurs de ce monde de
ténèbres, contre les Esprits du Mal qui habitent les espaces célestes »
(Eph., 6, 12). Dieu a préparé des couronnes pour ceux qui luttent à ses côtés
et repoussent victorieusement l'ennemi – et celui qui ne lutte pas n'en
recevra pas. Comme le dit saint Bernard : comment lutter s'il ne se
présente aucun ennemi ? Saint Jacques a donc raison d'affirmer que nous
devons nous sentir joyeux de subir des tentations, car sauf si nous avons la
lâcheté d'y succomber, elles seront la cause même de notre éternelle félicité.