CHAPITRE XLI
La Pénitence
1. La pénitence extérieure (1) véritable consiste à s'abstenir des plaisirs permis, lorsque,
comme dit l'Écriture, on demande pardon pour les plaisirs défendus.
2. Ainsi, les pénitents et les convertis
qui s'enferment dans les cloîtres, s'abstiennent de viande, rejettent les
vêtements trop doux, observent des jeûnes, s'appliquent aux veilles, se
frappent à coups de discipline, gardent le silence, brisent leur volonté propre
et s'abstiennent de beaucoup de choses agréables qui leur seraient permises
s'ils n'avaient point commis de péchés. Cette pénitence, Notre-Seigneur l'a
prescrite, saint Jean-Baptiste aussi, par ces paroles : « Faites
pénitence, parce que le royaume des cieux est proche » (Matt., ch. 3, v.
2 ; ch. 4, v., 17).
3. La nécessité de la pénitence doit
nous exciter à la pratiquer vraiment, car, au dire de Notre-Seigneur, sans elle
il n'y a pas de salut : « Si vous ne faites pas pénitence, vous
périrez tous » (Luc, ch. 13, v. 5). « Aucune iniquité, petite
ou grande, ne peut être impunie » (S. Augustin) (2). Aussi Dieu a-t-il imposé à David une pénitence pour son péché,
parce qu'il avait fait le dénombrement de son peuple : il aurait à
supporter ou bien sept années de famine dans le pays, ou trois mois de vengeance
de la part de ses ennemis, ou encore trois jours de peste. Et David choisit
pour lui-même et pour son peuple la plaie commune de la mort (IIe
livre des Rois, ch. 24, v. 10-16). Cela veut dire que nécessairement tout
homme sera puni de ses péchés : en enfer que signifient les sept années de
famine, ou au purgatoire figuré par les trois mois de violence des ennemis, ou
par une peine temporelle que désigne la peste de trois jours. Il nous est donc
utile de choisir la pénitence la plus légère et qui passe rapidement.
4. Mesurer justement la peine à la
faute, c'est une preuve de la vraie pénitence. La gravité du châtiment et sa
quantité correspondront à la gravité de la faute ; l'amertume de la peine
sera proportionnée à la jouissance du péché, l'une doit durer autant que
l'autre, et les châtiments seront aussi nombreux que la multitude même des
péchés, conformément à cette parole de Jean-Baptiste : « Faites de
dignes fruits de pénitence » (Matt. ch. 3, v. 8). Les maladies du
corps n'ont-elles pas, chacune, leur remède ? Et aucun traitement n'est
tellement efficace, qu'il guérisse toutes les maladies ; de même chaque
espèce de péché a une pénitence spéciale. On ne corrige pas directement
l'orgueil par l'aumône, ni la rancune ou l'envie par la prière, ni l'avarice
par le jeûne, ni l'impureté par les veilles, etc. Mais, directement, c'est par
l'humilité qu'on se punit de son orgueil, c'est par d'abondantes aumônes qu'on
répare l'avarice, l'impureté s'expie par les cilices et les disciplines qui
châtient le cops, le jeûne satisfait pour la gourmandise, la prière pour les
bavardages, la charité et le pardon des injures réparent l'envie, et on
satisfait directement en rendant ce que l'on a pris ou ce que l'on possède
injustement, etc.
Si vous ne pouvez observer parfaitement
cet ordre dans la satisfaction pour vos péchés, alors Dieu accepte, par bonté,
n'importe quelle réparation. Vous est-il impossible de restituer des biens que
vous possédez injustement, dans ce cas le jeûne a valeur de satisfaction ;
vous ne pouvez pas jeûner, la prière est efficace ; la maladie vous
empêche de prier, il suffit à Dieu de votre bonne volonté (saint Jean
Chrysostome).
5. Le Pape Innocent II indique les
marques de la fausse pénitence : « Elle est fausse, la pénitence de
celui qui ne se retire pas d'un office ou d'une affaire (3) qu'il ne peut accomplir sans péché ; elle fausse encore,
si le pénitent porte de la haine dans son cœur, s'il ne rend pas satisfaction,
à tous ceux qu'il a offensés, ou s'il ne pardonne pas à celui qui l'offense, ou
s'il porte des armes injustement » (4). De
même, c'est une fausse pénitence, quand on se corrige d'un seul péché sans se
soucier des autres.
(1) L'auteur a parlé, au ch. 39, de la pénitence
intérieure ou contrition... À quel texte de l'Écriture fait-il allusion
ici ?
(2) Sur le Ps. 58. P. L. t. 36, col. 701.
(3) Il s'agit, d'après le 9e canon du second
Concile de Latran, tenu en 1139, d'affaires de commerce, et de fonction à
remplir devant le tribunal. Il est interdit aux moines et aux chanoines
réguliers d'étudier la jurisprudence et de plaider.
(4) Canon 22e du Concile de Latran. Denzinger, Enchiridion,
10e édit., 1908, n° 366.