Chapitre Quatrième

SECTION III:

 

        Encore la Croyance des Pères de l'Eglise en le ministère des Anges d'après les Documents fournis par la Bibliothèque portative des Pères de l'Eglise

 

        En 1787, un Directeur de Séminaire, à Paris, le P. J. Trincalet, publia un ouvrage fort intéressant: Bibliothèque portative des Pères de l'Eglise, étude en huit volumes, où l'on trouve de nombreux renseignements sur les Pères et notamment sur leur façon d'envisager le ministère des Anges; l'ouvrage fut revu et corrigé sur les documents originaux par M. Rondet. Nous pensons que cet aspect de la croyance en l'assistance des Anges, commune à tous les premiers chrétiens et codifiée par les Pères de l'Eglise est de nature à fournir un tableau instructif de l'angéologie des premiers siècles de l'ère chrétienne. Comme la plupart de ces opinions ont été formulées par des mystiques ayant eu une expérience directe de l'assistance des Anges, il va de soi que leur enseignement, en matière d'angéologie, est d'autant plus précieux et instructif.

 

        Tertullien, Docteur de l'Eglise (vers 160-240), parle de la «substance de Dieu et de celle des Anges, comme étant une chose subsistante. La subsistance de Dieu est Esprit; il en est de même du Verbe qui est Dieu de Dieu, Esprit d'Esprit. Quant aux Anges, bons ou mauvais, ils sont tous deux de «substance spirituelle».

 

        Origène (185-254) enseigne que les Anges sont incorporels, d'une nature plus excellente que l'humaine, et différente de celle des démons; qu'ils ont des noms conformes à leur emploi; que c'est par leur ministère que Dieu nous fournit les choses nécessaires à la vie; qu’ils président aux éléments, aux plantes, aux saisons; qu'ils connaissent tout, même nos pensées; qu'ils nous assistent dans nos devoirs de piété; qu'ils portent nos prières dans le ciel, les offrant à Dieu par Jésus-Christ; ils joignent leurs prières aux nôtres et nous communiquent les grâces dont il plaît à Dieu de nous favoriser.

 

        Saint Cyprien, Evêque et martyr (258), affirme avec force que les Anges ont le pouvoir de nous aider dans toutes nos actions et qu'ils intercèdent avec les Saints, pour nous, auprès de Dieu.

 

        Saint Athanase, Evêque d'Alexandrie (298/299-373), croit que les Anges sont véritablement dans le lieu où ils sont envoyés. Il insiste tout spécialement sur l'importance du signe de la croix qui met en fuite tous les Démons ou Anges déchus.

 

        Saint Hilaire, Évêque de Poitiers (vers 303-367), enseigne que les Anges ont été créés avant le Ciel et la Terre; que Dieu leur a assigné le premier Ciel pour lieu de leur demeure ; qu'ils sont spirituels et immortels de leur nature; qu'ils sont occupés dans le Ciel à méditer les Lois du Seigneur; qu'ils ne sont jamais oisifs, mais toujours employés aux fonctions de leur ministère, les uns à chanter les louanges de Dieu, les autres à assister continuellement devant son trône. Ce saint affirme encore que l'air est rempli d'Anges qui sont témoins de nos volontés et de nos actions; que, quoiqu'ils demeurent avec nous, ils ne laissent pas de se présenter tous les jours devant le Seigneur, ce qui doit nous faire craindre le témoignage qu'ils lui rendent de nous. Hilaire enseigne que les Anges, les Archanges, les Trônes, les Dominations, les Puissances, les Principautés sont non seulement différents en noms, mais aussi en ministères ; ils sont néanmoins tous immuables dans l'observation des Lois de Dieu, à cause de l'immutabilité de leur nature; de plus, les Anges veillent à la garde de l'Eglise; ils aident les fidèles en tous lieux, principalement contre les attaques des malins esprits, et, sans leur secours, nous succomberions dans ces combats. Hilaire fait ressortir surtout que les Anges président à nos prières et qu'ils portent à Dieu nos désirs. Elisée, l'Ecriture le rapporte, mérita par ses prières que son serviteur vit les Anges, car ce sont eux qui mènent les justes dans le repos éternel. Il ne faut jamais perdre de vue que nous avons besoin de l'intercession des Anges, auprès de Dieu, en notre faveur.

        Voici une sentence de saint Hilaire ayant trait au ministère des Anges:

        «C'est une vérité fondée sur l'autorité infaillible de l'Ecriture, que les Anges sont établis sur notre conduite, et qu'ils offrent tous les jours à Dieu les prières de ceux qui sont sauvés par Jésus-Christ.»

 

        Saint Cyrille, Evêque de Jérusalem (vers 315-386), enseigne: Les Anges jouissent de la vision intuitive de Dieu; leur nombre en est plus grand, à proportion que le Ciel est plus vaste que la terre; suivant le mérite et la perfection de leur ordre, ils sont placés dans différents lieux plus excellents les uns que les autres. Les Anges et les Archanges sont du dernier ordre et dans le plus bas ciel; les Chérubins dans le plus élevé. Les Anges sont présents au Baptême, et congratulent les baptisés en chantant: Bienheureux ceux à qui les péchés sont remis! Ils écrivent toutes nos bonnes actions, effacent de dessus leurs livres ceux qui, après en avoir fait de bonnes, en commettent de mauvaises.

 

        Saint Basile, Archevêque de Césarée (329-379).

        Il y en a qui mettent saint Basile au nombre des Pères grecs qui ont cru que les Anges avaient été créés avant le monde. Cependant saint Basile ne donne ce sentiment, qui d'ailleurs ne blesse point la foi, seulement comme vraisemblable et non comme certain. Ce qu'il témoigne croire de plus assuré touchant les Anges, est qu'en même temps que le Verbe de Dieu les créait, le Saint-Esprit les sanctifiait. Les Anges ne sont donc pas arrivés par degrés à la purification, comme s'ils eussent été créés dans une enfance spirituelle et n'eussent reçu le Saint-Esprit qu'après s'en être rendus dignes; mais, dès le moment de leur création, ils ont reçu la sainteté par infusion. Saint Basile cite divers endroits de l'Écriture pour montrer que les Anges président à des nations entières, et aux monarchies; d'autres ont l'inspection des Eglises; il y en a d'autres qui, comme les yeux de Dieu, veillent sur les actions des fidèles, et d'autres enfin, qui, comme Ses oreilles reçoivent leurs prières, qui écrivent les paroles vaines de ceux qui en disent dans le temple de Dieu, au lieu d'y chanter Sa Gloire. Ils font aussi le dénombrement de ceux qui jeûnent. Saint Basile avance comme une vérité incontestable et bien marquée dans l'Evangile que chaque fidèle a un Ange gardien, qui, comme un Précepteur et un Pasteur, règle sa conduite et ne le quitte point, qu'il ne le chasse, pour ainsi dire, par ses mauvaises actions. Voici une pensée de saint Basile.

        «L'Ange du Seigneur campe autour de ceux qui le craignent. Quiconque croit en Jésus-Christ, a un Ange qui l'assiste, s'il ne le chasse d'auprès de lui par quelque mauvaise action.»

 

        Saint Grégoire de Naziance, Archevêque de Constantinople (330-390/91).

        À l'égard des Anges, saint Grégoire de Naziance suit l'opinion des anciens Pères grecs, qui ont cru que les Anges avaient été créés avant le monde. Il compte dans un de ses discours, neuf ordres dans la hiérarchie céleste: les Anges, les Archanges, les Trônes, les Puissances, les Principautés, les Dominations, les Splendeurs, les Elévations, les Vertus intelligentes; et dans un autre de ses discours, il fait mention des Séraphins et des Chérubins. Les Anges nous aident dans tout ce que nous faisons de bien; ils sont à la garde de chaque ville, de chaque Eglise; ils honorent le sacerdoce dans ceux qui en font les fonctions sans reproche. Pour marquer la pureté des Anges, on avait coutume de les dépeindre avec des habits blancs sous une figure humaine.

        Saint Grégoire dit que c'est l'orgueil qui a fait perdre à Satan sa lumière et sa beauté. Les Démons, ces esprits envieux et révoltés, font tous leurs efforts, et ont une adresse particulière pour inspirer aux hommes un amour charnel, ravis d'avoir des compagnons de malheur. De plus les démons sont gourmands et imposteurs. La puissance et la force du nom de Jésus-Christ, lorsqu'on l'invoque, fait trembler les Démons.

 

Saint Grégoire, Evêque de Nysse (331-400/403).

         L'angéologie de ce Père de l'Eglise est la suivante: Les Anges ont été créés avant l'homme. Ils sont incorporels dans leur nature; leur nombre, comparé à celui des hommes, est presque infini. Saint Grégoire pense que cette leçon est marquée par la parabole des quatre-vingt-dix-neuf brebis que le Père de famille laisse sur les montagnes pour aller chercher la centième qui s'était égarée, car, par cette centième brebis, il faut entendre l'homme, et par l'homme, tout le genre humain; par l'égarement de cette brebis, la perte de tous les hommes fut causée par la perte d'un seul homme, c'est-à-dire d'Adam. Saint Grégoire de Nysse semble croire que les Anges se sont multipliés, et qu'à cet effet, ils n'ont eu aucun besoin du commerce des deux sexes, ajoutant que, si l'homme ne fût point déchu de l'état d'innocence, il se serait multiplié de même sans le secours de la génération; mais qu'ensuite de son péché, Dieu lui a donné un autre moyen de se multiplier, proportionné à la corruption de sa nature; moyen qui lui est commun avec les autres animaux, ce qui le rend en quelque sorte semblable à eux.

         Saint Grégoire fait remarquer que les différents ordres qu'il y a entre les Anges, ne marquent point de différence de nature, mais seulement de fonctions qui ne sont pas les mêmes. Quoique occupés principalement à louer Dieu, les Anges sont encore employés au service des hommes; à les défendre contre leurs ennemis invisibles, et à les introduire après leur mort dans un lieu de rafraîchissement et de repos. Saint Grégoire dit avoir appris d'une tradition secrète que Dieu, voyant l'homme tombé dans le péché, n'avait pas voulu l'abandonner, mais qu'il avait donné à chacun un bon Ange, pour l'aider à pratiquer la vertu; mais le Démon, voulant rendre ce secours inutile, envoya de son côté à chaque homme un mauvais Ange pour le faire tomber dans le péché; en sorte que l'homme se trouve sollicité tantôt au bien, tantôt au mal! Cette tradition secrète pouvait fort bien être fondée sur le livre du Pasteur (d'Hermas), et sur la lettre qui porte le nom de saint Barnabé. Les mauvais Anges, incorporels comme les bons, puisqu'ils ne sont point sujets aux besoins du corps, errent dans les airs. Déchus de la félicité éternelle et envieux du bonheur dont les hommes jouissent, ils ne cessent de leur nuire et de les engager au crime. Lucifer, chef des Anges rebelles, n'était pas un simple Ange, mais un Archange. Sa chute est une preuve que la créature n'est pas immuable de sa nature.

 

Saint Ambroise, Archevêque de Milan (vers 340-397).

         D'après ce saint, le nombre des Anges n'est pas connu, mais on ne peut douter qu'il ne soit grand puisqu'on lit dans Daniel qu'un million d'Anges servaient le Seigneur, et que mille millions assistaient devant lui. Les hommes, au jugement de saint Ambroise, ne sont que la centième partie des Anges, et c'est aussi le sentiment de saint Hilaire; ces deux mystiques interprètent la parabole du bon Pasteur en disant que les quatre-vingt-dix-neuf brebis, laissées dans les montagnes, sont les Anges qui jouissent de la gloire dans le Ciel; quant à la centième brebis égarée, c'est 1’homme qui est ramené dans la voie du salut par Jésus-Christ.

         Quoique la raison soit ce qui distingue les hommes des animaux, elle ne lui est pas particulière: les Anges en sont doués. Ils sont immortels, mais cette immortalité ne leur est pas naturelle, elle ne convient qu'à Dieu seul; et s'ils jouissent de l'immortalité, cela leur vient de la bonne volonté de leur Créateur. Autre est l'immortalité qui est donnée, autre est celle qui se soutient par elle-même, sans être sujette au changement. Saint Ambroise distingue donc 1’immortalité naturelle qui ne convient qu'à Dieu seul, d'avec l'immortalité gratuite dont les Anges sont participants par la volonté de leur Créateur. Ce mystique enseigne qu'il y a neuf ordres des Anges, que leur soin ne s'étend pas seulement sur les héritiers des promesses divines, mais encore sur les Eglises, car leur nombre est si grand qu'ils remplissent l'air, la terre, la mer, tous les espaces; ils se trouvent particulièrement dans les lieux saints Et notre mystique de s'écrier: «Plût à Dieu que dans le temps que nous brûlons de l'encens sur les Autels, et que nous offrons le Sacrifice, les Anges y parussent visiblement, car il ne faut pas douter qu'ils y assistent quand Jésus-Christ y est présent, quand il y est immolé! Ministres de la grâce de Dieu, les Anges sont aussi exécuteurs de sa justice; mais ils gémissent lorsqu'ils sont contraints de punir les hommes. À bien retenir cette affirmation de saint Ambroise: «II ne faut pas douter qu'il n'y ait toujours des Anges présents quand Jésus-Christ y est présent lui-même».

 

Saint Jérôme, Père latin (331-420).

         C'est le sentiment de saint Jérôme que les Anges ont existé avant la création du monde, et qu'ils sont immortels par la grâce de Dieu; Jérôme enseigne qu'ils sont invisibles de leur nature, que leur nombre est infiniment plus grand que celui des hommes, que le plus petit des Anges surpasse en dignité tous les hommes qui vivent sur la terre. Les hommes peuvent devenir semblables aux Anges, mais les Anges ne deviennent pas semblables aux hommes. II y a des Anges qui président aux quatre éléments, ainsi qu’à chaque nation. Les fidèles ont chacun un Ange gardien dès le moment de leur création. Ce qui signifie que les âmes sont d'une grande dignité puisque chacune a, du moment où elle est créée, un Ange délégué par Dieu pour la garder. Saint Jérôme était si persuadé de cette vérité, qu'en faisant l'éloge funèbre de sainte Paule, il prit à témoin Jésus-Christ, ses Saints et l'Ange même qui avait toujours accompagné et gardé cette femme admirable, qu'il ne lui donnait pas les louanges flatteuses et intéressées.

         Saint Jérôme regarde aussi comme une opinion constante parmi les Docteurs que l'air qui est entre le Ciel et la Terre est rempli de mauvais esprits. Il enseignait que «les Anges voient continuellement le visage du Père céleste». Comme les autres Docteurs, saint Jérôme attirait l'attention sur le fait que les âmes devaient être d'une grande dignité puisque Dieu avait délégué à chacune, dès sa naissance, un Ange pour la garder.

 

      Saint Jean Chrysostome, Archevêque de Constantinople (vers 347-407), enseignait: «Dieu, par un effet de sa seule bonté, avant de créer l'homme, créa les Anges, les Archanges, et toutes les autres Vertus célestes; et cela non par aucune nécessité, puisqu'il n'avait pas besoin de leurs services, étant donné que c'est le propre de la Divinité de n'avoir besoin de rien. La nature des Anges n'est pas de beaucoup supérieure à celle de l'homme; comme preuve de cette affirmation, saint Chrysostome s'en référait au témoignage du Psalmiste qui dit: «Qu'est-ce que l'homme pour mériter que vous vous souveniez de lui? Vous ne l'avez qu'un peu abaissé au-dessous des Anges.» Toutefois cette distinction, quelque petite qu'elle soit, fait que l'homme ne peut parvenir à une connaissance exacte de la nature des Anges. Incorporels et immortels sont aussi bien les Anges que le Diable lui-même. Avant l'Incarnation, les Anges n'étaient gardiens que des peuples et des Nations; mais depuis ils sont Gardiens de chaque Fidèle, selon que Jésus le marque dans l'Évangile.

         Les Anges sont présents et actifs pendant la messe. En effet, durant que le prêtre offre cet auguste mystère, les Anges sont autour de lui. C'est ce que saint Chrysostome dit avoir appris d'une personne, à qui un vieillard de grande vertu, favorisé par Dieu de plusieurs révélations et de visions merveilleuses, avait raconté que pendant le temps du Sacrifice, il avait eu le bonheur de voir, autant que les yeux mortels en sont capables, une multitude d'Anges, vêtus de robes blanches, environnant l'Autel, la tête baissée, en signe de respect et de révérence, comme font les soldats en présence de leur Roi.

         Saint Nil dit que saint Chrysostome, qu'il appelle «la Lumière de l'Eglise de Constantinople et même de l'Univers», voyait à toute heure des Anges dans l'Eglise, mais particulièrement dans le temps du Sacrifice non sanglant. Il ajoute que ce Père, plein d'admiration et de joie, faisait part à ses intimes amis, les plus spirituels, de ces visions d'Anges, et qu'il leur disait que lorsque l'on commençait l'Oblation sacrée, il voyait descendre du Ciel plusieurs de ces Esprits bienheureux, revêtus de robes très éclatantes et nu-pieds, qui environnaient l'Autel avec respect et silence, regardant la Table sacrée et le visage baissé. Saint Chrysostome ajoutait que lorsqu'on avait achevé la célébration des Mystères, et que les Evêques, les Prêtres et les Diacres distribuaient au peuple le Corps et le Sang précieux, les Anges les aidaient dans ces fonctions, et les soutenaient de peur qu'ils ne se lassassent.

 

Saint Augustin, Evêque d'Hippone (354-430).

         Saint Augustin ne veut pas décider si les Anges ont des corps ou si ce sont de purs esprits; mais il ne doute pas que dans la Cité céleste, les hommes que la grâce de Jésus-Christ aura tirés de la corruption du monde, ne soient mêlés parmi les Anges... et qu'ils chanteront tous les louanges de Dieu. Ce Docteur professe entre autres que «Dieu a associé les Martyrs aux Anges».

         Les Démons ne connaissent Jésus-Christ qu'autant qu'il lui a plu de se découvrir à eux par certains effets passagers de sa puissance, par contre les bons Anges ont une connaissance beaucoup plus certaine de toutes choses, parce qu'ils en contemplent les raisons éternelles dans le Verbe de Dieu; de là vient qu'ils ne se trompent jamais; au lieu que les Démons se trompent souvent, parce qu'ils ne connaissent les choses que par conjecture.

         Saint Augustin demande aux Platoniciens et à tous les autres Philosophes s'il n'est pas plus raisonnable d'adorer Celui que les Anges nous commandent d'adorer à l'exclusion de tout autre, que d'adorer ces Anges ou ces Dieux qui veulent qu'on les adore?

         Ce Docteur enseigne que la création a commencé par la diversité des Anges ayant précédé celle du monde visible. Les Anges ont tous été créés dans un état de justice, dont plusieurs déchurent par leur faute.

         Les inclinations opposées des bons et des méchants Anges ne viennent pas de leur nature, mais de leur volonté, car Dieu n'a rien fait que de bon. La différence n'est donc venue, que parce que les uns sont demeurés constamment attachés au bien commun à tous, qui est Dieu, sans s'éloigner de son éternité, de sa vérité et de sa charité; au lieu que les autres s'étant plu en leur propre excellence, se sont détachés du bien commun à tous pour s'attacher à leur bien particulier... Qu'on ne cherche donc pas d'autre cause de la félicité des bons Anges et de la misère des mauvais, que la volonté des uns et des autres. Les bons Anges n'ont donc jamais été sans la bonne volonté, c'est-à-dire, sans l'amour de Dieu.

        La différence que Dieu a mise entre l'Ange et l'homme consiste en ce que celui-là ne pouvait mourir, même en péchant, au lieu que l'homme devait avoir la mort pour peine de sa désobéissance; on peut dire néanmoins que l'âme de l'homme est immortelle.

 

Théodoret, Evêque de Cyr et Docteur de l'Eglise (vers 387-457 ou 458).

        Dans son ouvrage sur les Hérésies, Théodoret constate: Les Poètes et les Philosophes de la Grèce admettaient des Anges, mais ils en faisaient des Dieux. Nous disons qu'ils ont été créés non par deux comme les hommes, mais par milliers. La fonction des Esprits célestes est de chanter les louanges de Dieu, de servir la dispensation de ses Mystères; il en est à qui le soin des Nations et des Royaumes est confié et d'autres qui prennent soin de chaque homme en particulier, et qui le défendent contre la malice des démons. Le Diable et les Démons ne sont pas mauvais de leur nature, créés bons dès le commencement, et doués du libre arbitre, il était en leur pouvoir de faire le bien et le mal, mais ayant péché, ils sont déchus de la beauté de leur nature, tandis que les autres Anges l'ont conservée par leur fidélité à Dieu. Tous deux ont été créés incorporels; le péché des Démons est dans leur faste et leur orgueil.

        L'homme n'est pas l'ouvrage des Anges comme l'ont avancé certains hérétiques, il a été formé de la main de Dieu.

        Les Chrétiens reconnaissent, en plus de Dieu, certaines puissances invisibles: les Anges, les Archanges, les Principautés, les Puissances, les Dominations, les Chérubins et les Séraphins. Ils les reconnaissent parce que l'Écriture divine leur enseigne qu'il y a en effet certaines Puissances invisibles occupées à louer leur Créateur, et toujours prêtes à obéir à ses volontés, mais ils ne les appellent pas Dieux et ne leur rendent point de culte divin, ni d'adoration qui n'est due qu'à Dieu seul. Ces Puissances sont d'une nature qui ne tient rien de la matière et de ses infirmités.

        Les Anges rebelles ont été précipités du Ciel et ont fait leur demeure dans l'air et sur la terre, sans avoir un lieu stable et fixe, afin que par cette instabilité ils apprennent de combien de maux leur malice est la cause. Quels que soient les mouvements qu'ils se donnent pour nuire aux hommes, cela ne leur réussit pas toujours, à cause de l'empêchement que les Anges destinés à nous garder y apportent.

        Moïse ne dit rien des Anges dans l'Histoire de la Création, parce que les Juifs, dont la vertu n'était ni solide ni constante, n'auraient pas manqué d'en faire des Dieux, portés comme ils l'étaient à l'idolâtrie. Ces Esprits célestes ont été créés en même temps que le monde. Rien même n'empêche de dire que leur création a précédé celle du Ciel et de la Terre. Leur nombre se monte à plusieurs milliers; ils sont immortels et incorporels.

        C'est sans fondement que quelques anciens ont cru que par les Anges, il fallait entendre les enfants de Dieu, dont il est dit dans la Genèse qu'ils eurent commerce avec les Filles des hommes. Par Enfants de Dieu, l'Écriture entend les descendants de Seth, qui s'allièrent avec les Filles des hommes, c'est-à-dire, avec les Filles de la postérité de Caïn.

        Le ministère des Anges est de chanter les louanges de Dieu. Leur langage n'est point sensible, mais intellectuel. C'est une opération de leur esprit, par laquelle ils louent Dieu, et se communiquent réciproquement leurs pensées. Dieu se sert de leur ministère pour combler de bienfaits ceux qui en sont dignes et pour punir ceux qui méritent des châtiments. Il en a destiné quelques-uns pour présider aux nations, d'autres pour la garde de chaque homme, afin d'empêcher les Démons de leur nuire.

 

Grégoire-le-Grand, Pape (540-604).

        Pour ce Pontife, le nombre des Anges est infini; il y en a qui sont établis par Dieu pour le gouvernement des Nations et des Empires; ils n'agissent que selon la volonté divine et la souveraine équité.

        Les Anges dans leur création étaient de nature à pouvoir déchoir de leur état, ou y demeurer par leur libre arbitre; mais par l'attachement qu'ils ont eu pour leur Créateur, ils ont acquis l'avantage de n'être plus sujets aux changements. L'Ange est Esprit, tandis que l'homme est Esprit et chair.

        Les Démons, quoique incorporels, seront tourmentés par un feu corporel.

        Il y a neuf ordres d'Anges, appelés d'après l'Écriture: les Anges, les Archanges, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Dominations, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins.

        Selon saint Grégoire-le-Grand, le mot d'Ange signifie Envoyé ou Ambassadeur; les Archanges sont les premiers et les principaux Ambassadeurs; tous habitent dans la céleste Patrie; ils sont toujours des Esprits, mais ils ne sont appelés Anges que quand ils sont envoyés pour annoncer quelque chose, d'où vient que David dit: «Dieu qui des Esprits en fait des Anges».

        Le Diable, en voulant être semblable à Dieu en élévation, par un orgueil démesuré, a perdu la ressemblance qu'il avait avec Dieu; et se croyant suffisant à soi-même, il est tombé d'autant plus bas au-dessous de lui-même, qu'il avait voulu s'élever plus haut au mépris de son Créateur, de sorte que celui qu'une servitude toute volontaire pouvait élever, a été abattu par une liberté devenue captive.

 

        Saint Jean Damascène, Moine. Né avant la fin du septième siècle, mort vers 754.

        Tel fut l'enseignement de ce saint moine: L'Ange est une nature raisonnable, intelligente, libre, muable, incorporelle, immortelle, non par sa nature, mais par la grâce de Dieu. Les Anges tirent leur sainteté, non de leur nature, mais du Saint-Esprit. Ils prédisent l'avenir par la grâce de Dieu qui les éclaire. Une de leurs fonctions est de garder certaines parties du monde, de présider aux Nations et aux Pays, et de nous assister dans nos besoins. Il y a différents sentiments exprimés sur le temps de leur création. Ce Père déclare s'en tenir à ce que dit saint Grégoire de Naziance, à savoir qu'ils ont été créés avant le monde. Les Démons sont de même nature que les bons Anges; s'ils sont devenus mauvais, ce fut par leur propre choix. Ils n'ont de pouvoir sur personne, que Dieu ne le leur accorde. Quelquefois ils prédisent les choses futures, mais comme ce n'est que par conjecture, il arrive souvent qu'ils mentent. Quoiqu'il leur soit permis de tenter l'homme, ils ne peuvent faire violence à personne. Il est en notre pouvoir de consentir ou de résister à leurs suggestions. Le feu qui doit servir de supplice aux Démons ne sera pas matériel comme celui qui est parmi nous, mais tel que Dieu sait.

        Au chapitre neuf, section six du présent ouvrage nous résumons l'enseignement de Peterson sur la signification du Trisagion chanté par l'Église et par les Anges en présence du Seigneur; saint Jean Damascène fait également allusion au sens de ces louanges; il dit en effet: L'Hymne du Trisagion ne peut être divisé; les Séraphins en disant trois fois Saint, ne marquent ni le Père seul, ni le Fils seul, ni le Saint-Esprit seul, mais la Divinité existante en trois personnes. Et de fait, si le Trisagion se rapporte au Fils seul, les Séraphins se seraient contentés de dire une fois seulement, Saint, et une fois «Seigneur».

 

     Saint Bernard, Abbé de Clairvaux, Docteur de l'Eglise et considéré comme le dernier des saints Pères, né en 1090 ou 1091, mort en 1153.

        Voici l'angéologie de ce Docteur: L'homme doit considérer ou contempler les objets qui sont au-dessus de lui, c'est-à-dire les Anges et Dieu.

        Dieu, en effet, nous est supérieur par la nature, et les Anges par grâce seulement, puisque la raison nous est commune avec eux.

        Il y a trois moyens de parvenir à la connaissance de Dieu et des Anges: l'opinion, la foi et l'entendement. Il faut considérer les Esprits célestes et leurs hiérarchies et savoir que Dieu a donné à chaque homme un Ange pour le servir et le garder. Voici un précieux conseil de saint Bernard: «Marchez avec précaution puisque les Anges sont présents à toutes vos démarches, suivant l'ordre que Dieu leur a donné; en quelque lieu, en quelque coin que vous soyez, portez respect à votre Ange. Oseriez-vous faire en sa présence, ce que vous n'oseriez faire à mes yeux? Soyons dévots à l'égard de ces illustres Gardiens, soyons reconnaissants de leurs soins; aimons-les à notre tour; honorons-les...

        La charité éminente des Anges les fait descendre pour nous consoler, pour nous visiter, pour nous aider, pour l'amour de Dieu, pour l'amour de nous, pour l'amour d'eux-mêmes, afin d'imiter comme ils le doivent la miséricorde de Dieu envers nous; pour l'amour de nous, parce qu'ils ont pitié de notre âme, qui est semblable à eux; pour l'amour d'eux-mêmes, parce qu'ils attendent avec des désirs très ardents que nous remplissions ce qui manque à leur nombre.

        Demandons aux Anges leur protection et la piété à Dieu.

        Jésus-Christ étant venu à nous par la Sainte Vierge, nous devons aller à Lui par Elle; on ne l'invoque jamais en vain. Elle est notre avocate, notre Médiatrice, la Mère de la Vie et du Salut; Elle est élevée au-dessus des chœurs des Anges; Elle est la Reine du Ciel...

        Il est de croyance que Dieu a donné à chaque homme un Ange pour le servir et le garder. Ces saints Anges prennent soin de nous, non seulement pendant cette vie, mais après pour nous transporter dans le Ciel... Là notre âme y jouit de la compagnie des Anges, et d'une grande Lumière, c'est de voir l'humanité de Jésus-Christ.

        Quant à la chute des Anges, saint Bernard enseignera:

        L'orgueil est le commencement de tout péché. C'est lui qui du premier des Anges en a fait un Démon; et qui a fait tomber l'homme pour avoir conçu le dessein de devenir semblable à Dieu. S'il n'y a point de rédemption pour les Anges, c'est qu'ils sont tombés par leur propre malice, au lieu que l'homme, ayant été supplanté par la malice du Démon, peut être racheté par la charité d'autrui; c'est pour le racheter que Jésus-Christ s'est fait homme. Tâchons d'aller à Jésus-Christ par Marie!

 

Que notre humilité obtienne le pardon de notre orgueil!

 

        L'homme doit être constamment sur ses gardes, saint Bernard le lui répétera avec énergie:

        II n'y a point de sûreté, mes frères, ni dans le Ciel, ni dans le Paradis, ni dans le Monde; dans le Ciel, l'Ange tomba en présence de la Divinité; dans le Paradis, Adam pécha et fut chassé de ce lieu de délices; dans le Monde, Judas apostasia de l'Ecole même du Sauveur. Ce n'est pas lieu qui sanctifie les hommes. Ce sont les hommes qui sanctifient le lieu. Aussi:

 

VEILLEZ et PRIEZ!

 

        Par cette revue des différentes notions des principaux pères de l'Eglise en matière d'angéologie, on acquiert la conviction que tous ont cru à l'existence des anges et des Démons; si l'on remarque quelques différences dans certains détails, on ne peut manquer d'être frappé par  l'unanimité de leur certitude en l'assistance des Anges dans le Cosmos et dans la vie humaine.