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LES TROIS BINAIRES
Cette unité finale du travail universel ne s'obtiendrait
point par une action directe du genre de celle que, dans un autre plan, préconisent
les nihilistes. Chaque but ne peut être atteint que par des méthodes
analogues à sa nature. L'harmonie, qui est au sommet et au centre du monde,
n'est accessible que par les forces qui brillent au centre et au sommet de nous-
mêmes. C'est pourquoi Jésus répond aux Hérodiens : «
Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui
appartient à Dieu ».
Imitons la Nature qui classe scrupuleusement toutes
ses productions d'après leur source. Rendre au pouvoir temporel, au pouvoir
civil ce qu'il nous donne comme commodités de l'existence, par le paiement des
impôts, le service militaire, les fonctions publiques; rendre au spirituel ce
qui nous vient de lui, soit tout ce qu'il y a en nous de divin, de permanent et d'essentiel,
telle est la règle.
Francis André, l'auteur d'une étude sur
Jeanne d'Arc et les Sociétés secrètes de son temps, assure que cette
réponse de Jésus, ainsi que les passages de Matthieu XXV, 14, de
Marc X, 23, des Actes VI, se réfèrent à l'organisation économique
de la société chrétienne primitive, organisation renouvelée de
Moïse, de Numa et de Platon; les membres de la communauté vendaient leurs
biens pour les transformer en monnaie à leur usage exclusif, de façon à
constituer un trésor officiel et non utilisable par les autres communautés.
La médaille connue de Boyer d'Agen serait une de ces tessères; et Mammon
devrait être alors compris comme le symbole de l'usure.
Mais revenons à notre commentaire de morale.
Après la question relative à la pièce de monnaie, en vient une autre
à propos de la femme aux sept maris. Pour comprendre les sous-entendus
de la réponse du Christ, il faut distinguer la réintégration de la
résurrection. Jésus affirme que l'on vit, mais Il ne spécifie
pas, parce que cela n'est point nécessaire, si l'on revit ou ressuscite sur
cette terre ou ailleurs. Les morts vivent et, pour les croyants, cette affirmation
suffit à rendre superflues les pratiques et les recherches du spiritisme.
A proprement parler, les résurrections sont multiples.
Chaque individu, à son retour sur terre, retrouve le type de son corps dans
l'état exact où ses travaux précédents l'avaient amené.
On reste donc dans le même sexe, sauf pour des cas assez rares de progrès
ou de regrès extraordinaires.
Maintenant imaginons ce même individu vers la fin
de son voyage cosmique, quand il a épuisé la série de ses existences
terrestres ou extra-terrestres. Il a expérimenté toutes les situations
que son destin comportait : il est arrivé au zénith de son perfectionnement.
Dès lors, le sexe, l'intelligence, les facultés physiques et psychiques,
tous les accidents subis par ses personnalités successives disparaissent.
Il est prêt à rentrer dans le Royaume de Dieu, dès qu'il aura reçu
la suprême purification du baptême de l'Esprit. Le nombre des créatures
est fini : leur travail terminé, elles se reposent dans le Seigneur. Les
diverses épreuves de l'existence dépendantes du sexe ne sont que des écoles,
comme toutes les autres conditions de la vie relative. Dès que la connaissance
de la vie matérielle à tous ses degrés est acquise commence la vie
de l'Esprit, où il n'y a plus ni luttes, ni contraires, ni pôles.
Le sexe devient alors inutile; et, quoi qu'en dise Platon, les âmes, les foyers
divins qui sont au centre de chacun des hommes n'ont pas de sexe.
Ainsi le Sauveur établit, aussi bien dans l'ontologique
que dans le sociologique. la division des deux domaines : l'éternel et
le temporel; et Il montre, en répondant à une troisième question,
comment le disciple doit résoudre ce binaire, par l'unification de la volonté,
de l'intelligence et de la force, toutes trois concourant à l'accomplissement
des ordres du Ciel.
Il faut dire que nous ne pouvons pas exécuter le
premier des commandements; nous pouvons faire les actes de l'amour de Dieu, en méditer
systématiquement les beautés, par des efforts volontaires multiples, mais
ceux-là seuls peuvent L'aimer de coeur qui en ont le pouvoir d'âme; et
aucun homme ne peut aimer Dieu de toute son âme, puisqu'aucun homme ne connaît
son âme. C'est alors qu'intervient le second commandement qui nous propose
l'amour du prochain comme école de l'amour de Dieu. Le prochain est sensible,
tangible; nous le connaissons, nous pouvons imaginer par analogie ses souffrances;
dès lors naît d'abord la compassion par la pensée de nos propres souffrances,
si le même malheur nous survenait; puis la compassion non égoïste,
spontanée. Et ce sont les efforts accomplis, les cellules dépensées
dans l'amour du prochain qui, s'amoncelant peu à peu sur le sol de notre esprit,
forment l'humus d'où la graine de l'amour de Dieu tirera son aliment et grandira
plus tard.
L'amour du prochain est d'ailleurs, sinon impossible, du
moins extrêmement difficile : mais, si nous arrivons, à force
de volonté, à en faire les actes, quelque antipathique
que ce prochain nous semble, l'amour viendra ensuite, et le Ciel Se montrera satisfait
de notre courage.
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