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LE RITE DE L'UNION Jean est le seul qui parle
du lavement des pieds. Il en fait précéder le récit de cette
phrase, qui indique les raisons profondes de cette cérémonie;" Jésus,
sachant que le Père lui avait remis toutes choses entre les mains, qu'il venait
de Dieu, qu'il s'en allait à Dieu". En effet, le Messie est le Seigneur
des créatures et de la création; Il peut tout ce qu'Il veut. Comme
Il allait bientôt quitter cette terre, il Lui fallait laisser des souvenirs,
des témoins et des continuateurs de Son oeuvre. Mais les apôtres
n'auraient pas été capables de remplir cette tâche, s'ils n'avaient
été complètement débarrassés des paresses et des craintes
inhérentes à la matière instinctive, dont la localisation physiologique
est aux pieds. En outre, Il leur apprenait ainsi, en tant qu'homme,
combien le supérieur doit être le serviteur de l'inférieur.
Il souligne cette humiliation volontaire en Se dévêtant et, selon le sens
interne, Se montre tel qu'Il est, pour marquer la condition de la béatitude
suprême qui est d'avoir servi ses frères, même les subalternes, et
cela dans tous les modes. Imaginez cette scène simple, entre les murs blanchis
à la chaux de quelque salle fraîche et obscure, tandis que le flamboyant
soleil éclate au dehors sur le ciel d'outremer et les habits bariolés des
indigènes. Jésus est au centre de la longue table, à la place
d'honneur; Son hôte est à la seconde place, à droite; Jean, à
gauche, du côté du coeur; ensuite Pierre, le sacerdote, s'adresse au mystique
pour savoir quelque chose, et c'est Judas le trésorier, qui va devenir le criminel.
Toute l'histoire ultérieure de l'Église future est ici, et les contemplatifs
n'ont jamais manqué à le dire, Ce rite se retrouve d'ailleurs, non seulement chez Melkisédek, grand prêtre selon l'ordre social, mais, si l'on remonte assez haut le cours des siècles, dans les anciens sanctuaires thébains et hindous. Le froment et la vigne, pour répandues qu'elles soient, sont deux plantes mystérieuses, à l'être desquels le Père conféra quelque chose de spécial, lorsqu'elles apparurent ici-bas. Leur tige, leur structure, leur geste, si j'ose dire, la forme de leurs feuilles et de leur fruit portent pour qui sait lire, la trace de leurs vertus spirituelles. Et l'on voit ici un nouvel exemple de la façon d'agir du Ciel; Il multiplie à foison les créatures qu'Il a particulièrement bénies, tandis que la Nature n'arrive qu'avec peine à parfaire une minime élite de ses productions. Les paysans ont bien raison de respecter le vin et
le pain. Ne gaspillez pas surtout ce dernier, le plus nécessaire à
la vie; si vous en trouvez un morceau dans la rue, ramassez-le et rangez-le, de façon
qu'on puisse encore l'utiliser; il a été Avant d'avoir réalisé le terre à terre,
je veux dire avant d'être parvenus à inviter à notre table nos pires
ennemis, sachez bien, comprenez qu'il est inutile de rechercher ces arcanes.
Ce que vous trouveriez serait imaginaire. D'ailleurs Jésus ne manque pas
de nous le dire à Sa façon prudente; Il ne défend pas la recherche
de la science; Il Se contente de répéter l'unique commandement;" Que
vous vous aimiez les uns les autres", en d'autres termes, que nous fassions
pour nos frères ce qu'Il a fait pour nous tous. D'abord, Jésus voulait souffrir seul, parce qu'Il
prit toujours l'alternative la plus difficile; Il devait connaître, en même
temps que les pires douleurs physiques et que l'indicible découragement des
trahisons futures prévues, le coup de poignard des abandons immédiats.
Jamais on ne se convaincra suffisamment que le Messie assuma tous les types possibles
de la souffrance; non point par ascétisme, mais comme conséquence obligée
des travaux qu'Il entreprit. Et puis, ne fallait-il pas que toutes les lâchetés
à venir des générations succédantes reçoivent, par avance,
une excuse mystique ? Si des hommes comme les apôtres, après tant
de faveurs, ont été pusillanimes, les anges du jugement prochain ne pourront
pas tenir trop stricte rigueur à tous les milliers de faibles, de tièdes,
d'indolents qui, depuis vingt siècles, trahissent à leur tour la cause
du Ciel. |