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LES RAMEAUX
Les écrivains religieux ont dit les choses les plus
touchantes sur ce triomphe de Jésus, si proche de Sa Passion, sur Son humble
monture, sur les palmes de joie et sur l'enthousiasme populaire. Mais ils ont
trop peu insisté sur la raison réelle de cette manifestation.
Tout, dans la Nature, va par couples, par oppositions
ou par concordances. Et, en particulier, dans ce grand poème de la bonne
Nouvelle, la marche de l'action est double; d'un côté descend le cortège
du Ciel, avec le Précurseur en tête puis le Messie au milieu de Sa double
suite de disciples élus et d'anges serviteurs, enfin l'armée des hommes
et les cohortes des esprits de la Nature. De l'autre côté monte le
cortège de la terre, ou les prêtres entourent Hérode, où les
saducéens et les pharisiens se pressent, guidés par les agents invisibles
de Mammon, de Moloch et de Satan, où suivent les masses profondes du polythéisme,
enchaînées par les rites aux simulacres des génies et des dieux du
spiritus mundi. Et les deux cortèges se rencontrent au sommet du Moria,
au lieu du premier Crâne, au pied de l'arbre universel de la Croix.
Depuis quatre mille ans, depuis les Nephilim et les Ghibborim
du Sepher, les chefs triomphaient du haut des chars et des terrasses monumentales;
depuis quatre mille ans, les peuples les acclamaient sous les verges et sous les
chaînes; depuis quatre mille ans, les rois se présentaient au nom du faux
seigneur, bénis tout haut et tout bas maudits; et ces jours de triomphe n'étaient
des jours de joie que dans les bas lieux des cités et des coeurs.
Il fallait donc qu'à un moment donné les acclamations
aillent au Roi des rois, que les enthousiasmes soient sincères, que les bénédictions
s'envolent vers un objet parfaitement digne de la noblesse originelle du coeur humain.
Il fallait que
Jésus, après avoir subi toutes les variétés
de l'humiliation et de la gêne, montre aussi comment se comporter dans le triomphe,
comment l'attendre au lieu de le chercher, comment l'accepter et enfin lui donner
une conclusion.
L'enthousiasme du peuple de Jérusalem est spontané;
Jésus sait qu'il Lui est dû et Il explique comment la Nature ni l'homme
ne sont entièrement pervertis, puisque ces acclamations partent d'elles-mêmes,
et puisque," si ces disciples s'étaient tus, les pierres mêmes auraient
crié". Il couronne enfin cette manifestation par les pleurs prophétiques
qu'Il verse sur l'avenir néfaste de la ville obstinée qui ne veut ni Le
connaître, ni Le reconnaître, par l'expulsion des marchands du Temple,
profanateurs et larrons, et, au lendemain de ce jour, par la malédiction du
figuier stérile.
Considérant ces faits, il ne sera pas difficile
d'en extraire les notions de cosmologie, d'alchimie et de haute psychologie qu'ils
voilent si légèrement; je vous laisserai donc ce soin, pour ne pas ralentir
ma narration. Mais l'étrangeté du dernier de ces événements,
qui paraît en désaccord si absolu avec le caractère de mansuétude
du Sauveur, demande tout d'abord un mot d'explication.
Je ne m'occuperai que du fait matériel; un arbre
maudit parce qu'il ne portait pas de fruits hors de la saison.
L'arbre, comme toute créature, possède une
part d'intelligence et de liberté; Jésus est le maître de la Nature.
Voilà les deux axiomes a priori qu'admettent les témoins du miracle.
Nous les admettrons aussi, vous et moi, puisque, sans cela, il n'y aurait plus aucune
raison pour que, moi, je vous parle, et vous, que vous m'écoutiez.
Autant qu'il est possible de saisir les motifs du Sauveur,
Il maudit ce figuier pour trois raisons, sans être d'ailleurs en colère,
pas plus que, tout à l'heure, lorsqu'Il chassa les vendeurs du Temple.
Le figuier aurait dû ne pas résister à la demande
de Jésus, et Lui présenter des fruits; un homme qui refuse d'obéir
à un ordre exprès du Ciel, qui n'essaie pas, tout au moins, d'y satisfaire,
endosse la même responsabilité que cet arbre, et risque, si la miséricorde
ne s'en mêle, le même sort. Rien ne subsiste que par les vibrations
de la parole de Dieu. Si quelque être Lui résiste, c'en est fait;
il subit le même destin que le corps non conducteur, qui résiste au passage
du courant, et que celui-ci volatilise, s'il est assez intense.
Voici un aperçu du second motif. Les distributions
climatériques changent à la surface du globe, comme toutes les
autres manifestations de la vie terrestre, depuis la chaleur
jusqu'à la civilisation. Aujourd'hui la Palestine est un vrai désert,
si on la compare au verger luxuriant qu'elle était, il y a vingt siècles.
Or, tout phénomène général commence par un phénomène
isolé. La mort du figuier de Béthanie fut le commencement de cette
stérilisation; le sol qui s'est montré inhospitalier à la vie divine,
la vie naturelle se retire de lui.
Enfin, le Christ en proférant cette obsécration,
a fait envers les hommes futurs, oeuvre de mansuétude. En effet abattre
un arbre, c'est tuer un être. Ce mal est inévitable et nécessaire
sans doute, quand l'acte n'est pas un caprice; l'obligation où nous sommes de
le commettre fait partie des paiements de notre comptabilité spirituelle où,
souvent, nous éteignons une dette en en contractant une nouvelle pour gagner
du temps. Ce mal sera aussi plus ou moins grand selon que l'usage que nous
ferons de cet arbre sera plus ou moins égoïste. En supprimant, Lui
aussi, une existence végétale, Jésus a diminué pour nous autres
notre responsabilité en pareil cas; Il a donné un prétexte à
la miséricorde; les comptables de la Nature seront un peu moins sévères
pour les délinquants, si leur Maître à tous s'est rendu coupable du
même délit.
Quant à la purification du Temple, si nous élargissons
jusqu'aux limites de la création le cadre de cet épisode, nous sommes conduits
à grandir les idées de temple et de vendeurs. L'univers est le temple
de Dieu; toutes les parties de l'univers même les entités collectives,
morales et intellectuelles, sont aussi des temples. Tant que les dieux, les
forces de la Nature, les lois mathématiques et justes y règnent, on y fait
du commerce; les êtres échangent entre eux des choses de la moindre valeur
possible contre des choses de la plus grande valeur possible.
Si le Verbe entre dans l'un de ces temples, dans le lieu
central où brûle la flamme essentielle du moi, Son geste logique est d'en
chasser les vendeurs. Dieu ne fait jamais d'échanges, mais seulement des
dons. Qu'il s'agisse d'un soleil d'une science, d'une race, ou d'une maladie,
le contrat que le Père semble faire est toujours un marché de dupes.
La loi du monde est la justice; la loi de l'enfer est la violence avec le mensonge;
la loi du Ciel est la bonté.
Quand le règne de Dieu s'établira sur terre,
il n'y aura plus de commerce, même pour les nécessités matérielles.
Le véritable communisme règnera.
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