CHAPITRE IV

L'ALCHIMIE PSYCHIQUE


Il y avait parmi les pharisiens un homme, appelé Nicodème, qui était l'un des chefs des Juifs. Cet homme vint, de nuit, trouver Jésus et lui dit : " Maître, nous savons que tu es un docteur venu de la part de Dieu, car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n'est pas avec lui ". Jésus prit la parole et lui dit : " En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ". Nicodème lui dit : " Comment un homme peut-il naître, quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître une seconde fois ? " Jésus répondit : " En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit. Ne t'étonne point de ce que je t'ai dit : Il faut que vous naissiez de nouveau. Le vent souffle où il veut et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est de même de tout homme qui est né de l'Esprit ".

Nicodème reprit : " Comment ces choses peuvent-elles se faire ? " Jésus lui répondit : " Tu es le docteur d'Israël et tu ne sais pas ces choses ! En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous attestons ce que nous avons vu; et vous ne recevez point notre témoignage. Si vous ne croyez pas quand je vous parle des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes ? Personne n'est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel. Et, comme Moïse éleva le serpent dans le désert, de même il faut que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle.

 " En effet, Dieu n'a point envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n'est point jugé; celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Or, voici quel est ce jugement : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal hait la Lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient réprouvées. Mais celui qui pratique la vérité vient à la lumière, afin que ses oeuvres soient manifestées, parce que c'est en Dieu qu'elles sont faites ".

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Étant allé aux environs de Césarée de Philippe, Jésus interrogea ses disciples : " Que dit-on qu'est le Fils de l'homme ? " Ils répondirent : " Les uns disent : c'est Jean-Baptiste; les autres : c'est Elie; d'autres : c'est Jéremie, ou : c'est l'un des prophètes ". Il continua : " Et vous, qui dites, vous que je suis ? " Simon Pierre répondit : " Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ".

Jésus alors lui adressa ces paroles : " Heureux es-tu, Simon, fils de Jona, parce que ce n'est ni la chair ni le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. Eh bien, moi, je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon église, et les portes de la Demeure-des-morts ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux ". En même temps, il recommanda à ses disciples de ne dire à personne qu'il était, lui, le Christ.

A partir de ce moment, Jésus-Christ commença à expliquer à ses disciples qu'il lui fallait : - aller à Jérusalem; - beaucoup souffrir de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes; - être mis à mort; - ressusciter le troisième jour. Le tirant alors à l'écart, Pierre se mit à le reprendre : " Que Dieu ait pitié de toi, Seigneur ! non, il ne t'arrivera rien de tout cela ". Mais lui, se retournant vers Pierre, lui dit : " Va-t-en ! Arrière de moi ! Satan ! tu m'es un scandale, parce que tes pensées ne sont pas de Dieu, mais des hommes ".

Jésus dit alors à ses disciples : " Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. Celui qui voudra sauver sa vie, la perdra; et trouvera la vie, celui qui l'aura perdue à cause de moi. A quoi servirait-il à un homme de gagner le monde entier, s'il perd sa vie ? Qu'est-ce qu'il donnerait en échange de sa vie ? Le Fils de l'homme va venir dans la gloire de son Père et accompagné de ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses oeuvres. En vérité, je vous le dis, quelques-uns sont ici présents, qui ne goûteront point la mort, avant d'avoir vu le Fils de l'homme venant en son règne ".

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Six jours après, emmenant avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, Jésus les conduisit sur une haute montagne, à l'écart. Et alors, devant eux, il fut transfiguré : sa face resplendit comme le soleil; ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voilà que leur apparurent Moïse et Elie, s'entretenant avec lui de sa mort, qu'il devait accomplir à Jérusalem. Pierre, alors, s'adressant à Jésus, lui dit : " Seigneur, qu'il nous est bon d'être ici ! Si tu veux, je dresserais trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie... ". Comme il parlait encore, survint une nuée lumineuse qui les enveloppa, et de cette nuée sortit une voix disant : " Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé en qui je prends plaisir. Ecoutez-le ". Quand les disciples entendirent cette voix, ils tombèrent sur leur face, frappés de terreur. Mais Jésus s'approcha et, les touchant, leur dit : " Levez-vous et soyez sans crainte ". Levant alors les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul.

Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur fit cette recommandation : " Ne parlez à personne de cette vision, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts ". Les disciples lui demandèrent : " Pourquoi les scribes disent-ils : Il faut, avant tout, qu'Elie vienne ! " Il leur répondit : " Oui, Elie doit venir et rétablir toutes choses. Eh bien, je vous le déclare, Elie est déjà venu, et ils ne l'ont pas reconnu; ils ont au contraire fait de lui tout ce qu'ils ont voulu. De même le Fils de l'homme va souffrir par leurs mains ". Les disciples comprirent alors que c'était de Jean-Baptiste qu'il leur parlait.

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Lorsqu'ils eurent rejoint la multitude, un homme s'avança vers lui et, se jetant à genoux, lui dit : " Seigneur, aie pitié de mon fils; il est lunatique, et ses souffrances sont grandes, car il lui arrive souvent de tomber dans le feu, souvent aussi dans l'eau. Je l'ai amené à tes disciples, et ils ont été impuissants à le guérir ". Jésus répondit : " O génération incrédule et perverse, jusqu'à quand serai-je avec vous, jusqu'à quand vous supporterai-je ? Amenez-moi l'enfant ici ". Aussitôt que l'enfant vit Jésus, l'esprit l'agita avec violence. Et Jésus demanda au père : " Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive ? " -- " Depuis son enfance ", répondit-il; et il ajouta : " Si tu peux quelque chose, viens à notre secours, aie pitié de nous ". Jésus lui dit : " Tout est possible en faveur de celui qui croit ". Alors le père de l'enfant s'écria : " Je crois, viens au secours de mon incrédulité ". Et Jésus fit des menaces au démon qui sortit de l'enfant.


Les disciples, s'approchant alors de Jésus, lui dirent en particulier : " Pourquoi, nous, avons-nous été impuissants à chasser ce démon ? ".Il répondit : " A cause de votre peu de foi, car, je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi gros comme un grain de moutarde, vous diriez a cette montagne : Transporte-toi d'ici là, et elle s'y transporterait; rien ne vous serait impossible. Cette sorte de démon ne peut se chasser que par la prière et par le jeûne ".

*

Quand ils arrivèrent à Capharnaüm, ceux qui recevaient les didrachmes (impôt annuel d'environ deux francs pour les frais du Temple) s'adressèrent à Pierre et lui dirent : " Est-ce que votre Maître ne paie pas les didrachmes ? " -- " Il les paie ", répondit-il. Et, quand il entra dans la maison, Jésus le prévint en lui disant : " Quel est ton avis, Simon ? de qui les rois de la terre perçoivent-ils l'impôt ou le cens ? de leur fils ou des étrangers ? " Pierre répondit : " Des étrangers ". -- " Donc, reprit Jésus, les fils sont libres; cependant, pour ne pas les scandaliser, va à la mer et jette l'hameçon. Le premier poisson qui se prendra, tire-le de l'eau, ouvre-lui la bouche, tu y trouveras un statère (ou sicle d'argent, équivalent à quatre drachmes ou deux didrachmes, environ 3 fr. 50), prends-le et donne-le leur pour moi et pour toi ".

*

Après cela vint une fête des Juifs, et Jésus monta à Jérusalem. Or, il s'y trouve, près de la Porte-des-Brebis, une piscine (le mot hébreu est Béthesda); elle a cinq portiques, sous lesquels étaient étendus une multitude de malades : aveugles, estropiés, perclus. Il y avait là un homme dont la maladie remontait à trente-huit ans. Le voyant couché, et sachant qu'il était là depuis longtemps, Jésus lui dit : " Veux-tu être guéri ? " Le malade lui répondit : " Seigneur, je n'ai personne pour me jeter dans la piscine, lorsque l'eau vient à bouillonner. Pendant que j'y vais, un autre y descend avant moi ". Jésus lui dit : " Lève-toi, prends ton grabat et marche ". Cet homme fut immédiatement guéri; il prit son grabat; il marchait. Or, ceci se passait en un jour de sabbat. Alors les Juifs s'adressèrent à l'homme guéri : " C'est le jour de sabbat; il ne t'est pas permis d'emporter ce grabat ". Il leur répliqua : " Celui-là même qui m'a guéri m'a dit : Prends ton grabat et marche ". Ils lui demandèrent : " Quel est cet homme qui t'a dit de le prendre et de marcher ? ". Mais l'homme guéri ne savait pas qui c'était; Jésus d'ailleurs s'était retiré, parce qu'il y avait foule en ce lieu. Quelque temps après, Jésus rencontra cet homme dans le Temple et lui dit : " Te voilà guéri, ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire ". Cet homme s'en alla dire aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri. Et c'est parce que Jésus agissait de la sorte, le jour du sabbat, c'est pour cela même que les Juifs le poursuivaient. Mais lui, il leur dit : " Mon Père jusqu'à présent agit, et moi aussi j'agis ". Là-dessus les Juifs cherchaient d'autant plus à le faire mourir; non seulement parce qu'il annulait le sabbat, mais parce qu'en outre il disait que Dieu était son propre Père, se faisant l'égal de Dieu.

Jésus alors leur adressa ces paroles : " En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même; il ne fait que ce qu'il voit faire au Père. En effet, tout ce que le Père fait, le Fils le fait également; car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait; et il lui montrera des oeuvres plus grandes que celles-ci, pour que vous soyez remplis d'admiration. De même, en effet, que le Père ressuscite les morts et vivifie, de même le Fils vivifie qui il veut. Car le Père ne juge qui que ce soit; mais il a remis au Fils tout le jugement, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n'honore pas le Fils n'honore pas le Père qui l'a envoyé.

 " En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m'a envoyé, possède la vie éternelle, et ne comparait point en jugement : de la mort, il est passe à la vie. En vérité, en vérité, je vous le dis, il vient une heure, et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l'auront entendue vivront. Car, comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même, et il lui a donné la puissance d'exercer un jugement, parce qu'il est le Fils de l'homme. Ne vous étonnez pas de cela; car il vient une heure où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix et en sortiront; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour vivre, et ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour être jugés. Je ne puis, moi, rien faire de moi-même; comme j'entends, je juge et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé.

 " Si c'est moi qui me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n'est pas véridique. Il en est un autre qui me rend témoignage, et le témoignage qu'il me rend est, je le sais, véridique. Vous vous êtes adressés à Jean, et il a rendu témoignage à la vérité. Quant à moi, ce n'est pas le témoignage qui vient d'un homme que j'accepte, mais j'en parle afin que vous soyez sauvés. Il était, lui, le flambeau qui brûle et qui brille, et, à sa clarté, vous vous êtes plus un moment à vous réjouir. Quant à moi, j'ai un témoignage qui est plus grand que celui de Jean; car j'ai les oeuvres que le Père m'a donné d'accomplir : ce sont ces oeuvres mêmes, celles que je fais, qui rendent témoignage de moi et attestent que le Père m'a envoyé. De plus, le Père qui m'a envoyé a, lui aussi, rendu témoignage de moi. Vous n'avez jamais ni écouté sa voix, ni contemplé sa face; et sa parole, vous ne l'avez pas demeurant en vous, puisque vous ne croyez pas à celui qu'il a envoyé. Vous sondez les Écritures, parce que vous pensez y trouver la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage. Et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie !

 " La gloire qui vient des hommes, je ne l'accepte pas; mais je vous connais pour n'avoir pas l'amour de Dieu en vous : moi, qui suis venu au nom de mon Père, vous ne me recevez pas ! Qu'un autre se présente en son propre nom, et vous le recevrez ! Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres et ne recherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul ? Ne pensez pas que, devant le Père, ce soit moi qui vous accuserai. Votre accusateur, c'est Moïse, en qui vous mettez votre espoir. Car, si vous croyiez à Moïse, vous croiriez à moi-même; en effet, c'est de moi que parlent ses écrits; mais, si vous ne croyez pas à ce qu'il a écrit, comment croirez-vous à mes paroles ? ".



(JEAN ch. 3, v. 1 à 21. - MATTHIEU ch. 16, v. 13 à 20; MARC ch. 8, v. 27 à 30; Luc ch. 9, v. 18 à 21. - MATTHIEU ch. 16, v. 21 à 28; MARC ch. 8, v. 31 à ch. 9, v. 1; Luc ch. 9, v. 22 à 27. - MATTHIEU ch. 17, v. 1 à 13; MARC ch. 9 v. 2 à 13 x Luc ch. 9 v. 28 à 36. - MATTHIEU ch. 17, v. 14 à 23; MARC ch. 9 v. 14 à 32; Luc ch. 9, v. 37 à 45; ch. 17, v. 6. - MATTHIEU ch. 17, v. 24 a 27; JEAN ch. 5, v. 1 à 9. - JEAN ch. 5, v. 10 à 47).