La guerre mondiale a provoqué l'exhumation d'une foule de prophéties
anciennes et la mise au jour d'un certain nombre de prophéties toutes neuves. Vous en avez lu certainement quelques-unes.
Elles s'appuient toutes sur l'Évangile et sur l'Apocalypse. Or, ces textes demeurent obscurs, soit par leur généralité,
soit par leur richesse de détails; cependant, les glossateurs en sont innombrables.
N'attendez pas de moi un mille et unième commentaire. Je ne me propose que de relire avec vous les paroles tombées
autrefois des lèvres omniscientes de notre Maître, et d'en tirer de
nouveaux motifs d'amour et de travail.
Que nous importent les événements futurs, aussi graves soient-ils ? Si nous nous sommes véritablement
unis à notre Jésus, ne vivons-nous pas avec Lui dans cette actualité
toujours renaissante qui est la forme terrestre de l'Éternel ?
Je ne vous parlerai pas de l'Apocalypse, parce que ce livre est incompréhensible
dans sa presque totalité. Relisez-le
un soir, sous la lampe, la plume à la main, vous y distinguerez la description
de quatre séries d'épreuves et de quatre séries de triomphes.
Et, en effet, ce sont tous les types de jugements qui défilèrent
devant les yeux du vieillard de Pathmos.
Mais que veulent dire ces monstres, ces êtres fantastiques ? Quand nous saurons que les deux bêtes représentent
les puissances politiques fondées sur la force matérielle, et les
syndicats fondés sur le nombre; quand nous croirons que ces images prendront
une forme corporelle, quel sens attribuer aux vingt-quatre vieillards, aux quatre
animaux, aux
Dans un couvent de Touraine, au temps de Louis XIV, une religieuse en
extase vit un jour de longs serpents, des dragons vomissant la flamme et la
fumée courir sur les routes de ville en ville, à une vitesse vertigineuse. Qui, parmi ses contemporains, pouvait
se douter que cette femme apercevait les chemins de fer devenus une réalité
seulement deux siècles plus tard ?
Ainsi, nous sommes en face de l'avenir, incapables de le concevoir, même
si quelque génie nous le dévoile.
Tenons-nous donc dans cette ignorance surhumaine de la foi, qui peut
seule renouveler tout notre édifice intellectuel et conférer à
notre cerveau des pouvoirs merveilleux.
*
L'expression usuelle : « jugement dernier »,
fait comprendre qu'il y a des jugements provisoires.
Et, en effet, pas un jour ne s'écoule, pas une minute ne tombe aux
gouffres du passé, sans que des jugements ne soient rendus, en mille points
de l'espace universel. Les jugements
de Dieu sont les actes d'une justice distributive, mais non vindicative. Il faut enlever de notre tête l'idée
que Dieu punit; Dieu ne veut pas de coeurs pantelants d'effroi; Il veut des
coeurs palpitants d'amour. Dieu
ne punit jamais, même les plus féroces, les plus profonds criminels. Judas lui-même sera prochainement
absous; les monstres aussi, dont l'ambition a fait couler des fleuves de sang
et de larmes. Le petit enfant qui
se brûle ou se pique les doigts, ce n'est pas une vengeance de sa mère
parce qu'il lui a désobéi; c'est une réaction physique qui lui
apprend le danger du feu ou des épines.
Il en est de même pour nous.
Dieu, par la voix de la
Voici un prince fauteur d'une guerre criminelle. Les mensonges de ses diplomates, les cruautés de ses soldats,
c'est lui qui en porte la charge. Comment paiera-t-il cette dette écrasante ? Il faut qu'il restitue à la plus
lointaine de ses victimes, qu'il efface jusqu'à la moindre des larmes dont
il fut la cause impitoyable. Une
existence ne suffira jamais à éteindre cette dette, car l'organisme
n'a qu'une capacité restreinte de souffrir.
Il traînera donc une série d'existences dans la misère,
dans de perpétuelles douleurs, jusqu'à ce qu'il ait expérimenté
quelles tortures il imposa aux milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, ses
anciennes victimes. Il se retrouvera d'ailleurs face à
face avec chacune d'elles, successivement, afin que toutes aient l'occasion
de lui pardonner. Mais, à
la fin, ce prince criminel deviendra, lui aussi, un serviteur du Christ.
Bien loin que le Jugement soit un phénomène isolé, on
le rencontre à chaque pas. Pour
les épis, la moisson est un jugement; une amputation, c'est un jugement
pour les cellules du membres qui la subit; une épidémie, un cataclysme,
une guerre, ce sont des jugements partiels.
Et le véritable Jugement dernier n'aura lieu qu'à la fin de
la Création, lorsque, tous les êtres ayant vu la Lumière, il
ne restera plus qu'un seul révolté qui courbera enfin sa tête
orgueilleuse et rentrera dans l'obéissance qu'il avait été le
premier à rejeter.
Tous les jugements sont donc provisoires.
Et, puisque toute créature est à la fois individuelle et collective,
ils sont également individuels et collectifs.
Ils ont lieu à la veille de chaque transformation des êtres. Un homme, une race, une
Jugement n'est pas synonyme de condamnation.
Cela consiste, pour les éléments constitutifs de la Créature,
à se voir répartis sur d'autres cadre.
Le moi est pourvu d'éléments nouveaux pour un travail nouveau
dans un milieu nouveau.
Il se produit, sur terre, un jugement tous les 6.000 ans. Je ne referai pas la théorie astronomique
des déluges, telle que la comprenaient les Egyptiens, les Hindous et les
Chaldéens, basée sur la précession des équinoxes; elle affirme
un renversement périodique des pôles qui amènent des cataclysmes
variés et s'accompagnent de divers bouleversements politiques, économiques
et religieux. Le point intéressant
serait de savoir la date, par exemple, du dernier déluge. Je laisse ces recherches à votre
sagacité. Quand à moi,
il ne m'est pas permis d'en dire davantage.
*
Je vous ai déjà parlé du jugement que nous passons tous
au moment de la mort. Il peut nous servir comme d'exemple typique,
car tous les jugements se ressemblent.
Comme le disait la mythologie grecque, trois juges composent le tribunal. D'abord le Christ, puis la Vierge, puis
cet être mystérieux, ami du Christ, intermédiaire entre nous
et Lui, et que vous avez pu entendre nommer le Seigneur de la Terre, l'antipode,
en un mot, du Prince de ce Monde.
Trois assesseurs complètent le Tribunal : l'ange gardien, le
mauvais ange, et le groupe spirituel de tous les êtres avec lesquels le
jugé a eu à faire durant son existence.
Pas une plante, pas un objet, pas un animal que nous ayons soigné
ou maltraité qui ne se présente à l'heure de la mort afin de
rendre témoignage pour ou contre nous. Ainsi, trois en haut, trois en bas, et
le sujet au milieu : voilà encore ce septenaire
Aussitôt l'arrêt prononcé, avec toutes les mitigations
qu'y ajoute la tendre miséricorde de notre éternel Ami, les différents
organismes qui composaient notre personnalité retournent au milieu qui
nous les avait fournis, et là où les destine l'usage que nous en avons
fait. Puis notre moi se dirige
vers celui des mondes invisibles où existe l'idéal en vue duquel nous
avons travaillé, car tout est un être vivant. En cours de route, nous rencontrons, nous
retrouvons ceux que nous avons aimés s'ils sont partis avant nous. Mais nous ne restons avec eux que si nous
les avons aimés sans égoïsme, si, eux comme nous, avons fait
le bien. Car nous sommes alors
tous ensemble dans la Lumière du Verbe.
Et, après le temps de repos nécessaire, nous revenons reprendre
le travail terrestre au point où nous l'avons laissé. Ainsi, chaque matin, l'ouvrier retrouve
sur l'établi son ouvrage inachevé de la veille.
Inutile de nous appesantir davantage; la Nature suit toujours la même
marche, quel que soit le théâtre sur lequel elle opère.
Occupons-nous maintenant d'un sujet plus général; le prochain
jugement que notre race devra subir.
*
Et d'abord, quand aura-t-il lieu ?
Rien ne nous l'indique avec précision. Une prophétie l'annonce pour le siècle où l'on
verra les hommes voler : voilà donc quinze ans qu'il serait en instance. D'autres calculs, basés sur Daniel,
sur l'Apocalypse, sur divers pieux auteurs, en reculent la date jusqu'en 2I50. Vous voyez que la marge est vaste. Mais la curiosité humaine, incorrigible,
n'entend pas le Christ qui lui dit : « De ce jour et de l'heure
personne ne sait rien, personne, excepté le Père seul... Veillez, car vous ne savez pas l'heure
à laquelle viendra votre Seigneur.
Si le maître de la maison connaissait l'heure de la nuit à
laquelle doit venir le voleur, il veillerait, il ne laisserait pas forcer sa
Et encore : « Ainsi étaient les choses aux jours
de Noé, ainsi seront-elles aux jours du Fils de l'Homme. Les hommes mangeaient, buvaient, se mariaient ou mariaient
leurs enfants, et ils ne comprirent rien jusqu'au moment où Noé entra
dans l'Arche, et où le déluge survint et les extermina s. C'est encore ce qui est arrivé aux
jours de Lot; les hommes mangeaient, buvaient, achetaient, vendaient, plantaient,
bâtissaient; et, au moment où Lot sortit de Sodome, une pluie de feu
et de soufre tomba du ciel et les extermina tous. Ainsi en sera-t-il au jour où le Fils de l'Homme sera
manifesté. »
On pourrait inférer de ces deux exemples que le déluge de Noé
fut un jugement, ainsi que la destruction de Sodome et de Gomorrhe. Mais à quelle date eurent lieu ces choses ?
Jésus a dit encore à Ses disciples : « Je vous
le déclare en vérité, vous n'aurez pas achevé de parcourir
les villes d'Israël que le Fils de l'Homme sera venu ».
Et plus loin : « Les derniers jours viendront quand l'Évangile
du Royaume aura été prêché par toute la terre et attesté
à toutes les nations ». Tout cela reste bien vague. La parole célèbre : « En
vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point
que tout cela n'arrive » a été interprétée dans
le sens de la ruine de Jérusalem qui survint quelque temps après le
Christ. Mais, alors, les autres
signes du Jugement ne se retrouvent pas. Et, en effet, Jésus n'a pas fait
allusion à Ses contemporains; la limite aurait été trop courte
pour d'aussi vastes événements.
Souvenons-nous que l'idée de la réincarnation était courante
à cette époque et que, selon la doctrine kabbalistique, les groupes
d'âmes reviennent plusieurs fois sur la terre avant d'en avoir épuisé
les leçons, avant de la quitter pour toujours.
Jésus parlait du dernier passage dé Ses contemporains sur la
terre.
Bien que les intervalles entre les existences soient, en général,
constants, il y a un assez grand nombre d'exceptions; pour tels individus, les
renaissances se succèdent très lentement, pour d'autres, beaucoup
plus vite que la moyenne.
*
Ainsi, dans la dernière guerre
se sont retrouvés beaucoup des anciens soldats de Napoléon Ier. En outre, la génération actuelle,
depuis une quarantaine d'années, comprend presque tous ceux qui, autrefois,
furent les auditeurs du Christ, soit en Israël, soit dans d'autres pays.
Mais, comme la moyenne des périodes de renaissance n'est que de
trois ou quatre siècles, nous sommes tous revenus plusieurs fois depuis
deux mille ans, et, ne sachant pas si la vie actuelle est la dernière,
nous restons dans la même incertitude.
Et puis, si on connaissait la date du prochain jugement, qui est-ce qui
y croirait ? Qui est-ce qui
s'amenderait ? Et ne serions-nous
pas alors dix fois plus coupables ? Non, ce que Dieu ne veut pas que l'on sache, tous nos furetages
ne le découvriront jamais; et, en ce cas comme dans tous les cas, Il ne
nous laisse dans l'ignorance que par bonté. Tenons-nous-en à Sa recommandation pressante : « Ce
que je vous dis à vous, disciples, je le dis à tous : Veillez.
»
Où aura lieu cette manifestation universelle ? demandent encore les disciples. Jésus ne répond pas davantage : « Où
sera le corps; là aussi les vautours se rassembleront ». « Partout où sera le cadavre s'assembleront
les vautours ». Ainsi,
le Juge apparaît sur le peuple, sur la race qui, dans une période
donnée, auront acquis la plus grande supériorité matérielle
au détriment de leur pureté spirituelle, dans la civilisation la plus
égoïste, dans les patries de l'intellectualisme le plus athée.
Il suffit de jeter un regard sur la race blanche pour obtenir une réponse;
quelque effrayante qu'elle soit, ne perdons pas courage, car la Miséricorde
divine lie souvent la Justice.
*
Ce que les Évangiles disent des derniers temps y marque comme trois
périodes. Dans la première, préparatoire
et comparée aux « douleurs de l'enfantement », paraissent
les faux prophètes, les guerres générales, les famines, les tremblements
de terre. Dans la seconde, la plus intense, ont
lieu les persécutions contre les disciples du Christ, sous la
Permettez-moi de relire avec vous les paroles du Maître; elles portent
cet accent de réalité convaincante propre à qui raconte ce qu'il
a vu. Et vous savez que, devant les yeux de notre Jésus, l'avenir
se présente sans voile, comme le passé, comme les choses lointaines,
puisqu'Il est, puisqu'Il demeure perpétuellement au centre de tout. Ecoutons-le :
« Prenez garde de vous laisser séduire, car plusieurs
viendront en prenant mon nom, disant : C'est moi qui suis le Christ et :
Le moment approche. Ne marchez pas à leur suite. Quand vous entendrez parler de guerres
et de révolutions, n'en soyez pas effrayés. Il faut, en effet, que cela arrive d'abord, mais ce ne sera
pas tout de suite la fin. Se soulèvera
nation contre nation, royaume contre royaume. Et il y aura de vastes tremblements de
terre; ici et là des famines, des pestes, d'effrayantes choses et de grands
prodiges au ciel. Mais, avant tout,
on mettra la main sur vous et l'on vous persécutera. Vous serez livrés aux synagogues,
jetés en prison et, à cause de mon nom, traînés devant des
rois et des gouverneurs. Cela vous
arrivera pour que vous rendiez témoignage.
Gravez bien dans vos coeurs que vous n'aurez pas à vous préoccuper
de votre défense, car je vous donnerai, moi, un langage et une sagesse
auxquels tous vos adversaires ne pourront ni résister ni répliquer. Vous serez livrés par vos pères
et par vos mères, par vos frères, par vos parents, par vos amis; ils
feront mourir nombre d'entre vous; et vous serez en haine à tout le monde
à cause de mon nom. Et, cependant,
pas un cheveu de votre tête ne doit périr.
C'est par votre patience que vous sauverez vos vies ».
Reprenons tout ceci avec un peu plus de détails.
Nous trouvons, dans tout ce que Jésus a dit ça et là sur
ce sujet, sept signes annonciateurs des jugements.
I° D'abord une invasion d'adeptes des mystères
orientaux, tous remplis de sciences extraordinaires et pourvus de pouvoirs merveilleux.
Ils pulluleront. Voici une trentaine d'années que
les premières vagues de ce mouvement semblent se faire sentir; et, de plus
en plus, le public s'intéressera au recherches psychiques, aux sciences
occultes. Ces études, certes, ne sont pas mauvaises
en elles-mêmes, car nous devons tout connaître; mais, parce que nous
ne sommes pas des « sapients », elles peuvent devenir l'occasion
de bien des erreurs.
2° A côté de ce déséquilibre très apparent,
l'Adversaire aura préparé de longue main d'autres pièges dans
les domaines plus rationnels de la science expérimentale et de l'intelligence
philosophique. L'étude approfondie des merveilles
de la matière entraînera vers une métaphysique et une morale
matérialistes. Les cupidités individuelles se multipliant
élèveront des barrières de plus en plus infranchissables entre
les classes sociales, d'où disputes, séditions, d'abord dans chaque
État, puis entre les peuples. Conflits
économiques, guerres; et l'incendie se propagera de proche en proche sur
tout un continent, sur toute la terre peut1être. C'est alors que, « de deux hommes, l'un sera pris
et l'autre laissé ». Et
la plupart, ne voulant pas regarder leur conduite antérieure, ne comprendront
pas la cause de ces calamités, douteront de Dieu et se révolteront
contre Lui dans leurs coeurs.
3° Mais tout se tient dans la Nature.
Ces bouleversements spirituels et sociaux s'accompagneront de bouleversements
géologiques. L'esprit de la
Terre, tourné vers le désordre, désorganisera le corps de la
Terre. L'axe des pôles se
renversera; le Nord prendra la place de l'Equateur actuel, et celui1ci tournera
jusqu'au Sud; les courants magnétiques souterrains se rompront, d'où
des cataclysmes, des tremblements de terre, des inondations. Et les hommes comprendront de moins en
moins, sauf les vrais disciples. Des
villes disparaîtront; là où s'élèvent aujourd'hui des
montagnes, des lacs se creuseront, ou plutôt des nappes d'eau souterraines
viendront au jour. Les monuments
de la justice et de la force
4° Puis le sol, à son tour, s'insurgera; il se mettra en grève. Les champs anémiés par la culture
intensive, épuisés par les engrais scientifiques, ne produiront plus.
Les céréales, la vigne rendront
au cultivateur les fruits de son avarice et de son impiété, leurs
maladies se multiplieront; les forêts abattues n'assureront plus l'irrigation
des collines et des vallées d'où la terre meuble disparaîtra. Le paysan qui, depuis de longues années, aura omis de
faire descendre sur ses labours la bénédiction du Ciel, se verra réduire
à la disette, et les citadins à la famine.
Et les manoeuvres cupides des accapareurs achèveront la ruine du
peuple. En particulier, le Jugement
prochain s'annoncera par la stérilité des vignobles.
5° La Terre, ayant changé de position par rapport au Soleil,
on sentira la chaleur ou décroître ou augmenter exagérément,
suivant les régions. Au prochain jugement, il y aura une élévation
générale de température, une évaporation telle que les arbres
tomberont en poussière et les hommes sècheront. Un autre soleil inconnu fera sentir son influence occulte,
l'atmosphère fluidique qui entoure la planète se modifiera profondément;
la lumière solaire perdra ses vertus antiseptiques; les microbes morbides
pulluleront; et apparaîtront les épidémies dévastatrices
et des maladies inconnues contre lesquelles la science sera impuissante.
6° Ces désorganisations, qui auront été transmises
à la Terre par les astres dont elle dépend, se répercuteront
sur ceux qu'elle entraîne. L'aspect du firmament changera, les orbites
des planètes et leur inclinaison sur l'écliptique modifieront la carte
du ciel. Des météores
et des bolides inquièteront les populations. Et parfois, comme certaines traditions antédiluviennes
le racontent, l'un de ces mondes rencontrera le nôtre et y ajoutera ou
en enlèvera tout un continent.
7° Cependant que se succéderont toutes ces convulsions, les
serviteurs du Christ commenceront d'être persécutés à cause
de Lui. « On vous livrera aux tourments, dit-Il, on vous
mettra à mort; vous serez, à cause de mon nom, en haine
Ces catastrophes seront telles « qu'il n'y en aura pas eu de
semblables depuis le commencement du monde, et qu'il n'y en aura plus jamais. Si ces jours de tribulation n'avaient
été abrégés, nulle vie ne serait sauvée ».
*
Tout ceci porte donc le caractère de l'inévitable. Aucun de ceux marqués pour vivre en ces temps n'échappera
à leur oppression. Le problème
se réduit donc simplement à savoir comment se conduire pour tirer
de ces épreuves toute la vertu purificatrice qu'elles contiennent. Nous avons besoin pour cela de savoir quelque chose des « faux
prophètes et des faux Christs ». C'est une question assez importante pour remplir une prochaine
causerie.
Aujourd'hui, nous finirons d'étudier les Jugements.
« Après l'ébranlement des cieux, dit l'Évangile,
apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'Homme, et alors se frapperont
la poitrine toutes les tribus de la terre, et elles verront le Fils de l'Homme
arrivant sur les nuées en puissance et en grande gloire, et il enverra
ses anges, lesquels, au son éclatant de la trompette, rassembleront ses
élus des quatre vents, d'une extrémité du ciel à l'autre
extrémité. »
Le chapitre XXV de saint Mathieu donne en outre le texte de la sentence
que prononcerait notre Juge. Cette
sentence, au moins sa première partie, exprime avec la simplicité
la plus émouvante les rapports profonds de Dieu, de Son amour, avec nos
souffrances. « Oui, dira
Jésus, quand vous avez donné à manger et à boire, quand
vous avez hébergé, vêtu, visité, consolé un seul parmi
les plus petits de mes frères que voici, c'est a moi que vous l'avez fait ».
Nul autre initiateur n'a su peindre au hommes une image du Père
si haute, si belle, si pathétique, si vraie.
Cette identification mystique de quiconque pâtit dans la douleur
avec
Mais aussi dois-je déclarer avec franchise que la seconde partie
de cette sentence, Jésus ne la prononcera jamais.
Comment ce Jésus, qui ordonne de pardonner soixante1dix fois sept
fois, c'est-à-dire toujours; ce Jésus qui nous raconte l'histoire
de l'enfant prodigue et de la brebis perdue; ce Jésus de qui la dernière
parole est : « Père, pardonne à mes bourreaux, car
ils ne savent ce qu'ils font », cette Miséricorde vivante, enfin,
condamnerait à des peines infinies la majeure partie de l'humanité ? Nous qui sommes méchants, oserions-nous faire cela à
notre plus cruel ennemi ?
Le théologien répond que le réprouvé ne subit les
peines éternelles que parce qu'il ne veut pas se soumettre.
Mais une telle obstination est impossible à l'homme; il n'existe
pas de caractère assez ferme pour résister à une détention
solitaire plus de quelques années.
Or, les condamnés d'un jugement ne restent jamais dans les ténèbres
plus d'une année platonique, soit 24.000 ans, et ceux-là étaient
dans le mal des géants d'intelligence et de volonté.
Imaginez un de ces types surhumains comme nous en dépeignent les
vieux livres orientaux, un de ces hommes assez forts pour vouloir le même
but sans la moindre défaillance pendant toute leur vie et par delà
encore; imaginez qu'un de ces solitaires formidables se soit proposé comme
idéal le non-agir. Le seul
châtiment que Jésus lui inflige, c'est le châtiment de tous :
être, après la mort, enfermé dans l'idéal qu'on a recherché
pendant la vie. Eh bien ! je vous l'affirme - je crois
savoir que le cas s'est présenté - , cet homme si fort
ne sera pas resté dix siècles dans cette immobilité tant souhaitée
qu'il demandera, avec larmes, d'en sortir.
En outre, la sentence n'est jamais juste.
La balance du Juge penche toujours du côté de la Miséricorde. Toujours les ténèbres où
l'on expie sont moins profondes que celles que nous aurions méritées;
toujours les paradis où l'on se repose sont plus beaux que ceux auxquels
nous aurions droit.
Selon la théologie, le péché mortel
qui, seul, entraîne la damnation, nécessite, pour être commis,
la gravité de la matière, la connaissance parfaite de la Loi et la
plénitude de la liberté.
Or, personne n'est libre sans avoir reçu la plénitude de l'Esprit;
tout être incarné est captif.
La liberté est une force en nous qui se développe progressivement
comme toutes les autres forces.
Et la connaissance parfaite de la loi morale ? Elle suppose une conscience d'abord parfaitement pure, puisque
la pureté du coeur, au dire de Jésus, procure seule la possession
de la vérité. Or, si
la conscience est pure, le péché devient impossible.
Je crois donc que la possibilité du péché mortel est toute
théorique.
Et puis, le seul péché qui n'est pas pardonné est le péché
contre l'Esprit. Comme personne ne connaît l'Esprit
et que, ainsi que je viens de le dire, la responsabilité exige la connaissance,
le péché contre l'Esprit - le seul péché mortel - est
impossible. Jésus n'a-t-Il
pas dit, à propos du divorce, je crois, que la loi de Moïse sur ce
point était telle à cause de la dureté de coeur des Israélites
d'alors, et qu'Il la remplaçait par une autre ?
Pourquoi le dogme de l'éternité des peines ne serait-il pas
aussi un dogme temporaire ?
L'Église affirme la damnation éternelle, sans doute. On peut cependant remarquer que la théologie n'est qu'un
commentaire humain à des faits divins.
D'un si haut génie que les promulgateurs des dogmes aient fait preuve,
je ne puis m'empêcher de me souvenir qu'ils ne sont que des hommes. L'Esprit Saint les inspira, certes, j'en
suis persuadé; mais le Ciel ne Se déverse en nous que dans la mesure
où nous sommes capables de Le recevoir; et l'eau de la Vie éternelle
se trouble toujours d'un peu de boue qui reste au fond de nos coeurs, jusqu'au
jour du baptême définitif. Dépouillez
l'amas énorme des conciles oecuméniques; combien de sentences contradictoires
n'y relèverez-vous pas ?
Il est écrit d'ailleurs que les derniers temps seront abrégés
« à cause des élus, de ceux que le Père a choisis ». Faut-il
Et il est encore écrit : « Il vient une heure où
tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils et en
sortiront. Ceux qui auront fait le bien ressusciteront
pour vivre; ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour être jugés ».
Voyez la parabole du serviteur impitoyable que « son maître
livre aux bourreaux jusqu'à ce qu'il ait payé toute sa dette .
» « Ainsi vous fera mon Père céleste »,
spécifie Jésus. Ailleurs : « Il y a beaucoup
d'appelés et peu d'élus. »
Or, nos dettes peuvent-elles être incommensurables ? Non, nos offenses envers Dieu le seraient, mais nous ne pouvons
pas offenser Dieu; Dieu ne S'offense pas de nos fautes. N'est-Il pas infiniment au-dessus de nous ?
Non, Dieu n'a maudit et ne maudira jamais personne; Il a tout le temps
de patienter avec nous, Il a tous les moyens d'aiguillonner nos paresses et
de dresser devant nos révoltes les barrières qui les calmeront. L'Éternité est à Ses ordres pour étendre
ou rétrécir la trame du temps.
Qu'est-ce, pour Dieu, que de créer de nouveaux mondes ? Non, il n'y a pas plus d'enfer éternel que de paradis
éternel. La conclusion d'un
arrêt provisoire ne peut pas être définitive.
Tant que durera cet univers se succéderont les souffrances et les
joies : souffrances passagères, joies approximatives. Et cet amalgame ne se résoudra en
une harmonie permanente de béatitude et de beauté qu'au jour du Jugement
véritablement final.
*
C'est le Verbe en personne qui prononce le jugement. « Le Père a donné au Fils la puissance
d'exercer un jugement
J'aperçois, et vous aussi, n'est-ce pas ?
dans ces quelques mots, des clartés sur Dieu, sur Jésus, sur
l'homme, sur notre intimité mystique, des clartés effrayantes par
leur profondeur, et si douces en même temps qu'il me semble impossible
au coeur qui les a senties de ne pas se bouleverser de fond en comble, de ne
pas s'anéantir devant le Père, dans une offrande adorante de tout
soi-même, dans une extase bienheureuse, devant les perspectives indicibles
ouvertes à ses élans. Si vous pouvez percevoir la qualité
de cette union du Fils avec le Père par l'Esprit, et de notre union avec
Eux, qu'importe l'Enfer éternel ?
Ne l'affronteriez-vous pas pour en retirer une seule âme ? Et, lorsqu'on a goûté une ombre
seulement de l'Amour, peut-on concevoir désormais la colère ?
Ah ! oui, l'Amour est le plus fort; et notre
Christ le détient tout entier. Ceux
qui Le suivent du fond de leur coeur et de toute la force de leur corps ne s'égareront
jamais. Et ceux-là même
qui Le méconnaissent ou Le nient vont encore, malgré eux, vers Lui,
quoique par de bien longs détours.
Je devrais ici vous parler de la seconde mort, de ce phénomène
mystérieux que mentionne l'Apocalypse, et dont la définition a si
fort mis à l'épreuve la sagacité des commentateurs.
De même que la date du prochain jugement, de même
Je devrais aussi vous parler du Jugement final; mais ne serait-ce pas
simplement une pâture à la curiosité ?
Je devrais enfin conclure. Peut-on
donner en quelques paroles une conclusion à un drame aussi vaste, à
des bouleversements aussi radicaux ?
Souvenez-vous seulement que Dieu est bon et qu'II nous aime.
*
Voilà de bien terribles tableaux, penserez-vous. Si Dieu est bon, comment ordonne-t-II de pareilles catastrophes,
comment les permet-II seulement ? N'oubliez pas la longue suite d'existences
qu'Il nous a laissées pour nous améliorer; n'oubliez pas les infinies
précautions qu'II a prises pour nous sauvegarder; recomptez les innombrables
guides qu'II a postés tout le long de nos chemins. Et puis, qu'est-ce que cinquante ans de
souffrances au regard des béatitudes éternelles ? Nous voyons la souffrance, disent quelques-uns,
mais le bonheur promis est-il bien certain ? Ces douleurs montrent qu'ils sont aveugles
aux choses de Dieu, qu'ils ont été les élèves les plus mauvais,
qu'ils n'ont jamais encore voulu se soumettre. Je connais quelques hommes serviteurs de Dieu, des hommes « vivants »,
puisque nous autres, nous tirons de la matière, c'est1à1dire de la
mort, la nourriture de nos âmes.
Ces hommes-là n'ont pas mené une existence extraordinaire;
ils n'ont rien accompli de remarquable en apparence; ce ne
Le vieux Jacob, autrefois, se battit avec l'ange. Mais nous autres, depuis que le Christ est venu, c'est avec
Dieu qu'il nous faut lutter. Dieu
nous attaque par les épreuves, les chagrins, les maladies; nous Lui ripostons
par notre orgueil. Aussi n'y a-t-il
jamais lieu de désespérer devant une catastrophe ou devant l'incompréhension
que montrent les hommes. La catastrophe, c'est un petit mal pour un grand bien; la mauvaise
volonté, l'égoïsme, tout ce par quoi on se dérobe au devoir,
cela ne compromet pas le résultat final; au contraire, cela l'assure; Dieu
nous vaincra toujours, non parce qu'Il est le plus fort, mais parce qu'Il est
le plus sage
Nous passerons tous par ce duel mystérieux, ici ou là; quelques-uns
même (les plus mauvaises têtes) plusieurs fois.
Nous en sortirons semblables à ces « vivants »
dont je viens de vous parler, les mêmes en apparence, tout neufs dans notre
interne; ayant subi la bataille, nous posséderons la paix. Ayant connu le vide de la raison philosophique, nous savourerons
la sapience de la foi. Nous saurons
avouer nos ignorances. Nous saurons, de science expérimentale, que Dieu est là,
dans cette ténèbre; et ce mystère intérieur, reflet du royaume
surnaturel annoncé par Jésus, revêtira nos paroles, nos gestes,
notre présence d'une sérénité inexplicable mais rayonnante,
d'une auréole invisible mais effective.
Quand quelque chose effrayante se dresse devant nos