CHAPITRE VIII.
 

DE LA SECONDE HIERARCHIE, QUI SE COMPOSE
DES DOMINATIONS, DES VERTUS ET DES PUISSANCES.

ARGUMENT.

-1.On explique ce que signifient les noms des Dominations, des Vertus et des Puissances; et comment cette seconde hiérarchie reçoit l'illumination divine.
-2.On fait comprendre de quelle façon les esprits inférieurs reçoivent la lumière par le moyen des esprits supérieurs.

I. Passons maintenant à la seconde classe des célestes intelligences, et, d'un œil spiritualisé, essayons de contempler les dominations et les admirables phalanges des puissances et des vertus; car toute appellation donnée à ces êtres Supérieurs révèle les propriétés augustes par lesquelles ils se rapprochent de la divinité.

Ainsi le nom des saintes dominations désigne, je pense, leur spiritualité sublime et affranchie de toute entrave matérielle, et leur autorité à la fois libre et sévère, que ne souille jamais la tyrannie d'aucune vile passion. Car ne subissant ni la honte d'aucun esclavage, ni les conditions d'une dégradante chute ces nobles intelligences ne sont tourmentées que du besoin insatiable de posséder celui qui est la domination essentielle et l'origine de toute domination elles se façonnent elles-mêmes et façonnent les esprits subalternes à la divine ressemblance ; méprisant toutes choses vaines, elles tournent leur activité vers l'être véritable, et entrent en participation de son éternelle et sainte principauté.


  Le nom sacré des vertus me semble indiquer cette mâle et invincible vigueur qu'elles déploient dans l'exercice de leurs divines fonctions, et qui les empêche de faiblir et de céder sous le poids des augustes lumières qui leur sont départies. Ainsi portées avec énergie à imiter Dieu, elles ne font pas lâchement défaut à l' impulsion céleste ; mais contemplant d'un œil attentif la vertu sur-essentielle, originale, et s'appliquant à en reproduire une parfaite image, elles s'élèvent de toutes leurs forces vers leur archétype , et à leur tour s'inclinent, à la façon de la divinité vers les essences inférieures pour les transformer.


  Le nom des célestes puissances, qui sont de même hiérarchie que les dominations et les vertus, rappelle l'ordre parfait dans lequel elles se présentent à l'influence divine, et l'exercice légitime de leur sublime et sainte autorité. Car elles ne se livrent pas aux excès d'un tyrannique pouvoir; mais s'élançant vers les choses d'en haut avec une impétuosité bien ordonnée, et entraînant avec amour vers le même but les intelligences moins élevées, d'un côté elles travaillent à se rapprocher de la puissance souveraine et principale; et de l'autre, elles la réfléchissent sur les ordres angéliques par les admirables fonctions qu'il leur est donné de remplir. Ornée de ces qualités sacrées, la seconde hiérarchie des esprits célestes obtient pureté, lumière et perfection cri la manière que nous avons dite, par les splendeurs divines que lui transmet la première hiérarchie, et qui ne lui viennent ainsi qu'au second degré de leur manifestation.

Il. Ainsi la communication de la science qui se fait à un ange par le ministère d'un autre ange, explique comment les dons célestes semblent perdre de leur éclat, à mesure que, s'éloignant de leur origine, ils s'abaissent sur des êtres moins élevés. Car comme nos maîtres dans les choses saintes enseignent que l'intuition pure nous instruit plus parfaitement que toute communication médiatement reçue, de même je e pense que la participation directe à laquelle sont appelés les anges supérieurs, leur manifeste mieux la divinité, que s'ils étaient initiés par d'autres créatures.

C'est pour cela aussi que notre tradition sacerdotale dit que les esprits du premier rang purifient, illuminent et perfectionnent les Intelligences moins nobles, qui, par ce moyen, s'élèvent vers le principe sur-essentiel de toutes choses, et entrent, autant que leur condition permet, en part de la pureté,de l'illumination et de la perfection mystiques. Car c'est une loi générale, établie par l'infinie sagesse, que les grâces divines ne sont communiquées aux inférieurs que par le ministère des supérieurs. Vous trouverez cette doctrine exprimée dans les Ecritures.


Ainsi quand Dieu , par clémence paternelle , eut châtié Israël prévaricateur, en le livrant pour sa conversion et son salut au joug odieux des nations barbares , il voulut encore, essayant de ramener au bien les tendres objets de sa sollicitude, briser leurs chaînes et les rétablir en la douceur de leur antique félicité : or, en cette circonstance, un homme de Dieu, nommé Zacharie, vit un de ces anges qui entourent la divinité au premier rang (1) (car comme  j'ai dit, la dénomination d'anges est commune à toutes les célestes essences).  L'auguste Intelligence recevait de Dieu même de consolantes paroles; à sa rencontre s'avançait un esprit d'ordre inférieur, comme pour connaître ce qui avait été révélé. Et effectivement, informé du conseil divin par cette initiation mystérieuse, il eut ordre d'en instruire à son tour le prophète, qui apprit ainsi que JERUSALEM au sein de l'abondance se réjouirait de la multitude de ses habitants.

Un autre théologien, Ézéchiel , nous fait savoir (2) que le Seigneur très-glorieux, qui règne sur les chérubins, porta ce décret dans son adorable justice : que dans les châtiments paternels qui devaient  corriger, comme il a été dit, le peuple israélite,  les innocents seraient miséricordieusement séparés des coupables.
Cette disposition est communiqué  au premier des chérubins dont les reins brillent sous une ceinture de saphir, et qui a revêtu la robe flottante des pontifes. En même temps, il reçoit ordre de transmettre le secret divin aux autres anges armés de haches. Car pour lui , il doit traverser jérusalem, et placer un signe sur le front des hommes innocents; et aux autres il est dit : Suivez-le au travers de la ville; frappez, et que votre œil ne se laisse point attendrir;  mais n'approchez pas de ceux qui sont marqués du signe. N'est-ce point par semblable disposition qu'un ange dit à Daniel : Le décret est prononcé (3) et qu'un esprit du premier ordre va prendre des charbons ardents au milieu des chérubins (4) Et ne reconnaît-on pas plus nettement encore cette distinction hiérarchique des anges, en voyant un chérubin placer ces charbons dans les mains de cet autre qui est revêtu de l'étole sacrée ? en voyant qu'on appelle l'archange Gabriel et qu'on lui dit : fais entendre cette vision au prophète (5 ) en apprenant enfin tout ce que rapportent les théologiens, touchant l'admirable subordination des chœurs angéliques Type auguste que notre hiérarchie doit reproduire aussi parfaitement qu'il lui est possible, pour être comme un reflet de la beauté des anges, et pour nous élever par leur ministère vers le principe absolu de toute suprématie et autorité.



(1) Zach., 1, 22. -(2)  Ezech., 9, 10  et seqq. - (3) Dan., 9, 23. -(4) Ezech., 10. - (5) Dan., 8, 16.