ARTICLE II
 

Motifs de cette parfaite consecration.


    Premier motif qui nous montre l'excellence de cette consécration de soi-même à Jésus-Christ par les mains de Marie.

    Si on ne peut concevoir sur la terre d'emploi plus relevé que le service de Dieu ; si le moindre serviteur de Dieu est plus noble que tous les rois et les empereurs de la terre, s'ils ne sont pis serviteurs de Dieu; quelles sont les richesses, la puissance et la dignité du fidèle et parfait serviteur de Dieu, qui sera dévoué à son service, entièrement et sans réserve, autant qu'il le peut être! Tel est un fidèle et
amoureux esclave de jésus en Marie, qui s'est donné tout entier au service de ce Roi des rois par les mains de sa sainte Mère, qui n'a rien réservé pour soi-même; tout l'or de la terre et les beautés des cieux ne peuvent pas le payer.

    Les autres congrégations, associations et confréries ériaées en l'honneur de Notre Seigneur et de sa sainte Mère, qui font de si grands biens dans le christianisme, ne font pas donner tout sans réserve; elles ne prescrivent à leurs associés que de certaines pratiques et actions pour satisfaire à leurs obligations ; elles les laissent libres pour toutes leurs autres actions et les autres temps de leur vie. Mais cette dévotion ici (138) fait donner sans réserve à Jésus et à Marie toutes ses pensées, paroles, actions et souffrances de tous les temps de sa vie ; en sorte que soit qu'il veille ou qu'il dorme, soit qu'il boive ou qu'il mange, soit qu'il fasse les actions les plus grandes, soit qu'il fasse les plus petites, il est toujours vrai de dire que ce qu'il fait, quoiqu'il n'y pense, est à Jésus et à Marie en vertu de son offrande, à moins qu'il ne l'ait expressément rétractée. Quelle consolation !

    De plus, comme je l'ai déjà dit, il n'y a aucune autre pratique que celle-ci, par laquelle on se défasse facilement d'une certaine propriété qui se glisse imperceptiblement dans les meilleures actions ; et notre bon Jésus donne cette grande grâce en récompense de l'action héroïque et désintéressée qu'on a faite en lui faisant, par les mains de sa sainte Mère, une cession de toute la valeur de ses bonnes oeuvres. S'il donne un centuple, même en ce monde, à ceux qui, pour son amour, quittent les biens extérieurs, temporels et périssables, quel sera le centuple qu'il donnera à celui qui lui sacrifiera même ses biens intérieurs et spirituels !

    Jésus, notre grand ami, s'est donné à nous sans réserve, corps et âme, vertus, grâces et mérites : Se toto totum me comparavit, dit saint Bernard ; « Il m'a gagné tout entier en se donnant tout entier à moi ». N'est-il pas de la justice et de la reconnaissance, que nous lui donnions tout ce que nous pourrons lui donner ? Il a été libéral envers nous le premier ; soyons-le les seconds, et nous l'éprouverons,
pendant notre vie, à notre mort et dans toute l'éternité, encore plus libéral : Cum liberali liberalis erit (139).

    Second motif qui nous montre qu'il est juste en soi-même et avantageux aux chrétiens de se consacrer tout entiers à la très sainte Vierge par cette pratique, afin de l'être plus parfaitement à Jésus-Christ.

    Ce bon Maître n'a pas dédaigné de se renfermer dans le sein de la sainte Vierge, comme un captif, un esclave amoureux, et de lui être soumis et obéissant pendant trente années. C'est ici, je le répète, que l'esprit humain se perd, lorsqu'il fait une sérieuse réflexion à cette conduite de la Sagesse incarnée qui n'a pas voulu, quoi qu'elle le pût faire, se donner directement aux hommes, mais par la très sainte Vierge ; qui n'a pas voulu venir au monde à l'âge d'un homme parfait, indépendant d'autrui, mais comme un pauvre et petit enfant, dépendant des soins et de l'entretien de sa sainte Mère. Cette Sagesse infinie, qui avait un désir immense de glorifier Dieu son Père et de sauver les hommes, n'a point trouvé de moyen plus parfait et plus court pour le faire que de se soumettre en toutes choses à la très sainte Vierge, non seulement pendant les huit, dix ou quinze années premières de sa vie, comme les autres enfants, mais pendant trente ans ; et elle a donné plus de gloire à Dieu son Père, pendant tout ce temps de soumission ou de dépendance de la très sainte Vierge, qu'elle ne lui en eût donné en employant ces trente ans à faire des prodiges, à prêcher par toute la terre, à convertir tous les hommes, si autrement elle l'avait fait, le Père céleste l'ayant ainsi réglé (140): Quoe placita sunt ei facio semper(141). Oh! oh! qu'on glorifie hautement Dieu en se soumettant à Marie, à l'exemple de Jésus !

    Ayant devant nos yeux un exemple si visible et si connu de tout le monde, sommes-nous assez insensés pour croire trouver un moyen plus parfait et plus court pour glorifier Dieu, que celui de se soumettre à Marie, à l'exemple de son Fils ?

    Qu'on rappelle ici, pour preuve de la dépendance que nous devons avoir de la très sainte Vierge, ce que j'ai dit ci-dessus en rapportant l'exemple que nous donnent de cette dépendance le Père, le Fils et le Saint-Esprit : le Père n'a donné et ne donne son Fils que par elle, n'adopte des enfants que par elle (142), et ne communique ses grâces que par elle ; Dieu le Fils n'a été formé pour tout le monde en général que par elle, n'est formé tous les jours et engendré que par elle dans l'union au Saint-Esprit (143), et ne communique ses mérites et ses vertus que par elle ; le Saint-Esprit n'a formé Jésus-Christ que par elle, ne forme les membres de son corps mystique que par elle, et ne dispense ses dons et ses faveurs que par elle. Après tant et de si pressants exemples de la très sainte Trinité, pourrons-nous sans un extrême aveuglement nous passer de Marie, et ne pas nous consacrer à elle (144) et dépendre d'elle pour aller à Dieu et pour nous sacrifier à Dieu ?

    Voici quelques passages latins des Pères, que j'ai choisis pour prouver ce que je viens de dire :

    « Duo filii Mariae sunt, homo Deus et homo purus ; unius corporaliter et alterius spiritualiter mater est Maria. » (Saint Bonav. et Origène(145).

    « Haec est voluntas Dei, qui totum nos voluit habere per Mariam ; ac proinde si quid spei, si quid gratiae, si quid salutis, ab ea noverimus redundare (146). » (Saint Bernard).

    « Omnia dona, virtutes, gratiae ipsius Spiritus Sancti, quibus vult et quando vult, quomodo vult et quantum vult, per ipsius manus administrantur (147). » (Saint Bernardin).

    « Qui indignus eras cui daretur, datum est Mariae ut per eam acciperes quidquid haberes (148). » (Saint Bernard).

    Dieu, voyant que nous sommes indignes de recevoir ses grâces immédiatement de sa main, dit saint Bernard, les donne à Marie, afin que nous ayons par elle tout ce qu'il veut nous donner ; et il trouve aussi sa gloire à recevoir par les mains de Marie la reconnaissance, le respect et l'amour que nous lui devons pour ses bienfaits. Il est donc très juste que nous imitions cette conduite de Dieu afin, dit le même saint Bernard, que « la grâce retourne à son auteur par le même canal qu'elle est venue » ; Ut eodem alveo ad largitorem gratia redeat quo fluxit.

    C'est ce qu'on fait par notre dévotion ; on offre et on consacre tout ce qu'on est et tout ce qu'on possède à la très sainte Vierge, afin que Notre Seigneur reçoive par son entremise la gloire et la reconnaissance qu'on lui doit. On se reconnaît indigne et incapable d'approcher de sa majesté infinie par soi-même : c'est pourquoi on se sert de l'intercession de la très sainte Vierge.

    De plus, c'est une pratique d'une grande humilité que Dieu aime par-dessus les autres vertus. Une âme qui s'élève abaisse Dieu, une âme qui s'humilie élève Dieu ; Dieu résiste aux superbes, et donne sa grâce aux humbles ; si vous vous abaissez, vous croyant indigne de paraître devant lui et de vous approcher de lui, il descend, il s abaisse pour venir à vous pour se plaire en vous, et pour vous élever malgré vous.

    Tout le contraire (149), quand on s'approche hardiment de Dieu sans médiateur, Dieu s'enfuit, on ne peut l'atteindre. Oh! qu'il aime l'humilité du coeur ! C'est à cette humilité qu'engage cette pratique de dévotion, puisqu'elle apprend à n'approcher jamais par soi-même de Notre Seigneur, quelque doux et miséricordieux qu'il soit, mais à se servir toujours de l'intercession de la sainte Vierge, soit pour paraître devant Dieu, soit pour lui parler, soit pour l'approcher, soit pour lui offrir quelque chose, soit pour s'unir et consacrer à lui.

    Troisième motif. 1° La très sainte Vierge qui est une Mère de douceur et de miséricorde, et qui ne se laisse jamais vaincre en amour et en libéralité, voyant qu'on se donne tout entier à elle pour l'honorer et la servir, en se dépouillant de ce qu'on a de plus cher pour l'en orner, se donne aussi tout entière et d'une manière ineffable à celui qui lui donne tout. Elle le fait s'engloutir dans l'abîme de ses grâces, elle l'orne de ses mérites, elle l'appuie de sa puissance, elle l'éclaire de sa lumière, elle l'embrase de son amour, elle lui communique ses vertus, son humilité, sa foi, sa pureté, etc., elle se rend sa caution, son supplément, et son cher tout envers Jésus (150). Enfin, comme cette personne consacrée est tout à Marie, Marie aussi est tout à elle; en sorte qu'on petit dire, de ce parfait serviteur et enfant de Marie, ce que saint Jean l'Évangéliste dit de lui-même, qu'il « a pris la sainte Vierge pour tous ses biens ; » Accepit eam discipulus in sua(151).

    C'est ce qui produit dans son âme, s'il est fidèle, une grande défiance, mépris et haine de soi-même, et une grande confiance et un grand abandon à la sainte Vierge sa bonne Maîtresse. Il ne met plus, comme auparavant, son appui en ses dispositions, intentions, mérites et bonnes oeuvres, parce qu'en ayant fait un entier sacrifice à Jésus-Christ par cette bonne Mère, il n'a plus qu'un trésor où sont tous ses biens et qui n'est plus chez lui, et ce trésor est Marie. C'est ce qui le fait approcher de Notre Seigneur sans crainte servile (152) ni scrupuleuse, et le prier avec beaucoup de confiance ; c'est ce qui le fait entrer dans les sentiments du dévot et savant abbé Rupert, qui, faisant illusion à la victoire que Jacob remporta sur un ange, dit à la sainte Vierge ces belles paroles: « O Marie, ma princesse, et Mère immaculée d'un Dieu-Homme, Jésus-Christ ; je désire lutter avec cet homme, savoir le Verbe divin ; armé, non pas de mes propres mérites, mais des vôtres. » O Domina, Dei Genitrix Maria, et incorrupta Mater Dei et hominis, non meis sed tuis armatus meritis, cum isto viro, seu Verbo Dei, luctari cupio. (Rup. prolog. in Cantic.)

    Oh! qu'on est puissant et fort auprès de JésusChrist quand on est armé des mérites et de l'intercession d'une digne mère de Dieu, qui, comme dit saint Augustin, a amoureusement vaincu le Tout-Puissant (153).

    2° Comme par cette pratique on donne au Seigneur, par les mains de sa sainte Mère, toutes ses bonnes oeuvres, cette bonne Maîtresse les purifie, les embellit et les fait accepter de son Fils.
 

    1)°Elle les purifie de toute la souillure de l'amour-propre, et de l'attache imperceptible à la créature, qui se glisse insensiblement dans les meilleures actions. Dès lors qu'elles sont entre ses mains très pures et fécondes,ces mêmes mains, qui n'ont jamais été souillées ni oiseuses et qui purifient ce qu'elles touchent, ôtent du présent qu'on lui fait tout ce qu'il peut y avoir de gâté ou d'imparfait.

    2)° Elle les embellit, en les ornant de ses mérites et vertus : c'est comme si un paysan, voulant gagner l'amitié et la bienveillance du roi, allait à la reine et lui présentait une pomme, qui est tout son revenu, afin qu'elle la présentât au roi. La reine, ayant accepté le pauvre petit présent du paysan, mettrait cette pomme au milieu d'un grand et beau plat d'or et la présenterait ainsi au roi, de la part du paysan ; pour lors la pomme, quoique indigne en elle-même d'être présentée au roi, deviendrait un présent digne de sa majesté, eu égard au plat d'or où elle est et à la personne qui la présente.

    3)° Elle présente ces bonnes oeuvres à Jésus-Christ, car elle ne garde rien de ce qu'on lui présente pour soi, en dernière fin (154) ; elle renvoie tout à jésus fidèlement. Si on lui donne, on donne nécessairement à Jésus; si on la loue, si on la glorifie, aussitôt elle loue et glorifie Jésus ; maintenant, comme autrefois lorsque sainte Élisabeth la loua, elle chante quand on la loue et la bénit Magnificat anima mea Dominum(155).

    4)° Elle fait accepter de Jésus ces bonnes oeuvres, quelque petit et pauvre que soit le présent pour ce Saint des saints et ce Roi des rois. Quand on présente quelque chose à Jésus, par soi-même et appuyé sur si propre industrie et disposition, Jésus examine le présent, et souvent il le rejette à cause de la souillure qu'il contracte par l'amour-propre ; comme autrefois il rejeta les sacrifices des juifs, tout pleins de leur propre volonté. Mais quand on lui présente quelque chose par les mains pures et virginales de sa Bien-Aimée, on le prend par
son faible, s'il m'est permis d'user de ce terme ; il ne considère pas tant la chose qu'on lui donne que sa bonne Mère qui la présente ; il ne regarde pas tant d'où vient le présent que celle par qui il vient. Ainsi Marie, qui n'est jamais rebutée et toujours bien reçue de son Fils, fait recevoir agréablement de sa majesté tout ce qu'elle lui présente, petit ou grand : il suffit que Marie le présente pour que Jésus le reçoive et l'agrée. C'est le grand conseil que donnait saint Bernard à ceux et celles qu'il conduisait à la perfection: « Quand vous voudrez offrir quelque chose à Dieu, ayez soin de l'offrir par les mains très agréables et très dignes de Marie, à moins que vous ne vouliez être rejeté » : Modicum quod offerre desideras manibus Mariae offerendum tradere cura, si non vis sustinere repulsam.
 

    N'est-ce pas ce que la nature même inspire aux petits à l'égard des grands, comme nous avons vu ? Pourquoi la grâce ne nous porterait-elle pas à faire la même chose à l'égard de Dieu, qui est infiniment élevé au-dessus de nous et devant lequel nous sommes moins que des atomes ? ayant d'ailleurs une Avocate si puissante qu'elle n'est jamais refusée ; si industrieuse qu'elle sait tous les secrets de gagner le coeur de Dieu ; si bonne et charitable qu'elle ne rebute personne, quelque petit et méchant qu'il soit.

    Je rapporterai ci-après la figure véritable des vérités que je dis, dans l'histoire de Jacob et de Rébecca.

    Quatrième motif. Cette dévotion, fidèlement pratiquée, est un excellent moyen pour faire en sorte que la valeur de toutes nos bonnes oeuvres soit employée à la plus grande gloire de Dieu. Presque personne n'agit pour cette noble fin, quoiqu'on y soit obligé; soit parce qu'on ne connait pas où est la plus grande gloire de Dieu, soit parce qu'on ne la veut pas. Mais la sainte Vierge, à qui on a cédé la valeur et le mérite des bonnes oeuvres qu'on pourra faire, connaissant très parfaitement où est la plus grande gloire de Dieu, et ne faisant rien que pour les plus grandes gloires de Dieu, un parfait serviteur de cette bonne Maîtresse, qui s'est tout consacré à elle, peut dire hardiment que la valeur de toutes ses actions, pensées et paroles, est employée à la plus grande gloire de Dieu; à moins qu'il ne révoque expressément son offrande. Peut-on trouver rien de plus consolant pour une âme qui aime Dieu d'un amour pur et sans intérêt, et qui prise plus la gloire de Dieu et ses intérêts que les siens ?

    Cinquième motif. Cette dévotion est un chemin aisé, court, parfait et assuré pour arriver à l'union avec Notre Seigneur, où consiste la perfection du Chrétien.

    1° C'est un chemin aisé ; c'est un chemin que Jésus-Christ a frayé en venant à nous, et où il n'y a aucun obstacle pour arriver à lui. On peut à la vérité arriver à l'union divine par d'autres chemins; mais ce sera par beaucoup plus de croix et de morts étranges (156), et avec beaucoup plus de difficultés que nous ne vaincrons que difficilement ; il faudra passer par des nuits obscures, par des combats, des agonies étranges, par-dessus des montagnes escarpées, par-dessus des épines très piquantes, et par des déserts affreux. Mais, par le chemin de Marie, on passe plus doucement et plus tranquillement: on y trouve à la vérité de grands combats à donner et de grandes difficultés a vaincre ; mais cette bonne Mère et Maîtresse se rend si proche et si présente à ses fidèles serviteurs pour les éclairer dans leurs ténèbres et dans leurs doutes, pour les affermir dans leurs craintes, pour les soutenir dans leurs combats et leurs difficultés, qu'en vérité ce chemin virginal pour trouver Jésus-Christ est un chemin de rose et de miel, comparé aux autres chemins. Il y a eu quelques saints, mais en petit nombre, comme un saint Éphrem, saint Jean Damascène, saint Bernard, saint Benardin, saint Bonaventure, saint François de Sales, etc., qui ont passé par ce chemin doux pour aller à Jésus-Christ, parce que le Saint-Esprit, époux fidèle de Marie, le leur a montré par une grâce singulière ; mais les autres saints qui sont en plus grand nombre, quoiqu'ils aient tous eu de la dévotion à la sainte Vierge, n'ont pas pourtant ou très peu entré dans cette voie. C'est pourquoi ils ont passé par des épreuves plus rudes et plus
dangereuses.

    D'où vient donc, me diront quelques fidèIes serviteurs de Marie, que les serviteurs fidèles de cette bonne Mère ont tant d'occasions de souffrir, et plus que les autres qui ne lui sont pas si dévots ? On les contredit, on les persécute, on les calomnie, on ne les peut souffrir ; ou bien ils marchent dans des ténèbres intérieures et dans des déserts où il n'y a pas la moindre goutte de rosée du ciel. Si cette dévotion à la sainte Viege rend le chemin pour trouver Jésus-Christ plus aisé, d'où vient qu'ils sont les plus méprisés ? Je leur réponds qu'il est bien vrai que les plus fidèles serviteurs de la sainte Vierge, étant ses plus grands favoris, ils reçoivent d'elle les plus grandes grâces et faveurs du ciel, qui sont les croix ; mais je soutiens que ce sont aussi les serviteurs de Marie qui portent ces croix avec plus de facilité, de mérite et de gloire ; et que ce qui arrêterait mille fois un autre ou le ferait tomber, ne les arrête pas une fois et les fait avancer : parce que cette bonne Mère, toute pleine de grâces et de l'onction du Saint-Esprit, confit toutes ces croix qu'elle leur taille, dans le sucre de sa douceur maternelle et dans l'onction du pur amour ; en sorte qu'ils les avalent joyeusement comme des noix confites, quoiqu'elles soient d'elles-mêmes très amères ; et je crois qu'une personne qui veut être dévote et vivre pieusement en Jésus-Christ, et par conséquent souffrir persécution et porter tous les jours sa croix, ne portera jamais de grandes croix ou ne les portera pas joyeusement ni jusqu'à la fin, sans une tendre dévotion à la sainte Vierge, qui (157) est la confiture des croix : tout de même qu'une personne ne pourra pas manger, sans une grande violence qui ne sera pas durable, des noix vertes sans être confites dans le sucre.

    2° Cette dévotion à la sainte Vierge est un chemin court pour trouver Jésus-Christ : soit parce qu'on ne s'y égare point ; soit parce que, comme je viens de dire, on y marche avec plus de joie et de facilité, et par conséquent avec plus de promptitude. On avance plus en peu de temps de soumission et de dépendance de Marie que dans des années entières de propre volonté et d'appui sur soi-même ; car un homme obéissant et soumis à la divine Marie chantera des victoires signalées sur tous ses ennemis ; ils voudront l'empêcher de marcher, ou le faire reculer, ou le faire tomber, il est vrai ; mais avec l'appui, l'aide et la conduite de Marie, sans tomber, sans reculer,et même sans se retarder, il avancera à pas de géant vers Jésus-Christ, par le même chemin par lequel il sait que Jésus-Christ est venu à nous à
pas de géant et en peu de temps (158). Pourquoi pensez-vous que Jésus-Christ a si peu vécu sur la terre, et qu'en le peu d'années qu'il y a vécu il a passé presque toute sa vie dans la soumission et l'obéissance à sa Mère ? Ah ! c'est qu'ayant été consommé en peu (159), il a vécu longtemps et plus longtemps qu'Adam dont il était venu réparer les pertes, quoiqu'il ait vécu (160) plus de neuf cents ans. Jésus-Christ a vécu longtemps parce qu'il a vécu bien soumis à sa sainte Mère, et bien uni avec elle pour obéir à Dieu son Père ; « car celui qui honore sa mère ressemble à un homme qui thésaurise », dit le Saint-Esprit ; c'est-à-dire que celui qui honore Marie sa Mère jusqu'à se soumettre à elle, à lui obéir en toutes choses, deviendra bientôt riche, 1° parce qu'il amasse tous les jours des trésors parle secret de cette pierre philosophale (161) : Qui honorat matrem quasi qui thesaurizat ; 2° parce que c'est dans le sein de Marie, qui a entouré et engendré un homme parfait (162) et qui a eu la capacité de contenir celui que tout l'univers ne comprend ni ne contient pas, c'est dans le sein de Marie, dis-je, que les jeunes gens deviennent des vieillards en lumière, en sainteté, en expérience et en sagesse ; et qu'on parvient en peu d'années jusqu'à la plénitude de l'âge de Jésus-Christ (163).

    3° Cette pratique de dévotion à la sainte Vierge est un chemin parfait pour aller et s'unir à Jésus-Christ ; puisque la divine Marie est la plus parfaite et la plus sainte des pures créatures, et que Jésus-Christ, qui est parfaitement venu à nous, n'a point pris d'autre route de son grand et admirable voyage. Le Très-Haut, l'Incompréhensible, l'Inaccessible, Celui qui est, a voulu venir à nous, petits vers de terre, qui ne sommes rien ; comment cela s'est-il fait ? Le Très-Haut est descendu parfaitement et divinement, par l'humble Marie, jusqu'à nous, sans rien perdre de sa divinité et sainteté ; et c'est par Marie que les très petits doivent monter parfaitement et divinement au Très-Haut sans rien appréhender (164). L'Incompréhensible s'est laissé comprendre et contenir parfaitement par la petite Marie (165), sans rien perdre de son immensité ; c'est aussi par la petite Marie que nous devons nous laisser contenir et conduire parfaitement sans aucune réserve. L'Inaccessible s'est approché, s'est uni étroitement, parflitement et même personnellement à notre humanité par Marie, sans rien perdre de sa majesté ; c'est aussi par Marie que nous devons approcher de Dieu et nous unir à sa majesté parfaitement et étroitement, sans crainte d'être rebutés. Enfin, Celui qui est a voulu venir à ce qui n'est pas, et faire que ce qui n'est pas devienne Dieu en Celui qui est (166) ; et il l'a fait parfaitement en se donnant et se soumettant entièrement à la jeune Vierge Marie, sans cesser d'être dans le temps Celui qui est de toute éternité ; de même, c'est par Marie que, quoique nous ne soyons rien, nous pouvons devenir semblables à Dieu par la grâce et la gloire, en nous donnant à elle si parfaitement et entièrement, que nous ne soyons rien en nous-mêmes et tout en elle, sans crainte de nous tromper.

    Qu'on me fasse un chemin nouveau pour aller à Jésus-Christ; et que ce chemin soit pavé de tous les mérites des bienheureux, orné de toutes leurs vertus héroïques, éclairé et embelli de toutes les lumières et beautés des anges ; et que tous les anges et les saints y soient pour y conduire, défendre et soutenir ceux et celles qui y voudront marcher : en vérité, en vérité, je dis hardiment, et je dis la vérité, que je prendrais préférablement à ce chemin qui serait si parfait, la voie immaculée de Marie : Posui immaculatam viam meam(167); voie ou chemin sans aucune tache ni souillure, sans péché originel ni actuel, sans ombres ni ténèbres. Et si mon aimable Jésus, dans sa gloire, vient une seconde fois sur la terre, comme il est certain, pour y régner (168), il ne choisira point d'autre voie de son voyage que la divine Marie, par laquelle il est si sûrement et parfaitement venu la première fois la différence qu'il y aura entre la première et la dernière venue, c'est que la première a été secrète et cachée, et que la seconde sera glorieuse et éclatante ; mais toutes deux parfaites, parce que toutes deux seront par Marie. Hélas ! voici un mystère qu'on ne comprend pas. Hic taceat omnis lingua(169).

    4° Cette dévotion à la sainte Vierge est un chemin assuré pour aller à Jésus-Christ et acquérir la perfection en nous unissant à lui.

    1)° Parce que cette pratique que j'enseigne n'est pas nouvelle. Elle est si ancienne qu'on ne peut, comme dit M. Boudon mort depuis peu en odeur de sainteté, dans un livre qu'il a fait de cette dévotion (170), en marquer précisément les commencements ; il est cependant certain que depuis plus de 700 ans on en trouve des marques dans l'Église. Saint Odilon, abbé de Cluny, qui vivait environ l'an 1040, a été un des premiers qui l'a pratiquée publiquement en France, comme il est marqué dans sa vie. Le cardinal Pierre Damien (171) rapporte que l'an 1036 le bienheureux Marin, son frère, se fit esclave de la sainte Vierge en présence de son directeur, d'une manière bien édifiante : car il se mit la corde au cou, prit la discipline, et mit sur l'autel une somme d'argent pour marquer son dévouement et sa consécration à la sainte Vierge ; ce qu'il continua si fidèlement toute sa vie, qu'il mérita à sa mort d'être visité et consolé par sa bonne Maîtresse, et de recevoir de sa bouche les promesses du paradis pour récompense de ses services.  Césarius (172) fait mention d'un illustre chevalier, Vautier de Birbach, qui, environ l'an 1200, fit cette consécration de soi-même à la sainte Vierge. Cette dévotion a été pratiquée par plusieurs particuliers jusqu'au XVIIe siècle, où elle est devenue publique.

    Le Père Simon de Rojas, de l'ordre de la Trinité dit de la Rédemption des Captifs, prédicateur du roi Philippe III, mit en vogue cette dévotion par toute l'Espagne et l'Allemagne, et obtint, à l'instance de Philippe III, de Grégoire XV, de grandes indulgences à ceux qui la pratiqueraient. Le R. Père de Los Rios, de l'ordre de Saint Augustin, s'appliqua avec son intime ami, le Père de Rojas, à étendre cette dévotion par ses paroles et ses écrits dans l'Espagne et l'Allemagne ; il composa un gros volume intitulé Hierarchia Mariana, dans lequel il traite avec autant de piété que d'érudition de l'antiquité, de l'excellence et de la somité de cette dévotion. Les RR. Pères Théatins, au siècle dernier, établirent cette dévotion dans l'Italie, la Sicile et la Savoie. Le R. Père Stanislas Thanicius, de la Compagnie de Jésus, avança merveilleusement cette dévotion dans la Pologne. Le Père de Los Rios, dans son livre cité ci-dessus, rapporte les noms des princes, princesses, ducs et cardinaux de différents royaumes, qui ont embrassé cette dévotion.

    Le R. Père Cornelius à Lapide, aussi recommandable pour sa piété que pour sa science profonde, ayant reçu commission de plusieurs théologiens d'examiner cette dévotion, après l'avoir examinée mûrement, lui donna des louanges dignes de sa piété, et plusieurs autres grands peronnes suivirent son exemple.

    Les RR. Pères Jésuites, toujours zélés au service de la très sainte Vierge, présentèrent, au nom des Congréganistes de Cologne, un petit traité de cette dévotion au duc Ferdinand de Bavière pour lors archevêque de Cologne, qui lui donna son approbation et la permission de le faire imprimer, exhortant tous les curés et religieux de son diocèse d'avancer autant qu'ils le pourraient cette dévotion.

    Le cardinal de Bérulle, dont la mémoire est en bénédiction par toute la France, fut un des plus zélés à étendre en France cette dévotion, malgré toutes les calomnies et persécutions que lui firent les critiques et les libertins : ils l'accusèrent de nouveauté et de superstition, ils écrivirent et publièrent contre lui un écrit diffamatoire, et ils se servirent, ou plutôt le démon par leur ministère, de mille ruses pour l'empêcher d'étendre cette dévotion en France ; mais ce grand et saint homme ne répondit à leurs calomnies que par sa patience, et à leurs objections, contenues dans leur libelle, que par un petit écrit où il les réfute puissamment en leur montrant que cette dévotion est fondée sur l'exemple de Jésus-Christ, sur les obligations que nous lui avons, et sur les voeux que nous avons faits au saint baptême ; et c'est particulièrement par cette dernière raison qu'il ferme la bouche à ses adversaires, leur faisant voir que cette consécration à la sainte Vierge et à Jésus-Christ par ses mains n'est autre chose qu'une parfaite rénovation des voeux et promesses du baptême : il dit plusieurs belles choses sur cette pratique, qu'on peut lire en ses ouvrages.

    On peut lire dans le livre de M. Boudon les différents Papes qui ont approuvé cette dévotion, les théologiens qui l'ont examinée, les persécutions qu'elle a eues et vaincues, et les milliers de personnes qui l'ont embrassée, sans que jamais aucun Pape l'ait condamnée ; et on ne le pourrait pis faire sans renverser les fondements du christianisme (173). Il reste donc constant que cette dévotion n'est point nouvelle ; et que si elle n'est pas commune, c'est qu'elle est trop précieuse pour être goûtée et pratiquée de tout le monde.

 2)° Cette dévotion est un moyen assuré pour aller à Jésus-Christ, parce que le propre de la sainte Vierge est de nous conduire sûrement à Jésus-Christ, comme le propre de Jésus-Christ est de nous conduire sûrement au Père éternel. Et que les spirituels (174) ne croient pas faussement que Marie leur soit un empêchement pour arriver à l'union divine. Car serait-il possible que celle qui a trouvé grâce devant Dieu pour tout le monde en général, et pour chacun en particulier (175), fût un empêchement à une âme pour trouver la grande grâce de l'union avec lui ? Serait-il possible que celle qui a été toute pleine et surabondante de grâces, si unie et transformée en Dieu, qu'il a fallu (176) qu'il Se soit incarné en elle, empêchât qu'une âme ne fût parfaitement unie à Dieu ? Il est bien vrai que la vue des autres
créatures, quoique saintes, pourrait peut-être, en de certains temps, retarder l'union divine ; mais non pas Marie, comme j'ai dit et dirai toujours sans me lasser. Une raison pour quoi si peu d'âmes arrivent à la plénitude de l'âge de Jésus-Christ, c'est que Marie, qui est autant que jamais la Mère du Fils et l'Epouse féconde du Saint-Esprit, n'est pas assez formée dans leurs coeurs (177). Qui veut avoir le fruit bien mûr et bien formé doit avoir l'arbre qui le produit ; qui veut avoir le fruit de vie, Jésus-Christ, doit avoir l'arbre de vie, qui est Marie ; qui veut avoir en soi l'opération du Saint-Esprit doit avoir son Epouse fidèle et indissoluble, la divine Marie, qui le rend fertile
et fécond, comme nous l'avons dit ailleurs.

    Soyez donc persuadé que plus vous regarderez Marie en vos oraisons, contemplations, actions et souffrances, sinon d'une vue distincte et aperçue, du moins d'une vue générale et imperceptible (178), et plus parfaitement vous trouverez Jésus-Christ, qui est toujours avec Marie, grand, puissant, opérant et incompréhensible.

Ainsi, bien loin que la divine Marie, toute perdue en Dieu, devienne un obstacle aux parfaits pour arriver à l'union avec Dieu, il n'y a point eu jusqu'ici et il n'y aura jamais de créature qui nous aide plus efficacement à ce grand ouvrage : soit par les grâces qu'elle nous communiquera à cet effet, « personne n'étant rempli de la pensée de Dieu que par elle, » dit un saint : Nemo cogitatione Dei repletur nisi per te ; soit par les illusions et tromperies du malin esprit dont elle nous garantira.

    Là où est Marie, là l'esprit malin n'est point ; et une des plus infaillibles marques qu'on est conduit par le bon Esprit, c'est quand on est bien dévot à Marie, qu'on pense souvent à elle, et qu'on en parle souvent. C'est la pensée d'un saint, qui ajoute que, comme la respiration est une marque certaine que le corps n'est pas mort, la fréquente pensée et invocation amoureuse de Marie est une marque certaine que l'âme n'est pas morte par le péché.

    Comme « c'est Marie seule, dit l'Eglise et le Saint-Esprit qui la conduit, qui a seule fait périr toutes les hérésies », Sola cunctas haereses interemisti in universo mundo, quoique les critiques en grondent (179), jamais un fidèle dévot de Marie ne tombera dans l'hérésie ou l'illusion, du moins formelle (180). Il pourra bien errer matériellement, prendre le mensonge pour la vérité et le malin esprit pour le bon, quoique plus difficilement qu'un autre ; mais il connaîtra tôt ou tard sa faute et son erreur matérielle (181) ; et quand il la connaîtra, il ne s'opiniâtrera en aucune manière à croire et à soutenir ce qu'il avait cru véritable. Quiconque donc, sans crainte d'illusion qui est ordinaire aux personnes d'oraison, veut avancer dans la voie de la perfection et trouver sûrement et parfaitement Jésus-Christ, « qu'il embrasse avec un grand coeur », Corde magno et animo volenti, cette dévotion à la sainte Vierge, qu'il n'avait peut-être pas
encore connue ; qu'il entre dans « ce chemin excellent qui lui était inconnu et que je lui montre » : Excellentiorem viam vobis demonstro.

    C'est un chemin frayé par Jésus-Christ, la Sagesse Incarnée, notre unique chef : le membre, en y passant, ne peut se tromper. C'est un chemin aisé, à cause de la plénitude de la grâce et de l'onction du Saint-Esprit qui le remplit : on ne se lasse point, ni on ne recule point en y marchant. C'est un chemin court, qui en peu de temps nous mène à Jésus-Christ. C'est un chemin parfait, où il n'y a aucune boue, aucune poussière, ni la moindre ordure du péché. C'est enfin un chemin assuré, qui nous conduit à Jésus-Christ et à la vie éternelle, d'une manière droite et assurée, sans détourner ni à droite ni à gauche. Entrons donc dans ce chemin, et marchons-y jour et nuit, jusqu'à la plénitude de l'âge de JésusChrist.

    Sixieme motif. Cette pratique de dévotion donne une grande liberté intérieure, qui est la liberté des enfants de Dieu aux personnes qui la pratiquent fidèlernent ; car, comme par cette dévotion on se rend esclave de Jésus-Christ, on se consacre tout à lui en cette qualité, ce bon Maître, pour récompense de la captivité amoureuse où on se met, 1° ôte tout scrupule et crainte servile de l'âme, qui n'est capable que de l'étrécir, captiver et embrouiller ; 2° il élargit le coeur par une ferme confiance en Dieu, le lui faisant regarder comme son Père ; 3° il lui inspire un amour tendre et filial.

    Sans m'arrêter à prouver cette vérité par des raisons, je me contente de rapporter un trait d'histoire que j'ai lu dans la Vie de la Mère Agnès de Jésus, religieuse jacobine (182) du couvent de Langeac en Auvergne, et qui mourut en odeur de sainteté au même lieu, l'an 1634. N'ayant encore que sept ans et souffrant de grandes peines d'esprit, elle entendit une voix qui lui dit que, si elle voulait être délivrée de toutes ses peines et être protégée contre tous ses ennemis, elle se fit au plus tôt l'esclave de Jésus et de sa sainte Mère. Elle ne fût pas plus tôt de retour à la maison, qu'elle se donna tout entière à Jésus et à sa sainte Mère en cette qualité, quoiqu'elle ne sût pas auparavant ce que c'était que eette dévotion ; et ayant trouvé une chaîne de fer, elle se la mit sur les reins, et la porta jusqu'à la mort. Après cette action, toutes ses peines et ses scrupules cessèrent, et elle se trouva dans une grande paix et dilatation de coeur ; ce qui l'engagea à enseigner cette dévotion à plusieurs autres qui y ont fait de grands progrès, entre autres à M. Olier, instituteur du séminaire de Saint-Sulpice, et à plusieurs prêtres et ecclésiastiques du même séminaire. Un jour la sainte Vierge lui apparut, et lui mit au cou une chaîne d'or pour lui témoigner la joie qu'elle avait qu'elle se fût faite l'esclave de son Fils et la sienne ; et sainte Cécile, qui accompagnait la sainte Vierge, lui dit : Heureux sont les fidèles esclaves de la Reine du ciel, car « ils jouiront de la véritable liberté »
Tibi servire libertas.

    Septième motif. Ce qui peut encore nous engager à embrasser cette pratique, ce sont les grands biens qu'en recevra notre prochain ; car, par cette pratique, on exerce envers lui la charité d'une manière éminente ; puisqu'on lui donne, par les mains de Marie, tout ce qu'on a de plus cher, qui est la valeur satisfactoire et impétratoire de toutes ses bonnes oeuvres, salis excepter la moindre bonne pensée et la moindre petite souffrance ; on consent que tout ce qu'on a acquis et ce qu'on acquerra jusqu'à la mort, de satisfactions, soit, selon la volonté de la sainte Vierge, employé ou à la conversion des pécheurs ou à la délivrance des âmes du purgatoire.

    N'est-ce pas là aimer son prochain parfaitement ? N'est-ce pas là être le véritable disciple de Jésus-Christ, qu'on reconnaît par la charité ? N'est-ce pas là le moyen de convertir les pécheurs Sans crainte de la vanité, et de délivrer les âmes du purgatoire sans
presque faire rien autre chose que ce que chacun est obligé de faire dans son état pour connaître l'excellence de ce motif, il faudrait connaître quel bien c'est que de convertir un pécheur ou de délivrer une âme du purgatoire : bien infini, qui est plus grand que de créer le ciel et la terre, puisqu'on donne à une âme la posséssion de Dieu. Quand, par cette pratique, on ne délivrerait qu'une âme du purgatoire en toute si vie, ou qu'on ne convertirait qu'un pécheur, n'en serait-ce pas assez pour engager tout homme vraiment charitable à l'embrasser ? Mais il faut remarquer que nos bonnes oeuvres, passant par les mains de Marie, reçoivent une augmentation de pureté et par conséquent de mérite et de valeur satisfactoire et impétritoire. C'est pourquoi elles deviennent beaucoup plus capables de soulager les âmes du purgatoire et de convertir les pécheurs, que si elles ne passaient pas par les mains virginales et libérales de Marie. Le peu qu'on donnne par la sainte Vierge, sans propre volonté et par une charité très désintéressée, en vérité devient bien puissant pour fléchir la colère de Dieu et pour attirer sa miséricorde ; et il se trouvera peut-être à la mort, qu'une personne bien fidèle à cette pratique aura par ce moyen délivré plusieurs âmes du purgatoire et converti plusieurs pécheurs, quoiqu'elle n'ait fait que des actions de son état assez ordinaires. Quelle joie à son jugement! quelle gloire dans l'éternité !

    Huitième motif. Enfin, ce qui nous engage plus puissamment, en quelque manière (183), à cette dévotion à la très sainte Vierge, c'est que c'est un moyen admirable pourpersévérer dans la vertu et être fidèle. Car d'où vient que la plupart des conversions des pécheurs ne sont pas durables ? d'où vient qu'on retombe si aisément dans le péché ? d'où vient que la plupart des justes, au lieu d'avancer de vertu en vertu et acquérir de nouvelles grâces, perdent souvent le peu de vertus et de grâces qu'ils ont ? Ce malheur vient, comme j'ai montré ci-devant, de ce que l'homme, étant si corrompu, si faible et si inconstant, se fie à lui-même, s'appuie sur ses propres forces, et se croit capable de garder le trésor de ses grâces, de ses vertus et mérites. Par cette dévotion, on confie à la sainte Vierge, qui est fidèle, tout ce qu'on possède ; on la prend pour la dépositaire universelle de tous ses biens de nature et de grâce ; c'est à sa fidélité que l'on se fie,
c'est sur sa puissance que l'on s'appuie, c'est sur sa miséricorde et sa charité que l'on se fonde, afin qu'elle conserve et augmente nos vertus et mérites, malgré le diable, le monde et la chair, qui font leurs efforts pour nous les enlever. On lui dit, comme un bon enfant à sa mère, et un fidèle serviteur à sa maîtresse : Depositum custodi ; ma bonne Mère et Maîtresse, je reconnais que j'ai jusqu'ici plus reçu une grâce de Dieu par votre intercession que je n'en mérite ; et ma funeste expérience m'apprend que je porte ce trésor en un vaisseau très fragile, et que je suis trop faible et trop misérable pour le conserver de moi-même ; de grâce, recevez en dépôt tout ce que je possède, et me le conservez par votre fidélité et votre puissance. Si vous me gardez, je ne perdrai rien ; si vous me soutenez, je ne tomberai point ; si vous me protégez, je suis à couvert de mes ennemis. C'est ce que dit saint Bernard en termes formels, pour nous inspirer cette pratique. « Lorsqu'elle vous soutient, vous ne tombez point »; lorsqu'elle vous protége, vous ne craignez point ; lorsqu'elle vous conduit, vous ne vous fatiguez point ; « lorsqu'elle vous est favorable, vous arrivez jusqu'au port du salut». Ipsa tenente, non corruis ; ipsa propitia, pervenis. Saint Bonaventure semble encore dire la même chose en des termes plus formels : « La sainte Vierge, dit-il, n'est pas seulement retenue dans la plénitude des saints ; mais elle retient encore et garde les saints dans leur plénitude (184), afin qu'elle ne diminue point ; elle empêche que leurs vertus ne se dissipent, que leurs mérites ne périssent, que leurs grâces ne se perdent, que les démons ne leur nuisent ; enfin elle empêche que Notre Seigneur ne les châtie quand ils pèchent ». Virgo non solum in plenitudine sanctorum detinetur, sed etiam in plenitudine sanctos detinet, ne plenitudo minuatur ; detinet virtutes ne fugiant ; detinet merita ne pereant ; detinet gratias ne effluant ; detinet daemones ne noceant ; detinet Filium ne peccatores percutiat. (S. Bonav. in Specul. B. V.).

    La très sainte Vierge est la Vierge fidèle, qui, par sa fidélité à Dieu, répare les pertes qu'a faites Ève l'infidèle par son infidélité ; et qui obtient la fidélité à Dieu et la persévérance, à ceux et celles qui s'attachent à elle. C'est pourquoi un saint la compare à une ancre ferme qui les retient et les empêche de faire naufrage dans la mer agitée de ce monde, où tant de personnes périssent faute de s'attacher à cette ancre ferme. « Nous attachons, dit-il, les âmes à votre espérance, comme à une ancre ferme. » Animas ad spem tuam sicut ad firmam anchoram alligamus. C'est à elle que les saints qui se sont sauvés se sont le plus attachés et ont attaché les autres, afin de persévérer dans la vertu. Heureux donc et mille fois heureux les chrétiens qui maintenant s'attachent fidèlement et entièrement à elle, comme à une
ancre ferme : les efforts de l'orage de ce monde ne les font point submerger ni perdre leurs trésors célestes. Heureux ceux et celles qui entrent dans elle comme dans l'arche de Noé : les eaux du déluge de péchés qui noient tant de monde ne leur nuiront point : car, Qui operantur in me non peccabunt, « ceux qui sont en moi pour travailler à leur salut ne pécheront point, » dit-elle avec la Sagesse. Heureux les enfants infidèles de la malheureuse Ève, qui s'attachent à la Mère et Vierge fidèle qui « demeure toujours fidèle et ne se dément jamais », Fidelis permanet, se ipsant negare non Potest, et qui « aime toujours ceux qui l'aiment, » Ego diligentes me diligo, non seulement d'un amour affectif, mais d'un amour effectif et efficace, en les empêchant, par une grande abondance de grâces, de reculer dans la vertu, de tomber dans le chemin, en perdant la grâce de son Fils. Cette bonne Mère reçoit toujours, par pure charité, tout ce qu'on lui donne en dépôt ; et quand elle l'a une fois reçu en qualité de dépositaire, elle est obligée par justice, en vertu du contrat de dépôt, de nous le garder : tout comme une personne à qui j'aurais confié mille écus en dépôt serait obligée de me les garder ; en sorte que si, par sa négligence, mes mille écus venaient à être perdus, elle en serait responsable en bonne justice. Mais non, la fidèle Marie ne laissera pas perdre par sa négligence ce qu'on lui aurait confié : le ciel et la terre passeraient plutôt qu'elle fût négligente et infidèle envers ceux qui se fient en elle.

    Pauvres enfants de Marie, votre faiblesse est extrême, votre inconstance est grande, votre fonds est bien gâté, je l'avoue ; vous êtes tirés de la même masse corrompue des enfants d'Adam et Ève. Ne vous découragez pas pour cela, mais consolezvous, mais réjouissez-vous d'avoir le secret que je vous apprends, secret inconnu de presque tous les chrétiens même les plus dévots. Ne laissez pas votre or et votre argent dans vos coffres qui ont déjà été enfoncés par l'esprit malin qui vous a volés ; et qui sont trop petits, trop faibles et trop vieux, pour contenir un trésor si grand et si précieux. Ne mettez pas l'eau pure et claire de la fontaine dans vos vaisseaux tout gâtés et infectés par le péché : si le péché n'y est plus, son odeur y est encore, l'eau en sera gâtée. Ne mettez pas vos vins exquis dans vos anciens tonneaux qui ont été remplis de mauvais vins : ils en seraient gâtés et en danger d'être répandus.

    Quoique vous m'entendiez, âmes prédestinées, il faut ici parler plus ouvertement. Ne confiez pas l'or de votre charité, l'argent de votre pureté, les eaux des grâces célestes, ni les vins de vos mérites et vertus, à un sac percé, à un coffre vieux et brisé, à un vaisseau gâté et corrompu comme vous êtes : autrement, vous serez pillées par les voleurs, c'est-à-dire les démons qui cherchent, qui épient nuit et jour le temps propre pour le faire ; autrement, vous gâterez par votre mauvaise odeur d'amour de vous-même, de confiance en vous-même et de propre volonté, tout ce que Dieu vous donne de plus pur. Mettez, versez dans le sein et le coeur de Marie tous vos trésors, toutes vos grâces et vertus : c'est un « vaisseau d'esprit, » c'est un « vaisseau d'honneur, » c'est un « vaisseau insigne de dévotion. » Vas spirituale, vas honorabile, vas insigne devotionis.

    Depuis que Dieu même en personne s'est enfermé avec toutes ses perfections dans ce vaisseau, il est devenu tout spirituel et la demeure spirituelle des âmes les plus spirituelles ; il est devenu honorable et le trône d'honneur des plus grands princes de l'éternité ; il est devenu insigne en dévotion et le séjour le plus illustre en doceurs, en grâces et en vertus ; il est enfin devenu riche comme une maison d'or, fort comme une tour de David, et pur comme une tour d'ivoire. Oh! qu'un homme qui a tout donné à Marie, qui se confie en tout et pour tout en Marie, est heureux ! Il est tout à Marie, et Marie est tout à lui. Il peut dire hardiment avec David : Hoec facta est mihi, « Marie est faite pour moi ; » ou avec le disciple bien-aimé : Accepi eam in mea, « je l'ai prise pour tout mon bien ; » ou avec Jésus-Christ. Omnia mea tua sunt, et omnia tua mea sunt, « Tout ce que j'ai est à vous, et tout ce que vous avez est à moi. »

    Si quelque critique qui lira ceci s'imagine que je parle ici par exagération et par une dévotion outrée, hélas ! il ne m'entend pas, soit parce qu'il est un homme charnel qui ne goûte pas les choses de l'esprit, soit parce qu'il est du monde qui ne peut recevoir le Saint-Esprit, soit parce qu'il est orgueilleux et critique qui condamne ou méprise tout ce qu'il n'entend pas. Mais les âmes qui ne sont pas nées du sang, ni de la volonté de Il chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu et de Marie, me comprennent et me goûtent : et c'est pour elles aussi que j'écris ceci.

    Cependant je dis pour les uns et les autres, en reprenant mi matière interrompue, que la divine Marie, étant la plus honnête et la plus libérale de toutes les pures créatures, elle ne se laisse jamais vaincre en amour et en libéralité ; et pour un oeuf, dit un saint homme, elle donnera un boeuf, c'est-à-dire, pour peu qu'on lui donne, elle donne beaucoup de ce qu'elle a reçu de Dieu ; et, par conséquent, si une âme se donne à elle sans réserve, elle se donne à cette âme sans réserve, si on met sa confiance en elle sans présomption, travaillant de son côté à acquérir les vertus, à dompter ses passions.

    Que les fidèles serviteurs de la sainte Vierge disent donc hardiment avec saint Jean Damascène : « Ayant confiance en vous, ô Mère de Dieu, je serai sauvé ; ayant votre protection, je ne craindrai rien ; avec votre secours, je combattrai et mettrai en fuite mes ennemis ; car votre dévotion est une arme de salut que Dieu donne à ceux qu'il veut sauver. » Spem tuam habens, o Deipara, servabor ; defensionem tuam possidens, non timebo ; persequar inimicos meos et in fugam vertam, habens protectionem et auxilium tuum ; nam tibi devotum esse est arma quaedam salutis quae Deus his dat quos vult salvos fieri. (Joan. Damasc.)
 
 

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COMMENTAIRES

(138) Mais cette dévotion-ci.
(139) « Si l'homme est généreux pour Dieu, Dieu le sera pour lui. »
(140) Si la Sagesse incarnée l'avait fait contre les désirs du Père céleste. C'est là une pure hypothèse, puisqu'il était absolument impossible que Notre Seigneur ne se conformât pas dans les moindres choses aux moindres désirs de son Père.
(141) « Ce qui lui plaît, je le fais toujours, » disait Jésus en parlant de son divin Père.
(142) Marie, élevée par l'Esprit-Saint à la dignité de Mère de Dieu, contribue, en union avec ce divin Esprit, à nous enfanter à la grâce.
(143) Par elle et surtout par le Saint-Esprit dont elle est l'auxiliaire.
(144) Ne pas nous consacrer à elle et ne pas dépendre d'elle, etc.
(145) « Marie a deux fils : l'homme-Dieu et le pur homme ; du premier, elle est mère corporellement ; du deuxième spirituellement. »
(146) « Telle est la volonté de Dieu : il a décidé que nous aurions tout par Marie. Si donc nous avons quelque espérance, quelque grâce, quelque rédemption, sachons que cela découle de ses mains. »
(147) « Tous les dons, les vertus et les grâces de l'Esprit-Saint sont distribués par les mains de Marie, à qui elle veut et quand elle veut, comme elle veut et tant qu'elle veut. »
(148) Vous étiez indigne de recevoir les grâces divines c'est pourquoi elles ont été données à Marie afin que vous eussiez par elle tout ce que vous recevriez jamais.»
(149) Tout au contraire.
(150) Elle est, pour son serviteur, par rapport à Jésus, tout ce que Jésus peut souhaiter de lui : elle est donc un tout très cher pour son serviteur et pour Jésus.
(151) Montfort traduit ainsi ce texte : « Ce disciple la reçut pour tout bien. » Le sens réel de l'évangile est celui-ci : « Ce disciple la reçut chez lui. » Notre bienheureux fait ici une de ces traductions ingénieuses et gracieuses dont il était coutumier.
(152) Sans crainte lâche et accablante comme celle des esclaves ; non certes des esclaves de la douce charité, tels que l'auteur en souhaitait beaucoup à Jésus et à Marie, mais des esclaves de la force et de la violence des hommes.
(153) Ne l'oublions pas, cette victoire attribuée à Marie sur Dieu est le résultat voulu de la miséricorde divine envers nous ; les armes victorieuses de Marie sont précisément les grâces que Dieu lui a libéralement et gratuitement données.
(154) Finalement, elle ne garde rien pour soi, de ce qu'on lui présente.
(155) « Mon âme exalte le Seigneur. »
(156) Ces croix et ces morts étranges qui conduisent à l'union divine, sont les épreuves et les anéantissements imposés par Dieu aux âmes qu'il fait entrer dans les voies de la haute perfection. Ce que dit le bienheureux de la diminution de ces épreuves par la dévotion filiale envers Marie, est assez nouveau en théologie mystique : mais il en avait fait personnellement l'expérience, et nous pouvons l'en croire.
(157) La dévotion.
(158) Pour peu de temps.
(159) Quoiqu'ayant vécu peu de temps.
(160) Quoiqu'Adam ait vécu.
(161) La prétendue pierre philosophale des anciens était un moyen, toujours inutilement cherché, de transformer tous les métaux en or.
(162) Notre Seigneur, vrai Dieu et vrai homme.
(163) Expression de saint Paul pour désigner l'état complet et parfait du chrétien pleinement formé à l'image de Jésus-Christ.
(164) Sans rien craindre.
(165) Toute créature, même Marie, est infiniment petite par comparaison avec Dieu.
(166) Pour nous montrer l'absolue perfection de sa nature, Dieu s'est appelé lui-même celui qui est. Comparées à lui, les créatures sont comme si elles n'étaient pas.
(167) Montfort suppose ingénieusement que ce verset du psalmiste peut signifier : « J'ai choisi l'Immaculée pour ma voie. » Le sens littéral est différent.
(168) Il s'agit simplement ici d'une venue et d'un règne invisibles de Jésus, venue et règne commencés depuis l'origine de l'Eglise, et que notre pieux écrivain espère devoir être un jour plus complets, plus éclatants, grâce à la dévotion envers Marie.
(169) « Ici, que toute langue se taise ! »
(170) Henri-Marie Boudon, (1621-1702), archidiacre d'Evreux, le principal inspirateur du bienheureux de Montfort, a publié en 1674 un traité intitulé : Dieu seul ou le saint esclavage de l'admirable Mère de Dieu. Il ne faut le confondre, ni avec un ouvrage italien, L'esclave de la très sainte Vierge, condamne par le Saint Siège à deux reprises en 1673, ni avec la traduction italienne, fautive et condarnnée en 1688, de son traité sur Dieu seul ou association pour l'intérêt de Dieu seul. Quant à ses principes, tels que le bienheureux les expose, cette dévotion n'est pas nouvelle ; elle est intimement liée avec les bases mêmes de la religion catholique. Quant à la forme, chose toujours secondaire et nécessairement un peu variable, elle est plus ou moins nouvelle, selon les pratiques, les expressions et les symboles qu'elle a adoptés. Peu connue de certaines personnes, mieux connue d'autres, elle a pu être dite nouvelle et ancienne par Montfort, qui ne se contredit pas en cela. Cependant, plusieurs manifestations de cette dévotion ayant justement déplu au Saint Siège, ainsi que nous le noterons plus loin, Boudon et Montfort les auraient abandonnées et formellement rejetées s'ils avaient connu là-dessus le vrai sentiment de Rome.
(171) Saint Pierre Damien.
(172) Césaire d'Heisterbach, et non pas Bollandus, comme portent toutes les éditions. De même, ce n'était pas 1500, mais 1200 tout au plus, qu'il fallait lire deux lignes après.
(173) Dans cette dévotion, distinguons le fond et la forme : celui-là, en effet, ne saurait être condamné ; celle-ci, en certaines circonstances, pourrait l'être.
(174) Les mystiques, les âmes justement avides d'un grand progrès spirituel.
(175) Marie a trouvé grâce devant Dieu, pour elle-même et pour tous les hommes, en vertu des grâces merveilleuses que Dieu lui a données, surtout de son immaculée conception et de sa divine maternité. Cela ne préjudicie donc en rien à l'oeuvre de l'unique Rédempteur, Notre Seigneur Jésus-Christ.
(176) Il l'a fallu seulement en conséquence de la libre volonté qu'il avait eue de se préparer Marie pour mère.
(177) Nous avons expliqué ailleurs le mode de présence de la sainte Vierge dans l'âme des chrétiens. Si, par leur coopération à la grâce, cette présence est très ample et très affermie, nul doute que la présence de Dieu par cette même grâce ne soit également très ample et très affermie en eux, et qu'ils ne soient ainsi très semblables à Jésus-Christ. Par contre, le mépris ou la simple négligence de la dévotion envers Marie sont de grands obstacles à la ressemblance d'une âme avec Jésus.
(178) Par l'intention générale et habituelle de lui plaire et de demeurer sous son influence bénie.
(179) Quoique certains esprits trop portés à la critique murmurent contre cette assertion.
(180) En effet, la dévotion à la sainte Vierge suppose nécessairement une entière obéissance à l'Eglise, et par conséquent préserve de lui désobéir formellement.
(181) Le véritable serviteur de Marie, étant le fils obéissant de l'Eglise, s'enquiert soigneusement des enseignements et des ordres de celle-ci et finit toujours par les connaître, parce que « celui qui cherche trouve », dit Notre Seigneur ; que si une mort imprévue l'arrêtait dans sa recherche, il n'en serait pas moins sauvé par la sincérité de sa bonne foi.
(182) Religieuse dominicaine.
(183) Plus.puissamment encore, s'il est possible.
(184) La plénitude des saints est l'ensemble de leurs vertus surnaturelles, entre lesquelles se trouve certainement la dévotion à Marie ; et par cette dévotion, la sainte Vierge elle-même les maintient dans leur plénitude de vertus.