(chapitreXVI)

II.

DES ANGES ET DES  ESPRITS CHEZ L'HOMME



5846. L'Influx provenant du Monde spirituel chez l'homme a lieu, en général, de cette manière: l'homme ne peut rien penser, ni rien vouloir par lui-même, mais tout influe ; le bien et le vrai, du Seigneur par le Ciel, ainsi par les Anges qui sont chez l'homme ; le mal et le faux, de l'enfer, ainsi par les mauvais Esprits qui sont chez l'homme ; et cela, dans la pensée et dans la volonté de l'homme : je sais que cela va paraître très paradoxal, parce que c'est contre l'apparence, mais l'expérience elle-même enseignera comment la chose se passe.

5847. En effet, jamais aucun homme, aucun Esprit, ni aucun Ange, n'a la vie par lui-même, et ainsi ne peut jamais penser ni vouloir par lui-même, car dans le penser et dans le vouloir est la vie de l'homme, parler et agir est la vie qui en résulte ; il n'y a, en effet, qu'une seule vie, à savoir la vie du Seigneur, laquelle influe dans tous, mais elle est reçue diversement, et même selon la qualité que l'homme par sa vie a introduite dans son âme ; de là, chez les méchants, les biens et les vrais sont changés en maux et en faux ; chez les bons, ils sont reçus les biens comme biens, et les vrais comme vrais. Cela peut être comparé à la lumière qui influe du soleil dans les objets ; elle y est modifiée et variée de différentes manières selon la forme des parties, et par suite elle est changée en couleurs ou tristes ou gaies. L'homme, pendant qu'il vit dans le monde, introduit une forme dans les substances les plus pures qui appartiennent à ses intérieurs, de sorte qu'on peut dire qu'il forme son âme, c'est-à-dire la qualité de son âme ; selon cette forme est reçue la vie du Seigneur, vie qui appartient à son amour envers tout le genre humain. Qu'il n'y ait qu'une seule vie, et que les hommes, les esprits et les anges soient des récipients de la vie, on le voit, n° 1954, 2021, 2706, 2886 à 2889,2893,3001,3318,3337,3338,3484,3741,3742,3743,4151,4249, 4318, 4319, 4320, 4417, 4524, 4882.

5848. Pour que la vie du Seigneur influe, et soit reçue selon toute loi chez l'homme, il y a continuellement chez l'homme des Anges et des Esprits, des Anges venant du ciel, et des Esprits venant de l'enfer ; et j'ai été informé que chez chaque homme, il y a deux Esprits et deux Anges s'il y a des Esprits de l'enfer, c'est parce que l'homme par lui-même est continuellement dans le mal, car il est dans le plaisir de l'amour de soi et du monde ; et autant l'homme est dans le mal, ou dans ce plaisir, autant les Anges du ciel ne peuvent être présents.

5849. Ces. deux Esprits, qui ont été adjoints à l'homme, font qu'il y a communication avec l'enfer, et ces deux Anges font qu'il y a communication avec le ciel ; l'homme, sans la communication avec le ciel et l'enfer, ne pourrait pas même vivre un instant : si ces communications étaient ôtées, l'homme tomberait mort comme une souche, car alors serait ôté le lien avec le Premier  tre, c'est-à-dire avec le Seigneur. Cela m'a aussi été montré par une expérience : les Esprits chez moi furent un peu éloignés, et alors selon l'éloignement je commençai quasi à expirer, et j'aurais même expiré s'Os n'eussent pas été rapprochés. Mais je sais que bien peu d'hommes croient que chez eux il y a quelque Esprit, et même quelques Esprits ; la raison principale, c'est qu'aujourd'hui il n'y a aucune foi parce qu'il n'y a aucune charité ; par suite, on ne croit pas non plus qu'il y ait un enfer, ni même qu'il y ait un ciel, ni par conséquent une vie après la mort ; une autre raison, c'est que les hommes ne voient point de leurs yeux les Esprits ; en effet, ils disent : si je voyais, je croirais ; ce que je vois existe, mais ce que je ne vois pas je ne sais si cela existe. On sait cependant, ou l'on peut savoir, que l'oeil de l'homme est si faible et si grossier qu'il ne voit pas même les choses saillantes qui sont dans l'extrême nature, ce qui est évident d'après les instruments d'optique par lesquels ces choses deviennent visibles ; comment alors l'homme pourrait-il voir les choses qui sont au-dedans d'une nature encore plus pure, où sont les Esprits et les Anges ? L'homme ne peut les voir qu'avec l'oeil de son homme interne, car l'oeil interne a été disposé pour les voir ; mais, pour plusieurs motifs, la vue de cet oeil n'est point ouverte à l'homme pendant qu'il est dans le monde. D'après cela, on peut juger combien la foi d'aujourd'hui diffère de la foi ancienne ; la foi ancienne était que chaque homme avait chez lui son Ange.

5850. Voici comment la chose se passe : du Seigneur il y a par le monde spirituel dans les sujets du monde naturel un Influx commun, et il y a un Influx particulier; l'Influx commun, dans ceux qui sont dans l'ordre ; l'Influx particulier, dans ceux qui ne sont point dans l'ordre : les Animaux de chaque genre sont dans l'ordre de leur nature, c'est pour cela qu'en eux il y a l'influx commun ; qu'ils soient dans l'ordre de leur nature, on le voit en ce qu'ils naissent dans toutes les choses qui leur sont propres, et n'ont pas besoin d'y être introduits par instruction : les hommes, au contraire, ne sont ni dans l'ordre ni dans aucune loi de l'ordre ; c'est pour cela qu'en eux il y a l'influx particulier, c'est-à-dire que chez eux il y a des Anges et des Esprits, par lesquels a heu l'influx ; et s'il n'y en avait pas chez les hommes, ceux-ci se jetteraient dans tous les crimes, et se précipiteraient en un moment dans l'enfer le plus profond ; par ces Esprits et par ces Anges, l'homme est sous l'auspice et sous la conduite du Seigneur. L'ordre de l'homme, ordre dans lequel il a été créé, serait qu'il aim‚t le prochain comme lui-même, ou plutôt plus que lui-même, comme font les Anges ; mais l'homme n'aime que lui seul et le monde, et il hait le prochain, à moins que celui-ci ne lui soit favorable dans son but de dominer et de posséder le monde ; c'est pourquoi, comme la vie de l'homme est absolument contre l'ordre céleste, l'homme est dirigé par le Seigneur au moyen d'Esprits séparés et d'Anges séparés.
 
5851. Les mêmes Esprits ne demeurent pas perpétuellement chez l'homme, mais ils sont changés selon les états de l'homme, à savoir selon les états de son affection, ou de son amour et de ses fins ; les premiers sont éloignés, et d'autres les remplacent : en général, tel est l'homme lui-même, tels sont les Esprits chez l'homme ; s'il est avare, il y a chez lui des Esprits avares ; s'il est fastueux, des Esprits fastueux ; s'il est avide de vengeance, des Esprits vindicatifs ; s'il est fourbe, des Esprits fourbes ; l'homme attire à lui de l'enfer les Esprits selon sa vie. Les enfers sont très exactement distingués selon les maux des cupidités, et selon toutes les différences du mal ; de là, il arrive toujours que de semblables Esprits sont évoqués et adjoints à l'homme qui est dans le mal.
 
5852. Les mauvais esprits qui sont chez l'homme sont de l'enfer, il est vrai, mais quand ils sont chez lui, ils ne sont point dans l'enfer , ils en ont été tirés : le Lieu où ils sont alors tient le milieu entre l'Enfer et le Ciel, et est appelé Monde des Esprits ; il en a été déjà fait souvent mention : dans ce monde, qui est appelé Monde des Esprits, il y a aussi des Esprits bons qui sont pareillement chez l'homme ; c'est aussi dans ce monde que viennent les hommes aussitôt après la mort ; et après quelque séjour là, ils sont ou relégués dans la Terre inférieure, ou précipités dans l'Enfer, ou élevés dans le Ciel, chacun selon sa vie ; dans ce monde sont terminés par leur partie supérieure les Enfers, qui y sont fermés et ouverts selon le bon plaisir du Seigneur ; et dans ce monde est terminé par sa partie inférieure le Ciel ; il forme donc un intervalle qui distingue le Ciel d'avec l'enfer ; d'après cela, on peut savoir ce que c'est que le Monde des Esprits. Quand les mauvais Esprits qui sont chez l'homme sont dans ce monde, ils ne sont dans aucun tourment infernal, mais ils sont dans les plaisirs de l'amour de soi et du monde, et dans les plaisirs de toutes les voluptés, dans lesquels l'homme est lui-même, car ils sont dans chaque pensée et dans chaque affection de l'homme ; mais quand ils sont remis dans leur Enfer, ils retournent dans leur précédent état.

5853. Les Esprits qui arrivent chez l'homme entrent dans toute sa mémoire, et dans toutes !es sciences de mémoire que l'homme possède ; ainsi, ils s'emparent de toutes les choses qui sont à l'homme, au point qu'ils ne peuvent faire autrement que de croire qu'elles sont à eux ; les Esprits ont de plus que l'homme cette prérogative ; de là vient que tout ce que l'homme pense ils le pensent, et que tout ce que l'homme veut ils le veulent, et que réciproquement tout ce que ces Esprits pensent l'homme le pense, et tout ce que ces Esprits veulent l'homme le veut ; car ils font un par conjonction : cependant, ils s'imaginent de part et d'autre, tant les Esprits que les hommes, que de telles choses sont en eux et viennent d'eux, mais c'est une illusion.

5854. Il est pourvu par le Seigneur à ce que les Esprits influent dans les pensées (cogitata) et dans les volontaires de l'homme, mais que les Anges influent dans les fins, et ainsi par les fins dans les choses qui résultent des fins ; les Anges influent aussi par les bons Esprits dans les choses qui chez l'homme sont des biens de la vie et des vrais de la foi, par lesquels ils le détournent des maux et des faux, autant qu'il est possible - cet influx est tacite, non perceptible pour l'homme, mais opérant et effectuant toujours en secret -, ils détournent principalement les fins mauvaises, et insinuent les bonnes ; mais, quand ils ne peuvent pas, ils s'éloignent et influent de plus loin, et alors les mauvais Esprits approchent plus près ; car les Anges ne peuvent être présents dans les fins mauvaises, c'est-à-dire dans les amours de soi et du monde ; mais néanmoins ils assistent de loin. Le Seigneur pourrait au moyen des Anges, par une force toute-puissante, conduire l'homme dans les bonnes fins ; mais ce serait lui enlever la vie, car sa vie appartient à des amours. absolument contraires ; c'est pourquoi une loi Divine i nviolable est que l'homme doit être dans le libre, et que le bien et le vrai, ou la charité et la foi, doivent être implantées dans son fibre, et nullement dans le contraint, car ce qui est reçu dans un état contraint ne demeure point, mais est dissipé ; en effet, contraindre l'homme, ce n'est pas insinuer dans son vouloir, car c'est d'après le vouloir d'un autre qu'il agira ; c'est pourquoi, lorsqu'il revient à son vouloir, c'est-à-dire à son fibre, ce qui a été reçu est extirpé ; c'est pour cela que le Seigneur gouverne l'homme par son libre, et le détourne, autant qu'il est possible, du libre de penser et de vouloir le mal ; car, si l'homme n'était pas détourné par le Seigneur, il se précipiterait continuellement dans l'Enfer le plus profond. Il a été dit que le Seigneur pourrait au moyen des Anges, par une force toute-puissante, conduire l'homme dans les bonnes fins ; en effet, les mauvais Esprits peuvent en un moment être chassés, fussent-ils des myriades autour de l'homme, et même être chassés par un seul Ange; mais alors l'homme viendrait dans un tel tourment et dans un tel enfer qu'il ne pourrait le supporter en aucune manière, car il serait misérablement privé de sa vie ; en effet, la vie de l'homme provient de cupidités et de fantaisies contre le bien et le vrai ; si cette vie n'était pas soutenue par les mauvais Esprits, et n'était ainsi corrigée, ou au moins guidée, il ne survivrait pas une minute ; car il n'y a en lui autre chose que l'amour de soi et du lucre, et l'amour de la renommée en vue de soi-même et du lucre, ainsi tout en lui est contre l'ordre ; si donc il n'était pas ramené dans l'ordre, modérément et par degrés sous la conduite de son libre, il expirerait aussitôt.

5855. Avant que l'ouverture m'ait été donnée pour parler avec les Esprits, j'étais dans l'opinion que jamais aucun Esprit ni aucun Ange ne pourrait savoir ni percevoir mes pensées, parce qu'elles étaient au-dedans de moi, et qu'il n'y avait que Dieu seul qui le pût ; une fois, a m'arriva, après cette ouverture, de remarquer qu'un certain Esprit savait ce que je pensais, car il en parlait avec moi, en peu de mots, et il me donna une preuve de sa présence par un certain signe j'en fus très surpris, surtout de ce qu'il savait ce que j'avais pensé je vis par là combien il est difficile pour l'homme de croire qu'un Esprit sait ce qu'il pense ; et cependant il sait, non seulement ce que l'homme lui-même a pensé, mais encore les plus petites choses des pensées et des affections que l'homme ne distingue pas, et même des choses qu'il ne peut nullement savoir dans la vie du corps : je sais cela d'après une continuelle expérience de plusieurs années.

5856. Les communications des sociétés avec d'autre sociétés se font par des Esprits qu'elles envoient, et par lesquels elles parlent ; ces Esprits sont appelés Sujets : quand quelque société était présente chez moi, je ne pouvais pas le savoir avant que la société eût envoyé un Esprit ; aussitôt qu'il avait été envoyé, la communication était ouverte : cela est très ordinaire dans l'autre vie, et arrive fréquemment. Par là, on peut voir que les Esprits et les Anges, qui sont chez l'homme, y sont pour la communication avec des sociétés dans l'Enfer, et avec des sociétés dans le Ciel.

5857. je me suis quelquefois entretenu avec les Esprits de l'éminente faculté qu'ils ont de plus que l'homme de s'emparer, au premier abord, de tout ce qui appartient à la mémoire de l'homme ; et quoique auparavant ils n'aient rien su des sciences, des langues, et des choses que l'homme a apprises et dont il s'est imbu depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, d'entrer aussitôt en possession de toutes ces choses, et d'être ainsi érudits chez les érudits, ingénieux chez les ingénieux, prudents chez les prudents. En entendant cela, ces Esprits devinrent fiers, car ce n'était pas de bons Esprits ; c'est pourquoi il me fut aussi donné de leur dire qu'ils sont ignorants chez les ignorants, stupides chez les stupides, insensés et fous chez les insensés et les fous, puisqu'ils s'emparent de tous les intérieurs de l'homme chez lequel ils sont, et ainsi de toutes ses illusions, ses fantaisies et ses faux, par conséquent de ses sottises et de ses folies. Mais les mauvais Esprits ne peuvent approcher des petits enfants, parce qu'ils n'ont encore rien dans la mémoire dont les Esprits puissent s'emparer ; c'est pourquoi chez les petits enfants, il y a de bons Esprits et des Anges.

5858. Il m'a été donné de savoir par un grand nombre d'expériences que tout ce que les Esprits pensent et prononcent d'après la mémoire de l'homme, ils s'imaginent que cela leur appartient et est en eux ; si on leur dit qu'il n'en est pas ainsi, ils sont excessivement indignés ; une telle illusion du sens règne chez eux. Pour qu'ils fussent convaincus qu'il n'en était pas ainsi, je leur demandai par quel moyen ils savaient converser avec moi dans ma langue propre, sans cependant en avoir rien connu dans la vie du corps, et comment ils savaient parler les autres langues que je possède, sans en connaître une seule par eux-mêmes, et s'ils croyaient que ces connaissances leur appartinssent ; je lus aussi devant eux quelque chose en Langue Hébraïque ; ils le comprirent autant que moi, même les enfants, et rien de plus ; je leur montrai aussi que tous les scientifiques qui étaient chez moi étaient chez eux ; par là, Us furent convaincus qu'ils entraient en possession de toutes les sciences de l'homme quand ils venaient vers l'homme, et qu'ils étaient dans le faux en croyant qu'elles leur appartenaient. Ils ont aussi des choses qui leur appartiennent, mais il ne leur est pas permis de les produire ; et cela parce qu'ils servent l'homme par les choses qui appartiennent à l'homme, et pour plusieurs autres raisons, dont il a été parlé, n° 2476, 2477, 2479 ; et parce qu'il y aurait une très grande confusion, si les Esprits influaient d'après leur mémoire, ni2478.

5859. Quelques Esprits vinrent auprès de moi, en montant ; ils me dirent qu'ils avaient été chez moi dès le commencement, ne sachant pas différemment ; mais comme je leur démontrais le contraire, ils avouèrent enfin qu'ils venaient d'arriver et que, comme ils s'étaient aussitôt emparés de toutes les choses de ma mémoire, ils n'avaient pas pu savoir différemment ; par là, je vis encore clairement qu'aussitôt que des Esprits arrivent, ils s'emparent de tous les scientifiques de l'homme comme étant à eux ; même quand plusieurs Esprits sont présents chez l'homme, chacun d'eux s'empare de ces scientifiques, et chacun d'eux s'imagine qu'ils sont à lui : l'homme vient dans cette faculté aussitôt après la mort. C'est encore de là que les bons Esprits, dans la société céleste où ils viennent, s'emparent et sont en possession de toute la sagesse de tous ceux qui sont dans cette société, car telle est la mutuelle participation ; et cela, quoique dans la vie ils n'aient absolument rien connu de ce qui est dit dans la société céleste ; cela arrive si dans le monde ils ont vécu dans le bien de la charité ; ce bien a cela de particulier que tout ce qui appartient à la sagesse lui est approprié, car c'est là un insite caché dans le bien même ; c'est de là qu'on sait comme de soimême des choses qui, dans la vie du corps, étaient incompréhensibles, et même ineffables.

5860. Les Esprits qui sont chez l'homme s'emparent aussi de ses persuasions, quelles qu'elles soient ; c'est ce dont j'ai eu la certitude par un grand nombre d'expériences ; ainsi, ils s'emparent des persuasions de l'homme dans les choses, non seulement civiles et morales, mais aussi dans les choses spirituelles qui appartiennent à la foi : de là, on peut voir que les Esprits, chez ceux qui sont dans les hérésies, dans les faussetés et les illusions quant aux vrais de la foi, et dans les faux, sont dans des choses semblables, et ne s'en écartent pas d'une ligne : s'il en est ainsi, c'est afin que l'homme soit dans son libre, et ne soit troublé par aucun propre de l'Esprit.

5861. D'après ces explications, il est évident que, lorsque l'homme vit dans le monde, il est, quant à ses intérieurs, ainsi quant à son esprit, en compagnie avec d'autres Esprits, et leur est tellement adjoint qu'il ne peut rien penser ni rien vouloir que conjointement avec eux, et qu'ainsi il y a communication de ses intérieurs avec le monde spirituel, et que par conséquent il ne peut pas être conduit d'une autre manière par le Seigneur. Quand l'homme vient dans l'autre vie, il ne peut pas croire qu'il y ait eu chez lui aucun Esprit, ni à plus forte raison qu'il y en ait eu de l'Enfer ; c'est pourquoi, s'il le désire, on lui montre la société d'Esprits avec laquelle il avait été en commerce, et dont les Esprits émissaires avaient été chez lui ; et même, après quelques états qu'il doit d'abord parcourir, il revient enfin vers cette même société, parce qu'elle avait fait un avec l'amour qui chez lui avait obtenu la domination : j'ai vu quelquefois que leurs sociétés ont été montrées à ceux qui avaient eu le désir de les voir.

5862. Les Esprits qui sont chez l'homme ne savent point qu'ils sont chez un homme ; seulement les Anges, d'après le Seigneur, savent cela, car ils sont adjoints à l'âme ou à l'esprit de l'homme, et non à son corps ; en effet, les choses qui d'après les pensées sont fixées dans le langage, et d'après la volonté dans les actes dans le corps, coulent en acte avec ordre par l'influx commun, selon les correspondances avec le Très-Grand Homme; c'est pourquoi les Esprits qui sont chez l'homme n'ont rien de commun avec ces choses ; ainsi, ils ne parlent point la langue de l'homme, ce serait une obsession ; ils ne voient pas non plus par ses yeux les choses qui sont dans le monde, et n'entendent pas par ses oreilles les choses qui y sont dites. Il en a été autrement chez moi, car le Seigneur a ouvert mes intérieurs, afin que je pusse voir les choses qui sont dans l'autre vie ; par conséquent, les Esprits ont su que j'étais un homme dans un corps, et il leur a été donné la faculté de voir par mes yeux les choses qui sont dans le monde, et d'entendre ceux qui conversent avec moi dans les compagnies où je me trouve.

5863. Si les mauvais Esprits percevaient qu'ils fussent chez l'homme et néanmoins Esprits séparés d'avec lui, et s'ils pouvaient influer dans les choses qui appartiennent à son corps, ils s'efforceraient par mille moyens de le perdre, car ils ont contre l'homme une haine mortelle : et comme ils ont su que j'étais un homme dans un corps, ils ont été par conséquent dans un continuel effort pour me perdre, non seulement quant au corps, mais surtout quant à l'âme, car perdre un homme ou un Esprit, c'est le plaisir même de la vie de tous ceux qui sont dans l'Enfer ; mais j'ai été continuellement mis en sûreté par le Seigneur. Par là, on peut voir combien il est dangereux pour l'homme d'être en une vivante communauté avec des Esprits, à moins qu'il ne soit dans le bien de la foi.

5864. De mauvais Esprits, ayant appris qu'il y avait des Esprits chez l'homme, s'étaient imaginés qu'ils rencontreraient ces Esprits, et en même temps avec eux l'homme; ils cherchèrent même longtemps, mais en vain ; leur intention était de les perdre : car de même que le plaisir et la béatitude du Ciel est de faire du bien à l'homme, et de contribuer à son salut éternel, de même, vice versa, le plaisir de l'Enfer est de faire du mal à l'homme, et de le pousser à sa perte éternelle ; le Ciel et l'Enfer sont ainsi dans l'opposé.

5865. Il y avait un Esprit, non mauvais, à qui il fut permis de passer chez un homme, et de converser de là avec moi; quand il y fut venu, il me dit qu'il lui apparaissait comme quelque chose de noir inanimé, ou comme une masse noire sans aucune vie ; c'était la vie corporelle de cet homme qu'il lui avait été permis de regarder : il fut dit que la vie corporelle de l'homme qui est dans le bien de la foi apparaît, quand il est permis de la regarder, non comme une masse noire, mais comme du bois, et d'une couleur de bois. Il m'a été donné de savoir la même chose par une autre expérience : un mauvais Esprit fut mis dans l'état du corps, par cela qu'il pensait d'après les sensuels du corps, ainsi d'après la mémoire externe ; alors je le vis aussi comme une masse noire sans aucune vie ; quand cet Esprit fut remis dans son état, il me dit qu'il lui semblait avoir été dans la vie du corps. Autrement, il n'est pas permis aux Esprits de regarder dans les corporels de l'homme ; car les corporels de l'homme sont dans le monde et dans la lumière du monde ; quand les Esprits regardent dans ce qui appartient à la lumière du monde, les choses qui y sont apparaissent comme de pures ténèbres.

5976. Il vient d'être montré qu'il y a chez chaque homme deux Esprits de l'Enfer et deux Anges du Ciel, qui font qu'il y a communication de l'une et de l'autre part, et aussi que l'homme est dans le Libre.

5977. S'il y en a deux, c'est parce que dans l'Enfer il y a deux genres d'Esprits, et dans le Ciel deux genres d'Anges, auxquels correspondent dans l'homme deux facultés, à savoir la volonté et l'entendement. Les Esprits du premier genre sont simplement appelés Esprits, et ils agissent dans les intellectuels ; ceux du second genre sont appelés Génies, et ils agissent dans les volontaires ; ils sont aussi très distincts entre eux ; en effet, ceux qui sont appelés simplement Esprits répandent les faux, car ils raisonnent contre les vrais, et ils sont dans le plaisir de leur vie, quand ils peuvent faire que le vrai apparaisse comme faux et le faux comme vrai: mais ceux qui sont appelés Génies infusent les maux, agissent dans les affections et les convoitises de l'homme, et flairent à l'instant ce que l'homme désire ; si c'est le bien, ils le tournent très adroitement en mal ; ils sont dans le plaisir de leur vie, quand ils peuvent faire que le bien soit aperçu comme mal, et le mal comme bien : il leur fut permis d'agir dans mes désirs, afin que je susse de quelle nature sont ces Génies, et comment ils agissent ; et je puis avouer que, si le Seigneur ne m'avait pas gardé par des Anges, ils auraient tourné ces désirs en convoitises du mal, et cela d'une manière si cachée et si secrète que j'en aurais à peine aperçu quelque chose. Ceux-ci, qui sont appelés Génies, n'ont rien de commun avec ceux qui sont appelés Esprits ; les Génies ne s'inquiètent nullement de ce que l'homme pense, Us s'occupent seulement de ce qu'il aime ; les Esprits, au contraire, ne s'inquiètent nullement de ce que l'homme aime, mais ils s'occupent de ce qu'il pense ; ceux-là, ou les Génies, mettent leur plaisir à se taire ; au contraire, ceux-ci, ou les Esprits, mettent le leur à parler ; ils sont aussi entièrement séparés les uns des autres ; les Génies sont dans des Enfers situés profondément par-derrière, et là ils sont invisibles aux Esprits ; et, quand on y porte les regards, ils apparaissent comme des ombres qui voltigent ; au contraire, les Esprits sont dans des Enfers situés sur les côtés et par-devant : de là vient donc que chez l'homme, il y a deux Esprits qui sont tirés de l'Enfer.

5978. S'il y a chez l'homme deux Anges, c'est parce qu'il y a aussi deux genres d'Anges ; l'un, qui agit dans les volontaires de l'homme ; l'autre, qui agit dans ses intellectuels ; ceux qui agissent dans les volontaires de l'homme agissent dans ses amours et dans ses fins, par conséquent dans ses biens ; mais ceux qui agissent dans les intellectuels de l'homme agissent dans sa foi et dans ses principes, par conséquent dans ses vrais ; ils sont aussi très distincts entre eux ; ceux qui agissent dans les volontaires de l'homme sont appelés Célestes, et ceux qui agissent dans ses intellectuels sont appelés Spirituels : aux Anges Célestes sont opposés les Génies, et aux Spirituels sont opposés les Esprits. Voilà ce qu'il m'a été donné de savoir par un grand nombre d'expériences, car je suis continuellement en compagnie et en conversation avec les uns et les autres.

5979. L'homme, qui est dans la foi, croit qu'il n'y a chez lui que des Anges du ciel, et que les Esprits diaboliques ont été entièrement éloignés de lui ; toutefois, je puis affirmer que chez l'homme, qui est dans les convoitises et dans les plaisirs de l'amour de soi et du monde, et qui les a pour fin, ces Esprits sont chez lui si près qu'ils sont en lui, et dirigent tant ses pensées que ses affections ; les Anges du ciel ne peuvent être en aucune manière audedans de la sphère de ces Esprits, mais ils sont en dehors de cette sphère ; les Anges en conséquence se retirent à mesure que les Esprits infernaux approchent plus près : mais néanmoins, les Anges du ciel ne se retirent jamais entièrement de l'homme, car alors c'en serait fait de lui ; car, s'il était sans une communication avec le ciel par les Anges, il ne pourrait pas vivre. Qu'il y ait chez l'homme des Esprits infernaux et des Anges célestes, c'est même en quelque manière conforme à la Doctrine de la foi des Eglises Chrétiennes ; en effet, la Doctrine enseigne que tout bien vient de Dieu, et que le mal vient du diable ; et les prédicateurs confirment cela, en ce que dans les chaires ils prient Dieu de diriger leurs pensées et leurs paroles, et en ce qu'ils disent que, dans la justification, tout, jusqu'au plus petit des efforts, vient de Dieu ; que lorsque l'homme vit bien, c'est qu'il se laisse conduire par Dieu; que des Anges sont envoyés par Dieu pour servir l'homme: et, vice versa, quand l'homme a fait quelque mal énorme, ils disent qu'il s'est laissé conduire par le diable, et qu'un tel mal vient de l'enfer ; ils diraient aussi que les Esprits de l'enfer influent dans les maux intérieurs qui appartiennent à la volonté et à la pensée si ces maux, ils les reconnaissaient pour aussi grands qu'ils le sont.

5980. Les Anges observent soigneusement et continuellement ce que les mauvais Esprits et les mauvais Génies tentent et machinent chez l'homme; et, autant que l'homme le souffre, ils tournent les maux en biens, ou aux biens, ou vers les biens.

5981. Il apparaît quelquefois chez les Esprits et Génies infernaux des turpitudes et des infamies, et effectivement telles que l'homme méchant les pense et les dit ; mais afin que les Anges, à cause de ces choses, ne s'enfuient pas entièrement, ces turpitudes et ces infamies chez eux sont aperçues moins viles qu'elles ne le sont en elles-mêmes. Pour que je susse comment elles sont aperçues par les Anges, il m'a été donné, quand ces turpitudes se présentaient, une aperception angélique qui était telle que je n'éprouvais aucune horreur ; elles avaient été changées en quelque chose de supportable qui ne peut être décrit, mais qui peut seulement être comparé à ce que deviennent des objets anguleux et pointus quand les angles et les pointes ont été enlevés : c'est ainsi que les turpitudes et les infamies des Esprits et des Génies infernaux sont émoussées chez les Anges.

5982. Le Seigneur place l'homme dans l'équilibre entre les maux et les biens, et entre les faux et les vrais, d'un côté par les mauvais Esprits, et de l'autre par les Anges, afin que l'homme soit dans le Libre ; car, pour que l'homme puisse être sauvé, il doit être dans le Libre, et c'est dans le Libre qu'il peut être détourné du mal et conduit au bien ; tout ce qui ne se fait pas dans le Libre ne reste pas, parce que cela n'est pas approprié: ce Libre provient de l'équilibre dans lequel l'homme est tenu.

5983. Que l'homme ait communication avec l'enfer et avec le ciel par deux Esprit et par deux Anges, on peut le voir en ce que, dans l'autre vie, une société ne peut avoir communication avec une autre société ou avec quelqu'un que par des Esprits qui sont envoyés par elle ; ces Esprits émissaires sont appelés Sujets, car ceux de la société parlent par eux comme par des Sujets. Envoyer des Sujets vers d'autres sociétés, et s'acquérir ainsi une communication, c'est une chose des plus ordinaire dans l'autre vie ; et c'est ce que je sais très bien, puisque des Sujets ont été envoyés vers moi des milliers de fois, et que sans eux les sociétés n'auraient pu rien savoir de ce qui était chez moi, ni me communiquer rien de ce qui était chez elles. Par là, on peut savoir que les Esprits et les Génies chez l'homme ne sont absolument que des Sujets, par lesquels il y a communication avec l'enfer ; et que les Anges célestes et spirituels sont des Sujets, par lesquels il y a communication avec les Cieux.

5984. Quand les Esprits, qui sont dans le monde des Esprits, veulent avoir communication avec plusieurs sociétés, ils ont coutume d'envoyer des Sujets, un vers chacune : et j'ai observé que les mauvais Esprits en envoyaient un grand nombre de tous côtés, et les plaçaient comme l'araignée ses filets ; au centre se tiennent ceux qui envoient et, ce qui m 'étonna, ils savent faire cela comme par une sorte d'instinct car ceux qui n'en connaissaient rien dans la vie du corps le font aussitôt qu'ils sont dans l'autre vie. Par là, on peut encore voir que les communications se font par des Esprits émissaires.

5985. C'est dans le Sujet que sont concentrées les pensées et les paroles de plusieurs, et ainsi plusieurs se présentent comme un seul ; et comme le Sujet ne pense ou ne dit absolument rien d'après lui-même, mais pense et parle d'après d'autres, et que les pensées et les paroles des autres se présentent là d'une manière vivante (ad vivum), voilà pourquoi ceux qui influent s'imaginent que le Sujet est comme rien, et à peine animé, et qu'il est seulement réceptif de leur pensée et de leur parole ; et vice versa, le Sujet s'imagine qu'il pense et parle non d'après d'autres, mais d'après lui seul ; ainsi, de part et d'autre, ils sont abusés par des illusions. Très souvent, il m'a été donné de dire à un Sujet qu'il ne pensait et ne prononçait rien de lui-même, mais qu'il agissait d'après les autres ; et aussi que ces autres s'imaginaient que le Sujet ne pouvait ni penser ni dire quelque chose de lui-même, qu'ainsi il leur apparaissait comme n'ayant rien de la vie par lui-même; en entendant ces paroles, celui qui était le Sujet entrait dans une grande indignation ; mais, pour qu'il fût convaincu de la vérité, il m'était donné de parler avec les Esprits qui influaient, lesquels alors en faisaient l'aveu, en disant que le Sujet ne pense et ne prononce absolument rien de lui-même, et qu'ainsi a leur apparaît à peine comme quelque chose d'animé. Il arriva même une fois que celui qui disait qu'un Sujet n'était rien devint lui-même Sujet, et alors les autres disaient de lui qu'il n'était rien, ce qui l'irrita beaucoup mais toujours est-il que par là, il apprit comment la chose se passait.

5986. Il est à propos de rapporter une chose qui m'est arrivée plusieurs fois, et d'après laquelle il m'a été montré que nul, ni dans le ciel, ni dans l'enfer, ne pense, ne parle, ne veut et n'agit de soi-même, mais que c'est d'après d'autres, et que de la sorte enfin tous et chacun pensent, parlent, veulent et agissent d'après le commun influx de la vie qui procède du Seigneur : quand j'entendais les Esprits me dire que le Sujet ne pensait et ne prononçait rien de lui-même, et que néanmoins le Sujet s'imaginait qu'il pensait et parlait seulement par lui-même, il me fut alors donné plusieurs fois de parler avec ceux qui influaient dans le Sujet ; comme ceux-ci confirmaient que c'étaient eux qui pensaient et parlaient, et non le Sujet, et comme ils s'imaginaient qu'ils pensaient et parlaient d'après eux-mêmes, il m'était aussi donné de leur dire que c'était une illusion, et qu'eux-mêmes comme le Sujet pensaient et parlaient d'après d'autres ; pour confirmer cette vérité, il m'était aussi donné de parler avec ceux qui influaient en eux ; et comme ceux-ci déclaraient aussi la même chose, il m'était encore donné de parler avec ceux qui influaient dans ceuxci, et ainsi de suite en série continue par là, il était évident que chacun pensait et parlait d'après d'autres les Esprits étaient extrêmement indignés de cette expérience, car chacun d'eux prétend penser et parler d'après soi ; mais comme par là ils étaient instruits de la manière dont la chose se passait, je leur disais que tout ce qui appartient à la pensée, comme aussi tout ce qui appartient à la volonté, influe parce qu'il y a une vie unique, dont procèdent ces facultés de la vie, et que cette vie influe du Seigneur par une forme admirable, qui est la forme céleste, non seulement d'une manière commune dans tous, mais aussi d'une manière particulière dans chacun ; et que partout elle est différenciée selon la forme de chaque Sujet, suivant que cette forme est en concordance ou en discordance avec la forme céleste. D'après ce qui vient d'être dit, on peut voir aussi comment la chose se passe à l'égard de l'homme ; il en sera parlé dans la suite, lorsqu'il s'agira de l'influx.

5987. Plus est grand le nombre de ceux qui ont intuition dans un Sujet, plus le Sujet a de force pour penser et pour parler, la force augmente selon la pluralité des intuitions concordantes ; c'est aussi ce qui m'a été montré par la retraite de quelques-uns de ceux qui influaient ; alors chez le Sujet était diminuée la force de penser et de parler.

5988 . Il y avait près de la tête chez moi des Sujets qui parlaient comme s'ils eussent été dans le sommeil, mais néanmoins ils parlaient convenablement, comme ceux qui ne sont pas dans l'état de sommeil : il fut observé que les mauvais Esprits influaient dans ces Sujets avec de malignes fourberies, mais que l'influx en eux était à l'instant dissipé ; et comme ils connurent que ceuxlà mêmes avaient été auparavant leurs Sujets, Us se plaignirent par conséquent de ce qu'ils ne l'étaient plus ; cela provenait de ce que les bons Esprits pouvaient agir en eux alors qu'ils étaient dans le sommeil, et qu'ainsi par leur influx les malignités des mauvais Esprits étaient dissipées. Mais néanmoins les mauvais Esprits étaient forcés d'influer dans ces Sujets et non dans d'autres. Par là, il est évident qu'il y a des Sujets de divers genre et de diverse nature, et que les variations sont selon la disposition à laquelle il est pourvu par le Seigneur.

5989. Des Esprits très fourbes, qui étaient au-dessus de la tête, prenaient parfois des Sujets et les envoyaient vers moi, afin de pouvoir influer avec leurs fourberies, mais ils s'abusaient beaucoup ; l' un, quand il fut devenu Sujet, se retourna et se ferma, et il se roula comme en un peloton, de sorte qu'ainsi à rejetait loin de lui l'influx ; de cette manière, il se débarrassa d'eux. Ensuite ils en prenaient un autre, mais ils ne pouvaient pas non plus l'amener à parler ; il était plus fourbe qu'eux, ce qu'il manifestait par une sorte d'enroulement en forme d'hélice ; as furent ainsi désappointés. En outre, les mauvais Esprits ne prennent pas toujours des Sujets d'entre les leurs, mais ils observent quels sont les Esprits chez les autres, et aussi en quel lieu sont ceux qui sont simples et obéissants ; ils s'en font des Sujets ; ils y parviennent en dirigeant leurs pensées dans l'un de ces Esprits, et en infusant en lui leurs affections et leurs persuasions ; par suite, celui-ci n'est plus maître de lui-même, mais il leur sert de Sujet, quelquefois sans qu'il le sache.

5990. Il y a aujourd'hui un très grand nombre d'Esprits qui veulent influer, non seulement dans les pensées et dans les affections de l'homme, mais même dans son langage et dans ses actions, par conséquent aussi dans ses corporels ; et cependant, les corporels ont été soustraits à l'influx particulier des Esprits et des Anges, et sont régis par l'influx commun, c'est-à-dire que lorsque les choses pensées (cogitata) sont déterminées en paroles, et les volontaires en actions, la détermination et la transition dans le corps sont selon l'ordre et ne sont pas régis par quelques Esprits en particulier ; car influer dans les corporels de l'homme, c'est l'obséder : les Esprits qui veulent cela et tendent à cela sont ceux qui, dans la vie du corps, ont été adultères, c'est-à-dire ceux qui ont perçu le plaisir dans les adultères, et se sont persuadés qu'ils étaient permis, et aussi ceux qui ont été féroces ; la raison de cela, c'est que ceux-là et ceux-ci sont plus corporels et plus sensuels que tous les autres, et ont rejeté loin d'eux toute pensée sur le ciel, attribuant tout à la nature et rien au divin ; ainsi ils se sont fermés les intérieurs et se sont ouvert les externes ; et comme dans le monde ils ont été dans l'amour seul des externes, voilà pourquoi dans l'autre vie ils sont dans le désir de rentrer dans ces externes par l'homme en l'obsédant : mais il est pourvu par le Seigneur à ce que de tels Esprits ne viennent point dans le monde des Esprits, ils sont tenus bien renfermés dans leurs enfers ; de là vient qu'il n'y a aucune obsession externe aujourd'hui ; mais néanmoins il y a des obsessions internes, même de la part de la tourbe infernale et diabolique ; en effet, les hommes méchants pensent des choses qui sont inf‚mes et atroces contre les autres, et des choses perverses et malignes contre les Divins ; si ces pensées n'étaient pas retenues par la crainte de perdre l'honneur, le lucre, et la réputation qui produit honneur et lucre, par la crainte de peines de la loi, et par la crainte de perdre la vie, elles se manifesteraient ouvertement, et ainsi ces hommes se précipiteraient, plus que des obsédés, pour détruire les autres, et proférer des blasphèmes contre les choses qui appartiennent à la foi ; mais ces liens externes font qu'ils ne paraissent pas être obsédés, quoique cependant ils le soient quant aux intérieurs, mais non quant aux extérieurs ; c'est ce qui est bien évident par de tels hommes dans l'autre vie, où les liens externes sont enlevés ; ils y sont des diables, continuellement dans le plaisir et la cupidité de perdre les autres, et de détruire tout ce qui appartient à la foi.

5 991. je vis des Esprits, qui peuvent être appelés Esprits corporels ; ils s'élevaient de la profondeur (è profundo) vers le côté de la plante du pied droit ; ils apparurent à la vue de mon esprit comme dans un corps grossier ; et, quand je demandai qui étaient ceux qui apparaissaient ainsi, il me fut dit que c'étaient ceux qui dans le monde avaient brillé par le génie et aussi dans les Sciences, et qui par là s'étaient entièrement confirmés contre le Divin, ainsi contre les choses qui appartiennent à l'Eglise ; et, comme ils s'étaient pleinement persuadés que tout provenait de la nature, ils s'étaient plus que les autres fermé les intérieurs, par conséquent les choses qui appartiennent à l'esprit ; de là vient qu'ils apparaissent grossièrement corporels. Parmi eux, il y en avait un que j'avais connu quand il vivait dans le monde ; il était alors au nombre des plus célèbres pour les qualités du génie et pour l'érudition ; mais ces avantages, qui sont des moyens de penser juste sur les Divins, avaient été pour lui des moyens de penser contre eux, et de se persuader qu'ils ne sont rien ; car celui qui brille par le génie et l'érudition a plus de moyens que les autres pour se confirmer ; celui-là avait par conséquent été obsédé intérieurement, mais dans la forme externe à s'était montré comme un homme civil et moral.

5992. Les Anges par qui le Seigneur conduit et protège l'homme sont près de la tête ; leur fonction est d'inspirer la charité et la foi ; d'observer de quel côté se tournent les plaisirs de l'homme ; et, autant qu'ils le peuvent d'après le Libre de l'homme, de les modérer et de les ployer vers le bien ; il leur est défendu d'agir violemment, et par conséquent de briser les cupidités et les principes de l'homme, mais ils doivent agir doucement ; leur fonction est aussi de gouverner les mauvais Esprits qui viennent de l'enfer, ce qui se fait par d'innombrables moyens ; je vais seulement rapporter les suivants : quand les mauvais Esprits infusent les maux et les faux, les Anges insinuent les vrais et les biens qui, s'ils ne sont pas reçus, servent du moins à tempérer les maux et les faux ; les Esprits infernaux attaquent continuellement, et les Anges défendent ; tel est l'ordre : les Anges gouvernent principalement les affections, car elles font la vie de l'homme, et aussi le libre de l'homme ; puis les Anges observent s'il s'ouvre quelques Enfers, qui auparavant n'avaient pas été ouverts, par lesquels l'influx viendrait chez l'homme, ce qui arrive quand l'homme se porte dans un nouveau mal ; les Anges ferment ces enfers, en tant que l'homme le souffre, et même les Anges éloignent les Esprits, si quelques-uns tentent d'en sortir ; ils dissipent aussi les influx étrangers et nouveaux, d'où proviennent des effets mauvais : les Anges évoquent principalement les biens et les vrais qui sont chez l'homme, et les opposent aux maux et aux faux que les mauvais Esprits excitent ; par là l'homme est au milieu, et ne perçoit ni le mal ni le bien, et comme il est dans le milieu, il est dans le Libre de se tourner vers l'un ou vers l'autre ; par ces moyens, qu'ils tiennent du Seigneur, les Anges conduisent et défendent l'homme, et cela à chaque moment, et à chaque instant d'un moment ; car, si les Anges cessaient seulement un seul instant, l'homme serait précipité dans un mal, dont ensuite il ne pourrait jamais être tiré. Voilà ce que font les Anges d'après l'amour qui est en eux par le Seigneur, car ils ne perçoivent rien de plus agréable ni de plus heureux que d'éloigner de l'homme les maux, et de le conduire au Ciel; que ce soit là leur joie, on le voit dans Luc - XV. 7 - Que le Seigneur ait pour l'homme un tel soin, et cela continuellement, depuis le premier fil de sa vie jusqu'au dernier, et ensuite durant l'éternité, il est à peine un homme qui le croie.

5993. D'après ces explications, on peut maintenant voir que, pour que l'homme ait communication avec le Monde spirituel, il faut qu'il lui soit adjoint deux Esprits de l'Enfer et deux Anges du Ciel, et que sans eux il n'aurait aucune vie ; en effet, l'homme ne peut nullement vivre d'après l'influx commun, comme vivent les animaux privés de raison, ainsi qu'il a été dit, n° 5850 ; et cela parce que toute sa vie est contre l'ordre ; si l'homme, puisqu'il est dans cet état, était incité par le seul influx commun, il arriverait inévitablement qu'il serait incité seulement par les enfers, et non par les cieux ; et s'il ne l'était pas par les cieux, il n'y aurait en lui aucune vie intérieure, ainsi aucune vie de pensée et de volonté telle qu'elle est dans l'homme, ni même telle qu'elle est dans l'animal brute, car l'homme naît sans aucun usage de la raison, usage dans lequel il ne peut être initié que par l'influx provenant des Cieux. D'après ce qui a été rapporté, on voit aussi que l'homme ne peut vivre sans une communication avec les Enfers par le moyen des Esprits qui en proviennent, car le tout de sa vie, qu'il tient de ses parents par héritage, et le tout qu'il a lui-même ajouté du sien, appartient à l'amour de soi et du monde, et non à l'amour du prochain, et moins encore à l'amour de Dieu ; et comme le tout de la vie de l'homme d'après le propre appartient à l'amour de soi et du monde, ce tout de sa vie appartient par conséquent au mépris pour les autres en les comparant à soi, à la haine et à la vengeance contre tous ceux qui ne lui sont pas favorables, par suite aussi à la cruauté, car celui qui a de la haine désire tuer ceux qu'il hait, aussi est-il au comble des délices par leur perte ; si à ces maux n'étaient pas attachés de tels Esprits qui ne peuvent venir que de l'Enfer, et si l'homme n'était pas conduit par eux selon les plaisirs de sa vie, il ne pourrait jamais être tourné du côté du Ciel ; il est tourné dans le commencement par ses plaisirs mêmes ; par eux aussi, il est placé dans le fibre, par conséquent enfin dans le choix.