Arnaud DUMOUCH

080503, Jacques

 

La fin du monde

 

 

 Nihil Obstat Archevêché de Paris

Paris, le 7 juillet 1996 (n°37), M. Dupuy,

 

Imprimatur Archevêché de Paris

Paris, le 5 novembre 2002 (n° 50-91), Mgr M. Vidal,

Au père Marie-Dominique Philippe

 

 

 

Le vocabulaire marqué de * est traité en fin d’ouvrage.

ISBN : 2-403-0923-6


 

Introduction

 

Depuis près d’un siècle, le silence s’est fait dans l’Église catholique sur la fin du monde. Les théologiens et les prédicateurs n’ont plus osé en parler. Tant de récits effrayants avaient été donnés en chaire par les anciens curés du XIXème siècle, que ce genre de thème prêtait plus à la suspicion qu’à l’intérêt. Une autre peur, celle de paraître ridicule ou pire, sectaire, paralysait les docteurs. La recherche n’était autorisée que dans un seul sens qui visait à relativiser les textes, à leur donner une signification purement symbolique.

La peur n’est pas évangélique. Ce silence a eu de graves conséquences. Il a laissé une grande place aux sectes politiques ou religieuses. Beaucoup de fidèles en ont été réduits à mettre leur espoir, non dans la venue certaine du Royaume de Dieu, mais dans la construction sociale du monde d’ici-bas. Hegel, Marx ne sont pas autre chose que des théologiens politiques de la fin de l’histoire, de l’arrivée du paradis sur terre. L’espérance marxiste a causé de manière directe la mort d’au moins cent millions de personnes. Pour les plus religieux, les propositions théologiques des sectes fondamentalistes les ont détournés de cette foi qui, loin de répandre la peur, est source d’une paix profonde. Les sectes apocalyptiques chrétiennes[1] ont causé relativement peu de morts en comparaison des idéologies politiques. Mais elles transforment de manière hideuse en fanatisme illuminé ce qui devrait rayonner d’amour et d’humilité.

 

Une autre conséquence touche le cœur même de la vie spirituelle, à savoir l’espérance théologale. Depuis deux siècles, l’Église catholique vit une crise. En Occident, elle perd des fidèles. D’anciennes nations chrétiennes sont au bord d’apostasier* tout rapport à la foi. Des chrétiens perdent espoir. Ils ne comprennent plus. Le Christ n’avait-il pas annoncé que les portes de l’enfer ne l’emporteraient jamais ?

Or le Christ parle explicitement dans les évangiles d’événements difficiles. Il annonce même, de façon mystérieuse, « l’abomination de la désolation dans le Temple saint »[2]. Ce texte ne peut annoncer quelque chose de positif… Pourtant, dans un passage parallèle, parlant de la venue de ces malheurs, Jésus dit: « Quand tout cela commencera d’arriver, réjouissez-vous et relevez la tête car votre rédemption est proche »[3].

Comment Jésus peut-il demander de se réjouir d’un malheur? Qui peut, parmi les lecteurs de ce livre, répondre maintenant pour lui-même de manière claire à cette question ? La plupart est dans l’ignorance de ces sujets. Si le Christ, Maître et Seigneur de notre foi, en a parlé, ce n’était certainement pas pour que nous mettions un boisseau d’obscurité sur ses paroles[4].

 

Il est donc nécessaire, plus que jamais, de raconter l’espérance catholique pour la fin du monde. Lorsqu’on découvre qu’il ne s’agit pas seulement d’un traité théorique mais d’une vie qui de plus se raconte comme une histoire, avec une fin de lumière et d’amour, on ne peut qu’en être enthousiasmé. Cet ouvrage vise à le manifester.

Deux parties vont se succéder.

 

 

I- La fin du monde

 

Avant le retour du Christ, Dieu prépare un plan grandiose qui donne l’explication de ce que l’humanité vit déjà actuellement. Ces textes sont valables à deux niveaux : 1- Pour chaque génération qui a vécu depuis la venue du Messie. Je montrerai donc dans un premier temps comment les textes se sont historiquement explicitement réalisés. 2- Mais ils annoncent aussi la venue historique, à un temps donné, d’une fin du monde entier. Les prophéties de l’Écriture Sainte ne permettent ni d’en connaître la date ni le détail avec une précision absolue. Mais elles sont assez explicites pour en dévoiler les grandes étapes et, à l’inverse de ce qu’en disent les sectes apocalyptiques, pour enflammer l’espérance.

 

II- Les sources de ces connaissances

 

Cette partie est destinée aux esprits curieux de mes sources, croyants ou incroyants[5].

-- Les choses certaines : A chaque fois que je l’ai pu, je n’ai fait que rapporter la foi de l’Église (à travers l’Écriture Sainte ou le Magistère romain). Tout au long de l’ouvrage, je préciserai en note ou dans le texte quand il s’agit d’une telle source. Afin que le lecteur s’y retrouve, de tels textes seront marqués de la mention « choses certaines ».

 

-- Les choses probables : Mais tout dans cet ouvrage n’est pas explicitement la foi de l’Église. A chaque époque, des signes et des prophéties ont été donnés aux hommes. C’est le cas de révélations* faites à des saints canonisés ou lors d’apparitions* célestes reconnues canoniquement par l’Église. Ces sources secondaires ne constituent pas, loin de là, des vétilles. Elles ont une très grande valeur, non pour ajouter à la foi, mais pour expliquer sa réalisation concrète (l’espérance). Elles seront qualifiées de « choses probables » tout au long du texte.

 

-- Les choses indécises : La manière concrète, avec les détails de date, de lieu et de circonstances dont ces prophéties se réaliseront à l’avenir est affaire d’hypothèse, de réflexion, d’analyse sociologique, de connaissance prédictive de l’homme. Ce sont les « choses indécises » de ce livre.

 

-- Les opinions personnelles : J’émets parfois des hypothèses personnelles, l’Église demandant au chercheur un tel travail (voir par exemple des questions comme l’origine de l’islam, son destin, la manière dont Israël reconnaîtra le Christ etc.). Je peux assurer que cet ouvrage ne contient rien qui est contre la foi (contra fidem). Mais il contient quelques précisions qui sont en marge de la foi (praeter fidem).Imprimatur ecclésiastique ne veut rien signifier d’autre. Je me trompe peut-être. Ce livre doit rester sans cesse en chantier. Ces aspects sont marqués de la mention : « Selon moi… Au lecteur de juger ».

 


A l’origine de tout, un grand secret…

(La chose la plus certaine)

 

Dans un premier ouvrage[6], j’ai décrit l’histoire sainte des individus, la manière dont Dieu s’efforce de conduire chaque homme à l’humilité puis à l’amour[7]. Ici, je vais m’efforcer de raconter l’Histoire Sainte des peuples, des nations*, de l’humanité entière. Ces deux histoires ont le même commencement et le même terme… Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais rappeler en quelques mots ce fondement de tout, cet Alpha qui donne sens à tout le reste.

 

Il n’est pas possible de comprendre quoi que ce soit de la lecture chrétienne des événements de la fin du monde sans connaître la raison et l’origine de tout. Comment comprendre l’Oméga si l’on ne connaît pas l’Alpha? Tout dans cette espérance s’explique par un principe simple. Il s’agit d’un projet de Dieu. Il veut se montrer à l’humanité entière, face à face, –pour la combler de bonheur. Rien, dans l’histoire de l’humanité, ne se comprend au plan chrétien sans cette lumière. Mais tout peut être compris avec elle. L’Évangile de Jésus Christ, celui qui explique la souffrance des communautés humaines, se résume à cela:

 

« Avant que le monde n’existe, depuis toute éternité, il existe un Être unique, une Personne... Il vit totalement heureux, comblé par sa propre nature. Il est mystérieux puisque, tout en étant un seul être, trois personnes[8] s’aiment et se contemplent en lui, le Père, le Fils et l’Esprit Saint[9]. Il s’agit d’une inimaginable vie intime, faite de tendresse et de lumière inaccessibles. Deux qualités du cœur peuvent résumer la vie de Dieu, l’humilité et l’amour[10]. Sans cesse, le Père glorifie le Fils, Le Fils glorifie le Saint Esprit parce qu’il l’aime. Dieu est ainsi et nul ne peut le changer.

Dans son éternité, il conçut le projet suivant: faire partager ce bonheur à d’autres êtres ; Créer de nombreuses personnes, dotées d’intelligence et de liberté, et les introduire, si elles le veulent, au cœur des trois personnes. Ce serait comme un mariage, un acte d’amour réciproque. Mais il convient de faire ici une remarque importante. Dieu ne désirait pas créer un paradis où chaque personne, perdue dans sa contemplation, serait uniquement tournée face à lui. Il voulait créer une Église, c’est-à-dire une communauté immense vivant en Lui dans une totale communion d’humilité et d’amour. Ce serait ainsi une fête éternelle où des milliards d’êtres épousés communieraient au même pain. C’est pourquoi, Dieu décida de faire de l’histoire de ses créatures spirituelles une Histoire Sainte dirigée vers ce but unique. Dieu agit. Il créa d’abord les anges, de purs esprits sans corps[11]. Puis il créa les hommes et les femmes, êtres spirituels et physiques. Anges et hommes étaient faits pour voir Dieu face à face.

Un problème se posait pourtant. Pour que ces communautés humaines entrent auprès de Dieu et vivent comme une Église sainte du bonheur infini qui consiste à le comprendre et à l’aimer face à face, il était absolument nécessaire qu’elles deviennent au plan du cœur semblables à lui, à savoir tout humbles et toutes données à l’amour. Ici se trouve la clef de tout[12]. “ Nul ne peut voir Dieu sans mourir à lui-même[13]”. A cause de la pureté et de la délicatesse de Dieu, n’importe quel amour ne suffisait pas mais seulement un amour total, dépouillé de toute recherche intéressée. Le moindre orgueil, le moindre égoïsme, et l’entrée face à Dieu devenait impossible, comparable à un viol alors qu’elle devrait être un mariage. Ceci était vrai non seulement pour les individus, mais pour l’humanité dans son ensemble. C’est pourquoi, afin de laisser aux communautés humaines le temps de découvrir leur misère, il décida de les faire transiter par un devenir terrestre, par une gloire puis une décadence, par la mort enfin. Il appliqua cette loi à toutes, sans exceptions, y compris à celles qu’il avait voulu lui-même, celles qui portaient son nom[14] (ses Églises). Tout cela constituait une série d’étapes purificatrices. Toutes étaient marquées par la souffrance[15]. Ce temps, par tout ce qu’il était, devait servir d’école de la vie. »

 

Dieu abaisse les puissants et relève les humbles[16].


PREMIÈRE PARTIE: LA FIN DU MONDE

 

CHAPITRE 1: LE GRAND SPECTACLE DE LA FIN[17]

–

« Depuis l’Ascension, l’avènement du Christ dans la gloire est imminent même s’il ne nous "appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité". Cet avènement eschatologique peut s’accomplir à tout moment même s’il est "retenu", lui et l’épreuve finale qui le précédera[18]. »

 

Pas de date

(Chose certaine)

 

La Révélation chrétienne est explicite pour enseigner que le monde ne durera pas toujours. Dieu sait combien d’êtres humains doivent naître. A l’heure dite, celle que lui seul connaît, il mettra fin au monde terrestre. Cette heure n’a rien à voir avec les prédictions des astronomes sur l’évolution du soleil. Elle n’est pas naturelle donc non prévisible. Elle concerne Dieu seul et son projet sur l’homme. La dernière génération, celle qui vivra sur terre à cette époque, assistera à des événements étonnants. Dieu prépare sur la terre une nouvelle manifestation de son amour. Ce sera un spectacle grandiose, digne de ce que la Bible appelle « le jour du Seigneur ».

Mais tout spectacle de Dieu est avant tout spirituel car Dieu est esprit. Cette fois, l’amour ne sera pas manifesté par la douleur silencieuse. Il le sera par la victoire joyeuse. Cette heure a rapport avec ce que le Credo appelle « le retour du Christ dans sa gloire ».

L’Église ne connaît pas la date de ces événements[19]. Jésus dit en Mathieu[20]: «Quant à la date de ce jour, et à l’heure, personne ne les connaît, ni les anges dans les Cieux, ni le Fils, personne si ce n’est le Père ». Bien plus, afin de couper court à des indiscrétions qui s'étaient produites, elle n'a pas hésité à défendre sous peine d'excommunication d'annoncer pour époque déterminée la venue de l'Antéchrist ou le jour du Jugement dernier. C'est sous Léon X, en l'an 1516, le 14 des Calend. de janvier, au Ve concile oecuménique de Latran (sess. XI, Constit. Supernæ majestatis præsidio) que ce décret, dont voici la teneur, a été porté : « Nous ordonnons à tous ceux qui exercent la charge de la prédication ou qui l'exerceront dans l'avenir qu'ils ne présument pas de fixer dans leurs prédications ou dans leurs affirmations un temps déterminé pour les maux futurs, soit pour l'avènement de l'Antéchrist, soit pour le Jugement : attendu que la Vérité dit : Ce n'est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité : ceux donc qui, jusqu'à présent, ont osé émettre de pareilles choses, ont menti, et il est avéré que, par leur fait, un grand dommage a été porté à l'autorité de ceux qui prêchent sagement[21]. » La raison en est simple. Il s’agit d’un événement tout à fait comparable à la mort individuelle de chaque homme. Dieu se réserve l’heure de la mort de chacun. Le suicide lui déplaît puisque nul ne peut juger avec les yeux de Dieu qu’il a assez appris de son passage ici-bas. De même, nulle communauté humaine ne peut connaître sa fin (il s’agit ici de la fin d’un monde et non du monde) avant d’avoir compris qu’elle n’est rien. Il doit en être de même pour le monde dans son ensemble (la fin des fins).

Le Christ a, par contre, laissé des prophéties suffisamment précises et nombreuses pour permettre de comprendre le déroulement de ce qui précèdera la fin du monde. Des signes de la proximité des événements seront donnés aux hommes, permettant à ceux qui auront la foi en ces jours là de les vivre de l’intérieur, de sentir l’imminence du retour du Christ. D’autres signes seront plus extérieurs, adressés à ceux qui n’auront pas la foi. Appuyés sur ces Révélations contenues dans les Écritures, il est possible de dire quelque chose de sûr.

 

Comment se produira la fin du monde?

(Chose certaine)

 

Il peut être intéressant de se livrer à un petit exercice. Mettons-nous à la place de Dieu. Imaginons que nous recevions la responsabilité de préparer la fin de la dernière génération humaine avec les objectifs suivants.

1- Former les hommes à l’humilité, cette vertu qui dispose le cœur à l’amour ;

2- Leur laisser le temps d’approfondir leur soif consciente ou inconsciente du salut;

3- Leur prouver d’une manière définitive et grandiose l’amour de Dieu, en vue de les sauver;

Comment nous y prendrions-nous? Il va de soit que, étant Dieu, nous aurions le droit d’utiliser tous les moyens à notre disposition, à savoir une puissance infinie, tout en respectant au moment du choix final, la liberté de ceux qui refusent l’amour. Il faut en effet remarquer qu’avant ce choix final, Dieu ne respecte pas toute la liberté de l’homme. Au contraire, il forme cette liberté en la soumettant à toutes sortes de contraintes que nous expérimentons tous les jours.

La première solution qui vient à l’esprit des enfants du catéchisme, surtout des garçons, consiste à organiser un festival du miracle, un spectacle avec mouvements d’astres, feu d’artifices d’étoiles se terminant par le bouquet final, l’atterrissage dans le plus pur style Albator, d’un Christ lumineux. Les descriptions de ce scénario ne manquent pas dans l’Écriture. Les anges ne disent-ils pas aux apôtres le jour de l’Ascension: «Ce même Jésus viendra comme cela de la même manière dont vous l’avez vu s’en aller vers le ciel ». Il est vrai qu’un tel spectacle supprimerait l’athéisme. C’est l’argument principal des enfants. Cependant, répond-il aux trois critères imposés plus haut ? Il est vrai que le critère 3 (La manifestation de Dieu), serait en partie réalisé. Mais qu’en serait-il de la charité et de sa mère, l’humilité, les seules réalités importantes pour la vie éternelle? Jésus, dans l’Évangile de saint Jean, montre les effets ambigus des miracles sur les hommes[22]. Il multiplie pour une foule des pains; Les gens croient et applaudissent puis décident de le couronner roi d’Israël… pour qu’il chasse les Romains. Le Christ, voyant qu’ils ont détourné ses miracles pour en faire un outil de puissance politique, est obligé de se retirer dans la montagne. Ce scénario n’est donc pas apparemment le meilleur possible, au moins pour ce qui concerne le critère 1.

Il ne faut pas se moquer des enfants. Les adultes ne trouvent pas mieux, malgré leur bonne volonté, et ils se servent souvent mal de leurs trouvailles[23].

 

On peut donc être certain qu’avant que le Christ revienne en descendant du Ciel, il aura préparé le cœur des hommes par une série d’évènements. Existe-t-il des textes du Magistère papal les décrivant? Au cours de ses 2 000 ans d’histoire, l’Église s’est très peu prononcée sur ces événements, sauf pour condamner certaines interprétations trop fondamentalistes de la Bible. Pourtant, depuis quelques décennies, elle parle. Le phénomène est nouveau et, nous le verrons, il constitue certainement un signe. Le Catéchisme de l’Église Catholique donne en deux paragraphes un enseignement nouveau et précis[24]. C’est la première fois qu’un texte doté d’une infaillibilité ordinaire[25] est aussi explicite:

 

“Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants. La persécution qui accompagne son pèlerinage sur terre dévoilera le « mystère d’iniquité » sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair.

Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde à chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique: même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme, surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé, “ intrinsèquement pervers“.

L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection. Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal qui fera descendre du Ciel son épouse. Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du jugement dernier après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe.”

 

Ce texte de théologie donne la clef de toutes les prophéties de l’Écriture sur la fin du monde. Jésus annonce pour son retour une Église humiliée, presque absente du fait de la réussite quasi-universelle d’un Antéchrist* qui ne sera même pas nécessairement violent puisqu’il établira “une fausse paix sur le monde[26]”. Il est clair que ce succès provisoire de ce qui s’oppose au Christ sera permis par Dieu et entrera au centre même de son projet grandiose. S’il avait voulu autre chose, il lui aurait suffi d’agir, “ Lui qui peut faire naître à partir des pierres des fils à Abraham[27]”.

S’il s’agit là du scénario prévu par Dieu, c’est qu’il est le meilleur possible[28].

 

 

Or, et c’est remarquable, ce scénario ressemble à celui que choisit l’Esprit Saint pour le Christ. C’est ainsi qu’il sauva le monde. Lui aussi passa par un martyre, après une lente « kénose»[29]. La clef de l’histoire est ici. Le même Esprit qui conduisit le Christ, conduira l’Église à son Heure. C’est en passant par la croix, à l’imitation de son époux, qu’elle provoquera le retour du Messie et le salut de l’humanité entière. La fin de l’Église est donc la même, analogiquement, que celle du Christ car c’est le même Esprit Saint.

 

 

Nous verrons au long de ce récit à quel point la vie du Christ est une allégorie de celle de l’Église, jusqu’à la fin du monde. Ce sera même une allégorie de détail, chaque acteur du drame de la passion trouvant sa place sous forme d’un courant idéologique particulier lors du témoignage final de l’Église[30].

Avant de reconstituer cette histoire à venir pour la fin des fins, suivons pas à pas le cheminement de l’humanité au cours de son histoire. En effet, comme toutes les prophéties apocalyptiques, elles ont plusieurs manières de se réaliser dans l’histoire des hommes[31].

1- A chaque époque de l’histoire, c’est-à-dire pour chaque homme face à l’histoire de sa génération. C’est ce que je vais décrire dans le chapitre 3.

2- D’une manière plus grandiose, lors de la dernière génération sur la terre. Ce sera l’objet des chapitres suivants.

La connaissance de la fin de tel ou tel monde particulier permettra de mieux comprendre la fin des fins.


CHAPITRE 2: LES SEPT « JOURS » DE L’HISTOIRE DU MONDE

 

« ... en attendant que tout lui soit soumis : Déjà présent dans son Eglise, le Règne du Christ n’est cependant pas encore achevé "avec puissance et grande gloire" Jusqu’à ce que tout lui ait été soumis, l’Eglise vit elle-même parmi les créatures qui gémissent présentement encore dans les douleurs de l’enfantement et attendent la manifestation des fils de Dieu". Le temps présent est, selon le Seigneur, un temps encore marqué par la "détresse" et l’épreuve du mal qui n’épargne pas l’Église et inaugure les combats des derniers jours[32]. »

 

L’histoire du monde peut être décrite comme une semaine de sept jours [33]

(Chose certaine)

 

L’histoire de l’humanité est sainte. Elle est dirigée de l’intérieur par Dieu. Son but unique est, rappelons-le, de rendre chaque homme individuellement, mais aussi chaque génération, humble, assoiffé d’un salut, pour qu’il puisse aimer (Agapé) et entrer dans la salle des noces avec Dieu où il sera l’épousé. Il dirige chaque personne individuellement par le travail de son ange gardien. Mais il dirige aussi l’humanité à travers son histoire. Pour cela, il dispose d’un ordre d’anges appelés « Princes » par l’Écriture et qui, d’après Denys, connaissent parfaite–ment ce qu’il faut faire pour diminuer l’orgueil des peuples.

 

Les trois premiers jours de l’humanité

 

Ils suivirent la chute d’Adam et Eve.

    

     Le premier de ces jours est le temps où Dieu se taisait complètement, laissant l’homme livré dans la nuit à sa liberté.

Après la mort d’Adam et Ève, Dieu laissa l’humanité devenue égoïste vivre comme elle le désirait, goûter jusqu’au bout les fruits séduisants de l’arbre de l’orgueil. Il la laissa en récolter la solitude, les souffrances, la vie insensée et la mort. Lui-même se cacha et n’expliqua plus son but aux hommes au point qu’ils oublièrent le sens de la vie. Ils tendirent les bras vers le ciel vide. Ils se créèrent de multiples dieux imaginaires plutôt que de rester seuls. Ayant touché le fond de la misère, humilié, l’homme se mit à désirer de tout son être un Sauveur. Ainsi, à travers cette souffrance, les plus orgueilleux parmi les hommes furent disposés à comprendre un début d’humilité et un besoin d’amour...

Cette première phase est la plus terrible car elle conduit, du fait du silence de Dieu, au désespoir devant la mort. Elle est décrite par la Bible jusqu’à l’heure de la vocation d’Abraham. Elle est symbolisée dans l’Évangile par le “ mauvais larron ” crucifié avec Jésus. Elle est la phase du silence de Dieu, silence efficace contre l’orgueil de l’homme qui meurt.

 

            Le second jour est celui où il promit à quelques-uns un sauveur sans en préciser la nature. Il le fit aux juifs mais aussi ici et là chez les païens;

L’homme appela à l’aide. Mais la souffrance sous toutes ses formes ne s’arrêta pas. Il supplia qu’on vienne le sauver. « Y-a-t-il quelqu’un là-haut, qui entendent nos prières?[34]» Alors, bien des générations plus tard, Dieu répondit. Il promit un Sauveur à quelques-uns. Mais il ne l’envoya pas tout de suite pour que la soif des hommes s’approfondisse. Orgueilleux, ils devinrent plus humbles et leur âme se mit à désirer la révélation du Dieu dont ils ne connaissaient pas le cœur. Ainsi, insensiblement, à travers ces souffrances, le cœur de l’humanité mûrit vers une humilité plus grande et un plus grand désir d’amour.

Cette deuxième phase fut en particulier vécue par les Juifs jusqu’à la venue du Messie Jésus. Elle est symbolisée dans l’Évangile par le bon larron. En effet, les justes subissent les mêmes souffrances au cours de leur vie que les « mauvais ». Mais elle provoque un effet plus profond. Le bon larron crucifié à la droite de Jésus lui disait: «Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume. » Elle est la phase de la foi et de l’espérance.

 

            Le troisième jour est le temps enfin où il se fit chair et annonça l’Évangile.

Enfin Dieu les sauva. Il le fit lui-même, par un moyen merveilleux, tel que chacun put s’écrier: « Vraiment, Dieu nous aimait! » L’une des personnes de la Trinité se fit homme en Jésus Christ. Le Messie-Dieu enseigna et voulut mourir de la main de ceux qu’il sauvait, afin que les plus orgueilleux parmi les hommes ne puissent plus douter de son amour. C’est la phase de l’amour de nouveau révélé, celle qui a commencé depuis deux mille ans. Mais Dieu ne supprima pas pour autant les souffrances de la vie, ni son silence. Le chrétien meurt comme le païen. C’est que, à travers ses souffrances, il lui fut possible de transformer sa croix en plus d’humilité et d’amour, en une humilité et un amour conscients de ce qui les finalise. Le croyant chrétien peut le faire avec plus d’intensité car il sait où il va et ce qu’il fait sur terre.[35]

Cette partie de l’humanité (et de notre cœur) est symbolisée au Golgotha par le Christ lui-même. L’Église terrestre, qui est sensée le suivre dans la même lumière, est comme son corps resté sur la terre.

Chacune de ces périodes dispose les cœurs au salut. Ces trois « jours », commencés après le péché originel, sont toujours d’actualité. Les deux premiers sont vécus de nos jours par des milliards d’hommes qui n’ont jamais entendu parler du Christ mais seulement d’un hypothétique salut futur.

Les quatre derniers jours

 

Depuis l’Ascension, le dessein de Dieu est entré dans son accomplissement. Nous sommes déjà à "la dernière heure". "Ainsi donc déjà les derniers temps sont arrivés pour nous[36].

 

Après son Ascension, Jésus annonce de nouveau trois temps, trois étapes de l’histoire durant lesquelles il préparera les nations* à son retour glorieux. On peut les discerner à la lecture de son discours eschatologi–que[37] et des multiples prophéties dispersées ici et là dans les lettres des apôtres.

            Le quatrième de ces temps est celui de l’extension de l’Évangile dans le monde. C’est une période accompagnée de luttes et de souffrances nombreuses.

            Le cinquième est celui du rejet de l’Évangile par le monde.

            Le sixième est le temps de sa disparition quasi complète du monde.

Il convient de remarquer qu’on peut facilement mettre en parallèle ces trois temps avec ceux de la vie de Jésus. D’abord écouté (4), il fut ensuite rejeté (5) puis mis à mort (6). L’Esprit Saint conduit l’Église de la même façon qu’il le fit pour les trois ans de la vie apostolique du Christ. L’humanité vit donc sur terre six jours (elle connaît six phases, six états spirituels en fonction de son salut) puis vient le septième, le jour du Seigneur, inauguré par le retour du Christ. Bien des symboles bibliques trouvent leur interprétation dans cette remarque, en particulier celui de la création du monde en six jours. La recréation y trouve son modèle.

 

C’est ce que l’Esprit Saint veut

 

Ces trois derniers temps ainsi que le règne de l’Antéchrist* ne sont pas des événements symboliques. Leur réalisation historique est aussi certaine que l’étaient pour les Juifs les prophéties de l’Ancien Testament. Quand un prophète annonçait qu’une jeune fille vierge serait enceinte et enfanterait le Messie (troisième temps), les Juifs n’y voyaient pas seulement un symbole, une image d’Israël* en attente de la manifestation de Dieu. Il en est de même pour les événements de la fin du monde. Chaque prophétie de Jésus a, c’est certain, un sens symbolique valable pour toutes les générations. Mais elle a aussi un sens historique: «Le ciel et la terre passeront mais mes paroles ne passeront pas.[38]» Toute la difficulté consiste à démêler leur écheveau.

 

La vie de saint Pierre, une prophétie des quatre derniers temps de l’Église

(Chose probable)

 

Pour mieux comprendre le caractère concret de ces événements, il peut être utile de se remémorer la vie de saint Pierre*, le premier pape. Elle est une allégorie. Elle raconte l’action de Dieu sur l’Église.

            Premier temps: Les succès apostoliques. Pierre sortit de la maison où il venait de vivre quelques jours caché des Juifs en présence de Marie* et des disciples de Jésus. L’Esprit Saint venait de fondre sur lui sous la forme de langues de feu. Animé de sa force, il se mit à prêcher sans crainte dans la rue. Certains le crurent ivre de bon matin tant l’Esprit le tenait. Pourtant, les gens qui écoutaient eurent « le cœur comme transpercé ». Ils furent trois mille en ce jour-là à demander le baptême[39].

            Deuxième temps: le temps des demi-succès, le temps aussi pour Pierre de découvrir ses propres travers, ses errances et ses défauts[40]. Après leurs brillants succès apostoliques des débuts, Pierre et Paul furent confrontés à la lutte. Les oppositions se firent plus nombreuses non seulement de la part de l’État romain: “ Vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom ”, avait annoncé Jésus; mais aussi des hérétiques chrétiens: « Il en viendra beaucoup en mon nom…». Il n’y eut plus autant de miracles. La puissance des premiers temps ne fut bien sûr pas le fait de Pierre* mais de l’Esprit qui coopérait avec lui pour implanter solidement la toute jeune Église dans le monde[41].

            Troisième temps: Le temps de la prison et de l’exécution. Pierre fut persécuté, mis en prison, battu et exécuté. Il vécut la même croix que Jésus et sortit de ce monde sans orgueil, abreuvé de douleur et assoiffé de Dieu. Jésus avait prévenu Pierre: “Quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais. Quand tu auras vieilli, tu étendras les mains et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas. Il signifiait, en parlant ainsi, le genre de mort par laquelle Pierre devait glorifier Dieu[42]”.

         Quatrième temps : Le Christ lui apparut, glorieux… « Entre dans ma joie. »

De même que pour Pierre, les trois temps qui précéderont le retour du Christ peuvent être datés. Le premier, celui de l’annonce de l’Évangile, commence avec le jour de la Pentecôte et dure jusqu’à aujourd’hui. Il se caractérise par l’extension de la chrétienté à travers le monde et par des luttes que le Seigneur appelle “des guerres et des rumeurs de guerre[43]”.

Le second, le temps de l’apostasie* qui se généralise, trouve son origine en Occident comme en Orient dans l’orgueil des catholiques ou orthodoxes trop puissants à la fin du Moyen Age. Après les guerres de religion, la réaction humaniste du siècle des Lumières portait en elle le rejet de l’Église puis du Christ. Il commence au plan politique avec les soubresauts antichrétiens de la Révolution française. Il continue à s’étendre jusqu’à aujourd’hui.

Quant au troisième temps, celui du règne mondial d’un Antéchrist*, de la disparition politique de tout ce qui porte le nom de Dieu[44], il est imminent au plan politique. Certes, l’Antéchrist et son gouvernement mondial n’est pas là. Au plan des idées, le rêve d’un monde libéré de tout ce qui porte le nom de Dieu a commencé en France au milieu du XIXème siècle. Dans le Grand Orient de France, on espère depuis longtemps ce que les Beatles mirent en chanson dans « Imagine».

 

Imagine qu’il n’y ait plus de frontière,

C’est facile si tu essaies,

Pas d’enfer sous nous,

Au-dessus seulement les étoiles (pas de Dieu).

Imagine que tous les gens vivent au jour le jour.

 

Imagine qu’il n’y ait plus de frontière,

C’est facile si tu essaies,

Rien pour tuer ou se sacrifier,

Et pas de religion non plus.

Imagine que tous les gens vivent en paix.

 

Imagine qu’il n’y ait plus de propriété,

J’espère que tu le peux,

Plus de faim ni de soif,

La fraternité humaine.

Imagine que tous les gens se partagent le monde.

 

Divers courants antichrétiens oeuvrent puissamment, écrivent et souhaitent l’arrivée d’un gouvernement mondial athée. De puissants courants en Europe occidentale voudraient chasser de la mémoire historique le passé chrétien de ces nations. Pour saint Paul, le fait que ce troisième temps n’est pas réalisé est la preuve que le retour glorieux du Christ n’est pas imminent[45]. Il ne reviendra pas se montrer à l’humanité tant que les dernières prophéties n’auront pas été réalisées.

 

Dans les trois chapitres suivants, il faut s’efforcer de suivre pas à pas et à grands traits les trois temps de l’humanité, la sagesse de Dieu sur eux, la manière dont il apprend l’humilité à chaque génération.


CHAPITRE 3: QUATRIÈME JOUR, L’ANNONCE DE L’ÉVANGILE

 

 

 

Les trois sens des textes sur la fin du monde

(Il existe bien d’autres sens possibles mais je m’arrête ici aux principaux sens eschatologiques)

 

Jésus a lui-même annoncé la fin du monde pour sa génération : «  En vérité je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela ne soit arrivé. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. [46]» S’est-il trompé ? C’est ce que crurent des générations dès le début de l’Eglise catholique. Le premier pape Pierre en témoigne[47] : « Les incroyants diront: "Où est la promesse de son avènement? Depuis que les Pères sont morts, tout demeure comme au début de la création. »

Or Jésus n’est pas le seul à avoir annoncé avec autorité la fin du monde pour son époque. Saint Vin–cent Ferrier se le permit de manière solennelle. Il fit même de grands miracles pour prouver ses dires. On raconte que, devant le scepticisme des théologiens catholiques de son époque, il ressuscita une femme morte qui confirma ses dires. Pourtant, depuis sa mort en Bretagne en 1419, rien n’est venu. S’est-il trompé ? L’Église ne le pense pas puisqu’elle le canonisa avec le titre d’ange du jugement, en référence à un verset de l’Apocalypse de saint Jean où un ange proclame d’une voix forte: «Plus de délais ! [48]»

 

La solution à ce problème vient de l’ambiguïté de la lettre des textes. Ils sont parole de Dieu et non parole d’homme. Il semble que Dieu regarde en un seul regard trois sortes d’évènements qui paraissent différents à un regard humain :

1-    La mort des individus[49]

2-    La fin des sociétés humaine (la fin d’un monde)

3-    La fin du monde, (les évènements de la dernière génération qui vivra sur terre)

On trouve une preuve de ces sens multiples dans un texte de l’évangile de Matthieu 24, 37-42. Il s’agit d’un passage où Jésus parle de son retour dans la gloire, mystère habituellement réservé à la fin du monde. Or il y décrit aussi dans le même passage, sans qu’il y ait rupture du texte, la mort individuelle d’un homme, puis d’une femme : « Comme les jours de Noé, ainsi sera l'avènement du Fils de l'homme. En ces jours qui précédèrent le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et mari, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche, et les gens ne se doutèrent de rien jusqu'à l'arrivée du déluge, qui les emporta tous. Tel sera aussi l'avènement du Fils de l'homme. Alors deux hommes seront aux champs: l'un est pris, l'autre laissé; deux femmes en train de moudre: l'une est prise, l'autre laissée. »

 

Jésus et saint Vincent Ferrier se sont-ils trompé ? L’explication de leur étonnante affirmation est simple. La fin du monde signifie plusieurs choses. On pense d’abord à la fin des fins, telle que je la décrirai à la fin de cet ouvrage. Mais Jésus pensait aussi à la mort de chaque individu et la fin de chaque génération. Tout ceci constitue d’ailleurs un seul et même mystère puisque, cent ans après sa naissance, toute une généra–tion a vu le retour du Christ, individu après individu. Autrement dit, dans cent-vingt ans maximum, nous serons tous morts. Avant que cela n’arrive, dans les jours de sa vieillesse, il n’est pas de génération humaine qui ne récolte les fruits de l’orgueil de sa jeunesse. Il est important, pour le salut, que cela se passe ainsi. Application simple : Que reste-t-il des jeunes immortels musclés qui partirent bouter l’ennemi en 1914 ? Cherchez.

 

 

Conclusion : Attention à ne jamais interpréter les textes eschatologiques comme s’ils annonçaient en premier lieu la fin des fins. Curieusement, c’est ce sens (qui n’est pas non plus à exclure, nous le verrons) qui fascine le plus les théologiens débutants, sans doute parce que sa dimension à la fois politique et curieuse à tendance à rendre fou le croyant non formé. Il y a deux sens beaucoup plus concrets et éducatifs à considérer :

« Prépare-toi à la venue de ton Juge. Ta mort est proche. »

« Ne mets pas trop ton espoir dans ton système politique. Elle passe, la figure de ton monde. »

Cette façon de contempler la fin du monde permet d’expliquer bien des choses.

 

Le signe de la croix dans chaque génération

(Chose certaine)

 

L’annonce de l’Évangile aux nations* à travers des luttes sans merci, voilà donc ce que le Seigneur promet pour le premier temps de l’Église. L’histoire montre que cette période est déjà en grande partie derrière nous. Dans ce chapitre, je voudrais essayer de manifester de manière concrète l’action de Dieu à travers l’exemple de quelques générations chrétiennes.

Il existe, cachée sous l’apparente anarchie de l’histoire, une logique profonde[50]. Il existe une Sagesse qui éclaire le tout. L’unité vient d’un principe simple que je me suis efforcé de résumer dans l’introduction de ce livre. Son but est de faire sortir de chaque génération le maximum d’humilité et d’amour. Tout cela sert au salut du plus grand nombre. Tout cela a un rapport avec le mystère de la Trinité.

- Puisque Dieu veut introduire chaque génération dans la vision béatifique, il la prépare.

- Puisque l’humilité est une condition fondamentale au salut, Dieu se plait à la créer.

- Puisque le défaut fondamental de chaque génération est de se croire plus intelligente, plus réussie que la précédente, Dieu prend le moyen de la mettre face à sa fatuité.

- Puisque enfin rien n’est plus efficace que l’échec pour apprendre un peu d’humilité, Dieu se plaît à confronter chaque génération à sa ruine. Tout se résume à cette parole de Marie : « Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles[51]. » Il dose pour chaque époque réussites et échecs, paix et guerres, maladies et fléaux. Il dose tout cela jusqu’à l’extrême, jusqu’à ce que la génération passe de la vieillesse à la mort[52]. Il s’agit donc bien, à chaque génération, d’une fin du monde.

 

Chaque génération connaît sa fin du monde

(Chose certaine)

 

“Dis-nous, demandèrent les disciples, quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde? ” Et Jésus leur répondit: « Prenez garde qu’on ne vous abuse car il en viendra beaucoup sous mon nom, qui diront: ‘c’est moi le Christ’, et ils abuseront bien des gens. Vous aurez aussi à entendre parler de guerres et de rumeurs de guerres. Voyez, ne vous alarmez pas. Car il faut que cela arrive, mais ce n’est pas encore la fin. On se dressera en effet nation contre nation et royaume contre royaume. Il y aura par endroit des famines et des tremblements de terre. Et tout cela ne fera que commencer les douleurs de l’enfantement. Alors on vous livrera aux tourments et on vous tuera; Vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom. Et alors beaucoup succomberont; ce seront des trahisons et des haines intestines. Des faux prophètes surgiront nombreux et abuseront bien des gens (...) Cette bonne nouvelle du Royaume sera proclamée dans le monde entier en témoignage à la face de toutes les nations.[53]”

 

Décrivons à titre d’exemple et pour mieux comprendre l’universalité de cette sagesse divine, l’expérience telle qu’elle a été vécue par la génération de la première guerre mondiale. Son orgueil majeur est sa foi dans la science qui doit, croit-elle, lui apporter la totalité du bonheur. Son idole principale est la Patrie qu’elle exalte jusqu’à en faire un monstre dévoreur d’hommes. Il s’agit bien d’un monstre puisqu’on se prépare mentalement dès 1870 à tout lui offrir en sacrifice. Pour la patrie, chacun bombe le torse. En France, on se targue de faire rendre gorge aux Boches. En Allemagne, on chante Deutschland über alles[54]. L’idéologie est mondiale.

Dieu laisse faire les lois de ce péché d’idolâtrie. Mais il commence par avertir en donnant un signe, visible par tous. Le regard obsessionnel des Occidentaux pour le naufrage du Titanic en 1912, montre que ce malheur a été compris dès cette époque, au moins confusément, comme une prophétie. Le Titanic est l’image du monde séparé en classes sociales qui précède la première guerre mondiale : « Même Dieu ne pourrait pas le couler »[55].

La génération des poilus de la grande guerre a été profondément éduquée à l’humilité. Avant de rejoindre l’autre monde, elle a dû, à travers trois coups de boutoir, admettre son erreur. La boue des tranchées, la défaite de 40 et de manière ultime, la révolution libertaire de mai 68 sont les trois principales leçons apocalyptiques qu’elle reçut. Vers la fin de sa vie terrestre, cette génération a bu jusqu’à la lie la coupe de son échec, de la main même de ses petits-enfants. Se croyant plus intelligents (l’orgueil était aussi leur lot), ceux-ci ont craché à la face de leurs pères et grands-pères, leurs « valeurs criminelles de patrie, honneur, sacrifice, devoir ». Ils ont exalté les valeurs opposées. Quel échec pour les patriotes de 14… Pour celui qui sait lire les signes des temps, il y a ici une application de la théologie de fin du monde. Ce fut, pour toute cette génération, une véritable souffrance mais surtout, pour qui sait lire l’action de Dieu, une véritable action de salut produite par les lois de Dieu. Beaucoup, grâce à cela, ont été sauvés, efficacement. Dès cette terre puis face à l’apparition glorieuse du Christ, ils ont renié pour toujours la morgue nationaliste de leur jeunesse.

Je vais le montrer, cette pratique de Dieu peut s’appliquer à chaque génération. Une fois cette sagesse comprise, chacun peut même aisément devenir prophète et prévoir comment la génération suivante vivra sa fin du monde. Faisons le prophète. L’exemple de la génération de mai 68 dont je viens d’esquisser l’orgueil mérite d’être développé ici. Son péché majeur est sa foi dans sa puissante intelligence des choses de la vie. « Nos pères furent des idiots. Nous avons enfin compris que la tolérance absolue, les droits de l’homme sont l’Alpha et l’Oméga de la sagesse ». Son idole principale (le fondement de sa conception du bonheur) s’appelle « plaisirs et bonheur immédiats, sexualité libre et spontanée». Il s’agit à nouveau d’un monstre puisqu’on invite chacun à tout lui offrir en sacrifice: mariage (un couple sur trois divorce au nom du devoir d’être heureux tout de suite), enfants (un sur trois avorté, « parce que cela vaut mieux pour lui »), vieux parents (souvent délaissés). Elle chantait sur les pavés de Paris : « Faites l’Amour, pas la guerre. »

On peut prévoir que la génération de mai 68 sera, elle aussi, profondément éduquée à l’humilité. Elle se croyait intelligente. Ses élites avaient soutenu Mao, Pol Pot, Castro sans jamais faire repentance de leur aveuglement. On peut observer que la leçon est déjà commencée. Dieu laisse faire jusqu’à aujourd’hui les conséquences de son péché. Mais il a commencé à l’avertir en lui donnant des signes, visibles par tous. Trois coups de boutoir se sont déjà produits : l’échec mortel du communisme, le SIDA apparu en 1980 et qui vint atteindre de plein fouet la civilisation de la luxure[56] et, au moment où j’écris, la haine de plus en plus inquiétante de banlieues jeunes, islamisées et fécondes. Au plan politique, ne peut-on pas craindre une véritable fin de leur monde ? L’avortement de toute une génération[57] remplacée par des immigrés dont l’islam est souvent non intégrable, prépare-t-il un triste réveil ?

On peut prévoir que la leçon se terminera sur terre avec l’age. Ce sera une bien pauvre cohorte de personnes âgées qui récoltera les fruits d’un amour qui ne s’est construit que dans l’immédiateté. La solitude sera sa dernière plaie. Ses enfants, élevés dans le culte du bonheur immédiat, auront-ils le sens moral de l’accompagner dans les maisons de retraite ? Pire, elle devra affronter dans la nuit l’approche de la mort car elle est la première génération sans religion et sans prêtres. Elle sent confusément approcher ce moment. Agée de 50 ans au moment où j’écris, elle se concocte, partout en Occident, des lois pour s’euthanasier.

Ce portrait est humainement très pessimiste. Il ne l’est qu’au plan d’un jugement humaniste terrestre. Il doit être complété par son vrai sens spirituel. C’est par ces épreuves que cette génération, à l’image de toutes les générations précédentes, sera sauvée par Dieu. Frappée par où elle a péché, ses membres de bonne volonté apprendront peu à peu l’humilité. La plus grande épreuve sera celle de sa confrontation avec l’apparition du Christ glorieux lorsque, un par un, ses membres passeront la porte de la mort. Le jour du Seigneur est terrible car il a le pouvoir de dévoiler la vérité des cœurs. Tout se terminera pour la majorité dans le repentir et la Vie.

 

Le temps des persécutions (33-313 après J.C.)

 

« Alors on vous livrera aux tourments et on vous tuera; vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom. Et alors beaucoup succomberont; ce seront des trahisons et des haines intestines.[58] »

 

A travers quelques événements chronologiques de l’histoire de l’Église, essayons de contempler l’action très sage de Dieu pour le salut du plus grand nombre. A chacun, en s’appuyant sur ces exemples, de prolonger ce travail pour chaque génération de toutes les civilisations du monde.

Au cours des trois premiers siècles, il permit que la jeune Église soit persécutée par la puissance des dirigeants de l’Empire romain. Ceux-ci n’agissaient pas par haine lucide de Dieu. Leur ignorance du christianisme, leur zèle politique pour la religion de l’État et l’influence sournoise du démon qui sait amplifier les peurs, les rendaient souvent sincères. De cette persécution décrite par saint Mathieu comme de toutes les persécutions de l’histoire, il sortit des fruits immenses pour la vie éternelle. Jamais on ne vit Église plus sainte car plus pauvre. C’était une grande joie au Ciel que de voir arriver ces vierges chrétiennes, Blandine, Agnès, Cécile, fortes dans leur confiance en Jésus, toutes petites à cause de leur peur et de leurs larmes, et dignes de devenir reines pour l’éternité. Il n’y avait pas beaucoup d’orgueil en ce temps là dans l’Église. Quant aux bourreaux païens, quelle n’a pas été pas leur stupéfaction de se voir accueillis par leurs victimes au moment de leur mort. Il n’est pas naïf d’affirmer que beaucoup, après avoir expérimenté leur propre misère par la mort, se convertirent et furent sauvés. Beaucoup réalisèrent cette parole de Jésus : « Ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on remet peu montre peu d’amour.[59] » En ce temps là, on vivait sans difficulté, au jour le jour, les prophéties concernant le retour imminent du Christ puisqu’on pouvait être mis à mort n’importe quand.

 

La génération des premiers moines

 

« Vous aurez aussi à entendre parler de guerres et de rumeurs de guerres; voyez, ne vous alarmez pas: car il faut que cela arrive, mais ce n’est pas encore la fin.[60] »

 

A cette époque, tout n’était cependant pas saint chez les chrétiens. Certains ne vivaient pas l’attente du jour du Seigneur en paix, tel qu’il convient à un croyant fidèle. Ils s’exaltaient avec orgueil et donnaient même des dates précises pour le retour du Christ, se faisant l’égal de Dieu. Ils invitaient à ne plus se marier. La sagesse de Dieu qui conduit à l’humilité se trouvait donc parfois vaincue par l’orgueil, même en ces temps douloureux. Devant la multiplication des persécutions, certains théologiens et chrétiens inventèrent une conception orgueilleuse et intransigeante du martyre. On le vanta tant qu’on en fit l’acte suprême du courage humain, de la force d’âme. On prétendit conquérir le Ciel par le mérite de sa résistance aux tourments. On en a des preuves dans des textes de l’époque. Des évêques refusaient le pardon à des chrétiens repentants pour le péché suivant : ils avaient renié leur foi par peur des tortures. On les appelait « lapsi » et parfois « relaps » quand ils avaient failli deux fois. Ainsi, le don de sa vie pouvait devenir un acte d’autosuffisance humaine! Cela déplut au Ciel. Ne voyait-on pas arriver des martyrs dans l’autre monde, empreints d’une attitude revendicatrice, exigeant la récompense qui n’est donnée qu’aux humbles. Alors Dieu agit. Se servant des rouages multiples qui font l’histoire, il permit que la paix se fasse avec l’Empire. Constantin, en signant l’Édit de Milan (313), reconnaissait au christianisme le droit d’exister. En raison de la fin des persécutions, des foules de païens hésitants demandèrent leur entrée dans l’Église. Mais, par la même occasion, en raison de l’arrivée de cette masse de pauvres gens peu faits pour l’héroïsme, le zèle pour Dieu se refroidit. L’Église devint moins élitiste et marquée des graves défauts d’un peuple mal évangélisé. Il y avait moins de ferveur mais aussi moins d’orgueil dans l’héroïsme. Beaucoup adhéraient par arrivisme politique…

Cette deuxième étape de l’histoire de l’Église fut ressentie par beaucoup de chrétiens jadis fervents (surtout par les assoiffés du martyre) comme la fin du monde. A la pureté des premiers âges succédait une foule à peine dégrossie et encore empreinte de superstitions païennes. Ce n’était pourtant que la fin de leur monde devenu trop élitiste. Dieu l’avait détruit en vue du salut du plus grand nombre.

Ceux que décevait cette décadence reçurent souvent de la part de l’Esprit Saint l’appel explicite de se retirer au désert et d’y vivre comme des moines. Cet appel fut particulièrement ressenti en Égypte. Mieux que par le martyre sanglant, le martyre quotidien disposa des milliers de moines à la vie éternelle en les confrontant à leur misère. Il y eut en premier lieu de grands saints, suscités par Dieu. Saint Antoine du désert, par exemple, fut violemment attaqué par le démon qui le tentait de tous les péchés possibles. Loin de se contenter de simplement lui résister en restant vertueux, il devint un homme humble et aimant. Lorsqu’il eut découvert que l’ordre spirituel qui plait à Dieu est celui qui met au sommet de tout l’amour de Dieu et du prochain, qui établit comme base de tout l’humilité et qui, en troisième lieu, cultive le reste des vertus, il fut béni de Dieu. Aidé par des charismes (don de faire des miracles par exemple), il reçut de Dieu la mission de créer un ordre monastique pour faire découvrir aux jeunes moines la véritable vie de sainteté.

Mais Dieu prit aussi le moyen de sauver les moines orgueilleux, ceux qui venaient au désert afin de gagner le Ciel à la puissance de leur vertu. Logiques avec eux-mêmes, ceux-là s’imposèrent des pénitences terribles. Dieu les laissait faire avec patience. Sa seule arme fut le temps. Après quelques mois et, pour les plus entêtés, quelques années de résistance, la plupart s’écroulait. Ils retombaient d’abord dans leurs faiblesses sexuelles puis ils étaient frappés par un ennui particulier de l’âme qu’on nomme l’ascédie[61]. Leur existence devenait tantôt monotone, tantôt attaquée de tout côté par leurs passions. Ils péchèrent, furent déçus par eux-–mêmes. Presque tous se découvrirent bien misérables. Or, je l’ai dit, il y a dans cette découverte de sa misère un premier pas dans la mise à mort de l’orgueil… En fin de compte, seuls restaient en danger ceux qui mourraient en se croyant digne du Ciel.

 

L’orgueil des premiers théologiens et l’élaboration du Credo

 

« Des faux prophètes surgiront nombreux et abuseront bien des gens.[62] »

 

Parallèlement, dans les cités de l’Empire, les évêques et les chrétiens libérés de la crainte du martyre eurent du temps pour faire de la théologie. Diverses conceptions de la Trinité naquirent. Chacun cherchait la vérité sur Dieu et le peuple se passionnait pour ces débats. Dieu permit la prédication de beaucoup d’hérétiques. Il laissait faire afin que, de la lutte, sorte la prière et, de la prière, apparaisse la vérité. Mais il ne permit jamais que l’Église tombe tout entière dans l’erreur[63]. Par contre, la venue de faux prophètes poussa les évêques à mieux le connaître.

Mais, très vite, parce que la science enfle, on se mit à défendre la vérité plus par amour de sa propre intelligence que par amour pour Dieu. On en fit même un motif politique, allant jusqu’à adhérer à telle théorie parce qu’elle était soutenue par tel prince. Il y eut des mensonges, de la corruption, des meurtres. Cela déplut au Ciel. Dans l’autre monde, à l’heure de la mort, arrivait une foule de chrétiens hérétiques ou non et tout aussi sûrs les uns que les autres d’aller au paradis pour avoir défendu avec dureté la vraie doctrine.

Arrivé à ce niveau de notre description de l’Histoire Sainte, on peut constater qu’elle se résume ainsi : « A chaque génération son péché. A chaque génération sa forme d’orgueil. A chaque génération son fléau envoyé par Dieu en vue de l’humilité ».

Alors Dieu se comporta de la même façon qu’au temps de la tour de Babel[64]. “ Dieu dit: Voici que tous ne font qu’un seul peuple et ne parlent qu’une seule langue, et ce n’est que le début de leurs entreprises! Main–tenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. Allons! Descendons! Et là, confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres ». Dieu[65] divisa donc l’Église en plusieurs communautés séparées et ennemies. Divisée, elle était plus faible; plus faible, elle obtenait moins de gloire humaine. Plus humble, elle était mieux préparée à l’amour donc à la vie éternelle.

 

A partir de 632. L’islam, fouet de Dieu pour la sanctification des chrétiens

(Selon moi… Au lecteur d’en juger[66])

 

« A l’Ange de l’Église de Laodicée, écris: Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe de la création de Dieu. Je connais ta conduite: tu n’es ni froid ni chaud - que n’es-tu l’un ou l’autre! -- Ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche. Tu t’imagines: me voilà riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien; mais tu ne le vois donc pas: c’est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu! Aussi, suis donc mon conseil: achète chez moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir.[67] »

 

Parmi toutes les divisions envoyées ou permises par Dieu, une est particulière. Il s’agit de l’islam*. Dieu vit un homme qui marchait en conduisant une caravane dans le désert d’Arabie. Lorsque arriva la nuit, il se retira loin de ses compagnons pour méditer. Il s’appelait Mahomet. Attention, les pensées de Dieu ne sont pas celles des hommes. Avant de rejeter l’islam dans le rang des sectes qui auraient réussi, il faut se souvenir de la remarque pleine de sagesse de Gamaliel rapportée par les Actes des Apôtres[68] à propos du christianisme naissant. Lui aussi était persuadé que Jésus était un imposteur, que Dieu ne pouvait avoir un fils ou se faire homme. Il pensait sincèrement que les disciples avaient caché le corps de cet illuminé pour faire croire à sa résurrection. Pourtant, il était sage. Il savait que le mystère de Dieu est grand. Les chefs des Juifs avaient envoyé partout des émissaires chargés de faire arrêter et exécuter les premiers chrétiens. L’un d’entre eux, Saul de Tarse, « ne respirait que menaces et carnage à l’égard des disciples du Seigneur »[69]. Or, lors d’une réunion au Sanhédrin, Gamaliel prit la parole. « C’était un docteur de la Loi respecté de tout le peuple. Il dit aux sanhédrites: "Hommes d’Israël, prenez bien garde à ce que vous allez faire à l’égard de ces gens-là. A présent donc, je vous le dis, ne vous occupez pas de ces gens-là, laissez-les. Car si leur propos ou leur oeuvre vient des hommes, elle se détruira d’elle-même; mais si vraiment elle vient de Dieu, vous n’arriverez pas à les détruire. Ne risquez pas de vous trouver en guerre contre Dieu." On adopta son avis.»

Il est important que nous jugions de l’islam avec la même sagesse. Plus d’une fois dans l’Écriture, Dieu a surpris son peuple. Ce qui d’un premier abord apparaît comme impossible, il le fait. L’un des exemples les plus étonnants de son action mystérieuse se trouve dans l’Ancien Testament. Dieu peut-il lutter contre lui-même? Dieu peut-il vouloir la destruction de son propre Temple? Non répondirent unanimement les Docteurs d’Israël. Ils jugèrent fou le pseudo-prophète qui venait de vaticiner le contraire[70]: « Et maintenant, puisque vous avez commis tous ces actes -oracle de Yahvé- puisque vous n’avez pas écouté quand je vous parlais instamment et sans me lasser, et que vous n’avez pas répondu à mes appels, je vais traiter ce Temple qui porte mon nom, et dans lequel vous placez votre confiance, ce lieu que j’ai donné à vous et à vos pères, comme j’ai traité Silo. Je vais le détruire. » Jérémie paya son audace. Mais le Temple fut vraiment détruit quelques années plus tard. Les chefs des Juifs comprirent qu’ils avaient été trop rapides à qualifier Jérémie d’hérétique. Ils lui construisirent un mausolée...

 

L’islam vient-il de Dieu ? A propos de l’origine de l’islam, il est très difficile d’être absolument concluant car l’Écriture sainte et le Magistère de l’Église ne donnent pas d’enseignements définitifs sur son origine. Depuis le concile Vatican II, l’Église appelle simplement à un regard de respect. Il distingue la marque du nom de Dieu, non seulement dans l’islam, mais aussi dans les autres traditions religieuses qu’il cite. Il a reconnu la riche valeur de la foi et de la morale musulmane[71]. « Le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour. » Ce respect de l’Église est important. Il montre qu’il n’est plus possible de considérer l’islam ou les autres religions comme de simples "Antichristianismes", venus du démon.

Mais une telle position ne nourrit que le cœur. Elle ne peut suffire à une intelligence croyante. D’où vient l’islam? Pour répondre, il faut s’efforcer de voir s’il existe des prophéties bibliques à propos de cette religion et si elle s’y reconnaît. Il s’agit de la deuxième religion monothéiste du monde. Elle touche plus d’un milliard de fidèles. Il ne peut manquer d’y avoir quelque texte biblique prophétisant sur son avenir.

Or il est remarquable de constater que la référence première des musulmans est le patriarche Abraham, et ils désirent se soumettre à Dieu comme lui-même s’est soumis. Ils se disent fils d’Abraham par son fils Ismaël. C’est donc du côté des promesses faites à Abraham qu’il faut chercher.

La lettre des Écritures est alors surprenante. On y apprend effectivement qu’Abraham a eu deux fils, et non un seul et que ces fils reçurent tous deux une promesse de bénédiction de Dieu. Il convient de rappeler ici l’histoire, en la prenant à sa source même.

La grande tristesse d’Abraham, ce pasteur sémite, était de ne jamais pu avoir d’enfant.

« La parole de Yahvé fut adressée à Abram[72], dans une vision: "Ne crains pas, Abram! Je suis ton bouclier, ta récompense sera très grande." Abram répondit: "Mon Seigneur Yahvé, que me donnerais-tu? Je m’en vais sans enfant...". Alors cette parole de Yahvé lui fut adressée: "Ce n’est pas un serviteur qui sera ton héritier, mais bien quelqu’un issu de ton sang." Il le conduisit dehors et dit: "Lève les yeux au ciel et dénombre les étoiles si tu peux les dénombrer" et il lui dit: "Telle sera ta postérité." Abram crut en Yahvé, qui le lui compta comme justice. » [73]

Ismaël, figure allégorique de l’islam

 

Quelques mois après, la promesse tardait à se réaliser. Sarah, épouse d’Abraham, s’impatienta et lui dit, dans son bon sens [74]: « "Vois, je te prie: Yahvé n’a pas permis que j’enfante. Va donc vers ma servante. Peut-être obtiendrai-je par elle des enfants." Et Abram écouta la voix de Sarah. Ainsi, au bout de dix ans qu’Abram résidait au pays de Canaan, sa femme Sarah prit Agar l’Égyptienne, sa servante, et la donna pour femme à son mari, Abram. Celui-ci alla vers Agar, qui devint enceinte. »

Ainsi, le fils aîné d’Abraham fut celui d’une esclave, d’une muslim selon la terminologie sémitique.

Ici, il convient d’être attentif. Quel est cet enfant premier-né et que dit la Bible de lui, de son avenir?

« Lorsque Agar se vit enceinte, sa maîtresse ne compta plus à ses yeux. Alors Sarah dit à Abram: "Tu es responsable de l’injure qui m’est faite! J’ai mis ma servante entre tes bras et, depuis qu’elle s’est vue enceinte, je ne compte plus à ses yeux. Que Yahvé juge entre moi et toi!" Abram dit à Sarah: "Eh bien, ta servante est entre tes mains, fais-lui comme il te semblera bon." Sarah la maltraita tellement que l’autre s’enfuit de devant elle. L’Ange de Yahvé la rencontra près d’une certaine source au désert, la source qui est sur le chemin de Shur. Il dit: "Agar, servante de Sarah, d’où viens-tu et où vas-tu? "Elle répondit: "Je fuis devant ma maîtresse Sarah." L’Ange de Yahvé lui dit: "Retourne chez ta maîtresse et sois-lui soumise." L’Ange de Yahvé lui dit: "Je multiplierai beaucoup ta descendance, tellement qu’on ne pourra pas la compter." L’Ange de Yahvé lui dit: "Tu es enceinte et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom d’Ismaël, car Yahvé a entendu ta détresse. Celui-là sera un onagre d’homme, sa main contre tous, la main de tous contre lui, il s’établira à la face de tous ses frères".»[75]

Ainsi, l’enfant fut béni par Dieu après sa conception. Dieu ne fut pas à l’origine de sa naissance mais il le bénit tout de même, à cause d’Abraham. Et sa bénédiction fut grande!

D’autres prophéties bibliques furent données par la suite concernant Ismaël. Sarah, qui était une femme terrible, chassa à nouveau l’enfant de la servante après la naissance d’Isaac, le fils qui lui vint dans sa vieillesse[76]: «Lorsque cela arriva, Dieu dit à Abraham: "Ne te chagrine pas à cause du petit et de ta servante, tout ce que Sara te demande, accorde-le, car c’est par Isaac qu’une descendance perpétuera ton nom, mais du fils de la servante je ferai aussi une grande nation car il est de ta race." Abraham se leva tôt, il prit du pain et une outre d’eau qu’il donna à Agar, et il mit l’enfant sur son épaule, puis il la renvoya. Elle s’en fut errer au désert de Bersabée. Quand l’eau de l’outre fut épuisée, elle jeta l’enfant sous un buisson et elle alla s’asseoir vis-à-vis, loin comme une portée d’arc. Elle se disait en effet: "Je ne veux pas voir mourir l’enfant!" Elle s’assit vis-à-vis et elle se mit à crier et à pleurer. Dieu entendit les cris du petit et l’Ange de Dieu appela du ciel Agar et lui dit: "Qu’as-tu, Agar? Ne crains pas, car Dieu a entendu les cris du petit, là où il était. Debout! Soulève le petit et tiens-le ferme, car j’en ferai une grande nation." Dieu dessilla les yeux d’Agar et elle aperçut un puits. Elle alla remplir l’outre et fit boire le petit. Dieu fut avec lui, il grandit et demeura au désert, et il devint un tireur d’arc. Il demeura au désert de Parân et sa mère lui choisit une femme du pays d’Égypte. »

Ainsi, une deuxième fois, Ismaël fut béni et quelques précisions sur son destin furent données: son lien avec le désert (l’islam naquit dans le Sahara), le fait qu’il devint tireur d’arc, (donc une religion de la guerre).

Parce que la figure d’Ismaël semble une allégorie* de l’islam, la fin de sa vie d’Ismaël mérite aussi d’être rapportée[77]. « Voici la descendance d’Ismaël, le fils d’Abraham, que lui enfanta Agar, la servante égyptienne de Sara. Voici les noms des fils d’Ismaël, selon leurs noms et leur lignée: le premier-né d’Ismaël Nebayot, puis Qédar, Adbéel, Mibsam, Mishma, Duma, Massa, Hadad, Téma, Yetur, Naphish et Qédma. Ce sont là les fils d’Ismaël et tels sont leurs noms, d’après leurs douars et leurs camps, douze chefs d’autant de clans. Voici la durée de la vie d’Ismaël: 137 ans. Puis il expira; il mourut et il fut réuni à sa parenté. Il habita depuis Havila jusqu’à Shur, qui est à l’est de l’Égypte, en allant vers l’Assyrie. Il s’était établi à la face de tous ses frères. »

Isaac, figure du christianisme

 

Le second fils d’Abraham fut appelé Isaac. L’annonce de sa naissance fut très différente. Elle fut décidée par Dieu lui-même lors de son apparition au chêne de Mambré sous la forme de trois personnes (la Trinité fut révélée ce jour-là pour la première fois). Il fut conçu par la femme libre d’Abraham, c’est-à-dire par Sara. Et Dieu dit à propos d’Isaac et d’Ismaël[78]: «C’est par Isaac qu’une descendance perpétuera ton nom mais du fils de la servante je ferai aussi une grande nation car il est de ta race. »

Isaac et Ismaël, deux frères, deux religions

 

Il y a là une allégorie* qui concerne les deux religions issues du judaïsme, à savoir l’islam et le christianisme. Les détails de ressemblance sont plus que frappants.

En effet, le christianisme fut créé immédiatement par une initiative de Dieu qui vint lui-même le prêcher sur terre. De plus, cette religion reçut la révélation du Mystère de la Trinité symbolisée dans l’histoire d’Isaac au chêne de Mambré[79] par les trois personnes qui étaient un seul Dieu. Les chrétiens sont appelés enfants et amis de Dieu de même qu’Isaac est enfant d’Abraham par son épouse légitime, sans passer par la servante. Les musulmans se nomment eux-mêmes les esclaves de Dieu (muslim), ce qui est symbolisé dans cette prophétie par leur mère qui était esclave égyptienne. Le mot arabe ‘islam’ signifie ‘soumission, abandon a Dieu’ La formule ‘inch Allah’ (Si Dieu le veut) exprime la foi et la soumission en l’action constante et souveraine de Dieu dans sa création. La formule ‘Mektoub’ (c’était écrit) est plus populaire. Elle exprime une tendance à la passivité respectueuse de Dieu devant les malheurs.

Si l’on suit la lettre de l’Écriture, le christianisme est l’Alliance voulue explicitement par Dieu et symbolisée par Isaac. Quant à l’islam, si on en croit cette prophétie, il vient de l’initiative des hommes, de même qu’Ismaël naquit par l’initiative personnelle d’Abraham et de Sarah, sans ordre de Dieu. Il fut inventé par Mahomet. Mais Dieu le bénit par la suite et le rendit extrêmement fécond à cause de la foi dont faisaient preuve les musulmans, suivant en cela l’exemple de leur Père Abraham.

Si l’on regarde avec précision les diverses prophéties qu’ajoute la Bible concernant le destin d’Ismaël, on est frappé de constater qu’il s’agit du portrait de l’islam tel que nous le voyons depuis 1422 ans. Le livre de la Genèse 16 donne un portrait prophétique d’Ismaël, donc de l’islam, qui correspond trait pour trait à sa façon d’exister depuis des siècles: Il sera un onagre d’homme (c’est-à-dire comme un âne indomptable, obtus, peu cultivé mais intransigeant pour ce qui concerne sa foi)–. Sa main contre tous et la main de tous contre lui (à cause de cette intransigeance pour la foi, qu’il aura tendance à imposer). Il s’établira à la face de tous ses frères (à commencer par son frère chrétien qu’il supplanta en Afrique du Nord, puis en Turquie). La Genèse précise[80] qu’il devint un tireur d’arc (donc par métaphore, un peuple guerrier se répandant par la conquête militaire). « Douze tribus sortirent de lui », à l’image des nations revendiquées comme terres musulmanes: Arabes, Perses, Égyptiens, Indonésiens, Pakistanais (d’origine indienne), Africains noirs, Turcs, nations Slaves du Caucase, peuples musulmans de Chine, Afghans.

Première objection : L’islam ne peut avoir été dicté par Dieu…

 

Diverses objections viennent à l’esprit de tout chrétien. Comment Dieu peut-il bénir* une hérésie? L’islam enseigne des dogmes contradictoires avec la foi chrétienne. Tout ce qui a rapport avec la possibilité d’une vie surnaturelle est nié: La Trinité, l’incarnation du Verbe, sa passion et sa résurrection, l’élévation de l’homme à l’amitié avec Dieu. Selon beaucoup d’auteurs musulmans, le paradis est réduit à un bonheur humain et la vision face à face de Dieu est impossible. En ce sens, on peut dire que cette religion consiste en une dégradation grave des promesses du Christ. D’ami, elle réduit l’homme à être serviteur de Dieu. En conséquence, à cause de ses erreurs, il est impossible pour un croyant chrétien que l’islam ait été directement dicté par Dieu, quoiqu’en dise Mahomet. On voit mal Dieu dicter de lui-même des choses fausses. On le voit souvent parler dans la Bible de manière ambiguë. Il laisse l’homme se fourvoyer dans des interprétations qui ne sont pas les siennes, parce que les mots n’ont pas le même sens pour lui que pour l’homme. Mais on ne le voit jamais mentir. Par contre, souvent il joue de l’ambiguïté des mots.[81]

… mais il a été béni de Dieu

 

En effet, une religion ne peut subsister 1423 ans et devenir la deuxième au monde si elle n’en reçoit pas de Dieu l’autorisation. Quand je dis que Dieu béni* tel ou telle communauté humaine, cela signifie qu’il la laisse se multiplier. Il lui donne du pouvoir, de la réussite. Jésus l’affirme à Pilate lorsqu’il se vantait de son pouvoir sur lui: « "Tu ne me parles pas? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier?" Jésus lui répondit: "Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut.[82]»

Dieu préfère l’humilité à l’orthodoxie arrogante

 

Pour répondre de manière chrétienne, il est nécessaire de revenir à ce qui transparaît dans l’évangile et qui semble être une des bases de la révélation du Christ. Il arrive que, dans son obstination, l’homme contraigne Dieu à choisir entre deux termes qui, normalement, devraient être unis. Il s’agit de l’humilité et de la compréhension de la vérité. Dans ce but, il préfèrera l’humilité à la vérité. Dès le début du christianisme, saint Jean Chrysostome l’affirmait: «Donnez-moi deux attelages pour une course de chars. Que les chevaux du premier s’appellent Vérité (christianisme) et Orgueil, ceux du second s’appellent Hérésie et Humilité. Et bien vous verrez le second attelage remporter la victoire, non à cause de l’erreur mais à cause de la force du cheval Humilité. » Concrètement, il importe moins pour Dieu qu’un homme soit chrétien si, parallèlement, il se conduit comme un égoïste ou avec la morgue d’un pharisien. C’est, semble-t-il, l’explication de la bénédiction de l’islam par Dieu[83].

C’est un travail spirituel extrêmement douloureux car il remet en question des aspects habituels et déviés de notre espérance. Il ne nous a jamais été promis que le christianisme vaincrait les autres religions ou l’athéisme et implanterait sa foi ici-bas, sur terre. Il a été promis que le Christ vaincrait puissamment à l’heure la mort et dans l’autre monde par son apparition glorieuse, accompagné des saints et des anges. Nous confondons souvent espoir et espérance théologale. L’espoir attend quelque chose d’humain, ici-bas. L’espérance attend la victoire finale de Dieu dans l’éternité. En ce qui concerne l’Église, il nous a été annoncé que sa fin serait extrêmement glorieuse, c’est-à-dire (et c’est la seule interprétation légitime d’après le catéchisme de l’Église catholique[84]), qu’elle ressemblera à la fin du Christ: l’Église finira petite humble, crucifiée et priante. Elle sera si humble qu’elle provoquera le retour glorieux du Christ. Évidemment, ceux qui rêvent du retour du succès politique ici-bas ne peuvent qu’être choqués.

Une seule chose importe à Dieu en définitive: sauver tous les hommes et donc façonner leur cœur dans la plus grande disposition à son mystère. Ces qualités se résument à deux: humilité et amour. Peu lui importe la survie de l’Afrique du Nord ou de l’Égypte chrétienne si leur christianisme devient objet de perdition pour leurs peuples.

Dieu peut parfois autoriser (c’est-à-dire, selon l’expression biblique, bénir*) ce qui apparaît à un regard superficiel comme un désastre, à cause d’un bien plus profond qu’il en fait sortir et qui a rapport avec le salut éternel des hommes[85].

Tout au long de l’histoire biblique, des exemples de ce comportement sont donnés. Il semble se faire ennemi des projets de l’homme, à chaque fois qu’il y discerne l’orgueil et le désir de puissance.

Le premier exemple biblique est donné à Babel[86]. « Comme les hommes se déplaçaient à l’orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s’y établirent. Ils se dirent l’un à l’autre: "Allons! Faisons des briques et cuisons-les au feu!" La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Ils dirent: "Allons! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre!" Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâtie. Et Yahvé dit: "Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. Descendons! Et là, confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres." Yahvé les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi la nomma-t-on Babel, car c’est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la face de la terre. »

On pourrait croire que ce texte est périmé, qu’il ne s’applique plus à l’humanité. C’est l’erreur que firent les Juifs à l’époque de Salomon. Dieu avait donné à ce roi une puissance et une unité populaire jamais observée. Alors, comme il est naturel dans ce cas, Salomon s’enorgueillit, prit un nombre incroyable de femmes, imposa à son peuple des corvées et des impôts insupportables. Yahvé dit à Salomon[87]: « "Parce que tu t’es comporté ainsi et que tu n’as pas observé mon alliance et les prescriptions que je t’avais faites, je vais sûrement t’arracher le royaume et le donner à l’un de tes serviteurs. Seulement je ne ferai pas cela durant ta vie, en considération de ton père David; c’est de la main de ton fils que je l’arracherai. Encore ne lui arracherai-je pas tout le royaume: je laisserai une tribu à ton fils, en considération de mon serviteur David et de Jérusalem que j’ai choisie. »

Deuxième objection : La guerre peut-elle être voulue par le Dieu de Jésus Christ?

 

Le Seigneur dit en saint Mathieu[88]: «Vous aurez aussi à entendre parler de guerres et de rumeurs de guerres: voyez, ne vous alarmez pas, il faut que cela arrive, mais ce n’est pas encore la fin»[89] Et ailleurs[90]: «Lorsque l’on dira paix et sécurité, c’est alors que fondra sur eux tout d’un coup la perdition, comme les douleurs de la femme enceinte, et ils ne pourront y échapper.»

 

L’islam a connu, après Mahomet: Deux grandes expansions dues à des nomades aguerris et galvanisés par leur foi: 1- A la fin du VIIème siècle, des arabes, “les cavaliers d’Allah”, iront porter l’islam jusqu’à l’Indus et jusqu’à Tours et Poitiers. 2- Au XVème siècle, les Turcs s’empareront des Balkans et parviendront aux portes de Vienne, qui les verra revenir en 1682. Il connaîtra aussi deux régressions: la perte de l’Espagne au XVème siècle, la perte des Balkans au XIXème siècle. Certes, la guerre sainte est un devoir pour la communauté islamique, mais les conversions des masses furent le plus souvent opérées sous l’influence des commerçants, des marins, et des pèlerins. Toute expédition militaire des musulmans n’est pas à identifier au devoir de la guerre sainte

Pour comprendre comment la guerre a pu être permise par Dieu, il faut revenir aux sources mêmes de la révélation judaïque. J’aborderai ultérieurement[91] plus à fond la question du sens de toutes les souffrances. Je montrerai à quel point la révélation du Christ achève et donne sens à ce que les Juifs devinaient déjà. Mais, là où nous sommes rendus, la sagesse laborieusement apprise par les Juifs suffit.

Que faisons-nous sur terre? Pourquoi nous faut-il passer par ce lieu de fragilité où le mal frappe, sans cause apparente? Visiblement, comprirent les Juifs, il est une qualité qui tient au cœur de Yahvé plus que toute autre: Il ne supporte pas l’orgueil. L’humilité semble être appréciée par lui au-dessus de tout. En conséquence, tout ce que Dieu crée est marqué tôt ou tard par la faiblesse et la mort. Marie, mère de Jésus, jeune fille formée par le plus pur des judaïsmes, avait compris ce fait. Elle le chante dans son Magnificat[92]: « Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe. Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles, Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides. »

Il semblerait que Dieu veut apprendre quelque chose d’important à l’homme, quelque chose en rapport avec son salut. Ainsi en va-t-il de la guerre. Celui qui prend l’épée fait périr les autres par l’épée mais finit, tôt ou tard par périr lui-même. Et la chose semble universelle.

Le peuple juif en fut le témoin et victime. Pour le comprendre, une histoire vaut mieux qu’une théorie. Il s’agit de la plus horrible histoire que la Bible contienne. Elle met en scène l’homme dans sa nature la plus réaliste et la façon dont il apprend, à ses dépends, qu’il n’est décidément rien[93]. En fait, elle nous met en scène nous-mêmes, mais nous ne le comprenons pas encore.

« En ce temps-là, il y avait un homme, un lévite, qui résidait au fond de la montagne d’Éphraïm. Dans un moment de colère sa concubine le quitta pour rentrer dans la maison de son père, et elle y resta quatre mois. Son mari alla la trouver pour parler à son cœur; quand elle le vit arriver, elle se réjouit fort. Le cinquième jour, le lévite se leva pour partir et sa concubine le suivit. Ils arrivèrent en vue de Gibéa. Il s’assit sur la place de la ville. Survint un vieillard qui dit: "Sois le bienvenu chez moi, mais ne passe pas la nuit sur la place." Pendant qu’ils se réconfortaient chez lui, voici que des gens de la ville, des vauriens, s’attroupèrent autour de la maison et, frappant à la porte à coups redoublés, ils dirent au maître de la maison: "Fais sortir l’homme qui est venu chez toi, que nous couchions avec lui." Alors le maître de la maison sortit vers eux et leur dit: "Non, mes frères, je vous en prie, ne soyez pas des criminels. Je vous donnerai plutôt ma fille qui est vierge". Ces gens ne voulurent pas l’écouter. Alors l’homme prit sa concubine et la leur amena dehors. Ils la violèrent, ils abusèrent d’elle toute la nuit jusqu’au matin et, au lever de l’aurore, ils la lâchèrent. Vers le matin la femme s’en vint tomber à l’entrée de la maison de l’homme chez qui était son mari et elle resta là jusqu’au jour. Au matin son mari se leva et, ayant ouvert la porte de la maison, il sortait pour continuer sa route, quand il vit que la femme, sa concubine, gisait à l’entrée de la maison, les mains sur le seuil. "Lève-toi, lui dit-il, et partons!" Pas de réponse. Alors il la chargea sur son âne et il se mit en route pour rentrer chez lui. Arrivé à la maison, il prit un couteau et, saisissant sa concubine, il la découpa, membre par membre, en douze morceaux, puis il l’envoya dans tout le territoire d’Israël. Il donna des ordres à ses émissaires, disant: "Vous direz à tous les Israélites: A-t-on jamais vu pareille chose?"

Tous les Israélites sortirent donc, et, comme un seul homme, la communauté se réunit. Les chefs de tout le peuple, toutes les tribus d’Israël assistèrent à l’assemblée du peuple de Dieu, 400.000 hommes de pied, sachant tirer l’épée. Les tribus d’Israël envoyèrent des émissaires dans toute la tribu de Benjamin pour dire: "Maintenant, livrez ces hommes, ces vauriens, qui sont à Gibéa, pour que nous les mettions à mort et que nous fassions disparaître le mal du milieu d’Israël." Mais les Benjaminites ne voulurent pas écouter leurs frères les Israélites.

Les gens d’Israël se mirent en marche pour monter à Béthel, pour consulter Dieu: "Qui de nous montera le premier au combat contre les Benjaminites?" Et Yahvé répondit: "C’est Juda qui montera le premier." Au matin, les gens d’Israël s’avancèrent au combat contre Benjamin. Mais les Benjaminites sortirent de Gibéa et, ce jour-là, ils massacrèrent 22.000 hommes d’Israël. Les Israélites vinrent pleurer devant Yahvé jusqu’au soir, puis ils consultèrent Yahvé en disant: "Dois-je encore engager le combat contre les fils de Benjamin mon frère?" Et Yahvé répondit: "Marchez contre lui!" Le second jour les Israélites s’approchèrent donc des Benjaminites, mais, en cette seconde journée, Benjamin massacra encore 18.000 hommes des Israélites. Alors tous les Israélites et tout le peuple s’en vinrent à Béthel, ils pleurèrent, ils s’assirent là devant l’Arche d’alliance de Yahvé, ils jeûnèrent toute la journée jusqu’au soir et ils offrirent des holocaustes et des sacrifices de communion devant Yahvé; puis les Israélites consultèrent Yahvé. Et Yahvé répondit: "Marchez, car demain, je le livrerai entre vos mains." Alors Israël plaça des troupes en embuscade tout autour de Gibéa. Les Benjaminites se dirent: "Les voilà battus devant nous comme la première fois", mais l’embuscade d’Israël surgit de sa position. Yahvé battit Benjamin devant Israël et, en ce jour, les Israélites tuèrent à Benjamin 25.100 hommes. Ceux de l’embuscade se hâtèrent de s’élancer contre Gibéa; ils se déployèrent et passèrent toute la ville au fil de l’épée, femmes et enfants compris. Six hommes de Benjamin tournèrent le dos et s’enfuirent au désert. Ils y restèrent quatre mois.

Fatigué, le peuple se rendit à Béthel, il resta là assis devant Dieu jusqu’au soir, poussant des gémissements et pleurant à gros sanglots: "Yahvé, Dieu d’Israël, disaient-ils, une tribu a été retranchée d’Israël. Que ferons-nous pour procurer des femmes à ceux qui restent, puisque nous avons juré par Yahvé de ne pas leur donner de nos filles en mariage?" Ils s’informèrent alors: "Quel est celui d’entre les tribus d’Israël, qui n’est pas monté auprès de Yahvé à Miçpa?" Et il se trouva que personne de Yabesh en Galaad n’était venu au camp, à l’assemblée. Alors la communauté y envoya 12.000 hommes d’entre les vaillants avec cet ordre: "Allez, et vous passerez au fil de l’épée les habitants de Yabesh en Galaad, ainsi que les femmes et les enfants mais vous laisserez la vie aux vierges." Et c’est ce qu’ils firent. Parmi les habitants de Yabesh de Galaad ils trouvèrent 400 jeunes filles vierges, et ils les emmenèrent au camp. Toute la communauté envoya alors des émissaires aux six Benjaminites qui se trouvaient au Rocher de Rimmôn pour leur proposer la paix. Benjamin revint alors. On leur donna les femmes de Yabesh. Les Israélites se dispersèrent alors pour regagner chacun sa tribu et son clan, et s’en retournèrent de là chacun dans son héritage. En ce temps-là il n’y avait pas de roi en Israël et chacun faisait ce qui lui semblait bon.»

Cette histoire est probablement réelle. Les détails sont crédibles car peu flatteurs pour Israël. On aurait du mal à y discerner un travail d’embellissement. Les femmes y sont traitées comme du bétail par des hommes durs dont pas un seul n’est juste. Ils veulent la guerre. Ils l’ont. Dieu l’accepte et se fait même pour eux prophète. Il leur parle mais ses paroles sont ambiguës. Eux se trompent, ne comprennent pas. Le malheur fond sur eux tous. De tout ce malheur, une seule chose apparaît: l’humanité est bien pitoyable.

Or ces hommes du passé sont à l’image de tous les habitants de la terre, de nous-mêmes. Nous sommes persuadés que nous sommes justes car nous n’avons jamais été confrontés à notre vraie nature. Il suffit de rester sans nourriture deux jours pour voir se réveiller en nous la réalité. Qui pourra nous faire comprendre à quel point nous ne sommes que des pauvres pécheurs [94]? Comment fait Dieu pour révéler à l’homme installé sur la terre ce qu’il ne veut pas voir? Il le soumet à des expériences négatives. Parmi elles, la guerre extérieure manifeste la proximité de sa propre fin, de ses limites. Non seulement chaque individu est amené à penser à sa propre mort mais aussi les nations et les religions dont le destin dépend du sort des armes.

Au contraire, il arrive que la paix civile rende l’homme et les religions inconscients de la précarité de leur être. On peut alors se croire juste tout en se complaisant dans l’égoïsme et la vanité. Une fausse paix peut conduire l’homme ou la religion à oublier Dieu, le jugement dernier, la nécessité de bien se comporter, la nécessité d’être sans illusion sur soi… La recherche de Dieu dans la prospérité est exceptionnelle, à cause de la nature sensible de l’homme.

Le mal et les guerres perpétuelles qui règnent dans le monde provoquent chez beaucoup le rejet et la haine de Dieu. Mais, curieusement, cet effet est particulièrement visible chez ceux qui n’ont jamais subi la guerre. Ils accusent Dieu car ils n’ont pas encore eu l’occasion de prendre conscience que la guerre naît d’abord dans leur propre cœur.

Lorsqu’un homme frappé dans ce qu’il aime le plus rejette Dieu, c’est différent. Ce sentiment part alors non de l’orgueil mais de l’expérience. Il ne peut comprendre pourquoi il a été atteint. Il ne peut saisir que c’est en vue d’un bien éternel. Car la clef de tout est là: s’il n’y avait pas de vie après la mort, si le destin des hommes s’arrêtait ici-bas, alors l’histoire biblique de l’homme de Galaad qui livra sa concubine amoureuse afin de ne pas être lui-même violé, n’aurait pas de sens. Elle serait simplement réaliste et désespérée. Mais s’il est vrai que cette vie n’est pas la vraie vie, tout prend sens. S’il est vrai que Dieu recueille de l’autre côté du voile toutes ces vies détruites, qu’il les réconforte, leur explique pourquoi il a paru les tromper, alors il y a une justice. « C’était pour vous sauver. » L’homme agit un peu comme le petit enfant, qui recevant de son père une punition qui lui parait injustifiée, n’en découvre que plus tard le bien-fondé. De même les hommes, en découvrant au moment de leur mort la vraie raison du gouvernement divin sur eux, n’en éprouveront plus de scandale, sauf si l’orgueil est resté en eux. Telle est la finalité de la souffrance. Telle est la raison ultime de toutes les peines que subissent les hommes en ce monde. Le peuple juif en est témoin: les justes massacrés à Auschwitz ont appris dans leur chair à appeler Dieu, leur Sauveur.

Parmi les chrétiens, beaucoup refusent cette interprétation judaïque du mal[95]. Dieu ne peut de lui-même permettre ou vouloir le malheur, même pour éduquer les hommes. Le Dieu de Jésus-Christ est un Dieu de liberté! Pour ces théologiens, tout le mal sans exception vient du pari que Dieu a fait: il a laissé l’homme libre. Alors certains en ont profité pour faire le mal. Cette conception n’est qu’en partie réaliste. Elle expliquera sans problème le mal dont est source ou qui frappe un homme maître de ses actes comme Hitler. Il sème le vent et récolte la tempête. C’est justice. Mais elle n’expliquera jamais des maux qui ne concernent en aucun cas la liberté: la mort de ces nourrissons qu’à Auschwitz, par manque de place dans les chambres à gaz, on jeta vivant dans le feu.

Troisième objection : La disparition des Églises patriarcales

« Puisque tu n’auras pas servi Yahvé ton Dieu dans la joie et le bonheur que donne l’abondance de toutes choses, Yahvé suscitera contre toi une nation lointaine, des extrémités de la terre; comme l’aigle qui prend son essor. Ce sera une nation dont la langue te sera inconnue, une nation au visage dur, sans égard pour la vieillesse et sans pitié pour la jeunesse. Elle mangera le fruit de ton bétail et le fruit de ton sol, jusqu’à te détruire, sans te laisser ni froment, ni vin, ni huile, ni portée de vache ou croît de brebis, jusqu’à ce qu’elle t’ait fait périr. Elle t’assiégera dans toutes tes villes, jusqu’à ce que soient tombées tes murailles les plus hautes et les mieux fortifiées, toutes celles où tu chercheras la sécurité dans ton pays. Elle t’assiégera dans toutes les villes, dans tout le pays que t’aura donné Yahvé ton Dieu.[96]»

 

Une troisième objection va encore plus loin. L’islam s’est implanté dans des nations qui avaient été originellement gagnées au Christ, supprimant les Églises patriarcales en convertissant ses fidèles. Dieu peut-il avoir béni* un tel désastre pour son Évangile ? L’islam prêche une forme de guerre sainte qui lui permet de réussir son implantation par le calcul politique. La méthode habituelle est celle de l’impôt de capitation. Dans son Dictionnaire élémentaire de l’islam, Tahar Gaïd reconnaît et justifie cette pratique de l’islam qui ne consiste pas directement à convertir par la force mais par l’usage de l’impôt et par l’établissement des non musulmans dans l’état de citoyens de seconde zone: « Il ne fait aucun doute, dit-il, que l’islam soumit à son influence de nombreuses contrées. La raison fondamentale de cette expansion territoriale ne visait pas tant la domination politique qu’à combattre le mal et l’iniquité, à établir la paix et la justice, en d’autres termes à rendre à Dieu ce qui lui est dû sur terre. Les populations conquises étaient libres de ne pas embrasser l’islam puisque trois possibilités leur étaient offertes avant le déclenchement des hostilités (sic): la conversion, le paiement d’un tribut qui assurerait leur protection, et en troisième lieu la guerre. De plus, après la victoire, il n’y avait pas recours à la violence pour imposer la nouvelle foi. La soumission à l’islam était un acte volontaire. Les populations avaient accueilli l’islam comme une religion libératrice, véhiculant les idées propres à relever la dignité humaine bafouée par le despotisme féodal et la tyrannie politique sous lesquelles elles étaient écrasées. Les grands hommes de l’islam qui portèrent haut l’étendard de la foi islamique ne pouvaient pas s’opposer à la théorie coranique qui n’habilite pas le croyant à faire usage de la force pour rallier les non musulmans à leur religion: " Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il égare qui il veut; il dirige qui il veut. Vous seriez interrogés sur ce que vous faisiez"[97]. » Par cette méthode, insensiblement, les chrétiens et les Juifs manquant de ferveur basculaient dans l’islam.

Mais une telle pratique, pourtant canonisée par le Coran, est-elle digne de Dieu? Selon l’Apocalypse[98], il s’agit plutôt d’une action du mal: «Nul ne pourra rien acheter ni vendre s’il n’est marqué du nom de la Bête.» Comme je l’ai déjà dit, Dieu peut bénir une telle religion, malgré ses pratiques douteuses, pour le salut des âmes. En effet, historiquement, le christianisme a eu deux propriétés sur les peuples. D’abord, il les libère. Il leur donne une maturité spirituelle et intellectuelle qui se traduit vite dans une grande prospérité matérielle. En un second temps, à cause de la nature d’un peuple devenu riche et cultivé, le christianisme a pour effet de provoquer un abus de la liberté au profit de la plus grande décadence. Saint Paul le dénonçait déjà à son époque[99]: «Vous en effet, mes frères, vous avez été appelés à la liberté; seulement, que cette liberté ne se tourne pas en prétexte pour la chair; Mais par la charité mettez-vous au service les uns des autres.»

A chaque fois qu’une nation chrétienne est ainsi entrée en décadence, les guerriers de l’islam sont arrivés et, tel l’aiguillon de la peur, ont forcé les chrétiens à retrouver leur ferveur ou à disparaître. Par deux fois, Dieu a préféré livrer des nations chrétiennes à l’esclavage de la soumission ou de la conversion à l’islam, plutôt que de laisser les fidèles chrétiens se perdre pour l’éternité (Afrique du Nord puis Grèce Asiatique). Cela pourrait se produire une troisième fois. L’Occident est, de façon très forte, confronté à cette décadence de la liberté chrétienne. Au nom de quoi en effet voit-on de nos jours les plus grandes abominations se réalisent dans un calme civique total contre ce qu’il y a de plus précieux au monde à savoir ses enfants, son conjoint et ses vieux parents ? La famille s’écroule au nom du bonheur individuel devenu dieu, au nom de l’équilibre de sa vie, de son plan de carrière ou de ses loisirs. Or, comme par hasard, en même temps que mai 68 faisait de l’hédonisme sa sagesse jusqu’à la mort, il introduisait les guerriers de l’islam dans ses banlieues. N’y-t-il pas là une surprenante coïncidence, « un esprit d’erreur venant de Dieu »[100], dirait la Bible?

 

« Celui-là sera un onagre d’homme, sa main contre tous, la main de tous contre lui, il s’établira à la face de tous ses frères.[101]» « Voici la durée de la vie d’Ismaël: 137 ans. Puis il expira; il mourut et il fut réuni à sa parenté.Il habita depuis Havila jusqu’à Shur, qui est à l’est de l’Égypte, en allant vers l’Assyrie. Il s’était établi à la face de tous ses frères.[102]»

 

Au VIIème siècle, au moment de la naissance de l’islam, l’Église chrétienne d’Orient était la religion officielle de l’Empire romain. Dans sa partie africaine, elle attiédissait le feu de la charité par un souci trop grand des choses du pouvoir. On adhérait trop souvent à tel ou tel courant de foi à cause de l’empereur de Constantinople, sans souci réel de la vérité. On s’enlisait dans des discussions théologiques sans fin qui avaient abouti à l’apparition de multiples hérésies et schismes. L’islam eut donc peu de peine à amener à elle les foules, à cause de la ferveur de sa jeunesse. Ceux qui ne se convertirent pas après la conquête militaire furent respectés mais réduits à l’état de citoyens de second ordre. Le monde fut donc divisé en deux religions qui, si elles voulaient subsister, devaient sans cesse réformer leurs mœurs et convertir leurs regards vers Dieu. L’islam reçut une part de gloire. Il donna son unité au monde arabe. Par la conquête et une habile occupation, elle déchristianisa le Proche Orient et l’Afrique du Nord. L’islam édifia une civilisation originale: agriculture, industrie, commerce se développent. Des grandes cités arabes eurent bientôt leurs universités célèbres, de riches bibliothèques: théologiens, philosophes, savants s’y rencontrèrent. Quant à la genèse de l’islam elle est la réalisation de la prophétie faite par Dieu à propos d’Ismaël[103]: «Il s’établira à la face de tous ses frères. »

L’islam n’échappa pas au gouvernement de ce Dieu qui aime l’humilité. Devenue puissante en quelques années, cette religion nouvelle s’était répandue de l’Égypte à l’Inde. Parce que l’homme est homme, partout où il réussit, les chefs musulmans furent contents d’eux. Ils se croyaient dignes du paradis. Le pouvoir leur faisait perdre la tête. Les musulmans se prirent pour les maîtres de l’univers. Dieu les divisa donc, très vite, avec l’urgence et la force qu’il convient à cette religion de la guerre: Sunnites*, chiites*, ismaéliens sont nés dans le sang et le meurtre des luttes de pouvoir.

Sept siècles plus tard, une deuxième fois, l’islam emporta la victoire sur un christianisme devenu tiède. Ce fut la perte de Byzance et de l’Empire romain d’Orient tout entier. Celui qui va en Turquie constate avec tristesse que bien des mosquées sont des églises reconverties. La cathédrale sainte Sophie est, pour toute âme orthodoxe*, un mur des lamentations. Mais les orthodoxes* furent guéris de leurs « byzantinades sans fin. »

Le fait que l’Église ait pratiquement disparu en Afrique du Nord et dans d’autres régions du monde pour être remplacée par l’islam est un désastre du moins en ce qui concerne la connaissance et l’amour immédiat de Jésus à court terme. Pourtant, pour celui qui sait regarder avec le regard de la foi et avec la distance de Dieu, il est certain qu’il sortit du bien pour la vie éternelle. Ce fut un bien pour l’Église qui, divisée et diminuée, en sortit moins sûre d’elle-même, plus pauvre devant le mystère des permissions de Dieu. C’est un bien pour l’islam qui l’oblige à constater que la puissance de son extension n’est pas infinie. Quant aux musulmans qui vivent avec pureté les préceptes du Coran*, mettant au premier plan Dieu et leurs frères humains et non la recherche du pouvoir au nom de Dieu, ils sont disposés de l’intérieur à se tourner vers Jésus quand il se manifeste à eux à l’heure de la mort. Dans les années qui suivirent la mort de Mahomet (632), l’histoire sainte de l’humanité est marquée par la pauvreté d’Églises soumises par l’islam en Orient, mais ferventes dans leur pauvreté et d’une Église qui tel le levain dans la pâte, façonne les peuples d’Occident.

Ce fut aussi un bien pour le salut des âmes. Les hommes avaient reçu la liberté du Christ. Ils en avaient abusé pour la transformer en une vie dissolue dans une fausse liberté. Soumis provisoirement sur cette terre à la soumission de l’islam, ils furent en fait libérés. L’esclavage de ses propres turpitudes est parfois plus lourd à porter que celui d’une religion de soumission. L’islam possède en effet de riches valeurs spirituelles. Il ne fait pas entrer dans le salut, c’est-à-dire dans une vie intime d’amour pour Dieu mais il y dispose.

Les musulmans peuvent devenir de bons serviteurs de Dieu, humbles et attentifs à sa parole. Pour le moment, ils nient que Dieu ait un fils, non par haine de Dieu mais à cause de leur zèle de la grandeur de Dieu.

Que se passera-t-il à l’heure de leur mort, lorsque le Christ leur apparaîtra, accompagné de la Vierge Marie et de leur Prophète Mahomet? Refuseront-ils obstinément de le reconnaître comme Dieu fait homme s’il se présente à eux comme tel? Seuls une obstination totale dans l’erreur, donc un orgueil incompréhensible pourrait justifier une telle attitude[104]. Pour la théologie catholique, le cinquième blasphème contre l’Esprit Saint, l’obstination, est aisé à comprendre: tout homme qui, face à face avec Jésus, s’obstine à maintenir son choix définitif et lucide dans le sens de son égoïsme, se met librement en enfer. Et son enfer est éternel car, dans la lumière de Jésus, le choix est arrêté pour toujours; Il n’y a pas de fin à l’enfer car la personne obstinée veut demeurer sans fin dans son péché.

Les musulmans sont donc disposés à accueillir favorablement la plénitude de la révélation chrétienne, lorsqu’elle leur apparaîtra à la fin du monde. Il est convenable de penser que cette religion a été bénie à cause de la confiance d’Abraham, c’est-à-dire à cause de son attitude très humble et prête à accepter tout de Dieu parce qu’il est Dieu.

 

La subsistance des paganismes

 

Parallèle–ment, des centaines de millions d’hommes vivent loin de l’Évangile sur des continents non encore visités par les missionnaires. Pourquoi l’évangélisation des peuples fut-elle si difficile et incomplète? Les Actes des apôtres montrent que l’Esprit Saint ne voulut pas que l’Évangile soit annoncé tout de suite partout. “ Paul voulut aller en Asie mais l’Esprit Saint l’en empêcha.[105]” Cela peut nous paraître scandaleux mais c’est un fait qui explique aussi pourquoi Jésus a tant tardé après le péché originel à s’incar–ner. Aussi effrayant que cela paraisse pour des chrétiens, l’Esprit n’a jamais voulu que le monde d’ici-bas soit totalement chrétien. De même, il ne voudra jamais qu’il soit entièrement musulman[106]. Qu’on se rappelle à cet égard que la Chine et son milliard d’habi–tants n’est pas chrétienne aujourd’hui à cause d’un malentendu papal et d’un conflit entre jésuites et dominicains. L’Empereur de Chine voulait bien adhérer à la foi, entraînant à sa suite tout son peuple, dans les mains de ses astronomes jésuites. Mais les conditions qu’il y mettait furent dénoncées au pape comme paganisantes par des dominicains trop sourcilleux (peut-être jaloux). N’allons pas trop vite charger ces religieux de la perte de ce peuple. Dieu qui est maître de toute chose sait ce qu’il fait en permettant ce contretemps[107]. Face aux non-chrétiens, l’Église ne peut s’endormir sur ses conquêtes. Le salut de ceux qui ne connaissent pas encore l’amour de Dieu ne peut que l’inquiéter et augmenter en elle prière et zèle pour Dieu. De plus, n’étant pas maîtresse du monde entier, elle se souvient qu’elle doit rester modeste.

Quant aux païens, s’ils ne sont pas encore dans la bergerie de Jésus, ils ont leur propre chemin conduisant au salut qu’ils ignorent encore[108]. Dieu est maître de l’histoire. Il dose toute chose, y compris la permission qu’il laisse à ce que nous appelons le mal (quand il s’agit d’autres formes religieuses que la nôtre).

Prenons l’exemple du pire des paganismes, celui qui parfois va jusqu’à rendre un culte à des démons sanguinaires. C’est encore la main de Dieu qui permet cela. Si ces païens ne savent pas encore que Jésus est le Créateur fait homme, ils l’apprennent au moment de leur mort par la prédication du Christ lui-même qui leur apparaît[109]. Les chemins de la pire des superstitions servent Dieu pour leur salut car lorsque des peuples écrasés par la domination des sorciers dont la puissance vient du démon, découvrent à l’heure de la mort la liberté de l’Évangile, ils se convertissent en masse.

A ce propos, je voudrais rappeler ici l’une de ces mystérieuses permissions de Dieu qui aboutit au salut éternel de grandes nations païennes, quoiqu’à leur perte sur la terre (une véritable fin, apocalyptique, de leur monde). L’histoire nous montre que ce n’est pas la première ni la dernière fois qu’une prophétie à la fois étonnement proche de la réalité et trompeuse[110] dans sa lettre aboutit à la ruine politique d’une nation, donc à son humiliation. Quel exégète biblique accepterait comme authentique une histoire racontant comment Dieu livra un empire de dix millions d’âmes, aussi puissant que l’empire romain … à une armée composée de moins de 200 guerriers? Ce n’est pas la Bible qui rapporte cette histoire mais les annales du XVIème siècle. Elle concerne l’empire des Incas. Les chroniqueurs espagnols, pour expliquer cette victoire inouïe, rapportent que ce peuple religieux croyait en une prophétie: « Des dieux portant la barbe, montés sur de grands cerfs viendront de l’Orient et apporteront le salut. » Les Indiens d’Amérique du sud sont heureux d’avoir reçu le christianisme. Ils ont été délivrés à la fois des sacrifices humains et du culte des démons grimaçants. Mais ils se souviennent de la façon dont Francisco Pissarro, accompagné de 160 aventuriers espagnols, massacra le 16 novembre 1532 en deux heures, par traîtrise, la fleur de leur armée. Le dieu de Pissarro était l’or. Mais, caché dans ce sillage de sang, le Christ se donna aux indiens.

On raconte qu’avant d’être exécuté, l’empereur inca Atahualpa se vit proposer le baptême par l’aumônier. Il le refusa en disant que si le paradis était dirigé par Jésus Christ, dieu de ces guerriers adorateurs de l’or, il préférait aller en enfer avec ses idoles[111]. Il agit bien, selon sa conscience, selon cette parole de Jésus[112]: « Eh bien! Je vous dis que beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, tandis que les fils du Royaume (les chrétiens pervers) seront jetés dans les ténèbres extérieures: là seront les pleurs et les grincements de dents. » Si le peuple inca a obtenu le salut, ce n’est certainement pas au sens terrestre du terme.

Nous voudrions une efficacité immédiate et terrestre d’un christianisme en profondeur et en nombre d’adhérents. Dieu ne désire qu’une chose, que tous soient sauvés par l’amour de son Fils. Et puisqu’un christianisme fort au plan social contient des chrétiens fiers politiquement et des clercs sûrs d’eux, à tout point de vue, il préférera un christianisme faible, divisé, frappé d’hérésies, honteux des péchés de ses fils perdus mais plus conscient de sa pauvreté.

 

Le Moyen Age de la beauté et de la peste

 

« Lorsque l’Agneau de Dieu ouvrit le quatrième sceau, j’entendis le cri du quatrième Vivant: "Viens!" Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval verdâtre; celui qui le montait, on le nomme: la Mort; et l’Hadès le suivait. Alors, on leur donna pouvoir sur le quart de la terre, pour exterminer par l’épée, par la faim, par la peste, et par les fauves de la terre.[113] »

 

Abordons quelques autres exemples de la fin du monde telle qu’elle fut vécue par les générations précédentes. Au Moyen Age, l’Occident protégé de la domination de l’islam* voit se développer une civilisation chrétienne. La vie quotidienne des peuples est façonnée par la foi. Les signes de cette richesse spirituelle sont encore visibles dans nos villes. Les cathédrales gothiques élèvent leurs flèches vers le ciel car on cherchait Dieu à cette époque. C’est aussi l’âge de la floraison de la théologie à travers les grandes Sommes.

Dieu regardait cette civilisation non seulement de l’extérieur mais surtout à travers chacune des âmes qui seules comptaient à ses yeux. Il voyait beaucoup de bien mais aussi, c’est fatal, beaucoup de péchés. Pourquoi faut-il que la paix et la réussite religieuse char–rient avec elles tant d’orgueil, de certitude de tenir le Ciel? Pourquoi l’homme a-t-il du mal à être réellement pauvre? De l’existence de cet orgueil fatal, nous avons une preuve dans la constante persécutions des Juifs de cette époque. Leur souvenir du Moyen Age ne ressemble pas au nôtre. Curieusement, saint Louis de France est pour eux symbole de souffrance, d’errance et de persécution permanente. Or, la haine de ce petit peuple, nous le montrerons, est toujours le signe de la présence, dans une civilisation, d’un amour arrogant de sa propre réussite. Dans une unité religieuse ou nationale, leur petit nombre représente une insupportable résistance spirituelle, un coin de différence. Ils étaient une épine dans l’idée qu’on se fait d’une chrétienté pure et universelle.

Si les chrétiens du Moyen Age ne discernaient pas leur orgueil, Dieu le voyait. Alors, afin de sanctifier cette génération en danger, il permit la multiplication des guerres, des famines. “Il faut que cela arrive, ne vous alarmez pas”, avait-il prévenu dans l’Évangile[114]. Il autorisa même que l’islam vienne menacer de très près le magnifique temple de l’Occident chrétien. Les premières croisades étaient une nécessité vitale pour soutenir la chrétienté d’Orient attaquée militairement. Elles ressemblent à tout ce qui se fait à cette époque. Elles sont un élan de foi et de zèle pour Dieu mélangé à la soif pour la gloire et la possession. Leur réussite puis leur échec ne représentent somme toute que l’action habituelle et mystérieuse de Dieu qui apprend l’humilité à son peuple.

Mais comment expliquer ce qu’il permit à partir de l’année 1347, alors même que la civilisation chrétienne atteignait son apogée? En cette année, trois galères s’approchèrent par escale de l’Europe, en provenance de Crimée, emmenant avec elles le plus terrible des passagers clandestins, la peste. Le fléau, qui sévissait à l’état endémique dans les steppes d’Asie Orientale, se répandit inexorablement au gré des escales, se transmettant de port en port, de bateau en bateau, frappant aveuglement le musulman comme le chrétien. En deux ans, (1348-1350), la peste tuera un tiers de la chrétienté latine. Le bilan est pire en proportion que les guerres mondiales modernes. Pendant plusieurs siècles et de façon massive jusqu’en 1722, la peste couvera tel un feu jamais éteint, puis éclatera en de violentes poussées, réapparaissant tous les huit, dix ou quinze ans. Les âmes en sortiront profondément marquées. Au joyeux optimisme du début du Moyen Age succèdent les danses macabres de la période sans nom. Pourquoi Dieu permit-il une catastrophe d’une telle ampleur, détruisant les élites des villes, faisant tourner en amertume morbide l’œuvre chrétien–ne entreprise pour lui? Rappelons qu’il pouvait arrêter le fléau par sa puissance comme il le montra maintes fois par les miracles. Pourquoi aussi une maladie comme celle-là, la « male mort » comme on l’appela à l’époque puisqu’elle ne laisse même pas le temps de se confesser avant de mourir? Pourquoi permet-il jusqu’à aujourd’hui famines et maladies, guerres et ruine de tout, même de ce qui est bon sur la terre? C’est la question que soulève avec larmes l’apocalypse de saint Jean* sous le symbole des sept mystères scellés que nul ni au Ciel ni sur la terre ne peut ouvrir, sauf l’Agneau de Dieu. Le dernier de ces mystères, le silence de Dieu[115] fut sans doute le plus terrible pour ces pauvres familles détruites par la peste.

Dieu tient tout entre ses mains. Chaque âme brisée par une vie courte et douloureuse, était accueillie et recevait l’explication de tout par la vision de sa croix, lui montrant en un seul regard ce qu’elle serait devenue si elle n’avait pas souffert. Alors ces âmes devenues pauvres entraient au Ciel, là où il n’y a plus de larmes, où on oublie les angoisses anciennes, où l’on ne se souvient pas du passé de douleur[116] si ce n’est pour en rendre grâce, puisque c’est grâce à cette croix, vécue ou non dans la foi chrétienne qu’on est si proche de Dieu au Ciel. La peste, la guerre de cent ans marquèrent les XIVème et XVème siècles en Europe. De même, par la peste, chaque nation reçut sa part de croix et put mesurer à quel point l’homme est peu de chose. Ainsi furent sanctifiées ces générations.

 

Le protestantisme et les guerres de religion

(Chose probable)

 

Pourtant, renaissant sans cesse à chaque génération, la bête blessée de l’orgueil[117] repousse. Elle est plus forte et dirige les nations humaines. Ainsi, à la fin du XVème siècle, alors que la vie humaine restait fragile et courte, les théologiens catholiques élaboraient des systèmes théologiques rigides où la règle de la foi était conservée à travers beaucoup de menaces, parfois des menaces sur la vie même de celui qui pensait autrement, où la défense de la vérité s’accompagnait d’un goût du luxe matériel, d’un culte pour la beauté. Le monde de la Renaissance est comme toutes les époques un mélange de ce qu’il y a de mieux et de pire dans l’homme. Mais, pour ce qui est de l’Église, encore maîtresse du monde occidental mais déjà contestée en raison des abus de ses hommes de pouvoir, le bilan est ambigu. Devant les excès des papes sou–cieux de construire de grands temples pour Dieu (et pour que leur nom demeure), des voix s’élevaient et protestaient. De grands saints, poussés par l’Esprit de Dieu, sentaient l’approche du malheur et réclamaient une réforme de l’Église. Mais la décadence était profonde, et plus profond encore était la méconnaissance du clergé catholique vis-à-vis de l’Évangile. L’erreur ne se situait pas dans les dogmes gardés infailliblement par l’Église en raison de la promesse faite à Pierre*. Elle se situait dans l’enseignement concret de l’Évangile, au jour le jour, et dans sa pratique.

En 1514, le dominicain Tetzel avait entrepris de persuader les fidèles que le salut s’opère aisément par les oeuvres. II proposait “ les passeports pour franchir l’océan en furie, et arriver tout droit au paradis ». Il utilisait volontier le dicton: «Sitôt l’argent tinte dans la cassette, sitôt l’âme en faveur de qui l’on donne saute hors du purgatoire ». Le Ciel voyait arriver à l’heure de la mort des hommes bardés de sacrements et d’indulgences, assurés ainsi de leur salut alors que leur cœur ne se souciait que d’eux-mêmes. Que sert à l’homme un sacrement reçu à l’heure de sa mort s’il le prend comme un moyen quasi magique d’aller au Ciel? Si ce n’est pas l’amour mais la peur de souffrir en enfer qui guide sa vie chrétienne, à quoi lui servent les sacrements? Le mal était si profond et si dangereux pour le salut de ceux qu’il aimait que Dieu agit. Il utilisa encore son habituelle sagesse : « Il compte les jours des constructions humaines, il les pèse pour voir si elles ont une utilité pour le salut, il les divise et fait naître l’humilité[118] ».

En Allemagne, il trouva un jeune moine augustin, prêtre depuis peu de temps (1507). Son nom était Martin Luther. Il était rongé par l’angoisse de son salut à la vue de ses propres péchés. Lors de son noviciat, il avait été nourri d’une théologie en apparence pleine de dignité, mais hélas fallacieuse. Le salut était promis à ceux qui par leurs œuvres de piété et leurs vertus méritaient le Ciel[119]. Il avait donc essayé d’être vertueux mais tous les jours, il retombait dans les mêmes travers. Il lisait, méditait, cherchait une règle capable de rendre un homme certain de son salut. Dans saint Paul, il lut que l’homme sera sauvé par sa foi, c’est-à-dire par sa confiance en Dieu. Ce fut pour lui un baume de réconfort. Une paix totale l’envahit. A partir de ce jour, il s’opposa aux prédicateurs vendant des indulgences. Poussant plus loin son intuition, son successeur Calvin élabora une théorie selon laquelle ceux qui meurent sans avoir cette confiance en Dieu sont à coup sûrs damnés, non de par leur faute mais par un choix mystérieux de Dieu qui ne leur a pas communiqué sa grâce.

Cette thèse excessive, en contradiction avec ce qu’est Jésus, lui fut suggérée par des écrits mal interprétés de saint Augustin. Il n’eut pas l’idée que Dieu proposait sa grâce à tout homme... à l’heure de la mort.

Le protestantisme est aux yeux des catholiques et des orthodoxes une véritable hérésie en ce sens qu’il fait sien une erreur importante pour le salut. Ces deux Églises enseignent que Dieu promet la vie éternelle à celui qui ose l’aimer comme un ami, dans une réciprocité d’épouse adulte. Les théologiens protestants réduisent l’amour à l’attitude confiante d’une épouse incapable d’aider son aimé, en état de minorité légale, trop incapable au plan intellectuel et moral pour penser, hériter et simplement prendre la parole à table. Dieu ne fut bien sûr pas à l’origine d’une telle perte. Luther l’inventa lui-même, à travers une réflexion sincère mais trop nourrie des erreurs catholiques du personnel ecclésial catholique de son époque. Luther n’eut pas assez d’audace pour vérifier auprès du rocher de Pierre, ce qu’enseigne réellement la Sainte Église.

Pour comprendre pourquoi Dieu bénit* cette Réforme après sa naissance, lui permettant de s’étendre dans près de la moitié du catholicisme, il faut se rappeler la très belle remarque de saint Jean Chrysostome, citée plus haut[120]. C’est ainsi que pense Dieu. Que sert à l’homme d’avoir la plénitude de la révélation s’il s’en sert mal? S’il y a une hérésie dans la Réforme, il existe aussi des richesses immenses en oraison, lecture de la Bible, liberté des enfants de Dieu. Le peuple des protestants trouve souvent l’amour dans l’Écriture Sainte, au-delà de la théologie complexe de ses docteurs. Mais Dieu, en divisant l’Église d’Occident de l’intérieur, fit sortir du bien[121], obligeant le catholicisme à se réformer d’urgen–ce, laissant le protestantisme dans la pauvreté de ses propres divisions, suscitant par les compétitions entre ces confessions un zèle nouveau pour Dieu et les missions[122]. C’est pour ce bien-là et surtout pour l’humilité que suscite l’humiliation que Dieu veut parfois la division. La Bible illustre magistralement cette sagesse par l’histoire de la division d’Israël* en deux nations après la mort de Salomon[123]. Parce qu’il vaut mieux une Église divisée qu’une Église orgueilleuse, il se peut que l’unité des chrétiens (tant désirée depuis quelques années par le courant de l’œcuménisme) ne se fasse que dans l’humiliation extrême vécue au temps de l’Antéchrist* ou encore au moment du retour glorieux du Christ.

Quant aux hommes qui s’adonnè–rent à la violence de part et d’autre dans les guerres du fanatisme religieux, qu’advint-il d’eux? Ils furent disposés au salut par cela même qui faisait leur péché. Jésus nous a prévenu dans les Évangiles[124]: “Celui qui prend l’épée périt par l’épée“, ce qui signifie qu’il récolte de sa violence un salaire de souffrance finalisé par sa conversion. Pour ceux qui moururent dans cette violence, sans s’être repentis, Jésus agit comme il le fait pour tout pécheur, comme il le fit pour saint Paul au jour de sa conversion. Il les enveloppe de sa lumière, celle de la vérité sur leur péché, il les fait tomber à terre, par la mort qui les effraie, puis il leur parle de sa voix: “ Pourquoi me persécutes-tu? [125]” Devant cette voix, Paul, de persécuteur religieux devint après trois jours de prostration (correspondant par symbole au purgatoire qui éduque les violents repentis avant leur entrée au Ciel) le plus grand des serviteurs de l’Évangile. Il ne refusa pas la conversion car, s’il agissait ainsi, c’était sincèrement pour Dieu, avec un zèle mal éclairé. Il en fut de même pour la plupart des sectateurs de guerres de religions et même aujourd’hui pour les fanatiques de toute confession.

 

Nous pourrions prolonger à l’infini notre regard sur l’histoire sainte de l’humanité et faire les mêmes remarques par rapport aux situations multiples d’aujourd’hui. Il n’y a pas de nos jours davantage de malheurs physiques que jadis, au moins dans la partie développée du monde. Mais quand ces événements arrivent, ils peuvent être interprétés comme des signes de la fin du monde tels qu’ils peuvent s’appliquer à chaque génération. Jusqu’à la fin du monde, Dieu et ses anges combattront l’orgueil sans cesse renaissant de chaque génération. Évidemment, lorsque le mal est actuel, il est difficile voire impossible d’en parler de cette manière sans se montrer indélicat. On ne va pas près du lit d’un malade pour lui dire: Tu apprends l’humilité! Ce regard est de l’ordre de la contemplation, non de la prédication.


CHAPITRE 4: CINQUIÈME JOUR, LA MARCHE VERS L’APOSTASIE

 

Les prophéties concernant cet événement

(Chose certaine)

 

“Par suite de l’iniquité croissante, l’amour se refroidira chez le grand nombre. Mais celui qui aura tenu jusqu’au bout, celui –là sera sauvé. Cette bonne Nouvelle du Royaume sera proclamée dans le monde entier, en témoignage à la face de toutes les nations. Et alors viendra la fin.[126]”

 

Le monde entier rejettera la foi. C’est une prophétie souvent enseignée par les Évangiles, par Jésus lui-même, par les apôtres, dans des textes explicites et limpides. On peut être sûr qu’elle se réalisera. Voici, cités sans ordre, quelques textes convaincants:

 

“L’Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, certains renieront la foi pour s’attacher à des esprits trompeurs et à des doctrines diaboliques, séduits par des menteurs hypocrites marqués au fer rouge dans leur conscience.”[127]

“Sache bien par ailleurs que dans les derniers temps surviendront des moments difficiles. Les hommes en effet seront égoïstes, cupides, vantards, orgueilleux, diffamateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, sacrilèges, sans cœur, sans pitié, médisants, intempérants, intraitables, ennemis du bien, délateurs, effrontés, plus amis de la volupté que de Dieu, ayant les apparences de la piété mais reniant ce qui en est la force[128]

 

Comment se réaliseront-elles?

(Chose probable)

 

Une civilisation, après être passée par une longue période de ferveur religieuse, ne peut rejeter Dieu en un instant (c’est ce qu’on appelle l’apostasie*). Origène[129] le montre: «Celui qui atteint un état de perfection de la charité ne va pas abandonner et tomber subitement; mais il est nécessaire qu’il descende peu à peu et graduelle–ment ». Lorsqu’il s’agit d’un individu, trois étapes sont en général discernables.

1- Négligence de la prière et de la fréquentation de Dieu, perte de l’amour (Agape).

2- Oubli progressif du goût de Dieu, perte de la foi et de l’espérance.

3- Rejet de ses commandements moraux devenus invivables car coupés de la charité qui leur donnait sens (perte de la culture chrétienne).

Il en est de même pour une nation. C’est ce que nous enseigne l’histoire de l’Occident chrétien depuis quelques siècles, depuis que l’apostasie est en marche. On appelle ce phénomène la sécularisation d’une société. On peut, de même, discerner dans son chemin trois étapes successives qui se sont préparées l’une l’autre.

La première est très ancienne puisqu’il s’agit de tous les péchés capables de refroidir la charité. Saint Jean* en parle par ces mots: «Eh bien! Maintenant l’esprit de l’Antéchrist est déjà dans le monde.[130] » Il s’agit de tous les péchés accumulés par les fils de l’Église. Leur accumulation finit par discréditer toute parole de Dieu. « Si les Fils de la lumière sont ainsi, c’est que la lumière doit être assez pitoyable. »

La seconde trouve alors prise dans le cœur des hommes éloignés de la charité. Il s’agit de l’apparition de toutes sortes de doctrines nouvelles capables de promettre un bonheur sans que Dieu intervienne. Ces doctrines peuvent être nombreu–ses, parfois mêmes stupides. Leur effet est de supprimer peu à peu les restes de la foi et de rendre irréversible, à cause de la compromission de certains (même minoritaires) de ses membres, le mépris pour l’organe qui porte cette foi, l’Église. Cette étape commence avec l’époque des lumières, au XVIIIème siècle. Les idéologies athées du XIXème siècle en marquent la suite. Elle est en acte de nos jours.

Alors peut intervenir la troisième étape, celle qui propose le projet d’un monde réellement humain et viable, conduisant à la paix civile et donnant les conditions matérielles, psychologiques et même spirituelles d’un bonheur sur la terre et pour l’éternité, mais sans le vrai Dieu, celui de Jésus-christ, de l’humilité et de l’amour jusqu’à la croix. Cette étape doit s’achever, si l’on suit la lettre des Écritures, par la révélation d’une nouvelle religion mondiale et universelle, celle du « mystère de l’iniquité ». Cette étape approche mais elle est loin d’être réalisée.

Cette description succincte et simplifiée semble laisser entendre qu’il existe un projet organisé par une secte ou un groupement humain sur plusieurs générations pour construire un monde sans Dieu. C’est ce que pensent de nombreux chrétiens face aux attaques anciennes et actuelles contre l’Église. Une telle vision relève de la fiction[131]. Parmi les hommes, bien peu sont capables d’une lucidité sur une si longue période de l’histoire future. Encore moins nombreux sont ceux qui ont une foi suffisamment profonde et une haine du projet d’amour de Dieu suffisamment lucide pour inventer pareil scénario. De fait, le seul être capable d’une telle profondeur dans le mal n’est pas un homme mais un ange d’après les mots de saint Paul: «Souvenez-vous que vous n’avez pas à lutter contre des êtres de chair mais contre les puissances des ténèbres.[132] » Le démon est certainement présent à travers cette histoire même si son rôle est invisible. Il suggère une idée à tel homme prêt à la recevoir; il tente tel groupe humain disposé à accueillir la tentation. La plupart du temps, il laisse agir le temps car l’ivraie semée pousse toute seule parmi le bon grain. Lui a un projet.

Il serait abusif et peu sain de vouloir dévoiler partout l’intervention du démon. Souvent, il se confond avec des lois psychologiques et sociologiques. L’essentiel est de connaître son projet ultime[133]. Il désire que l’humanité entière se révolte contre Dieu et maintienne sa révolte avec fermeté au moment de l’apparition glorieuse du Christ. Devant l’unanimité de la révolte, il espère que Dieu se repentira de son projet, reviendra sur sa volonté de ne donner la vision de son être qu’aux humbles. Mais le démon ne peut rien faire sans la permission de Dieu.

Regardons comment, historiquement, l’apostasie* s’est étendue sur l’Occident en trois phases successives.

 

PREMIÈRE ÉTAPE: les péchés des chrétiens (à partir du XIème siècles)

(Chose certaine car déjà réalisée)

« Par suite de l’iniquité croissante, l’amour se refroidira chez le grand nombre[134]. »

 

La préparation lointaine de l’apostasie* commence donc avec les péchés des membres de l’Église. Elle est présente dès le début. Autant l’amour et l’humilité donnent envie aux non-croyants d’entendre le message qui rend le regard lumineux, autant le péché rend laid le visage du christianisme. Il faut croire que durant le temps des persécutions l’amour transparaissait davantage que l’égoïsme puisque l’Église ne cessa de croître. “Voyez comme ils s’aiment”, disaient les païens. L’Église est indestructible quand le lien qui fait tout son trésor est puissant. Il s’agit de la charité qui unit à Dieu et aux frères. Lorsque cette charité n’est plus vécue, (en général parce que les prêtres qui enseignent au peuple de Dieu sa volonté mettent autre chose qu’elle au centre de leur vie et de leur prédication), le danger est proche.

Curieusement, tant que l’Église est minoritaire et en croissance, les générations suivantes semblent ne pas trop lui tenir rigueur pour ses imperfections. Mais lorsqu’elle atteint la totalité du pouvoir politique, rien ne lui est passé par les générations suivantes. Sans doute mûrit-elle le jugement des peuples et, en les libérant, elle les rend capable de critique. Le clergé en particulier, à cause de quelques membres indignes, peut accumuler pour le futur une dette de mépris. Rappelons que si l’Église d’Orient fut détruite en quelques années et remplacée par l’islam*, c’est que les peuples crurent voir plus de simplicité et de sens de Dieu dans cette nouvelle religion. Mais la majorité du clergé servait-il d’abord Dieu ou d’abord l’Empire ?

Dans l’Église d’Occident

 

Dans l’Église d’Occident, le péché qui semble à l’origine de tout est du même ordre, celui d’une relativisation de la charité. Concrètement, cette décadence commence alors que l’Église entre dans une ère de gloire. A partir du XIIème siècle, elle règne en maître. Seule la communauté juive a été dispersée dans son sein pour lui rappeler qu’elle n’a pas le pouvoir jusqu’aux recoins de l’humanité. Insensiblement, les chrétiens de cette époque se persuadent de leur perfection et sainteté. Ils s’enorgueillissent et étalent leur puissance. Alors que la ferveur de la foi construit les cathédrales, en même temps, elle réduit les Juifs en esclavage[135]. C’est un signe mauvais. Il révèle un recoin sombre au cœur de la chrétienté.

On constate les plus violents effets extérieurs de cet orgueil trois siècles plus tard quand le clergé catholique perd une partie de sa puissance. Luther et la réforme produisent un schisme. Une partie des nations* chrétiennes le suivent. Alors certains membres des deux Églises sont pris pour un siècle de folie fanatique. Au cours des guerres de religions, qui sont des luttes farouches et sans pitié allant jusqu’au bûcher, ils tentent mutuellement d’imposer la Vraie Doctrine. Ce péché, commun aux réformés et aux catholiques reste jusqu’à aujourd’hui une dette qui, malgré les actes de repentir du pape Jean-Paul II, n’a pas fini d’être payée.

La racine de ce mal était donc bien antérieure à ces guerres. Elle était née de l’époque du succès, de la négligence pour l’amour de Dieu et du prochain. La foi sans la charité conduit au fanatisme. Que n’a-t-on pas imité saint François de Sales et sa douceur envers tous!

Toujours est-il que ces excès, obstinément maintenus par les chrétiens pendant ces siècles, pesèrent comme un joug sur l’Occident. Voltaire en a fait, par ses dénonciations cinglantes, souvent caricaturales (car oublieuses de toute la sainteté, des milliers d’âmes simples et dévouées au bien), une arme terrible contre l’Église jusqu’à la fin du monde. Jusqu’à aujourd’hui, les sectaires de l’antichristianisme n’ont que trois concepts pour décrire la totalité de son histoire : guerres de religion, inquisition, Galilée.

La faute de l’étouffement de la pensée

 

L’affaire Galilée est l’un des étendards les plus agités[136]. Il est vrai que l’un des plus grands péchés du personnel de l’Église de jadis fut la tyrannie sur les intelligences. Par peur de l’hérésie, on empêcha les hommes de penser. On soupçonna son frère dès que sa parole sembla un peu différente. Un tel carcan posé sur les intelligences se devait d’exploser. Tout excès finit par être rejeté et Voltaire fut reçu comme un libérateur. Dans la même période, d’autres penseurs se levèrent, ne trouvant plus dans leur Église rigidifiée par la peur, un lieu pour s’épanouir. On rêva d’une société plus libre où Dieu serait adoré sans contraintes, sans dogmes imposés mais comme un Père (Rousseau) et un grand horloger de l’univers (Voltaire encore). Pour qu’apparaissent de telles idées, c’est que déjà l’Évangile et sa liberté n’étaient plus beaucoup compris. Les idées des Lumières, somme toutes innocentes, auraient pu s’évaporer devant le vrai visage de Jésus.

L’oubli de l’amour au profit de la vertu

 

Malheureusement, l’Église fut atteinte par bien d’autres maladies, dura–bles et sans cesse réapparues. Il faut citer en particulier ici le pharisaïsme: «Si tu veux être sauvé, si tu veux communier à la messe et être sauvé, sois parfait ». On entendait par là une parfaite obéissance à Dieu et à son Église à travers un comportement vertueux. Tout cela semble très bon et même très chrétien. C’est pourtant une terrible erreur et d’autant plus dangereuse qu’elle ressemble à la vérité. En effet, la vertu morale et l’obéissance n’ont de raison que l’humilité et la charité. C’est une simple question d’ordre dans l’importance des vertus mais tout en est bouleversé. Innombrables sont les chrétiens parfaits qui doivent se purifier longuement au purgatoire après leur mort tant leur âme est malade. Le jansénisme ne reçut le coup qui devait définitivement le mettre à mort qu’en 1900, grâce à une toute jeune fille, qui chantait au Seigneur dans son Carmel de Lisieux[137]: «Moi si j’avais commis tous les crimes possibles, je garderais encore la même confiance, car je sais bien que tout cela n’est qu’une goutte d’eau dans un brasier ardent ». Le mal était malheureusement durable et profond au point que, jusqu’à aujourd’hui, l’Église est considérée non comme une Vierge au cœur d’enfant (ce qu’elle est réellement en raison de l’Esprit qui la rend sainte) mais comme une femme rigide et moralisatrice.

 

PREMIÈRE ÉTAPE (suite): Discréditer ce qui porte le nom de Dieu sur terre (à partir du XVIIIème)

 

Saint Paul exprime ce fait dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens[138]:

 

«Vous savez ce qui retient aujourd’hui l’apostasie* et l’Homme impie, de façon qu’il ne se révèle qu’à son moment. Dès maintenant oui, le mystère de l’impiété est à l’œuvre. Mais que seulement celui qui le retient soit d’abord écarté. Alors l’impie se révélera ».

 

De quoi parle saint Paul ? Quelle est cette réalité qui « retient l’apparition de l’apostasie et de l’Homme impie ? » C'est, répond saint Thomas D’Aquin[139], l'union et la soumission à l'Église Romaine, siège et centre de la foi catholique. Tant que la société demeurera fidèle et soumise à l'empire spirituel romain, transformation de l'ancien empire temporel romain, l'Antéchrist ne pourra point paraître. Telle est la barrière, tel est l'obstacle à l’Antéchrist politique ici-bas, sur terre.

Précisons sa pensée. Au Ciel, l’obstacle qui empêche la deuxième étape de l’apostasie, la prédication d’un nouvel Évangile capable de séduire le monde entier, est le Christ. C’est lui qui retient là-haut les démons ou les laisse agir. Rien ne se fait sans sa permission[140]. Lorsque, selon l’Apocalypse 13, 7, un mauvais esprit est libéré de l’enfer pour un temps, le christ ne vise qu’une chose : la formation d’une génération à l’humilité, par là même où elle pèche. Le démon, quant à lui, vise la perdition des hommes et ne se réjouit pas que Dieu sache transformer en bien son action criminelle.

Mais au plan terrestre, cette réalité qui « retient » n’est autre que toute communauté religieuse ou tout homme qui « qui porte le nom de Dieu »[141]. Mais, par dessus tout, à côté de cet obstacle, il y aussi un gardien, chargé de veiller, chargé de le maintenir ; et ce Gardien, c'est le Pape, Vicaire de Jésus-Christ. Tant que le Gardien sera reconnu, respecté, obéi, l'obstacle subsistera, la société demeurera fidèle à l'empire spirituel romain et à la fois catholique. Mais si ce Gardien, le Pape, vient à être méconnu, mis de côté, rejeté, l'obstacle disparaissant bientôt avec lui, l'Antéchrist sera libre de paraître[142].

Pour expliquer la réalité de ce rôle protecteur de l’Eglise, il suffit d’être très concret et d’observer les réalités politiques. A chaque époque, les peuples ont une envie terrible de suivre le courant dominant de l’idéologie à la mode. Les adultes de 1550 avaient en majorité envie de tuer ou de convertir les hérétiques car le « démon » de l’air du temps, libéré de l’enfer, était le culte idolâtrique de la puissance d’une société unifiée autour d’une religion. Il s’agissait d’un démon de l’orgueil politique. Aujourd’hui, ce démon a été attaché en enfer et un autre l’a remplacé : le goût du plaisir, poussé jusqu’aux pires actes d’irresponsabilité. C’est un démon d’égoïsme.

Qui a pu, historiquement, mettre un certain frein aux conséquences de ces idéologies dominantes sinon une parole, toujours méprisée mais terriblement insécurisante pour les serviteurs du mal ? Au temps des guerres de religion, les papes furent souvent au-dessous de tout. Alors Dieu suscitait des saints qui dévoilaient aux violents l’état de leur âme (François de Sales, Pierre Canisius etc.). De nos jours, pourquoi la voix du vieux pape Jean-Paul II fut-elle haïe, surtout quand il parlait de la fidélité conjugale et de respect de l’enfant à naître ? N’avait-elle pas le pouvoir terrible de brûler les âmes à l’endroit exact du péché ? On peut dire que, dans les années-luxure, cet homme eut un grand pouvoir pour retenir certains excès de l’Homme impie. Mais il ne fut pas seul. Il y eut aussi l’Église orthodoxe, certains fidèles et pasteurs protestants de sensibilité spirituelle, les nations musulmanes et, partout, des hommes de bonne volonté.

Ainsi, au cours de l’histoire, toute voix qui rappelle qu’il y aura un jugement où chacun sera pesé selon la droiture du cœur, porte le nom de Dieu. Au sommet de tout, il convient de mettre l’Église en tant qu’elle est sainte, c’est-à-dire en tant qu’elle rappelle la primauté des deux commandements de l’amour (Dieu et le prochain) et leur fondement spirituel, l’humilité. Quand ses fidèles et ses autorités sont ce qu’ils doivent être, l’Église est le plus puissant des obstacles mondiaux à l’apparition de l’antichristianisme car c’est elle qui possède la plus profonde révélation sur la nature exacte du bien pour lequel l’âme humaine a été créée. Mais d’autres religions s’en approchent et constituent, dans leur partie lumineuse, un objet de la haine de Satan. L’islam réalise ce travail par la présence de fidèles qui gardent dans leur pratique l’ordre voulu par leur Prophète, à savoir 1- la prière soumise à Dieu, 2- la miséricorde envers le prochain et 3- l’humilité. Il en est de même, affirme le Concile Vatican II, pour toute tradition religieuse dans la mesure où ses membres cherchent dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent. « En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Eglise le considère comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il reçoive la vie.[143] »

Voilà ce que saint Paul entend quand il parle d’un obstacle qui retient le mystère de l’iniquité. Tant qu’il subsistera de manière visible dans le monde de la politique ou des médias une voix crédible capable de dénoncer au nom du vrai Dieu l’idéologie dominante du temps, rien de ce que rêve Satan ne pourra se faire de manière totale. C’est pourquoi, dans cette première étape de son travail de sape, Satan vise à discréditer toute parole qui porte le nom de Dieu et, par-dessus tout, celle de l’Église catholique. Voilà pourquoi, sans cesse, les péchés, les compromissions des chrétiens du passé sont rappelés, grossis par les ennemis de l’humilité et de l’amour. L’Église doit en ressortir défigurée, caricaturée sous cet unique point de vue. Le jour où elle ne pourra plus parler sans être grotesque, 80% du travail aura été fait. Mais, je le montrerai, 100% du travail sera accompli lorsque toute parole venant de Dieu aura été empêchée. En effet, même haïes publiquement et combattues, ces voix gardent un pouvoir puissant sur la conscience humaine. Les médias actuels ont beau déformer les paroles de Jean-Paul II, ce qui parvient de lumière aux braves gens suffit à jeter le doute. Le cœur de l’homme a été fait pour Dieu. Il porte la marque profonde de tout ce qui est humble et amour. C’est le visage du Christ et de son Évangile.

 

DEUXIÈME ÉTAPE: les nouveaux évangiles (à partir du XVIIIème)

 

Après la faute des guerres de religions, l’Évangile et ce qui le porte, le christianisme, furent en partie discrédités. Un vide fut alors ouvert dans les élites des nations occidentales, un vide portant sur le sens ultime de la vie, sur l’espoir d’un bonheur à venir. La nature humaine a horreur de ce genre de vide. Ainsi, une place put être comblée par une nouvelle espérance. C’est l’objet de cette deuxième étape. Nous verrons que Satan, qui est caché sous cette histoire, s’est joué du cœur de l’homme qu’il connaît bien. Il l’a fait en plusieurs générations, jusqu’à nos jours, et son travail n’est pas terminé. Historiquement, il a d’abord fait miroiter à l’humanité ce qu’il sait être sa plus profonde aspiration (après, bien sûr, sa soif du vrai Dieu d’amour et d’humilité) : la liberté. Ce fut l’époque des lumières et des quelques années-lumières de la Révolution française. Mais tout cela n’a duré que le temps d’un rêve. C’est pourquoi, dans un second temps, l’esprit mauvais a ballotté les générations humaines d’espoir en espoir à travers le culte successif des sept péchés capitaux (à partir de 1830).

 

Au XVIIIème siècle, les idées des Lumières

 

Lorsqu’elles apparurent, les idées des Lumières furent ressenties par les élites bourgeoises comme un nouvel Évangile, c’est-à-dire une bonne nouvelle annonçant un bonheur futur et possible. On y parle de l’homme et de sa dignité dont l’origine n’a pas de rapport avec le dogme. On y annonce la possibilité d’un monde équilibré et heureux, quoique séparé de l’obscurantisme ancien. Ces idées avaient été déjà largement inventées par les philosophes grecs de l’Antiquité. Elles ne trouvèrent aucune prise dans les hommes du Moyen-Age parce qu’ils trouvaient leur dignité et liberté dans le vrai Évangile d’amour. Après le siècle des guerres de religion, le message du Christ n’avait plus ce pouvoir. Voilà pourquoi l’influence des philosophes fut réelle. Leurs idées aboutirent à la fin du monde ancien.

La Révolution française fut leur première conséquence dans le monde concret. Elle fut la première tentative pour établir un monde sans christianisme. Elle ne fut pas une révolution athée ou dirigée directement contre Dieu (voir les étapes suivantes) mais plutôt contre l’Église et ses dogmes imposés. Ce qui était reproché à l’Église, c’était de prêcher un Dieu comme on prêche une prison, où les mots d’obéissance et de soumission devenaient obsessionnels. La Révolution voulut donner au peuple le Dieu unique, libéré du dogme liberticide, car découvert par les forces naturelles de la pensée. Robespierre tenta d’instaurer un culte de liberté à l’Être suprême. Le 20 Prairial an II, il prononça le discours suivant: “ L’Être suprême a créé l’univers pour publier sa puissance. Il a créé les hommes pour s’aider et s’aimer mutuellement, et pour arriver au bonheur par la route de la vertu. L’auteur de la nature avait lié tous les mortels par une chaîne immense d’amour et de félicité. Périssent les tyrans qui ont osé la briser ». L’une de ses premières actions fut de supprimer les vœux de religion. Il prêcha bien un autre Évangile, déiste et ouvert au bien de l’homme. Le culte de Dieu à travers la nature fut l’idée d’un Robespierre convaincu de bien agir pour le bonheur du peuple.

Mais, dans un regard de sagesse chrétienne, on peut dire que cet homme fut aussi un instrument vite dépassé par Satan qui dirigeait patiemment et intelligemment la lutte contre l’Évangile de Jésus. Ainsi, celui qui avait supprimé la peine de mort fit-il faire voter, au nom de la liberté, les années-terreur.

 

A partir de la moitié du XIXème siècle, les sept idéologies athées

                               

« L'ange me dit : Les sept têtes sont sept montagnes sur lesquelles la femme est assise : ce sont aussi sept rois (ou sept empires), dont cinq sont tombés ; l'un existe encore, et l'autre n'est pas encore venu ; et, quand il sera venu, il faut qu'il demeure peu.[144] »

 

Pour Satan, les hommes et les idéologies ne sont que des instruments et il n’hésite pas à susciter des systèmes contradictoires entre eux du moment qu’ils s’éloignent de plus en plus du christianisme humble et charitable. Tous les anti-christianismes lui servent, depuis le puritanisme qui en durcissant les chrétiens, rend laid le visage de l’Église, jusqu’au capitalisme libéral dont il ne fut même pas à l’origine, la convoitise des hommes d’affaire suffisant à l’expliquer. La Révolution française est une étape importante. « Peu importe l’échec de Robespierre, pensaient les jeunes générations qui naquirent après l’aventure napoléonienne. Il revient aux générations suivantes de réussir son idéal. »

Alors les élites intellectuelles se mirent à repenser le nouveau monde libéré de l’obscurantisme. Il fallait un but concret à l’humanité, apte à lui donner le bonheur. La première trouvaille fut la gloire militaire (épopée napoléonienne), puis juste après sa chute, la première d’une longue série d’idoles, l’argent.

L’humanité s’est alors donnée successivement, l’une après l’autre, aux plus stupides tentatives visant à établir le bonheur sur terre. Chaque génération, portée par ses élites les plus remuantes, s’est sacrifiée corps et âme à son idole dominante, allant jusqu’à persécuter toute personnes qui osait parler de ses excès. A partir de 1830, vont être adorés, jusqu’à la folie, six des sept péchés capitaux : l’argent (1830-1870), l’orgueil national (1870-1918), l’envie (1917-1989), la colère nationale (1918-1945), la gourmandise (1945-1968), la luxure (1968-)[145]. Il manque au moment où j’écris la paresse pour que la liste soit complète.

Nous allons montrer à quel point cette histoire fut horrible. Elle surclassa en nombre de victimes tout ce qu’on peut imaginer. C’est d’ailleurs vers cette époque (1830) que la Vierge Marie se mit à apparaître en un cycle qui semble ne pas être achevé. A Paris, rue du Bac[146], une petite religieuse qui devint par la suite sainte Catherine Labouré reçut la révélation pour les chrétiens d’une médaille. La Vierge promit de protéger celui qui la porterait avec foi. Sur son recto, une femme y était représentée, sur son verso, douze étoiles… Ce jour-là se réalisa matériellement une prophétie donnée au chapitre 12 de l’Apocalypse:

 

«Un signe grandiose apparut au ciel: une Femme! le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête. Elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement. Puis un second signe apparut au ciel: un énorme Dragon rouge-feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d’un diadème».

 

L’humanité et l’Église, symbolisées par la femme, entraient en effet dans une ère unique de folie, celle d’une série de « philosophies » toutes plus primaires les unes que les autres et qui allaient conduire les intellectuels déboussolés à tuer des centaines de millions de leurs frères. Je montrerai comment, malgré la splendide dignité des papes, à cause de la compromission d’une partie des chrétiens, l’Église en est sortie encore davantage discréditée.

Pour cela, rappelons en quelques traits cette triste énumération. Elle peut être décrite à travers trois dieux sanguinaires, trois Molochs, l’argent la gloire et les plaisirs.

1- Le premier Moloch fut l’argent et ses deux serviteurs, l’avarice et l’envie. Vers 1830, le monde occidental entrait dans la révolution industrielle. Aussitôt, il parut évident dans les délibérations des loges humanistes, plutôt composées d’hommes influents et d’entrepreneurs, que la richesse était le secret du bonheur. « Ne peut-on pas, avec de l’argent, supprimer toute misère matérielle sur terre ? » L’idée se répandit donc en Europe que la liberté de créer des industries, puisqu’elle enrichirait les capitalistes, finirait par enrichir le peuple. Il y a une certaine vérité dans cette conception. Mais là où tout devint fou, c’est que cette vérité devint l’unique dogme, la résumé de toute sagesse. On se donna corps et âme à elle, sans aucune limite, jusqu’à l’inimaginable. Le libéralisme pur était né. Il est aujourd’hui totalement mort en Occident. Il est modéré comme il se doit par des lois sociales. De fait, c’est l’avarice qui portait cette pensée. La logique des lois du marché que rien ne vient tempérer provoqua une misère incroyable dans le monde ouvrier transformé en horde d’esclaves. Malheureusement, beaucoup parmi les membres du clergé bénirent cette nouvelle philosophie. On la canonisa même en disant aux ouvriers: «Vous souffrez maintenant mais vous serez heureux dans l’au-delà ». Cette première compromission ne sera pas la dernière. A chaque fois, nous le verrons, sans doute par ce « qu’il convient de s’incarner dans son époque », certains pasteurs de terrain renonceront à être prophète. Leur erreur s’explique-t-elle par une peur de se mettre à dos les puissants de ce monde, donc d’être persécutés ? Pourtant, Jésus avait prévenu[147]: « Heureux êtes-vous, quand les hommes vous haïront, quand ils vous frapperont d’exclusion et qu’ils insulteront et proscriront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous ce jour-là et tressaillez d’allégresse, car voici que votre récompense sera grande dans le ciel. C’est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes. Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous! C’est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. » 

Karl Marx réagit violemment à cette injustice en proclamant la haine obligatoire du patron. Il fit de l’envie un devoir révolutionnaire, pour combattre et éliminer cette race d’exploiteurs. Il dénonça la religion comme complice, opium du peuple. Il prêcha la révolution violente et fit miroiter un futur paradis sur terre dans l’égalité des revenus. Après la seconde guerre mondiale, le marxisme devint une mode. Les intellectuels, la jeunesse estudiantine, beaucoup d’évêques adhérèrent. « Comment peut-il sortir du mal d’un projet généreux et combatif de justice sociale, d’égalité et de partage? ». Le plus grand cerveau qu’ait connu l’humanité s’appelait Staline, puis Mao.

Heureusement, à partir de cette époque, les papes sauveront tous l’honneur. Quelques voix individuelles commencèrent à sentir la monstruosité de ces deux pensées. Mais elles furent souvent dénoncées comme archaïques et Moyenâgeuses. L’exemple des divers papes qui se succédèrent à Rome est significatif. Dès 1880, le Pape Léon XIII proclama l’injustice du capitalisme pur et le danger mortel que représentait la réaction marxiste. Il accepta l’énergie du capitalisme, à condition qu’elle soit tempérée par deux contre-forces. Il demanda la création de syndicats ouvriers. Il demanda aux États de tempérer par des lois les abus du marché. Son encyclique « Rerum Novarum » enthousiasma une partie du clergé. Mais les milieux catholiques bourgeois parlèrent d’un Pape rouge. « Il n’est pas moderne. Il ne comprend rien à l’économie. Qu’il s’occupe de religion et non de politique ». A sa suite, l’un de ses successeurs, Pie XII, montra que, malgré son apparence généreuse, le communisme est « intrinsèquement pervers et criminel ». Une partie du clergé le traita de pape fascisant. Cette accusation est restée collée à sa mémoire.

On ne connaît pas le nombre des millions de morts qu’usa l’esclavage capitaliste (sans doute plus de cent millions). En ce début de XXIème siècle, on sait que le communisme fit cent millions de morts. On ne peut pas penser la somme des souffrances dont elles ont été la cause. Pourtant, chacune de ces deux pensées, fut présentée à leur époque comme ce que l’homme avait fait de plus beau et de plus moderne. Ceux qui affirmèrent cela du stalinisme, du Maoïsme sont encore vivants. Ils sont souvent âgés mais mourront sans lucidité: «Ce n’est pas le marxisme qui a tué. C’était une idée généreuse. Ce sont les dirigeant marxistes qui étaient mauvais ». Pour le tribunal de l’histoire, ces deux pensées apparaissent dans leur monstruosité. Elles n’ont rien de moderne. Elles sentent la mort comme les deux « péchés capitaux » qui les portèrent, avarice et envie.

Ces deux idéologies, fondées sur la divinisation de la richesse matérielle, furent le premier Moloch imaginé pour remplacer le sens religieux du monde. Le Ciel est intervenu pour annoncer les crimes marxistes. Le deuxième secret de Fatima*[148], révélé par la Vierge Marie au Portugal en 1917, annonce cette période et donne le sens profond de la guerre froide (1945-1989). La recette que propose la Vierge à l’humanité pour sauver le monde semble sans rapport avec l’énormité des crimes commis. Elle demande simplement une consécration…

 

Pour empêcher cette guerre, je viendrais demander la consécration de la Russie à mon cœur immaculé et la communion expiatrice tous les premiers samedis du mois. Si ma demande est exaucée, la Russie se convertira et il y aura la paix. Sinon, elle diffusera dans le monde ses erreurs, provoquant des guerres et entraînant la persécution contre l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père souffrira beaucoup et plusieurs nations seront anéanties. A la fin, mon cœur immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira et une période de paix sera accordée au monde. Le Portugal conservera toujours le dogme de la foi. »

 

b) Le deuxième Moloch est le culte de la patrie et ses deux serviteurs, orgueil et colère.

Le premier secret de Fatima*, révélés par la Vierge Marie au Portugal en 1917, annonce la seconde guerre mondiale. La Vierge dit aux enfants:

 

« Vous avez vu l’enfer, où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut instaurer dans le monde la dévotion à mon cœur Immaculé. Si elles font comme je vous dis, beaucoup d’âmes seront sauvées et la paix règnera. La guerre prendra fin[149]. Mais si l’on ne cesse pas d’offenser Dieu, une autre, bien pire, se déclenchera sous le règne de Pie XI. Lorsque vous verrez une nuit éclairée d’une lumière inconnue, sachez que c’est le signe suprême que Dieu vous donnera pour vous faire savoir qu’il va punir le monde pour les crimes qu’il a commis[150]. Cette punition sera la guerre, la faim et la persécution contre l’Église et le Saint-Père. »

Dès les années 1870, les loges humanistes changèrent d’orientation. On prit conscience que le peuple a besoin d’un idéal supérieur à l’argent, apte à rivaliser avec les religions pour le tenir dans la vertu. Ce nouveau dieu s’appellera Patrie. A cette époque, les livres des écoles catholiques comme des écoles libres exaltent l’amour du pays. En France, l’Allemagne est stigmatisée (perte de l’Alsace-Lorraine). En Allemagne, on chante déjà « Deutschland über Alles ». La première guerre mondiale éclate dans ce climat d’héroïsme. Peu de jeunes contestèrent le sens du devoir, du sacrifice de soi et de l’honneur que permet cette guerre. Ils partirent avec l’orgueil de la patrie sur le front. La boue des tranchées, les morts par millions briseront une première fois cet élan. En 1914, une seule voix discordante osa s’élever. Jean Jaurès n’acheva pas sa prophétie de mort. Il fut assassiné. En 1917, le pape Benoît XV se fit à son tour prophète, dès le début du conflit. Quand l’empereur François-Joseph lui demanda de bénir ses armées, il répondit : « Je bénis la paix ! » En août 1914, il se déclare « frappé d’horreur devant le spectacle de cette guerre où ruisselle le sang chrétien… Qui dirait que ces peuples descendent des mêmes ancêtres et font partie de la même société humaine ? Qui les imaginerait frères, fils d’un Père unique qui est aux cieux ? ». Tout au long du conflit, il parle de « l’horrible boucherie ». il répète, suscitant l’irritation de la majorité (donc aussi des catholiques) : « L’Europe se suicide…, l’Europe se déshonore… » Après son initiative de paix négociée du 1er août 1917 (aujourd’hui, les principes énoncés sont ceux de l’O.N.U.), il est violemment critiqué par les deux partis. Monseigneur Tissier, évêque de Châlons-sur-Marne, se fait porte-parole de la majorité : « Le triomphe coûtera encore bien du sang, mais chaque goutte qui tombe lave davantage la France, chaque flot qui coule la pousse vers Dieu ». A Cologne, le cardinal von Hartmann va dans le même sens : « Dieu a été, il est avec nos héroïques soldats… C’est avec Dieu qu’ils sont partis pour la guerre. » En chaire de Notre Dame de Paris, le père dominicain Sertilanges répondit: « Très Saint-Père, nous ne pouvons pas pour l’instant retenir vos paroles de paix. Nos ennemis sont demeurés puissants. Vos reproches les on fait renoncer aux principes anti-chrétiens qui les guidaient. Nous les vaincrons. » Il n’était pas moderne à cette époque d’affirmer que la patrie ne vaut pas le massacre d’une génération. C’est moderne de nos jours. Le pape Benoît XV mourut incompris. Il sauva l’honneur de l’Église. Il n’est pourtant toujours pas reconnu pour cela.

Avec la deuxième guerre mondiale, c’est la colère qui entraîna les peuples germaniques humiliés. Hitler vociféra vengeance. Comment était-on moderne en 1941? La Wehrmacht et son matériel flambant neuf, la jeunesse sportive de ses soldats représentaient la modernité.

Le culte divinisé des patries, ce faux Dieu, a réussi à faire 70 millions de morts en deux guerres mondiales. A cette époque de grande confusion, il fallait être doté d’un fort jugement pour discerner le bien du mal. Face au nazisme, l’attitude des fidèles chrétiens fut en majorité faite d’expectative méfiante et de résistance discrète mais efficace. On ne fit pas exploser des trains. On cacha des enfants juifs poursuivis. Le Magistère de Rome donna dès 1938 tout ce qu’il faut pour discerner. Pie XI publia la seule encyclique en langue allemande « mit brennender Sorge ». Rédigée par son successeur, le futur Pie XII, elle y dénonce le Nazisme, les persécutions des chrétiens résistants, leur déportation en camp de concentration. Ailleurs, l’antisémitisme est de nouveau condamné puisque tous les chrétiens sont « spirituellement des Juifs ». En même temps, il publia une autre encyclique contre le communisme. Ces deux idéologies y apparaissent comme ce qu’elles sont, deux monstres prêts à dévorer les hommes. L’attitude des clergés catholiques, protestants et orthodoxes fut en général faite de dignité et d’aide très concrète aux persécutés. Des milliers d’arbres des justes poussent dans le mémorial de Yad Vachem à Jérusalem. Golda Meir, Premier Ministre israélienne en 1948, remercia le pape : « De toutes les institutions européennes durant la seconde guerre mondiale, une seule sauva efficacement les Juifs : l’Église catholique ». La personne de Pie XII en particulier et le clergé catholique dans son ensemble fut remercié. En France, les petites familles catholiques ou protestantes arrivèrent par leur action discrète à sauver 80% des enfants juifs. Pourtant, à l’époque où j’écris, la pensée dominante a réécris l’histoire en identifiant l’action des chrétiens à celle de l’État français de Vichy. L’Église, paraît-il, aurait livré en masse les Juifs aux Nazis: « …Que seulement celui qui le retient soit d’abord écarté. Alors l’impie se révélera » [151].

 

c) Le troisième Moloch, les plaisirs et ses trois serviteurs, gourmandise, luxure et paresse. Après la seconde guerre mondiale, le monde prit conscience de la monstruosité de la pensée qui venait de s’écrouler avec la découverte d’Auschwitz. Nul ne pouvait imaginer jusqu’où était allée l’horreur. Les loges humanistes cherchèrent une nouvelle finalité capable d’aboutir au monde parfait rêvé. Unanimement, les peuples sortis de la guerre la trouvèrent dans une valeur cette fois apparemment infaillible: «le bonheur se trouve dans la prospérité retrouvée, par le fruit de son travail et la consommation ». Peut-il sortir du mal d’un tel bonheur librement recherché ? La génération qui eut vingt ans en 1945 raisonna de la manière suivante: «Nous avons manqué de tout. Nous n’imposerons pas cela à nos enfants ». L’alpha et l’Oméga de l’éducation devint souvent : « Que mes enfants ne manquent de rien. » Cette génération inventa la société de consommation. Elle se délecta dans la gourmandise enfin retrouvée. La croissance économique était là. L’idéologie de la société de consommation anesthésia toute résistance spirituelle. Elle plongea une génération et leurs enfants dans un culte de la matière dont il est très difficile de se désengluer. Les premiers suicides de jeunes, « parce que la vie n’a pas de sens » apparaissent après cette époque.

Leurs enfants eurent 20 ans en 1968. C’était une génération qui avait été matériellement gâtée, tout en étant maintenue dans une discipline éducative. Elle avait fréquenté par habitude culturelle les leçons de catéchisme où elle avait reçu des restes moraux du christianisme. Après les traumatismes des deux guerres mondiales dont elle portait la conscience médiatisée, dans une réaction adolescente, une minorité remuante de la jeunesse s’empara en mai 68 d’un nouvel idéal de bonheur avec fougue. Cette minorité entraîna la majorité et créa pour quarante ans une nouvelle pensée dominante. Elle exalta sans nuance des valeurs opposées à celles qui provoquèrent les deux guerres, liberté au lieu « d’Obéissance », plaisirs au lieu de « sacrifice », droits au lieu de « Devoir », individu et mondialisme au lieu de « Patrie », sexe au lieu de mariage etc. Des slogans devinrent sagesse: «Il est interdit d’interdire », « Jouir sans entraves ». La religion chrétienne fut rejetée avec tout le fatras d’une éducation bourgeoise et aliénante. Le comportement du pape Pie XII pendant la guerre fut réinterprété. On s’interrogea sur son silence. On compta comme négligeable ses actions concrètes pour le salut des Juifs. Partout, on entendait : « Si j’avais été le pape, je serais sorti du Vatican en portant l’étoile jaune. J’aurais fait un discours solennel. Les Nazis auraient eu peur de se mettre à dos des millions de catholiques. Pie XII se fit nazi par haine du communisme. »

Six péchés capitaux ont été successivement adorés de 1830 à aujourd’hui. Celui qui est contemporain s’appelle la luxure[152]. Il ne s’agit pas d’une luxure au sens exclusivement sexuel, même si elle obsède la génération-préservatif. Il s’agit plutôt de cette luxure symbolique qui consiste à tout sacrifier à son bonheur individuel. « Il n’y a pas de troisième Moloch », affirme-ton avec satisfaction en ce début de XXIème siècle. Et si ce troisième Moloch s’appelait jouissance ? Au nom de quoi en effet voit-on de nos jours une immense épidémie de destruction de ce qui est le plus sacré, la famille ? N’est-ce pas au nom du bonheur individuel devenu Dieu, au nom de l’équilibre de sa vie, de son plan de carrière ou de ses loisirs? Le dernier prophète de la Bible serait très actuel s’il criait de nouveau : « Yahvé est témoin entre toi et la femme de ta jeunesse que tu as trahie, bien qu’elle fût ta compagne et la femme de ton alliance. Respect donc à tes enfants, et la femme de ta jeunesse, ne la trahis point![153]»

Comment juger la génération qui à partir des années 60, fit le prêt à penser ? Jamais on ne vit se lever génération plus contradictoire. Mais le sommet de ses crimes n’est pas intellectuel. Il est bien réel, au moins pour celui qui croit en la vie après la mort. Cette génération poussa son culte du bonheur immédiat jusqu’à s’attaquer au plus innocent des êtres, l’enfant à naître. Par ses lois sur l’avortement, qu’elle justifia par la recherche de la liberté et du bonheur des femmes, elle prit le risque insensé de parier sur la non-existence de l’âme humaine, envoyant à la mort plus de cent millions d’innocents. Faut-il citer pour elle ce passage peu connu de Jésus de Nazareth: « Cette génération est mauvaise. Elle proclame :’’Si nous avions vécu à la place de nos pères, jamais nous n’aurions tué les résistants.’’ Et elle leur construit des magnifiques tombeaux. Génération pervertie ! En agissant ainsi, elle se condamne elle-même. Elle dépasse la mesure de ses pères. »

Cet antichristianisme de la luxure disparaîtra comme les autres. A l’heure où j’écris, des voix s’élèvent pour remettre en question sa folie et ses excès. On ne peut affirmer plus de 50 ans de suite sans finir par être critiqué que le summum de la libération de la femme, c’est son choix d’avorter. L’image qui restera de la société du XXème siècle finissant est sans doute le préservatif géant et rose dressé sur l’obélisque de la place de la concorde à Paris... Pour les Égyptiens anciens, un obélisque était un rayon pétrifié de la Lumière divine ! Par ses excès, l’idéologie grossière de la luxure est dans la lignée des autres et, comme les autres, elle durera un temps avant de révéler sa perversité.

 

L’étrange complicité d’une partie du clergé ; la fidélité de Pierre

 

En 1846, à la Salette[154], Mélanie reçut de la Vierge un étrange secret qu’elle ne révéla que bien plus tard au pape Pie IX. Le 19 septembre 1846, la Vierge lui dit, et c’est le début de son secret:

 

« Mélanie, ce que je vais vous dire maintenant ne sera pas toujours secret. Vous pourrez le publier en 1858.

Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les saints mystères, par l’amour de l’argent, l’amour des honneurs et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d’impureté. Oui, les prêtres demandent vengeance et la vengeance est suspendue sur leur tête. Malheur aux prêtres, et aux personnes consacrées à Dieu, lesquelles par leurs infidélités et leur mauvaise vie, crucifient de nouveau mon Fils. Les péchés des personnes consacrées à Dieu crient vers le ciel et appellent la vengeance, et voilà que la vengeance est à leurs portes, car il ne se trouve plus personne pour implorer miséricorde et pardon pour le peuple. Il n’y a plus d’âmes généreuses, il n’y a plus personne digne d’offrir la Victime sans tâche à l’Eternel en faveur du monde. Dieu va frapper d’une manière sans exemple. Dieu va épuiser sa colère, et personne ne pourra se soustraire à tant de maux réunis. Les chefs, conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la prière et la pénitence, et le démon a obscurci leurs intelligences. Ils sont devenus ces étoiles errantes que le vieux diable traînera avec sa queue pour les faire périr. Dieu permettra au vieux serpent de mettre les divisions parmi les régnants, dans toutes les sociétés et dans toutes les familles. »

 

Ce secret fut longtemps déclaré suspect et rejeté à cause de la dureté des prophéties qu’il contient. Il est vrai qu’en 1850, la majorité du clergé était de bonne qualité. Pourtant, l’étude de ces époques jusqu’à aujourd’hui montre un étrange défaut. A l’exception du magistère romain, la majorité du clergé semble émoussé. Son jugement évangélique sur le péché dominant de l’époque semble perpétuellement anesthésié. A chaque fois, on constate une complicité intellectuelle avec l’idéologie qui de la pensée unique. Au pire, elle est approuvée en chaire, au mieux, un silence pesant règne. Les pasteurs de terrain ont-ils du mal à affronter la réaction scandalisée de la majorité de leurs fidèles, eux-mêmes fils de leur temps ? Est-ce une bonne façon d’être pasteur selon Jésus[155] : « Car celui qui aura rougi de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi rougira de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. »

Pour comprendre ce fait, sans bien sûr accuser tous les prêtres, il suffit de se pencher sur notre époque. Être prophète, n’est-ce pas agir selon cette parole de Jésus[156]: « Heureux êtes-vous quand on vous insultera à cause de moi. C’est bien ainsi qu’on a persécuté les prophètes, vos devanciers. » Pour être prophète en notre époque, pour mettre en danger son ministère sacerdotal, que faut-il dénoncer ? Un prêtre qui dénonce en chaire le nazisme risque-t-il sa vie ? Ceux qui l’ont fait en 1942 furent prophètes. Que risque-t-on si l’on dénonce aujourd’hui en chaire les crimes de Lénine ? En 1970, on risquait de perdre son ministère. Aujourd’hui, le grand drame de l’Occident est l’avortement. Jean-Paul II parle d’un génocide[157]. On ne peut pas dire qu’il existe une complicité active dans le clergé pour encourager l’avortement. Le problème se situe ailleurs. Il s’agit d’un silence. Pour mieux comprendre le scandale évangélique que constitue l’absence d’une simple explication théologique, sans passion, de ce drame qui concerne Dieu, il peut être utile de se référer aux années 1940 en France. Nul ne pourra trouver une quelconque complicité, dans la hiérarchie catholique, face aux lois de Vichy. Mais, visiblement, sans anachronisme, dans une simple confrontation à l’Évangile, l’absence de réaction du clergé face à ces lois jusqu’en 1942, gêne. N’y a-t-il pas une certaine faute quand celui qui a mission de parler se tait ? Tout cela est-il vraiment justifié par l’évocation des règles de paix civile, par un doute sur l’efficacité de la parole ?

A partir des années 1960, et d’une manière sourde aujourd’hui, la révolte s’est mise au grand jour contre les mises en gardes des papes successifs. C’est l’époque de la tolérance et de la libération sexuelle (âge de la luxure). On n’a à la bouche que les mots de liberté, d’épanouissement personnel. La contraception artificielle permet pour la première fois de séparer totalement le plaisir sexuel de la fécondité et même de l’amour. Le pape Paul VI, seul contre la majorité des catholiques, mit en garde: «Une telle séparation n’est pas voulue par Dieu. Attention à cette nouvelle forme d’égoïsme. »[158] Ses paroles furent ouvertement brocardées ou simplement relativisées par une majorité du clergé et même des fidèles. A partir de cette époque, la position de Paul VI ou de Jean-Paul II en matière d’amour et de fidélité conjugale est déformée publiquement, présentée comme odieuse, liberticide et ouvertement rejetée. Des supérieurs de Séminaires renvoient des séminaristes surpris à prier le chapelet. Le prêtre est formé à être un animateur social. C’est aussi l’âge du grand espoir marxiste auquel adhèrent beaucoup d’évêques de manière plus ou moins explicite. Après le Concile Vatican II, des bataillons de prêtres et de religieux défroquent. On se libère du poids opprimant des vœux. Le secret de la Salette prend alors tout son sens. Il suffit de changer 1865 par 1965: « Dans l’année 1865, on verra l’abomination de la désolation dans les lieux saints. Dans les couvents, les fleurs de l’Église seront putréfiées et le démon se rendra comme le roi des cœurs. Que ceux qui sont à la tête des communautés religieuses se tiennent en garde pour les personnes qu’ils doivent recevoir, parce que le démon usera de toute sa malice pour introduire dans les ordres religieux des personnes adonnées au péché, car les désordres et l’amour des plaisirs charnels seront répandus par toute la terre. »

Au contraire, les papes successifs furent à la hauteur. Ils parlèrent, sans soucis d’être politiquement correct. Ils ne cessèrent, à partir de Pie IX, de mettre en garde contre le danger du temps. Ils le faisaient au moment où le danger était là et non cinquante ans plus tard. Ce fait incontestable est la réalisation d’un rêve fait vers 1880 par saint Jean Bosco: « Je vis la barque de l’Église qui était agitée par un ouragan inouï. Elle allait sombrer mais celui qui s’agrippait à la robe de saint Pierre était sauv酠» A chaque fois, en chaire, bien des prêtres ignorèrent ou relativisèrent ces avis. Capitalisme, marxisme, nationalisme, hédonisme, libération sexuelle ont été tour à tour la philosophie d’une partie visible du clergé qui prêche[159]. A chaque fois, la parole de Pierre fit grincer l’intelligence de cette majorité. Cinquante ans plus tard, ce qui avait été source de tant de scandale devenait une évidence, sans qu’une reconnaissance publique soit rendue au prophète. A chaque fois au contraire, le Magistère de Rome et l’Église tout entière en ressortaient plus critiqués. Au moment où j’écris, des voix se font entendre, y compris dans le clergé catholique, pour remplacer l’insupportable Magistère de Rome par une assemblée élue. On supporte de moins en moins sa parole à contretemps. Par le remplacement du gouvernement théocratique de l’Église par une démocratie populaire, on pense pouvoir enfin la moderniser et l’adapter à son époque. Il s’agit des premiers signes d’une nouvelle étape de la lente marche de l’apostasie* de la foi chrétienne. « jusqu’à ce que soit achevé l’écrasement de la force du Peuple Saint… »[160]

 

DEUXIÈME ÉTAPE (suite). L’humanisme sans Dieu (à partir de 1960 et pour le XXIème siècle)

 

A partir d’ici, je suis contraint d’étudier des événements qui ne se sont pas tous encore produits. Un aspect nécessairement hypothétique entre en ligne de compte. Cependant, à la lumière des prophéties déjà citées, sachant qu’elles se réaliseront avec certitude, à la lumière aussi d’une connaissance des lois sociologiques qui prévalent dans les nations, il est possible d’éviter l’erreur. Si le détail des événements futurs ne peut être défini, leurs lignes générales sont plus que probables.

 

Le chiffre de la bête, 666

(Chose probable)

 

“Tous, petits et grands, se feront marquer sur la main droite ou sur le front du nom de la bête ou du chiffre de son nom. C’est ici qu’il faut avoir de la finesse! Que l’homme doué d’esprit calcule le chiffre de la bête, c’est un chiffre d’homme: Son chiffre est 666.[161]”

 

Quel sera l’étape suivante, à savoir le nouvel Évangile proposé aux peuples pour le XXIème siècle ? Qu’est-ce qui se profile pour remplacer le culte désuet et grossier des sept péchés capitaux? En regardant les signes de notre temps, essayons d’en déterminer la nature. Les peuples sont plus cultivés. Ils ont besoin d’un sens philosophique à leur vie. Il ne peut s’agir des idéologies comme le marxisme ou le nazisme. Il en est de même pour le culte du phallus et des jouissances charnelles. J’ai montré que ces antichristia–nismes sont trop épais et contre nature pour durer. Ils ne résistent pas au temps. La conscience des jeunes de notre époque est déjà plus que dubitative face à cette propension de leurs aînés à tout sacrifier à leur liberté sexuelle[162]. Si l’on se réfère aux prophéties, à l’approche de la fin, les derniers antichristianismes seront au contraire des réussites capables de durer et emplies de réelles valeurs aptes « à séduire les élus eux-mêmes ». Il s’agit, dirions-nous, d’un Évangile, c’est-à-dire de la Bonne Nou–velle d’une voie vers le bonheur.

L’Apocalypse décrit la puissance de chaque antichristianisme sous le symbole du chiffre 666[163]. Ce chiffre n’a cessé depuis des siècles de faire couler de l’encre. Des savants se sont attelés à en calculer les propriétés arithmétiques et ils ont fait des découvertes. Cependant, la parole de Dieu est donnée à tous les hommes, même aux simples, de telle façon que son sens n’échappe pas complètement à ceux qui la lisent et s’en imprègnent. Il est donc impossible que son premier sens appartienne aux savants calculateurs. Il doit exister une signification simple du chiffre 666.

Dans l’Écriture, on voit que certains chiffres sont donnés avec une même signification symbolique. Ainsi, le chiffre 3 signifie la plénitude de la divinité puisque Dieu est en trois personnes. De même, le chiffre 7 signifie la perfection de la création puisque le monde fut achevé le septième jour par le repos de Dieu qui dit que “ tout était très bon ”[164]. C’est de cette manière qu’il faut regarder le chiffre de la bête. Plusieurs interprétations peuvent être données qui se rejoignent en une seule. Dieu affirme sans cesse à l’homme qu’il lui a donné six jours pour travailler “ Pendant six jours, tu travailleras et tu feras ton ouvrage. Mais le septième jour est un sabbat pour Yahvé ton Dieu”[165]. Ainsi, si l’homme oublie le septième jour qui est consacré à Dieu, il se marque lui-même du chiffre 6 qui signifie qu’il vit sans Dieu. Il existe bien d’autres textes bibliques qui confirment cette interprétation. Dans la Loi, Dieu commande aux maîtres qui achètent la main-d’œuvre d’un esclave hébreu, de le garder six années puis de le libérer sans qu’il ne doive rien payer. Si le maître n’agit pas ainsi la septième année, il se marque lui-même du chiffre 6. On trouve ce chiffre 6 (sept moins un) en dehors de la Bible. En philosophie, l’étude de l’homme se fait autours de ses sept dimensions : 1- Il existe (métaphysique), 2- Il est vivant, 3- il possède un corps physique, 4- il travaille, 5- il aime, 6- il vit en communauté, 7- il est fait par et pour un Créateur. Si la dernière dimension disparaît, il reste le chiffre 6. En conséquence, le chiffre de la Bête, qui est le symbole des Antéchrists* ne signifie pas autre chose que l’homme sans Dieu. C’est pourquoi l’Apocalypse l’appelle un chiffre d’homme. Tout au long de l’histoire et de plus en plus en ces siècles de sécularisation, l’humanité se marque du chiffre 6. Si le chiffre est répété trois fois, c’est pour signifier que les Antéchrists et en particulier le dernier d’entre eux réalisera un monde séparé de Dieu doté d’une certaine perfection divine. Extérieurement, la paix enfin réalisée prouvera la possibilité d’une humanité sans Dieu. Si l’Apocalypse et les autres textes de l’Écriture décrivent ce temps comme un malheur inimaginable, c’est qu’elles regardent les choses intérieurement, à la manière de Dieu. Pour le salut, une paix et une réussite extérieure peuvent être signes de ruine de l’âme.

 

L’humanisme sans Dieu[166]

 

En ce début du XXIème siècle, il est facile de discerner l’étape suivante puisqu’il ne subsiste et prospère après la chute du communisme (1989), qu’un seul antichristianisme. Il s’agit de l’humanisme sans Dieu, tel qu’il fut pensé dans sa forme modérée à l’époque des lumières. Cette philosophie semble s’imposer non seulement en Occident mais s’exporter dans le monde entier, en raison de l’action militante des organisations gouvernementales et non gouvernementales.

Il ne faut pas qualifier l’humanisme déjà diffus actuellement d’athée. L’athéisme militant, qu’il soit communiste, positiviste ou autre, agissait tout autrement en s’efforçant de supprimer activement la religion par le prosélytisme. Il se comportait de manière sectaire et non tolérante (Staline par exemple). Or l’humanisme qui prévaut actuellement ne se proclame pas tel. Il ne se pose pas la question de savoir si Dieu existe ou non. Il préfère reléguer cette question au seul domaine privé, dans le respect de la conscience de chacun. Il en résulte un athéisme pratique. L’homme et la société vivent comme si Dieu n’existait pas. Il se contente d’entretenir de manière calme l’acquis suivant : l’hypothèse Dieu est simplement périmée puisque l’homme descend de la vie animale, par hasard. L’évolution des espèces par les seules lois du hasard est médiatiquement plus qu’une théorie. C’est devenu une métaphysique fondatrice d’une société, un nouveau livre de la Genèse.

« Puisque Dieu n’existe pas, puisqu’il n’y a pas de vie après la mort…» tel est le présupposé du projet. Il est rarement formulé d’une façon aussi claire. Pourtant, il est le fondement de tout. Cet athéisme est concret, l’absence de Dieu étant l’expérience majeure de la vie de tous les jours en Occident. Puisque demain nous mourrons, que pouvons nous faire pour construire le monde le moins mauvais possible? La question n’est ni idiote ni condamnable. Elle relève au contraire du bon sens dans un monde sans espérance après la mort. Saint Paul lui-même se l’est posée et y a répondu: “ Si le Christ n’est pas ressuscité, mangeons et buvons car demain nous mourrons.[167]” La réponse proposée aujourd’hui est analogue à la différence près qu’elle est élaborée pour fonctionner. L’expérience des erreurs du passé telle que nous l’avons rapportée[168], permet d’éviter les excès en modérant les lois de l’argent, les lois de l’appétit de la gloire et des jouissances. Tout est dans le juste milieu.

Essayons de nous placer concrètement dans la pensée d’un homme politique athée. Imaginons avec toute la sincérité possible que Dieu n’existe pas mais qu’il nous faut construire le meilleur monde possible, voilà à quoi il ressemblerait.

Cet humanisme est généreux. Il recherche activement, que ce soit par la réflexion ou par l’action politique, comment donner à l’homme toutes les conditions du bonheur. Après avoir tâtonné durant deux siècles, depuis la Révolution française[169], il en est arrivé à la conclusion suivante. Ce qui est le plus important dans l’homme, ce qui fait de lui une personne humaine, c’est sa capacité à agir librement en vue du bonheur, dans le respect de la liberté d’autrui. Tous les mots de cette phrase sont importants et pesés. Tout doit être fait en conséquence pour favoriser cette liberté modérée, tant au plan matériel (recherche de la paix, de la richesse, du bien être, lutte contre la guerre, la famine, la maladie, les inégalités), qu’au plan spirituel (éducation des hommes à la tolérance, à la fraternité, au respect d’autrui surtout dans le domaine de sa liberté). De telles valeurs, en raison de leur richesse de paix, semblent devoir conduire à moyen terme à la construction d’un monde équilibré offrant à chacun les conditions fondamentales du bonheur. A chacun de le construire dans sa vie personnelle.

J’ai réalisé en m’inspirant de textes officiels de l’ONU et de l’UNESCO une charte du projet d’humanité que ces organisations rêvent de créer. L’intention de leurs membres est réellement positive et humaniste. Il ne s’agit pas de la lire avec un regard excessivement négatif puisqu’on ne peut rien trouver à redire sur le plan humain. Seul un regard de sagesse chrétienne, regard paisible s’il en est mais très contemplatif, peut y discerner le chiffre de l’homme, 666*.

 

CHARTE DU MEILLEUR MONDE POSSIBLE[170]

 

1- BUT: Que chacun puisse profiter du bonheur et des joies de la vie car ils sont ce qu’il y a de plus précieux sur la terre. La vie est courte.

2- MOYENS: Il convient de donner à tous les hommes la possibilité d’obtenir ces plaisirs et ces joies. En premier lieu, il faut mettre au ban de la société toutes les idéologies qui, au cours des siècles passés se sont rendues coupables de fanatismes et de violences. Toute guerre doit être définitivement bannie puisqu’elle est source de malheur. Ces idéologies sont principalement politiques (marxisme, nazisme, fascisme patriotique) et religieuses (en particulier les religions prosélytes)[171].

En second lieu, il convient de montrer aux peuples que le bonheur décrit a pour fondement la liberté et son corollaire le respect de la liberté d’autrui. Elle implique certes des droits mais aussi des devoirs.

3- LOIS: Établir des lois civiles favorisant la liberté dans le respect d’autrui. Liberté d’aimer celui qui veut bien de cet amour (l’amour n’étant pas seulement la pulsion sexuelle mais aussi le sentiment, et l’engagement mutuel pour un temps); Liberté de penser et de s’exprimer (dans la mesure où les idées soutenues respectent la dignité de tous les hommes (articles 1 et 2) ; Favoriser la liberté de donner la vie au moment choisi, à condition que le nouveau-né soit un enfant normal, doté de toutes les facultés pour trouver dans les meilleures conditions le bonheur et qu’il ne soit pas surnuméraire par rapport aux possibilités de la planète; Liberté de choisir l’heure de sa mort, surtout lorsque celle-ci approche et supprime la possibilité du bonheur proposé dans l’article 1; Bref, toute liberté apte à favoriser le bonheur dans le respect de la liberté d’autrui.

4- Établir des lois civiles favorisant le respect de la liberté d’autrui: Respect de celui qui n’éprouve plus de sentiment et veut quitter son conjoint (possibilité de divorce); Tolérance des actions d’autrui dans la mesure où elles ne détruisent pas la liberté d’autrui; Liberté d’arrêter une grossesse non désirée, tant que l’embryon n’est pas un être humain (=doté de liberté), tout en dénonçant et prévenant (contraception) ses abus qui détruisent la psychologie féminine; Devoir envers les enfants qui, n’étant pas des êtres totalement éduqués dans la liberté, ont besoin d’une éducation réaliste, avec un pôle d’amour et un pôle d’autorité; Établir une justice et des peines adaptées contre ceux qui commettent des délits et des crimes contre autrui, selon qu’il a été défini libre et digne de respect aux articles 3 et 4. La peine de mort doit être supprimée mais elle doit être remplacée, dans les cas les plus graves, par une vraie prison à vie.

5- Favoriser les sciences et les techniques capables d’aider aux conditions matérielles du bonheur du plus grand nombre. Nourriture pour tous, santé, richesse, temps pour les loisirs, protection de la nature, prolonga–tion de la durée de vie, accès à la culture etc. Favoriser la recherche génétique dans la mesure du respect de la nature humaine. Il ne s’agit pas, sauf en matière de maladie et de prolongement de la durée de vie, de changer l’A.D.N. humain.

6- développer avec souplesse ces lois en fonction de l’évolution des mentalités. A terme, les imposer de manière mondiale. Établir un gouvernement mondial remplaçant le coûteux et dangereux système des nations. Unifier le monde et supprimer à jamais les armes de destruction massive, les systèmes de la tyrannie et ses conséquences.

 

Un tel projet de société n’est certes pas parfait. Il reconnaît avec réalisme son défaut structurel, la nécessité pour l’homme de mourir alors qu’il désirerait vivre toujours. Mais reconnaissons-le avec honnêteté. Si Dieu n’existait pas, ne serions nous pas les premiers à y adhérer et à y travailler? Existe-t-il meilleure façon de vivre sur la terre les quelques années où le hasard de l’évolution nous a placés? Ce projet est si bon (le moins mauvais qu’on puisse imaginer compte tenu de ce que nous sommes), qu’il est difficile d’en inventer un meilleur. L’acceptation du divorce et du vagabondage des amitiés est logique. Pourquoi s’imposer à vie le joug d’une vie commune alors que le bonheur passager se trouve plus rapidement dans la liberté et la spontanéité? N’y a-t-il pas plus de joie à se revoir qu’à se supporter? Rien n’empêche bien sûr à ceux qui veulent se marier de le faire, s’ils y trouvent le bonheur. Il en est de même pour l’acceptation de l’avortement. L’embryon n’ayant ni âme immortelle ni liberté, pourquoi lui imposer la vie s’il ne vient pas au bon moment? Il ne s’agit certes pas d’encourager l’avortement pour convenance personnelle mais de le prévenir par une contraception efficace. De même, pourquoi vivre dans la maladie et la vieillesse puisque tout se termine dans le néant?

Cette conception du monde ressemble par beaucoup de ses principes au christianisme. On y parle de droits de l’hommes, de respect de sa liberté, de respect d’autrui, recherche du bonheur de l’autre. Beaucoup de chrétiens ne savent plus en discerner les différences. Pourtant, si les conséquences pratiques sont si différentes (divorce, avortement, contraception artificielle, euthanasie, recherche génétique sur la durée de vie) c’est à cause de différences absolues qui touchent la source même, le sens de la vie.

- L’une croit en une vie après la mort, l’autre ne s’y intéresse pas.

- L’une exalte l’amour du prochain, jusqu’au sacrifice de son propre bonheur, l’autre exalte la liberté en vue de la recherche du bonheur personnel;

- L’une affirme que seul compte ce qui est construit pour durer jusque dans la vision face à face avec Dieu, à savoir l’humilité et l’amour qui se donne. L’autre affirme que seul compte le bonheur personnel car il est urgent d’être heureux, dans un égoïsme modéré, avant que n’arrive la mort.

Il est bien évident que l’humanisme sans Dieu* n’est pas contre l’amour oblatif. Il l’admire de loin. Mais il le place comme l’une des manières, irréaliste mais respectable, dont un homme libre peut donner un sens héroïque à une vie de toute façon vouée au néant. Pour illustrer ce respect, on peut citer en France la reconnaissance en 1905, sous le gouvernement Émile Combe, des sœurs de la charité de saint Vincent de Paul comme association d’utilité publique. Au même moment, tous les autres ordres religieux étaient chassés. On peut aussi citer l’admiration portée de nos jours à l’abbé Pierre ou à mère Thérésa, considérés cependant exclusivement sous l’aspect de leur générosité sociale.

Doit-on affirmer que l’humanisme sans Dieu* prêche l’amour de soi tandis que le christianisme prêche l’amour de l’autre? Ce serait exagéré. L’intention des humanistes n’est pas là mais, dans ses conséquences, l’humanisme sans Dieu semble conduire plus de gens vers l’individualisme que vers l’amour qui se sacrifie. Ainsi, lorsqu’on étudie les conséquences concrètes de ces deux conceptions du monde, il est plus aisé de manifester leurs différences. Elles changent radicalement le sens de la vie. Il est possible de les étudier dans tous les domaines soulevés par l’éthique moderne face à la pensée des Papes.

 

L’humanisme sans Dieu peut-il combler le cœur de l’homme ?

 

“ Et le cinquième ange répandit sa coupe sur le trône de la Bête, alors, son royaume devint ténèbres, et l’on se mordait la langue de douleur. Mais, loin de se repentir de leurs agissements, les hommes blasphémèrent le Dieu du ciel sous le coup des douleurs et des plaies.[172]”

 

Ce texte peut signifier beaucoup de choses. L’humanisme sans Dieu tel que décrit dans la charte, révèle une tare incorrigible. Le bonheur qu’il propose est parfait à l’exception d’une chose. Il oublie que l’homme ne vit pas seulement de pain, c’est-à-dire de nourriture temporaire. Un tel projet comblerait un monde peuplé de mammifères supérieurs. Mais l’homme porte en lui une angoisse qui explose quand tout va bien. Il a soif de toutes les paroles qui sortent de la bouche de Dieu[173]. Il désire l’éternité. Or cette dernière tentative ne propose pas d’espérance pour l’autre monde. Elle butera, tôt ou tard sur cet écueil. Dans les pays qui l’ont déjà réalisé, il existe une incompréhension des hommes politiques devant l’attitude de peuples qui, ayant tout, se plaignent que tout va mal. « On se mordait la langue de douleur ». Cela se traduira par des épidémies de suicides de jeunes et de vieux. Il y aura nécessairement une mystérieuse propension pour l’alcool ou les drogues, pour le psychologue et l’anxiolytique. Une prise de conscience des élites ne manquera pas de se faire, tôt ou tard : ces peuples unifiés sont malades. Ils manquent de religion…

Pour cette raison, même à un plan strictement sociologique, il est certain que cette belle construction ne pourra être que passagère. Elle ne pourra être le dernier des antichristianismes.

Est-elle, au plan du salut, plus terrible que les idéologies du XXème siècle ?[174]

 

Une deuxième question se pose. Peut-on affirmer, au plan d’un regard de sagesse chrétienne, que l’humanisme sans Dieu tel que je viens de le décrire sera plus terrible pour le salut éternel que les antichristianismes des XIXème et XXème siècles ? N’y a-t-il pas là une exagération, un blasphème contre l’humanité? Que peut-il y avoir de pire que le nazisme ou le communisme, comme le dit jadis le pape Pie XI (Encyclique Mit brennender Sorge[175]).

Je ne parle pas ici du meurtre des corps. Dans ce domaine, le nazisme et le communisme sont au-dessus de tout. Il s’agit du meurtre des âmes, selon la parole de Jésus : «Je vous le dis à vous, mes amis: Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre. Craignez Celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne; oui, je vous le dis, Celui-là, craignez-le[176] ».

En effet, loin de provoquer des massacres, cette philosophie voudra les éviter et les interdire. Mais plus l’humanité approchera de sa fin, plus le sens des textes guerriers et sanglants de l’Apocalypse prendront leur vrai sens, à savoir celui de Dieu, un sens théologal. Il faut toujours se souvenir en les lisant, que ces paroles sont d’abord esprit et vie avant d’être l’annonce d’événements matériels. “ Nul n’aurait eu la vie sauve ”, c’est-à-dire, pour Jésus, nul n’aurait eu la charité sauve. La grande tribulation dont parle le Christ est celle qui s’attaque à la foi, à l’espérance et bien sûr à la charité.

Pris dans ce sens, il est facile de comprendre pourquoi cet antichristianisme-là est le plus dangereux qui ait jamais existé pour les âmes, quoique pas nécessairement le pire à venir. On pourrait multiplier les analyses pour manifester que la voie proposée par l’humanisme sans Dieu consiste en un égoïsme intelligemment géré. Chacun respecte autrui non par souci d’autrui mais parce que c’est en définiti–ve la meilleure solution pour atteindre un bonheur individuel élevé au rang d’absolu. Mieux qu’une analyse, quelques exemples actuels peuvent être éclairants.

1- Il produit de manière maximale de l’individualisme et de l’égoïsme[177]. L’Europe occidentale en donne depuis quelques décennies un modèle à grande échelle. Ce qui caractérise ces sociétés, c’est une augmentation du souci pour la justice sociale. La misère matérielle n’est plus tolérée. Parallèlement, se manifeste une augmentation frappante de l’individualisme. Chacun cherche à construire son bonheur comme il l’entend, en évitant l’effort et la souffrance. Ainsi, l’amour est la chose dont on parle le plus. Lorsqu’il est source de joie sentimentale et de plaisir sexuel, il est aimé. Mais dès qu’il implique effort sur soi-même ou souffrance en vue du bonheur de l’autre, il n’est plus appelé amour. On n’a jamais vu autant de divorces et de ruptures qu’à notre époque. Il en est de même de la maternité et les jeunes filles rêvent de s’épanouir dans leur profession et leur vie de femme. Mais cet enfant ne doit venir que lorsque l’on veut (parfois même et de plus en plus selon un pedigree de perfection). Le XXème siècle finissant n’aura jamais vu autant d’avortements ou d’enfants mal-aimés. On aime également ses parents et on reconnaît leur devoir la vie. Mais lorsqu’ils sont âgés, sans méchanceté, “mais parce que la vie est si prenante”, on les confie à des centres spécialisés où ils ont tout ce qu’il faut matériellement mais où ils meurent de solitude et d’abandon. Ces trois exemples pris dans ce qui fait la plus grande richesse de l’homme, (ses relations familiales), manifestent à quel point cet humanisme sans Dieu* est très concrètement source d’égoïsme et donc d’une grande clameur de tristesse au Ciel[178]. Le pire semble être qu’une telle société peut tenir des siècles, les soubresauts de la souffrance spirituelle qu’elle porte en elle pouvant être anesthésiés chez les jeunes dans un étourdissement d’occupations, et camouflés chez les personnes âgées qui deviennent des citoyens marginaux. Elle sombre dans l’égoïsme mais pas dans l’inefficacité car les plaisirs ne sont pas l’unique but. On aspire aussi aux carrières, aux honneurs, aux succès techniques, le tout canalisé par des lois bien faites et aptes à contenir les corruptions. Une telle société sécrète du fait de son succès beaucoup d’orgueil.

Il est donc probable que l’humanisme sans Dieu, lorsqu’il se manifestera, ne proposera pas autre chose au monde (tout en corrigeant les excès soixante-huitard actuels).

2- Il produit de manière maximale de l’orgueil et du refus de Dieu. Étourdie par un bonheur matériel réel, l’humanité s’exalte déjà. La « sagesse » proposée par l’humanisme sans Dieu, est en Occident une réussite au plan matériel. Elle est souvent explicitement jetée à la face de Dieu. « Nous sommes heureux sans lui. L’hypothèse Dieu est devenue inutile. » Il s’agit non seulement d’être libre pour jouir de son pouvoir, mais de se prétendre plus « intelligent » que le Créateur lui-même. On voit des signes de cet orgueil dans la tentation perpétuelle de maîtriser la vie. A une époque où des millions d’enfants sont avortés, on n’hésite pas à en concevoir par tous les moyens possibles. Le clonage reproductif est l’étape recherchée au moment où j’écris ces pages. L’homme rêve d’être bientôt créateur lui-même de la vie. Ce rêve sera plus vite qu’on le croit une réalité.

 

Après avoir manifesté que la Vie éternelle n’est pas donnée à l’égoïs–me, il est aisé de comprendre pourquoi cet humanisme sans Dieu est, au plan théologal, le pire qu’on ait jamais vu. En nourrissant l’égoïsme d’une manière très profonde, en le rendant viable à travers une apparence de bonheur individuel, il façonne efficacement chacun dans la recherche de soi. Étant très séducteur et capable d’anesthésier jusqu’à la conscience de vivre dans l’égoïsme, il est capable plus que tout autre antichristianisme terrestre d’entraîner le refus de l’amour au moment de la mort. Quand un nazi tue puis est tué au nom de sa croyance raciale, il commet un crime contre l’humanité, mais sa propre vie lui paraît souvent moins importante que son idole patriotique[179]. Il y a donc en lui un certain sens du sacrifice individuel. Il en est de même pour un communiste et sa passion haineuse du bonheur social des pauvres. Quand un humaniste moderne, se regarde, il ne voit pas qu’il est égoïste. Il peut se croire longtemps généreux puisqu’il respecte, dans sa recherche de bonheur, la recherche d’autrui. Pourtant, son seul centre d’intérêt est lui-même. Ainsi, cette forme de pensée est capable de disposer plus que tout autre système politique un peuple entier à se plonger en enfer lorsque le vrai Évangile, celui de l’amour jusqu’au mépris de soi, est proposé. Quelle difficulté en effet pour un homme habitué à ne penser qu’à son plaisir, de choisir dans une conversion totale l’amour fidèle jusqu’au mépris de soi-même.[180]

Pourquoi Dieu le permettra-t-il ?

(Chose certaine)

 

« Nous savons que nous sommes de Dieu et que le monde entier gît au pouvoir du Mauvais.[181] »

 

La question qui se pose maintenant est de savoir pourquoi Dieu permettra à cet antichristianisme de s’étendre dans le monde entier à l’approche de la fin du monde. Au long du chapitre précédent, nous avons pu trouver aux malheurs matériels et politiques qu’il a permis jusqu’à aujourd’hui quelques explications dans son projet de salut universel. Mais il s’agit ici de malheurs spirituels qui, en développant de manière grave l’égoïsme et l’orgueil, semblent mettre en danger le salut éternel de toute une génération.

Quel bien peut-il sortir de cela? Un bien immense en vérité puisque le Seigneur va jusqu’à affirmer à propos de ces événements: «Lorsque vous verrez tout cela, soyez dans la joie et redressez la tête car votre Rédemption est proche. » Dieu ne se contente pas de regarder les réalités extérieures et politiques. Il lit au fond des cœurs. Et que discerne-t-il dans les peuples d’Occident qui vivent déjà dans un tel humanisme sans Dieu* ? Un grand égoïsme vécu dans le bien-être matériel, mais aussi beaucoup de souffrances spirituelles. Le livre de la Sagesse les décrit de manière saisissante[182]: « Oui, les jugements de Dieu sont grands et inexplicables, c’est pourquoi il a permis que des âmes sans instruction s’égarent. Ils gisaient enfermés sous leurs toits, bannis de la providence éternelle. Ils furent dispersés, en proie à de terribles frayeurs, épouvantés par des fantômes. Car le réduit qui les abritait ne les préservait pas de la peur; des bruits effrayants retentissaient autour d’eux, et des spectres lugubres, au visage morne, leur apparaissaient. Aucun feu n’avait assez de force pour les éclairer, et l’éclat étincelant des étoiles ne parvenait pas à illuminer cette horrible nuit. » L’humanisme athée n’arrive en effet qu’à anesthésier les plaies vives de l’absence de Dieu. Il ne peut entièrement retirer du cœur des hommes la soif de plus qu’un vague bonheur humain et passager. Pour exprimer cette douleur terrible de ceux qui n’ont plus de foi en l’amour, Jésus s’exprime ainsi:[183] “ Malheur à celles qui seront enceintes ce jour là et à celles qui allaiteront. ” Cette image symbolise tout le malheur de ceux qui, attachés à la terre comme unique possibilité de bonheur, voient à l’heure de leur fin que même ce bonheur est vain.

On pourrait multiplier dans l’Écriture les exemples de descriptions de la douleur spirituelle. Le désespoir est en fait plus terrible que la souffrance matérielle accompagnée d’espérance. L’image du monde actuel et de tout humanisme sans Dieu est à rechercher dans les maisons de retraite. On y vit bien, on y est nourri et lavé et même parfois aimé. Pourtant, l’âme des personnes âgées se meurt de solitude. Dieu connaît cette souffrance. Il discerne les abîmes infinis de pauvreté qui s’y creusent. Il sait qu’en définitive le monde de l’antichristianisme, à cause de ces souffrances, dispose les âmes à la Vie éternelle. Nul ne peut soupçonner l’allégresse des ces pauvres gens. A l’heure de la mort et de l’apparition du Christ, lorsqu’ils découvrent que tout cela n’était que mensonge, la plus grande partie des hommes, se précipitera vers l’amour, incapable de s’obstiner dans l’égoïsme dont ils connaissent les fruits amers. Rappelons que seul le blasphème obstiné contre l’amour, maintenu fermement à l’heure de la mort conduit en enfer.

Mais il ne sera pas le dernier des antichristianismes

(Chose probable)

 

L’humanisme sans Dieu semble être, si l’on suit la lettre des prophéties, une simple étape. Si l’on suit la lettre des Écritures saintes, plusieurs passages montrent qu’il y a une place pour quelque chose de plus profond. Saint Paul parle explicitement[184] d’aspect bien plus terrible: «Avant la fin, il doit se révéler l’Homme impie, l’Etre perdu, l’Adversaire, celui qui s’élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte, allant jusqu’à s’asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, se produisant lui-même comme Dieu ». Nous verrons dans la section suivante de quoi il s’agit.

 

TROISIÈME ÉTAPE. La révélation de l’Adversaire

(Chose certaine pour le fait, probable quant à l’idéologie)[185]

 

« Alors l’Impie se révélera, et le Seigneur le fera disparaître par le souffle de sa bouche, l’anéantira par la manifestation de sa Venue.[186] »

 

On peut citer à titre d’application de ce texte un extrait du secret de La Salette[187]:

 

« En l’année 1864, Lucifer* et un grand nombre de démons seront détachés de l’enfer. Ils aboliront la foi peu à peu et même dans les personnes consacrées à Dieu. Ils les aveugleront de telle manière, qu’à moins d’une grâce particulière ces personnes prendront l’esprit de ces mauvais anges. Plusieurs maisons religieuses perdront entièrement la foi et perdront beaucoup d’âmes. Les mauvais livres abonderont sur la terre et les esprits des ténèbres répandront partout un relâchement universel pour tout ce qui regarde le service de Dieu. Ils auront un très grand pouvoir sur la nature. Il y aura des Églises pour servir ces esprits. Des personnes seront transportées d’un lieu à un autre par ces esprits mauvais, et même des prêtres, parce qu’ils ne se seront pas conduits par le bon esprit de l’Évangile, qui est un esprit d’humilité, de charité et de zèle pour la gloire de Dieu. On ferra ressusciter en apparence des morts et des justes. Il y aura en tous lieux des prodiges extraordinaires, parce que la vraie foi s’est éteinte et que la fausse lumière éclaire le monde. »

 

L’existence de Dieu étant explicitement reconnue, verra-t-on l’humanité entière se révolter consciemment contre lui, contre son désir de l’humilité et de l’amour ? C’est de cela qu’il s’agit ici.

Saint Paul[188] affirme qu’avant le retour du Christ, une dernière étape dans la voie l’apostasie* doit se réaliser. Il est très difficile de la décrire et d’en parler tant elle paraît de nos jours improbable et inimaginable. Nous n’en sommes visiblement pas rendus là. Pourtant, il convient de faire effort. Ce qui est incroyable aujourd’hui peut être normal demain. Aucun homme du XVIIème siècle, aussi lucide soit-il, ne pourrait croire à un livre parlant du XXème siècle et de ses divers Antéchrists aux centaines de millions de morts. L’apparition de la Salette fut d’ailleurs tenue en suspicion par le clergé malgré la reconnaissance officielle de l’Église parce qu’elle décrivait de telles horreurs.

Les paroles de saint Paul ne se réaliseront pas seulement de manière imagée: «Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.[189]» Les divers égoïsmes et les orgueils de tous les temps n’en sont que des préfigurations. Ces prophéties se réaliseront historiquement et à la lettre. Saint Paul précise sa pensée. Pour lui, à la fin du monde, ce qui est caché sous l’iniquité actuellement en chemin se révèlera à tous en plein jour.

Or qui est le maître d’œuvre de tout si ce n’est Satan, l’ange révolté? C’est lui qui organise l’histoire au-delà de son apparente anarchie. L’ordre qu’il y cache s’unifie dans un principe, une haine pour l’humilité et l’amour. Logiquement, on peut affirmer que le péché ultime de la fin du monde consistera en une reconnaissance mondiale de Lucifer* dans sa révolte contre Dieu. Il ne peut y avoir pire péché dans l’humanité puisque, pour la première fois, il est lucide. Lorsque l’heure sera venue, lorsque les religions anciennes auront disparu laissant un vide et une soif spirituels dans le cœur des hommes, un dernier Antéchrist proposera au monde une religion nouvelle parlant de Vie éternelle. Il s’agira de la religion de l’Ange de Lumière, Lucifer.

 

Ce qu’est « le mystère de l’iniquité »

(Chose certaine)

 

Il faut d’abord se souvenir avec précision de l’histoire des anges et de l’origine des démons, ces anges devenus mauvais. Leur révolte constitue ce que saint Paul appelle « le mystère de l’iniquité », à la racine de tout mal. C’est elle, nous le verrons, qui doit se révéler et être proposée de manière explicite à l’humanité vers la fin du monde. Je le raconte ici de manière imagée, en utilisant à la façon humaine l’artifice d’un dialogue entre Dieu et les anges. Il s’agit bien sûr d’une façon simple d’exposer les choses. Que le lecteur ne se trompe pas. Le monde des purs esprits n’utilise pas de mots. Les anges n’ont jamais eu de corps. Ils sont de purs esprits. Il est très difficile de comprendre vraiment ce que peut être, et comment peut vivre une personne qui n’a pas de corps[190].

 

Au premier instant de leur création, création qui précéda celle des hommes, tous les anges étaient bons. Le plus grand d’entre eux, Lucifer par la beauté de son être était le chef-d’œuvre de Dieu. Les autres anges n’en éprouvaient pas de jalousie. Bien au contraire, en contemplant sa perfection, ils se faisaient une idée de l’infinie grandeur du Dieu caché qui venait de les créer. Tous les anges aimaient Dieu, affirme saint Thomas d’Aquin. Ils n’avaient que reconnaissance pour ce qu’ils venaient de recevoir de sa main, l’existence, la vie, la beauté. Ce spectacle de la création leur faisait crier d’une seule voix: “ Gloire à Dieu au plus haut des Cieux ”.

S’ils l’aimaient, ils ne pouvaient par contre le connaître, sinon de loin. Même pour le plus intelligent des anges, Dieu reste le Mystère par excellence. L’intelligence des esprits célestes a beau être de loin supérieure à la nôtre, elle reste limitée. Comment un vase fini (l’ange) pourrait-il contenir l’Infini (Dieu)? Ils se contentaient donc de connaître Dieu à travers les effets de sa puissance. En se regardant eux-mêmes, en regardant les autres anges, ils voyaient comme dans un miroir le reflet lointain du Créateur. Cette vie paisible et contemplative leur plaisait. Le monde aurait pu rester ainsi pour l’éternité.

Pourtant, alors que la création était encore toute nouvelle, Dieu « parla ». Il s’agit d’une pensée, d’une révélation transmise directement dans l’intelligence de chaque ange. Pour mieux manifester la Bonne Nouvelle qu’il annonça aux anges, on peut la décomposer en trois paroles distinctes.

1- Dieu dit: « Je vous ai créés pour que vous me voyiez face à face ». Cette première révélation est bouleversante pour un ange, bien plus que pour un homme car l’ange a la capacité d’en saisir immédiatement toute la portée. Voir Dieu face à face signifie pour eux l’impensable. Il leur était impossible d’espérer par eux-mêmes un tel bonheur. Ils savaient bien plus que nous l’infinie profondeur du mystère divin et la limite de leurs capacités intellectuelles. Voir Dieu face à face, cela signifie comprendre son Mystère avec le regard même dont Dieu se comprend. Or une telle chose est impossible. Pourtant, les multitudes d’anges avaient bien entendu. Ils crurent donc, ils adhérèrent à cette parole de Dieu, malgré son caractère impensable, sachant que rien n’est impossible à Dieu. Lucifer le premier crut. Avec lui, les chérubins, les séraphins et tous les ordres célestes désirèrent voir se réaliser cette promesse. Cette adhésion s’appelle la foi. Mais déjà, en ce premier instant, Dieu savait que Lucifer croyait pour un autre motif que le petit archange Michel.

2- Dieu parla encore: «Je suis doux et humble de cœur. Nul ne peut me voir face à face s’il n’est tout amour et toute humilité. » Les anges savaient, par leur contemplation naturelle, que Dieu ne pouvait les avoir créés que par amour. Mais ils découvrent avec stupeur en cet instant que Dieu est amour. Leur contemplation naturelle les invitait plutôt à admirer en premier lieu l’intelligence du Créateur, sa lumière. Le monde angélique leur paraissait davantage beauté que bonté. Par sa parole, Dieu les invita à bouleverser entièrement leurs conceptions habituelles. Quand Dieu affirme qu’il est amour avant tout, quand le Tout-puissant révèle qu’il se considère comme le serviteur de tous (humilité), il manifeste que la perfection naturelle des Chérubins n’est rien à ses yeux comparée à l’amour. Son ordre de préférence n’est pas celui que donne la noblesse mais celui que donne le cœur. Il leur demande une conversion totale. Devenir amour est la condition nécessaire pour toute entrée dans la vision béatifique.

Là se situe l’épreuve terrible pour les anges: renoncer à eux-mêmes. C’est déjà difficile pour un être humain qui est chaque jour confronté à ses imperfections. Cela l’est beaucoup plus pour un pur esprit, image parfaite de la perfection de Dieu. L’orgueil est un défaut plus proche des anges que des hommes. Cette abnégation, nous l’avons dit, est indispensable car la vie proposée est surnaturelle.

3- Une troisième parole fut prononcée : «Après vous, je vais créer de petits êtres liés à un corps de chair. Homme et femme, je les ferais. Ils auront des enfants. Vous deviendrez pour eux anges gardiens. Conduisez-les à moi.[191] » Cette révélation était extrêmement concrète, si concrète qu’elle avait le pouvoir de discerner qui parmi les anges était humble de qui ne l’était pas. La Bible dit[192]: « Dieu sépara la lumière des ténèbres ». Cette simple phrase nous montre qu’il se produisit une rupture entre la présomption des uns et l’amour des autres. C’est le contenu de cette révélation première qui provoqua ce premier drame de la création, le mystère premier de l’iniquité. En effet, dans l’instant qui suivit, un de ces instants célestes qui mesure la pensée des anges, une voix cria “ je ne servirai pas ”[193]. Le plus beau de tous, Lucifer, avait parlé, devenant pour toujours le Satan. Lucifer est le plus grand des anges, c’est-à-dire le plus puissant au point de vue intel–lectuel, le plus proche de Dieu par sa perfection spirituelle. Lucifer respecte Dieu. Il serait aberrant d’affirmer que les anges veulent du mal à leur Créateur à qui savent tout devoir. Le problème de Lucifer est qu’il voyait en lui le sommet de tout l’univers devant qui tout genou fléchit. Il avait surtout dès cet instant premier le sens de sa dignité à lui, Lucifer, de sa place de chef de tous les anges. L’ordre premier, instauré par Dieu au début de la création et fondé sur la puissance spirituelle, lui donnait la première place, qui lui convenait tout à fait. Lucifer n’était pas contre la création des êtres humains, ces esprits limités et chétifs liés à des corps ma–tériels à condition, toutefois, qu’ils soient dans la hiérarchie des êtres de l’u–nivers, c’est-à-dire au-dessous des anges, juste au-dessus des animaux.

Mais il comprenait qu’il en serait autrement. L’ordre qui plaisait à Dieu n’était pas en fin de compte celui que confèrent les ti–tres de noblesse intellectuelle, mais celui que confère l’humilité, la petitesse et surtout la capacité d’aimer. Or, dans cet ordre là, l’homme et la femme étaient des créatures mieux bâties pour triompher. Un ange qui est une intelligence pure, aime dans la mesure où il a com–pris que quelque chose est digne d’être aimé. Aimer, pour lui, signifie « vouloir s’unir à ce qu’il a compris être un bien ». L’homme, au contraire, avec son intelligence limitée, a la capacité d’aimer sans même comprendre. Il peut aimer son Dieu dans une foi et une confiance aveugle. Dans ce qu’il a de meilleur en lui, l’homme peut aimer un ami jusqu’à donner sa vie pour lui, donc au-delà de ce qui est logique. C’est cette manière d’ai–mer qui plaît au Tout-puissant au point que, plus il trouve en face de lui un être semblable, plus il se donne à lui et l’établit haut dans la hiérarchie des êtres.

Lucifer scrutait, en pensée, la nature humaine. Il y discernait l’homme avec sa psychologie portée à comprendre le monde, à le transformer, et la femme avec sa psychologie davantage portée à comprendre avec son cœur. Plus que l’homme, la femme l’obsédait. Le projet de Dieu lui apparut alors en pleine lumière, avec ses conséquences terribles pour son orgueil. Lui, Lucifer, et tous les esprits célestes avec lui, les Chérubins, les Séraphins et les Trônes, les Dominations, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Archanges et les Anges, étaient appelés par Dieu à s’abaisser à servir ces êtres de boue et d’os, à les protéger et les conduire durant un séjour terrestre, pour qu’ils deviennent, en fin de compte, plus grands qu’eux. Alors, Lucifer fut saisi d’envie. Plus que pour l’homme, il fut pris d’une hostilité pour la femme et il proclama à la face du ciel: “ Je ne servirai pas.” Il devint, en un instant, d’une manière parfaitement lucide, le héraut de la défense des "droits" de Dieu et de la défense de la place hiérarchique des anges. Il proclama sa révolte.

Lucifer étant le plus spirituel des anges, il eut par ses arguments une influence terrible sur le reste du Ciel. La Bible dit que le dragon rouge feu (couleur symbolisant la colère) balaya le tiers des étoiles du ciel[194]. Ce nombre n’est pas à prendre nécessairement au sens propre mais il manifeste tout de même que les démons sont nombreux (le tiers des anges). Son influence vint sans doute de la nobles–se de ses arguments. Il prétendit n’agir ainsi que pour le bien de Dieu. Son argument aurait eu encore plus de poids si, comme le pensent certains théologiens, les anges avaient connu dès le début le projet de l’incarnation du Fils de Dieu en Jésus Christ. Un tel projet ne peut être que scandaleux aux yeux des esprits purs.

Lucifer était-il vraiment le défenseur des droits de Dieu? Son amour pour lui était-il la vraie raison de sa révolte? Beaucoup d’anges ne s’y laissèrent pas prendre (les deux tiers si l’on prend les textes à la lettre). L’Apocalypse parle ainsi: “ Alors une bataille s’engagea dans le ciel: Michel et ses anges combattirent le dragon. Et le dragon riposta, appuyé par ses anges, mais ils eurent le dessous et furent chassés du Ciel[195] Ce combat ne se fit pas avec des épées d’acier mais avec le glaive de la vérité. Un simple archange, c’est-à-dire un esprit des hiérarchies inférieures fut le premier à dénoncer le mensonge de Satan: “ Ce n’est pas pour Dieu que tu luttes mais pour toi. Si tu aimais vraiment Dieu tu obéirais à sa volonté. Ce qui t’importe, c’est de rester le premier. C’est l’orgueil qui t’a aveuglé. Mais qui est comme Dieu[196] Michel, par cette parole de vérité entraîna à sa suite ceux que Lucifer ne put séduire.

La Bible ne cesse de confirmer cet orgueil primitif de Lucifer, qu’il sut si bien camoufler en grandeur de sentiment. Isaïe, parlant de lui, déclare: “ Comment es-tu tombé du ciel, étoile du matin, fils de l’aurore? Comment as-tu été jeté sur la terre, vainqueur des nations? Toi qui avais dit en ton cœur: j’escaladerai les Cieux, au-dessus des étoiles de Dieu j’élèverai mon trône. Je m’égalerai au très haut.”[197] Quant à Jésus, il n’hésite pas à affirmer que Satan fut menteur dès l’origine[198]. Il fut le prince du mensonge. En effet, il n’y a pas de plus grand mensonge que d’appeler bien ce qui est mal.

Que sont devenus les anges depuis l’éclat de leur création et la chute de certains d’entre eux? Ils furent divisés en deux groupes selon le choix qu’ils firent de servir ou de lutter contre le projet de Dieu. Les anges bons furent immédiatement introduits dans la vision de Dieu et, depuis ce jour comme aujourd’hui, ils ne la quittent jamais. Les anges mauvais se séparèrent de Dieu et Jésus affirma que leur rupture ne cesserait jamais. Lucifer et ses anges sont damnés pour l’éternité. Certains chrétiens pensent que l’éternité de l’enfer est contradictoire avec la bonté de Dieu. Ils pensent que Dieu pardonnera un jour son péché à Lucifer et le prendra auprès de lui. Ils parlent ainsi car ils comprennent mal le mystère de leur choix, à savoir d’une manière terrestre et trop humaine. L’homme tant qu’il est sur la terre peut tou–jours revenir sur ses fautes. Dieu le reçoit alors et lui pardonne. L’ange, quant à lui, est trop intelligent pour être soumis à ces revirements. Quand un ange choisit, il sait ce qu’il choisit. En un instant, il pèse le pour et le contre et son intelligence, comme une lame tranchante, ne laisse rien dans le vague. Lucifer et ses anges savaient ce qu’était l’enfer, ce vide de Dieu. L’enfer ne leur a pas paru un mal si terrible face à la perte de cet autre bien qu’ils mirent à la place suprême dans leur cœur: la première place. Dieu aurait beau pardonner infiniment à Lucifer, celui ci répondrait indéfiniment “ j’ai raison.”

Voici le combat qui est caché sous la dénomination « mystère de l’iniquité ». Ses conséquences sur notre humanité sont aisées à déduire.

 

Satan, celui qui rampe sur la terre

 

Que font les démons maintenant? La Bible affirme “ qu’ils furent précipités sur la terre ”[199]. Cette phrase mystérieuse signifie que leur unique obsession, l’objet de toute leur activité, c’est l’humanité. Les démons, logiques avec leur choix originel, désirent détruire l’homme, surtout au plan spirituel. Leur ennemi premier est tout ce qui rappelle, de près ou de loin l’humilité ou l’amour généreux (d’où sa haine particulière pour la nature féminine orientée par la maternité). S’ils pouvaient arriver à faire que l’homme, ce soit disant chef d’œuvre, se joigne lucidement à leur révolte, leur victoire leur semblerait complète[200]. Ils espèrent, de cette manière, démontrer à Dieu son erreur grossière, la stupidité de ses plans. Ils souhaiteraient obtenir le rétablissement de l’ancien ordre qui leur plaisait, l’ordre de la noblesse fondée sur des droits de nature. Ils croient pouvoir arriver à faire fléchir Dieu, à le faire revenir sur son histoire d’humilité et d’amour.

Dieu laissa à Lucifer devenu Satan (celui qui divise et tente l’homme) et à ses démons une certaine latitude pour agir de manière parfois très concrète auprès des hommes. Dans sa limpidité, Dieu savait que les propositions fallacieuses, les tentations, permettraient à ceux qui l’aiment de le choisir plus librement. Les démons et leurs roueries devinrent donc, sans même le soupçonner, les serviteurs du plan de Dieu pour la vie éternelle des hommes.

Dès le commencement, dès la création d’Adam et Ève, ils agirent dans ce but. A cette époque, Satan apparut de manière visible et proposa de manière claire le mystère de l’iniquité : « Choisissez vous-mêmes ce qui est le bien et le mal. Vous ne mourrez pas mais vos yeux s’ouvriront et vous deviendrez comme des dieux. C’est de cela que Dieu a peur ! [201] »

Depuis le péché originel et jusqu’à nos jours, les démons se sont fait en apparence plus discrets. Ils passent leur temps à tenter les hommes, se cachant dans leur psychologie, se fondant avec leur cerveau. Ils le tentent par ses pulsions charnelles (vanités, richesses et plaisirs), car ils comprennent que la voie qui conduit au rejet de l’humilité et de l’amour commence par des péchés moins graves mais plus immédiats pour les humains. Comme ils passent leur temps à s’occuper de péchés charnels, les démons qui sont des créatures spirituelles, sont dits par la Bible rampants sur la terre[202].

Lucifer, celui qui est debout

 

Mais il semble être annoncé que vers la fin du monde, Satan redeviendra devant les hommes ce qu’il est, à savoir Lucifer, un être spirituel que seul intéresse le péché spirituel… Toute cette histoire devient essentielle si on le comprend. Vers la fin du monde, il est annoncé que ce qui était clair aux temps d’Adam et Ève sera de nouveau visible dans l’humanité. Selon saint Paul[203], Lucifer l’Adversaire se révèlera, se produisant lui-même comme Dieu, à travers l’action d’un dernier Antéchrist, pour que l’humanité le suive lucidement. La Genèse rejoindra l’Apocalypse, de manière visible pour tous.

Cela est-il imaginable ? Pour répondre à cette question, il convient de se souvenir qu’un culte explicite de Lucifer existe depuis toujours. De nos jours, il est certes marginal mais il prend deux formes intéressantes à décrire. Les grandes religions n’ont cessé de lutter contre lui sans jamais aboutir tout à fait.

Les satanistes sont, à la différence des Lucifériens, des philosophes et non des croyants. Leur culte est purement symbolique[204]. Ils ne croient pas en l’existence réelle des démons mais admirent la mythologie chrétienne de leur révolte. En fait, tout cela est pour eux un instrument provocateur pour inciter au culte de l’Homme (666*). C’est une philosophie de la chair et de l’esprit humain. L’individualisme et l’intelligence y sont prédominants. Le satanisme a été formalisé et structuré. Le Docteur Anton Szandor Lavey créa aux États Unis The Church of Satan. Il déclara l’année 1966 an 1 de l’ère satanique. En 1969 parut la Bible satanique qui aujourd’hui se vend à des milliers d’exemplaires à travers le monde et ce dans différentes traductions.

 

Les Lucifériens sont au contraire de véritables croyants. Il ne s’agit plus chez eux de simple philosophie mais d’une religion de Satan. Les lucifériens sont très spirituels puisqu’ils prétendent connaître et adhérer explicitement à la révolte de l’Ange déchu. Ils croient en son existence et le vénèrent comme leur Dieu.

•        Selon eux, Dieu existe. Il est le créateur du Ciel et de la terre, des anges et des hommes.

•        Le paradis consiste à voir Dieu face à face et, par là même, à posséder la plénitude de la connaissance et de la puissance divine.

•        Mais Dieu se rendit responsable d’une faute impardonnable. Originellement, il avait créé le monde selon un ordre parfait. L’esprit le plus intelligent régnait sur les autres. Le paradis était dû par nature aux anges en premier, puis aux hommes en fonction de leur intelligence puisqu’ils avaient été créés pour cela.

•        Or Dieu se repentit de son œuvre et décida de mesurer le don de sa gloire et de sa puissance à l’humilité et à la capacité d’aimer. Lucifer fut le premier à protester et à manifester à Dieu, lucidement, à quel point il se fourvoyait. Il le fit pour l’honneur du Créateur Tout-Puissant, ne voulant pas se résoudre à l’auto mutilation de sa toute-Puissance.

•        Les lucifériens vénèrent Lucifer, comme un maître spirituel. Ils font de son combat le leur. Ils espèrent participer à sa puissance en l’aidant dans sa révolte.

•        Les rituels qui accompagnent cette religion sont pacifiques (pas de sorcellerie ni de sacrifices). Ils sont le fait d’hommes libres et fiers, de collaborateurs de l’Ange révolté, conscients de la justesse de leur exigence.

•        Le signe le plus répandu chez les lucifériens est sans contredit le symbole de Baphomet (bouc) et le Pentagramme inversé. Ils renversent les symboles chrétiens car ils croient en la possibilité d’un antichristianisme parfait. Ils se donnent comme métaphysique et comme valeurs morales l’inverse même de ce qu’enseigne cette religion.

 

Au plan moral, leurs convictions sont celles de Lucifer au jardin d’Eden.

•        Être maître de sa connaissance et son choix personnel de ce qui est bien et mal, pour être comme Dieu.

•        Mettre en premier dans sa vie le développement de ses capacités de connaissance et de maîtrise de soi, afin de vaincre les faiblesses imposées à la nature humaine après le péché originel.

•        Accéder à la maîtrise de l’arbre de vie (par la science biologique), pour vaincre le dernier ennemi imposé par Dieu, la nécessité de mourir.

•        Se tenir droit devant les adversités et la mort. Ne jamais baisser sa garde dans une demande de pardon ou de pitié, même face à la séduction du Christ à l’heure de la mort.

•        Uni à Lucifer à l’heure de la mort, exiger de Dieu le don de la Vision béatifique comme un droit et un mérite de nature pour tout esprit.

 

En attendant l’entrée dans la vie éternelle, les lucifériens encouragent leurs adeptes à la recherche du bien-être individuel, intelligemment géré.

•        Profiter de la vie, ne se priver de rien. Faire ce dont on a envie, suivre ses instincts, sans en abuser. Ils n’apprécient pas l’homme esclave de ses pulsions car sa libre révolte s’en trouve diminuée.

•        Vivre dans la liberté. Explorer avec enthousiasme les plaisirs de la vie.

•        Le suicide est désapprouvé car la vie est passagère, donc précieuse.

 

Le luciférisme rappelle les premiers chapitres de l’humanité dans le livre de la Genèse. A la fin du monde, il est probable que le dernier antichristianisme ressemblera à cela, mais de manière universelle et mondiale. Au plan théologique, il s’agira donc du plus grand antichristianisme imaginable. En effet, il ajoutera aux autres une parfaite lucidité de l’enjeu. Il n’y aura plus l’excuse de l’ignorance (athéisme). L’humanité le suivra en sachant que Dieu existe. Les hommes spirituels comprendront alors à quel point les divers antichristianismes précédents n’étaient que des étapes, nécessaires car préparatoires et ordonnées vers cette religion ultime. Il y a en effet une lecture luciférienne du sens de l’histoire qui tend, d’orgueil en orgueil, vers cet orgueil de plus en plus mûr et responsable.

 

Est-il possible qu’un culte de Lucifer devienne religion mondiale ?

(Chose probable)

 

L’humanité dans son ensemble peut-elle aller jusque là? Au plan des prophéties, il semble ne pas y avoir de doute. Nous l’avons vu, l’Écriture parle souvent, de manière explicite, d’une telle unanimité dans le rejet de Dieu. Elle ne parle pas seulement d’un rejet de Dieu compte tenu des effets de son action (ou de son inaction). Elle parle d’un rejet de Dieu en lui-même. Faut-il voir dans un texte comme celui de saint Paul une exagération apocalyptique? Ce serait une exception. La réalité a plutôt tendance à dépasser en gravité les écrits prophétiques.

Au plan d’une connaissance philosophique des sociétés humaines, rien ne s’oppose à une telle extrémité, à condition de préciser ceci. Chaque être humain est capable de liberté. Mais les conditionnements sociologiques limitent cette liberté. Il n’existe pas sur terre d’unanimité totale ni pour le mal ni pour le bien. Il est inimaginable que tous les membres d’une communauté humaine choisissent comme un seul homme telle ou telle philosophie. Le Nazisme, même après sa grandiose réussite contre la France (1940), eut toujours des opposants cachés mais lucides. De même, le fait de lutter contre Dieu de manière libre et consciente, c’est-à-dire en sachant qu’il existe et ce qu’il veut, ne peut manquer de paraître à quelques-uns comme ce que c’est, une folie vertigineuse.

L’humanité dans son ensemble constitue une structure où chaque individu peut être conditionné et entraîné vers des actions qu’il ne ferait pas seul. Dans certaines conditions, comme prise de folie, une communauté peut prendre un tel ascendant sur les individus, qu’elle semble les entraîner inéluctablement dans la direction de l’ensemble. Jean-Paul II appelait ce mécanisme « une structure du péché ». Il employait cette expression dans l’analyse sociologique du nazisme en Allemagne. Chaque allemand, pris individuellement se serait sans doute révolté à l’idée de l’extermination par la guerre de millions d’hommes innocents. Pourtant, le peuple tout entier (apparemment en tout cas), parut entraîné dans un enthousiasme communicatif (désir de revanche nationale, misère matérielle et morale, charisme de son guide, applaudit l’idée d’une guerre.

Il semble que ce même mécanisme permette d’expliquer certains comportements ultimes et limites de l’humanité tels qu’ils sont annoncés pour la fin du monde. Ces événements sont terribles au plan spirituel. Le culte explicite de Lucifer dans sa révolte première peut ressembler fortement au blasphème contre l’Esprit Saint tel que nous l’avons défini[205].

Pourtant, il ne faut pas confondre. Une apparence de blasphème contre l’Esprit n’est pas nécessairement sa réalité. Il peut arriver qu’un groupe d’homme se mette à rejeter Dieu tout en sachant qu’il existe, mais sans savoir, à cause de l’entraînement d’une folie collective, ce qu’il fait vraiment. “ Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font[206] ”, disait Jésus à propos de ce peuple qui avait vu ses miracles, l’acclamait… avant de rire devant sa mort.

L’observation des comportements humains dans les sociétés occidentales donne une certaine idée de ce que sera l’orgueil collectif de la fin. Je voudrais donner quelques exemples capables d’illustrer la possibilité d’une révolte contre le bien et le vrai, même explicitement connus. Une humanité peut être tellement attachée à sa liberté qu’elle rejette l’idée même de Dieu, pour ne pas subir ses règles morales.

A Fatima[207]* en 1917, la Vierge apparut. Quelques enfants prétendirent la voir. Elle leur parla ainsi: «Mon fils va donner à l’humanité un signe grandiose qui sera visible pour tous.[208] » Pour celui qui sait interpréter ce genre de textes apocalyptiques, le sens premier est facile à découvrir. Le ciel symbolise l’intelligence et le cœur humain. Ce qui est annoncé n’est autre qu’une série de signes donnés à l’intelligence, des signes évidents, des preuves[209] de l’existence de Dieu et de sa révélation.

Or, durant l’été 1917, ce signe se produisit matériellement. A grand renfort de publicité journalistique, une nouvelle parvint au monde entier depuis le Portugal. Devant cent mille personnes dont beaucoup, dignitaires notoires de la Franc-maçonnerie*, étaient venues pour se moquer, le soleil s’était mis à danser. Le miracle avait duré plus d’un quart d’heure. On comprend l’importance de cette annonce. Une hallucination collective peut frapper un peuple de croyants fanatisés. Mais les observateurs rationalistes et avertis y échappent toujours. Un tel signe prouvait alors en un certain sens l’existence d’une présence mystique à Fatima.

Mais, dans cette histoire et pour ce qui concerne notre sujet, l’essentiel n’est pas là. En effet, on aurait pu espérer, de la part d’une humanité en quête du sens de la vie, un début de questionnement intéressé. “ Cela est-il vrai? Y a-t-il eu contre enquête de la part d’équipes scientifiques différentes? ” Au lieu de cela, la réaction de ceux qui font l’opinion du monde fut un black out total. Aucune revue scientifique ne prit la peine de publier une étude critique du phénomène ou sa contre vérification. Tout cela passa par pertes et profits. Une sorte de consensus sembla régner dans les organes officiels de recherche: «Cela ne mérite même pas vérification. Cela n’a pas eu lieu parce que cela n’est pas possible».

Pas possible? Parce que Dieu n’existe évidemment pas? Jésus disait: «Même si un mort ressuscitait, ils ne croiraient pas[210] ». Ils ne croient pas parce qu’il leur est pénible de croire et d’en tirer les conséquences. Mieux vaut ne pas se poser de questions plutôt que de perdre la liberté de faire sa volonté. En l’occurrence, la volonté du monde occidental de l’époque était de gagner une guerre dérisoire, quitte à massacrer toute une génération.

Un autre exemple de black out volontaire de ceux qui font l’opinion mérite d’être cité. Il concerne la question de l’origine du monde et les apports de la science à cette question philosophique. Le pape Paul VI était un excellent philosophe. Il s’intéressait beaucoup aux progrès des sciences de la vie. Il était admiratif devant la structure intelligente et extrêmement complexe du monde minéral et vivant. Il se rendait compte que chaque découverte nouvelle manifestait avec davantage de force l’action organisatrice d’une Intelligence supérieure. En 1968, il prononça le discours suivant[211] : « La science ramènera l’homme à Dieu. Un célèbre savant a dit: plus j’étudie la matière, plus je découvre l’esprit. Celui qui scrute la matière voit qu’il existe des lois. Ce monde qui semblait opaque et inerte est une merveille et le pape pense que ce sera précisément la science qui ramènera à Dieu les masses, les hommes modernes, la jeunesse, elle qui semblait les en éloigner. Lorsqu’il sera devenu sage et vraiment intelligent, le monde dira « je dois tirer la leçon de ce que je vois. Ce n’est pas moi qui ai créé tout cela. Le monde a été créé par quelqu’un qui a répandu sa sagesse sur toute chose». C’est donc la science elle-même qui oblige à être religieux et celui qui est intelligent doit se mettre à genoux et dire: Dieu est là». Le scientifique Einstein avait déjà fait ce cheminement[212] : «Je désire savoir comment Dieu a créé le monde. Je m’intéresse à la pensée de Dieu, le reste, tel ou tel phénomène, est détail. »

Lorsqu’on fait beaucoup de science, on se rend compte que l’hypothèse philosophique de l’existence d’un Créateur est loin d’être inintelligente. Plus que cela, la probabilité pour qu’un simple vivant unicellulaire apparaisse par hasard est calculable[213]. Elle ne laisse aucun doute. Que le hasard seul soit à l’origine de la vie est une théorie aussi aberrante que l’apparition, par un phénomène d’entassement dû au hasard d’atomes et de molécules, d’un super-ordinateur moderne. Une Intelligence est nécessairement intervenue. Il est certain, pour toute personne qui réfléchi à ce qu’est l’A.D.N., que la génétique va permettre dans les années à venir de résoudre le problème de l’évolution. C’est la lecture et la comparaison de l’A.D.N. des espèces proches qui dévoilera que, loin d’être due au hasard, il y a là-dessous l’ingénierie d’une formidable intelligence. En France, une telle hypothèse philosophique ne mérite même pas d’être seulement évoquée. Elle est politiquement exclue car incorrecte. Nous avons là l’image, à l’échelle d’un pays, du mécanisme sociologique qui sera peut-être pratiqué de manière universelle vers la fin du monde. En tout état de cause, la France montre que la voie d’un aveuglement volontaire entretenu par ses élites est un phénomène sociologique possible.

L’humanité est donc capable de tout parce qu’elle est un troupeau qui suit majoritairement le berger qui domine son époque. Il suffit que les conditions sociologiques soit favorables et la pire aberration peu être majoritairement crûe avec enthousiasme. Il n’est donc absolument pas exclu que, lorsque le christianisme et les religions auront été suffisamment affaiblis, un prédicateur s’adresse au monde et lui révèle l’existence d’une révolte initiale, celle de Lucifer* et de ses anges. Au moment où j’écris, une paix mondiale explicitement luciférienne n’est pas prête de s’imposer au monde. Les grandes religions sont encore trop présentes. En sera-t-il de même dans cent ou deux cents ans?


CHAPITRE 5 : LES SIGNES ANNONCANT LE SIXIÈME JOUR

 

Jésus disait à la foule: “Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous dites aussitôt qu’il va pleuvoir, et c’est ce qui arrive. Et quand vous voyez souffler le vent du sud, vous dites qu’il fera très chaud, et cela arrive. Esprits faux! l’aspect de la terre et du ciel, vous savez le juger, mais le temps où nous sommes, pourquoi ne savez-vous pas le juger?[214]”

 

Avant de rapporter qui sera le dernier Antéchrist* et quelle sera son oeuvre, il convient de regarder les signes qui précéderont sa venue. Il sera l’épreuve ultime de l’Église. Il sera aussi l’épreuve ultime de toutes les religions: « il s’élèvera au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu »[215]. Dieu n’abandonnera pas par surprise l’humanité à une telle lutte. Des avertissements puissants seront donnés au monde entier pour qu’il se prépare à ne pas succomber aux tentations.

Quand viendra l’Antéchrist de la fin du monde? En premier lieu, on doit affirmer que l’Antéchrist ne viendra pas avant que le monde ne soit parfaitement disposé à le recevoir. Il est évident que, s’il était né au XIIème siècle, il n’aurait pu avoir que peu d’influence sur une société imprégnée de religion. C’est donc qu’une longue préparation sera opérée par le maître de ces oeuvres, Satan lui-même. Ainsi, pour que puisse apparaître avec succès une civilisation mondiale explicitement ennemie de Dieu, il faudra d’abord qu’ait existé une humanité sans Dieu. C’est ce qu’on appelle l’apostasie*. Cela ne se fera ni plus vite ni plus lentement que ne le permettent les lois sociologiques qui gouvernent l’évolution des mentalités. Lucifer sait patienter, telle l’ivraie qui pousse à son rythme dans les champs. En ce début du troisième millénaire, quoiqu’en disent les prophètes alarmistes, le monde n’est pas encore prêt. Certes l’Occident a rejeté en grande partie le christianisme pour vivre d’humanisme mais l’Occident n’est pas le monde. De grandes nations africaines restent profondément chrétiennes ou musulmanes. L’Amérique du Sud aime le Christ. L’Inde est presque restée imperméable aux athéismes et demeure profondément religieuse. Tous ces pays et bien d’autres sont puissamment spirituels, selon leurs formes diverses de croyance et ne sont pas prêts à se soumettre au diktat mondial d’une philosophie humaniste sans Dieu. Un long travail de sape reste à accomplir. C’est d’ailleurs ce travail d’apostasie qui sera l’un des signes les plus sûrs de la proximité de la venue du règne de l’Antéchrist.

Nous avons raconté au chapitre précédant comment le christianisme avait été attaqué à la fois de l’intérieur et de l’extérieur depuis plusieurs siècles. Ce fut même la première religion à subir ces assauts car seule sa spiritualité et sa maturité extrêmes pouvaient produire par réaction des philosophies sans Dieu. L’islam*, quant à lui, sera attaqué d’une autre manière qu’il nous faut essayer de découvrir. La crise de cette religion semble en effet être l’instrument qui conduira au rejet des religions dans leur ensemble.

 

Les signes des temps dans l’islam [216]

(Selon la tradition musulmane… Au lecteur d’en juger)

 

J’ai montré au chapitre 3 l’origine mystérieuse de l’islam. Cette religion, non voulue explicitement par Dieu mais plutôt par la volonté des hommes, fut bénie* après sa naissance au point de devenir la deuxième en nombre. Ainsi se réalisait la promesse faite à Abraham que son fils Ismaël donnerait un peuple nombreux[217]. L’islam est une religion dont les deux valeurs morales fondamentales, prêchées à Médine, sont l’humilité et la miséricorde. Mais l’islam eut des défauts de jeunesse d’ailleurs prophétisés par Dieu, à savoir une farouche autonomie (il sera un onagre d’homme!), une grande agressivité guerrière (il aura un arc[218]), son sans-gêne (il s’établira à la face de tous ses frères, c’est-à-dire à la place même des autres religions), sa capacité à exaspérer tous les hommes (sa main sera contre tous, la main de tous contre lui). Celui qui fréquente l’islam de l’extérieur se rend compte très vite de la réalité de ces défauts. Or ces défauts humains sont quasi inséparables de l’islam en tant que religion. Mahomet a fondé l’islam de telle manière qu’il est non seulement une manière d’adorer avec humilité le Dieu d’Abraham, mais aussi un système politique guerrier[219]. C’est une réalité qui ne manquera pas d’être utilisée à l’approche de la fin du monde par le démon tentateur. En effet, Satan tente les communautés humaines par là où il le peut. Il ne fait souvent qu’exagérer une qualité, la transformant en défaut. Ainsi, tenté par Satan, le christianisme de la liberté des enfants de Dieu devient, on l’a vu plusieurs fois au cours de l’histoire, le culte du libertinage individuel. De même, s’il faut corrompre l’islam et sa guerre aux règles chevaleresques, ce ne pourra être qu’en le transformant en un hideux massacreur de veuves et d’orphelins.

Comment un musulman spirituel voit la fin du monde

 

Comment se produira la lutte de l’Antichristianisme contre l’islam? Avant de se pencher au plan sociologique sur ce sujet pour discerner ce qui se réalisera probablement dans l’avenir, il est intéressant de lire ce que croient les musulmans eux-mêmes. Rappelons que très souvent, l’histoire a montré que les religions ou les peuples recevaient de la part de Dieu la révélation prophétique véridique de leur avenir[220].

Explicitement, dans le Coran, le Prophète Mahomet annonce, de manière semblable aux chrétiens, la venue de l’Antéchrist et sa lutte contre les musulmans. Les signes de l’Heure dans la théologie musulmane sont les suivants[221]: «Nous croyons aux signes de l’Heure (qui sont): la sortie de l’Antéchrist, la descente de Jésus fils de Marie du ciel, nous croyons au lever du soleil du côté de l’occident (lieu habituel de son coucher), à la sortie de la bête du lieu (de son refuge) ».

Parmi les signes majeurs de l’Heure, on peut retenir[222].

- Le lever du soleil du côté de l’occident (lorsque la puissance et le pouvoir appartiendront à l’Occident)

- La fumée (lorsque la confusion se fera dans les esprits musulmans entre le vrai et le faux)

- Le Mahdi* (venue d’un grand prophète islamique) ;

- L’apparition de la bête (qui sera un piège pour les croyants, séduisant les mauvais musulmans en prêchant le faux) ;

- L’Antéchrist (celui qui s’exaltera contre la religion. Le prophète pleurait quand il évoquait sa venue) ;

- La grande guerre contre l’islam (Gog et Magog) ;

- L’apostasie des foules musulmanes ;

- Le retour de Jésus fils de Marie*, et la restauration de l’islam pour l’éternité.

Une dernière prophétie de Mahomet est importante à citer. Elle semble donner la clef des autres: “ L’islam a commencé étranger. Il finira étranger.” Le sens en paraît évident. Il s’agit de l’annonce explicite d’une diminution de puissance, d’un cheminement de la religion islamique vers la pauvreté, la petitesse et la faiblesse. Cette prophétie ressemble fort à celle qui s’applique au christianisme[223]. Comment est-il possible que l’islam, si puissant aujourd’hui, connaisse une telle diminution?

En islam, il n’existe pas de magistère papal, apte à donner, comme dans le catholicisme, l’interprétation authentique des textes de l’Écriture Sainte. C’est pourquoi, un peu à la manière des protestants, chaque musulman est invité à interpréter les textes. Lorsqu’il s’agit de textes apocalyptiques, on trouve donc à peu près la même diversité de conception, depuis la plus féroce à la plus mystique. Pourtant, parmi toutes les interprétions, deux principales s’opposent de nos jours, celle des guerriers fanatiques et celle (trop rares) des musulmans spirituels pour qui la miséricorde et l’humilité plaisent à Dieu. Cette interprétation des spirituels semble la plus authentique. Il convient d’en rapporter le scénario.

« Tout commencera par la venue du Mahdi. Dieu enverra un grand imam dont la mission consistera à préparer le peuple musulman à l’épreuve. Au sens étymologique, le Mahdi signifie « celui qui est bien guidé ». Le mot dérive d’un verbe "Hada" qui signifie guider. Le prophète Mahomet s’est servi de ce mot dans son sens littéral quand il dit: "je vous recommande ma tradition et la tradition de mes califes orthodoxes et bien guidés après moi." En pratique, dans le vocabulaire religieux, le Mahdi désigne «un homme de la famille du Prophète[224] qui viendra à la fin des temps, remplira la terre de justice et d’équité après qu’elle eût été remplie d’injustice et d’iniquité. Mais la prédication du Mahdi sera accompagnée de celle d’une bête qui sera un piège. Elle sera suscitée par Dieu pour éprouver la foi de ceux qui sont réellement fidèles, afin de les distinguer de ceux qui n’aiment Dieu que pour un motif de gloire politique terrestre. En effet, celui qui suivra la bête séduisante, loin de suivre la voie de Dieu, s’en éloignera. »

Aussi les musulmans spirituels pensent-ils de plus en plus que la Bête est déjà venue. Elle est pour eux Ibn Abdul Wahhab (1703-1792), le fondateur du totalitarisme islamique. Il est né à Uyaynah, dans la région de l’Arabie appelée Nejd, où est actuellement située la ville de Ryad, dont le prophète lui-même avait prédit que de ce lieu pourrait naître désordre et corruption[225]. Depuis les commencements de l’enseignement de Wahhab, vers la fin du XVIIIème siècle, son culte est associé aux massacres de tous ceux qui s’opposaient à lui. L’ayatollah Khomeney est probablement son alter ego puisqu’il réalisa pour la première fois de manière puissante et politique, dans le sang de ses ennemis, ce que rêvait Wahhab.

 

« Vers cette même époque paraîtra l’Antéchrist (en arabe, le Djalal). Par ses mensonges, c’est lui qui rendra conscient le monde non musulman du danger mortel que représente tout l’islam pour le monde entier. Il sera juif. Il aura la caractéristique physique d’être borgne. Il attirera beaucoup de musulmans à lui car il donnera à boire et à manger. Les musulmans seront tentés de le suivre et de renoncer à leur foi. Ses critiques contre l’islam seront écoutées dans le monde. Il ne fera pas dans la nuance. Il ne distinguera pas le bon musulman du mauvais. La raison de cette confusion sera l’action violente, les assassinats perpétrés par des membres pervertis parmi les musulmans. Le Prophète Mahomet dit que ces pervers seront de nationalité arabe. Quatre femmes qui fréquentaient le Mahomet rapportent qu’il a dit: "Malheur aux Arabes[226]!" Les compagnons questionnèrent alors: "Dieu nous détruira-t-il, alors que parmi nous il y aura des bienfaisants?" - Oui, c’est parce qu’en vous se multiplieront les péchés (fornication, violence et autres)"»

L’éminent Cheikh Al Qardaoui pense que nous sommes en période de Djalal, car l’être humain ne regarde plus que d’un œil. C’est la vision matérialiste du monde qui, effectivement, séduit et conduit au rejet de la religion une part de la jeunesse musulmane. L’Antéchrist serait déjà né. D’autre part, le monde actuel a tendance à distinguer de moins en moins les musulmans fidèles de leur caricature fanatique. La confusion est en marche et la méfiance monte. A l’approche de l’an 2000 de l’ère chrétienne, banale année 1421 de l’ère musulmane, une inquiétude sourde envahit la communauté musulmane. En effet, les prophéties se mettent en place, une à une. La situation de la jeunesse est inquiétante. Partout dans le monde, l’Arabie Saoudite paye la construction de mosquées et installe des imams qui prêchent l’islam violent et fanatique du Wahhabisme. L’écrivain Bengalais Zeeshan Ali a décrit la situation de manière touchante: «Les Musulmans du Bangladesh vivant aux U.S.A., sont de bons musulmans. Mais, du fait d’un manque d’instruction, ils ne se rendent pas compte lorsque leurs croyances sont détournées par les imams Wahhabites*. Or, aux U.S.A., 80% des mosquées sont financées et animées par l’Arabie Saoudite[227]. Ces mosquées sont sous le contrôle des imams Wahhabites, qui prêchent l’extrémisme aux jeunes. Ils les poussent à accuser leurs propres pères d’hérésie, de péchés et d’incroyance. » "Malheur aux Arabes ! [228]"

« Après un temps où la violence se radicalisera de part et d’autre commencera la grande guerre contre l’islam, la bataille finale que le Prophète appelle ‘Gog et Magog*’. Le monde entier, accompagné des démons, se liguera contre le peuple musulman, mené par l’Antéchrist. Le passage coranique parlant de la guerre se réfère à un épisode biblique, lié à une prophétie d’Ézéchiel[229]. L’Apocalypse 20, 7-9 en fait le symbole de la guerre finale: " Les mille ans écoulés, Satan, relâché de sa prison, s’en ira séduire les nations des quatre coins de la terre, Gog et Magog, et les rassembler pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer; ils monteront sur toute l’étendue du pays, puis ils investiront le camp des saints, la Cité bien-aimée. Mais un feu descendra du ciel et les dévorera. " Le premier signe de sa venue sera le suivant. Il réussira à susciter une réunion des armées du monde entier sur le territoire même de la terre sainte, l’Arabie. »

On comprend le tremblement apocalyptique qui saisit en 1991 (guerre du Golfe), les musulmans du monde entier, quelle que soit leur confession, lorsque ce signe se réalisa à l’appel même d’un Arabe, le roi d’Arabie Saoudite. Selon certains théologiens musulmans, dont Acha’Raoui, cette guerre sera menée par l’Occident matérialiste et dominateur. Sa puissance sera inouïe.

« La guerre se terminera mal pour l’islam, au moins dans sa dimension politique. Le Prophète Mahomet annonce explicitement qu’un feu naîtra à Aden (au Yémen), qui chassera les habitants. Les royaumes musulmans seront détruits. Pire, la destruction ira jusqu’à l’inouï. Tous les lieux saints de l’islam seront anéantis : la Kaaba de La Mecque*, la ville sainte de Médine seront détruites. La ville de Jérusalem*, troisième lieu saint, sera perdue. Devant une telle ruine politique, un tremblement saisira la communauté musulmane dans son ensemble. Les foules traumatisées par ce qui leur paraîtra être un abandon de Dieu, renonceront en masse à la religion. Le Prophète annonce pour la fin du monde ce grand mouvement d’apostasie. Le vice se répandra partout. »

Cette destruction de l’islam politique, cet appauvrissement de l’islam religieux provoquera la réalisation de la prophétie de Mahomet citée plus haut : “ L’islam a commencé étranger. Il finira étranger.” Un Hadith (une confidence reçue de Mahomet lui-même) de Muslim rapporte que malgré ces épreuves, il subsistera toujours, jusqu’à la fin du monde un petit reste de croyants. Ils seront de fidèles musulmans comme au temps béni* de Médine. « Il y aura toujours une partie de ma communauté qui combattra ouvertement dans la voie de la vérité jusqu’à la fin des temps. »

« Ainsi taillée par Dieu, la communauté musulmane, loin de disparaître, connaîtra un renouveau intérieur unique. Elle sera faible en nombre mais les quelques musulmans qui resteront seront fidèles, humbles et priants. Selon le Prophète, les musulmans fidèles mangeront (seront nourri) par le dikrh, le Rappel d’Allah, la prière récitée cinq fois par jour. « Soubhannallah! Hamdoulillah! Allahouakbar! » Aux yeux de Dieu, ce sera la victoire réelle de l’islam car l’age d’or du commencement réapparaîtra. Rendus politiquement minoritaires, les musulmans seront semblables à ceux de Médine. A cette époque, la seule épée était la foi en Dieu. »

Alors viendra la fin du monde. Issa (Jésus) le fils Maryama (Marie) descendra du Ciel. D’après Abou-Horaïra, le Prophète a dit: "L’heure dernière ne viendra pas tant que le fils de Marie* ne sera pas descendu parmi vous en qualité d’arbitre équitable. Il brisera la croix, il mettra à mort le porc, il supprimera le tribut. Alors l’argent sera si abondant que personne ne voudra plus l’accepter». Hadith*.

 

Ainsi est annoncé explicitement le retour de Issa-Jésus, fils de Marie. Face à sa venue, tous les êtres humains seront croyants et une prosternation vaudra mieux que le monde et ce qu’il contient. Issa (Jésus), apparaîtra au minaret blanc de la Mosquée de Omeyyades à Damas, et tuera Djalal*, l’Antéchrist, près de Ramallah, aujourd’hui, en Palestine. Les négateurs qui sentiront l’odeur de Jésus mourront. « Le Commandeur des croyants lui dira: vient diriger notre prière et Issa répondra: non continue à diriger la prière car vous êtes de la communauté de Mahomet chacun peut présider la prière de l’autre. »

Le passé fait deviner le futur

 

Ces évènements peuvent-ils vraiment se produire ? Qu’on me permette de donner ici mon avis personnel, à travers l’observation sociologique de l’islam actuel et l’observation du passé. Les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets, il est en effet possible de se servir de l’histoire des Juifs contre les Romains pour deviner l’avenir.

Sur le mémorial des martyrs de la résistance contre le nazisme, à Lyon, une épitaphe proclame: « L’homme qui ne se souvient pas de l’histoire se condamne à la revivre. » Si les hommes pouvaient se souvenir de toute l’histoire, cette phrase prendrait sens[230]. En effet, une guerre s’est jadis produite dont on ne peut manquer de remarquer qu’elle ressemble fort à ce qui est en train de se préparer pour l’islam. Il s’agit de la guerre religieuse des Juifs contre les Romains au premier siècle de notre ère. Flavius Josèphe était général de l’armée juive. Après sa capture par les Romains, il mit par écrit ses souvenirs, avec la précision d’un témoin de l’intérieur. Son livre s’intitule La guerre des Juifs. Le premier intérêt de son ouvrage est qu’en le lisant, hormis les armes utilisées, on se croirait dans l’actualité. Rien ne semble avoir changé. Les mentalités sont les mêmes. Les années qui précédèrent la guerre des Juifs contre les Romains, ressemblent aux nôtres depuis 1979. Un phénomène semblable se produit dans l’islam. Une secte musulmane, appelée Wahhabite* et dont le siège est l’Arabie Saoudite reproduit l’erreur des Juifs en l’appliquant aux prophéties reçues de Mahomet.

Les révoltes juives contre Rome furent sporadiques dès la fin du premier siècle avant Jésus-Christ. La guerre elle-même ne commença qu’en 66 après Jésus Christ et aboutit en l’an 70 à la ruine totale de toute vie nationale et politique juive. Cette guerre couva donc un siècle avant d’éclater. Le général romain Titus prit Jérusalem* et fit raser ce qui restait du Temple. Un tiers, exactement un tiers des Juifs présents dans le monde à cette époque périt durant le conflit (un million cent mille victimes). Ce fut la plus terrible bataille de l’Antiquité et elle réalisa pour la seconde fois après la guerre Babylonienne de Nabuchodonosor (début du VIème siècle av. J.C.) une prophétie de Moïse [231]: « Lorsque tu n’auras pas servi Yahvé ton Dieu dans la joie et le bonheur que donne l’abondance de toutes choses, Yahvé suscitera contre toi une nation lointaine, comme l’aigle qui prend son essor. Ce sera une nation au visage dur. Elle t’assiégera dans toutes tes villes, jusqu’à ce que soient tombées tes murailles les mieux fortifiées. Tu mangeras la chair de tes fils et de tes filles dans cette détresse où ton ennemi te réduira. Vous ne resterez que peu d’hommes, vous qui étiez aussi nombreux que les étoiles du ciel. Parce que tu n’auras pas obéi à la voix de Yahvé ton Dieu, Yahvé te dispersera parmi tous les peuples, d’un bout du monde à l’autre; Parmi ces nations, il n’y aura pas de repos pour la plante de tes pieds, mais là Yahvé te donnera un cœur tremblant, des yeux éteints, un souffle court. »

La cause de cette guerre fut, selon Flavius Josèphe, une prophétie mal comprise. Les Juifs avaient en effet reçu dans la Bible des textes concernant la venue du Messie et la fin du monde. Mais ils pouvaient signifier deux choses. Certains juifs appelés zélotes, minoritaires en nombre mais très actifs, croyaient fermement que le Messie serait un militaire puissant qui imposerait sa loi au monde entier: « En ce jour-là, Israël* triomphera. Les rois des nations serviront Israël! Ils lui apporteront leurs richesses. La nation qui ne te servira pas périra. Les richesses du Liban viendront chez toi. Ils s’approcheront de toi, humblement, les fils de tes oppresseurs, ils se prosterneront à tes pieds, tous ceux qui te méprisaient. [232] »

D’autres juifs, les anawims, pensaient que le Messie serait un homme humble et pauvre qui prendrait sur lui les péchés du monde entier pour ouvrir aux hommes le paradis de Dieu: «Sur lui reposera l’Esprit de Yahvé. Son inspiration est dans la crainte de Yahvé. Il jugera mais non sur l’apparence. Il n’élèvera pas la voie. Il sera humble, monté sur un ânon, le petit d’une ânesse. Il jugera les faibles avec justice, il rendra une sentence équitable pour les humbles du pays. [233]»

Or, l’histoire l’a montré par la suite, ce sont les Juifs spirituels qui avaient raison. Pourtant, Dieu laissa agir les zélotes. Leur révolte contre les Romains couva pendant près d’un siècle. Au début, dans les vingt années qui précédèrent l’ère chrétienne, ils étaient peu nombreux. Ils passaient de maison en maison, les yeux exorbités, répandant leur message de folie : « Il faut commencer la guerre contre les envahisseurs romains, par tous les moyens. Dieu sera avec nous. C’est écrit dans les prophéties. Ils ne peuvent gagner. Au moment voulu, si nous croyons en lui, il nous les livrera. Il combattra pour nous. Notre peuple est appelé à régner sur le monde entier ! » Le peuple dans sa majorité se méfiait de ces fous. Mais il ne fut pas assez spirituel pour lutter fermement contre eux. Leurs paroles trouvaient un écho dans leur orgueil national humilié par l’occupation. Les zélotes voulaient à tout prix une guerre. Pour l’obtenir, étant faibles, ils commencèrent par la pratique de l’assassinat terroriste. Les sicaires se mêlaient à la foule pour poignarder dans le dos des sentinelles romaines, pour tuer les Juifs collaborateurs. L’un d’eux a laissé son nom. Il s’appelait Barrabas.

En 66 après Jésus-Christ, une dernière provocation réussit. Les zélotes du Temple de Jérusalem* refusèrent d’offrir de l’encens pour l’empereur de Rome. Cette provocation ne fut pas tolérée par Néron qui envoya son meilleur général, Vespasien, à la tête des légions. La foi des zélotes était totale et rien ne réussit à l’ébranler. Attendant chaque jour le miracle de Dieu, ils réussirent à enfermer une foule immense dans Jérusalem* afin qu’elle participe au combat final. Ils montrèrent alors leur perversité en transformant le Temple saint en coupe-gorge, y assassinant sans vergogne ceux parmi le peuple qui leur paraissait manquer de ferveur fanatique. Lorsque le peuple fut exterminé, le Temple rasé, leur foi ne faiblit pas. Là où ils purent se réfugier, ils continuèrent d’organiser des embuscades, jusqu’au suicide. Plus la situation était désespérée, plus leur certitude de la proximité de l’intervention divine augmentait. En fin de compte, tout ceci aboutit à la ruine totale pour 1900 ans de tout judaïsme politique. L’Empire romain interdit cette religion rebelle et dispersa le peuple hors de Palestine. Les Juifs devinrent errants à travers le monde, persécutés et faibles. Leur État ne fut recréé qu’en 1948.

Flavius Josèphe donne une explication théologique de cette folie des fanatiques. Ils furent aveuglés par un esprit venant de Dieu, dit-il. Ils crurent en une série de prophéties messianiques que Dieu rendit volontairement ambiguës[234]. Dieu voulut en un certain sens cet aveuglement, afin de les sauver dans la vie éternelle. Pourtant, raconte Josèphe, il les avertit par des signes nombreux[235]. Son moyen est toujours le même, comme pour toutes les puissances terrestres. Il livre l’homme à son orgueil. L’aveuglement produit l’échec ; L’échec conduit à l’humiliation puis à la réflexion ; Enfin naît un commencement d’humilité. La sagesse de Dieu sur tout ce qui vit en ce monde est résumée par la Vierge Marie* : « Dieu renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles».

Analogie avec l’islam actuel

 

Celui qui connaît l’islam de l’intérieur est frappé de voir à quel point un scénario semblable se profile. A l’heure où j’écris ces lignes, les acteurs semblent être en place. Cette fois, ce n’est pas un peuple de trois millions d’âmes qui est en jeu mais le sort d’un milliard de musulmans face au reste du monde. Les musulmans spirituels sont tout aussi rares qu’au temps de Jésus étaient rares les pauvres de Yahvé (les Anawims). Les zélotes juifs trouvent leur équivalent actuel chez les Wahhabites* arabes, les gardiens de la Révolution iranienne, les Talibans afghans, les G.I.A. algériens etc. Ces gens sont minoritaires mais violents et actifs. Ils blasphèment sans cesse l’islam par leurs crimes horribles mais sont persuadés que tuer certaines femmes et certains enfants, même musulmans, sert la cause d’Allah. La grande majorité des musulmans est, comme à l’époque de la guerre des Juifs, dans l’expectative, balançant entre une haine revancharde envers l’Occident impérialiste et la crainte de l’évidente folie fanatique des islamistes. Ils ne sont donc pas réellement aptes à saisir le danger mortel que représente pour eux la minorité fanatique.

Enfin, il semble que tout cela vienne de Dieu car les prophéties reçues à travers Mahomet sur la fin du monde ressemblent à celles des Juifs au temps de Néron. Elles sont tout autant ambiguës. On peut les interpréter de deux façons opposées et nul pape musulman ne viendra dire quelle est la vraie.

Pour les rares musulmans spirituels, l’islam va bientôt régner sur le monde car, par l’action purificatrice de Dieu, il va être rendu humble, pauvre et fervent. Au nom d’Allah le miséricordieux, Dieu se plaît à ce qui est humble et miséricordieux. Au contraire, pour les musulmans islamistes, voici venir la grande guerre de l’islam. Elle aboutira à la soumission de la terre entière au pouvoir politique de l’islam (de leur islam sinistre). Voici le scénario de la fin du monde tel que l’ont reconstruit les islamistes fanatiques, en prenant ici et là ce qui les arrangeait dans les prophéties de Mahomet. « Tout commencera effectivement par la venue du Mahdi*. Vers la fin des temps, Allah suscitera la venue d’un grand imam, couramment appelé ‘Mahdi’ par le Prophète Mahomet. Par sa prédication, il renouvellera de l’intérieur le zèle des musulmans. Ils retourneront à la Mosquée et reprendront leur zèle pour la guerre sainte. »

Selon eux, il est évident que le Mahdi est déjà venu. Il ne peut être que de Ibn Abdul Wahhab (1703-1792)[236], le fondateur de la spiritualité de la guerre sainte en Arabie Saoudite. Au XIXème siècle, le fondateur du royaume Saoudien, Ibn Saoud, institua le Wahhabisme comme croyance officielle. Il peut aussi s’agir de l’ayatollah chiite Khomeney qui prit le pouvoir en Iran chiite en 1979. Il suscita un espoir immense. Il humilia les deux Satans, U.S.A. et France. Il stimula par son exemple dans l’islam du monde entier le zèle pour la guerre sainte.

« Après la venue du Mahdi apparaîtra l’Antéchrist (le Djalal). Il sera juif et haïra l’islam. Par ses paroles menteuses, il réussira à réunir une coalition militaire du monde entier contre l’Umma (la communauté musulmane). Le signe du début de la grande guerre contre l’islam sera visible par tous. Les armées de l’Antéchrist se réuniront sur la terre sainte elle-même, la terre de l’Arabie. Des Arabes pervers, des traîtres, coopéreront à ce blasphème. Ce sera une armée immense. Face à elle, les forces musulmanes seront faibles. On ne leur donnera aucune chance de gagner. Mais Allah sera avec les musulmans. Alors, au dernier moment, quand tout semblera perdu, Il interviendra lui-même au cours du massacre qu’on appellera Gog et Magog*. Les textes saints le disent explicitement, la défaite de l’occident sera totale [237]: ‘‘Et toi, fils d’homme, prophétise contre Gog. Tu diras: Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Je me déclare contre toi, Gog, prince, chef de Méshek et de Tubal. Je te ferai faire demi-tour, je te conduirai, je te ferai monter de l’extrême Nord et je t’amènerai contre les montagnes saintes de mon peuple. Je briserai ton arc dans ta main gauche et je ferai tomber tes flèches de ta main droite. Tu tomberas sur les montagnes d’Israël, toi, toutes tes troupes et les peuples qui sont avec toi. Je te donne en pâture aux oiseaux de proie de toute espèce et aux bêtes sauvages: Tu tomberas en plein champ, car moi, j’ai parlé, oracle du Seigneur.’’ On mettra sept mois à enterrer leurs cadavres[238]. Alors commencera le règne de l’islam sur le monde entier. Jésus, le Messie apparaîtra. Il brisera le christianisme. Les non-croyants seront soumis à Allah. Ceux qui refuseront seront retranchés de la terre.»

A la lecture de ces prophéties, on comprend la grande colère et l’espoir eschatologique de musulmans arabes fervents comme Oussama Bin Laden quand ils virent, pendant la guerre du golfe de 1991, les armées Occidentales s’installer en Arabie Saoudite, à la demande du roi lui-même. Ils comprirent que l’heure de la grande guerre était arrivée. Ils y virent la réalisation du signe des temps. Ils déclarèrent une Fatwa[239] de malédiction sans merci à la royauté arabe saoudienne qui s’était rendue coupable du blasphème suprême en appelant les armées chrétiennes sur le territoire saint: « Malheur aux arabes!» dirent-ils en se référant à une prophétie de Mahomet pour la fin du monde. Depuis cette époque, de la même manière que les zélotes juifs au temps de l’Empire romain, les islamistes fanatiques ont décidé qu’ils obtiendraient par tous les moyens leur guerre contre l’Occident. Ils sont prêts, s’il le faut, à multiplier les attentats et les provocations pendant un siècle. Ils auront leur guerre puisqu’elle leur paraît nécessaire. Sans elle, l’islam ne pourra obtenir d’Allah la domination sur le monde entier.

A notre époque, les prémices de cette guerre sont tous là. On se demande qui pourra empêcher les évènements de se produire. La haine s’est trop répandue pour être arrêtée sans que le sang soit versé. Depuis les années 1980, une partie de l’islam est tentée par le fanatisme[240]. Toute une jeunesse musulmane croit servir Dieu en entraînant le maximum de gens dans un désir de revanche, dans une guerre sainte et sans pitié contre tout ce qui n’est pas cette forme exaltée et politique de la religion. La haine et le désir de vengeance ne sont pas seulement affaire de zèle religieux. L’islam est blessé dans son orgueil politique et cherche revanche. L’Occident l’a colonisé pendant deux siècles. La science des pays chrétiens et la puissance financière qui en sort sont une constante provocation à l’islam réduit au sous-développement. La perte de la Palestine, terre considérée comme à jamais musulmane, ne passe pas. Tout cela exacerbe la haine, de manière finalement assez semblable à celle de la jeunesse allemande de 1933. Une partie visible et remuante de l’islam veut la guerre. Incapable de s’armer, elle médite des plans d’attentats. Le rêve le plus grand de milliers de jeunes consiste à mourir martyre en tuant des Juifs ou des occidentaux. Dans certains pays, on s’attaque aux chrétiens, aux juifs aux musulmans modérés. On tue, au hasard d’une rencontre en confessant le nom d’Allah. Le sang est désiré. Des rêves d’attentats nucléaires hantent les nuits fiévreuses des fanatiques.

Vers le rejet de toutes les religions ?

(Chose indécise)

 

De deux choses l’une.

         Soit la violence éclate et produit une grande guerre pour les Occidentaux, juifs et chrétiens. Dans cette hypothèse, la partie combattante de l’islam risque bien de périr écrasée par la guerre qu’elle aura elle-même voulue[241]. « Qui prend l’épée périt par l’épée [242] ». Il se peut que le rêve de la bombe atomique islamiste soit un jour réalisé. Si elle est utilisée comme ils en rêvent, contre Tell Aviv, New York ou Paris, il est certain que les armes occidentales seront plus fortes. Une réplique rapide et déterminée écrasera toute cette haine accumulée, comme cela se produisit à Hiroshima pour les kamikazes shintoïstes japonais.

         Soit le monde et les musulmans modérés, dans un éclair de lucidité, arrivent à contenir la haine des islamistes. Dans les deux cas, comme tout ce qui est démesuré, le fanatisme déjà visible provoquera dans les générations musulmanes à venir et dans le monde entier un rejet dégoûté de tout ce qui porte le nom d’Allah. C’est une loi universelle de la sociologie. Tout ce qui est excessif provoque l’excès inverse, tôt ou tard. Qu’on se rappelle le phénomène somme toute analogue connu par l’Allemagne dans la première moitié du XXème siècle. Les excès revanchards et fanatiques des nazis eurent l’effet suivant dans la génération de leur fils: gauchisme, écologisme et pacifisme. De même, il est probable que les ruminations haineuses et obsessionnelles des pères islamistes finiront par produire dans les fils un désir avide de plaisirs et de richesses à l’Occidentale... loin de cet Allah aux mains rouges de sang. A ce moment-là, l’islam ne résistera ni à ses fautes passées ni surtout à la fragilité de ses bases théologiques: «Le Coran est, paraît-il, dicté mot à mot par Dieu, dira-t-on de toute part; Dieu n’est-il pas bien ignorant pour faire de telles erreurs scientifiques ?» Le christianisme fit à la Renaissance sa révolution exégétique. Il le put car il ne considéra jamais la Bible comme dictée par Dieu. L’islam ne pourra suivre, semble-t-il un tel chemin. L’islam ayant été considérablement affaibli[243], il sera possible à l’Antéchrist de s’attaquer à sa survie même.

Mais l’histoire particulière de la crise de l’islam aura à coup sûr, dans les deux cas, une répercussion sur les religions dans leur ensemble. Toutes les religions auront à en subir le contrecoup, «tout ce qui porte le nom de Dieu.[244]» Il est probable que la loi du balancier décrite dans l’histoire par Hegel se produira.

Il est possible d’imaginer, sans trop de risque d’erreur, pour de simples raisons sociologiques, un scénario tel que celui-ci, en trois âges :

1- Après ces trop prévisibles malheurs à venir du fait d’une partie de l’islam en crise fanatique, le monde occidental réfléchira sur ses erreurs. Il est possible qu’il fasse l’autocritique de son matérialisme grossier, la grossièreté de son culte du phallus au temps des années SIDA. Il y aura probablement un retour au religieux dans le sens noble du terme. Nos verrons que d’autres conséquences plus politiques pourraient sortir de ces malheurs comme la fin de l’organisation du monde sous forme de nations[245], une Jérusalem entièrement juive, selon la fameuse prophétie de Jésus[246].

2- Quelques décennies plus tard, se lèvera une nouvelle génération à qui on aura raconté les grands malheurs dus à cette guerre religieuse. Par réaction aux récits de ces horreurs, il se pourrait qu’elle réagisse à la manière d’un nouveau mai 68, semblable au plan religieux à celui qui fit rejeter avec violence la notion de patrie[247]. On ne voudra plus entendre parler d’aucune religion. On sera allergique à tout ce qui évoque la vie après la mort, le paradis. On se souviendra que c’est au nom de tels concepts que les martyrs d’Allah se faisaient sauter avec leurs victimes au temps des kamikazes. Ainsi pourrait se réaliser la prophétie de saint Paul : « Auparavant doit venir l’apostasie… »

3- Sera-ce la fin de l’histoire ? Une telle affirmation méconnaît l’âme humaine. Elle est fondamentalement religieuse en ce sens qu’elle ne peut, à l’image des animaux, se passer des réponses aux pourquoi. C’est pourquoi on peut prévoir que, deux ou trois générations plus tard, il se lèvera encore une autre jeunesse. Elle n’aura pas connu la guerre de religion. Elle aura été élevée dans le rejet de toute religion qualifiée de fanatisme. Elle aura des questions sur le sens de la vie, des angoisses. Il n’y aura plus de réponses possibles, les grandes traditions spirituelles ayant disparu. Alors, il est probable que tous les obstacles auront disparu pour qu’apparaissent des sectes religieuses nouvelles, inconnues jusqu’alors. Tous les avertissements auront disparu devant celui qui tire les décors du monde. L’ange déchu pourra enfin révéler au monde sa religion de la liberté. Ainsi pourrait se réaliser la suite de la prophétie de saint Paul : « Il doit se révéler, l’Homme impie, l’être perdu, l’Adversaire, celui qui s’élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte, allant jusqu’à s’asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, se produisant lui-même comme Dieu. Vous vous rappelez, n’est-ce pas, que quand j’étais encore auprès de vous je vous disais cela(...).… » Loin d’être la fin de l’histoire, tout cela annonce d’autres errances, d’autres malheurs et tâtonnements.

 

Les signes dans le judaïsme

(Chose certaine)

 

Le peuple juif est à mettre à part. Il mériterait à lui seul tout un chapitre tant son destin est particulier. Choisi par Dieu depuis 4000 ans, il reste signe jusqu’à aujourd’hui pour toutes les nations*. C’est une charge bien lourde à porter qui lui a valu au cours de son histoire les plus grandes grâces et les plus grands malheurs. D’après saint Paul, Dieu voulut la subsistance d’Israël* par une de ses volontés mystérieuses. « Il fait miséricorde à qui il veut et il endurcit qui il veut». Saint Paul aurait pu ajouter “jusqu’au moment qu’il veut” car il est certain que les Juifs voient[248] qui est Jésus et le reconnaissent comme Messie au moment de la mort individuelle de chacun. Au Ciel, il n’y a plus un seul juif (c’est-à-dire un homme qui attend la venue du Messie). Il n’y a plus que des hommes face au Messie.

Il fallait que le judaïsme subsiste sur la terre. Israël* devait demeurer pour les nations un signe grandiose annonçant le retour du Christ et la fin du monde. C’est ce que veut signifier saint Paul en écrivant: “ Que sera la conversion d’Israël (au Christ) sinon une résurrection d’entre les morts?[249]”. On peut même dire qu’Israël est et sera l’un des signes les plus importants donnés au monde de la fin de toutes choses et de la signification de cette fin.

 

Le Seigneur, dans les Évangiles et dans l’épître de saint Paul aux Romains, donne cinq prophéties concernant l’avenir de ce peuple et le retour du Christ:

1- Il annonce que le Temple de Jérusalem* sera détruit[250]: “ En vérité, je vous le dis, il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit jetée». Et le Temple sera remplacé par un temple consacré aux idoles: “Vous verrez l’Abomination de la désolation installée dans le Temple saint

2- En second lieu, le Seigneur annonce que le peuple juif sera déporté parmi toutes les nations[251]: «Il y aura une grande détresse sur la terre et colère contre ce peuple. Ils tomberont sous le tranchant du glaive et ils seront emmenés captifs dans toutes les nations

3- En troisième lieu, il y aura des malheurs et des massacres perpétrés contre ce peuple[252]: “Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi. Pleurez plutôt sur vous et sur vos enfants! Car voici venir des jours où l’on dira: Heureuses les femmes stériles, les entrailles qui n’ont pas enfanté, et les seins qui n’ont pas nourri! Alors, on se mettra à dire aux montagnes: Tombez sur nous! Et aux collines, couvrez-nous

4- En quatrième lieu, ce peuple reviendra dans la terre d’Israël et prendra de nouveau possession de la ville sainte[253]: « Jérusalem sera foulée par les païens jusqu’à ce que soit accompli le temps des nations ». Le retour du peuple d’Israël dans sa terre marquera donc la fin du temps accordé aux païens pour inaugurer un temps de grâce accordé à Israël[254].

5- Enfin Jésus annonce[255]: “Vous ne me verrez plus jusqu’à ce qu’arrive le jour où vous direz: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur”. Saint Paul confirme la réalité de ce dernier signe qui accompagnera immédiatement le retour du Christ dans sa gloire: Israël se convertira et reconnaîtra Jésus comme étant le Messie[256]. “Leur mise à l’écart de l’Alliance fut une réconciliation pour le monde. Que sera leur admission sinon une résurrection d’entre ses morts ». Ces deux textes semblent lier intimement le retour du Christ et la conversion d’Israël. Cela signifie-t-il que le jour où ils accepteront le Messie, celui-ci se montrera à eux de nouveau ou l’inverse? Toute la question, au plan du signe des temps, est ici.

 

Une chose peut par contre être affirmée sans risque. Ces cinq prophéties seront, d’une façon grandiose, signes du retour du Christ car elles ne se réaliseront pas seulement d’une manière perpétuelle comme on l’a dit des guerres et des tremblements de terre mais d’une manière matérielle, historique, à une date fixée par Dieu, de la même façon que celles qui sont déjà réalisées. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les trois prophéties déjà réalisées. Elles seront donc tout à fait adaptées au regard de tous les hommes, même des non spirituels.

1- Ainsi, vit-on en 70 après Jésus Christ le général romain Titus raser complètement le Temple de Jérusalem*. Il réalisa sans le savoir la première des prophéties, 40 ans (chiffre bilique de l’épreuve) après la mort de Jésus.

2- Puis, en 135, à la suite d’une deuxième révolte juive, le reste de la population fut déporté. L’Empereur romain fonda une nouvelle ville à la place des ruines de Jérusalem, Aelia Capitolina. Sur le lieu du Temple, il construisit un temple dédié à Jupiter. Pour les Juifs, “ l’Abomination de la désolation ” dont parle le prophète Daniel 9, 27 était dans le Temple saint.

3- Les malheurs et les persécutions ne cessèrent de s’abattre sur les communautés juives dispersées, jusqu’aux massacres de millions de juifs à Auschwitz. Là, un tiers des Juifs furent exterminé (6 millions sur 18 millions). Ce chiffre n’avait donc pas un sens uniquement symbolique dans la Bible[257].

4- Enfin, en 1948, la création du nouvel État d’Israël en Palestine marque une nouvelle étape, celle de la quatrième prophétie. Elle n’est pas encore pleinement réalisée puisque Jérusalem n’est pas redevenue une ville entièrement juive. Si on en suit la lettre, il est certain qu’un jour, Jérusalem sera entièrement juive. “Jérusalem sera foulée par les païens jusqu’à ce que soit accompli le temps des nations

Ce retour dans la terre de Palestine, réalisé il y a à peine cinquante ans, est un avertissement très explicite de la proximité des événements de la fin. Jérusalem est encore divisé. Des nations (musulmanes et chrétiennes) foulent le sol de Jérusalem-Est. Les musulmans entrent dans une haine exaltée d’Israël. Ils se promettent de les détruire et de les jeter à la mer. Un tel combat est dramatique car, semble-t-il, perdu d’avance. Gamaliel[258] disait en effet aux juifs de son temps à propos de la jeune Église chrétienne: « Laissez ces gens tranquilles. Si leur succès vient de Dieu, vous ne pourrez rien contre eux. Si ils viennent des hommes, ils disparaîtront d’eux-mêmes ». Les musulmans devraient tenir compte de ce conseil en ce qui concerne le jeune État juif. Après la ruine et les défaites successives qui marquent leur histoire depuis 1948, ils devraient imiter la sagesse du président égyptien Sadate qui fit la paix avec Israël.

De fait, il semble que c’est impossible. Sadate est qualifié de « Traître » et il fut assassiné. Ils ne peuvent comprendre car leur foi leur dicte que la Palestine est à jamais terre d’islam*. Cet aveuglement leur vient de Dieu. Il les égare[259] ici-bas pour mieux les sauver dans l’au-delà. Il faut que leur orgueil soit abaissé, comme il l’a été pour les chrétiens et les Juifs. Si l’on suit leurs propres prophéties telles que nous les avons rapportées précédemment, cette obstination aboutira probablement à leur ruine politique totale et, par là, à la profonde découverte de leurs propres limites. Ce sera un douloureux chemin d’humilité. Ils perdront définitivement leur gloire politique mondiale. Ils perdront certainement Jérusalem*.

Le jour où Jérusalem deviendra entièrement juive, où l’esplanade des Mosquées deviendra le mont du Temple, alors sera réalisée la quatrième prophétie. Si l’on suit la lettre de la prophétie de Jésus, il est probable que de manière concomitante se terminera l’organisation nationale du monde. On instaurera un gouvernement mondial « pour que jamais plus il ne puisse y avoir de guerre ». Au départ, ce mondialisme se fondera sur des valeurs de tolérance et de respect du spirituel. Nous verrons plus en détail[260] comment il tournera en quelques décennies en un humanisme explicitement antireligieux.

A propos de la Jérusalem redevenue juive, il convient d’aborder un dernier signe, celui du cœur de cette ville, le Mont du Temple, appelé par les musulmans « esplanade des mosquées. Une prophétie du deuxième livre des Maccabées[261], mérite d’être ici rapportée. « Il y avait dans cet écrit que, juste avant l’attaque des babyloniens contre Jérusalem, averti par un oracle, le prophète Jérémie se fit accompagner par la tente et l’arche d’Alliance de Dieu. Il se rendit à la montagne où Moïse, étant monté, contempla l’héritage de Dieu. Arrivé là, Jérémie trouva une habitation en forme de grotte et il y introduisit la tente, l’arche, l’autel des parfums, puis il en obstrua l’entrée. Quelques-uns de ses compagnons, étant venus ensuite pour marquer le chemin par des signes, ne purent le retrouver. Ce qu’apprenant, Jérémie leur fit des reproches: "Ce lieu sera inconnu, dit-il, jusqu’à ce que Dieu ait opéré le rassemblement de son peuple et lui ait fait miséricorde. Alors le Seigneur manifestera de nouveau ces objets, la gloire du Seigneur apparaîtra ainsi que la Nuée, comme elle se montra au temps de Moïse et quand Salomon pria pour que le saint lieu fût glorieusement consacré." » Depuis cette époque, on le comprend, une tradition court dans le peuple juif : Avant la manifestation du Messie, le Temple sera rebâti, plus beau que jadis, pour recevoir le Tabernacle saint et son contenu : le bâton du grand prêtre Aaron, la manne et les tables de la loi. Lorsque les chrétiens les entendaient parler de leur espérance, ils l’interprétaient en pensant à leur future conversion. Ils se disaient que le troisième Temple ne serait pas fait de main d’homme mais qu’il annonçait le jour où ils adoreraient Dieu en esprit et vérité. Cette interprétation ne semble pas, tout en n’étant pas exclue, être la plus judicieuse[262]. Le texte du livre des Maccabées ne parle pas d’un temple spirituel mais de l’arche d’alliance que Moïse avait fait façonner. Il convient donc d’être attentif. Lorsque l’arche d’alliance reparaîtra, ce sera un grand signe donné à l’humanité de la proximité de la venue du Messie.

 

Seule une prophétie restera à réaliser, celle de la conversion d’Israël au Christ. Nous en parlerons plus loin, en traitant des moments qui précéderont juste la fin.

Ce début du XXIème siècle voit s’accumuler la réalisation de prophéties de l’Écriture: les temps se rapprochent...

 

Les signes donnés par la Vierge Marie

(Chose certaine)

 

Cette histoire terrible et future de l’Antéchrist, est dans les mains de Dieu. Il sait ce qui est le mieux pour notre salut et pour celui du monde entier. C’est un scénario de gloire en vue de la révélation lumineuse de son amour. Toutes les communautés humaines, toutes les religions sont passées une à une au crible de la souffrance, pour l’humilité des hommes.

L’Église catholique n’y échappera pas. Nous allons décrire plus loin jusqu’où doit aller son abaissement, à l’image de son Seigneur. Mais, avant cela, elle y sera préparée. Cette mission terrestre sera confiée à Marie, la mère de Jésus. Au pied de la croix, seule une femme croyait et vivait de l’intérieur, debout, la mort de son Dieu. Elle ne douta pas un seul instant que Dieu son Fils était en train de sauver le monde. Jésus l’avait dit et cela lui suffisait. Cette confiance unique ne se retrouve même pas chez saint Jean* pourtant présent à la croix, pourtant appelé « le disciple que Jésus aimait ». Il y est par amitié mais pense que tout est fini. La preuve nous en est donnée dans son Évangile. Ce n’est qu’en voyant le tombeau vide et le linceul à sa place, comme affaissé, qu’il crut. Tous les autres disciples se sauvèrent. Mais, ce qui est le plus étonnant, c’est que la plénitude des grâces reçues permettaient à Marie de vivre la passion en comprenant. Elle n’était pas une simple spectatrice confiante mais aveugle. Elle était une collaboratrice, une co- rédemptrice.

Il en sera de même à la fin du monde lorsque l’Antéchrist triomphera. L’Église visible (symbolisée dans l’Évangile par la vie de saint Pierre) sera si petite, tellement réduite aux seuls domaines des cœurs et sans vie extérieure et politique qu’on la croira morte pour toujours. «Les portes de l’enfer ne l’emporteront pas sur elle! » ricanera-t-on de tout côté en reprenant la promesse visiblement manquée de Jésus. Qui pourra songer qu’au moment même où les portes de l’enfer sembleront avoir extérieurement tout détruit, Dieu triomphe comme à trois heures le jour de la mort de Jésus ? Qui croira que c’est absolument l’inverse aux yeux de Dieu, que tout est accompli et que le retour glorieux du Christ est tout proche ? Personne ne pourra imaginer cela sauf ceux qui auront la même foi que Marie*. Seule une foi invincible, digne de la mère de Dieu, tiendra en ces heures dernières. Tous les autres faibliront aussi sûrement que Pierre* face à ce qu’il ne comprit pas. Voilà pourquoi, avant la fin du monde, Dieu a confié à sa mère la mission de lui préparer une Église faite de petites gens semblables à elle (symbolisée par la vie de saint Jean, Jean 21, 22). Il est essentiel que leur intelligence possède la même lucidité que Marie. Ils comprendront parfaitement le mystère de l’espérance tel qu’il est décrit ici. Ils pourront alors accomplir la mission de Marie à la croix, offrir au nom de tous les hommes le « oui » définitif de l’humanité à Dieu. Ils baptiseront l’humanité dans l’eau et l’esprit (dans l’eau de leur humilité et le feu de leur amour). Tout sera alors accomplit. On le voit, leur mission sera le Mystère (au sens le plus théologal du terme) ultime de l’histoire. Saint Bernard, parlant de ce fait des derniers temps, annonce:

 

“C’est par Marie que le salut du monde a commencé, et c’est par Marie qu’il doit être consommé (...) Mais dans le second avènement de Jésus Christ, Marie doit être connue et révélée par le Saint Esprit afin de faire par elle connaître, aimer et servir Jésus Christ. Les raisons qui ont conduit le Saint Esprit à cacher son épouse pendant sa vie, et à ne la révéler que bien peu depuis la prédication de l’Évangile, ne subsisteront plus.[263]”

 

Saint Louis Marie de Montfort[264]* est intarissable sur ce thème[265]:

 

«Dieu veut donc révéler et découvrir Marie, le chef-d’œuvre de ses mains dans ces derniers temps. Comme elle est l’aurore qui précède et découvre le Soleil de justice, qui est Jésus Christ, elle doit être connue et aperçue, afin que Jésus Christ le soit. Etant la voie par laquelle Jésus Christ est venu à nous la première fois, elle le sera encore lorsqu’il viendra la seconde, quoique non pas de la même manière.

Enfin Marie doit être terrible au diable et à ses suppôts comme une armée rangée en bataille, principalement dans ces derniers temps, parce que le diable, sachant bien qu’il a peu de temps, et beaucoup moins que jamais pour perdre les âmes, il redouble tous les jours ses efforts et ses combats; il suscitera bientôt de cruelles persécutions, et mettra de terribles embûches aux serviteurs fidèles et aux vrais enfants de Marie, qu’il a plus de peine à surmonter que les autres.

C’est principalement de ces dernières et cruelles persécutions du diable qui augmenteront tous les jours jusqu’au règne de l’Antéchrist, qu’on doit entendre cette première et célèbre prédiction et malédiction de Dieu, portée dans le paradis terrestre contre le serpent. ” Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Elle-même t’écrasera la tête, et tu mettras des embûches à son talon.”

Jamais Dieu n’a fait et formé qu’une inimitié, mais irréconciliable, qui durera et augmentera même jusqu’à la fin: c’est entre Marie, sa digne Mère, et le diable, entre les enfants et serviteurs de la Sainte Vierge, et les enfants et suppôts de Lucifer*; en sorte que la plus terrible des ennemies que Dieu ait faite contre le diable est Marie*, sa sainte Mère. (...) C’est premièrement parce que Satan étant orgueilleux, souffre infiniment plus d’être vaincu et puni par une petite et humble servante de Dieu, et son humilité l’humilie plus que le pouvoir divin. (...) Ce que Lucifer a perdu par orgueil, Marie l’a gagné par son humilité; (...) Non seulement Dieu a mis une inimitié, mais des inimitiés, non seulement entre Marie et le démon, mais entre la race de la Sainte Vierge et la race du démon; C’est‑à‑dire que Dieu a mis des inimitiés, des antipathies et haines secrètes entre les vrais enfants et serviteurs de la Sainte Vierge et les enfants et esclaves du diable; ils ne s’aiment point mutuellement, ils n’ont point de correspondance intérieure les uns avec les autres. Les enfants de Bélial, les esclaves de Satan, les amis du monde (car c’est la même chose), ont tou–jours persécuté jusqu’ici et persécuteront plus que jamais ceux et celles qui appartiennent à la Très Sainte Vierge, comme autrefois Caïn persécuta son frère Abel, et Esaü son frère Jacob, qui sont les figures des réprouvés et des prédestinés. Mais l’humble Marie aura toujours la victoire sur cet orgueilleux, et si grande qu’elle ira jusqu’à lui écraser la tête où réside son orgueil; elle découvrira toujours sa malice de serpent; elle éventera ses mines infernales, elle dissi–pera ses conseils diaboliques, et garantira jusqu’à la fin des temps ses fidèles serviteurs de sa patte cruelle.”

 

Nous verrons plus loin que c’est la prière de ces chrétiens des derniers temps qui provoquera le retour de Jésus. Concrètement, il faudrait être aveugle pour ne pas voir que Marie* a déjà commencé son travail de préparation. La première de ses apparitions[266] (car son travail de préparation consiste en une prédication aussi concrète et directe que le sera le retour du Christ à la fin), date de 1830. Elle donne à sainte Catherine Labouré une médaille[267]. Elle la rend même miraculeuse tant elle espère que ceux qui la porteront méditeront son message. Sur son verso, Marie fait représenter un M qui porte une croix. L’archevêque de Paris, à qui l’on soumis la médaille en vue de l’imprimatur se demandait s’il n’aurait pas mieux fallu un M au pied d’une croix. De fait, il y avait là un symbole surprenant, à faire frémir les protestants. Il signifie plusieurs choses très profondes concernant le rôle de Marie comme co-rédemptrice[268]. Mais pour ce qui concerne la fin du monde, sa signification est éloquente. M signifie ceux qui vivent de la spiritualité de Marie. La croix symbolise leur fidélité au Christ. Tout cela annonce que, vers la fin du monde, la vie du Christ ne pourra plus subsister dans les cœurs sauf chez ceux auront la même foi qu’elle. Au-dessous de ce M, les deux cœurs de Jésus et Marie sont présents pour que nul ne doute, quoiqu’il arrive, que c’est leur amour qui permet tout[269]. Depuis cette première apparition, Marie ne cesse d’insister, de revenir, d’éduquer. A La Salette[270] (1848), elle prononça l’avertissement solennel de se tenir prêt: «Voici le temps des temps, la fin des fins ». Dans l’Église catholique d’Occident, minée depuis les années 70 par une crise de perte de la foi, on constate que tout le renouveau, quel qu’il soit, a un rapport étroit avec Marie. Est-ce un signe grandiose du temps où nous nous trouvons[271]?

 

Les signes donnés par « la petite Thérèse »

 

Ce paragraphe peut surprendre. Il est motivé par des faits. Sainte Thérèse est avec Marie* l’un des grands signes annoncés pour que nous nous préparions à la venue de l’Antéchrist. Le pape Pie X la considérait comme la plus grande sainte des temps modernes. En voici la raison. Cette jeune fille n’a vécu que 24 ans et est morte en 1897 usée par la tuberculose au Carmel de Lisieux. Elle raconte elle-même sa vie dans trois petits cahiers adressés à sa prieure. Son message n’a rien de nouveau. Il est l’Évangile, vécu comme Jésus le veut. Elle aime Jésus et, brisée par la maladie et par de terribles tentations, l’aime encore avec confiance. Mais, chose encore plus remarquable, elle vit et meurt au moment même où se manifestent en France de graves persécutions contre l’Église. Quelques années après sa mort, des milliers de religieux seront expulsés de leur couvent par les baïonnettes de l’armée. Elle n’ignore rien de tout cela mais n’en parle pas une seule fois. Elle ne parle que de son amour pour Dieu. On pourrait l’expulser, elle fixerait avec confiance Jésus. Cette attitude paisible nous est donnée comme un grandiose signe des temps. Elle doit être imitée sous peine de se rendre incapable de vivre les mystères de la fin du monde comme Jésus le souhaite. Concrètement, l’attitude angoissée de certains chrétiens d’aujourd’hui, nourris de textes d’appa–ritions qu’ils interprètent matériellement, est à bannir. Sainte Thérèse est témoin de la vraie attitude chrétienne, la confiance. “ Quand bien même il (Jésus) me tuerait, je l’aimerais encore” dit-elle quelques jours avant sa mort. Il doit en être de même face aux signes de plus en plus précis de la venue de l’Antéchrist. Quand bien même nous serions le dernier à le connaître en ce monde, nous savons qu’il reviendra! De même, l’exemple de Thérèse condamne le fait de regarder trop souvent le démon et son action, la politique et son caractère désespérant, les pécheurs et leur haine de l’Évangile. Nous savons que ces mystères existent mais pourquoi en être troublé puisque Jésus est Dieu? Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus n’est autre que cet Énoch et cet Élie* qui doivent revenir à la fin du monde. C’est ce que nous allons expliquer dans le paragraphe suivant.

 

La venue d’Énoch et d’Élie

(Chose indécise à cause des multiples sens possibles)

 

L’Apocalypse de saint Jean* annonce la venue de deux témoins qui prophétiseront avant d’être mis à mort[272]:

 

“Mais je donnais à mes deux témoins de prophétiser pendant 1 260 jours, vêtus de sacs. Ce sont les deux oliviers et les deux flambeaux qui se tiennent devant le maître de la terre. Si on s’avisait de les malmener, un feu jaillirait de leur bouche pour dévorer leurs ennemis (...) Mais quand ils auront fini leur témoignage, la Bête qui surgit de l’abîme viendra guerroyer contre eux, les vaincre et les tuer. Et leurs cadavres, sur la place de la grande cité, Sodome ou Égypte comme on l’appelle symboliquement, là où leur Seigneur fut crucifié, leurs cadavres demeurent exposés aux regards des peuples, des races, des langues et des nations, durant trois jours et demi, sans qu’il soit permis de les mettre au tombeau. Les habitants de la terre s’en réjouissent et s’en félicitent car ces deux prophètes leur avaient causé bien des tourments. Mais passés trois jours et demi, Dieu les ressuscita et les remit sur pied, au grand effroi de ceux qui les regardaient

 

Ce texte est une allégorie dont les sens, volontairement multiples, concernent les chrétiens de tous les temps. Mais, vers la fin du monde, il prendra une signification encore plus forte.

Traditionnellement, on considère que les deux témoins qui doivent venir à la fin des temps sont Énoch et Élie*, les deux hommes justes dont l’Écriture raconte qu’ils “ne moururent pas ” mais furent “enlevés” au ciel. Énoch fut le septième patriarche après Adam. La Bible le caractérise d’une seule phrase[273]: « Énoch marcha avec Dieu, puis il disparut car Dieu l’enleva». Quant à Élie, il disparut dans un char de feu sous les yeux du prophète Elisée[274]. Certains théologiens juifs et chrétiens pensèrent donc que ces deux prophètes attendaient au paradis terrestre et devaient venir physiquement à la fin du monde annoncer la venue puis le retour du Christ. Cependant, si l’on regarde de près les Écritures, on doit parler autrement. En effet, le Seigneur affirme que le prophète Élie* qui devait revenir n’était autre que Jean-Baptiste, le fils d’Elisabeth[275]: « Et lui, si vous voulez m’en croire, il est cet Élie* qui doit revenir. Que celui qui a des oreilles entende! » Il ne peut donc s’agir matériellement de cet Élie qui a vécu au temps de la reine Jézabel, mais plutôt d’un homme revêtu de l’esprit d’Élie, c’est-à-dire de sa spiritualité.

Il en sera de même à la fin du monde. Et pour connaître ce que peuvent représenter les spiritualités d’Énoch et d’Élie, il suffit de regarder leur vie. Ainsi, Énoch représente la fidélité intérieure puisqu’il est seulement dit de lui qu’il marcha avec Dieu. Quant à Élie, il est remarquable par le zèle qui le brûlait à l’égard du Seigneur. Ce zèle était exercé à travers des actes violents mais très efficaces. Il n’hésita pas à faire cesser toute pluie durant son ministère pour conduire les hommes à la conversion. Il commence son ministère ponctué de fléaux de la manière suivante[276]: « Élie le Tishbite, de Tishbé en Galaad, dit à Achab: « Par Yahvé vivant, le Dieu d’Israël que je sers, il n’y aura ces années-ci ni rosée ni pluie sauf à mon commandement. » De même, il leur prouva la vanité du dieu Baal en ridiculisant ses prophètes par un défi où le vrai Dieu devait répondre. Il fit mettre à mort les serviteurs de Baal. L’esprit d’Élie est donc celui de l’intransigeance de la foi, celui de la fidélité extérieure et manifestée au Seigneur. De même, Jean-Baptiste n’hésita pas à reprocher publiquement, au risque de sa vie, son péché d’adultère à Hérode. Il fut réellement rempli de ce zèle de l’honneur de Dieu.

Jean baptiste était effectivement revêtu de l’esprit d’Élie, de son zèle pour la foi et le comportement juste. Au mépris de sa vie, il n’hésita jamais à dire la vérité. Face à face, il reprocha à Hérode son fait[277]: « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère. »

Les deux témoins qui doivent revenir avant la fin du monde ne sont donc pas physiquement Énoch et Élie. Cette prophétie désigne que tout au long de l’histoire et surtout à la fin du monde, deux témoignages complémentaires rappelleront aux pécheurs la vanité de leur vie. L’un sera plus féminin et doux (Énoch), l’autre viril et source de fléaux (Élie). Ils seront complémentaires, à l’image de Dieu qui est père et mère. C’est toujours de cette manière symbolique quoique bien réelle qu’il faut interpréter le premier sens du livre de l’Apocalypse, avant de rechercher ses réalisations historiques. Ainsi, les 1260 jours de la vie des deux témoins, c’est-à-dire trois ans et demi, signifient que les deux témoins ont la même mission que le Christ dont la prédication dura trois ans et demi. De même, leurs cadavres qui doivent rester sans vie trois jours et demi signifie qu’ils vivront la même passion que le Christ puis ressusciteront comme lui.

Ainsi, les deux témoins qui doivent venir à la fin du monde pour témoigner de Dieu peuvent représenter, dans leur premier sens qui est spirituel, la vie contemplative qui est l’esprit d’Énoch et la vie apostolique qui vit du zèle d’Élie. Énoch et Élie doivent être considérés comme présents à chaque époque à travers les moines d’une part (Énoch) et d’autre part les nombreux apôtres (Élie), à travers surtout tous les chrétiens contemplatifs ou apostoliques qui vivent de la sainteté de leur vocation.

Dans un autre sens, spirituel aussi mais davantage politique, les deux témoins représentent l’Église chrétienne et Israël*. C’est ainsi que durant des siècles, avant la naissance de l’islam, seule ces deux religions témoignaient aux yeux du monde du Dieu d’Abraham.

Cependant, à la fin du monde, lorsque Israël commencera de se rapprocher du Christ et du christianisme, le monde n’aura plus que deux religions issues d’Abraham et témoignant devant l’Antéchrist, le christianisme et l’islam. Selon cette interprétation, si l’on suit le texte de l’Apocalypse, elles sont les deux oliviers, c’est-à-dire, selon saint Paul[278], les deux témoins de Dieu. Chacune avec sa grâce, ces religions témoignent de Dieu qui agit toujours de deux manières : force et douceur. Le christianisme exalte l’amour de Dieu comme Énoch, l’islam est le témoin de l’intransigeance de la pureté de la foi au Dieu unique (comme Élie*). Leur témoignage uni deviendra, pour le monde, insupportable. C’est pourquoi l’Apocalypse parle de la guerre que leur fera le démon, jusqu’à les détruire. Vers la fin du monde, lorsque l’Antéchrist commencera ses attaques contre Dieu, les divisions et les oppositions entre le christianisme et l’islam paraîtront moins importantes devant la gravité du danger. Ainsi, il est probable que le rapprochement commencé par le pape Jean-Paul II à Assise en 1988[279] est prophétique d’une unité bien plus intense, la foi de chacun étant respectée. Ces deux religions ne périront cependant pas de la même façon. Chacune sera attaquée par ce qui fait sa faiblesse. Le christianisme le sera par sa tendance à la naïveté et à l’innocence qui fait que, de l’intérieur, il est aisément corrompu; L’islam par son épée, qui tente certains de ses membres au fanatisme et lui attire des réponses armées efficaces.

 

Une troisième interprétation n’est pas exclue[280]. Dieu aime à multiplier les modes de réalisation de ses prophéties. Il s’agit de celle qui pense que les deux témoins seront des prophètes suscités par Dieu à la fin du monde et dont l’efficacité apostolique sera immense. L’abbé Augustin Lemann commente[281] : « Le second champion de la vérité chrétienne contre l'Antéchrist sera une phalange de Docteurs, suscitée par Dieu pour ces temps d'épreuve. Jamais les docteurs, astres bienfaisants, n'ont manqué à l'Église. Mais ce qu'il y aura alors de particulier, c'est que cette phalange de docteurs recevra, pour le soutien et la consolation des bons, une plus grande intelligence de nos Saintes Écritures. Le prophète Daniel en a fait l'annonce dans un autre passage de son livre, également consacré à la persécution de l'Antéchrist : « Les impies, dit-il, agiront avec impiété, et tous ces impies n'auront pas l'intelligence, mais ceux qui auront la science de Dieu comprendront[282]». Ce qui signifie que tandis que les impies, frappés d'aveuglement, accompliront les dernières prophéties, comme autrefois les Juifs, sans les comprendre, les docteurs de l'Église, inondés de nouvelles lumières et pénétrant les passages les plus obscurs de ces prophéties, y trouveront l'explication des événements de cette époque, et, prémunissant les fidèles contre les artifices de l'Antéchrist, ils les maintiendront dans la fermeté et la confiance, dans l'attachement à l'Église et à ses divins enseignements, au prix même de la vie. La prophétie de Daniel ajoute : « Et les docteurs du peuple en instruiront beaucoup, et ils tomberont sous le glaive, par la flamme, par la captivité, et par des brigandages prolongés [283]. » Remarquable est cette expression : les docteurs du peuple ! Mais quoi ! ce titre de « docteurs » que décerne le prophète, n'est-il pas réservé dans l'Église ? Ne demeure-t-il pas l'apanage des intelligences d'élite qui ont consumé leurs veilles à l'acquisition, souvent ardue, de la vérité ? On dit : les docteurs de l'Église, mais les docteurs du peuple ?... Admirons les délicatesses divines : Ce titre de docteur, juste récompense du talent uni au travail, l'Esprit Saint l'attribue également, et avec infiniment de justesse, à des petits parmi le peuple que la grandeur de leur foi a transformés en apôtres. Qui n'en a rencontré sur son chemin de ces docteurs du peuple ? Quelque obscur ouvrier, une humble servante, des enfants même. Il tombait de leurs lèvres comme des jets de lumière : c'est l'amour qui les faisait jaillir, l'amour qui voit aussi loin, souvent plus loin que l'intelligence.»

Ces apôtres vivront de la confiance aimante d’Énoch et du zèle d’Élie et ramèneront à Dieu beaucoup d’hommes. Cette interprétation est même, si l’on considère la façon dont Dieu nous sauve, aussi certaine que les autres. Dieu ne peut laisser les hommes affronter l’époque de l’Antéchrist* sans proposer à ceux qui seront attentifs, toutes les armes de la survie spirituelle. S’il envoie sa mère dans de nombreuses apparitions, c’est qu’elle est la plus capable de former des âmes contemplatives. Mais il lui adjoint de nombreux témoins afin que toutes les sensibilités entendent le message. Certains sont déjà venus et, unique parmi tous les autres, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus brille au cœur de l’apostasie* en marche. Son témoignage est le même que celui d’Énoch: «Elle marcha avec Dieu, puis elle disparut car Dieu l’enleva! » A la fin du monde, lors–que l’Antéchrist viendra, les hommes croyants n’auront qu’à l’imiter, marcher avec Dieu dans le secret de la charité. Alors Jésus reviendra et les enlèvera.

Vers la fin du monde, avant que le règne de l’Antéchrist* ne rende toute prédication impossible, il est probable que le Seigneur suscitera de nouveaux « Élie » qui prêcheront dans le monde entier l’Évangile. C’est ce que Jésus semble annoncer (« semble » car ces textes ont plusieurs niveaux de sens): «Cette bonne nouvelle sera annoncée dans le monde entier, en témoignage à la face de toutes les nations. Et alors viendra la fin.[284] ». Saint Marie Grignon de Montfort[285]* décrit les apôtres des derniers temps de la façon suivante[286]:

 

“Ces grandes âmes, pleines de grâce et de zèle, seront choisies pour s’opposer aux ennemis de Dieu, qui frémiront de tous côtés, et elles seront singulière–ment dévotes à la Très Sainte Vierge, éclairées par sa lumière, nourries de son lait, conduites par son esprit, soutenues par son bras et gardées sous sa protection, en sorte qu’elles combattront d’une main et édifieront de l’autre. D’une main, elles combattront, renverse–ront, écraseront les hérétiques avec leurs hérésies, les schismatiques et leurs schismes, les idolâtres avec leur idolâtrie, et les pécheurs avec leurs impiétés; et, de l’autre main, elles édifieront le temple du vrai Salomon et la mystique cité de Dieu». “Mais qui seront ces serviteurs, esclaves et enfants de Marie? Ce seront un feu brûlant, ministres du Seigneur qui mettront le feu de l’amour divin partout. Ce seront comme des flèches dans la main du puissant[287], dans la main de la puissante Marie pour percer ses ennemis. Ce seront des enfants de Lévi, bien purifiés par le feu de grandes tribulations et bien collés à Dieu, qui porteront l’or de l’amour dans le cœur, l’encens de l’oraison dans l’esprit et la myrrhe de la mortification dans le corps, et qui seront partout la bonne odeur de Jésus Christ aux pauvres et aux petits, tandis qu’ils seront une odeur de mort aux grands, aux riches et aux orgueilleux mondains.

Ce seront des nuées tonnantes et volantes par les airs au moindre souffle de l’Esprit Saint, qui, sans s’attacher à rien ni s’étonner de rien, ni se mettre en peine de rien, répandront la pluie de la parole de Dieu et de la vie éternelle; ils tonneront contre le péché, ils gronderont contre le monde, ils frapperont le diable et ses suppôts, et ils perceront d’outre en outre, pour la vie ou pour la mort, avec leur glaive à deux tranchants de la parole de Dieu, tous ceux auxquels ils seront envoyés de la part du Très‑Haut.

Ce seront des apôtres véritables des derniers temps, à qui le Seigneur des vertus donnera la parole et la force pour opérer des merveilles et remporter des dépouilles glorieuses sur ses ennemis; ils dormiront sans or ni argent et, qui plus est, sans soin, au milieu des autres prêtres, et ecclésiastiques et clercs; et cependant ils auront les ailes argentées de la colombe, pour aller avec la pure intention de la gloire de Dieu et du salut des âmes, où le Saint Esprit les appellera, et ils ne laisseront après eux, dans les lieux où ils auront prêché, que l’or de la charité qui est l’accomplissement de toute la loi.

Enfin, nous savons que ce seront de vrais disciples de Jésus Christ, qui marcheront sur les traces de sa pauvreté, humilité, mépris du monde et charité, enseignant la voie droite de Dieu dans la pure vérité, selon le saint Évangile, et non selon les maximes du monde, sans se mettre en peine ni faire acception de personne, sans épargner, écouter ni craindre aucun mortel, quelque puissant qu’il soit. Ils auront dans leur bouche le glaive à deux tranchants de la parole de Dieu; Ils porteront sur leurs épaules l’étendard ensanglanté de la Croix, le crucifix dans la main droite, le chapelet dans la gauche, les sacrés noms de Jésus et de Marie sur leur cœur, et la modestie et mortification de Jésus Christ dans toute leur conduite.

Voilà de grands hommes qui viendront, mais que Marie fera par ordre du Très-Haut pour étendre son empire sur celui des impies, idolâtres et Mahométans. Mais quand cela sera-t-il? Dieu seul le sait: c’est à nous de nous taire, de prier, soupirer et attendre: Expectans expectavi.”

 

Ils seront des hommes humbles, bons, emplis de l’esprit de Marie qui les aura formés pour ainsi dire sur ses genoux. Ils prêcheront l’Évangile comme jamais on ne l’a fait depuis l’époque apostolique. Ce sera un témoignage conforme au cœur de Jésus. Ils n’éteindront pas la mèche qui fume dans les cœurs comme le font ceux qui enseignent avec violence. Ils ne piétineront pas les âmes mais témoigne–ront par la douceur, toucheront les cœurs[288]. Mais cela ne signifie pas que l’effet sera durable. Lorsque Jésus entra à Jérusalem, il fut acclamé par le peuple tout entier. Les gens le voyaient monté sur un ânon et vivaient la Parole du prophète Zacharie[289]: «Sois sans crainte, fille de Sion! Voici que ton roi vient, monté sur un petit d’ânesse ». Quelques jours plus tard, cette même foule réclamait la mort de Jésus. Il en sera de même pour l’Église à la fin du monde. Le martyre vécu par les hommes de Dieu en ce temps là, martyre sans doute plus intérieur que physique à cause des progrès de la spiritualisation du monde, ressemblera point par point à celui de Jésus. La vie de l’Église des derniers temps sera d’ailleurs à son l’image. Mais quelle différence y a-t-il entre martyre spirituel et martyre sanglant? Pourquoi pas la délation, la déformation caricaturale du message, l’interdiction de parler et toutes les formes modernes de la désinformation dont l’Église est déjà victime de nos jours.

 

Les signes dans l’Église

(Chose certaine pour le fait, indécise pour le comment)

 

La marche vers l’humilité

 

L’Église est une communauté d’hommes et de femmes que l’Esprit Saint considère dès cette terre, malgré les péchés, comme son épouse. A la différence des autres religions, le christianisme a reçu de Dieu, dès ici-bas la révélation qu’il est possible de l’aimer… comme un ami intime. Il ne s’agit pas seulement de l’amour du serviteur (islam), de l’amour confiant d’une épouse soumise et incapable (Réforme protestante) mais du cœur à cœur réciproque le plus intime et réactif. En ce sens, l’Église est sainte.

Mais, si l’on se penche sur la vie concrète des chrétiens, l’humilité et l’amour pour Dieu et le prochain sont rares. En ce sens là, l’Église est loin d’être sainte. Alors Dieu a décidé de se la préparer. Jusqu’à la fin du monde, en vue de sa venue, il va la rendre limpide et aimante. Il agit à sa manière, de cette manière qui lui est propre, la croix.

Jésus et l’Église, une même passion

(Chose probable)

 

Il l’a déjà utilisée pour Jésus durant sa vie terrestre. Dieu avait voulu que la mission de Jésus ne s’arrête pas à la seule prédication de l’Évangile mais aille jusqu’au don personnel et volontaire de sa vie sur la croix. De même, l’Église qui est son épouse, après avoir prêché l’Évangile à toutes les nations*, sera conduite intérieurement à se préparer à un martyre mystérieux, identique dans son esprit. Avant cela, il y aura une lente préparation, à travers des générations de croyants. Ce changement progressif de mentalité sera visible pour ceux qui sauront regarder. Ce sera un grand signe de la proximité du retour du Christ. Pour discerner à l’avance ces signes, il suffit de se souvenir que le modèle de la fin de l’Église n’est autre que la fin de Jésus, passion, sépulcre, résurrection se déclinent pour l’Église en victoire de l’Antéchrist, silence, retour du Christ. Mais bien avant que ne viennent ces moments, l’Église ressemblera dans son histoire à la vie de Jésus. Déjà nous pouvons discerner cette ressemblance. Essayons de la suivre pas à pas.

Ceux qui ont connu l’Église avant le Concile Vatican II savent à quel point elle était différente de celle d’aujourd’hui. Ce n’est pas un phénomène français mais universel. Auparavant l’Église, sûre d’elle-même à travers son clergé à cause de la vérité dont elle se savait détentrice, ne s’adressait jamais aux autres religions. Il eut été inimaginable au temps de Pie IX (fin du XIXème siècle) ou de Pie XII (milieu du XXème) qu’un pape s’abaisse à recevoir les délégués des autres religions pour prier ensemble. C’est pourtant ce qu’a réalisé Jean-Paul II. D’autres faits significatifs de ce changement radical de mentalité sont à citer. Paul VI renonce après le Concile Vatican II à se faire porter dans un fauteuil surélevé puis il vend pour les pauvres sa triple couronne pontificale. Jean-Paul II est allé plus loin, allant jusqu’à embrasser la terre des nations qu’il visitait. Ces signes d’humilité suscitèrent le courroux des intégristes, outrés de voir la Sainte Église s’abaisser ainsi.

Pourtant, si l’on regarde la vie de Jésus, on discerne dans les mois qui précédèrent sa passion le même changement d’attitude. Alors qu’il ne s’adressait qu’aux juifs, allant jusqu’à dire à une pauvre femme étrangère qui lui demandait la guérison de sa fille: “ Les petits chiens ne doivent pas manger le pain des enfants[290]”, il se met soudain à parler à des païens, à des grecs. Il ne leur dit pas quelque chose de banal mais leur annonce sa passion ! “ Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits.[291]”. Nous avons dans la pauvreté actuelle de l’Église, si ressemblante à celle de Jésus, un grandiose signe des temps. En effet, l’humilité et la charité sont les conditions de l’entrée dans la gloire. Plus nous voyons l’Église humble et aimante, plus nous pouvons être certain du travail accompli par l’Esprit Saint et de la proximité du retour du Christ. Mais nous pouvons aussi être sûrs que le Christ ne reviendra pas avant que cette pauvreté ne soit devenue totale, semblable à celles de Jésus et Marie à la croix. Saint Paul l’affirme: «Avant sa Venue (la Parousie* du Christ) doit venir l’Homme Impie...[292] »

 

Sans trop forcer l’analogie entre la vie de Jésus et celle de l’Église, nous voudrions établir quelques parallèles très visibles qui peuvent démontrer un peu plus la proximité de l’Heure Sainte de l’Église[293]. Ils peuvent aussi aider les chrétiens qui vivent mal les temps actuels à mieux les comprendre. Les abaissements de Jésus vers la fin de sa vie furent précédés par des oppositions de plus en plus fortes. Il vit un nombre important de disciples le quitter[294], ses paroles furent passées au crible et déformées par les chefs du peuple et certains désirèrent le tuer[295]. Jusqu’à la fin, ces oppositions se durcirent au point que ses grands miracles eux-mêmes devinrent des motifs de mort[296]. L’Esprit Saint permit que ces luttes se produisent pour que le cœur humain de Jésus, frappé de souffrances, s’appauvrisse. Certes, Jésus n’était pas orgueilleux, lui en qui on n’a jamais pu trouver de péché! Mais la souffrance eut en lui pour effet de créer des abîmes de pauvreté. C’est une propriété de la souffrance. Rien ne peut produire plus de pauvreté qu’elle : “ Par sa passion, Jésus a appris l’obéissance[297]”.

Depuis que l’apostasie* est en marche en Occident, il en est de même pour l’Église. Il y eut même de grands saints pour l’annoncer aux papes. Lorsque les États du Vatican furent envahis par les armées italiennes (1870) à l’occasion de sa réunification, le pape Pie IX prononça une sentence d’excommunication contre tous les auteurs de cette “injustice”. Il s’enferma au Vatican et se considéra dès lors comme prisonnier. Saint Jean Bosco vint le trouver pour lui dire en substance: «Cela vient de Dieu! Ne vous y opposez pas. Souvenez-vous de la prophétie donnée à saint Pierre* par notre Seigneur: Quand tu seras devenu vieux, tu étendras les mains et un autre te mettra ta ceinture pour t’emmener où tu ne voudrais pas aller[298]. Cette parole se réalise aujourd’hui ». Le pape n’excommunia pas Jean Bosco car il l’aimait mais il ne put comprendre la portée de ses paroles. Le cheminement se fit à travers ses successeurs.

 

Le progressisme

(Chose indécise)

 

Il est possible de décrire les souffrances et les appauvrissements subis par l’Église romaine depuis cette époque. La première d’entre elles fut la perte de la foi dans des couches de plus en plus nombreuses de la société. En contemplant la vie de Jésus, on s’aperçoit que, plus encore que des luttes extérieures, il eut à souffrir d’oppositions sourdes à l’intérieur du cercle de ses amis. La plus terrible d’entre elles fut le fait de son apôtre Judas. Sa révolte éclate[299] après qu’une femme pleurant ses péchés et pleine de reconnaissance pour la douceur de Jésus à son égard eût versé sur ses pieds un parfum de grand prix: «Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu trois cents deniers qu’on aurait donnés à des pauvres? Jésus lui répondit: Laissez-la. C’est pour le jour de ma sépulture qu’elle devait garder ce parfum. Les pauvres en effet, vous les aurez toujours avec vous; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours ». L’attitude de Judas est compréhensible. Trois cents deniers représentent un salaire ouvrier d’une année. Le geste d’amour gratuit de la femme lui parut une perte considérable par rapport à l’annonce de l’Évangile, qui est un message d’attention aux plus pauvres. Judas ne saisissait pas l’unité totale entre les deux commandements de l’amour, entre l’amour de Dieu et l’amour des pauvres.

Il s’agit là sans aucun doute d’un signe des temps qui apparaîtra dans l’Église vers la fin du monde. Comment pourrait-il en être autrement? J’ai montré que le dernier antichristianisme séduirait le monde entier en raison des riches valeurs d’humanisme (sans Dieu...) qu’il intégrera. Il y eut jadis des chrétiens généreux mais peu clairvoyants pour se laisser séduire au nom de l’amour de Dieu, par le fanatisme religieux ou encore par le nationalisme et le marxisme. Comment pourrait-il en être autrement de l’humanisme sans Dieu* qui ressemble beaucoup plus à l’Évangile du Christ? L’humanisme fait même partie du christianisme mais celui-ci sait le consacrer au Dieu aimé. De nos jours, nous avons vu apparaître dans l’Église un courant de pensée très puissant qui réduit l’Évangile à la lutte pour le bien social. Ses membres sont familièrement qualifiés sous l’étiquette de progressistes ou de libéraux parce qu’ils semblent en harmonie avec le progrès du monde. Ils se caractérisent par une sourde opposition aux décisions des papes jugées en décalage par rapport à notre temps. Ils critiquent en particulier ses positions en matière de comportement sexuel. “De quoi se mêle-t-il? Chacun est libre de mener sa vie privée selon sa conscience ”. La liberté, telle est sans doute aux yeux de ce courant le qualificatif le mieux choisi pour résumer l’Évangile. “ Il est l’Évangile de la liberté ”. Il est surprenant de constater comme une petite variation d’interprétation peut avoir de conséquences. Nous disions précédemment que l’Évangile se spécifie d’abord dans l’amour de Dieu et du prochain... L’amour de Dieu et du prochain est premier, la liberté conséquence.

Ainsi, pour le courant progressiste, l’encouragement de l’Église pour la vie consacrée, la prière, paraît être une perte de temps et d’énergie pour l’action sociale. Il ressent ces dons comme Judas ressentit le gaspillage d’un parfum de grand prix. L’amour gratuit de Jésus aimé et servi comme un époux au jour le jour paraît n’être le fruit que d’une fuite du monde. Ce courant de pensée ne se séparera jamais de l’Église par un schisme bien qu’il le soit par le cœur.

Ne constituera-t-il pas un signe des temps très significatif car analogue à ce qu’on voit dans la vie de Jésus? Vers la fin du monde, il est probable que le progressisme* humaniste ira en s’approfon–dissant. Il supportera de moins en moins l’infaillible fidélité intellectuelle des papes à l’Évangile. A l’image de Judas au moment de sa tentation, il aura sans doute un rôle de coopération dans l’œuvre qui aboutira à la fin de l’Église visible[300]. Il livrera l’Église pour sa perte à l’Antichristianisme final[301]. Nous ne faisons pas oeuvre de prophète mais seulement d’obser–vateur des idées et de leurs conséquences probables.

 

L’intégrisme

(Chose indécise)

 

Un autre signe des temps, tout aussi significatif, mérite d’être rapporté. Quelques jours avant sa mort, Jésus eut un geste incompréhensible pour les apôtres. Il voulut se comporter avec eux comme s’il était leur esclave. Il se mit à laver les pieds de ceux qui étaient à table. Par ce geste, Jésus fit une révélation que jamais aucune autre religion, pas même le judaïsme, n’a soupçonné : Dieu, le Tout-Puissant, maître et Seigneur de l’univers, est humble[302]. Mais Pierre* ne voulut pas se laisser faire: «Seigneur toi, me laver les pieds? Jésus lui répondit: Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent; par la suite tu comprendras. Pierre lui dit : - Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais! Jésus lui répondit: - Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi »[303]. Pierre n’agit ainsi qu’à cause de son amour de Jésus, mais d’un amour mal éclairé. Il eut le sens de sa dignité de Maître et Seigneur. Son cœur était généreux mais absolument incapable de pensées divines. Pour lui, un Messie est fait pour devenir un roi politique ou spirituel. Un maître de vérité est fait pour avoir raison. Mais pour Jésus, un Messie est fait pour être le serviteur de tous jusqu’à en mourir.

Là encore il convient d’être attentif car l’Église, conduite sur le même chemin d’abaissement que Jésus, connaîtra nécessairement de la part de certains de ses membres la même réaction. Il existe d’ailleurs depuis le Concile Vatican II un courant de pensée qui ressemble à s’y méprendre à saint Pierre le jour du lavement des pieds. Familièrement, il est qualifié de mouvement intégriste* car il rêve de voir l’Église avec l’intégrité des traditions qui firent sa force au temps passé. Ces croyants sincères rêvent d’une Église sûre de sa Vérité, ne s’abaissant pas à s’adresser aux autres religions en courant le risque qu’ils considèrent comme actuel, d’être mis au même niveau qu’elles. Ils voudraient une liturgie de gloire, comme au temps des fastes, et non celle instaurée par les papes après le Concile. Ils n’arrivent pas à se rendre compte que le monde a changé, qu’il n’est plus chrétien en Occident. Aussi, la défense de la liberté religieuse, selon la conscience de chacun, leur parait s’opposer aux décrets faisant du christianisme la religion des États du temps où ceux-ci étaient catholiques. Alors, tel saint Pierre* devant Jésus ceint d’un tablier, ils ne reconnaissent plus leur Église en tenue de servante. Ils vont jusqu’à enseigner: «Les papes depuis Jean XXIII et le Concile Vatican II sont peut-être des antipapes. L’abomination de la désolation[304] est dans le Temple Saint, c’est-à-dire aux sommets de l’Église atteints par l’apostasie*». Ils oublient qu’il est impossible que ce texte des Évangiles se réalise de cette manière à cause de la promesse solennelle de Jésus faite aux papes: «J’ai prié pour que ta foi ne défaille pas.[305]» Ils interprètent mal des textes qu’ils savent pourtant adressés à tous les papes légitimement élus, jusqu’à la fin du monde. Cette contradiction torture leur esprit.

Mais, si l’on compare leurs agissements au comportement de saint Pierre qui les prophétise, on ne peut nier que leur révolte est liée à leur bonne volonté et à leur amour (mal éclairé) du Seigneur. Saint Pierre se laissa finalement laver les pieds. Mais force est de le constater, parce qu’il ne changea pas vraiment, sa confiance ne fut pas assez forte. Il s’enfuit. Il ne put dire : « j’étais avec mon Dieu au pied de sa croix. » Il en sera de même à la fin du monde pour ceux parmi les chrétiens qui rêveront encore d’une Église intègre et glorieuse. Ils ne tiendront pas. Ils s’enfuiront à la vue de la destruction spirituelle à venir. Ils n’auront pas, comme ceux parmi les chrétiens qui se seront laissés formés par Marie, la capacité de vivre de l’intérieur dans l’espérance la victoire finale de l’Église enfin devenue grande aux yeux de Dieu. Ils se diront plutôt, relisant fiévreusement les promesses de Jésus: «Les portes de l’enfer ne l’emporteront pas sur elle! [306]» que tout cela n’était peut-être que vanité... Ils passeront par les mêmes doutes que Pierre après l’arrestation et la mort de Jésus, doutes qui l’amenèrent à renier trois fois. Il y aura dans leur souffrance un signe des temps important.

 

On pourrait multiplier la description de ces signes dans l’Église. Nous ne voudrions en rapporter que deux autres qui me paraissent importants en ce début de XXIème siècle, alors que les chrétiens sont encore secoués par les effets du Concile Vatican II. Le premier concerne la liturgie et le second la papauté*.

 

Les signes dans la liturgie

(Chose probable)

 

La liturgie est un objet de conflit si important en Occident depuis le Concile Vatican II qu’il convient de montrer qu’elle est aussi signe de notre époque et de la proximité du retour du Christ. L’art a de tout temps été signe de la mentalité des époques. Ainsi, le XIIIème siècle, époque de la civilisation chrétienne où tout s’unifie autour du Christ, brille par l’harmonie des cathédrales gothiques qui ressemblent à des vaisseaux en marche vers la lumière. En ce temps, il n’existe pas d’art profane et tout, peinture, sculpture, musique, sert Dieu. La Renaissance qui est le siècle de la redécouverte de valeurs humaines autonomes du christianisme, se caractérise par ses oeuvres profanes aux lignes classiques. L’époque moderne et contemporaine qui se caractérisent par l’oubli progressif de Dieu a été source d’un art de plus en plus profane et aujourd’hui torturé, non figuratif et parfois même sans vie apparente, marqué du même désespoir que le monde qui ne croit plus devoir espérer un salut après la mort. L’art est donc un signe philosophique de chaque époque.

Il en est de même au plan théologique mais l’art s’appelle liturgie. Le temps de l’Église a un sens plus profond puisqu’il annonce le retour du Christ. Or la liturgie de l’Église suit le même cheminement par étape que celle qu’on peut discerner dans les Évangiles autour du Christ jusqu’à sa mort. Durant sa vie terrestre, Jésus reçut de la part de ceux qui l’entouraient des marques qui étaient des signes de leur attachement à son égard. Il fut honoré diversement au cours de sa vie apostolique. Il y eut un temps caché de persécution et de fuite en Égypte. C’est le temps de la petite enfance. Il correspond pour l’Église aux 300 ans des persécutions romaines. Les églises sont alors des caves et des catacombes. La liturgie est pauvre et confidentielle.

Les trois ans de vie apostolique du Christ peuvent se diviser en trois temps. Il y eut un temps plus caché au moment où les Juifs commencèrent à entendre parler de lui. De même, l’Église, au commencement de sa reconnaissance dans l’Empire romain d’Occident, au temps des invasions barbares, est encore peu puissante au milieu des peuples païens. Elle se réunissait dans des églises intimistes et, ne célébrait que derrière un voile le mystère de l’eucharistie. En Occident, l’art roman est l’empreinte de cette époque.

Au cours de sa vie, Jésus connut ensuite un moment de gloire extérieure. Les gens venaient de tout Israël* pour écouter sa parole et voir ses miracles. On voulait le toucher, le faire roi. De même, l’Église connut une époque de gloire. Elle dominait le monde, pouvant excommunier les rois et leur enlever leur trône. Au Moyen Age et jusqu’à la Révolution française, sa liturgie devint somptueuse, riche et solennelle, à l’image du pouvoir spirituel (et matériel) qu’elle possédait. C’est le temps du gothique, de l’art flamboyant qui s’élève en flèches vers le ciel.

Dans une troisième phase de sa vie apostolique, Jésus connut de plus en plus la lutte et les abandons. On vint moins l’écouter. Il fut souvent de plus en plus seul. Il en est de même pour l’Église depuis le siècle des Lumières et de plus en plus actuellement. Alors, poussée par l’Esprit Saint, l’Église changea de liturgie. Après le Concile Vatican II, elle l’appauvrit, la rendit plus familiale en insistant davantage durant la Messe sur l’aspect “repas intime” de la Cène de Jésus et moins sur la gloire du Sacrifice universel de la croix. L’Église avait bien sûr le droit d’agir ainsi, puisant dans l’immense richesse des trésors de l’Évangile. Mais elle fut contestée. Pourtant, elle donnait aux chrétiens l’un des plus grands signes des temps de la fin.

 

Nous pouvons être sûrs que d’autres signes seront donnés par la liturgie dans le futur, à mesure que s’approchera l’Heure Sainte du martyre de l’Église. Les chrétiens de ces époques futures devront y être attentifs et, chaque fois que les signes de petitesse s’approfondiront, se réjouir “ et redresser la tête car leur Rédemption s’approche[307]”. Cette liturgie de pauvreté sera poussée très loin, à l’image de Jésus. Sa dernière liturgie, celle de son sépulcre, fut accomplie par des laïcs qui n’étaient même pas ses compagnons de route mais de simples admirateurs[308]. Il n’eut pas droit au parfum de l’embaumement. Il en sera de même pour l’Église...

 

L’heure de l’Église sera-t-elle annoncée par la papauté?

(Chose probable)

 

Verra-t-on, vers la fin, avant la venue de l’Antéchrist, des papes annoncer explicitement la proximité de l’épreuve? C’est une question difficile qui appelle deux réponses car le pape a deux rôles principaux dans l’Église.

1-Il est le Maître de la Vérité délégué par Jésus pour que notre connaissance de Dieu ne se fourvoie pas: “Affermis tes frères ”.

2- Il est aussi le Berger suprême délégué pour conduire l’Église vers la Venue du Christ: “Sois le berger de mes brebis.[309]”.

 

1- Elle sera explicitement annoncée par Pierre en tant qu’il est le Magistère

 

Le fait que l’Église doive subir un martyre relève, en tant que doctrine théologique, du ministère du pape comme Maître de vérité (Magistère). Il est donc probable que vers la fin des temps les papes annonceront ce martyre ou sa possibilité, de la même façon que Jésus l’a annoncé à ses disciples. Curieusement, la chose est devenue réalité depuis quelques années. Qu’on se réfère à l’enseignement rapporté précédemment et tiré du Catéchisme de l’Église catholique[310]. C’est la première fois que, historiquement, le Magistère rappelle en usant de son infaillibilité habituelle, un tel enseignement de l’Écriture.

Quoiqu’il arrive dans le futur et quoiqu’en disent aujourd’hui des membres de la mouvance intégriste, il est impossible qu’un pape élu légitimement se mette à prêcher en tant que pape, autre chose que l’Évangile de Jésus. Toute l’histoire de l’Église le montre. Nous avons eu des papes assassins, adultères, polygames même, mais jamais de pape hérétique[311]. A l’inverse, tous les autres sièges apostoliques, sans exception, ont connu des évêques douteux et même hérétiques. Un seul échappe à cette règle, celui du successeur de Pierre*. La raison en est simple. Jésus a promis. Il est Dieu et il a la puissance de tenir sa promesse. Il est donc certain que, quelles que seront les décisions solennelles des papes futurs au plan de la foi et de la morale, elles viendront de Dieu.

 

Un récit romancé récent, passé presque inaperçu, semble indiquer une prise de conscience de plus en plus forte d’une partie des chrétiens à l’égard de la proximité de la passion de l’Église. Dans son roman L’anneau du pécheur, Jean Raspail[312] rapporte une parabole qu’il faut lire pour comprendre ce que pourrait être le témoignage final des papes. Il raconte qu’à Rome, dans la crypte souterraine du Vatican où reposent la plupart des papes de l’histoire, près du tombeau de Jean XXIII, une pierre tombale sans date porte sur le côté l’inscription Benedictus. Elle est très récente puisqu’elle fut posée en 1994. Elle contient les restes d’un homme pauvre, décédé dans le sud de la France. Son corps fut ramené par un évêque au service de l’État du Vatican. Or cet homme était pape, un vrai pape de l’Église catholique romaine, dont la lignée apostolique remonte à la fin du XIVème siècle. A cette époque, un grand schisme eût raison de la papauté d’Occident et la divisa en deux puis bientôt en trois papes. Or, l’un d’eux, Clément VII, fut élu en Avignon selon les règles canoniques. En fin de compte et pour mettre fin au schisme, les trois papes furent déposés par un Concile (Constance, 1417). Un quatrième pape fut élu, à l’origine des actuels papes de Rome. Loin de renoncer, le successeur de Clément VII, nommé Benoît XIII (Benedictus PP. XIII), résista dans le sud de la France et en Espagne. Il eut un successeur, puis un autre et, les uns après les autres, de moins en moins connus, de plus en plus– pauvres, la lignée des papes prénommés Benoît perdura jusqu’à aujourd’hui. Devenus mendiants, ils ne gardaient plus sur eux que trois objets témoins de leur gloire passée, l’anneau papal ou anneau du pécheur donné au pape Benoît XIV, un calice pour leur office de prêtre, et une étole rouge, couleur du martyre. Ils trouvaient toujours quelques jeunes vocations pour adhérer à leur Église parallèle et la faire durer, jusqu’au dernier d’entre eux qui se trouva seul et incapable de s’assurer un successeur. Il fut rejoint par la crise religieuse de l’Occident. Il mourut en 1994 auprès d’un prêtre envoyé par Rome, alors qu’il s’était mis en marche vers cette ville. On trouva dans ses papiers, outre le récit d’une aventure de sept siècles, la prophétie suivante:

 

«J’ai vécu longtemps et j’ai vu le monde changer. II y a des choses que je sais. Je dirai de quelle façon. C’est pourquoi je dois aller à Rome. Avant cinquante ans, plus tôt peut-être, deux forces s’y opposeront et le pape se souviendra du destin du pape Pedro de Luna et de ses trente-deux successeurs qui ne laissèrent aucune trace sur cette terre”.

 

Le pape Jean-Paul II, raconte Jean Raspail, fut frappé par cette histoire. Il fit transférer les restes de Benoît à Rome. Le fait que cette succession de papes ait duré jusqu’à aujourd’hui, sous le nom de Benoît (Bénis*) et qu’elle ait émaillé son histoire par des miracles réalisés ici ou là lui parut une marque de l’action de Dieu. Ces papes ne sont-ils pas une prophétie vivante, une image de l’avenir de la papauté de Rome? D’après le roman de Jean Raspail, le commentaire de Jean-Paul II fut le suivant[313]:

 

«La simplicité de Benoît, son humilité, son dénuement, sa naïveté, sa solitude, sa fonction pontificale réduite à celle des premiers âges, quand l’apôtre Pierre*, tout aussi seul, errait sur les routes de l’Empire sans grand espoir d’être écouté... Pierre était le commencement. Benoît ressemble à une fin qui aurait été anticipée. Tout cela a profondément ému le Saint-Père. À ses proches il a dit que viendrait un jour où l’enseignement de l’Église serait unanimement rejeté parce que devenu inapplicable au regard de la morale admise et de la religion du progrès. Il a dit que l’Église catholique serait déchirée, ses gros bataillons prêts à s’incliner. Il a dit que la conscience internationale contre laquelle il s’est déjà élevé sans succès enjoindrait au pape de se soumettre, lui-même ou l’un de ses proches successeurs, qu’un concile l’imposerait à la lumière d’une nouvelle lecture de l’Évangile, et qu’il ne resterait plus au pape qu’à quitter Rome et disparaître, comme Benoît. Pour traverser encore d’autres siècles, comme Benoît. L’un et l’autre sont des fugitifs »[314].

 

Quelle est la vérité de ce récit? Peu importe. Il est prophétiquement vrai. Il raconte, mieux encore qu’un long traité de théologie, ce que j’entends par « témoignage final de la papauté ».

 

2- En tant qu’il est le « pasteur universel », il semble que Pierre essayera de fuir sa passion et d’en dispenser ses frères

 

Si l’on suit les Écritures, il semble que le dernier pape et ses prédécesseurs immédiats seront signes de la proximité du retour du Christ sans le vouloir. La papauté essayera d’y échapper. C’est ce que signifie un texte de l’Évangile qui exprime allégoriquement ses dernières heures. Jésus venait de ressusciter. Pierre, repentant de ses reniements, était venu à lui. Jésus le confirma dans son rôle de premier parmi les apôtres et lui dit solennellement les paroles suivantes:

 

“ En vérité, en vérité, je te le dis. Quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais. Quand tu auras vieilli, tu étendras les mains et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas. Il signifiait en parlant ainsi le genre de mort par laquelle Pierre devait glorifier Dieu[315] ”

 

Ce texte est évidemment une allégorie. Il s’adresse à la personne de Simon-Pierre*, mais aussi, profondément, à ce qu’elle représente. Appliquée à la personne de Pierre, la prophétie s’est réalisée de manière très forte. L’hagiographie ancienne raconte que, lors de la persécution inaugurée par l’Empereur Néron après l’incendie de Rome, Pierre se sauva seul hors de la ville, laissant les fidèles en proie au martyre. Ce fut sans doute un effet de son tempérament à la fois héroïque s’il s’agit de mourir vite et faible quand il faut durer dans l’épreuve. En route, il rencontra le Christ qui se dirigeait vers Rome. Pierre lui dit: «Où vas-tu, Seigneur? » Quo vadis ? Il lui fut répondu: «Je vais à Rome pour y mourir à ta place ». Alors Pierre, contrit, retourna à Rome où il fut crucifié. Il demanda à l’être la tête en bas, conscient de son indignité à subir la même passion que son maître. Tout cela est visiblement une prophétie. Elle annonce symboliquement la manière dont la papauté sera conduite elle-même vers son Heure.

Il peut arriver qu’un homme soit prophète sans le vouloir. Ainsi Caïphe qui était grand prêtre à l’époque de la vie apostolique de Jésus, dit-il à ses confrères: «Vous ne voyez même pas qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière[316] ». Et l’évangéliste comprend cette parole en disant: «Il ne dit pas cela de lui-même mais, étant grand prêtre cette année là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation ». De même, à la fin des temps, la papauté sera certainement conduite par l’Esprit Saint à prononcer des paroles et à subir des événements qui seront signes de la fin prochaine. Elle le fera en résistant. Mais elle le fera. Avec difficulté sans doute, elle imitera Jésus dans un comportement significatif de sa dernière heure. En cela, elle sera signe des temps[317].

Le martyre de l’Église, qui sera un événement historique, et qui se réalisera à l’heure voulue par Dieu, concerne donc le rôle du pape en tant que berger qui conduit le troupeau de Dieu vers son sacrifice et sa glorification. Il conviendra donc de scruter les décisions de fond concernant la Pastorale de l’Église (la manière utilisée par Pierre* en tant que Pasteur des brebis pour conduire l’Église vers le retour du Christ), avec l’œil de l’espérance théologale. Il est certain qu’elles seront invisiblement dirigées par l’Esprit vers le Golgotha et la gloire.

Saint Jean Bosco fit un rêve[318] concernant les épreuves à venir de l’Église. Il voyait que seuls survivaient au naufrage ceux qui s’appuyaient sur trois blancheurs: Marie, Jésus dans son eucharistie et le pape pour sa foi toujours vraie. Ce rêve est non seulement prophétique mais aussi théologique[319].

 

Avant la fin de l’Église, la dernière Pentecôte d’amour

(Chose probable)

 

« Les disciples amenèrent l’ânesse et l’ânon. Puis ils disposèrent sur eux leurs manteaux et Jésus s’assit dessus. Alors les gens, en très nombreuse foule, étendirent leurs manteaux sur le chemin; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient le chemin. Les foules qui marchaient devant lui et celles qui suivaient criaient: "Hosanna au fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna au plus haut des cieux!" Quand il entra dans Jérusalem, toute la ville fut agitée. "Qui est-ce?" Disait-on, et les foules disaient: "C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée."[320] »

 

Tout au long de cet ouvrage, j’ai montré que la vie de Jésus dans son ensemble est l’icône de celle de l’Église. C’est le même Esprit Saint qui les dirige dans une même direction et selon une même méthode.

Cette identification entre l’Église et son époux sera poussée très loin. Les contemplatifs, ceux qui lisent de l’intérieur l’histoire, y trouveront au moment voulu les signes pour discerner les temps. Ils pressentiront où en est l’humanité en observant l’attitude de l’Église, en la comparant à celle de Jésus.

Avant sa semaine Sainte, Jésus connut un dernier moment de gloire terrestre. Cela fut inattendu tant les luttes le pressaient de partout. Alors qu’il entrait dans Jérusalem*, les foules vinrent à lui et l’acclamèrent. Il ne faut pas s’illusionner sur la qualité spirituelle de ces acclamations. La plupart des personnes ne savaient pas pourquoi elles agitaient des palmes et criaient «Hosanna au Fils de David !» Elles suivaient le mouvement de masse. Elles se laissaient entraîner. La preuve en est que la même foule, quelques jours plus tard, demanda qu’on crucifie Jésus et qu’on délivre Barabbas[321]. Sans le savoir, en agissant ainsi, la foule réalisait une prophétie ancienne. Ainsi, tout dans l’Écritures, jusqu’au dernier iota devait être accompli. «Exulte avec force, fille de Sion! Crie de joie, fille de Jérusalem! Voici que ton roi vient à toi. Il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. Il retranchera d’Ephraïm la charrerie et de Jérusalem les chevaux; l’arc de guerre sera retranché. Il annoncera la paix aux nations. Son empire ira de la mer à la mer et du Fleuve aux extrémités de la terre[322]. »

De même, avant la semaine Sainte de l’Église, il y aura une dernière acclamation, faite d’enthousiasme communicatif. Ce sera l’Hosanna de l’histoire de l’Église[323]. Il s’agira d’un événement visible. Il ne s’agira pas de cette gloire intérieure de l’heure du sépulcre. Nous parlons ici d’une gloire terrestre. Les foules humaines reconnaîtront à l’Église devenue humble la riche valeur de civilisation qu’elle apporte à l’humanité. Médiatiquement, l’Église catholique sera considérée et admirée. Elle recevra de Dieu, pendant quelques années, l’autorisation d’enseigner son message sans qu’il soit déformé par les médias. A cette occasion, il est probable que l’Évangile sera une fois de plus annoncé à toutes les nations. Sa parole de vie sera proposée une dernière fois au monde. Il sera entendu, quoique de manière éphémère.

La Vierge Marie semble décrire ce moment dans le secret de La Salette[324]: « Au premier coup de son épée foudroyante, les montagnes et la nature trembleront d’épouvante, parce que les désordres et les crimes des hommes percent la voûte des cieux. Paris sera brûlé et Marseille englouti[325]; plusieurs villes seront ébranlées et englouties par des tremblements de terre; On croira que tout est perdu; On ne verra qu’homicides, on n’entendra que bruits d’armes et que blasphèmes. Les justes souffriront beaucoup; Leurs pénitences et leurs larmes monteront jusqu’au Ciel, et tout le peuple de Dieu demandera pardon et miséricorde, et demandera mon aide et mon intercession. Alors Jésus-Christ, par un acte de sa justice et de sa grande miséricorde pour les justes, commandera à ses anges que tous ses ennemis soient mis à mort. Tout à coup les persécuteurs de l’Église de Jésus-Christ et tous les hommes donnés au péché périront, et la terre deviendra un désert[326]. Alors se fera la paix, la réconciliation de Dieu avec les hommes; Jésus-Christ sera servi, adoré et glorifié; La charité fleurira partout. Les nouveaux rois seront le bras droit de la sainte Église, qui sera forte, humble, pieuse, pauvre, zélée et imitatrice des vertus de Jésus-Christ. L’Évangile sera prêché partout, et les hommes feront de grands progrès dans la foi, parce qu’il y aura unité parmi les ouvriers de Jésus-Christ et que les hommes vivront dans la crainte de Dieu. Cette paix parmi les hommes ne sera pas longue. Vingt-cinq ans d’abondantes récoltes leur feront oublier que les péchés des hommes sont cause de toutes les peines qui arrivent sur terre ».

 

Beaucoup de révélations privées[327]* annoncent la dernière Pentecôte d’amour de l’Église. Le message de la Salette décrit 25 ans d’abondantes récoltes[328]. Actuellement, le message du Christ n’est pas médiatiquement audible. La génération qui tient les médias le déforme par peur que sa vérité n’enflamme les cœurs. Mais l’histoire provoquera un retournement. La génération de mai 68 passe et la génération suivante vit dans un désert spirituel. Suite à un fléau dont nous ne pouvons que supputer la nature[329], les peuples chrétiens s’ouvriront un temps à la foi. Il conviendra de profiter de ce temps de grâce et d’enseigner l’Évangile[330].

Ainsi se réalisera une dernière fois de manière visible, médiatique et selon sa lettre, la prophétie fameuse de Jésus: « L’Évangile sera prêché à toutes les nations. Puis viendra la fin. » Toutes les nations, sans en exclure aucune (les nations chrétiennes, musulmanes, bouddhistes, hindouistes, animistes, humanistes), entendront le message de Jésus. Ce sera le dernier signe donné avant le temps de l’Antéchrist* final.

Que l’Église puisse une dernière fois faire entendre la vérité ne signifie pas qu’elle sera reçue. Tout cela sera éphémère. Les forces du mal auront trop pris les âmes. Les conditionnements sociologiques de l’histoire rendront possible la dernière prédication et ces mêmes conditionnements la rejetteront ensuite. Le balancier de l’histoire se retournera vite. Une génération plus tard, des jeunes se lèveront et diront: « la religion n’apporte que des malheurs et de la domination. Elle opprime la liberté des hommes ». De fait, cette génération sera mue par une puissante soif de liberté et de plaisirs. Elle ne supportera pas les contraintes de l’amour vrai. Elle étayera son discours sur les faits de l’histoire lointaine ou récente. L’Inquisition ecclésiastique et la crise violente de l’islam* seront évoqués, pêle-mêle. On libérera de nouveau le « bandit Barabbas » que dénonçait l’Église[331]. Alors nulle parole de Dieu ne sera plus écoutée. Il ne sera plus temps de parler mais de prier[332].

 

Mon opinion

(Chose fantaisiste ?)

 

Qu’on me permette de donner ici mon opinion. Ce temps de gloire de l’Église me semble proche. Il me semble que l’Église arrive à ce moment de son histoire où il lui faut monter vers Jérusalem. Comme le Christ persécuté, elle a été contrainte de prendre depuis 200 ans un ton plus humble. Depuis le Concile Vatican II, elle s’est mise à parler aux païens[333]. Elle ne cesse de ressembler à Jésus dans sa dernière année d’apostolat. Depuis quelques temps, à travers la voix du grand pape de Marie*, Jean-Paul II, elle commence à annoncer son Heure future. En cela aussi elle imite Jésus[334]. Tout cela constitue sans aucun doute une série de signes des temps. Si cet instinct spirituel est juste, il semble que l’Église va devoir bientôt monter sur un ânon d’humilité et parler, peut-être une dernière fois. Ensuite, son message ne sera plus oral. Il sera le témoignage d’un sacrifice ultime.


 

 


CHAPITRE 6: LE SIXIÈME JOUR ET L’ANTÉCHRIST

 

Deux textes de l’Écriture sont importants pour la connaissance de la venue et de l’œuvre du dernier Antéchrist[335].

 

“Lorsque vous verrez l’abomination de la désolation dont a parlé le prophète Daniel, installée dans le lieu saint (que le lecteur comprenne !), alors que ceux qui sont en Judée s’enfuient dans les montagnes...[336]”

“Nous vous le demandons, frères, à propos de la Venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui, ne vous laissez pas trop vite mettre hors de sens ni alarmer par des manifestations de l’Esprit, des paroles ou des lettres données comme venant de nous, et qui vous feraient penser que le jour du Seigneur est déjà là. Que personne ne vous abuse d’aucune manière. Auparavant doit venir l’apostasie et se révéler l’Homme impie, l’être perdu, l’Adversaire, celui qui s’élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte, allant jusqu’à s’asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, se produisant lui-même comme Dieu. Vous vous rappelez, n’est-ce pas, que quand j’étais encore auprès de vous je vous disais cela(...). Sa venue à lui, l’Impie, aura été marquée, par l’influence de Satan, de toutes espèces d’œuvres de puissance, de signes et de prodiges mensongers, comme de toutes les tromperies du mal, à l’adresse de ceux qui sont voués à la perdition pour n’avoir pas accueilli l’amour de la vérité qui leur aurait valu d’être sauvés. Voilà pourquoi Dieu leur envoie une influence qui les égare, qui les pousse à croire au mensonge en sorte que soient condamnés tous ceux qui auront refusé de croire la vérité et pris parti pour le mal [337]”

 

Avant tout, si l’on suit la lettre des Ecritures Saintes, on peut dire sans hésiter que la foi des chrétiens tient pour certaine onze affirmations concernant l’Antéchrist de la fin du monde [338]:

1- Première certitude : L'Antéchrist sera une épreuve pour les bons, un châtiment éducatif pour les pauvres pécheurs, une voie de perdition pour les pervers.

2- L'Antéchrist sera un homme, un individu.

3- L'Antéchrist ne sera pas Satan incarné, ni un démon sous une apparence humaine, mais un membre de la famille humaine, un homme, rien qu'un homme.

4- L'Antéchrist sera séducteur par certaines qualités de sa personne.

5- Les débuts de l'Antéchrist seront humbles et peu remarqués.

6- L'Antéchrist grandira et fera des conquêtes.

7- L'empire de l'Antéchrist deviendra universel.

8- L'Antéchrist fera une guerre acharnée à Dieu et à l'Église.

9- L'Antéchrist se fera lui-même passer pour Dieu, il voudra être adoré lui seul.

10- C'est au moyen de prodiges diaboliques que l'Antéchrist prétendra démontrer qu'il est Dieu.

11- La domination et la persécution de l'Antéchrist seront passagères. L'homme de péché sera détruit.

 

La première question qui se pose est la suivante. Qui est l’Antéchrist? Est-il un homme fait de chair et de sang ou le symbole personnifié d’une idéologie, d’un anti-Évangile? Les deux thèses ont été soutenues par les théologiens. Pourtant, si l’on regarde les textes de l’Écriture Sainte qui nous annoncent sa venue, ils semblent trancher sans ambiguïté pour un Antéchrist homme, fait de chair et de sang. Saint Jean, dans sa première épître ne cesse de distinguer «l’esprit de l’Antéchrist» et « l’Antéchrist ». Le premier est une forme de pensée: «Tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu. C’est là l’esprit de l’Antéchrist[339] ». Au contraire, l’Antéchrist doit, selon lui, venir à une époque bien précise comme vient un faux prophète: «Petits enfants, voici venue la dernière heure. Vous avez entendu dire que l’Antéchrist doit venir; et déjà maintenant beaucoup d’Antéchrists sont venus, à quoi nous reconnaissons que la dernière heure est là[340] ». Son enseignement concorde en tout point avec celui de saint Paul cité ci-dessus. Il semble que la prédication unanime des apôtres a consisté à rappeler que le Christ ne reviendrait pas dans sa gloire avant que ne vienne l’Antéchrist. Chaque génération de chrétiens eut son Antéchrist dont la venue fut permise par Dieu pour approfondir la fidélité de ses disciples et leur pauvreté dans la lutte. Pour eux, cet Antéchrist fut donné comme le signe de la fin de leur monde. Cela se réalisa très concrètement puisque, depuis que le monde est monde, il n’existe pas de génération qui n’ait eu sa part de malheurs politiques, guerres, famines etc.

Cependant, la fin des fins, celle qui précède la résurrection des morts, est aussi l’ère d’un Antéchrist particulier dont les autres ne sont que des préfigurations. Ainsi, à moins de forcer les textes de l’Écriture, il semble certain que l’Antéchrist est un homme qui prêche avec succès une forme d’Antichristianisme. Cela concorde d’ailleurs avec tout ce que l’histoire nous montre des antichristianismes. Une idée, quelle qu’elle soit, ne brille puissamment que si elle est incarnée par un homme talentueux qui sait enthousiasmer les foules. L’exemple le plus typique de cette nécessité d’une incarnation est l’histoire du nazisme. Cet antichristianisme est épais dans ses principes. Établir la valeur des hommes sur une base strictement raciale, est indigne d’un siècle cultivé et du peuple de Goethe. Qu’un barbare du XVème siècle avant notre ère[341] ait pu élaborer une telle doctrine pour défendre sa tribu contre les menaces d’une autre, cela peut se comprendre. Mais qu’une nation chrétienne y sombre presque tout entière et avec émotion, cela dépasse la raison. Hitler est un Antéchrist, l’un des plus puissants que l’humanité ait connu. A ce propos, citons la prophétie étonnante de sainte Odile*[342], morte en 720 et patronne de l’Alsace. Dans l’une de ses visions, elle attribue à Hitler le qualificatif d’Antéchrist.

 

“Ecoute, écoute, ô mon frère. J’ai vu la terreur des forêts et des montagnes. L’épouvante a glacé les peuples. Il est venu le temps où la Germanie sera appelée la plus belliqueuse des nations de la terre. Elle est arrivée l’époque où surgira de son sein le guerrier terrible qui entreprendra la guerre du monde et que les peuples en armes appelleront l’Antéchrist, celui qui sera maudit par les mères pleurant, comme Rachel, leurs enfants et ne voulant pas être consolées. Vingt peuples combattront dans cette guerre. Le conquérant partira des rives du Danube. La guerre qu’il entreprendra sera la plus effroyable que les humains aient jamais subie. Ses armées seront flamboyantes et les casques de ses soldats seront hérissées de pointes qui lanceront des éclairs pendant que leurs mains brandiront des torches enflammées. Il remportera des victoires sur terre, sur mer et jusque dans les airs, car on verra ses guerriers ailés, dans des chevauchées inimaginables, s’élever dans le firmament pour y saisir les étoiles et les projeter sur les villes et y allumer des grands incendies. Les nations seront dans l’étonnement et s’écrieront: «D’où vient sa force? ” La terre sera bouleversée par le choc des combats; Les fleuves seront rougis de sang, et les monstres marins eux-mêmes s’enfuiront épouvantés jusqu’au fond des océans. Les générations futures s’étonneront que ses adversaires n’aient pu entraver la marche de ses victoires. Des torrents de sang humain couleront autour de la montagne, ce sera la dernière bataille «Ultima pugna ». Cependant, le conquérant aura atteint l’apogée de ses triomphes vers le milieu du sixième mois de la deuxième année des hostilités, ce sera la fin de la première période, dite de victoire sanglante. II croira alors pouvoir dicter ses conditions La seconde partie de la guerre égalera en lon–gueur la moitié de la première; Elle sera appelée « tempus diuitionis », la période de la diminution. Elle sera féconde en surprises qui feront frémir les peuples. Dans la troisième période, tous les peuples spo–liés recouvreront ce qu’ils ont perdu et quelque chose de plus. La région de Lutèce sera sauvée elle-même à cause de ses montagnes bénies et de ses femmes dévotes. Pourtant, tous auront cru à sa perte, mais les peuples se rendront sur la montagne et rendront grâce au Seigneur. Car les hommes auront vu de telles abomina–tions dans cette guerre que leurs générations n’en voudront plus jamais. Malheur pourtant encore à ceux qui ne craignent pas l’Antéchrist, car il suscitera de nouveaux meur–tres. Mais l’ère de la paix sous le feu sera arrivée et l’on verra les deux cornes de la lune se réunir à la croix, car en ces jours, les hommes effrayés adoreront Dieu en vérité, et le soleil brillera d’un éclat inaccoutumé.[343]”

 

Mais Hitler n’est pas le dernier Antéchrist. Les Écritures nous décrivent son œuvre avec suffisamment de précision pour que nous puissions le reconnaître au moment de sa venue. Hitler fut avec Lénine, Staline, Pol Pot, Mao, l’un de ces terribles Antéchrist en matière de persécutions extérieures: “Celui qui tue le corps [344]”, dirait Jésus, mais dont l’âme reconnaît assez facilement la perversité. L’Antéchrist final sera plus terrible au plan de la vie divine. Il sera celui “qui, après avoir tué le corps, a le pouvoir de jeter dans la géhenne l’âme et le corps.[345]”

 

Qui est le dernier Antéchrist ?

(Chose probable)

 

“Quatre royaumes viendront qui n’auront pas la force du précédent. Et, au terme de leur règne, au temps de la plénitude de leurs péchés, se lèvera un roi au visage fier, sachant pénétrer les énigmes. Sa puissance croîtra en force (non en raison de sa propre puissance), il tramera des choses inouïes, il prospérera dans ses entreprises, il détruira des puissants et le peuple des saints. Et, par son intelligence, la trahison réussira entre ses mains. Il s’exaltera en son cœur et détruira un grand nombre par surprise. Il s’opposera au Prince des princes (le Christ) mais, sans acte de main, il sera brisé. Elle est vraie la vision qui a été dite.[346]”

 

Le dernier Antéchrist naîtra, confie la Vierge Marie aux enfants de la Salette, d’une fausse vierge hébraïque et d’un évêque[347]. Pour celui qui sait lire le genre apocalyptique utilisé, la traduction est simple. Il sera le fruit, en raison de toutes ses pensées, d’un judéo-christianisme mal orienté. La fausse vierge symbolise la foi d’Israël et l’évêque la foi chrétienne qui, loin de se tourner vers Dieu, cherche une réussite terrestre. Des prophéties de l’Écriture, nous pouvons déduire qu’il sera un homme brillant intellectuellement. Il analysera les réalités de son époque de manière perspicace et il s’en fera une idée précise à partir de la connaissance de l’homme selon toutes ses dimensions. Si l’on suit saint Paul, ces brillantes capacités ne seront pas seulement naturelles. Elles seront aidées et surélevées par une influence satanique[348]. Faut-il en conclure qu’il aura fait un pacte lucide avec Lucifer*? Certains théologiens ont cru pouvoir déduire cela du texte de saint Paul cité au début du chapitre. De fait, le texte[349] suggère une telle interprétation mais ne le prouve pas vraiment. Je penche personnellement pour cette thèse. Mon opinion est fondée sur plusieurs observations et déductions[350]. Ceci étant dit, il s’agit d’hypothèses. De plus, elles ne préjugent pas du fond d’une âme.

L’essentiel n’est pas là. Le dernier Antéchrist, par blasphème direct contre l’Esprit Saint (ce que nous appelions un culte Luciférien) ou par humanisme convaincu et sincère (implicitement sataniste[351]), servira sans le savoir ou en le sachant, le démon. Satan, quant à lui, sait ce qu’il fait. Sa lutte à lui est “théologale”, explicitement et consciemment orientée contre la charité.

La deuxième “qualit頔 de l’Antéchrist sera son exceptionnel talent pour la parole. Non seulement ce qu’il dira sera intelligent, mais il saura grâce à un grand charisme pédagogique l’exposer à tous. Il ne fera pas que convaincre, il enthousiasmera. Il aura cette qualité qui fait les grands hommes politiques et leur permet d’entraîner les peuples dans de grandes réalisations.

Enfin, et c’est la troisième qualité qu’il est possible de déduire des textes prophétiques, l’Antéchrist saura prouver la vérité de ses dires par des réalisations efficaces. Il produira vraiment du bien, de grandes oeuvres humaines dont nous essayerons de définir la nature. Les trois qualités, intelligence, parole et efficacité font aussi les grands apôtres chrétiens mais eux savent mettre les qualités humaines et charismatiques que Dieu leur donne au service de l’Évangile. –

Peut-on savoir ce que le dernier Antéchrist proposera aux nations pour les séduire et réussir dans ses entreprises? Quelle est la nature de l’antichristianisme de la fin? A partir de l’Écriture, nous savons qu’il sera pour les hommes la meilleure chose qui puisse exister en vue du bonheur terrestre. Mais, au regard de Dieu, il sera la pire car il produira efficacement dans l’esprit des peuples de l’égoïsme et de l’orgueil.

Quelle est donc l’idéologie, le projet de société le plus capable de produire égoïsme et orgueil? Je pense que le dernier antichristianisme sera une forme politique du blasphème contre l’Esprit saint. Le monde entier, sachant que Dieu existe et connaissant ses projets, se décidera à construire lucidement un monde dont il est absent. Il s’agit, nous l’avons montré, d’un péché explicitement et consciemment tourné contre la charité.

 

L’œuvre de l’Antéchrist

(Chose certaine pour le sens général, indécise pour le comment concret)

 

Pour comprendre son oeuvre, Jésus[352] invite à se référer aux prophéties du prophète Daniel. Voici les deux principales.

 

“ (...) et après soixante-deux semaines, un messie sera supprimé, et il n’y a plus pour lui (de place). La ville et le sanctuaire seront détruits par un prince qui viendra. Sa fin sera dans le cataclysme et, jusqu’à la fin, la guerre et les désastres décrétés. Et il consolidera une alliance avec un grand nombre. Le temps d’une semaine; Et le temps d’une demi-semaine, il fera cesser le sacrifice perpétuel et l’oblation et sur l’aile du temple sera l’abomination de la désolation jusqu’à la fin, jusqu’au terme assigné pour le désolateur.[353]”

“ Je regardais, moi Daniel, et voici: deux anges se tenaient debout, de part et d’autre du fleuve. L’un dit à l’homme vêtu de lin (le Christ) qui était en amont du fleuve. Quand se produiront ces choses inouïes? J’entendis l’homme vêtu de lin, qui se tenait en amont du fleuve. Il leva la main droite et la main gauche vers le ciel et attesta par l’Eternel Vivant: “ pour un temps, des temps et un demi-temps, et toutes ces choses s’achèveront quand sera achevé l’écrasement de la force du Peuple Saint.” J’écoutais sans comprendre; puis je dis: Mon Seigneur, quel sera cet achèvement? Il dit: Va, Daniel; ces paroles sont écrites et scellées jusqu’au temps de la Fin; Beaucoup seront lavés, blanchis et purifiés; les méchants feront le mal, les méchants ne comprendront point; les savants comprendront. A compter du moment où sera aboli le sacrifice perpétuel et posée l’abomination de la désolation, 1290 jours. Heureux qui tiendra et atteindra 1335 jours. Pour toi, va, prend ton repos; et tu lèveras pour ta part à la fin des jours.[354]”

 

Ces deux prophéties nous sont données selon un genre littéraire apocalyptique. Le Seigneur utilise cette manière symbolique de s’exprimer lorsqu’il veut nous amener à comprendre des événements qui à ses yeux se ressemblent mais peuvent se produire plusieurs fois au cours des époques. Leur première réalisation est racontée dans le livre des martyrs d’Israël*[355]. Sur ordre des princes grecs, on interdit le culte de Dieu. On transforma le temple de Jérusalem* en un sanctuaire dédié à Zeus Olympien (l’Abomination de la désolation dans le lieu saint![356]). On punit de mort ceux qui s’obstinaient à garder la religion du Dieu unique. Ces événements du passé sont l’image de ce qui se produira à la fin du monde, en raison de l’Antéchrist, non pas seulement à l’échelle du culte extérieur en Israël mais dans le temple des cœurs humains sur toute la terre. En s’appuyant sur ces textes et sur ce qui est discernable dans l’évolution du monde post-chrétien, essayons de nous faire une idée de l’œuvre de l’Antéchrist.

Lorsque, par suite de l’apostasie* grandissante dans le monde entier, les forces spirituelles de ceux qui adorent Dieu auront suffisamment diminué, Satan jugera que l’heure est venue. Les quatre royaumes annoncés à Daniel[357] symbolisent toutes les guerres, les idéologies, les forces de destruction qui ne cessent d’affaiblir l’Église et les religions[358]. Alors, Satan inspirera à un homme de commencer à agir. L’Antéchrist, car c’est de lui qu’il s’agit, entreprendra de parler à quelques personnes puis, très vite, à cause de la force de conviction de ses arguments, on viendra plus nombreux l’écouter. « Sa puissance croîtra en force, affirme Daniel[359], non par sa propre puissance ». C’est que, caché derrière lui, inspirant son discours et l’électrisant, Sa–tan sera présent. Il lui communiquera en raison de ses pouvoirs angéliques un extraordinaire charisme pour convaincre et les hommes sortiront après l’avoir écouté le cœur brûlant. La teneur de ses paroles semble pouvoir être résumée en deux parties. D’abord une lecture satanique de l’histoire de l’humanité; ensuite la proposition d’une nouvelle religion de l’Homme. Ses propos, comme ceux du serpent originel, mêleront vérité, interprétations tendancieuses et mensonges cyniques.

 

1- Lecture satanique de l’histoire

(Chose indécise)

 

Parmi les charmes séducteurs, Daniel et l'Apocalypse s'accordent à signaler, comme devant certainement présenter plus de dangers, le charme de la voix et de l'éloquence : Et il fut donné à la bête une bouche qui proférait de grandes choses[360]. De grandes choses !

 

“Depuis que le monde existe, les hommes se sont divisés et entretués. Ces guerres plaisaient aux Puissances mauvaises de l’au-delà dans la mesure où, divisant les hommes, elles pouvaient les maintenir dans l’humiliation et l’humilité[361]. Mais, malgré les fléaux que ces esprits mauvais ne cessait d’envoyer ou de permettre[362], l’humanité mûrit.

            L’âge des convoitises : Au début de l’humanité, on se battait pour conquérir la terre. On était animé par les trois convoitises bassement charnelles.

            L’âge des religions : En évoluant culturellement, les hommes ne perdirent pas leur zèle pour le pouvoir, les richesses et les plaisirs. Ils les mirent au service des religions. Les plus primitives soumettaient l’homme à des idoles de bois. Les plus élaborées eurent en commun de prêcher l’humilité, la négation de soi au profit d’un Dieu. De fait, elles ne visaient qu’à maintenir l’homme dans sa condition d’esclave. Sous le masque de l’agneau, elles servaient d’opium du peuple.

            L’âge des idéologies politiques : Pour se libérer, avec les siècles, l’humanité s’efforça de les rejeter. Croyant devenir plus libre, elle se donna à des utopies politiques. Elles furent nombreu–ses et insensées. Il en sortit des guerres encore plus terribles car on tuait tout homme qui pensait autrement, sans aucune limite, l’idole pouvant tout permettre.

            L’âge de l’humanisme sans Dieu : Dans une étape suivante, calmée par la vision des crimes, on inventa l’humanisme athée et le devoir de tolérance. On parla de l’urgence d’être heureux avant le vide du néant. On parla de paix, de respect d’autrui et on tenta de l’imposer à travers une autorité mondiale. Mais cet humanisme matérialiste finit par être partout rejeté car ils étaient sans espérance. C’est que « l’homme ne vit pas seulement de pain[363] ». Il a soif de vie éternelle. Il est un animal religieux.

            Parallèlement, la connaissance scientifique de la nature ne cessait de progresser. Devant sa complexité, on finit par comprendre que l’existence d’un créateur n’était pas un mythe. On découvrit la source profonde de l’éternel mal-être de l’homme. L’âme de l’homme, faite pour vivre libre et ne pas mourir, mourait du faux espoir où l’avaient plongée[364] les religions de la soumission et les idéologies anciennes. »

 

2- La proposition d’une nouvelle religion de l’Homme

(Chose indécise)

 

L'ange déchu ayant choisi l'Antéchrist comme chef visible de la suprême bataille à livrer contre le Christ et son Église, il lui communiquera quelque chose des charmes naturels et incomparables que l'Éden contempla autrefois avec étonnement dans Lucifer, charmes qui ne lui ont pas été retirés, mais dont il abuse pour faire le mal. Sous cette influence occulte, le sublime, dans la bouche du fils de perdition, s'unira au blasphème ; et cette tentation du sublime sera si attrayante, que les élus seraient séduits, si les élus pouvaient l'être[365].

            « Arrivée à la plénitude du savoir et de l’expérience, l’heure est venue pour l’humanité d’adhérer à la sagesse qui peut la combler tout entière. Après des siècles d’errance, le monde est mûr pour se donner à la vraie religion, l’Évangile éternel voulu par le Créateur, celui qui libère l’homme de toutes ses peurs.

            Les faux Évangiles affirmaient que l’homme devait être un serviteur. Le vrai affirme qu’il a été créé pour être un dieu. Il a été fait pour la liberté et la puissance, pas pour la dépendance. Il le peut dès ici-bas.

            L’humanisme sans Dieu disait que la vie s’arrête avec la mort, plongeant l’humanité dans l’exclusive recherche du bonheur immédiat et dans la désespérance[366]. Au contraire, cette vie n’est qu’un commencement. Après la mort, l’homme vit[367]. De l’autre côté du voile, il lui est proposé, pour l’éternité, liberté et dignité. Cela se réalise très concrètement par l’apparition du dieu suprême, « celui qui porte toute vraie lumière »[368]. L’homme qui choisit la liberté, qui refuse librement la dépendance que lui propose le faux dieu[369], prolongera sa puissance[370] dans l’autre monde pour l’éternité, dans la communion intellectuelle avec le projet grandiose de l’Ange de Lumière.

            Ainsi pacifiée et maîtresse d’elle-même, l’humanité va enfin s’appartenir. Elle va se mettre debout. Libérée de l’angoisse du néant, en contact spirite avec l’autre monde, elle va connaître la pleine possession d’elle-même[371]. Rien ne lui sera plus impossible. L’humanité deviendra maîtresse de son destin, décidant elle-même ce qui est bien ou mal.»

 

Ce discours ressemble beaucoup à l’Évangile du Christ. On y parle même d’un Dieu, d’une vie après la mort. Il n’y a plus d’athéisme. Il est aisé de se laisser abuser, même en étant chrétien.

Le message de l’Antéchrist plaira. Rappelons qu’il s’adressera à une génération du futur, une génération qui n’aura plus de religion[372]. L’humanité le recevra avec enthousiasme car elle aura bu jusqu’à la lie le désespoir de l’humanisme athée. Il sera ressenti par la majorité des hommes comme vrai. Il enthousiasmera les nations* avides de bonheur, de liberté et surtout d’une espérance éternelle. Plus encore que les autres, une partie des chrétiens de cette époque se mettra au service de ce grand projet. Leur sens de l’amour du prochain les y poussera. « C’est l’Évangile de Jésus, les entendra-t-on proclamer partout. Jésus n’a pas voulu autre chose que cela. La gloire de Dieu, c’est l’homme debout ».[373]

Le texte de Daniel décrit cette séduction exercée sur le peuple de Dieu en ces termes: “Il détruira des puissants et le peuple des saints. Et, par son intelligence, la trahison réussira entre ses mains.[374]”. Car il s’agit d’une trahison, d’une apparence du christianisme dont j’ai montré la fausse ressemblance[375]. Très vite, poussé par l’enthousiasme des peuples séduits, l’Antéchrist progressera en popularité.

L’abbé Augustin Lemann[376] affirme comme une certitude que c’est au moyen de prodiges diaboliques que l'Antéchrist prétendra démontrer que sa religion est celle de Dieu. « L'avènement de cet impie aura lieu selon la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges trompeurs. [377]» « C'est par des miracles, dit-il, aussi nombreux qu'éclatants, que Jésus-Christ avait prouvé sa filiation et sa mission divines. « Les oeuvres que mon Père m'a données d'accomplir, ces oeuvres que j'opère, rendent témoignage de moi, et prouvent que c'est le Père céleste qui m'a envoyé » ; l'Antéchrist aura la prétention d'établir également sa fausse divinité sur des prodiges extérieurs. C'est avec l'aide de Satan, par sa puissance, qu'il les accomplira. Mais ces miracles seront-ils réels?

« On demande souvent, dit saint Augustin, si ces expressions de « signes ou prodiges trompeurs » veulent faire entendre l'inanité des prodiges dont l'Antéchrist abusera les sens de l'homme, toutes ces oeuvres n'étant qu'apparentes; ou bien est-ce à dire que la vérité même de ces miracles entraînera au mensonge ceux qui croiront y voir la présence de la force divine ? » Et l'illustre docteur répond : « on le saura plus tard[378] ».

Cet embarras a déterminé deux courants d'opinions. Les uns pensent que les miracles, accomplis par l'Antéchrist avec la puissance de Satan, seront réels, de vrais miracles et qu'ils entraîneront au mensonge, c'est-à-dire à la croyance de la divinité de l'Antéchrist. Les autres estiment que tous les miracles de l'Antéchrist seront mensongers, le démon illusionnant les sens de ses adeptes. Quel que soit le sentiment que l'on adopte, ce qu'il y a de certain, c'est que les prodiges accomplis par l'homme de péché, seront considérables, les mots accumulés de « miracles, signes, prodiges » marquant une multiplicité étonnante. »

 

Pourtant, une dernière fois, Dieu permettra que des voix s’élèvent pour manifester aux hommes la vraie nature de cet homme. Avec netteté et précision, ils profiteront des derniers moments de liberté pour prêcher. L’apocalypse de saint Jean* présente symboliquement ces voix sous la figure de deux témoins[379]. Ils ne sont pas autre chose que tous ceux qui, à cette époque avancée en apostasie*, auront gardé un sens suffisamment profond du projet de Dieu sur le monde pour l’expliquer. Ils sont, selon une expression de saint Paul[380] “Tout ce qui porte le nom de Dieu ”, c’est-à-dire selon le Concile Vatican II[381], toute religion qui dispose l’homme à attendre le salut non de ses propres force mais de la grâce que Dieu donne aux humbles et aux assoiffés d’amour. La première d’entre toutes est évidemment la religion de Jésus puisqu’elle ne fait pas que disposer au salut mais le donne déjà à travers la prière du cœur et les sacrements de la charité. Ainsi, il est probable et même certain que Dieu suscitera un pape ou des apôtres qui diront: « Le salut oui! Mais avec le vrai Dieu! Ne confondez pas avec ce faux Dieu. Rappelez-vous l’avertissement de saint Paul: “Si un ange venu du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous avons prêché, qu’il soit anathème![382]“ Dieu est humilité, amour jusqu’à mourir. Il n’est pas le Dieu du pouvoir et de la liberté orgueilleuse![383] »

Le vrai Évangile de Jésus sera prêché à tous. Chacun l’entendra (sans doute grâce aux moyens de communication encore plus développés que ceux d’aujourd’hui). Ainsi se réalisera une dernière fois la parole. « Il faut d’abord que l’Évangile soit prêché à toutes les nations.[384]» Pourtant, il ne sera pas reçu. Les hommes seront trop attachés à eux-mêmes pour se soucier ou désirer le vrai paradis céleste, celui de l’amour crucifié et ressuscité. Le message de l’Antéchrist correspondra beaucoup plus à leurs désirs. L’Église et le pape de cette époque seront pauvres et humbles de cœur comme jamais ils ne l’auront été au cours de l’histoire. Une si profonde qualité aura été préparée par les décennies précédentes et les humilia–tions de la progression de l’apostasie*. L’Église sera revêtue de l’esprit de douceur d’Énoch* et de la force d’Élie*. Mais l’Église ne sera pas seule. Les religions seront alors si faibles et si peu nombreuses en fidèles qu’elles ne songeront plus à se faire la guerre. Le vrai oecuménisme sortira des souffran–ces spirituelles de la fin. Les hindouistes prieront avec les chrétiens, les musulmans croyants avec les Juifs, chacun dans le respect des convictions de l’autre, unis dans la confession commune. «Le paradis n’est pas donné à l’orgueil. Il l’est à l’humilité ».

Le témoignage de l’islam sera devenu assez semblable à celui de l’Église, selon ce que j’ai cru pouvoir dire de ses épreuves futures[385]. Il aura appris la pauvreté et pureté de sa foi, à cause de l’apostasie de ses masses dégoûtées des crimes et des guerres du passé. Les derniers musulmans fidèles, rendus humbles par les malheurs subis dans leurs défaites militaires, diront: « Des membres de notre religion se sont conduits en fanatiques par le passé. Ils ont, par leur crime et les atrocités commises au nom d’Allah, précipité le rejet par les générations suivantes du nom de Dieu. Pardon pour leurs crimes. Dieu n’en fut pas responsable mais les hommes et leur orgueil. Le Dieu d’Abraham n’est pas ce Dieu du culte de l’homme. Il aime l’homme quand il est humble et miséricordieux. Il a créé l’homme et attend de lui adoration et soumission. Il nous donnera dans l’autre monde le bonheur éternel auprès de lui. »

A cette époque de la fin, Israël* sera en paix. D’après les prophéties, il sera revenu dans sa terre de Palestine, installé de nouveau dans Jérusalem unifié. L’attitude du peuple juif devant l’Antéchrist sera analogue à celle du reste du monde. La plus grande partie sera séduite par son message. Ils y verront même le Messie de la gloire annoncé par la Bible et qui doit venir pour régner sur toutes les nations, pour instaurer la paix. Quelques-uns, peu nombreux, resteront fidèles à la foi d’Abraham et des prophètes, dénonçant conjointement aux chrétiens et aux musulmans le faux messianisme, le « messianisme luciférien » de l’Homme impie.

Ce dernier combat spirituel sera terrible et sans merci. Il ne se fera pas d’abord avec des armes d’acier mais dans les cœurs. Aux yeux de Dieu, tout échec en ce domaine de la part du peuple de ses saints serait bien plus terrible que le meurtre car c’est de la vie éternelle qu’il s’agit. C’est pourquoi l’Apocalypse et les diverses prophéties de l’Écriture décrivent ces combats de l’Antéchrist comme des guerres et des meurtres abominables, inimaginables. De fait, il est probable que l’Antéchrist ne triomphera que par des armes spirituelles, celles de ses idées, de son intelligence, de ses ruses[386]. C’est ainsi. Plus l’humanité approchera de son terme et se spiritualisera, plus ses guerres seront celles de l’Homme sans Dieu contre l’Homme au service de Dieu. Ce sont les deux conceptions opposées du monde, celles de Dieu et celle de Lucifer. Elles sont, révélées à la face du monde de manière explicite, le combat sous-jacent, depuis la création du monde, toutes les tribulations de l’humanité. Alors sera réalisée la prophétie de saint Paul[387] : « Auparavant doit se révéler l’Homme impie, l’Être perdu, l’Adversaire, celui qui s’élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte, allant jusqu’à s’asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, se produisant lui-même comme Dieu. »

 

Jusqu’où iront les succès de l’Antéchrist? [388]

(Chose certaine pour l’aspect général, indécise pour le particulier)

 

La fin des nations, le gouvernement mondial

 

« Et la puissance fut donnée à la Bête sur toute tribu, sur tout peuple, sur toute langue, sur toute nation. » (Apoc., XIII, 7.)

Cette accumulation d'expressions ne laisse aucun doute sur l'universalité de l'empire de l'Antéchrist. Il deviendra, soit par lui-même, soit par ses lieutenants, maître du monde.

L’Histoire et le démon qui la manipule auront puissamment préparé les peuples au nouvel évangile de l’Homme libéré. Très vite, porté par l’enthousiasme des nations* devant son projet politique, l’Antéchrist étendra son pouvoir sur le monde entier: “Il consolidera une alliance avec le grand nombre[389]”. Il n’aura d’ailleurs que l’opposition de quelques groupes spirituels isolés à son action puisque le monde entier, disposé par des années d’apostasie*, sera en communion avec lui, selon saint Paul [390]: « Mais que seulement celui qui le retient soit d’abord écarté. Alors l’impie se révélera ».

Il sera très efficace. Soit lui personnellement, soit le courant de l’histoire qui l’aura précédé de peu, établira un gouvernement mondial. L’Évangile fait même de la disparition des nations l’un des signes important du temps de la fin. « Jérusalem sera foulée aux pieds par des païens jusqu’à ce que soient accomplis les temps des nations[391]. » Il semble que cet événement sera politiquement visible et qu’il s’accomplira parallèlement à la récupération par l’État d’Israël de la totalité de Jérusalem[392]. Intelligemment et avec respect des différentes mentalités humaines, le dernier Antéchrist centralisera le gouvernement du monde en un seul endroit. Il fera des nations (France, Belgique etc.) de simples provinces. Le but de cette œuvre sautera aux yeux de tous, bannir à jamais les guerres nationales ou religieuses. Les armées nationales seront dissoutes au profit d’un corps d’armée mondial chargé de bannir toute guerre locale. Ce sera une réussite. “ Quand les hommes diront paix et sécurité (...)”, commente saint Paul[393]. Il saura mettre les sciences et les techniques au service de tous. Il supprimera définitivement la famine. De même, la médecine fera reculer la maladie de manière unique et universelle. L’Antéchrist multipliera les lois de ce genre et il réussira. Il établira pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité une paix universelle. Chacun pourra le constater.

Ce sera bien sûr aux yeux de Dieu une fausse paix, c’est-à-dire non fondée sur la charité mais sur l’intérêt commun. Mais elle sera réelle, palpable. Le commerce mondial en sera dopé, le capital des anciennes nations croîtra sans effets pervers trop visibles, étant encadré par des lois sociales justes. Chacun sera obligé de constater la réalisation des promesses. On se réjouira en disant: « Maintenant que la paix est acquise sur le monde, rien ne sera plus impossible à l’homme, prolonger la durée de la vie, conquérir de nouveaux espaces habitables, vivre de loisirs dans le travail et de travail dans le loisir, profiter des joies les plus douces ou les plus fortes. Ce sera un véritable paradis sur terre. » La puissance de l’Antéchrist semblera alors définitivement consolidée devant les nations.

 

L’interdiction des religions

(Chose certaine pour le fait, indécise pour la manière)

 

Sûr de sa force, “ il s’exaltera dans son cœur et détruira un grand nombre par surprise[394]”. En effet, il saura discerner le risque considérable que représentent les restes des religions pour la durée de son oeuvre. Il sera intelligent et ne négligera pas la puissance des idées. Il connaîtra la faille de son système d’humanité coupée du vrai Dieu, cet–te soif insatiable du cœur de l’homme vers l’amour absolu, la Lumière infinie, en un mot vers le Dieu d’amour, le Dieu de Jésus-Christ. Sans doute ce danger lui paraîtra-t-il d’autant plus réel que l’Église, dans un dernier sursaut (les deux témoins), aura su prêcher avec un certain succès les failles présentes dans son humanisme en adoration devant le faux dieu froid du pouvoir et de la liberté solitaire. Aussi, appuyé sur ses premiers succès, il proposera aux peuples la loi suivante.

 

“Être debout, digne et maître de soi devant son éternité, voilà le bien le plus précieux de l’homme, celui qui lui permet de se réaliser en plénitude. Or, depuis des siècles les dirigeants religieux ou politiques ont abusé de la faiblesse des plus petits, de leurs angoisses, et leur ont proposé des systèmes de pensée qui les tenaient dans la dépendance. Souvenons-nous de l’Histoire. Nous devons protéger la liberté de nos enfants et leur éviter de se laisser séduire par les derniers adeptes de ces idéologies ou de ces sectes religieuses. En conséquence, et pour le bien de tous, il est temps d’établir une loi interdisant toute prédication publique ou privée des idéologies politiques et des sectes religieuses du passé. ”

 

Quelle sera la réaction des hommes devant une telle proposi–tion? Elle sera sans doute empreinte d’une certaine gêne, à cause de la liberté d’expression qui apparaîtra diminuée, et de cette nostalgie du vrai Dieu qui ne saurait être entièrement effacée de la nature humaine. Mais l’Écriture Sainte est formelle sur ce point. L’Antéchrist entre–prendra une lutte contre le peuple de Dieu[395] et réussira. C’est même, si l’on suit saint Paul et Daniel, le signe majeur qui devra précéder le retour du Christ: «Toutes ces choses s’achèveront quand sera ache–vé l’écrasement du Peuple Saint.[396] » En agissant ainsi, l’Antéchrist réalisera en plénitude les nombreuses prophéties de l’Écriture: « Il s’élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu, il s’assoit en personne dans le sanctuaire de Dieu, il se produit lui-même comme Dieu.[397] » puisqu’il se juge digne d’établir sur l’univers les lois décidant de toutes choses, le bien et le mal, l’origine de la vie, son but et la manière de la vivre, le sens de la vie éternelle. Lorsque l’Écriture affirme qu’il établira son siège dans le sanctuaire de Dieu, elle ne veut pas signi–fier autre chose. Peut-être ira-t-il jusqu’à installer le siège de son gouvernement dans un lieu symbolique de ce pouvoir suprême (Jérusalem*, Rome) ? L’essentiel n’est pas là. L’essentiel est qu’il se produira comme le Maître suprême de la vérité (Magister), comme le berger de tous (Pastor Oves) et même comme l’organisateur de toutes les fêtes et réjouissance de l’hu–manité nouvelle (Pontifex maximus). Ces trois titres, attribués tradition–nellement aux papes de l’Église catholique, sont une délégation des titres de Dieu. En ce sens là, l’Antéchrist* sera le serviteur de l’Antidieu des derniers temps. On voit que celui qui, à cette époque, vivra profondément de sa foi chrétienne n’aura aucun risque de le confondre avec un vrai pape. C’est aussi en ce sens qu’il faut interpréter les prophéties de Jésus annonçant « l’Abomination de la désolation dans le temple saint »[398]. Ce serait un contresens d’imaginer la présence d’un Antipape légitimement élu par l’Église.

 

Le témoignage de la papauté et le martyre de l’Église[399]

(Chose certaine pour le fait, indécise pour la manière)

 

L’Antéchrist final installera sa royauté dans les cœurs humains et sur les nations. Sa religion sera de manière ultime celle du « 666* » puisque l’homme devenu Dieu adorera dans la paix la puissance de l’ange révolté. Ses méthodes ne laisseront place à aucune ambiguïté. Au contraire, le vrai pape et la vraie Église de cette époque auront à subir un martyre, très souvent annoncé par l’Écriture et qu’il faut contempler maintenant.

 

« Quand tu étais jeune, dit Jésus au pape Pierre[400], tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais; quand tu seras devenu vieux, tu étendras les mains et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas. Il indiquait ainsi, commente saint Jean, par quel genre de mort Pierre devait glorifier Dieu. Ayant dit cela, il lui dit: “suis-moi”. Se retournant, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait, celui-là même qui, durant le repas, s’était penché sur sa poitrine et avait dit: «Seigneur, qui est-ce qui te livre? Le voyant donc, Pierre* dit à Jésus: Seigneur, et lui? Jésus lui dit: “S’il me plaît qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe? Toi, suis-moi”. Le bruit se répandit parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. Or Jésus avait dit à Pierre: «si Je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne”. et non: il ne mourra pas. »

 

Je l’ai dit, ce texte est l’annonce, sous forme symbolique, de la fin de l’Église. Il s’agit d’un exemple typique du style des prophéties de Jésus. Pierre* est vraiment mort martyrisé et Jean de vieillesse, le jour où le Seigneur est venu le chercher par son apparition à l’heure de sa mort. Pierre y figure comme le symbole de l’Église visible, hiérarchique. Cette partie de l’Église est composée de tous ceux qui ont reçu une mission officielle d’évangélisation dans le monde (pape, prêtres, évêques, personnes consacrées). Elle ne cesse de paraître aux yeux de tous par ses interventions extérieures, ses prédications. Jean symbolise pour sa –part cette partie de l’Église qui se laisse moins voir car elle siège au fond du cœur des chrétiens par la prière. Jean ne fut-il pas le contemplatif par excellence, celui qui prit Marie* chez lui? Dans un autre sens et pour montrer la correspondance de toute l’Écriture, Pierre et l’Église hiérarchique sont Élie*, puisqu’ils doivent témoigner comme lui de la vérité devant les peuples. L’Église dans son intériorité est symbolisée par Jean est Énoch puisque, comme lui elle « marche avec Dieu[401] ». Ainsi, le texte de saint Jean raconte comment se produira le martyre final de l’Église.

Appuyé sur ses succès antérieurs, l’Antéchrist rendra les religions illégales dans le monde entier. Il fera adopter par toutes les nations « une interdiction définitive de prêcher ou de rendre un culte même privé à travers les anciennes religions liées à l’humilité ou à n’importe quelle divinité inventée par le passé. Seule la religion du Dieu de l’homme libéré de toute soumission sera tolérée ». Chacun sera invité à consacrer son temps à la construction du monde d’ici–-bas, au-delà des superstitions que la peur suscite. Le culte de Dieu ne pourra donc subsister qu’au fond de la conscience individuelle, domaine incontrôlable par définition aux autorités politiques. Les enfants devront être protégés des superstitions religieuses en foi de quoi il ne sera pas autorisé aux parents de les influencer par leurs propres croyances. Il n’est pas sûr que, dans le domaine privé, la contrainte de cette loi aille plus loin. Le monde de l’Antéchrist respectera les libertés privées. Ce sera même une de ses forces, accompagnée d’un réel bien-être matériel. Il ne sera d’ailleurs pas nécessaire de faire davantage. L’homme ne recherche pas le vrai Dieu quand il n’a pas besoin de lui pour être heureux. Par contre, au niveau politique, la loi sera sévère.

L’Écriture est nette sur ce point[402]: « La corne (la puissance de l’Antéchrist) grandit et s’éten–dit en direction du pays de la Splendeur (le pays où l’on adore Dieu, à savoir les religions et en premier celle du Christ). Elle grandit jusqu’aux armées du ciel (ceux qui servent Dieu), précipita à terre des armées (les apôtres qui luttent pour l’Évangile) et des étoiles (des docteurs qui enseignent la bonne direction à suivre) et les foula aux pieds. Elle s’exalta même contre le Prince de l’armée (le Christ), elle abolit le sacrifice perpétuel (pour les Juifs, il s’agit de l’holocauste du Temple et, pour les chrétiens, la messe et tous les sacrements de l’Église), et renversa le fondement de son autel (le pape sur qui l’Église est bâtie) et l’armée (les serviteurs de Dieu). Sur le sacrifice elle posa l’iniquité (c’est-à-dire qu’elle déclara mauvais tout culte divin) et renversa à terre la vérité. Elle agit et elle réussit ».

Ce texte comme tous les autres traitant du même sujet ne laisse aucun doute sur l’ampleur de la destruction opérée par l’Antéchrist. Il ne laissera rien subsister de l’Église vivante, surtout pas le sacerdoce. Il ne subsistera que les cadavres du passé (bâtiments du culte transformés à d’autres usages, écrits anciens transformés en pièces archéologiques). L’apocalypse décrit symboliquement ce fait. «Leurs cadavres demeurent exposés aux regards des peuples, des races, des langues et des nations, durant trois jours et demi, sans qu’il soit permis de les mettre au tombeau. Les habitants de la terre s’en réjouissent et s’en félicitent; ils échangent des présents, car ces deux prophètes leur avaient causé bien des tourments.[403]»

Rien ne permet d’être définitif sur les méthodes qu’il emploiera. Beaucoup de théologiens du passé affirmèrent à partir de ces textes et de la vie de saint Pierre qu’il s’agirait d’un martyre sanglant, d’une mise à mort physique des quelques milliers d’hommes que sont dans le monde le pape, les évêques et les prêtres. C’est une chose en définitive assez facile à réaliser dans un monde confiant devant sa liberté. Mais ce sens littéral du martyre n’est pas une certitude. Pour faire disparaître le sacerdoce de la vie des peuples, il suffit, après l’avoir vu s’affaiblir durant des siècles, de l’empêcher de s’exercer: convocation d’un faux concile oecuménique le ridiculisant, surveillance, emprisonnement, déportation, toutes méthodes policières dans un monde où rien n’est laissé au hasard[404]. Je ne peux affirmer qu’une chose de manière certaine. Vers la fin du monde, de par l’action de l’Antéchrist, le dernier pape vivra un sacrifice total dans son ministère désormais banni de la terre. Il sera crucifié comme saint Pierre dans son âme de pasteur (et peut-être aussi dans son corps). Afin que le caractère qui fait le prêtre ne subsiste en personne, il est possible que son martyre s’accompagne de celui des prêtres.

Pour se faire une opinion définitive, il convient ici de citer le texte d’une apparition privée officiellement reconnue par l’Église. Le troisième secret de Fatima[405]* est rapporté ainsi par Lucie[406].

 

« Après les deux parties que j’ai déjà exposées, nous avons vu sur le côté gauche de Notre Dame, un peu plus en hauteur, un ange avec une épée de feu dans la main gauche. Elle scintillait et émettait des flammes qui devaient, semblait-il, incendier le monde. Mais elles s’éteignaient au contact de la splendeur qui émanait de la main droite de Notre Dame en direction de lui. (Ceci semble signifier une intervention maternelle de la Vierge. Elle empêche la paternité de Dieu d’amender l’humanité en la frappant. Elle obtient de laisser agir patiemment la loi des conséquences du péché). L’ange, indiquant la terre avec sa main droite dit: “ Pénitence! Pénitence! Pénitence! ” Et nous vîmes, dans une lumière immense qui est Dieu quelque chose de semblable à la manière dont se voient les personnes dans un miroir, un évêque vêtu de blanc, nous avons eu le pressentiment que c’était le Saint-Père.

Nous vîmes divers autres évêques, prêtres, religieux et religieuses monter sur une montagne escarpée, au sommet de laquelle il y avait une grande croix en troncs bruts, comme s’ils étaient en chêne liège avec leur écorce. Avant d’y arriver, le Saint-Père traversa une grande ville à moitié en ruine et, à moitié tremblant, d’un pas vacillant, affligé de souffrance et de peine, il priait pour les âmes des cadavres qu’il trouvait sur son chemin. Parvenu au sommet de la montagne, prosterné à genoux au pied de la grande croix, il fut tué par un groupe de soldats qui tirèrent plusieurs coup avec une arme à feu et des flèches. Et de la même manière moururent les uns après les autres les évêques, les prêtres, les religieux et religieuses et divers laïcs, hommes et femmes de classe et de catégories sociales différentes. Sous les deux bras de la croix, il y avait deux anges, chacun avec un arrosoir de cristal à la main, dans lequel ils recueillaient le sang des martyrs et avec lequel ils irriguaient les âmes qui s’approchaient de Dieu. »

 

Une objection importante doit être faite ici. Parler d’un martyre de l’Église visible ne s’oppose-t-il pas à la promesse de Jésus faite à Pierre*: « Pierre, tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l’enfer ne l’emporteront pas sur elle.[407] » Appuyé sur une telle parole, ne doit-on pas affirmer qu’il y aura toujours dans le monde un sacerdoce ministériel et donc un pape?

Pour répondre à cette objection, il convient de rappeler une autre promesse du même type faite à Marie au jour de l’Annonciation: « Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut. Le Seigneur lui donnera le trône de David son père, il régnera sur la maison de Jacob et son règne n’aura pas de fin ». Il convient de relire cette prophétie divine en regardant la croix de Jésus. Il existe une distance entre ce texte pris à la lettre et sa réalisation. Jésus est-il grand à la croix? Certainement pas extérieurement mais… spirituellement. Pourtant, Marie eut le cœur assez dilaté pour croire que les prophéties de gloire étaient accomplies ici et maintenant. A la fin du monde, il existera quelques chrétiens semblables à Marie qui comprendront, en contemplant le sacrifice final de Pierre, que les portes de l’enfer sont vaincues.

Il ne faut pas se tromper sur le sens réel des paroles de Dieu. Qu’on se souvienne du trouble analogue qui saisit la réflexion juive de l’Ancien Testament dans la tension d’une foi enseignant sans ambiguïté que “ Dieu comble de biens les hommes droits et renvoie les riches les mains vides ” et la constatation quotidienne de l’inverse. Cette dramatique expérience fut source d’une mutation spirituelle majeure depuis le livre de Job vers celui de la Sagesse, en préparation de la venue de Jésus. Au temps de leur gloire, les Juifs tuaient comme hérétiques les prophètes qui osaient annoncer, chose impossible en raison de la présence réelle de Dieu, la destruction du Temple de Jérusalem. Il fallut plusieurs ruines et déportations d’Israël* pour que certains comprennent que ce qui importe à Dieu, c’est le temple spirituel du cœur de chaque homme.

Il faut remarquer que Dieu se plaît dans d’apparentes contradictions. On en est frappé à l’évocation des nombreux exemples qui jalonnent l’Écriture ou la vie des saints. Jeanne d’Arc, demandant à ses voix si elle serait sauvée s’entendit répondre: « oui, par grande victoire! » Elle se réjouit fort, et se prépara à la venue de Charles VII, son roi. Le lendemain, elle était brûlée vive. Ses voix lui avaient-elles menties? Jeanne, dans un grand sanglot, le crut d’abord. Juste après sa mort, elle comprit à quel point ses voix avaient dit vrai, plus vrai qu’elle ne l’imaginait.

Pour le théologien, l’opposition apparente entre foi et réalité, loin d’être une torture, constitue le lieu théologique par excellence, le lieu des découvertes. Deux vérités apparemment contradictoires, dont l’une procède de la foi (les portes de l’enfer ne l’emporteront pas sur l’Église) et l’autre de l’expérience (l’Église disparaîtra de façon visible de la surface du monde) et qui sont comparables à deux silex durs qu’on frotte. La lumière en jaillit. Quand nous voyons horreur, martyre sanglant ou échec politique, Dieu voit victoire, règne éternel et gloire. Pour lui, la victoire réelle est celle qui se termine en Vie éternelle (donc, encore et toujours humilité et charité). Elles le seront de fait car le pape et le clergé de cette époque seront disposés à faire de leur sacerdoce et de leur vie une offrande d’amour, une dernière messe unie à la Messe éternelle de Jésus. Le Ciel entier sera ébranlé devant leur sainteté et le retour du Christ ne sera plus lointain. Tel est l’objet du chapitre suivant.


CHAPITRE 7 : LE TEMPS DU SÉPULCRE, LE SIGNE DE JONAS

 

« Cette génération est une génération mauvaise. Elle demande un signe et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas. Car, tout comme Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. »[408]

« Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait lui aussi disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remette. Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul neuf et le mit dans un tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc. »[409]

 

La disparition de l’Église catholique et de tout ce qui porte le nom de Dieu (les autres religions prêchant l’humilité) sera un signe des temps semblable à celui donné au juifs par la mise au tombeau de Jésus. Il existera des hommes justes, qui ne seront pas nécessairement des chrétiens de l’intimité, pour sentir la gravité de l’événement. Il s’agira en effet d’un acte irréparable. Au plan de sa signification symbolique, en effaçant politiquement le nom de Dieu de la terre, en le remplaçant par son propre nom ou par celui de son maître Lucifer, l’Antéchrist* dépassera la mesure de tous les péchés commis dans le monde. Caché derrière cet acte, Satan paraîtra au conseil de Dieu[410] et pourra dire: « Regarde l’humanité. En ce jour, elle se révolte tout entière contre toi. Res–pecte donc la volonté de tes créatures réunies et donne la béatitude à ceux qui refusent de s’abaisser. Ce sera justice »[411].

 

L’Église du silence

(Chose certaine)

 

Disparition du pape

(Chose probable)

 

Lorsque ce sera réalisé, il semblera ne plus y avoir sur la terre ni d’Église du Christ ni de religion autre que celle de Lucifer. Mais Dieu ne voit pas les réalités comme les hommes. Il discernera une véritable Église. Ce ne sera pas une Église visible de l’extérieur comme le sont les communautés qui peuvent se réunir dans des temples de pierres. Ce sera une Église com–posée d’un petit nombre de chrétiens isolés, ne se connaissant pas les uns les autres, mais au cœur saint. Ils n’auront plus de pape pour les maintenir dans la vraie foi, ils n’auront plus d’eu–charistie pour les nourrir de la présence de Jésus. Saint Paul, pressentant la pauvreté des chrétiens de cette époque, lance en une phrase toute la spiritualité qui sera la leur: “ Dès lors, frères, tenez bon, gardez fermement les traditions que vous avez apprises de nous (c’est-à-dire de toute la succession des papes et des saints), de vive voix ou par écrit. Que Jésus lui-même, ainsi que son Père qui nous a aimé console vos cœurs et les soutiennent.[412]”

Des papes, il ne leur restera plus que le souvenir et la possibilité d’être fidèles aux enseignements de jadis. Le pape de cette époque sera probablement devenu un homme solitaire et errant. Poussé par l’Esprit et méditant sur le mystère en train de se réaliser, il se mettra en chemin vers Jérusalem, à l’image du Christ. Le Christ disait lui-même: «Mais aujourd’hui, demain et le jour suivant, je dois poursuivre ma route, car il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem.[413] »

 

Disparition de l’eucharistie

(Chose probable)

 

La disparition de l’eucharistie pose problème[414]. Peut-il y avoir Église sans la présence réelle de Jésus dans l’eucharistie?

Depuis quatre siècles, dans l’Église catholique, les prêtres ont eu tendance à identifier le chemin de la grâce de Dieu à la seule pratique des quatre sacrements suivants, baptême, confirmation, pénitence, eucharistie. Cette tradition est un effet de la formation au sacerdoce[415]. C’est une excellente spiritualité... pour les prêtres. Mais le fait qu’elle ait remplacé les grandes théologies mystiques canonisées par l’Église fut une erreur. Les grands Docteurs mystiques comme sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, saint Thomas d’Aquin disaient que l’eucharistie était une des voies de la grâce. C’est une nuance essentielle. Pour eux, l’eucharistie est « le mode le plus inouï, le plus extraordinaire, par lequel Dieu a inventé de se donner ». Mais l’origine de toute grâce n’est pas Jésus-eucharistie, c’est Jésus « tout court ». Jésus peut obtenir l’intimité qu’il désire avec l’homme par bien d’autres moyens, la contemplation de la nature, la musique, le silence, le désert et, par-dessus de tout car source de tout, le cœur à cœur de l’oraison. Marthe Robin[416] disait à propos de l’Eucharistie:

« Dans la communion eucharistique, Dieu se donne dans un acte extérieur qui est en lui-même un plaisir, une consolation, une joie pour l’âme... La communion ne suppose pas toujours la vertu. On peut communier et se rendre coupable du corps et du sang du Christ. Quelqu’un a dit: “ on trouve des chrétiens qui communient tous les jours et sont en état de péché mortel... Mais, on ne trouvera jamais une âme qui fasse oraison tous les jours et demeure dans le péché. ” Si on me proposait de choisir la rencontre avec le Christ dans l’eucharistie ou dans l’oraison, je choisirai sans hésiter l’oraison car c’est elle qui donne tout son sens à la communion. L’adoration est le but de la communion et c’est elle qui lui donne sa valeur. »

Une ermite commentait: « Jésus eucharistie ne vient sous les espèces du pain que dans le but de nous mendier quelques secondes de présence et de les transformer, dès que nous le comprenons, en une perpétuelle présence que nous ne quittons jamais, qui demeure indépendamment des espèces du pain et du vin et que nous pouvons retrouver à chaque moment, à volonté, en nous tournant vers notre intériorité.[417]»

La vie mystique est infiniment plus riche que le mode sacramentel. La vie mystique (= la charité (Agape) pour Dieu et le prochain) intègre toutes les différentes manières de la vivre (= les spiritualités) mais ne peut être réduite à une seule de ces spiritualités. Jésus veut venir habiter le cœur des hommes. Si une voie lui est fermée, il passera par une autre.

Vers la fin du monde, des évènements semblables à ceux vécus par l’Église russe au temps des soviétiques se produiront. Privés de prêtres et de messe, les fidèles apprendront à vivre du Christ comme Marie au temps du sépulcre, par la prière du cœur à cœur. Et, en cette époque, l’Église catholique sera bien vivante, plus que jamais.

 

Marie

(Chose probable)

 

Des trois blancheurs citées par saint Jean Bosco, il ne leur restera plus que Marie*[418]. Les chrétiens de cette époque sauront vivre de son esprit. Ils méditeront à son école la parole de Dieu écrite dans les Évangiles. Le sacrifice final de l’Église visible sera vécu par eux avec une charité proche de celle de Marie à la croix. Elle provoquera le retour du Christ. Il ne résistera pas à la supplication humble et aimante de ceux qui vivront ces derniers moments[419].

Les chrétiens de la fin du monde auront surtout pour nourriture le cœur à cœur de la prière. Jésus les comblera de sa présence. « Là où l’épreuve abonde, la grâce surabonde »[420]. Jamais on n’aura vu fleurir une sainteté aussi grande qu’en ce temps de sépulcre. L’Antéchrist croira avoir détruit définitivement tout christia–nisme de la terre. Or il fleurira aussi beau qu’à la croix et au tom–beau dans le cœur de Marie. Ce sera une foi humble car coupée de toute possibilité de triomphe extérieur. Elle sera confiante car sûre de la proximité du retour du Christ. Elle sera amoureuse car elle jaillira en contemplation pour Jésus vu à l’intérieur de la prière. Elle sera attentive aux autres puisqu’on priera beaucoup en cette époque pour les pauvres tenus loin de Dieu par l’Antéchrist.

 

L’Église des derniers temps

(Chose probable)

 

Saint Louis-Marie Grignon de Montfort[421]* décrit l’Église des derniers temps de la façon suivante:

 

« Les plus grands saints, les âmes les plus riches en grâce et en vertus, seront les plus assidus à prier la Très Sainte Vierge et à l’avoir toujours présente comme leur parfait modèle pour l’imiter, et leur aide puissante pour les secourir.

J’ai dit que cela arriverait particulièrement à la fin du monde, et bientôt, parce que le Très-Haut et sa très sainte mère doivent former de grands saints qui surpasseront en sainteté la plupart des autres saints, que les cèdres du Liban surpassent les petits arbrisseaux, comme il a été révélé à une sainte âme, dont la vie a été écrite par Mr. de Renty. »

« Le pouvoir de Marie sur tous les diables éclatera particulièrement dans les derniers temps, où Satan mettra des embûches à son talon, c’est‑à‑dire à ses humbles esclaves et à ses pauvres enfants qu’elle sus–citera pour lui faire la guerre. Ils seront petits et pauvres selon le monde, et abaissés devant tous comme le talon, foulés et persécutés comme le talon l’est à l’égard des autres membres du corps; mais, en échange, ils seront riches en grâce de Dieu, que Marie leur dis–tribuera abondamment, grands et relevés en sainteté devant Dieu, supérieurs à toute créature par leur zèle animé, et si fortement appuyés du secours divin, qu’avec l’humilité de leur talon, en union avec Marie, ils écraseront la tête du diable et feront triompher Jésus Christ. »

 

“Le Christ trouvera-t-il la foi sur la terre lorsqu’il reviendra dans sa gloire? ” [422]

(Chose certaine)

 

C’est ce que se demande Jésus avant de mourir en croix. La réponse est oui, sans aucun doute, selon une autre de ses paroles: “ A cause des élus, ils seront abrégés, ces jours-là.[423]” Ils seront abrégés non seulement pour qu’il y ait toujours présent sur la terre quelques disciples du Christ qui prient pour leurs frères, mais surtout parce que la ferveur de leur désir bouleversera le Ciel. A cet égard, le peuple russe livre une analogie intéressante. Après 70 ans de communisme, le sacrifice de la messe avait entièrement disparu de certaines régions. Pourtant, la foi était gardée, fidèlement, par la prière et l’action de quelques femmes. Brutalement, sans que personne n’ait pu le prévoir, le communisme s’écroula, « comme par le souffle du Christ ». Mais la foi était restée intacte durant toutes ces années.

 

Le retour de l’islam de Médine

(Selon moi… Au lecteur de juger)

 

Dieu ne discernera pas que des chrétiens. Il verra, ici ou là, des musulmans fidèles dont la prière ressemblera à celle de Job dans son épreuve: “ Je sais moi que mon Rédempteur est vivant et qu’il se lèvera le dernier dans la poussière. Et moi, après mon éveil, de ma chair, je verrai Dieu[424]”. Ils auront été appauvris par l’épreuve, détachés par la vision de l’apostasie* de leurs coreligionnaires, de leurs rêves passés d’un islam* mondial[425]. Il ne leur restera plus qu’Allah et la confiance qu’ils lui portent. Ceux qui n’auront pas réalisé cette oeuvre de purification ne tiendront pas. Ils s’écrouleront devant la constatation de la victoire de l’Antéchrist. En ces jours, le petit reste des musulmans fidèles n’aura plus pour les soutenir l’appel à la prière du muezzin, le Ramadan public, le pèlerinage dans les lieux saints. Il ne leur restera plus que l’aumône qu’on peut camoufler en action sociale, le Coran qui nourrit l’âme de sa beauté venant du Très-Haut et la prière d’adoration secrète, au fond d’une chambre secrète. Nourris de leurs propres prophéties, ils prieront Dieu d’envoyer le Messie Jésus, lui qui doit revenir à la fin du monde. Ils supplieront Mariam, sa mère immaculée, d’intercéder pour cela auprès d’Allah. Et leur prière sera reçue du Ciel. On se réjouira de voir des serviteurs si fidèles et on saura, en voyant les abîmes de pauvreté de leur cœur, qu’ils seront grands au Ciel lorsqu’ils sauront qui est vraiment Jésus.

Il existera des justes dans toutes les religions. Ici et là, des cœurs chercheront Dieu, gardant fidèle–ment les traditions reçues des pères, les semences de l’Esprit Saint[426] qui les dispose au salut.

 

La conversion d’Israël

(Chose certaine pour le fait. Pour la manière, au lecteur de juger)

–

« La venue du Messie glorieux est suspendue à tout moment de l’histoire à sa reconnaissance par "tout Israël" dont "une partie s’est endurcie" dans "l’incrédulité" envers Jésus. Saint Pierre le dit aux juifs de Jérusalem après la Pentecôte: "Repentez-vous et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps de répit. Il enverra alors le Christ qui vous est destiné, Jésus, celui que le Ciel doit garder jusqu’au temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé dans la bouche de ses saints prophètes". Et S. Paul lui fait écho: "Si leur mise à l’écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur assomption, sinon la vie sortant des morts?". L’entrée de "la plénitude des Juifs" dans le salut messianique, à la suite de "la plénitude des païens", donnera au Peuple de Dieu de "réaliser la plénitude du Christ" dans laquelle "Dieu sera tout en tous"[427]. »

 

Qu’en sera-t-il du peuple juif? J’ai rappelé[428] que saint Paul annonce explicitement leur conversion au Christ à la fin du monde. Il le fait en une phrase brève, lapidaire: «Que sera leur admission sinon une résurrection d’entre les morts ?» Saint Paul lie donc la conversion d’Israël à la résurrection. Or l’Église sait que cette résurrection se produira après le retour du Christ.

Faut-il donc en conclure que le peuple juif ne reconnaîtra le Messie que lorsqu’il se montrera à lui, c’est-à-dire au moment même de son retour? Cela paraît être une interprétation possible. Si des siècles de christianisme n’ont pu les amener à Jésus, c’est que Jésus se réserve de se révéler lui-même. Jusqu’à aujourd’hui, chaque juif découvre le Messie au moment où il lui apparaît, c’est-à-dire à l’heure de sa mort. Lorsque son cœur est bien disposé, il le reconnaît, l’aime et le suit dans la Vie éternelle. Il est possible qu’il en soit de même pour la dernière génération de juifs.

Mais ce n’est pas l’interprétation la plus sûre. Le peuple juif est depuis toujours un signe donné visiblement, ici-bas, dans les réalités politiques. Je l’ai montré, Israël* a reçu la mission d’être un peuple particulier. C’est son histoire politique, datée qui réalise successivement des textes de l’Écriture, dont le sens spirituel est valable pour tous les peuples. Tout semble donc indiquer une véritable conversion historique et nationale se produisant peu avant le retour du Christ, selon la lettre de la prophétie de Jésus[429]: “Vous ne me verrez plus jusqu’à ce qu’arrive le jour où vous direz: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur”. Rien n’exclut que ce peuple d’abord exclu de l’Alliance par la faute de ses théologiens, deviennent vers la fin du monde, lorsque les nations chrétiennes auront apostasié, « l’Église Catholique ».

 

Peut-on savoir de quelle manière Dieu les disposera à la conversion? Fera-t-il quelque chose de spécial pour eux qui se sont séparés de lui à travers l’action de leurs ancêtres? Lorsqu’on se trouve devant une telle question, il faut chercher s’il n’existe pas une allégorie biblique où Dieu manifeste comment il se réconcilie un ancien ami[430]. Or il en existe au moins deux dont le récit peut éclairer ce mystère. Le premier est une parabole de Jésus racontant l’histoire d’un homme qui avait deux fils[431]. Le deuxième concerne ce chapitre puisqu’il raconte la manière dont Dieu peut préparer, longtemps à l’avance une réconciliation. Il s’agit de l’histoire de Joseph[432].

Joseph était le fils préféré de son père Jacob car il était le seul enfant de l’épouse qu’il aimait, Rachel. Pour le lui prouver, Jacob lui avait fait faire une tunique bariolée, signe extérieur de sa préférence. Or ses dix frères se mirent à le jalouser. Ils ne cessaient de l’importuner, se moquant des rêves prémonitoires qu’il faisait et leur racontait. Un jour, son père l’envoya porter de la nourriture aux champs pour ses frères qui y gardaient les troupeaux. Ceux-ci le virent venir de loin et décidèrent de le tuer. Ils se saisirent de lui, le jetèrent dans un puits et, avisant une caravane de marchands qui passait, le vendirent pour la somme de vingt pièces d’argent. Ils égorgèrent un agneau, mirent le sang sur sa tunique, et la montrèrent au père en disant: « Certainement, un fauve l’aura dévoré ». Jacob fut inconsolable–. Il reporta son affection sur un second fils de Rachel, né pendant sa vieillesse. Benjamin naquit et sa mère mourut en le mettant au monde. Joseph fut vendu comme esclave en Égypte. Le pharaon remarqua ses talents. Il l’éleva et en fit le premier de ses serviteurs. Il lui confia la responsabilité de nourrir le pays tout entier.

Cette histoire, au-delà de sa lettre, est une allégorie. Joseph vendu par ses frères puis établi comme maître du pain de toute la terre d’Égypte n’est autre que la figure de Jésus qui, après sa mort douloureuse, put donner le pain du Ciel à toutes les nations païennes. Rachel sa mère, préférée de Jacob et morte en mettant au monde le petit Benjamin symbolise et annonce Marie, la mère de Jésus, morte dans son cœur de mère au pied de la croix en mettant au monde l’Église. Il suffit de lire le texte pour s’apercevoir des correspondances étonnantes.

En gardant la même méthode et en remplaçant le personnage de Joseph par Jésus, celui de Pharaon par Dieu le Père, de l’Égypte par les nations chrétiennes, de Rachel par Marie, de Benjamin par l’Église, des dix frères pécheurs par le peuple juif, on assiste comme dans une pièce de théâtre à la suite des temps. En effet, le récit raconte ensuite comment Joseph, devenu maître du pays d’Égypte, se réconcilia avec ses dix frères criminels. «Puis il advint une grande famine sur toute la terre. L’Égypte (l’Église contenant les païens), gardée par l’intelligence de Joseph ne manquait de rien. Jacob et ses fils (le peuple d’Israël) n’eurent bientôt plus rien et, apprenant que l’Égypte vivait dans l’abondance, ils décidèrent de s’y rendre et d’acheter à prix d’or du pain. Mais Jacob ne voulut pas que son fils Benjamin (l’Église chrétienne) accompagne les dix autres frères, redoutant quelque chose pour sa vie. Arrivés en Égypte, il furent reçus par Joseph qui les reconnut. Mais eux ne le reconnurent pas car il était vêtu en Egyptien (le visage du Christ est aujourd’hui caché pour les Juifs sous les traits d’un persécuteur du passé).

Alors, volontairement, Joseph leur parla mal et dit les soup–çonner d’être des espions venus observer la faiblesse du pays. Eux nièrent et se proclamèrent onze frères fils d’un même père et poussés par la famine vers l’Égypte pour y acheter du pain. Joseph fit semblant de ne pas les croire. Il garda Siméon en otage exigeant d’eux qu’ils reviennent avec leur plus jeune frère Benjamin pour prouver leur bonne foi. Ils partirent donc, inquiets et mortifiés, se demandant si Dieu ne leur faisait pas ainsi payer leurs crimes envers Joseph. Arrivés devant Jacob, ils lui racontèrent les exigences du maître de l’Égypte mais lui ne voulut pas laisser partir Benjamin, effrayé pour sa vie.

La famine se fit plus dure sur le pays. Il fallut, sous peine de mort, retourner en Égypte. Alors Jacob (que Dieu appelle aussi Israël) laissa partir son fils Benjamin avec eux. Les fils d’Israël arrivèrent donc devant Joseph qui les reçut bien, fit libérer Siméon et les invita à sa table. Ils ne le reconnurent toujours pas. Alors qu’ils s’apprêtaient à partir, Joseph dit à son intendant: “Tu cacheras la coupe en argent, celle dont je me sers pour lire l’avenir, dans le sac du plus jeune ”. Les fils d’Israël étaient partis depuis peu, lorsque Joseph dit à son intendant: “Rattrape-les, reproche-leur le vol ”. L’intendant le fit. Mais eux nièrent en disant: “Fouille nos sacs. Celui chez qui on trouvera la coupe, mourra et nous, nous serons tes esclaves ”. “Soit, répondit l’intendant, celui chez qui on trouvera la coupe sera mon esclave et les autres seront libres de partir ”. On fouilla les sacs et on trouva la coupe chez Benjamin. Alors les fils d’Israël déchirèrent leurs vêtements et revinrent vers la ville. Ils entrèrent dans la maison de Joseph. Judas, celui-là même qui avait pris la décision de le vendre aux marchands[433] lui dit en substance: “Benjamin est le seul fils qui reste à notre père depuis que Joseph a disparu. S’il ne revient pas, notre père mourra et je porterai la culpabilité de sa mort. Alors laisse partir l’enfant et prends-moi comme esclave à sa place.”

Devant cette attitude noble de ses frères, Joseph ne put se contenir plus longtemps. Il fit sortir tous les Égyptiens présents et éclata en sanglots. Il leur dit: “Je suis Joseph, mon père vit-il encore?” et ses frères ne purent lui répondre car ils étaient bouleversés de le voir. Alors Joseph dit à ses frères: “approchez-vous de moi. Ne soyez pas triste de m’avoir vendu ici en Égypte car c’est pour préserver vos vies que Dieu m’a envoyé devant vous. ” »

 

Tel est le résumé des épreuves que Joseph imposa à ses frères avant de se révéler à eux. Il voulut voir de ses yeux s’ils avaient changé, s’ils se comporteraient avec Benjamin comme ils s’étaient comportés avec lui. Or les frères ne voulurent pas livrer Benjamin, ni à la mort, ni à l’esclavage. Au contraire, Judas l’un des coupables se proposa pour être esclave à sa place.

 

De même, vers la fin du monde, il est probable que Jésus mettra à l’épreuve ses frères juifs. Benjamin semble symboliser l’Église, du moins ses restes à la fin du monde. Jésus voudra vérifier si les Juifs se comportent mieux avec l’Église qu’avec lui jadis. Les derniers papes seront-ils contraints par les évènements de se réfugier en Israël ? Seront-t-ils protégés par les chefs et le peuple juif ? Prendront-ils la décision d’empêcher sa destruction totale par les forces de l’Antéchrist*? Refuseront-ils avec héroïsme, risquant leur propre vie, que l’Église de la fin soit tuée ou réduite en esclavage? Il semble en tout cas, si l’on suit cette allégorie prophétique, qu’ils ne se comporteront plus de la même manière qu’au temps de Jésus[434]. Certains théologiens de jadis affirmèrent que le dernier pape reviendrait mourir à Jérusalem: «Il ne convient pas qu’un prophète meure en dehors de Jérusalem*. »[435] Dieu se plaît en effet à réaliser de manière historique ce qu’il veut signifier au sens le plus spirituel.

Alors, bouleversé par le changement des Juifs, Jésus se révélera à eux dans toute sa gloire de Roi de la Terre. Ainsi se réalisera dans la plus grande vérité la parole du prophète : « La gloire à venir de ce Temple rebâti dépassera l’ancienne, dit Yahvé Sabaot, et dans ce lieu je donnerai la paix, oracle de Yahvé Sabaot.[436] »

 

Le monde de l’Antéchrist disposera les pécheurs au salut ![437]

(Chose certaine)

 

La question du salut des foules qui auront été séduites par l’Antéchrist et se seront éloignées de Dieu est essentielle. Dieu lui-même, par son silence, aura permis une telle victoire du culte de l’homme, probablement accompagné du culte spirituel de l’Ange révolté*. Comment expliquer qu’il pousse si loin sa permission du mal? Comme le disaient les membres de la secte du Temple solaire, se serait-t-il dégoûté de ce monde au point d’abandonner les hommes au démon et à son entreprise de damnation de l’humanité? Désespérés de ce monde, les membres de cette secte ne cessèrent de se suicider dans les années 1995 pour rejoindre le Christ. Il ne saurait bien sûr en être ainsi et leur action relève d’un manque de connaissance de Dieu. Dieu ne permet rien qui ne serve en définitive au salut des hommes.

L’Écriture Sainte livre de nombreux textes éclairants. Rappelons quelle sera la vie des hommes qui auront suivi l’Antéchrist dans son projet de monde sans Dieu. Le monde dans son ensemble, c’est-à-dire la très grande majorité des hommes, se retrouvera sur une terre habitable et correctement gérée. On n’y manquera de rien au plan matériel mais il n’y aura plus de vraie nourriture pour les âmes. La religion de l’Antéchrist ne proposera pas le vrai Dieu, mais un dieu digne, solitaire et froid, Lucifer.

Or “l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu[438]”. Il y aura donc une grande famine spirituelle, si terrible dit Jésus, “que si ces jours n’avaient été abrégés, nul n’aurait eu la vie (spirituelle) sauve[439]”.

Devant cette soif du vrai Dieu et de son amour, il y aura deux réactions. Certains, les plus faibles, souffriront sans comprendre que c’est l’absence du vrai Dieu qui les consume. Comment pourra-t-il en être autrement puisque nul prophète ne sera là pour le leur révéler. Il y aura en ce temps une multiplication des angoisses, des névroses et des suicides. On cherchera la lumière mais on ne la trouvera pas car, ajoute saint Mathieu[440] « Aussitôt après la tribulation, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel et les puissances des cieux seront ébranlées ». Ce texte n’a pas en premier lieu, comme toujours en matière apocalyptique, une signification matérielle. Il signifie que, du fait de la disparition de l’Église et des grandes religions qui parlent d’humilité ou d’amour, le soleil de la Vie éternelle aura disparu. Aucun homme ne sera là pour révéler Jésus, le Prince de cette Sagesse, aux âmes. La lune (qui reflète les rayons du soleil et les adoucit) n’est autre que tout ce qui reflète Dieu comme dans une image pour le monde. Jésus dans son humanité, Marie, les saints vivants ou morts, les religions qui portent quelque reflet du vrai Dieu... Le fait que la lune ne donne plus sa lumière signifie donc une disparition de tout ce qui peut être signe de la présence du Dieu d’humilité et d’amour pour l’homme. Les étoiles qui tombent du ciel représentent les prédicateurs qui, avant la venue de l’Antéchrist, indiquaient la route du Ciel mais, après, ne montreront plus que la terre à bâtir.

Faut-il ajouter à ces terribles épreuves des derniers temps un ébranle–ment soudain et effrayant de la nature? Faut-il admettre que la mer mugira matériellement, poussée par un grave dérèglement du climat? Certains théologiens l’affirmèrent jadis, en donnant un sens matériel aux textes. Ils annoncèrent même une pluie matérielle d’étoiles filantes et, pour les semaines qui précéderont le retour du Christ, la menace d’un astre errant qui se dirigera vers la terre, jetant dans l’effroi le monde de l’Antéchrist.

Ces interprétations ne sont pas à mépriser totalement[441] mais elles ne sont pas nécessaires. Plus la fin du monde approchera, plus leur signification sera spirituelle. Dieu n’aura pas besoin, dans le monde de l’Antéchrist, de frayeurs matérielles pour disposer les hommes au salut. Le monde se sera considérablement spiritualisé et les hommes seront beaucoup plus fragiles psychologiquement que par le passé. Si l’on veut détacher un solide cultivateur mérovingien de sa terre, il faut lui en montrer le peu de valeur par la rigueur des saisons et diverses épreuves matérielles (grêles, famine, pillage). Si l’on veut accomplir un travail de purification sur un jeune citadin attendri par le confort d’une vie facile, il suffit bien souvent de le laisser face à ses propres réflexions sur le sens de sa vie. L’humanité sera comblée dans son corps par toutes les richesses et sécurités mais, dans son âme, elle subira la souffrance. Dieu verra du Ciel cette souffrance. Il verra aussi à quel point elle creusera chez les hommes de bonne volonté une soif du vrai salut celui qui est fondé non sur la puissance mais sur l’amour. Il en sera heureux. Ainsi, le monde de l’Antéchrist, bien que prévu pour une toute autre finalité, disposera les peuples au salut d’une manière unique. “Beaucoup seront purifiés.”

 

L’égoïsme qu’il produira sera accompagné d’un tel désespoir spirituel qu’il provoquera plus de soif de Dieu que de soif de cette liberté vaine et sans signification donnée par la religion du dernier Antéchrist[442].

 

De même, l’apparition dans le ciel du signe du fils de l’homme n’est pas à prendre nécessairement (quoique, dans un second sens, pourquoi pas) au sens le plus matériel, comme si une croix devait se dessiner matériellement dans le ciel. Cette prophétie se réalisera très concrètement dans l’histoire, selon les multiples niveaux de sens que j’ai décrit tout au long de ce livre. Mais seuls les “vautours[443] ”, c’est-à-dire les contemplatifs, comprendront qu’il s’agit du martyr des croyants fidèles: “Mes paroles, dit Jésus, sont esprit et elles sont vie.” [444]“C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien”. Ainsi, dans le monde dominé par l’Antéchrist*, tout sera prêt pour le grand spectacle final. Le cœur des peuples séparés de Dieu mourra de soif spirituelle. Les derniers croyants mourront d’espérance et d’attente. Ainsi, il devient possible de comprendre pourquoi Dieu permettra l’apparition et la réussite de l’Antéchrist.

Le secret de La Salette[445] confirme ces dires, en appelant pour cette époque les contemplatifs à discerner les signes du dernier des temps.

 

« Combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez. Car voici le temps des temps, la fin des fins.»

« Voici le temps. L’abîme s’ouvre. Voici le roi des rois des ténèbres. Voici la bête avec ses sujets, se disant le sauveur du monde. Il s’élèvera avec orgueil dans les airs pour aller jusqu’au Ciel. Il sera étouffé par le souffle de saint Michel Archange. Il tombera… »

 

Y aura-t-il des catastrophes physiques avant le retour du Christ ?

(Chose indécise)

 

« Aussitôt après la tribulation de ces jours-là, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme; et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine; et l'on verra le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire. [446]»

 

Certains textes des Ecritures et en particulier la lettre de l’Apocalypse ne cessent de décrire sous forme physique (tremblement de terre, chute d’étoiles etc.) les épreuves de la fin. Tout au long de cet ouvrage, j’ai voulu montrer à quel point le sens de ces fléaux se spiritualiserait de plus en plus jusqu’à la fin. Cependant, il convient de nuancer ce point de vue. Le Christ nous y invite : « Car je vous le dis, en vérité: avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l'i, ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé.[447]» Rien n’empêche donc (et c’est l’opinion de saint Thomas d’Aquin), que des terreurs physiques reviennent vers la fin. L’humanité s’imaginera avoir définitivement vaincu la plupart des aléas de la nature. Elle se sera beaucoup ramollie. L’apparition d’astéroïdes menaçants, de signes climatiques inédits pourrait remettre les coeurs dans la voie d’une certaine humilité…

 

Le dernier signe, « l’arbre de vie »

(Chose indécise)

 

L’Antéchrist et ceux qui le suivront avec l’enthousiasme des débuts s’efforceront de nier la réalité du feu de l’âme assoiffée du vrai Dieu. Ils auront essayé de le faire disparaître en donnant aux hommes une religion et une espérance après la mort. L’Antéchrist fera tout pour supprimer le feu par sa nouvelle religion, ouverte à l’éternité, du culte de l’Homme divinisé. Mais son succès, étant mensonger, ne durera que le temps d’un enthousiasme passager. Son nouveau monde craquera de tous côtés, miné par un mal invisible.

En réalité, le feu qui brûlera son nouveau monde viendra du plus profond de l’âme humaine. L’âme de l’homme ne souffre pas seulement de la peur de mourir. Elle se désespère inconsciemment tant qu’elle ne trouve pas celui qui n’est que Lumière infinie, Amour total, humilité parfaite[448]. Elle a été créée par le vrai Dieu dans son mystère Trinitaire, Père, Fils et Saint Esprit. Elle est faite pour lui correspondre comme dans un mystère d’épousailles parfaites. Le cœur de l’homme est comme un creux fait pour le plein qu’est Dieu. Lucifer*, malgré la noblesse de sa nature, sa puissance intellectuelle, son immortalité, n’est qu’un succédané de Dieu, une pâle imitation. L’adorer ne mène à rien de durable. Malgré tous ses succès matériels, il n’y peut rien. Il ne peut combler le creux.

Ce problème se traduira très concrètement dans le monde de l’Antéchrist par la subsistance des épidémies de désespoir et de suicide. Alors, il s’efforcera de trouver une solution. Il s’efforcera d’étourdir l’humanité dans la recherche d’un nouveau défi pour l’empêcher de trop penser. Il ne manquera plus qu’une œuvre à réaliser, s’attaquer à la mort[449].

La mort fut imposée par Dieu aux hommes après le péché originel. Elle devint pour Lui une alliée car, de manière puissante et égalitaire, elle remettait les riches et les pauvres devant leur vraie condition. Il est difficile à un homme de mourir et de rester orgueilleux. Par ce mode, bien des hommes se réformèrent et furent sauvés.

Or, il convient de remarquer que le livre de la Genèse traite en deux temps la question de la mort. Juste après le péché originel, Dieu commença par rendre impossible toute forme d’immortalité sur la terre[450]: «Yahvé Dieu dit: “Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal! Qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours! ” Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d’Eden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Eden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie. »

Ce texte indique la limite ultime qu’assignera Dieu à la puissance et aux réalisations de l’Antéchrist. Jamais Dieu ne permettra qu’il réussisse à supprimer la mort. Il s’y efforcera, à force de science et de biologie. Mais la présence des Kérubims, l’ordre supérieur des Anges, portant le nom hébreu de « lumière de la connaissance » indique une volonté arrêtée de ne pas laisser faire.

Un autre texte de la Genèse parle de la mort[451]: « Lorsque les hommes commencèrent d’être nombreux sur la face de la terre et que des filles leur furent nées, les fils de Dieu trouvèrent que les filles des hommes leur convenaient et ils prirent pour femmes toutes celles qu’il leur plut. Yahvé dit: “Que mon esprit ne soit pas indéfiniment responsable de l’homme, puisqu’il est chair; sa vie ne sera que de 120 ans”». Ainsi, d’après la Bible, alors que les hommes vivaient auparavant 500 ou 600 ans, à la suite d’un péché mystérieux, Dieu raccourcit considérablement cette durée. J’ai toujours cru à une interprétation symbolique de ce texte, jusqu’à ce que la génétique se mette à soupçonner la présence dans l’A.D.N. d’une simple programmation de la vieillesse par le ralentissement des divisions cellulaires. De nos jours déjà, la génétique essaye de prolonger chez l’animal les divisions cellulaires qui sont à la base de la conservation des vivants dans une longue jeunesse. S’il est impossible de supprimer la mort, il est possible par contre de rallonger considérablement la durée de la vie.

Dans les décennies qui précèderont et accompagneront la venue l’Antéchrist*, l’humanité essayera probablement de forcer la porte de l’arbre de vie dont parle le livre de la Genèse[452]. L’arbre de Vie voulu par Dieu pour les hommes est celui de la Vie éternelle dans la vision de Dieu[453]. L’arbre de vie tel que l’entendra l’Antéchrist sera la vie éternelle et autonome sur terre. Cet arbre symbolise le paradis terrestre, objet des convoitises des hommes depuis la chute originelle. Il s’efforcera d’en percer le secret génétique[454]. Le jour où le gouvernement mondial réussira à faire naître des enfants capables de vivre plusieurs siècles, le signe de l’Arbre de vie sera donné aux hommes. L’humanité en sera changée. Si les hommes retrouvent la capacité à vivre longtemps sur terre, la procréation relèvera de l’État, ainsi que la contraception obligatoire. La fécondité et la naissance d’un enfant deviendront davantage affaire de science que d’union amoureuse d’un couple. Cela se fera contre les volontés les plus explicites de Dieu, lui qui lia jadis fécondité et amour conjugal, vie courte sur terre et humilité de l’homme. Ce signe est de grande importance puisqu’il rejoint le fondement même de la révélation biblique sur le sens de la vie terrestre.

La décision de prolonger la vie sur terre constituera le dernier tremblement apocalyptique. Ce sera aussi le dernier des signes sensibles donné à l’humanité. Toute l’Écriture sainte aura été accomplie. La Genèse et Apocalypse se rejoindront. « Les méchants feront le mal et les méchants ne comprendront pas ». Le jour où ce rêve sera tenté, ce jour-là, on pourra dire: «l’Écriture est accomplie ». Tout ce qui était annoncé est achevé. La coupe des iniquités est pleine. Le Messie revient[455].

Il est probable que les hommes sentiront confusément qu’ils ont commis un blasphème direct contre les volontés de Dieu : « Les nations sur la terre seront dans l’angoisse, inquiètes du fracas des flots et de la mer. Des hommes défailliront de frayeur dans l’attente de ce qui menace le monde habité car les puissances des cieux seront ébranlées.[456] »


 

CHAPITRE 8 : SEPTIÈME JOUR, LE JOUR DU SEIGNEUR

 

« Aussitôt après cette tribulation, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel et les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme. Et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine. Et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel, avec grande puissance et grande gloire. Et il enverra ses anges avec une trompette sonore, pour rassembler ses élus des quatre vents des extrémités des cieux à leur extrémité.[457] »

Daniel, en parlant de la fin de l’Antéchrist, écrit: «Il sera brisé sans acte de main.[458] ». Saint Paul va dans son sens: «Le Seigneur fera disparaître l’Impie par le souffle de sa bouche, l’anéantira par la manifestation de sa Venue.[459] »

 

La durée du monde de l’Antéchrist

(Chose indécise)

 

On le voit, ces textes multiples ne laissent pas de doute. La venue du dernier Antéchrist précédera et annoncera le retour glorieux du Christ. Le Seigneur affirme avec netteté: “Quand vous verrez cela, redressez-vous et relevez la tête car votre Rédemption est proche[460]”.

Toute la question est d’interpréter ce mot «proche ». Combien de temps durera le monde soumis au culte l’Homme à travers le culte explicite de Lucifer*? Durera-t-il quelques années seulement? Lorsque la dernière prophétie sera réalisée, combien de temps faudra-t-il précisément attendre? Pour répondre à ces questions, seuls des principes généraux sont certains. Dieu laissera durer ce monde sans espérance suffisamment de temps pour qu’il puisse produire des fruits que l’Antéchrist ne prévoira pas, à savoir de la souffrance donc de l’humilité et du désir pour le vrai Dieu. Mais il le fera cesser par son retour glorieux assez vite pour que des élus aient la vie sauve. « Et si ces jours-là n’avaient été abrégés, nul n’aurait eu la vie sauve; mais à cause des élus, ils seront abrégés, ces jours-là.[461]»

D’après le prophète Daniel, la durée du règne de l’Antéchrist sera courte: “le temps d’une semaine (temps symbolisant ce que vit une génération humaine), il consolidera une alliance avec un grand nombre et le temps d’une demi-semaine, il fera cesser le sacrifice et l’oblation[462]”(donc, semble-t-il, quelques années).

Ailleurs[463], il parle de la manière suivante: “A compter du moment où sera aboli le sacrifice perpétuel et posée l’abomination de la désolation, 1290 jours. Heureux celui qui atteindra 1335 jours ». 1290 jours représentent la durée du minis–tère public de Jésus (trois ans et demi). Ce chiffre signifie non un temps réel (du moins pas nécessairement) mais une mission. Appliqué à l’Église, ils symbolisent les siècles de son existence sur terre. Les chrétiens qui ont gardé ou garderont la foi dans leur cœur[464], ont été et seront appelés à la même mission que le Christ, sauver le monde. Ils seront les prêtres du monde, c’est-à-dire qu’il leur appartiendra d’offrir à Dieu des supplications pour l’âme de leurs contemporains éloignés de la vraie Vie. Heureux donc ceux qui, tout au long de l’histoire de l’Église (déjà près de 2000 ans), ont gardé et garderont intacte leur confiance en Dieu.

Quant aux 1335 jours (1290 jours + 45), ils symbolisent non seulement les trois années et demi de la vie apostolique de Jésus, mais aussi le temps très court du sépulcre (3 jours), jusqu’à la Pentecôte (40 jours). Heureux aussi ceux qui garderont la foi durant les trois jours du sépulcre de l’Église (3 jours symboliques) et jusqu’au retour glorieux du Christ (après 40 jours symboliques). Ils seront l’Église de la fin du monde de la même manière que Marie* fut à elle seule toute l’Église pendant les trois jours du sépulcre et les 40 jours d’errance et de doute avant la Pentecôte.

Concrètement, tous ces chiffres symboliques ne nous avancent pas beaucoup. Il est impossible de savoir avec certitude quelle sera la durée exacte du règne de l’Antéchrist (et peut-être de ses successeurs). Une seule chose est certaine. Dieu n’annonce plus aucun événement nouveau sur terre hormis la Venue du Christ qui « fera disparaître l’Impie par le souffle de sa bouche, l’anéantira par la manifestation de sa Venue[465] ». Il n’y aura donc plus cette fois d’autre temps.

 

J’ai longtemps hésité à propos de cette durée. Je n’arrive pas à conclure. J’ai essayé de comparer à ce qui s’était jadis passé, lors de la « fin de certains mondes particuliers ». Des prophéties anciennes, adressées à l’Égypte antique, parlaient déjà de « fin du monde ». On m’a rapporté qu’une inscription hiéroglyphique du temple de Philae dit: «Les temples seront désertés. Les dieux seront oubliés. Les écrits deviendront obscurs et nul ne pourra plus les déchiffrer. La fin du monde approche ». La fin du monde, en ce qui concerne l’Égypte antique, ne fut que la fin d’un monde. 1700 ans après l’assassinat du dernier moine de Philae, l’humanité est toujours sur terre. Il y a ici une analogie avec la fin de l’Église et des religions.

 

En conséquence, deux opinions peuvent être soutenues.

1- Première hypothèse. Sans trop s’avancer, il est probable que les hommes qui seront présents sur terre lorsque sera donné le dernier des signes (la tentative de conquête de l’arbre de vie), seront encore en majorité vivants lors du retour du Christ. Ce temps d’attente ne durera pas plus que l’espace d’une génération, selon le sens littéral de cette parole de Jésus[466]: «En vérité je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela ne soit arrivé. » Jusqu’alors réalisée de manière cachée, à travers la succession des morts individuelles, cette parole le sera d’un coup par le retour glorieux du Christ. Plusieurs arguments étayent cette opinion. Les prophéties concerneront, cette fois, l’Église universelle et la totalité des nations* de la terre. Elles seront toutes réalisées. Rien d’autre ne sera annoncé. Les événements rapportés dans le livre de la Genèse se seront produits en sens inverse, au sens littéral du terme. Ainsi, l’Alpha et l’Oméga, la Genèse et l’Apocalypse se seront rejoints. Déjà de nos jours, les tours de Babel[467] modernes se dressent dans presque tous les pays comme symbole de leur orgueil; L’unification des langues[468] est en voie de réalisation dans l’anglais; Les nations commencent à penser leur disparition au profit d’un gouvernement mondial[469]; Le rêve d’une prolongation de la vie humaine tente déjà les généticiens[470]. Il s’agit donc bien du temps des temps, de la fin des fins[471], de même que le livre de la Genèse raconte le commencement du commencement.

Combien d’années ? Les exemples du passé montrent la diversité des temps accordés par Dieu aux impostures politiques. Parmi les divers antichristianismes apocalyptiques, on peut citer l’exil à Babylone du peuple juif qui dura soixante-dix ans[472]; Le communisme athée en Russie dura soixante-douze ans; L’exode dans le désert dura quarante années[473]; Hitler tint l’Allemagne durant douze ans et le monde en guerre durant six ans. Rarement, au cours de l’histoire, un régime politique monstrueux n’aura duré plus que le temps d’une vie humaine. Or l’Antéchrist, celui qui accomplira les dernières prophéties, sera un homme, pas un dieu.

 

2- Deuxième hypothèse. Mais il existe une autre hypothèse, peu probable et peu étayée quoique légitime. Rien n’empêche que l’Antéchrist ait des successeurs. Ce monde sans autre religion que celle de la collaboration avec Lucifer peut durer plusieurs siècles. Au risque de décevoir, lorsqu’on regarde dans l’Écriture sainte la façon dont Dieu utilise le mot « bientôt », on reste hésitant. Un texte de l’apocalypse est à cet égard significatif[474]: «Ces paroles sont certaines et vraies; le Seigneur Dieu, qui inspire les prophètes, a envoyé son Ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. Voici que mon retour est proche! Heureux celui qui garde les paroles prophétiques de ce livre ». Ce texte est lu depuis 2000 ans par des générations de chrétiens qui sont invités à y croire. De fait, ces paroles se réalisent puisque les gens meurent vite, donc « bientôt ». C’est le bientôt de Dieu! J’ai expliqué que le monde de l’Antéchrist, quoique centré sur l’Homme et le culte de la gloire, n’est pas un monde où l’on se damne davantage que dans les autres époques. La détresse spirituelle y est source de rédemption, comme au temps de l’Ancien Testament où Dieu se taisait. Il se peut donc que Dieu laisse faire, qu’il observe jusqu’où peut aller la folie des habitants de la planète bleue.

Dans cette hypothèse, que feront-ils, perdus, seuls, comme une tête d’épingle dans une galaxie de cent-mille années lumière, à la conquête de la gloire[475]? Et Yahvé dit: «Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. » Il se peut donc que Dieu laisse tourner le monde et observe du Ciel sa folie, comme aux jours de Babel. Ils conquerront de nouvelles planètes. Ils s’efforceront de sortir du système solaire. Ils lutteront pour vaincre la mort. Ils pratiqueront le spiritisme avec l’autre monde. Tout cela se fera dans une perpétuelle et pitoyable guerre intérieure. Le dieu qui les illuminera sera sans amour… Ce sera un monde de petits vieux, spirituellement usés, moralement désespérés, ossements desséchés. Mais, inconsciemment ou consciemment, ils seront assoiffés d’un désir brûlant pour le vrai Dieu.

 

Le Jour du Seigneur [476]

(Chose certaine)

 

Alors, finalement, le Christ apparaîtra. Ce ne sera pas une simple grâce spirituelle mais une apparition aussi réelle et visible que celle de Marie à Bernadette de Lourdes. Il se montrera d’un seul coup aux yeux de chair, exactement de la même façon que le voient ceux qui meurent de nos jours. Il s’agit du même mystère que celui que j’ai décrit en racontant la mort individuelle de chacun[477]. Le Christ ne viendra pas seul mais accompagné du Ciel entier (la Bible appelle cela les nuées du ciel), des milliers d’anges pour ce jour de fête et de terreur (Dies irae), des saints du passé et de tous les pays, enveloppés de lumière. Les anges auront revêtu, pour ce jour, une apparence corporelle qui dévoilera leur esprit aux mille lumières[478].

En tête, la Vier–ge Marie, dans son corps physique glorifié apparaîtra simple. Plus un être est saint, plus il est simple. On s’écriera de toute part en la voyant, à l’image des pauvres mots de sainte Bernadette: « Elle a les yeux bleus ». Ce sera une couleur d’âme, qui ne se décrit pas avec des mots, une transparence de pureté intérieure où chacun lira qu’elle n’a jamais péché. Tout le monde verra ce grand spectacle en un seul regard. Quand Dieu veut faire grand, il en prend les moyens.

Chacun verra le Ciel lui apparaître comme s’il était seul au monde. “Comme l’éclair, en effet, part du levant et brille jusqu’au couchant, ainsi en sera-t-il de l’avènement du fils de l’homme.[479]” Chacun aura son apparition personnelle et, en même temps, chacun verra qu’il n’est pas le seul. Les enfants s’extasieront et diront à leurs parents: «Dieu est lumière et amour! Et nous ne le savions pas! »

Chaque homme réagira devant la Révélation de cette gloire selon les dispositions de son cœur. Les quelques fidèles qui auront su rester fidèles à leur attente du retour du Christ seront debout, attitude que la Bible réserve à l’ami. Dans leur joie, ils ne pourront dire autre chose que merci. Leur sainteté leur sera révélée. Ils comprendront que c’est leur prière qui provoque cette explosion de gloire. Semblables à Marie, ils en seront « troublés »[480].

A genoux, c’est-à-dire repentants, les hommes de bonne volonté, jusque là soumis à l’Antéchrist, pleureront en disant: « Nous ne savions pas que tu étais ainsi. Nous croyions, on nous l’avait dit, que tu n’étais qu’un mauvais esprit, un dieu jaloux de son pouvoir. Pardon pour nos péchés. Fais de nous ce qu’il te plaira ». Mais, dans l’apparition de Jésus, ils ne discerneront ni jugement ni condamnation. Nous avons une image de l’accueil qu’il réserve à tout homme quel qu’il soit à l’heure ultime. Il en sera en ce jour-là comme de la parabole rapportée par Jésus dans son Évangile[481], “ comme d’un homme qui avait deux fils. Le plus jeune dit à son père: Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient. Et le père fit le partage de ses biens. Peu de jours après, le plus jeune partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, il commença à se trouver dans la misère. Il eut faim et décida de retourner chez son père, voulant se présenter à lui comme le dernier de ses serviteurs. Le voyant arriver de loin, le père l’aperçut et fut saisi de pitié. Il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit: Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils (...) Mais le Père dit à ses domestiques: vite apportez les plus beaux vêtements pour l’habiller et mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons, festoyons car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.” Il le prépare par la famine ressentie sur la terre–. Il le fait revenir à lui par le désir qu’il a d’être heureux. Puis il devance ses paroles, se montre à lui tel qu’il est, et au moindre signe de repentir, il lui promet la gloire des Noces éternelles. Comment douter de Dieu à la lecture de textes tels que celui-ci?

Les Juifs[482], face à la constatation des faits diront: « Jésus, Messie, gloire à toi au plus haut des cieux! » Ils réaliseront ce jour-là la prophétie de Jésus: «Vous ne me verrez plus jusqu’à ce que vous disiez: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! [483] » De même, les quelques musulmans fidèles diront avec un étonnement qui les laissera sans force: « Jésus, Fils de Marie, tu es Dieu. Tu es vraiment mort sur la croix pour nous! Tu nous proposes ton amitié et la vie éternelle dans la vision face à face! Nous ne le savions pas. Nous te choisissons tel que tu es, Jésus. Nous ne serons plus tes serviteurs mais, si tu le veux, nous serons tes amis ». Ce sera une immense clameur de joie et les peuples, ceux qui auront le cœur pauvre, se précipiteront vers Jésus, vers les saints du Ciel. On s’élancera vers lui à la mesure de la soif qu’on en avait éprouvée sans le savoir ou en le sachant. En un moment, chacune des vies qui peupleront la terre décidera de son destin pour l’éternité.

Mais, bien sûr, il n’y aura pas que des pauvres de cœur sur la terre en cette époque. Il y aura aussi beaucoup d’orgueilleux et parmi eux, l’Antéchrist. En un instant, en raison de la simple appari–tion du cœur du Christ, ses constructions n’auront plus de sens. Il en sera fini du monde créé par lui. L’adoration du dieu arrogant et présomptueux paraîtra vaine à tous les cœurs justes, c’est-à-dire à la majorité des hommes. Chacun voudra le vrai Dieu de l’humilité et de l’amour.

L’Antéchrist ne sera pas rejeté, malgré tout le mal spirituel qu’il aura fait. Il sera visité, lui tout seul comme tous les autres hommes, par Jésus et il se verra proposer le salut. Il comprendra alors (s’il ne l’avait déjà compris...) que le Messie était mort pour lui aussi et qu’il serait mort tout de même pour lui s’il avait été le seul habitant de la terre. Mais l’Antéchrist, sera porté à refuser. Après s’être battu toute une vie pour la dignité de l’homme libre, indépendant, debout, en un mot orgueilleux, comment pourra-t-il accepter la victoire de Jésus, l’Homme humble et aimant (donc plus que jamais libre et debout) ? Voyant en un instant son oeuvre, son monde séparé du vrai Dieu détruit de l’inté–rieur et vidé de ses sujets, il est évident qu’il sera tenté par son propre péché et par la présence de Satan.

Lucifer, le chef des anges révoltés, exactement comme à l’heure de la mort individuelle de chacun, recevra l’autorisation de se montrer, de s’adresser aux hommes. Il leur tiendra ce langage, à tous, dans un dernier discours intérieur particulièrement séducteur: «N’avez-vous pas été heureux et puissants sur la terre durant toutes ces années grâce à moi et à mes serviteurs? Allez-vous renoncer maintenant à ce bonheur, d’un seul coup, parce qu’on vous en propose un autre? Mais ne comprenez-vous pas ce que veut ce Jésus? Il vous veut humbles et dépendants alors que vous êtes faits pour la liberté, le pouvoir, la décision autonome du bien et du mal. Il vous veut aimants alors que vous pouviez jusqu’ici vivre sans dépendre de personne. Refusez avec moi ce pitoyable paradis! Restez ce que vous avez toujours été, des hommes debout! »

Ce discours ne séduira que peu d’hommes, à sa grande fureur. Seuls les orgueilleux capables de maintenir leur choix devant la révélation d’un si grand amour, le suivront. Le livre de l’Apocalypse commente[484]: «Mais la Bête (l’idéologie de l’orgueil) fut capturée, avec le faux prophète (l’Antéchrist) -celui qui accomplit au service de la Bête des prodiges par lesquels il fourvoyait les gens ayant reçu la marque de la Bête et les adorateurs de son image,- on les jeta tous deux, vivants, dans l’étang de feu, de soufre embrasé (…) Il maîtrisa le Dragon, l’antique Serpent, -c’est le Diable, Satan,- et l’enchaîna pour mille années (ici, dans ce sens qui est le dernier, mille années signifient l’éternité). » Un autre texte de l’Apocalypse, du même genre, semble indiquer[485] que l’Antéchrist suit Satan en enfer: « Alors le diable, leur séducteur, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, y rejoignant la Bête (c’est-à-dire l’idéologie d’un monde sans vrai Dieu) et le faux prophète (l’Antéchrist), et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles. ” Pour Judas, Hitler et d’autres[486] que ces prophéties de damnation sous-entendent toujours: “s’il ne se convertit pas au dernier moment.” Il n’en demeure pas moins vrai, comme pour tous les hommes dont j’ai montré le choix décisif à l’heure de la mort[487], que plus l’orgueil et l’égoïsme sont importants, plus la conversion est difficile.

La plupart des hommes, après avoir été abreuvés pendant des années du vide spirituel créé par l’Antéchrist, reconnaîtront n’avoir aimé qu’eux-mêmes en recherchant les joies sensibles. Ils le reconnaîtront devant le Christ et devant tous les saints. Ils comprendront la gravité de l’égoïsme qui se déguise en amour tout en rejetant l’époux qui lasse, les parents âgés qui meurent seuls, les enfants malvenus. Ils comprendront à la vue du Christ ce qu’est le vrai amour et seront prêts à prendre tout le temps qu’il faut pour se purifier. Le livre de l’Apocalypse raconte, à travers les symboles d’une bataille, ces conversions provoquées par la Venue du Christ[488]: «Tout le reste fut exterminé par l’épée (la parole de vérité) du Cavalier, qui sort de sa bouche, et tous les oiseaux (les contemplatifs) se repurent de leurs chairs ». Il y aura en effet au Ciel une grande joie devant la foule immense du peuple qui se convertira. Ce sera la joie de la Victoire de l’amour. On verra des prostituées, jusque là adonnées aux péchés, se convertir et, telle Marie-Madeleine, pleurer en essuyant les pieds de Jésus avec leurs cheveux[489]. On verra des hommes d’argent renoncer à leur fortune et, tel le publicain Lévi, arriver les mains vides devant Jésus. Mais celui qui maintiendra son orgueil jusqu’au bout, celui là sera perdu.

 

Après le retour du Christ, le temps sera comme suspendu. Ceux qui auront choisi de l’aimer vivront ces heures en sa présence dans une extase perpétuelle. Ils ne pourront détacher leur âme de sa vue. Ils ne verront pas seulement sa beauté physique mais aussi celle de son cœur. Tous les symboles utilisés jadis par le Seigneur auprès de sainte Marguerite-Marie prendront sens. Au même moment, ceux parmi les sauvés qui auront à purifier quelque chose seront éloignés de sa vue. Cela ne durera qu’un instant mais pourra leur paraître des heu–res, des années tant ils aimeront et ne supporteront pas son absence. Le purgatoire est fait ainsi. Il ne dure sans doute pas longtemps en temps objectif mais sa durée intérieure peut sembler aussi longue que des siècles. ”Avez-vous vu mon Bien-aimé?[490]” Ceux qui auront refusé le Christ seront aussi sur la terre en ces instants mais ils fuiront. Ils ne se sauveront pas dans d’autres lieux, le Christ étant présent partout à la fois devant leur regard. Ils fuiront en eux-mêmes en essayant de détourner leurs pensées de son regard insoutenable. Ils crieront: «Va-t-en. Ne vois-tu pas que nous ne voulons pas de toi ni d’aucun de ceux qui sont avec toi. Pourquoi restes-tu ainsi? Veux-tu donc nous torturer ? » Leur choix de la solitude sera, on le voit à travers ces mots, définitif.

Il est inutile d’insister davantage sur le retour du Christ car sa venue a déjà amplement été décrite[491]. La mort individuelle de chacun est exactement, point par point, le même mystère et, à une nuance près, tout le monde le verra en même temps.

 

Pour conclure ce chapitre, il faut se reposer la question fondamentale déjà formulée ci-dessus. Pourquoi Jésus permettra-t-il avant son retour, que l’apostasie* s’installe jusqu’à supprimer toute trace extérieure et visible de la présence de Dieu? Nous voyons maintenant comme dans un grand panorama le bien qui en sortira, beaucoup d’humilité pour la majorité des hommes, vivant sans espoir de vrai bonheur dans un monde où tout matériellement dispose au bonheur; une grande espérance pour ceux qui auront gardé la foi, mais toute pauvre devant l’absence de tout signe extérieur du retour du Christ; une charité inégalée, enfin, pour les chrétiens de cette époque. Il en sortira une grande victoire. Avec saint Paul, devant la confusion du démon définitivement vaincu chacun s’écriera: «La mort a été engloutie dans la victoire; où est-elle, ô mort, ta victoire? Où est-il, ô mort, ton aiguillon? Mais grâce soit à Dieu, qui nous donne la victoire par notre seigneur Jésus Christ.[492] »

 

–

LA PREUVE SUPRÊME QUE DIEU NOUS AIME,

C’EST QUE LE CHRIST

REVIENDRA NOUS CHERCHER

ALORS QUE NOUS NE L’ATTENDRONS PLUS[493].

 

 

 

« Nous ne mourrons pas tous »

(Chose certaine)

 

A la fin des temps, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. Après le jugement universel, les justes règneront pour toujours avec le Christ, glorifiés en corps et en âme, et l’univers lui-même sera renouvelé: « Alors l’Église sera "consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection".» Cette rénovation mystérieuse, qui transformera l’humanité et le monde, la Sainte Ecriture l’appelle "les cieux nouveaux et la terre nouvelle". Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de "ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres".[494]

 

Le jour du Seigneur, son retour glorieux visible d’un bout à l’autre de la terre, mettra fin aux naissances et aux morts. La terre telle qu’elle est n’aura plus ni sens ni utilité, les hommes ayant tous sans exception fait leur choix pour l’éternité. Saint Paul raconte ainsi ce qui se produi–ra alors[495]: “Je vais vous dire un mystère. Nous ne mourrons pas tous, mais nous serons transformés. En un instant, en un clin d’œil, au son de la trompette finale, car elle sonnera, la trompette, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, les vivants, nous serons transformés. Il faut en effet que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité.”[496]

Les paroles de saint Paul sont claires. Si nous sommes présents sur la terre au jour du retour du Christ, nous ne mourrons pas. Nous serons tous, sans exception, dispensés de la mort et ce sera le premier cadeau de noces de la part de Dieu. J’ai montré que les dernières générations de l’humanité seront extrêmement cultivées et intellectualisées, même si elles auront tendance à se donner à un culte antichristique. Leur sensibilité sera affinée, beaucoup plus sensible au vide spirituel. C’est pourquoi la mort n’aura plus vraiment d’utilité. Le règne désespérant de l’Antéchrist et le retour glorieux du Christ seront des événements si puissants qu’ils suffiront à rendre tous les genoux chancelants. Les damnés eux-mêmes seront dispensés de mourir, leur choix final étant parfaitement lucide et définitif.

 

La résurrection des morts

(Chose certaine)

 

L’univers sera donc peuplé de deux sortes d’humains. Les anciens, ceux qui seront déjà passés par la mort, seront présents. Ils auront accompagné le Christ ou le démon le jour de la Parousie*. Mais ces personnes-là n’auront pas leur corps de chair. Ils seront face à la dernière génération de l’humanité, bien en chair.

Avant la résurrection de la chair, l’homme est privé d’une partie de son être. Il conserve bien sûr la partie essentielle de son être, son esprit, ses pensées et ses choix profonds. Mais tout semble indiquer qu’il conserve aussi la partie psychique de son être. Il voit, il entend. Il garde malgré la disparition de l’organe du cerveau, avec une acuité très grande, tous les souvenirs sensibles accumulés durant la vie terrestre et que la vieillesse fait parfois oublier. Cette découverte de la survie de la vie sensible est récente en Occident. On la doit aux études du Docteur Raymond Moody sur les personnes victimes d’un arrêt cardiaque[497]. Par contre le corps charnel a disparu. Son absence ampute le mort des sens du toucher et du goût qui lui sont liés. Ce manque est très peu gênant. Ceux qui sont déjà au Ciel sont parfaitement heureux. Comment pourrait-il en être autrement puisqu’ils voient Dieu?

Pourtant Dieu ne nous laissera pas éternellement amputés d’une partie de nous-mêmes. En cet instant, la trompette sonnera[498], dit saint Paul. Cette trompette sym–bolise la voix du Christ. Tout pouvoir lui a été remis par Dieu. L’Esprit Saint qui repose sur lui est décrit dans la Bible comme une trompette ou un tonnerre à cause de sa force[499]. C’est à lui qu’appartient, à travers son humanité, de donner un tel commandement.

Il donnera un ordre à ses anges. Eux, utilisant leur puissance naturelle sur cette matière qu’ils façonnent depuis la création du monde, récolteront de la terre et, à partir de ses éléments, reconstitueront le corps physique complet, parfait et en pleine jeunesse de tous les morts, les saints comme les damnés. Ce sera leur corps à eux, reconstitué précisément mais débarrassé de ses défauts. Les handicapés renaîtront en pleine possession de tous leurs moyens, les trisomiques ne porteront les stigmates de leur handicap que comme une gloire de leur âme plus humble. Chaque mort, en un éclair, réintégrera son propre corps dont elle reconnaîtra chacune des fibres.

Je ne veux pas signifier par là que ce corps sera fait avec les mêmes éléments matériels qui ont déjà servi durant notre vie terrestre (atomes et molécules)[500]. L’Église affirme que notre corps de ressuscités sera notre vrai corps physique, aussi palpable et capable de manger que celui de Jésus après sa résurrection.

La résurrection de la chair fait partie de la foi. A cela, on pourrait, semble-t-il, objecter le texte de saint Paul dans sa première lettre aux corinthiens[501]: « On est semé ici-bas corps psychique, on ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel. » L’interprétation de ce texte pourrait conduire à affirmer l’apparition d’un corps qui n’est plus fait de matière mais qui, de fait, est celui d’un pur esprit. Les anges eux-mêmes ne se façonnent-ils pas parfois des apparences de corps que l’on peut voir et toucher?[502] Or les Évangiles ne cessent de le rappeler, saint Paul n’a pas voulu dire cela. Jésus prouve à Thomas dans son apparition qu’il a un vrai corps. “Mets ton doigt dans mon côté, ne soit pas incrédule, soit croyant.[503]” Avec son autorité infaillible, l’Église a confirmé qu’il s’agit bien d’une résurrection de la chair, c’est-à-dire des molécules palpables qu’un fantôme ne possède pas. Il s’agira bien de notre corps physique mais il sera, aussi bien pour les saints du Ciel que pour les damnés, débarrassé de tous ses défauts. Ces défauts ne serviront plus à rien puisque notre choix aura été fait. Les damnés et les saints réintégreront la perfection de leur être, pour que chacun puisse vivre comme il le désire, loin de Dieu ou près de lui. Déjà au temps du prophète Daniel, les Juifs savaient que tous les morts sans aucune exception ressusciteraient un jour: “Une multitude, ceux qui dorment au pays de la poussière s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la réprobation et l’horreur éternelle.[504]” Dieu rendra à chacun son corps, respectant même chez les damnés la liberté qui les a conduits à choisir l’horreur éternelle d’une vie sans amour[505]. Saint Paul, en parlant d’un corps spirituel, voulait signifier que les saints comme les damnés réintégreront leur corps parfaitement soumis et adapté à leur esprit.

Notre corps sera spirituel en ce sens qu’il obéira tout entier à notre esprit. Les damnés eux-mêmes seront dotés de cette liberté à une nuance près. Leur esprit sera malade de l’absence de Dieu. Il brûlera de l’intérieur du feu de ce manque. Ainsi, malgré la présence d’un corps doté d’incorruptibilité et parfaitement soumis à leur volonté, ils n’en profiteront pas. Que sert à l’homme d’avoir une santé physique parfaite et un contrôle de son psychisme s’il n’est pas heureux? Cela se répercutera d’ailleurs dans leur apparence. Leur corps sera doté d’une grande vitalité mais leur visage sera sans cesse déformé par les effets de leur égoïsme choisi. Tout leur malheur viendra de leur esprit orienté vers un choix pervers. Ils ne penseront qu’à eux-mêmes, à leur obsession tendue vers leur propre réalisation, mais ils ne pourront réaliser ce but loin de Dieu qui seul aurait pu les combler. Ils écumeront de colère. Toutes les passions mauvaises seront leur lot quotidien puisqu’ils chercheront le bonheur, c’est-à-dire Dieu, tout en refusant la nature et les conditions de ce bonheur (l’humilité du repentir). C’est une contradiction interne, choix de leur liberté, que la Bible appelle «l’horreur».

Les humbles, quant à eux, recevront de la part de Dieu ce même corps, doté de la même perfection. Mais, pour eux, tout sera surélevé en gloire. Comment pourrait-il en être autrement puisqu’ils verront Dieu? La Trinité emplira leur esprit, comblant en béatitude tous leurs désirs. En conséquence, leur sensibilité et leur corps seront plus que soumis totalement à leur esprit après le miracle de la résurrection. Ils s’en trouveront glorifiés, c’est-à-dire dotés de pouvoirs venant de Dieu. Des propriétés nouvelles et inimaginables apparaîtront[506]. Saint Thomas d’Aquin, regardant la façon dont se comportait Jésus après sa résurrection, les résume en quatre mots, impassibilité (il n’est plus accessible à la souffrance, à la mort), subtilité (il passe à travers les portes closes), agilité (il se déplace instantanément) et clarté (son visage physique révèle parfaitement son esprit)[507].

 

La Vision béatifique et l’enfer

(Chose certaine)

 

Lorsque le dernier homme aura achevé de purifier son amour à travers un purgatoire de solitude[508], tout sera consommé. Il n’y aura plus que deux « demeures » dans l’autre monde, c’est-à-dire deux types d’hommes. Ils sont symbolisés dans l’Écriture par le bon grain et l’ivraie[509]. Il s’agit des habitants du paradis et de l’enfer. Il ne convient pas d’imaginer cela comme deux mondes physiquement séparés. L’enfer étant un choix de liberté, respecté par Dieu, son lieu est le même que celui du paradis. C’est l’univers entier et ses merveilles. De fait, Dieu donnera aux damnés obstinés en cadeau tout ce qu’ils désirent. Ils recevront la puissance à laquelle ils aspirent. Ils auront la possession de l’univers. Ils pourront y faire ce qu’ils veulent selon le choix de leur liberté. Une seule chose leur sera refusée. La Vision sublime de Celui qui voulait les épouser. Faut-il donc affirmer que les paroles de l’Écriture qui les décrivent condamner à un étang de feu[510], sont de vaines images? Il s’agit au contraire d’une triste réalité, pire encore que la lettre du texte laisse imaginer. En effet, à cause de leur méchanceté intérieure, toute cette liberté et puissance se retournera contre eux. Ils ne profiteront de rien. La vue d’une fleur ou de toutes les merveilles créées par Dieu sera source d’allégresse pour les saints. Pour les damnés, elle sera une pointe de plus dans leur cœur envieux. Mais la plus grande souffrance sera pour eux la vue d’un élu. Ils ne supporteront pas la vue de l’humilité, de l’amour généreux et de la gloire qu’elle mérite. Ce sera pour eux un objet de rage qui leur rappellera douloureusement la perte qu’il auront faite. Ils fuiront donc le plus loin possible, dans les recoins les plus sombres de l’univers. Ils se sépareront à jamais de toute présence vivante et habiteront les lieux déserts. Ils chercheront le centre des astres, l’obscurité brûlante de ces étangs de feu[511] où nul saint ne s’aventure. Plutôt que de céder à l’amour et de se repentir, ils rumineront la haine pour toujours.

 

Le monde nouveau

(Chose certaine)

 

« Quant au cosmos, la Révélation affirme la profonde communauté de destin du monde matériel et de l’homme: Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu ... avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption .... Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. Et non pas elle seule; nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps (Romains 8, 19-23).[512] »

 

Qu’est-ce que le paradis ?[513] «Voir Dieu face à face et ne posséder rien d’autre vaut infiniment plus que posséder l’univers entier et avoir perdu Dieu[514]. » Pourtant, Dieu se prépare à offrir à ses amis, en plus de lui-même, un univers entier. Il ne s’agit pas d’une exagération littéraire. Saint Paul l’a dit, «selon qu’il est écrit, nous annonçons ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment[515]. » A partir d’ici, j’aborde les grâces supplémentaires que Dieu a préparées[516]. C’est un travail très difficile. D’incroyables surprises nous attendent. Nous ignorons encore presque tout des propriétés cachées de la lourde matière dont nous sommes faits mais qui se trouvera transfigurée. Parmi ces propriétés, quelques-unes sont certaines.

Après la résurrection de la chair, l’homme retrouve la plénitude des facultés physiques, le sens du toucher inclus. L’Église n’a jamais souscrit à cette foi un peu fondamentaliste des Témoins de Jéhovah, comme si le lieu du paradis devait être la terre. Ce lieu est bien trop exigu pour une éternité selon le rêve de Dieu. En toute logique, la présence de ce corps doit s’accompagner de la recréation d’un univers physique qui lui corresponde. A l’heure dite, immédiatement après le retour du Christ, conjointement à la résurrection des morts, il préparera la réalisation de bienfaits inimaginables jusque dans notre sensibilité et notre corps, jusque dans le monde physique qu’il transformera, pour que nous puissions admirer éternellement sa richesse et sa beauté[517].

Nous ne pouvons nous faire une idée de l’énergie qu’il déploiera pour nous combler. Dieu ressemblera à un fiancé enfin réuni à sa bien-aimée. Il ne sait que faire pour elle. Il se donne à elle et cela suffit. Pourtant, il ajoute toutes les folies que l’amour peut imaginer, des parures somptueuses, des royaumes, des amis, des fleurs, des ani–maux... Dieu se comportera de la même façon, comme un prince des contes, à la mesure de sa toute puissance. Il créera un univers grandiose de telle façon que l’éternité ne nous suffira pas pour le visiter. A vie éternelle de bonheur, Dieu fait corres–pondre un univers infini de beautés.

 

La destruction de la terre et de ses scories

(Chose certaine)

 

Il commencera son oeuvre en détruisant. Saint Pierre* décrit son action: «Il viendra, le jour du Seigneur, comme un voleur. En ce jour, les cieux se dissiperont avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, la terre avec les oeuvres qu’elle renferme sera consumée[518]”. Comme tous les textes apocalyptiques, ce texte parle en premier lieu de notre mort individuelle. Mais il décrit aussi la fin de notre planète. Dieu ne voudra pas la laisser subsister car elle est souillée tout entière des restes de nos péchés. Rien ne devra demeurer des immenses cités où l’homme a si rarement vécu pour son prochain. Personne ne regrettera les cathédrales gothiques[519], qui furent construites comme toute œuvre humaine dans un mélange de sainteté et d’orgueil, où l’on priait si mal au temps où Dieu se cachait dans son eucharistie. Personne ne voudra garder les immenses bibliothèques puisqu’on lira les sciences à livre ouvert sur le visage de Dieu et dans la science des anges. Il ne devra rien subsister du monde ancien, pas pierre sur pierre[520], car le monde nouveau le remplacera. Même les oeuvres faites par Dieu pour cette terre disparaîtront. Les textes des Évangiles seront brûlés par le feu dont parle saint Pierre*[521]. Nous n’en aurons plus besoin. Nous aurons le Christ lui-même, présent devant nos yeux. Les constructeurs des cathédrales seront à nos côtés, vivants et prêts à construire plus beau.

 

Un nouveau monde physique

(Chose certaine mais inimaginable pour le concret)

 

Après la destruction de la terre, Dieu commencera à façonner un nouvel univers. Il s’agira d’un univers physique, tout autant que notre corps, mais adapté à sa nouvelle vie. Il sera donc comme lui éternel, délivré de toute corruption et génération, dispensé de cette loi de désagrégation (l’entropie) qui nous tient actuellement. C’est Dieu lui-même qui, en le soutenant comme il soutiendra notre corps et le dispensera de se nourrir, le rendra incorruptible. Nous comprendrons à cette heure l’utilité des milliards de mondes dont nous apercevons la lumière la nuit par temps clair. Il existe des milliards d’étoiles parce que ces mondes sont préparés pour nous après notre résurrection. Nous pourrons les visiter et qui sait ce que Dieu y aura préparé en beauté, nouveauté et féerie? Ces mondes sont-ils habités par des créatures spirituelles? Rien dans la révélation ne nous permet de l’affirmer ou de le nier. De grands théologiens ont répondu non à cette question, affirmant que nous étions le centre du monde. La preuve de ce fait leur paraissait sauter aux yeux puisque le Verbe de Dieu s’est fait homme « pour nous ». La réponse est solide au moins en apparence. Mais elle oublie un détail. Si le Verbe s’est incarné[522], c’est qu’il est capable de folies d’amour dont personne ne peut soupçonner la limite. Rien ne l’a empêché de créer des anges et de les conduire à la vision béatifique en un instant, dès le premier acte de leur amour pour lui. De même qui peut affirmer en son nom qu’il est certain qu’il n’a pas mis, en chacune des milliards de galaxies, des êtres dotés de vie spirituelle qu’il destine à être nos compagnons de bonheur pour toujours? Nous ne pouvons savoir avec certitude qu’une chose. S’il les a créés, c’est qu’il veut se donner à eux comme à nous et aux anges, dans le bonheur de sa présence. Comme à nous et aux anges, il ne demandera qu’une condition, humilité et amour offert en retour.

 


CHAPITRE 9 : LE JUGEMENT GÉNÉRAL, L’OMÉGA

(Chose certaine)

 

La résurrection de tous les morts, "des justes et des pécheurs" précèdera le Jugement dernier. (…) C’est face au Christ qui est la Vérité que sera définitivement mise à nu la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu. Le jugement dernier révèlera jusque dans ses ultimes conséquences ce que chacun aura fait de bien ou omis de faire durant sa vie terrestre. « Tout le mal que font les méchants est enregistré - et ils ne le savent pas. Le Jour où "Dieu ne se taira pas"[523]. »

 

Alors tout sera accompli. La vie éternelle, dans la Vision qui rend bienheureux sera un repos perpétuel et une activité de chaque instant. Les trésors de Dieu seront entièrement ouverts à ceux qui l’aimeront. En le voyant, ils verront d’un seul regard toute son oeuvre. En même temps, ils visiteront le monde et chacun de leurs frères, lisant dans les cœurs comme dans un livre ouvert. Nous n’aurons pas honte d’être compris de l’intérieur, jusque dans nos secrets du passé puisque nous n’aurons plus d’orgueil et les autres que de l’amour. Nous serons manifestés aussi aux damnés mais ils ne comprendront pas car l’humilité est une aberration pour celui qui ne pense qu’à briller. Moïse ne cachera rien de sa vie, de ses grâces et de ses faiblesses passées. Il sera face à la petite sainte Thérèse et au nourrisson mort sans avoir connu la terre. De même, chacun au Ciel pourra voir les damnés, anges et hommes. On se réjouira de leur liberté et on respectera leur choix. Eux, pourtant, seront séparés du reste du monde en raison de leurs propres désirs car ils ne supporteront pas la présence des saints. Ils vivront entre eux ou seuls, se méprisant les uns les autres, brûlés par la soif d’amour présente au fond de leur être, mais fidèles à leur obstination. Eux aussi comprendront les raisons du monde et les oeuvres de Dieu et ils ne cesseront de les rejeter. Ce sera un Jugement général et éternel de tous sur tout. Il sera complet dès le premier instant de la vision béatifique, et pourtant renouvelé à chaque instant.

Le jugement général n’est pas comme le jugement particulier. Il ne consiste pas en un choix du bien ou du mal, aboutissant à une bénédiction* ou une acceptation de la part de Dieu. Il est un jugement de discernement sur toutes choses, à la lumière de Dieu. Le passé obscur de la terre apparaîtra dans toute son unité. Pourquoi Dieu se cachait-il? Pourquoi laissait-il le mal se répandre sur terre? Pourquoi la mort des enfants, la souffrance des innocents et des coupables? Les mystères de l’histoire humaine, les interconnexions qui ont conduit aux guerres, le rôle occulte du démon qui manipulait les foules, de Dieu qui permettait bonheurs et malheurs, tout apparaîtra en une vision unifiée. Alors se réalisera la prophétie de Jésus.

 

«Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés.»[524]


CONCLUSION

 

Il suffit d’aimer

 

Le Christ enseigne qu’il n’y aura plus de mariage dans l’autre monde[525]. Cette parole pose parfois problème à ceux qui s’aiment. Ils peuvent se rassurer. Elle ne veut pas dire que la femme n’aimera plus son mari au Ciel ou la mère son enfant. Bien au contraire, ces amours et leur motif terrestre demeureront comme ils demeurent aujourd’hui entre Marie*, Joseph et Jésus. Mais, dans la Vision béatifique, le cœur de chacun s’ouvrira à l’infini au point que l’amour qui unit chacun sera plus grand que le plus beau des mariages terrestres. On sera en fait infiniment marié avec tous, chacun étant aimé pour lui-même en Dieu. Loin de détruire l’amour de la terre, cet amour divin le transfigurera dans des proportions infinies. Cette communauté parfaite, l’Église du ciel, sera une véritable communion des saints.

 

 

“Et ils verront sa Face,

Et son Nom sera inscrit sur leur front.

De nuit, il n’y en aura plus.

On se passera de la lampe pour s’éclairer

Car le Seigneur Dieu répandra sa lumière,

Et ils seront Rois pour les siècles des siècles. [526] ”

 


 

DEUXIÈME PARTIE: LES SOURCES DE LA CONNAISSANCE DU FUTUR

 

 

Une telle précision sur le destin futur de l’humanité étonne. D’où l’auteur tient-il cela? Aurait-il des entretiens secrets avec l’autre monde? Dans ce chapitre, je voudrais expliquer à ceux qui se posent la question intellectuelle de mes sources, à quel point le théologien doit aussi être un philosophe, un sociologue, un historien. De plus, il se doit d’être modeste et prêt à modifier ses vues car ses déductions sur l’avenir intègrent beaucoup d’éléments d’incertitude.

Trois sources permettent de d’approcher au mieux le évènements à venir. D’abord les enseignements de la foi; ensuite ceux des révélations privées* confirmées par l’Église; enfin, ceux de la philosophie et de l’observation de l’humanité. La troisième source est indispensable. Elle est aussi la plus incertaine.

 

Chapitre 1 : Fréquenter amoureusement l’Esprit Saint et Marie

 

Les textes évangéliques qui parlent de la fin du monde sont complexes. Jésus ne cesse de mêler dans le discours eschatologique quatre perspectives: la ruine de Jérusalem*, la fin des civilisations, la mort individuelle de chacun et la fin du monde. Il procède ainsi pour faire comprendre que tout cela n’est à ses yeux qu’un seul et même mystère. Ces différents niveaux de sens rendent l’interprétation des textes bien aléatoire. Beaucoup de théologiens par le passé se sont laissés tromper et on reste parfois perplexe à la lecture de leurs interprétations. Lorsqu’on est ainsi dans l’expectative et que les textes de l’Écriture sont peu clairs et contradictoires, il convient d’avoir deux réflexes.

 

1-    Passer beaucoup de temps, des années s’il le faut, à fréquenter l’Esprit Saint par la prière et la réflexion pour se familiariser à sa manière d’agir. La prière rend sa présence intime. Elle fait sentir (sensus fidei) ce qui est vrai ou faux. La méditation, c’est-à-dire l’observation à l’aide de l’intelligence permet de comprendre le futur par le passé. Il faut observer en premier lieu ce qu’Il a fait pour Jésus car ce sera ce même Esprit Saint qui préparera et accomplira l’histoire de la fin du monde[527]. L’Esprit Saint se résume à un esprit d’humilité en vue de l’amour (Agape).

 

2-    Avoir le sens de la croix : Tout ce que fait l’Esprit Saint pour sauver l’homme individuel ou les communautés humaines est marqué du signe de la croix. La raison en est justement cette histoire d’humilité et d’amour. Qui connaît mieux l’humilité que celui qui a un jour souffert ? Qui est mieux disposer à aimer que celui qui est humble ? La croix est une sagesse de souffrance et de mort: “ En vérité, disait Jésus, si le grain de blé ne meurt pas, il reste seul mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits ”[528]... en humilité, en soif de Dieu, parfois même en charité et donc en Vie éternelle. “Elle est scandale pour les Juifs et folie pour les païens ”[529]. Elle est scandale, mais réalité. Il suffit de se pencher sur l’histoire du passé. Rien ne subsiste des réalités du passé, même celles que Dieu avait voulues lui-même comme le Temple de Jérusalem. Les plus belles jeunes filles sont déjà fanées. Jésus marque tout ce qu’il touche de cette sagesse de la croix. Doit-on appliquer cette sagesse à l’humanité entière pour la fin du monde? On serait effectivement tenté, en observant le passé disparu, d’interpréter la croix pour la fin du monde dans le sens le plus dur. Sous un texte dont la lettre annonce bataille et terreur, il peut signifier tout autre chose qu’une guerre extérieure.

 

 

 

Chapitre 2 : La foi de l’Église par l’Écriture et Pierre

 

En plus de cet aspect de connaissance affective, il existe la Révélation d’un contenu intellectuel.

La seule autorité qui de manière absolue est certaine en cette matière, c’est la parole du Dieu unique et éternel.

Lorsque Jésus, le Verbe de Dieu fait homme, eut accompli son oeuvre, il communiqua à ses disciples l’Esprit Saint de manière telle que rien d’essentiel ne leur fut caché de l’avenir. Ils comprirent en plénitude l’Évangile et les projets de Dieu. Saint Thomas d’Aquin dit que cette compréhension totale ne reviendra sur terre que dans les temps de la fin. Les apôtres laissèrent des écrits. Leurs textes ne doivent cependant pas être lus n’importe comment. Ils sont écrits en mots humains. Traduire des vérités infinies par l’analogie de mots limités est évidemment réducteur. C’est pourtant le pari que Dieu a fait en s’adressant aux hommes à travers les paroles de divers prophètes, puis en se faisant lui-même homme. Je me suis servi des textes explicites de la Bible à chaque fois que cela a été possible. Mais, il faut le reconnaître, je ne l’ai jamais fait de manière matérielle.

En effet, certains textes sont purement symboliques (ceci n’exclut pas qu’ils se réalisent parfois historiquement à telle ou telle époque).

Exemple: « Une bête apparut. Elle avait sept têtes et dix cornes »[530]. Le sens littéral de tels textes est multiple. C’est le propre des symboles. Il s’applique à chaque époque. Ainsi fonctionne dans son ensemble l’apocalypse de saint Jean. Elle parle non seulement de la fin du monde, mais de la fin de chaque génération, de chaque humain individuel, de la fin des cités, des entreprises humaines etc. Inutile donc de vouloir appliquer les passages qui la composent à tel ou tel événement historiquement daté à l’exclusion des autres. La bête, par exemple signifie aussi bien l’Empereur romain Néron, qu’Hitler, nos propres péchés capitaux etc.

 

D’autres prophéties ont d’abord un sens historique[531] (sans exclure cependant un sens symbolique)

Exemple: « De ce temple, il ne restera pas pierre sur pierre. »[532] Le Temple de Jérusalem fut physiquement détruit en 70 après Jésus-Christ comme Jésus l’avait annoncé. C’est le premier sens. Pourtant, ce sens historique n’exclut pas l’autre, Jésus lui-même en informe ses disciples. Le vrai temple était son corps qui devait mourir et, trois jours plus tard, ressusciter. Toutes les prophéties de Jésus concernant le peuple juif sont de cette catégorie. Leur sens littéral est d’abord historique. Elles sont du même ordre que la parole d’Isaïe: « Voici, une vierge est enceinte![533] » On le voit, la théologie de l’Église ne donne pas seulement une vision générale du projet éternel de Dieu. Elle parle aussi du concret. Elle annonce certains éléments du futur avec certitude.

Les textes de cette catégorie sont dispersés partout dans l’Écriture, depuis les évangiles aux épîtres. Certains font même référence à des prophéties de Daniel dans l’Ancien Testament. Il est possible de distinguer ces deux sortes de prophéties par leur style, leur contexte. Mais un tel travail exige une bonne connaissance des mentalités orientales. L’erreur est possible. Au cours de cet ouvrage, je me suis efforcé de ne pas en oublier un seul.

 

 

 

Un principe doit être retenu. Plus on s’approche du concret, plus l’erreur est possible. Plus on reste dans des généralités, abordant par exemple les questions du projet de Dieu, de la croix qu’il maintient dans l’histoire pour sauver l’humanité, plus on est infaillible…

 

 

Tout au long de cet ouvrage, je me suis efforcé de distinguer, soit en note dans le texte, ce qui était sûr de ce qui était probable. Mais, en ne perdant pas de vue le principe encadré ci-dessus, il est possible à chacun d’entrer dans cette liberté de la recherche, incarnée dans une observation quotidienne des évènements de l’actualité.

 

Exemple: Il est certain, de manière infaillible, qu’il est inutile d’annoncer le retour final du Christ, celui qui se produira historiquement à la fin des générations, avant que ne soient réalisés un certain nombre de faits historiques: « L’Église de la dernière génération subira d’abord un sacrifice comparable à la passion du Christ. Son offrande d’amour et d’humilité provoquera le retour du Christ. A cette époque, un dernier Antéchrist* règnera. Il se distinguera des autres par le fait que son gouvernement politique sera mondial. Ce sera, humainement, une époque de paix et de gloire. Au Ciel, ce sera la plus grande détresse car, en cette époque, beaucoup risqueront de se perdre pour l’éternité. » Ceci constitue une vérité sûre car elle est non seulement explicitement rapportée par l’Écriture[534] mais elle fut confirmée à la fin du XXème siècle par le Magistère ordinaire de l’Église[535].

Mais, si l’on veut entrer dans les détails de cette prophétie, dans le concret de sa réalisation, le scénario devient simplement probable[536]. Il n’est obtenu que par voie de déduction, compte tenu de la connaissance des méthodes habituelles de Dieu et de la psychologie des hommes.

Exemple de cette probabilité : J’affirme à un moment que « le dernier Antéchrist, celui qui triomphera à la fin du monde, révèlera explicitement au monde Lucifer* et qui fut dès l’origine à la source des mensonges et des crimes. » Avec d’autres théologiens, je l’ai sorti de la lettre des textes de l’Écriture. C’est très probable. Mais tant que l’Église ne l’aura pas solennellement confirmé, ce n’est que probable.

 

Pierre, évêque de Rome

 

L’Écriture Sainte comme les apparitions laissent beaucoup d’incertitudes. Les textes sont parfois symboliques, parfois ils sont à prendre au sens littéral. Comment ne pas se tromper?

Un dernier moyen utile et pratique a été prévu par Jésus avant sa passion. Il s’agit de la personne de Pierre. Il existe un charisme particulier, donné à un homme marqué du sceau de l’autorité, pour confirmer leurs frères dans leurs interprétations laborieuses. Jésus l’affirme à Pierre, le premier pape: «J’ai prié pour que ta foi ne défaille pas. Quand tu seras revenu (de ton reniement), affermis tes frères[537]. ». Qu’on y croie ou non, on est obligé d’admettre que même les papes les plus corrompus sont restés infailliblement fidèles à la même foi. Ils ont établi fidèlement les dogmes de l’Église, par centaines: «cette affirmation est vraie. Tu peux t’appuyer sur elle sans crainte. »

Étant catholique, j’ai fait le pari d’écouter l’Église dans la voix de Pierre. Ce n’est pas à la mode de nos jours. Pourtant, à l’intersection de trois chemins (Écriture, Enseignement des saints, Confirmation de Pierre*), j’ai trouvé quelque chose d’unique. Là, la Lumière et l’Amour, qui sont les marques de Dieu, s’unissaient.

Certains dogmes sont, il faut le reconnaître, difficiles à comprendre et à accepter. Ainsi, celui du martyre final de l’Église. On n’admet pas sans tremblement que le Temple créé par Dieu finisse un jour lamentablement, à l’image du Christ crucifié. L’Écriture semble nier cette affirmation: « Les portes de l’enfer ne l’emporteront pas sur mon Église.[538]» Cependant, et c’est le propre de la foi, il faut avoir l’audace en toute confiance d’adhérer à la vérité de cet enseignement. Si Pierre a parlé, c’est que l’Esprit Saint a confirmé par sa bouche. Des contradictions apparentes sort toujours la lumière, comme de deux silex qu’on frotte.

 

Le Magistère de Pierre et de ses successeurs s’est peu exprimé sur les mystères de la fin du monde. Au cours des 2000 ans d’histoire, il s’est contenté de condamner deux erreurs: le millénarisme (comme si le Christ devait régner physiquement 1000 ans sur terre! L’Église a sans cesse rappelé que ces 1000 ans[539] étaient le symbole de sa présence cachée jusqu’au cœur des plus grands malheurs). Le messianisme temporel (comme si le paradis céleste était possible ici-bas, à travers un gouvernement humain!) a été condamné comme une utopie dangereuse car source des pires idéologies politiques (marxisme par exemple) ou religieuses (sectes apocalyptiques).

Cependant, en 1992, et sans doute pour la première fois, Pierre nous a donné un nouvel enseignement doté de son autorité ordinaire pour confirmer la foi[540]. Ce texte est essentiel car il donne en une page tout l’esprit de la fin du monde et de la fin de toute chose. Il peut se résumer ainsi: « Tout passera par la mort, même l’Église. Si le grain de blé ne meure pas, il reste seul. Mais s’il meurt, ; il porte beaucoup de fruits[541]. Car toute créature spirituelle, toute communauté humaine se doit d’apprendre, comme Jésus, l’humilité. Alors tout sera exalté dans la vie éternelle, même l’Église et, avec elle, l’humanité. » Ce texte, déjà cité au cours du livre, mérite d’être répété ici. Il est la clef de tout.

 

“Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants.(…)

L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection(…)”[542]

 

Chapitre 3 : Les saints canonisés et les apparitions reconnues par l’Église

 

Il existe une seconde source, qui nous est commune avec les orthodoxes. Il s’agit des saints canonisés et, en particulier, des docteurs de l’Église. Il s’agit aussi des apparitions officiellement reconnues par l’autorité de l’Église.

On a souvent dit que la canonisation des saints et la reconnaissance des apparitions n’engageait pas la foi. Précisons les choses. Il est vrai qu’une canonisation ne constitue pas un nouveau dogme, un nouvel article de la foi ou de la morale. Tout avait été révélé à la mort du dernier des apôtres, saint Jean. Il n’est donc pas question de croire en la sainteté de Vincent de Paul comme on croit à l’existence d’un purgatoire après la mort. Appuyé sur cela, beaucoup de théologiens s’efforcent de ramener à du secondaire les saints ou les apparitions reconnues de manière canonique. Ils ont tort et ce pour deux raisons.

- D’abord parce que, lorsque l’Église canonise un saint ou reconnaît une apparition, elle engage son autorité. « Il s’agit d’une autorité ordinaire qui requiert de la part des croyants, la soumission religieuse de la volonté et de l’intelligence »[543]. Le Cardinal Ratzinger le rappelait récemment, lorsqu’il expliquait les différents niveaux de l’infaillibilité du Magistère[544]: « La canonisation des saints engage l’Église eut égard aux vérités liées à la Révélation par nécessité historique. On doit les tenir pour définitive[545]. » Pire encore, la procédure de canonisation nécessitant un miracle reconnu comme d’origine divine, c’est Dieu lui-même qui engage son autorité. Le mépris où est tenu une telle reconnaissance est plus qu’une erreur théologique, c’est une folie. Il est donc abusif d’affirmer que nul n’est tenu de considérer avec confiance la vérité de la sainteté de tel homme ou à la réalité d’une apparition reconnue de la Vierge Marie* (Lourdes par exemple). Nul n’est tenu d’y croire comme à un dogme de la foi. Il s’agit d’y croire comme à la manière dont, historiquement, Dieu a incarné cette vérité dans l’histoire d’un homme ou d’une époque.

- Ensuite parce que ces deux sources, si elles n’apportent rien de nouveau concernant le contenu de la foi, apportent vraiment du nouveau en ce qui concerne le contenu de l’espérance. Elles sont essentielles quand il s’agit de disserter sur le concret, sur l’action de Dieu dans telle ou telle époque. Elles permettent de comprendre comment Dieu va appliquer ici et maintenant son plan général qui ne vise qu’au salut du plus grand nombre.

 

Aucune apparition n’est reconnue, nul homme ne peut être canonisé si les trois critères suivants ne sont pas réalisés.

1- La conformité de ce qui est enseigné avec la foi catholique.

2- La sainteté intérieure de l’apparition ou du saint, c’est-à-dire dans l’ordre d’importance, le fait que transparaissent l’amour de charité, l’humilité et la droiture des vertus morales.

3- La réalisation, concrète et vérifiable, après la mort du saint ou à la fin des apparitions, de quelque miracle remarquable. La définition du miracle est précise en théologie. Elle ne se confond pas avec le prodige parapsychologique. Il s’agit d’un phénomène qui dépasse les lois de la nature et qui vient nécessairement de Dieu[546]. Si Dieu manifeste qu’il bénit* de cette manière certains théologiens morts ou telle apparition, c’est que l’enseignement qui en ressort doit être plutôt bon et vrai.

Appuyée sur ces saints qui sont ce qu’il y a de meilleur dans la Tradition de l’Église, la théologie n’a cessé de s’approfondir. A chaque fois que cela m’a été possible, je me suis appuyé sur les saints : Saint Thomas d’Aquin pour l’ensemble de la théologie, saint Louis-Marie Grignon de Montfort* pour décrire les missionnaires des derniers temps, sainte Odile*, sainte Bernadette… A partir de 1830 (avec sainte Catherine Labouré), la Vierge Marie n’a cessé de donner des messages à l’humanité. Plusieurs ont été officiellement reconnus et canoniquement authentifiés[547]. Ils donnent des indications précieuses sur le futur concret: « Voici dit la Vierge, comment la Parole de mon Fils va se réaliser pour votre génération. » C’est pourquoi, tout en s’appuyant en premier lieu sur la foi, je n’ai pas hésité à citer les paroles de Marie quand j’essayais d’expliquer l’application concrète de cette foi pour telle ou telle époque.

Chapitre 4 : La raison

 

«Foi et raison doivent, comme deux affectionnées, marcher ensemble. » Ainsi s’exprimait saint François de Sales pour qualifier la théologie catholique. Un théologien est donc fondamentalement philosophe. Il sait que Dieu n’a pas créé son intelligence et son sens de l’expérience pour qu’il les bannisse de ses recherches.

Or l’histoire des hommes est dépendante de nombreuses influences.

1- Certaines échappent totalement au raisonnement. Elles sont contingentes et, à moins de recevoir une révélation de Dieu, inconnaissables. Ainsi en est-il de ce qui dépend, d’une part, totalement de la liberté (celle de Dieu ou celle d’un homme), et, d’autre part, du hasard.

Deux exemples: Dieu avait annoncé explicitement dans l’Écriture la venue de pestes et de guerres, ainsi que de plusieurs Antéchrists[548]. Mais qui pouvait, en 1346, prévoir l’arrivée de la peste noire, soit un an avant son arrivée? Cette date était imprévisible pour deux raisons. Dans l’apparition de la peste noire en 1347 sont intervenus deux critères échappant au raisonnement : le hasard d’un navire contaminé ; une permission de la liberté de Dieu.

Autre exemple : Qui pouvait deviner que l’un des plus grands Antéchrists serait allemand? Personne sauf par une révélation expresse de Dieu. Sainte Odile en reçut révélation dès le VIIIème siècle[549]. Mais qui pouvait prévoir qu’il s’appellerait Adolf Hitler? Personne car Dieu s’est réservé cette connaissance.

Il en est de même pour les passages de ce livre qui traitent du futur. J’ai pu en décrire certains aspects généraux avec une bonne probabilité théologique. J’y ai été aidé par les écrits de ces saints ou à travers le message d’une apparition reconnue. N’étant pas moi-même éclairé par le Ciel, je suis obligé d’admettre que je ne connais rien des aspects particuliers comme l’époque et le nom du dernier Antéchrist. Ce sont des futurs contingents que Dieu se garde.

 

2- Certaines influences qui font l’histoire sont par contre liées à des lois sociologiques connues. Exemple: que la génération des enfants des Nazis ait été influencée, par opposition à leurs pères, par le gauchisme pacifiste, antipatriotique, cela pouvait être déduit dès 1945 de la connaissance de « l’effet balancier » (Tout excès provoque l’excès inverse).

Chaque fois que c’est possible, en m’appuyant sur des lois sociologiques semblables à celle-ci, j’ai pu annoncer avec une certaine sûreté des évènements du futur.

Déduction logique: « Il est probable que les religions seront un jour rejetées dans leur ensemble avec horreur par les hommes, à cause des erreurs et des violences de l’une d’elles, l’islam*. » J’ai écrit cela en considérant avec inquiétude depuis 1979, la montée de la haine à un tel niveau qu’elle ne peut que provoquer son effet de violence. Il est probable que les meilleurs connaisseurs de l’Allemagne le pressentaient aussi dès 1933. Quant au rejet des religions, par comparaison avec 1945-1968, j’ai écrit qu’il se produirait environ 25 ans après la fin des malheurs ou de la grande guerre de l’islam, le temps qu’une nouvelle génération grandisse[550]. Ce travail n’a rien de prophétique. Il est essentiellement philosophique. C’est pourtant loin d’être une science exacte car, je l’ai dit, l’histoire est aussi faite de hasards, de liberté. La survenue de telles réactions sociologiques est probable car la plupart des hommes, les foules humaines, suivent le courant dominant de leur époque. Mais je l’ai qualifiée d’indécise car il se peut qu’un évènement inimaginable retourne l’histoire.


 

VOCABULAIRE ESCHATOLOGIQUE

 

Allégorie : L’Écriture contient nombre d’histoires, anodines en apparences. En fait, sous leur lettre, se cache une prophétie souvent très précise et spirituelle de plusieurs événements futurs. Ces histoires sont des allégories. Exemple : « Dieu fit tomber Adam dans un sommeil mystérieux puis, de son côté, il tira la femme. » (Génèse 2, 21). >>>> « Dieu fit tomber le Christ dans le sommeil de la mort. De son côté percé par la lance jaillit la femme nouvelle : Marie, l’Eglise, mères de tous les vivants. » (Jean 19, 34). Utilisés avec prudence, les textes permettent donc souvent de connaître l’avenir et ce avec grande précision.

Antéchrist: (du grec, avant le Christ). Il se distingue de son idéologie, appelée dans les Écritures l’esprit de l’Antéchrist. L’Antéchrist est tout homme qui incarne à telle ou telle époque l’idéologie anti-chrétienne (orgueil et égoïsme au lieu d’humilité et amour). A la fin du monde, le dernier Antéchrist poussera jusqu’au sublime le culte de l’orgueil et de l’égoïsme humain. L’Antichrist (celui qui lutte contre le Christ) est une expression semblable (Voir chapitre 6).

Anne-Catherine Emmerich (1774-1824) : Stigmatisée allemande, diocèse de Westphalie. Ses visions de la vie de Jésus et ses prophéties sur le destin et les épreuves de l’Église sont célèbres. Elle n’est pas encore canonisée. Elle est donc toujours citée en notes, à titre de témoignage. Voir Les visions d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1965 (3 volumes) http://jesusmarie.free.fr/Indexxx.html.

Apocalypse de saint Jean : Dernier livre canonique de l’Écriture Sainte. Son style est celui du récit d’un rêve fait par Jean. Il est rempli de significations symboliques. Ses métaphores n’annoncent donc pas un seul événement de l’histoire mais s’appliquent tout au long de l’histoire des individus ou des communautés humaines. C’est de cette manière qu’il est utilisé au long de cet ouvrage. Ce n’est qu’en un dernier sens et avec grande prudence qu’un passage peut être appliqué spécifiquement à tel ou tel événement précis de l’histoire (méthode Témoins de Jéhovah).

Apostasie: C’est le fait de renier sa foi après en avoir vécu. Les chrétiens comme les musulmans ont reçu l’annonce explicite d’une apostasie de masse vers la fin du monde. Jésus affirme que cela se fera dans son Église à cause de la perte de l’amour de Dieu et du prochain. Mahomet l’annonce pour l’islam du fait d’un échec militaire gravissime vers la fin du monde, accompagné de la perversité de certains de ses descendants arabes et de la perte de toutes les constructions politiques de l’islam (Voir chapitres 4 et 5).

Apparition et révélations privées: Elles n’apportent jamais rien en ce qui concerne le contenu de la foi. La Révélation a été close à la mort de saint Jean, vers 90 après Jésus-Christ. Lorsqu’elles sont canoniquement reconnues, elles sont importantes pour connaître l’application du gouvernement de Dieu à telle ou telle génération (l’espérance). Elles apportent alors des vérités du Ciel concrètes concernant le futur et sa signification (Voir deuxième partie, les saints canonisés et les apparitions reconnues).

Apparition et révélations publiques: Il s’agit de l’Écriture Sainte (Ancien et Nouveau Testament). Elle a été clôturée à la mort du dernier apôtre, saint Jean vers 90 après J.C. Les textes eschatologiques utilisés sont principalement le prophète Daniel, les discours eschatologiques de Jésus, les prophéties de saint Paul et saint Jean sur l’Antéchrist (l’Apocalypse de saint Jean, texte dont le sens premier littéral est symbolique, est à mettre à part, voir ci-dessus). Certains textes annoncent au sens premier littéral des évènements futurs. Bien que l’autorité de ces textes est la plus haute qui soit, ils doivent être utilisés avec prudence car leur sens est souvent, de par la volonté de Dieu, multiple. L’exemple de la fameuse parole de Jésus : « Détruisez ce Temple, en trois jours je le rebâtirai » le prouve. Il parlait certes du Temple de Jérusalem, détruit de fond en comble 40 après sa mort et peut-être un jour rebâti… Il parlait aussi de son corps, et peut-être aussi du nôtre face à la mort, et des cathédrales gothiques, des générations humaines, etc.

Bénir, bénédiction: L’expression « bénédiction de Dieu » peut prendre deux sens selon qu’il est divin ou humain. Pour Dieu, une religion ou un homme est béni s’il est humble, petit, prêt à se livrer à l’amour. C’est du moins l’interprétation catholique du mot. L’homme béni par excellence est Jésus sur la croix. Dans le sens humain, habituel, mondain du terme, être béni par Dieu signifie souvent l’inverse: gloire humaine, réussite, pouvoir. Les Protestants américains comme les islamistes communient dans cette conception du mot bénédiction. Dieu se sert de cette ambiguïté des sens. Il en fait un instrument pour sanctifier les hommes. Il laisse à chacun un temps de pouvoir terrestre pour mieux, tôt ou tard, mettre un terme à cette gloire et plonger à travers une chute douloureuse dans l’apprentissage de l’humilité. C’est l’explication du caractère mortel de toute réalité d’ici-bas.

Djalal (Antéchrist musulman): Puissance militaire de la fin du monde. Elle sera dirigée par un homme, le Djalal. Son idéologie sera anti-islamique. Il s’opposera à l’islam au cours d’une grande guerre. Il réussira et détruira les possessions islamiques dans le monde. Le Djalal sera lui-même vaincu par l’apparition du Messie Jésus, fils de Marie (Voir Les signes dans l’islam, chapitre 5).

Djihad (guerre sainte musulmane): Commandée par Allah vers la fin de l’exil à Médine pour reconquérir la ville païenne de La Mecque et rendre la Kaaba au culte unique d’Allah. L’islam sunnite distingue quatre guerres saintes. 1- Contre les mécréants pour répandre la vraie foi, 2- Contre les pervers musulmans, 3- Contre Satan, 4- Contre ses propres vices. Pour l’islam Wahhabite, la plus grande des guerres est non seulement militaire, mais elle n’a aucune autre règle que l’efficacité. Pour le coran et les Hadith, le djihad est bien une guerre militaire mais elle doit être soumise à des règles légales précises: commandée par le seul Calife, respectant la vie des civils. Usant de la ruse, elle permet selon les circonstances l’exécution des prisonniers de guerre, sans pourtant nier l’honneur et l’humanité. Elle ne vise pas à imposer mais à proposer l’islam. Par contre, elle vise à imposer les lois humaines justes de Moïse : interdire le meurtre, l’avortement, la trahison etc. (Voir L’origine de l’islam, chapitre 3).

Élie: Avec Énoch, ils sont les deux hommes dont la Bible affirme qu’ils ne moururent pas. Énoch représente l’amour de Dieu; Élie, le zèle apostolique (parfois intransigeant) pour la gloire de Dieu. A la fin du monde, ils doivent revenir et annoncer le retour du Messie. De fait, ils ne reviendront pas personnellement. Ils sont la figure de deux témoins (plusieurs sens sont donnés à ce mot) donnés à l’humanité pour qu’elle comprenne l’amour de Dieu et sa propre vanité. (Voir Chapitre 5).

Énoch: (voir Élie)

Eschatologie: C’est la partie de la théologie qui étudie du mystère de la fin de toutes choses. Elle se divise en deux parties: 1- La mort individuelle et le destin de chacun dans l’autre monde; 2- La mort des communautés humaine et la fin du monde. Pour un chrétien, l’eschatologie de l’islam n’est qu’un chapitre d’une eschatologie plus grande, celle du monde entier. Voir à cet égard deux ouvrages du même auteur: L’heure de la mort, 2002; La fin du monde, 2002.

Fatima (Apparitions de la Vierge à): Cette apparition, reconnue officiellement par l’Église, a eu lieu au Portugal en 1917. Pour ce qui concerne l’eschatologie, les trois secrets révélés aux enfants sont importants. Ils se réfèrent aux guerres mondiales (Voir les deux premiers secrets, chapitre 4, les sept athéismes) et au martyre final de l’Église (le troisième secret est au chapitre 7, la fin de la papauté).

Franc-maçonnerie: Groupes philosophiques nés de l’esprit des lumières. Organisés sous forme de loges secrètes, ils cherchèrent dès le XVIIIème siècle à réaliser le meilleur monde possible, en se libérant des dogmes chrétiens trop pesants. D’option humaniste, ils rejetèrent finalement toute référence à Dieu. Leur influence athée provoqua en France (GODF), puis dans le monde entier, une accélération de l’apostasie* religieuse et l’adoption d’une nouvelle morale du type Carpe Diem (Voir Chapitre 4, deuxième étape).

Gog et Magog: Bataille militaire finale de l’islam et de l’Antéchrist* (Voir Apocalypse 20, 7-9). « L’Antéchrist viendra et ira dans le voisinage de Médine. La ville éprouvera trois secousses et, après cela, les infidèles et les hypocrites iront trouver l’Antéchrist». Hadith 92, 26 (Point 2). Il viendra de la région du Khorassan, en Asie, et 70 000 juifs armés le suivront. Les diables que le Prophète Soulaïman a enchaînés dans les mers le suivront. Les musulmans seront vaincus. Mais ce sera provisoire. La venue de Jésus dévorera l’Antéchrist (Voir Deuxième partie, chapitre 2, 3).

Harmagedôn (la bataille d’-) : Voir Apocalypse 16. Je n’en traite pas explicitement car cet ouvrage ne fait que parler du sens profind de ce combat. Ce texte, d’abord symbolique comme tous ceux de l’apocalypse, ne signifie rien d’autre que ce choix final qu’est amené à faire tout homme et toute communauté, tôt ou tard, entre l’amour de soi et la conversion au Sauveur. Harmagedôn est situé près de Jérusalem car cette bataille réelle quoique d’abord spirituelle porte justement sur le choix ou le rejet de Dieu. Elle se situe habituellement à l’heure de la mort de chacun ou, pour la fin du monde, ace à l’Antéchrist et dans le retour glorieux du Christ.

Humanisme sans Dieu: Philosophie issue de la Franc-maçonnerie*. Après les excès des idéologies athées puis de l’islam guerrier, cette philosophie triomphera sans doute à travers sa forme matérialiste. Elle sera l’une des étapes de l’antichristianisme en marche vers la révélation ultime de Lucifer et sa révolte (Voir Chapitre 4, deuxième et troisième étape).

Intégrisme: Après le Concile Vatican II, ce courant se révéla puissamment dans l’Église. Il refuse l’attitude plus humble du catholicisme dans sa parole et sa liturgie. Il rêve du temps où elle pouvait diriger le monde. Pour ce qui concerne l’eschatologie, la figure de ce courant est Pierre lorsqu’il refusa de se faire laver les pieds par Jésus. Vers la fin du monde, ces chrétiens pourtant fervents ne tiendront pas et ne comprendront pas le martyre de l’Église, à l’image de Pierre à la croix de Jésus (Voir chapitre 5).

Islam: Religion non créée par Dieu mais bénie* par Dieu par la suite à cause de sa foi semblable à celle d’Abraham. Fondée comme une religion de l’épée, elle s’est repandue par la guerre. Pour ce qui concerne l’eschatologie*, elle est sans doute l’une des réalités symbolisées par Élie*, l’un des deux témoins qui doit revenir. Cette religion prendra l’épée et périra par l’épée. A cause de ses excès, elle entraînera par réaction le monde dans une nouvelle étape d’apostasie* (Voir chapitres 3, 5 et 7).

Israël: Pour ce qui concerne l’eschatologie*, le peuple élu est l’une des figures les plus importantes. Son destin politique est signe, à chaque époque, de l’état du monde. Les ennemis de Dieu se font ennemis d’Israël et versent son sang avant d’être vaincus. Ce fait, quatre fois millénaire, vient de ce que ce peuple, toujours différent des autres, ne peut être supporté par l’orgueil d’une civilisation quand elle a réussi. Cinq prophéties politiques et datables doivent se réaliser avant le retour du Christ (Voir chapitres 5 et 7).

Jean: Pour ce qui concerne l’eschatologie*, Jean est la figure de l’Église intérieure, celle des fidèles qui prient. Vers la fin du monde, cette Église sera préparée par la Vierge Marie à vivre les évènements de la fin. Elle subsistera toujours sur terre, jusqu’au retour du Christ.

Jérusalem: Pour ce qui concerne l’eschatologie*, Jérusalem est l’image du séjour de Dieu en proie aux attaques incessantes du mal, du démon, pour la damnation de l’âme. Pour les chrétiens qui sont appelés à prier d’abord en esprit et vérité, cette ville n’a pas de valeur politique mais elle est un puissant symbole religieux et eschatologique. Vers la fin du monde, la papauté s’y éteindra car « il ne convient pas qu’un prophète meurt hors de Jérusalem». Pour les musulmans, Jérusalem est le troisième lieu saint de l’islam. Après sa conquête par les armées arabes, au IXème siècle, une mosquée au dôme doré fut construite à l’emplacement du Temple ruiné des Juifs. Pour eux, ce Temple juif ne doit jamais être reconstruit. Les Juifs furent maudits de Dieu après avoir voulu tuer le Messie Jésus. Vers la fin du monde, Jérusalem sera perdu par l’islam à cause de la guerre de l’Antéchrist qui sera lui-même juif (Voir les signes dans l’islam, chapitre 5). Pour les chrétiens au contraire, le retour des Juifs dans la totalité de Jérusalem est un signe explicitement rapporté par Jésus pour annoncer, vers la fin du monde, l’étape de la fin des structures politiques nationales. Ce signe précèdera leur réconciliation avec le Christ Jésus (Voir chapitres 6 et 7).

Jonas (le signe de): Jonas resta trois jours dans le ventre d’une baleine. Le christ resta trois jours au sépulcre. De même, vers la fin du monde, ce signe sera donné au monde. L’Église et les religions subiront un martyre et « trois jours » symboliques de disparition totale (Voir chapitre 7).

Joseph (fils de Jacob): Pour ce qui concerne l’eschatologie*, l’histoire de Joseph est une allégorie révélant la manière dont l’Église et Israël se retrouveront à la fin du monde. Israël reconnaîtra le Christ comme son Messie (Voir chapitre 7, la conversion d’Israël).

Judas: Pour ce qui concerne l’eschatologie*, il est la figure de cette partie de l’Église qui, vers la fin du monde, trahira l’Évangile et livrera la papauté restée fidèle pour qu’elle disparaisse (Voir progressisme, chapitre 5).

Kaaba: Le sanctuaire de La Mecque, la Kaaba, possède en son centre une pierre noire apportée par les anges. Il serait le premier temple élevé en l’honneur de Dieu par Abraham et son fils aîné Ismaël. A l’époque de Mahomet, l’en–ceinte de la Kaaba était peuplée de plus de 300 idoles. Il la purifia et la rendit à Allah. Vers la fin du monde, la ville sera détruite par les armées de l’Antéchrist. Ce choc déstabilisera l’islam au point de créer un vaste mouvement d’apostasie* (Voir Deuxième partie, chapitre 5).

La Mecque: La ville de La Mecque fut fondée, 2000 ans avant Jésus-Christ par Abraham et son fils Ismaël, père de tous les Arabes. Située en Arabie Saoudite, elle est le premier lieu saint de l’islam. Elle est la ville natale du Prophète Mahomet, le siège de la Kaaba autours duquel tourne toute la prière des musulmans du monde entier. Mahomet la conquit militairement vers la fin de sa vie et établit le départ de toutes les conquêtes militaires arabes. C’est vers elle que se tournent tous les musulmans dans leurs cinq prières journalières. Ils s’y rendent en pèlerinage une fois dans leur vie. Vers la fin du monde, la ville sera détruite par les armées de l’Antéchrist* (Voir chapitre 5).

La Salette (Apparitions de la Vierge à): Cette apparition donne un secret apocalyptique important pour illustrer la complicité d’une partie du clergé dans les grandes idéologies des XIXème et XXème siècle. Cette complicité objective, venue de l’intérieur de l’Église, a augmenté la confusion et la ruine de l’Église (Voir chapitre 4, deuxième étape. Le secret de la Salette est rapporté in extenso en note).

Liturgie: Pour ce qui concerne l’eschatologie*, les évolutions de la liturgie au cours de l’histoire sont et seront signe de l’heure de l’Église jusqu’à sa dernière liturgie, comparable analogiquement à celle du Christ au sépulcre (Voir chapitre 5).

Louis-Marie Grignon de Montfort (saint): (1673-1713) Ce prédicateur populaire évangélisa l’Ouest de la France. Dans son ouvrage Le traité de la vraie dévotion à Marie, il donne une série de prophétie sur le rôle de Marie et des enfants de Marie vers la fin du monde (voir chapitre 5, ses textes sont cités parmi les signes de la fin du monde).

Lucifer: (du latin « Lucis ferro », je porte la lumière). Il est l’un des Chérubins supérieurs. Il se révolta contre Dieu parce que la Vision béatifique était d’abord promise aux humbles. Il proclama que sa révolte était motivée par le sens de l’honneur du Tout-Puissant. Mikaël (de l’Hébreux « qui est comme Dieu »), un simple archange fidèle, manifesta avec force son mensonge et son orgueil (Voir son histoire en note, chapitre 4, les prophéties).

Lucifériens: Religion de la dignité de l’homme. Ils rendent un culte et ils suivent la révolte de Lucifer, de manière très spirituelle. Voir aussi Satanisme (Voir chapitre 5, quatrième étape).

Mahdi: Le grand imam (chef et enseignant musulman) qui doit venir vers la fin du monde, avant la venue de l’Antéchrist*. Il rétablira la pureté originelle de l’islam et rendra la Communauté (l’Oumma) prête pour affronter l’épreuve finale de la guerre (Gog et Magog*). Pour les musulmans plus spirituels, la prédication du Mahdi sera un piège. Son islam sera trop violent pour venir de Dieu. Il sera en fait une épreuve pour dévoiler la qualité des musulmans donnés à Dieu de ceux qui sont donnés à la gloire politique (Voir chapitre 5).

Médine: Deuxième lieu saint de l’islam. La jeune communauté musulmane s’y réfugia et s’y fortifia après avoir été chassé de La Mecque. L’islam de Médine, humble, priant et non militaire, reviendra vers la fin du monde. Vers la fin du monde, la ville et sa mosquée sainte sera détruite par les armées de l’Antéchrist* (Voir chapitre 5).

Marie: (voir Vierge Marie)

Medjugorje (Apparitions de la Vierge à): Cette apparition n’étant pas terminée, elle ne peut recevoir une reconnaissance canonique de l’autorité ecclésiastique. Cependant, elle constitue avec les apparitions du Rwanda et toutes les autres déjà reconnues, un des exemples puissants de la pédagogie de la Vierge Marie. Elle est envoyée par Dieu pour préparer, en vue des évènements de l’heure de la fin, une Église semblable à elle et capable de croire contre tout réalisme.

Nations (fin du temps des): Les nations sont un des mystères de l’eschatologie. Elles sont purifiées comme le sont les individus (naissance, croissance, échecs et succès puis apprentissage de l’humilité jusqu’à la mort). Vers la fin du monde, les nations organisées politiquement seront remplacées par un gouvernement mondial. Cet événement est lié par le Christ à la récupération par les fils d’Israël de Jérusalem. Un scénario paraît aujourd’hui se mettre à jour. Après sa révolte liée à la perte de Jérusalem, l’islam voudra une guerre, la perdra et, à cause du traumatisme mondial, provoquera à la fois les changements dans l’organisation du monde et en Terre sainte (Voir chapitres 6 et 7).

Odile (sainte): (660-720) Elle est la patronne de l’Alsace. On lui attribue plusieurs prophéties dont une, particulièrement nette, qui est une vision cinétique de la seconde guerre mondiale et de ses conséquences (voir le texte, in extenso, chapitre 6 concernent l’Antéchrist).

Papauté: Pour ce qui concerne l’eschatologie*, la papauté et son histoire ont un rôle de signe important (voir Pierre). Vers la fin du monde, la papauté annoncera le martyre de l’Église mais essayera de s’y soustraire (voir chapitre 5, dernier paragraphe).

Parousie: Retour du Christ. Il reviendra, non plus avec son corps de douleur, mais avec son corps de gloire, accompagné des nuées du Ciel, c’est-à-dire des anges et des saints (Voir chapitre 8). En le voyant, chacun comprendra tout ce qui est nécessaire au salut.

Pentecôte d’amour: Annoncée par Jean-Paul II et par beaucoup de mystiques, elle consiste en un dernier temps éphémère de gloire terrestre donnée à l’Église chrétienne avant l’apparition de l’Antichristianisme final. Elle est annoncée dans l’Écriture sous l’image de l’entrée glorieuse de l’Église à Jérusalem, avant sa passion. L’Église, dont la vie politique et l’histoire sont semblables à celles du Christ, vivra ce temps d’abondante récolte. La même foule exigera son interdiction quelques décennies plus tard (voir chapitre 5, dernier paragraphe).

Pierre: Pour ce qui concerne l’eschatologie*, il est l’image de cette partie de l’Église qui la rend politiquement visible dans le monde. Elle doit imiter la vie du Christ et donner au monde, de manière glorieuse, le signe de Jonas* (Voir chapitre 6, fin).

Progressisme: Ce courant chrétien, né après la seconde guerre mondiale, identifie l’Évangile du Christ avec la philanthropie. Il est aussi appelé christianisme libéral. Pour lui, seules comptent la réalisation du monde d’ici-bas et les actions sociales, souvent matérielles. La vie monastique lui paraît une perte de temps. Pour ce qui concerne l’eschatologie*, ce courant a pour figure évangélique celle de Judas l’iscariote. Vers la fin du monde, il hâtera volontairement la fin de la papauté (Voir chapitre 5, les signes dans l’Église).

Prophétie des papes: Au cours de cet ouvrage, je ne me suis pas servi de cette prophétie, malgré ses étonnantes concordances pratiques avec les faits de l’histoire et les prophéties de la foi. En effet, elle n’a pas reçu de reconnaissance officielle de la part de l’Église. Le patronage de saint Malachie est douteux.

Attribuée à saint Malachie (1143), un disciple de saint Bernard, elle est une liste prophétique des papes à venir, qualifiés par une devise latine. (Voir Raoul Auclair, la prophétie des papes, N.E.L., Paris, 1969). Elle ne donne plus après Jean-Paul II que deux devises:

1- De gloria Olivae, la gloire de l’olivier. Elle semble indiquer pour le règne de ce pape un âge d’or de vie spirituelle. L’olivier est le symbole de la paix, de l’onction du Saint Esprit. D’après le message de la Salette, il pourrait s’agir des 25 ans d’abondante récolte. Cette devise peut aussi concerner Israël* qui est l’olivier franc et son destin, signe des temps: Jérusalem*, le Mont du Temple, l’Arche d’Alliance sont-ils en jeu? Ces interprétations sont hypothétiques car la paix spirituelle n’est pas toujours synonyme de paix civile.

2- Enfin vient le dernier pape de la prophétie, «Petrus Romanus», accompagné de la phrase: «Dans la dernière tribulation de l’Église Romaine siègera Pierre* de Rome. Il paîtra ses brebis dans de nombreuses tribulations. Ces tribulations passées, la ville aux sept collines sera détruite, et le peuple sera jugé par le juge terrible ». Cette devise se réfère au martyre final de l’Église. Mais le retour définitif du Christ ne vient qu’après un temps de sépulcre dont la durée est inconnue (Voir Chapitre 8, la durée du monde de l’Antéchrist).

Protestantisme: A cause de ses fautes, l’Église catholique fut divisée au XVIème siècle, comme elle le fut au cours de son histoire à chaque fois qu’elle se crut toute puissante. Pour ce qui concerne l’eschatologie*, cette division est préférée par Dieu à une unité orgueilleuse (Voir chapitre 3, fin).

Révélations privées (voir aussi apparitions): Il s’agit de tous les messages venant du Ciel après la Révélation publique contenue dans les Écritures Saintes. Elles peuvent obtenir une reconnaissance canonique de l’autorité de l’Église. Dans ce cas, l’Église y engage son autorité (Voir deuxième partie, les saints canonisés).

Satanisme: Mouvement philosophique athée centré sur le culte de l’homme (666). Sera-t-il, avec les courants lucifériens, le dernier antichristianisme avant la fin du monde? (Voir chapitre 4, quatrième étape).

666: Chiffre de la bête (d’après le chapitre 13, 17-18 du livre de l’Apocalypse). Ce chiffre symbolise le rêve éternel de l’homme de se créer un monde parfait, en paix comme s’il était dieu. C’est le chiffre de l’homme sans Dieu (Voir chapitre 4, la troisième étape)

Témoins (les deux): Le livre de l’Apocalypse annonce vers la fin du monde la venue de deux témoins. Ils prêcheront Dieu et la vie éternelle avant d’être provisoirement vaincus par l’Antéchrist. Cette prophétie a un sens symbolique donné à toutes les époques du monde (voir Énoch et Élie). Concrètement, elle se réalise dans chaque génération. A la fin du monde, elle se réalisera une dernière fois de manière grandiose (islam et christianisme, peut-être aussi deux hommes) (Voir chapitre 5, Énoch et Élie).

Thérèse de l’Enfant-Jésus (sainte): (1873-1897) Sa vie et son martyre silencieux, sa spiritualité faite de confiance est un signe puissant de la spiritualité voulue pour l’Église vers la fin du monde (Voir chapitre 6, les signes des temps donnés par sainte Thérèse).

Vierge Marie: Elle fut fidèle, croyante, humble, aimante, jusqu’au pied de la croix de son fils. Elle crut qu’il sauvait le monde, alors que tout semblait perdu. Elle est la seule. Il s’agit d’une incroyable humilité, foi et amour tant l’épreuve était intense. Vers la fin du monde, son rôle sera essentiel. Elle préparera l’Église de la prière à devenir comme elle en vue du martyre de l’Église visible. Seuls ceux qui auront une foi semblable à elle tiendront dans ces moments ultimes. Elle a donc reçu mission, par ses apparitions, de préparer cette Église de la fin du monde (Voir chapitres 5 et 7).

Wahhabite: Islamisme puritain né en Arabie au XVIIIème siècle. Il annonce une domination musulmane politique sur le monde entier. Pour ses membres, le fondateur Ibn Abdul Wahhab (1703-1792), est considéré comme le Mahdi, l’imam saint annoncé pour la fin du monde. Cette secte violente a son siège sur le trône de l’Arabie Saoudite. Par l’argent du pétrole, elle finance l’enseignement de la jeunesse musulmane dans le monde entier, la construction des mosquées et le terrorisme islamiste mondial (Voir Les signes dans l’islam, chapitre 5).


 

TABLE DES MATIÈRES

 

Introduction                                                                                                                                                                                                  2

PREMIÈRE PARTIE: LA FIN DU MONDE                                                                                                                                                         6

CHAPITRE 1: LE GRAND SPECTACLE DE LA FIN                                                                                                                                   6

Pas de date                                                                                                                                                                                                   6

Comment se produira la fin du monde?                                                                                                                                                      7

CHAPITRE 2: LES SEPT « JOURS » DE L’HISTOIRE DU MONDE                                                                                                        10

L’histoire du monde peut être décrite comme une semaine de sept jours                                                                                              10

Les trois premiers jours de l’humanité                                                                                                                                                     10

Les quatre derniers jours                                                                                                                                                                          11

C’est ce que l’Esprit Saint veut                                                                                                                                                                 12

La vie de saint Pierre, une prophétie des quatre derniers temps de l’Église                                                                                          12

CHAPITRE 3: QUATRIÈME JOUR, L’ANNONCE DE L’ÉVANGILE                                                                                                   15

Les trois sens des textes sur la fin du monde                                                                                                                                            15

Le signe de la croix dans chaque génération                                                                                                                                           16

Chaque génération connaît sa fin du monde                                                                                                                                            16

Le temps des persécutions (33-313 après J.C.)                                                                                                                                        18

La génération des premiers moines                                                                                                                                                          19

L’orgueil des premiers théologiens et l’élaboration du Credo                                                                                                                20

A partir de 632. L’islam, fouet de Dieu pour la sanctification des chrétiens                                                                                         20

La subsistance des paganismes                                                                                                                                                                 31

Le Moyen-Age de la beauté et de la peste                                                                                                                                              33

Le protestantisme et les guerres de religion                                                                                                                                             34

CHAPITRE 4: CINQUIÈME JOUR, LA MARCHE VERS L’APOSTASIE                                                                                                37

Les prophéties concernant cet événement                                                                                                                                               37

Comment se réaliseront-elles?                                                                                                                                                                  37

PREMIÈRE ÉTAPE: les péchés des chrétiens (à partir du XIème siècles)                                                                                               39

PREMIÈRE ÉTAPE (suite): Discréditer ce qui porte le nom de Dieu sur terre (à partir du XVIIIème)                                                40

DEUXIÈME ÉTAPE: les nouveaux évangiles (à partir du XVIIIème)                                                                                                    42

DEUXIÈME ÉTAPE (suite). L’humanisme sans Dieu (à partir de 1960 et pour le XXIème siècle)                                                      50

TROISIÈME ÉTAPE. La révélation de l’Adversaire                                                                                                                             58

CHAPITRE 5 : LES SIGNES ANNONCANT LE SIXIÈME JOUR                                                                                                            67

Les signes des temps dans l’islam                                                                                                                                                             67

Les signes dans le judaïsme                                                                                                                                                                      76

Les signes donnés par la Vierge Marie                                                                                                                                                    79

Les signes donnés par « la petite Thérèse »                                                                                                                                             81

La venue d’Énoch et d’Élie                                                                                                                                                                      82

Les signes dans l’Église                                                                                                                                                                            86

CHAPITRE 6: LE SIXIÈME JOUR ET L’ANTÉCHRIST                                                                                                                           98

Qui est le dernier Antéchrist ?                                                                                                                                                                100

L’œuvre de l’Antéchrist                                                                                                                                                                         101

Jusqu’où iront les succès de l’Antéchrist?                                                                                                                                             107

Le témoignage de la papauté et le martyre de l’Église                                                                                                                         109

CHAPITRE 7 : LE TEMPS DU SÉPULCRE, LE SIGNE DE JONAS                                                                                                        113

L’Église du silence                                                                                                                                                                                  113

L’Église des derniers temps                                                                                                                                                                    115

“Le Christ trouvera-t-il la foi sur la terre lorsqu’il reviendra dans sa gloire? ”                                                                                   116

Le retour de l’islam de Médine                                                                                                                                                              116

La conversion d’Israël                                                                                                                                                                            117

Le monde de l’Antéchrist disposera les pécheurs au salut !                                                                                                                 119

Le dernier signe, « l’arbre de vie »                                                                                                                                                        121

CHAPITRE 8 : SEPTIÈME JOUR, LE JOUR DU SEIGNEUR                                                                                                                  124

La durée du monde de l’Antéchrist                                                                                                                                                        124

Le Jour du Seigneur                                                                                                                                                                                126

« Nous ne mourrons pas tous »                                                                                                                                                               130

La résurrection des morts                                                                                                                                                                       130

La Vision béatifique et l’enfer                                                                                                                                                               132

Le monde nouveau                                                                                                                                                                                  133

CHAPITRE 9 : LE JUGEMENT GÉNÉRAL, L’OMÉGA                                                                                                                         136

CONCLUSION                                                                                                                                                                                             137

DEUXIÈME PARTIE: LES SOURCES DE LA CONNAISSANCE DU FUTUR                                                                                          138

Chapitre 1 : Fréquenter amoureusement l’Esprit Saint et Marie                                                                                                                 138

Chapitre 2 : La foi de l’Église par l’Écriture et Pierre                                                                                                                                139

Chapitre 3 : Les saints canonisés et les apparitions reconnues par l’Église                                                                                                141

Chapitre 4 : La raison                                                                                                                                                                                    143

VOCABULAIRE ESCHATOLOGIQUE                                                                                                                                                            144

PROPOSITION DE PAGE DE COUVERTURE                                                                                                                                             150

 


PROPOSITION DE PAGE DE COUVERTURE

 

 

L’Église catholique parle de la fin du monde. Elle est tout à fait officiellement détentrice de messages concrets portant sur l’avenir et sa signification. Malgré cela, depuis près d’un siècle, ces explications sont tenues en suspicion dans l’Église, comme si les paroles de Jésus sur ces sujets étaient marginales. La vérité est que son enseignement est essentiel. S’en passer revient à faire mourir une partie de la vertu d’espérance, celle qui s’incarne dans le mystère de l’histoire de l’humanité et de la remplacer par de l’espoir terrestre. Ce n’est pas un hasard si les sectes chrétiennes fondamentalistes et les partis politiques extrémistes se sont délectés de ce vide.

Il convient de rapporter cet enseignement dans toute sa richesse. Il parle d’abord du Royaume des Cieux et replace à sa juste dimension le monde passager d’ici-bas. L’histoire n’est chaotique qu’en apparence. Chacun de ses rebondissements est une trame orientée vers un but. Après notre purification ici-bas, nous verrons Dieu face à face. Chaque génération est éduquée pour cette fin. La dernière génération, celle qui verra le retour du Christ et la fin du monde, sera avertie par une série de signes assez bien décrits dans le contenu révélé.

En s’appuyant sur l’Écriture Sainte, sur tout ce que la voix de Pierre, depuis Rome, a reconnu en engageant son autorité apostolique, sur la canonisation de certains saints prophètes, et la reconnaissance de certaines apparitions privées, il est possible de manifester l’espérance théologale appliquée à l’Histoire.

Il n’en ressort pas une doctrine générale et abstraite. Ces évènements se racontent, d’une manière souvent surprenante, voire choquante : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt… »

 

 

Arnaud Dumouch est marié et père de famille. Agé de 38 ans, il enseigne la religion catholique en Belgique. Il a entrepris la préparation d’une thèse de doctorat: « L’heure de la mort et à la fin du monde ?» Après un premier tome sur l’heure de la mort, ce livre est le second fruit. Vos questions et vos apports: a.dumouch@freeworld.be

 



[1] Sans compter l’islamisme Wahhabite qui est une secte apocalyptique et un cancer de l’islam.

[2] Marc 13, 14.

[3] Luc 21, 28.

[4] Les éditions Pierre Téqui signèrent les premières un contrat pour éditer ce livre. Elles y renoncèrent pourtant au dernier moment, sans doute effrayées par la raideur de certains passages concernant les derniers moments de l’Église. Pour s’en excuser, la lettre disait : « Au moment de mourir, le Christ dit sept paroles puis il se tait. Il invite au silence sur les mystères qui lui appartiennent seuls. » Pourquoi, dans ce cas, a-t-il prononcé juste avant de mourir les discours eschatologiques (Matthieu 24, Marc 13, Luc 21), allant jusqu’à insister : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » ? (Luc 21, 33). Pourquoi saint Pierre, saint Paul et saint Jean ont-ils laissé de nombreux enseignement sur la fin du monde ? Tout cela n’est-il que spéculation ?

[5] Ce livre n’est pas une thèse de Théologie. Il aurait été trop lourd de rappeler, à chaque étape, le niveau d’autorité dogmatique de chaque source utilisée. Elles sont multiples, selon la méthode d’ouverture de Thomas d’Aquin. Mais ce travail a été fait. Voir, du même auteur, Traité des Fins dernières, édition à compte d’auteur, Paris, 1992. Tout au long de cet ouvrage, des notes rappelleront la nécessité de cette prudence critique.

[6] L’heure de la mort.

[7] Voir du même auteur, L’heure de la mort.

[8] Comprendre sous le mot “personnes” trois jaillissements de lumière et d’amour.

[9] Leur vrai nom théologique est « le Non-né, le Verbe et l’Amour »

[10] « L’humilité et l’amour de Dieu, telles sont les deux révélations explicitement et exclusivement chrétiennes. Nulle autre religion n’en parle de cette manière. Le fait que le Christ soit né dans une crèche, son geste du lavement des pieds qui scandalisa tant Pierre, sa mort d’esclave révèlent que le Dieu tout puissant, le maître et Seigneur, est le plus humble. Il ne s’agit pas, bien sûr, de l’humilité propre à nous, créatures et pécheurs. Il s’agit de l’humilité de celui qui, Tout-puissant et sans péché, veut s’unir à nous comme à un égal, dans une amitié cœur à cœur. Curieusement, ce ne sont pas les théologiens catholiques qui ont le plus manifesté cette humilité de Dieu. Ce sont les musulmans, en en critiquant la présence dans « les évangiles falsifiés et hérétiques de Jésus »…

Le fait que Verbe fait chair meure pour sauver des gens qui ricanent au pied de la croix révèle jusqu’où va son amour.

[11] Certaines traditions ajoutent que Dieu créa des êtres intermédiaires dotés d’esprit et d’un psychisme mais dépourvus de chair. Ce sont les « djinns» de l’islam.

[12] Ce que l’Écriture appelle « le baptême d’eau et d’esprit ». Jean 3, 5 Jésus répondit: « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » De même, l’eau et le sang qui sortit du côté du Christ symbolisaient ces deux qualités. Il s’agit donc d’un mystère central de la Révélation.

[13] 1 Rois 19, 13.

[14] D’après saint Paul 2 Thessaloniciens, 2, 4 « tout ce qui porte le nom de Dieu », par exemple le judaïsme (atteint dans son être même par la destruction du Temple), mais aussi, nous le verrons, le christianisme.

[15] Mais au commencement, il n’y avait ni souffrance ni mort. Tout était utile pour préparer chacun à devenir humble, sauf la croix. J’ai rapporté au début de l’ouvrage sur l’heure de la mort. L’histoire du monde tel que Dieu l’avait pensé au commencement et celle du péché originel.

[16] Luc 1, 51-52.

[17] Cette partie intègre une lecture et une interprétation des événements de l'histoire. Elles se situent dans la logique de l'ensemble de la compréhension de l'Évangile. Nous espérons que notre manière de regarder l'histoire guérira le lecteur de toute interprétation liée à une apocalypse de peur.

[18] Catéchisme de l’Église Catholique, n° 673. Ce texte, publié en 1992 par le Pape Jean-Paul II est le reflet authentique de la foi catholique. Il a donc une très grande autorité pour la foi.

[19] C’est même là un des articles essentiels de la foi, ce qui distingue les catholiques et les orthodoxes de bien des prédicateurs réformés.

[20] Matthieu 24, 36.

[21] Cit. ap. Ferraris, Prompta bibl., verbo Prædicare. - Mansi, Sacrorum Conciliorum collectio, t. XXXII, p. 945-947.

[22] Jean 6, 15.

[23] Chez les catholiques intégristes, l’idée est la suivante: “ L’Église prêchera l’Évangile à toutes les nations. Les hommes reviendront à la foi. L’Église pourra reprendre son rang dans la société, rétablira les lois chrétiennes et sera de nouveau puissante pour évangéliser le monde. Le Christ, quant à lui, ne reviendra pas avant que l’Évangile n’ait été annoncé à tous les hommes. » Ils s’appuient sur Matthieu 24, 14: «L’Évangile sera proclamé dans le monde entier en témoignage à la face des nations, puis viendra la fin. » L’idée d’une Royauté sociale du Christ sur le monde par l’intermédiaire de l’Église ne pose qu’un seul problème mais de taille. S’est-il trouvé une seule période de l’histoire où l’on ait vu une religion à la fois puissante et humble ?

La solution du catholicisme progressiste est différente: “ Établissons sur la terre un monde juste, équitable. Que chacun reçoive les moyens matériels et la liberté pour chercher le bonheur. Que la tolérance règne, alors les hommes seront prêts à accueillir le Christ lors de son retour, selon cette parole de l’Écriture: «A ceci on reconnaîtra que vous êtes mes disciples. Si vous vous aimez les uns les autres. » Là encore, la générosité est évidente même si on peut lui reprocher d’être tournée vers les hommes au point d’en oublier le cœur à cœur de la vie avec Dieu.

Les chrétiens millénaristes et les sectes apocalyptiques adoptent un scénario exactement inverse. Nourris de récits alarmistes, ils pensent que Dieu laissera les hommes vivre dans leurs péchés. Matthieu 24, 21 rapporte ainsi les paroles du Christ: « Il y aura une grande tribulation telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde. » Selon eux, Dieu permettra une multiplication des guerres, des maladies et de toutes autres catastrophes matérielles pour disposer le cœur de l’homme la conversion. Nous avons montré tout au long de cet écrit l’efficacité réelle de telles souffrances pour conduire l’orgueilleux à l’humilité et l’humble à la soif d’un sauveur. Mais faut-il en conclure qu’il s’agit des seules armes dont Dieu dispose.

Ces quatre théories sont vraies et complémentaires. Toutes se fondent sur des textes de l’Écriture. Toutes ont été ici ou là au cours de l’histoire appliquées par Dieu à telle ou telle génération. Cependant, puisqu’il s’agit de parler ici de la fin des fins, du terme des générations, quelque chose d’inédit se passera. Tout sera à la fois plus intense et plus universel. Il ne s’agira plus de la fin de tel ou tel temps dans une civilisation, mais de la fin de tous les temps pour le monde entier.

[24] Catéchisme de l’Église Catholique, Mame, 1992, pages 149-150. Ce texte, publié en 1992 par le Pape Jean-Paul II est le reflet authentique de la foi catholique. Il a donc une très grande autorité pour la foi.

[25] Voir décret d’introduction au Catéchisme de l’Église Catholique.

[26] Voir 1 Thessaloniciens 5, 3.

[27] Luc 3, 8.

[28] Cependant, une question grave peut lui être objectée: Si les hommes dans leur majorité se trouvent éloignés du Christ lors de sa venue, ne seront-ils pas damnés en masse? Le fait que seuls quelques contemplatifs comprennent de l'intérieur ces événements n’a aucune importance si le reste du peuple se perd... Cette objection sera largement résolue à la fin de cet ouvrage car, nous le verrons, ces épreuves seront en fait salutaires pour la plupart !

[29] Ce terme de théologie désigne un affaiblissement, un renoncement volontaire à soi-même jusqu’à la mort.

[30] Voir chapitre 5, les signes de la fin du monde dans l’Église.

[31] Nous ne racontons pas ici la manière individuelle dont ces prophéties sont accomplies. Nous l’avons décrite dans le premier ouvrage sur l’heure de la mort.

[32] Extrait de plusieurs passages du Catéchisme de l’Église Catholique, Mame 1992, n° 671. Ce texte ne fait qu’indiquer que tout, y compris l’Église de Dieu, sans excepter les religions, les nations, les individus, doit apprendre ce qui plait à Dieu, à savoir lui être soumis (être soumis à la tendresse et à l’humilité de Dieu ne signifie pas l’esclavage, nous le montrerons plus loin) avant que vienne la fin.

[33] Ces jours sont symboliques. Ils sont plutôt des étapes de l’humanité dans l’histoire de son salut. C’est pourquoi ils peuvent se chevaucher. Parfois Dieu plonge un homme dans le premier jour, alors qu’un autre, dans la même maison, vit du quatrième jour.

[34] Extrait de Starmania, Michel Berger. Cette sagesse de Dieu n’a pas disparu aujourd’hui puisqu’il existe des justes qui n’ont pas la foi. Ils cherchent, sans le savoir, Dieu.

[35] Anne-Catherine Emmerich, une célèbre stigmatisée allemande du XIXème siècle (citée à titre de simple témoignage, sans qu’il lui soit attribué d’autorité) assista à la descente du Christ aux enfers après sa mort. Elle décrit de manière saisissante les limbes où attendaient les âmes justes : « Les limbes étaient divisés en deux cercles. Le Sauveur pénétra d’abord entre ces deux cercles dans un lieu enveloppé de brouillards, où se trouvaient Adam et Ève. Il leur adressa la parole et ils l’adorèrent avec un ravissement inexprimable. Alors Jésus, au cortège duquel s’étaient joints nos premiers parents, pénétra dans le cercle de gauche. Il renfermait les âmes des patriarches antérieurs à Abraham. Elles avaient une notion vague de Jésus. Certaines étaient encore tourmentées par de mauvais esprits. Celui de droite contenait les âmes des justes qui avaient vécu depuis Abraham jusqu’à Jean-Baptiste (le sein d’Abraham à proprement dit). On n’y éprouvait aucune peine, si ce n’est le désir de voir l’accomplissement de la promesse.» (Visions d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1950, Tome III, p. 370-371).

[36] Catéchisme de l’Église Catholique, n° 670. Ce texte, publié en 1992 par le Pape Jean-Paul II est le reflet authentique de la foi catholique. Il a donc une très grande autorité pour la foi.

[37] Matthieu 24 et 25 et les parallèles en Marc et Luc. Ce genre de textes semble annoncer au sens premier littéral des évènements futurs. Bien que leur autorité est la plus haute qui soit, ils doivent être utilisés avec prudence car leur sens est souvent, de par la volonté de Dieu, multiple. L’exemple de la fameuse parole de Jésus : « Détruisez ce Temple, en trois jours je le rebâtirai » le prouve. Il parlait certes du Temple de Jérusalem (sens historique premier, littéral), détruit de fond en comble 40 après sa mort et peut-être un jour rebâti… Il parlait aussi de son corps (sens profond, historique et mystique), et peut-être aussi du nôtre face à la mort, des cathédrales gothiques, des générations humaines, etc.

[38] Matthieu 24, 34.

[39] Actes 2, 14-41.

[40] Paul dut même le reprendre plusieurs fois. De même, au cours de l’histoire de l’Église, les papes se laissèrent plusieurs fois aller à la décadence.

[41] Ceci devrait être présent au cœur des apôtres d’aujourd’hui qui s’épuisent à prêcher et obtiennent (difficile–ment) une ou deux conversions ici et là. Ce n’est pas toujours à cause de leur manque de sainteté personnelle mais à cause de l’Esprit Saint qui vient quand il veut. En effet, dans n’importe quelle foule humaine, il peut instantanément susciter des milliers de chrétiens. Très peu de gens sont réellement obstinés dans le mal et la moindre prédication un peu aidée par les charismes divins, touche les cœurs. Si l’Esprit ne vient pas, c’est qu’il a ses raisons et ses raisons sont toujours bonnes. Il saura en faire sortir du bien pour l’apôtre rendu plus pauvre et pour les auditeurs indifférents qu’il saura rattraper au bon moment. Il a le temps. Il peut même évangéliser à l’heure de la mort. D’autre part, une vie terrestre passée sans le connaître n’est pas un mal absolu car elle accroît la soif d’un salut.

[42] Jean 21, 18.

[43] Matthieu 24, 4-11.

[44] 2 Thessaloniciens 2, 4.

[45] 2 Thessaloniciens 2, 1-3.

[46] Matthieu 24, 34.

[47] 2 Pierre 3, 4.

[48] Apocalypse 10, 6.

[49] Voir du même auteur : L’heure de la mort.

[50] Il s’agit d’un regard de sagesse, c’est-à-dire d’un regard sur l’action patiente et mystérieuse de Dieu. Cette contemplation, très peu développée dans l’Église en ce qui concerne sa propre histoire, peut-être qualifiée d’histoire sainte de l’humanité.

[51] Luc 1, 52. Le Catéchisme de l’Église Catholique, 671 exprime cette même réalité sous l’expression : ... en attendant que tout lui soit soumis.

[52] Cette action est décrite dans l’Ancien Testament, Livre de l’Exode. Tous les hébreux, sans exception, moururent dans le désert. Elle n’a pas changé après la venue du Chist. Elle a simplement été expliquée. Nous en connaissons maintenant les raisons, l’humilité qui ouvre la vie éternelle.

[53] Matthieu 24, 3-11, 14.

[54] « Allemagne au-dessus de tout. »

[55] Le film Titanic sorti en 1999 mérite d’être revu sous cette lumière. Le Titanic est la société en miniature Elle est composée de trois classes, bien séparées. Elle se fie totalement dans sa technologie. Le film se termine dans la Lumière de la Vie éternelle où les naufragés, au-delà de leurs souffrances, se retrouvent humbles, aimant et sauvés. Il y a là une prophétie dont on ne soupçonne pas la justesse.

[56] Apocalypse 16, 9 : «Et les hommes furent brûlés par une chaleur torride. Mais, loin de se repentir en rendant gloire à Dieu, ils blasphémèrent le nom du Dieu qui détenait en son pouvoir de tels fléaux. » « Le préservatif est la seule prévention du SIDA », martelait-on. Ce fut un étonnant et pitoyable combat de la part des anciens de mai 68. On criminalisait même le pape Jean-Paul II quand, sans parler directement de cette terrible maladie, il parlait de la fidélité dans l’amour…

[57] Pour la France, 225 000 I.V.G. par an depuis plus de 25 ans pour 750 000 naissances.

[58] Matthieu 24, 9.

[59] Luc 7, 47.

[60] Matthieu 24, 6. Le texte est ici interprété selon un de ses multiples sens, la guerre intérieure contre soi-même.

[61] L’ascédie est pour saint Augustin cette forme d’overdose des choses spirituelles qui frappe les adeptes de la vie contemplative.

[62] Matthieu 24, 11.

[63] Il ne le permettra d'ailleurs jamais afin que l’Évangile soit toujours gardé par quelques-uns sur la terre. Certains esprits se plaisent à montrer du doigt les compromissions, les pressions politiques des Conciles œcuméniques de cette époque pour nier la sainteté de l’Église. C’est justement l’inverse. Le fait est que, depuis 2000 ans, infailliblement, l’enseignement de l’Église romaine est resté fidèle à la vérité prêchée par le Christ.

[64] Genèse 11, l-9.

[65] Dieu … ou plutôt la vanité humaine diraient les sociologues. Mais la sociologie ne décrit que des lois prévues par Dieu pour le salut des peuples pécheurs. Dieu et les lois humaines ne sont, pour le théologien, que les deux faces d’une même pièce.

[66] Cet ensemble de détails paraîtra peut-être surprenant au lecteur. Doit-on les mépriser comme inventions imaginaires ? Non, car dans le domaine de l’histoire sainte de l’humanité, de sa marche vers Jésus-Christ, c’est le mystère même de Dieu qui s’exprime. Il faut ajouter que ni les uns ni les autres de ces détails ne se trouvent confirmés par des textes précis du Magistère, pas plus qu'ils ne reposent sur une indéniable tradition. De plus, point de textes scripturaires au sens littéral, mais seulement un incroyable concours de métaphores, qui me semblent trop nombreuses pour être simple hasard. Au lecteur de juger…

[67] Apocalypse 3, 14.

[68] Actes 5, 34.

[69] Actes 9, 1.

[70] Jérémie 7, 13-14.

[71] Lumen Gentium, 16.

[72] Abram ne reçut que plus tard le nouveau nom d’Abraham.

[73] Genèse 15, 1-6.

[74] Genèse 16, 2.

[75] Genèse 16, 5-12.

[76] Genèse 21, 10-21.

[77] Genèse 25, 12-18.

[78] Genèse 21, 11.

[79] Genèse 18.

[80] Au chapitre 21, 20.

[81] Nous en sommes frappés à l’évocation des nombreux exemples qui jalonnent l’Écriture ou la vie des saints: Jeanne d’Arc, demandant à ses voix si elle serait sauvée s’entendit répondre: «oui, par grande victoire! » Le lendemain, elle était brûlée vive. Ses voix lui avaient-elles menties? Jeanne, dans un grand sanglot, le crut d’abord. Juste après sa mort, elle comprit à quel point ses voix avaient dit vrai, plus vrai qu’elle ne l’imaginait. Dieu n’avait pas menti mais elle avait mal compris le sens divin du mot « victoire ». Elle ne nous l’a certes pas dit mais les miracles qui ont précédés sa canonisation en sont le signe le plus grandiose.

[82] Jean 19, 10.

[83] Voir deuxième partie, chapitre 1. Ce mystère y est expliqué dans ses causes et ses effets, dont le plus mystérieux est le mal permis sur la terre..

[84] Mame 1993, pages 149-150.

[85] Finalement, toutes les erreurs possibles, les pires des idéologies sont pour un temps donné « bénies ». elle reçoivent un temps de réussite terrestre. Dieu sait se servir de leur victoire puis de leur écroulement pour en tirer un bien plus grand. Il sauve les victimes. Il les récupère de l’autre côté de la vie et beaucoup d’entre eux ont compris jusqu’à la misère la stupidité de l’orgueil humain.

[86] Genèse 11, 3-8.

[87] 1 Rois 11, 12, 20.

[88] Matthieu 24, 6.

[89] Grégoire le Grand ( Homélie sur l’Évangile, p. PL. 76, p. 1078) a pu parler d’un monde vieillissant, «car, que s’élève peuple contre peuple, et que leur cala–mité s’étende sur le pays, cela nous le constatons dans notre époque plus que nous ne le lisons dans les livres. Vous savez aussi combien de fois nous avons ouï dire, que, dans d’autres parties du monde, des tremblements de terre ont dévasté d’innombrables cités. Sans cesse nous souf–frons de pestes. Et si nous ne constatons pas encore visi–blement des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, nous pouvons du moins conjecturer qu’ils ne sont pas éloi–gnés, puisque déjà le climat subit des modifications sen–sibles. C’est pourquoi on peut dire inversement : Quand les hommes se disent «Paix et sécurité », c’est alors que tout d’un coup fondra sur eux la perdition comme les douleurs sur la femme enceinte, et ils ne pour–ront y échapper. » (1 Théssalonicien 5, 3.)

[90] 1 Théssaloniciens 5, 3.

[91] Voir deuxième partie: premier chapitre, que veut Dieu aux hommes pour les avoir mis sur la terre?

[92] Luc 1, 51-53.

[93] Livre des juges 19-20.

[94] La réalité de ce fait est vertigineuse. Après la mort, face à l’apparition du Christ dont l’amour et la vérité bouleverse l’homme, tout genoux devient chancelant et découvrent le profond égoïsme qui l’anime.

[95] Le sommet du judaïsme est dans cette conception et l’Église catholique l’a entièrement gardée tout en pensant pouvoir, grâce à Jésus Christ, en expliquer le pourquoi (voir deuxième partie, chapitre un). La liturgie juive continue de chanter à propos d’Auschwitz et du génocide des enfants: « Yahvé, tu nous as frappé car nous avions péché. »

[96] Deutéronome 28, 47-52.

[97] Coran* 16, 93.

[98] Apocalypse 13, 17.

[99] Galates, 5. 

[100] 2 Chroniques 18, 22.

[101] Genèse 16, 12.

[102] Genèse 25, 18.

[103] Genèse 16, 12.

[104] Il remarquable de constater que les musulmans écrivent exactement la même chose des chrétiens. Pour eux, Jésus viendra nous prêcher l’islam sur notre lit de mort. Il nous expliquera qu’il n’était qu’un homme et qu’il n’est pas mort crucifié. Il balayera la croix. Alors la majorité des chrétiens, disposés par leur religion à l’humilité, se convertiront à l’islam. Dans les deux religions, seul un péché contre l’Esprit Saint conduit en enfer. Le refus de croire à une vérité suffisamment révélée en est un.

[105] Actes 16, 6.

[106] S'il l'avait voulu, ce serait fait depuis longtemps en raison de la puissance de l'Esprit et seuls résiste–raient aujourd’hui ceux qui en auraient fait lucidement ce choix.

[107] Car ce n’est qu’un contretemps et les Chinois jusqu’à aujourd'hui découvrent l'Évangile dans sa perfection à l'heure de leur mort. On peut trouver de multiples raisons à cela qui toutes se ramènent, comme toujours, à une seule : l’humilité produite par une division des nations en diverses cultures. C’est mieux ainsi à la fois pour le salut de tous, chrétiens et chinois.

[108] Voir chapitre 1, les sept jours de l’histoire du monde.

[109] Voir du même auteur L’heure de la mort.

[110] « Trompeuse » ou plutôt ambiguë car lorsque Dieu parle de « gloire, de victoire, de salut », il entend souvent « vie éternelle, donc humilité et son chemin, crucifixion et humiliation ». Mais l’homme y voit ce qui lui plaît à savoir « succès mondain, gloire terrestre ».

[111] Il finit par accepter le baptême afin de mourir garrotté plutôt que brûlé vif.

[112] Matthieu 8, 12.

[113] Apocalypse 6, 7. Lorsque des textes de l’Apocalypse sont cités, c’est toujours à titre d’illustration. Ils ne s’appliquent pas, quoiqu’en pense les Témoins de Jéhovah, à une seule période de l’histoire mais à chaque génération.

[114] Matthieu 21, 6.

[115] Apocalypse 8, 1.

[116] Isaïe 65, 17.

[117] Apocalypse 13, 3. « L'une de ses têtes paraissait blessée à mort, mais sa plaie mortelle fut guérie; alors, émerveillée, la terre entière suivit la Bête. »

[118] Daniel 5, 25.

[119] Saint Thomas disait que l’amour et les oeuvres qui sortent de lui mérite le Ciel de la part du Dieu qui aime le premier.

[120] “ Donnez-moi deux attelages pour une course de chars. Que le premier concurrent ait pour chevaux l’orthodoxie (la vraie foi) accompagnée de l’orgueil. Que le deuxième coure avec l’hérésie accompagnée de l’humilité. Vous verrez alors l’hérésie remporter la course, non à cause d’elle-même mais à cause de la force de l’humilité

[121] Cf. Genèse 50, 20.

[122] Marc 9, 38 : « Jean dit à Jésus: "Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas." Mais Jésus dit: "Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. »

Marc 9, 40 Qui n'est pas contre nous est pour nous.

[123] 1 Rois 12, 16.

[124] Matthieu 26, 52.

[125] Actes 9, 3-4.

[126] Matthieu 24, 12-14. Rappelons que ce genre de textes semble annoncer au sens premier littéral des évènements futurs. Bien que leur autorité est la plus haute qui soit, ils doivent être utilisés avec prudence car leur sens est souvent, de par la volonté de Dieu, multiple. L’exemple de la fameuse parole de Jésus : « Cette génération ne passera pas que tout soit réalisé» le prouve. Il parlait certes de sa venue dans la gloire mais pas de la même façon que ses auditeurs qui pensaient à la fin du monde. Lui parlait de la mort à venir de cette génération, à travers la mort individuelle de chacun de ses membres, etc.

[127] 1 Timothée 4, 1.

[128] 2 Timothée 3, 1-5.

[129] 1 Périarchion, chapitre 3.

[130] 1 Jean 4, 3.

[131] Une fiction parfois dangereuse et, au plan catholique, hérétique. Qu’on se souvienne du « protocole des sages de Sion », cet écrit attribué à des Juifs et qui prétendait décrire un plan sur plusieurs générations visant à rendre décadents les peuples pour établir le règne mondial d’un roi juif. Il s’agit d’ un faux produit dans un milieu antisémite en Russie au XIXème siècle. Hitler s’en servit pour justifier sa thèse du complot judéo-maçonnique. Qu’y pouvaient les enfants qu’il fit massacrer en masse, à cause de ce mythe. Le vrai ennemi de l’homme est cet orgueil premier qui se cache sous tout mal. Les francs-maçons en ont été souvent soupçonnés. En vérité, eux-mêmes ont erré dans leur recherche du meilleur monde possible. Ils n’ont fait que naviguer à vue, sans deviner les conséquences de certaines de leurs décisions.

[132] Ephésiens 6, 12.

[133] L’histoire des anges et l’origine des démons, ces anges devenus mauvais, sont rapportées en détail plus loin dans ce chapitre (quatrième étape, le mystère de l’iniquité). Il s’agit de la révolte première, celle qui motiva la haine mortelle de Lucifer et de ses anges contre l’humanité.

[134] Matthieu 24, 12.

[135] Tout antijudaïsme est un mauvais signe. Les ennemis de Dieu semblent perpétuellement conduits à se faire ennemis du peuple élu. Ceci est systématiquement vrai depuis quatre millénaires. Il n’est en fait que le symptôme de la maladie mortelle du cœur de l’homme pour le salut, l’orgueil. Quand une communauté nationale réussit et réalise une structure puissante et parfaite, elle n’a plus qu’un ennemi: celui qui est différent et vit au milieu d’elle. Elle s’en prend toujours au juif qui vit chez elle, sous n’importe quel prétexte (ils empoisonnent l’eau ; ils sont avares ; ils ont tué le Christ). De nos jours, l’islam est à son tour atteint de ce syndrome. Cela ne lui apportera rien de bon. La main de Dieu n’aime pas la nation qui s’exalte en son cœur. Il abaisse toujours l’orgueil des puissants.

[136] Une faute que l’histoire a tendance à relativiser à un conflit d’hommes et non à une preuve du sectarisme intellectuelle de l’Église de la Renaissance. En effet, tout semble indiquer que la plupart des membres du clergé sont à cette époque plutôt ouverts à la nouveauté, curieux de tout, parfois davantage que certains barons universitaires actuels de la pensée unique. Mais l’histoire que je raconte ne parle pas de vérité historique. Elle parle d’une lutte à mort d’une force invisible contre ce qui porte le nom de Dieu, par tous les moyens y compris ceux de l’exagération et de l’amalgame.

[137] Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, chants et poésies.

[138] 2 Thessaloniciens 2, 6-8.

[139] Bern. a Piconio, Epist. B. Pauli triplex expost. : II Epist. ad Thess., II, 3.

[140] Anne-Catherine Emmerich (citée à titre de simple témoignage, sans qu’il lui soit attribué d’autorité), une stigmatisée du XIXème siècle, eut la vision de notre époque qui lui semble être l’une des pires depuis le commencement de l’humanité. « J’appris que Lucifer doit être déchaîné pour un temps cinquante ou soixante ans avant l’an 2000, si je ne me trompe. Quelques démons doivent être déchaînés de temps en temps pour punir et tenter le monde. Je crois que quelques-uns l’ont été de nos jours (elle parle vers 1820), d’autre le seront bientôt après. » (Visions d’Anne-Catherine Emmerich sur la vie de Jésus, Tome 3, Téqui, page 372).

[141] D’après saint Paul 2 Thessaloniciens, 2, 4.

[142] Voir Saint. Thomas d’Aquin, Opusc., LXVIII, De Antichr., édit. Parmæ, 1864. t.XVII p. 439.

[143] Lumen Gentium 16.

[144] Apocalypse 17, 9-10.

[145] Anne-Catherine Emmerich (citée à titre de simple témoignage, sans qu’il lui soit attribué d’autorité)* vit ce dernier antichristianisme sous la forme de la fameuse prostituée de l’Apocalypse : « Je me trouvais dans la maison des noces et je vis un bruyant cortège matrimonial arriver dans plusieurs carrosses.La fiancée qui avait près d’elle plusieurs hommes et femmes était une personne de grande taille, à l’air effronté et avec une parure de courtisane. Elle avait sur la tête une couronne, sur la poitrine beaucoup de bijoux, trois chaînes et trois agrafes de clinquant auxquelles étaient suspendues une quantité d’instruments, de figures représentant des écrevisses, des crapauds, des sauterelles, et aussi de petites cornes, des anneaux, des sifflets etc. » (Vie d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1950, Tome 2, p. 398).

[146] Apparition reconnue officiellement par l’autorité de l’Église. Son message a donc une certaine autorité sur l’espérance des catholiques, a un degré précisé en fin d’ouvrage.

[147] Luc 6, 22.

[148] De telles apparitions, reconnues canoniquement par l’Église, ont une valeur essentielle, non pour ajouter un dogme à la foi, mais pour révéler du nouveau quant à l’espérance, c’est-à-dire à l’action de Dieu sur telle génération. Leur rôle en théologie est expliqué dans la troisième partie.

[149] La première guerre mondiale.

[150] Ce signe a été donné en automne 1938.

[151] 2 Thessaloniciens 2, 6-8.

[152] Il manque la paresse. A l’heure où j’écris ce livre, on peut penser qu’elle sera une étape incontournable. Les jeunes du début du XXIème siècle rêvent de gagner plus d’argent tout en travaillant moins. Le climat général de cette génération n’est plus la révolution comme chez leurs aînés de mai 68 mais la fragilité et le manque d’énergie. Tout cela pourrait conduire à la pauvreté matérielle.

[153] Malachie 2, 15.

[154] Apparition reconnue par l’Église. Elle eut lieu dans les Alpes, auprès de deux enfants bergers, Mélanie et Maximin. Rappelons que ce texte reçoit, du fait de sa reconnaissance canonique, une certaine autorité qui ne concerne pas la foi mais la manière dont le plan du salut est appliqué à chaque époque (l’espérance).

[155] Marc 8, 38.

[156] Matthieu 5, 11.

[157] Un massacre des innocents comme jamais au cours de l’histoire, et l’absence totale d’une simple explication de la douleur de Pierre sur ce sujet: on ne parle pas de l’âme de ces enfants, de leur destin après leur mort. Il semble que le clergé a admis qu’il n’y a pas pour eux de vie après la mort, qu’ils ne sont que des pré-humains.

[158] Anne-Catherine Emmerich (citée à titre de simple témoignage, sans qu’il lui soit attribué d’autorité) parle sans cesse dans ses visions de la fidélité du Saint-Père et de la complicité d’une grande partie du clergé. Ses descriptions surprendront par leur actualité ceux qui connaissent la crise théologique dans l’Église catholique depuis le Concile Vatican II. Elle écrit vers 1820 : « On gardait le silence sur la croix, sur le sacrifice et la satisfaction, sur le mérite et le péché, où les faits et les miracles et les mystères de l’histoire de notre rédemption devaient céder la place à de creuses théories de la révélation où l’homme-Dieu, pour être supporté, ne devait plus être présenté que comme l’ami des hommes, des enfants et des pécheurs, où sa vie n’avait de valeur que comme enseignement, sa passion comme exemple de vertu, sa mort comme charité sans objet. Le manque total de doctrine devait être voilé sous un langage naïf à la portée de toutes les intelligences. » (Vie d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1950, Tome I, p. 415).

[159] Anne-Catherine Emmerich (citée à titre de simple témoignage, sans qu’il lui soit attribué d’autorité), une célèbre stigmatisée du XIXème siècle, eut la vision de ce comportement perpétuel du clergé à la remorque de l’idée dominante du temps : « Je vois chez tous, même chez les meilleurs d’entre eux, un orgueil effrayant, mais chez aucun l’humilité, la simplicité et l’obéissance. Ils sont terriblement fiers de la séparation dans laquelle ils vivent. Ils parlent de foi, de lumière, de christianisme vivant. Mais ils méprisent et outragent la sainte Église dans laquelle il faut chercher la vie. Dans leur présomption, ils prétendent mieux comprendre toute chose que les chefs de l’Église et même que les saints docteurs. » (Vie d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1950, Tome I, p. 536).

[160] Daniel 12, 7.

[161] Apocalypse 13, 17-18. Ce genre de texte a d’abord un sens symbolique valable pour chaque époque de l’histoire du monde. Mais il devient de plus en plus évident au fur et à mesure que l’histoire avance.

[162] Anecdote significative du changement de génération : Un débat récent de la RTBF (Belgique) mettait en scène de jeunes concubins d’une vingtaine d’années et des psychologues quinquagénaires. Ceux-ci se scandalisaient de leur non-usage du préservatif, selon eux « indispensable même dans la vie de couple ». Les jeunes répondaient : « Nous avons promis d’être fidèles. Si on ne fait pas confiance, l’amour n’existe pas. » Cette évidence était insoutenable dix ans plus tôt.

[163] Chiffre symbolique valable à chaque époque mais de plus en plus visible à mesure qu’approche la fin.

[164] Genèse 1, 31.

[165] Exode 7, 25.

[166] Anne-Catherine Emmerich (citée à titre de simple témoignage, sans qu’il lui soit attribué d’autorité) eut la vision de l’humanisme universel sous la forme d’une Église : « Et il apparut une nouvelle Église dans laquelle des gens, parmi lesquels il y avait des savants, se trouvèrent rassemblés. Cette Église était ronde (symbole d’universalité ?) avec une coupole grise et tant de gens y affluaient que je ne comprenais pas comment l’édifice pouvait les contenir tous. C’était comme un peuple entier. Cependant, la nouvelle Église devenait de plus en plus sombre et noire et tout ce qui s’y faisait était comme une noire vapeur. Ces ténèbres se rependirent au dehors et toute verdure se flétrit. Plusieurs paroisses des environs furent envahies par l’obscurité et la sécheresse. » (Vie d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1950, Tome 3, p. 157). Ces images montrent avec force l’enthousiasme des débuts puis l’arrivée des fruits de séduction dans l’Église du Christ puis d’amertume de tous les antichristianismes. C’est encore plus saisissant si l’on considère l’humanisme actuel ou le culte futur de Lucifer dans sa révolte et sa liberté.

[167] 1 Corinthiens 15, 32.

[168] L’expérience des sept péchés capitaux depuis 1830, les millions de morts, chapitre 4, deuxième étape.

[169] Consulter pour illustrer cette réflexion, l’évolution des débats du Grand Orient de France.

[170] Cette charte n’est pas officielle. Ces textes ont été extraits par l’auteur à partir de textes de l’O.N.U. et de l’UNESCO.

[171] Religion à vocation universaliste. Elles ont tendance à imposer leur message. On pense à l’islam et au christianisme dans leurs dimensions politiques.

[172] Apocalypse 16, 8-10.

[173] Deutéronome 8, 3.

[174] Avertissement: Cette section pose la question suivante: jusqu’où ira l’humanité, avant la fin du monde, dans sa recherche d’une liberté de l’orgueil? Comment répondre avec certitude et précision à partir des prophéties bibliques?

[175] La seule encyclique écrite en allemand dans l’histoire de l’Église.

[176] Luc 12, 4.

[177] Voir le chapitre 4.

[178] Le dernier des prophètes canonique, Malachie 2, 14, écrit: « Et vous dites: Pourquoi ces malheurs? - C’est que Yahvé est témoin entre toi et la femme de ta jeunesse que tu as trahie, bien qu’elle fût ta compagne et la femme de ton alliance. N’a-t-il pas fait un seul être, qui a chair et souffle de vie? Et cet être unique, que cherche-t-il? Une postérité donnée par Dieu! Respect donc à votre vie, et la femme de ta jeunesse, ne la trahis point! Car je hais la répudiation, dit Yahvé le Dieu d’Israël, et qu’on recouvre l’injustice de son vêtement, dit Yahvé Sabaot. Respect donc à votre vie, et ne commettez pas cette trahison! »

[179] Anne-Catherine Emmerich (citée à titre de simple témoignage, sans qu’il lui soit attribué d’autorité)* écrit : « Je vis que certains idolâtres du passé aimaient davantage leur idole qu’eux-mêmes, avec un réel sens du sacrifice. Au contraire, certains hommes de notre époque mettent leur propre personne au-dessus de tout ce qui existe dans le monde. » (Vie d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1950, Tome 3, p. 169).

[180] C’est de cette manière que saint Augustin définit l’intensité de l’amour qui règne dans la Cité de Dieu et qui peut tout supporter pour l’autre, jusqu’à la croix.

[181] 1 Jean 5, 19.

[182] Sagesse 17, 1ss.

[183] Matthieu 24, 19 ss.

[184] 2 Thessaloniciens, 2.

[185] Cette troisième étape n’est autre que le sixième jour. Mais il sera traité de manière plus concrète au chapitre suivant.

[186] 2 Thessaloniciens 2, 8. Ce texte de saint Paul, dans son sens littéral, n’est pas symbolique et valable pour chaque époque. Il le présente comme la prophétie des évènements qui précèderont le retour du Christ à la fin des fins.

[187] Apparition reconnue canoniquement par l’Église. Les textes cités ont une certaine autorité dont le degré est rappelé en fin d’ouvrage.

[188] En 2 Thessaloniciens, 2.

[189] Matthieu 24, 35.

[190] Aussi, tout au long de cet ouvrage, j’ai pris le parti de parler d’eux en termes anthropomorphiques. Il s’agit bien sûr d’un langage analogique.

[191] Certains théologiens sont allés plus loin encore. Ils ont cru lire dans la Bible que Dieu était allé jusqu’à révéler aux anges que naîtrait un jour une femme dont le cœur serait pur, l’humilité absolue, le don d'elle-même total au point que Dieu l’élèverait au-dessus de tout et en ferait leur reine. Dieu a-t-il révélé dès cet instant la naissance future de la Vierge Marie? Une chose par contre est certaine: ils ont compris dès cet instant le projet de Dieu, faire d'eux les serviteurs et les guides spirituels de leurs futurs frères cadets. Anges gardiens, mandatés selon un ordre hiérarchique parfait au service des hommes, voilà quelle serait leur mission jusqu'à ce que le dernier homme ait terminé sa vie terrestre.

[192] Genèse 1.

[193] Jérémie 2, 20.

[194] Apocalypse 12, 4.

[195] Apocalypse 12, 7.

[196] « Qui est comme Dieu », c’est-à-dire, en hébreux, Mikaël. Le fait que Michel soit un simple archange fut la première humiliation du Chérubin Lucifer. Révolté contre Die, il n’est même plus intelligent.

[197] Isaïe 14, 12.

[198] Jean 8, 44.

[199] Apocalypse 12.

[200] Le démon ne désire pas premièrement que l’homme s’autodétruise dans un holocauste nucléaire. Le meurtre du corps ne l’intéresse qu’à cause de sa racine, le péché de l’âme. Son but premier est spirituel. Il veut que le maximum d’humains, devenu égoïste et orgueilleux, choisisse avec lui l’enfer, librement.

[201] Traduction libre de Genèse 3, 5.

[202] Genèse 3, 14. Eux, des êtres spirituels indifférents par nature au sexe, à l’argent, et à la vanité du regard des autres, vautrent leur action sur l’homme dans de telles propositions.

[203] 2 Thessaloniciens 2, 1-12.

[204] Informations données par Denis VLIEGHE et Vincent ROSSOME, mai 2001.

[205] Voir du même auteur, L’heure de la mort, l’enfer. Le seul péché qui conduit en enfer, parce qu’il est un rejet parfaitement libre, lucide et maîtrisé. Voir du même auteur, L’heure de la mort, les six péchés contre l’Esprit Saint.

[206] Jean 23, 34.

[207] Une apparition reconnue canoniquement. Deux des voyants sont déjà béatifiés. Sa réalité est donc attestée par l’Église avec une certaine autorité dont le degré est rappelé en fin d’ouvrage.

[208] Il est évident que toutes ces révélations privées*, même celles qui sont reconnues par l’Église, ne peuvent être mises au même niveau que l’Écriture Sainte. Pourtant, il serait présomptueux de les négliger. Elles révèlent à l’homme la manière concrète dont se réalise ce qui est annoncé par l’Écriture dans l’histoire.

[209] Au sens non scientifique du terme mais dans un sens très réaliste. Il s’agit des trois secrets de Fatima, concernant la seconde guerre mondiale, la guerre froide puis le martyre du Pape.

[210] Luc 16, 31.

[211] Paul VI, 1968, Documentation Catholique n° 603.

[212] Recueil de textes, Piveteau, ''L'évolution", encyclopédie universitaire, p. 10.

[213] Le scientifique Salet estimait à 10300 le nombre d’atomes qui composent l’univers dans son ensemble et à une chance sur 10 [puissance 5 milliards] la probabilité pour qu’un vivant apparaisse par hasard. Son calcul reposait sur le nombre incroyable et la précision des bases qui composent l’A.D.N. de tout vivant autonome, même le plus simple. Il disait que ce chiffre rendait impossible l’apparition par hasard de la vie. « Il y a autant de chance pour que le premier vivant soit apparu par hasard que de voir un singe dactylographe écrire en tapant au hasard, un ouvrage de 100 000 pages. »

[214] Luc 12, 54-56.

[215] 2 Thessaloniciens, 2, 5.

[216] Voir du même auteur La grande guerre de l’islam.

[217] Genèse 16, 10.

[218] Genèse 21, 20.

[219] Voir la foi des musulmans concernant la guerre sainte, mode principal de leur extension. Voir La Voie du musulman, Aboubaker Djaber Eldjazaïri (Aslim éditions 1986, France), « catéchisme sunnite officiel ».

A- Institution: L’objectif principal du djihad est d’affronter les mécréants et les belligérants. B- Différentes sortes de djihad ; C- Le but du djihad: Toute sorte de djihad tend à proscrire toute autre adoration que celle de Dieu, l’Unique, à se dresser contre la violence et le mal, à sauvegarder la vie, les biens et l’équité, à généraliser le bien et à répandre la vertu. Dieu dit: — Combattez les afin que plus aucun croyant ne soit tenté d’abjurer et que le culte tout entier soit rendu à Dieu. (8 - Le Butin - 39) ; D- Mérite du djihad: Le mérite du djihad et de la mort en martyr pour la Cause de Dieu est exprimé en termes nets dans les annonces véridiques divines et dans les hadith authentiques du Prophète.

[220] Je rapportais précédemment la prophétie des Incas qui les livra pieds et mains liés aux conquistadors violent et… évangélisateurs. Des centaines d’autres exemples pourraient être rapportés, non seulement dans la Bible mais dans l’histoire récente. En 1940, lorsque Hitler décida de son nid d’aigle la date définitive de l’invasion de la Russie, il se fit dans l’atmosphère une agitation étonnante. Le ciel était rouge feu et le vent soufflait en tempête tandis que des nuages aux formes déchirées passaient dans le ciel. Une femme présente s’écria : « Mauvais présage. Beaucoup de sang et de malheur ». Hitler fut fortement impressionné. (Document U.S., La chaîne histoire, « Hitler, homme et Mythe ».

La tradition du bouddhisme khmer gardait la prophétie suivante : « Quand le ciel rougira comme le feuillage du banian, de l’orient à l’occident, que chacun fuit le pays car la guerre et le malheur arrivent ». Or un couché de soleil de ce type se produisit peu avant la prise de pouvoir du criminel marxiste Pol Pot qui, en quelques années, causa la mort d’un million de cambodgiens. Une étude approfondie de ce genre de présages ou de prophéties mériterait d’être faite, avec les vérifications critiques d’usage. Les prophéties d’une puissante religion comme l’islam méritent d’autant plus d’être étudiées en détail.

[221] Voir La mort et le jugement dernier selon les enseignements de l’islam, Fdal Haja, Rayhane éditions, Paris 1991, p. 53ss

[222] Il existe d’autres signes, mineurs.

[223] Voir chapitre 7, le temps du sépulcre, le signe de Jonas.

[224] Tirmizzi dans « ce qu’on rapporte du Mahdi » note qu’il teint de Ibn Mass’oud ce Hadith* « un homme de ma famille viendra, son nom correspondra à mon nom ».

[225] Les Musulmans anti-Wahhabites appèlent le Wahhabisme "fitna an Najdiyyah", le malheur venant de Nejd.

[226] Il s’agit des habitants musulmans de l’Arabie vers la fin du monde.

[227] Selon Hisham al-Kabbani, né au Liban et vivant actuellement aux U.S.A.

[228] Ces textes paraissent clairs? Ils sont en fait ambigus et ne provoquent pas la paix des débats en islam. Chacun voit « l’Arabe pervers » annoncé selon ce qui l’arrange. Pour le terroriste Oussama Bin Laden, c’est la royauté de l’Arabie Saoudite qui a accompli l’horreur en introduisant les armées étrangères sur la terre sainte. Pour la famille royale arabe, les pervers sont les terroristes arabes puisqu’ils répandent le sang des femmes et des enfants par toute la terre… Pour la majorité des musulmans Sunnites, ce sont tous les arabes à cause de leur sectarisme Wahhabite* (voir plus loin).

[229] Ezéchiel 39, 9-11. Il s’agit de l’annonce d’une grande guerre qui verra la défaite des impies.

[230] Elle ne parle pas seulement du danger du retour du nazisme. Cette phrase est universelle.

[231] Deutéronome 28, 47-66. Cette prophétie a été réalisée une troisième fois par Hitler dont, est-ce une simple coïncidence, l’étendard était aussi l’aigle.

[232] Isaïe 60, 10-13.

[233] Isaïe 11, 1-5.

[234] L’ambiguïté de Dieu vient d’abord de la psychologie trop humaine… de l’homme. Lorsque Dieu parle de « gloire, de victoire, de salut », il entend souvent « vie éternelle, donc humilité et son chemin, crucifixion et humiliation ». Seul un croyant lui-même passé au feu purificateur de Dieu finit par s’habituer à son style et à ne plus lire « succès mondain, gloire terrestre ».

[235] Josèphe raconte (La Guerre des Juifs contre les Romains, livre 6, 31): « Quelques années avant la guerre, il se leva un pauvre homme, qui était prêtre. Il se mit à prophétiser par toute la Judée en disant simplement: « Voix du côté de l’orient! Voix du côté de l’Occident! Voix du côté des quatre vents! Voix contre Jérusalem et contre le Temple! Voix contre les nouveaux mariés et les nouvelles mariées, voix contre tout le peuple! » Il parlait ainsi, toujours, sans injurier ceux qui le battaient, ni remercier ceux qui lui donnaient à manger. Toutes ses paroles se réduisaient à un triste présage, et il les proférait d’une voix plus forte dans les jours de fête. Il continua d’en user ainsi durant sept ans cinq mois sans aucune intermission et sans que sa voix ne fût ni affaiblie ni enrouée. Quand Jérusalem fut assiégée, on vit l’effet de ses prédictions et, faisant alors le tour des murailles de la ville, il se mit encore à crier: « Malheur, malheur sur la ville, malheur sur le peuple, malheur sur le Temple », à quoi ayant ajouté « Malheur sur moi », une pierre lancée par une machine le renversa par terre, et il rendit l’esprit en proférant ces mêmes mots. »

[236] Un troublant rapprochement des dates s’impose. Le Wahhabisme est la plus terrible attaque satanique contre l’islam depuis l’Hégire*. Il prend la religion par sa qualité d’honneur militaire et la transforme en un fanatisme exterminateur. Au même moment, le christianisme subissait une attaque au défaut de sa cuirasse (il libère l’homme) avec la Révolution française et le culte de l’homme divinisé…

[237] D’après la longue prophétie d’Ezéchiel, 39, 1 ss.

[238] Ezéchiel 39, 12: « On les enterrera afin de purifier le pays pendant sept mois. »

[239] Avis religieux adressé aux musulmans, quoique n’engageant que celui qui la prononce. Comme chez les Protestants, chaque musulman est imam. N’ayant pas de magistère papal, les fatwa islamiques n’ont de valeur que pour ceux qui reconnaissent l’autorité de l’imam émetteur. Depuis la révolution islamique d’Iran, le terme fatwa a pris le sens malheureux d’appel à l’exécution sommaire.

[240] Création en 1979 en Iran d’une république islamique sectaire.

[241] Nous ajoutons cette note le 11 septembre 2001. Ce livre était déjà écrit en 1996 (Voir Nihil Obstat). Mais devant moi défile à la télévision, en boucle, l’attaque suicide du World Trade Center aux U.S.A. Les deux tours viennent de s’écrouler après avoir été percutées par deux avions gros porteurs chargés de passagers détournés par des combattants de l’islam. Les commentateurs parlent de « nouveau Pearl Arbor ». Ils n’ont pas tort. Le monde entre sans doute, après la guerre froide, dans une quatrième guerre mondiale. L’ennemi ne viendra pas d’abord des nations musulmanes mais de cette mouvance particulière des combattants de l’islam qui agit en s’appuyant sur les textes de sa foi. La présence de ces textes est dramatique. Elle plongera beaucoup de musulmans dans la guerre Sainte. La victoire du monde coalisé ne fait pas de doute, mais à quel prix? Le Pakistan possède l’arme nucléaire. Lorsque la guerre sera gagnée, il est probable que naîtra une nouvelle génération qui, devenue adulte 20 ans plus tard, rejettera dans un nouveau mai 68 la religion et celui qui en porte le nom: Dieu. C’est une étape nouvelle mais essentielle dans la réalisation des prophéties.

[242] Matthieu 26, 52.

[243] Nous disions que cette époque n'est pas pour aujourd'hui. C'est donc que le temps de l’Antéchrist n'est pas encore pour cette année. Mais il peut venir vite, en quelques générations d'autant plus que les moyens modernes de communication précipitent l’évolution des mœurs. Les enfants bouddhistes d'Orient se forment en ce moment avec la télévision occidentale tout entière imbibée du message de l’homme sans Dieu.

[244] 2 Thessaloniciens 2, 4.

[245] « Qu’on le veuille ou non, l’heure est venue de devenir citoyen du monde ou de voir périr toute civilisation. » Citation d’un discours aux enseignants, du ministre français de l’Instruction publique, 1918.

[246] En Luc 21, 24 : « Jérusalem sera foulée par les païens jusqu’à ce que soit accompli le temps des nations ».

[247] Dans les années 70, des jeunes aux cheveux longs se tenaient non loin d’un monument au mort. On fêtait l’Armistice du 11 novembre et des anciens combattants des deux guerres mondiales saluaient le drapeau français. Des cris fusèrent : « fascistes ! – Mais nous avons combattu le fascisme, leur fut-il répondu. – Peu importe, vous êtes à mettre dans le même sac patriotique. » Cette anecdote illustre ce que peut être la réaction d’une génération, non par on intelligence, mais par sa sensibilité.

[248] Ils voient de leurs yeux, dirait Job. Voir, à propos de la survie des facultés sensibles après la mort, du même auteur, L’heure de la mort.

[249] Romains 11, 15.

[250] Matthieu 24, 15.

[251] Luc 21, 24.

[252] Luc 23, 28.

[253] Luc 21, 24.

[254] Romains 11, 25.

[255] Luc 13, 35.

[256] Romains 11, 15.

[257] Voir par exemple Apocalypse 9, 15. Ce chiffre d’un tiers, appliqué au malheur, est cité 14 fois dans ce livre.

[258] Actes 5, 34.

[259] A l’image du pharaon devant Moïse: « Car Dieu renverse les puissants de leur trône et relève les humbles », dit la Vierge Marie dans son Magnificat.

[260] Chapitres 6 et 7.

[261] Ce livre a été reconnu canoniquement par l’Église catholique mais certaines confessions chrétiennes le rejettent. Voir Maccabées 2, 4-8.

[262] Bien sûr, chacune des prophéties concernant les Juifs a, outre une réalisation matérielle, une signification spirituelle. La destruction du temple de Jérusalem* marque l’entrée dans un nouveau temps qui est celui de la Nouvelle Alliance où Dieu n’est plus adoré sur une montagne ou dans un temple mais au fond des cœurs. Dans un sens symbolique, cette destruction préfigure et annonce celle de notre corps par la mort et celle du nouveau temple qu’est l’Église dans un sacrifice final qui précédera la glorification du monde. La déportation d’Israël ne doit pas être considérée comme une punition pour l’acte commis par ceux qui ont tué Jésus car ce péché leur a été imputé personnellement lors de leur jugement particulier. Cette dispersion est donnée aux nations comme un signe qui manifeste les conséquences auxquelles aboutit tout péché. Ce peuple de prophètes montre sans le vouloir qu’en péchant, nous sommes dispersés à tous vents loin de Dieu et de nos frères. Il en est de même pour les persécutions. Elles sont un témoignage des conséquences terribles du péché qui tue la vie de l’âme d’une manière analogue à la barbarie des persécuteurs lorsqu’ils massacrent des enfants innocents. Le peuple juif persécuté est le signe de la fin du monde où se manifestera la haine implacable du démon pour toute vie de l’âme.

[263] Cité par saint Louis-Maie Grignon de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, édition du seuil, Paris, 1966, 46.

[264] … qui est un saint canonisé. Ses visions et ses prophéties ont de ce fait une certaine autorité dont le degré, sans rapport évidement avec celui de la Révélation publique, est précisé en fin d’ouvrage. Elles n’en demeurent pas moins très importantes pour la théologie de l’espérance.

[265] Lire son Traité de la vraie dévotion à Marie, édition du seuil, Paris, 1966, 47 ss.

[266] En réalité, l'apparition à Catherine Labouré est loin d'être la première. L'apparition à Jean Courdil (Celles, 1686) ou à Benoîte Rencurel (Notre Dame du Laus) est largement antérieure. Mais celle de Catherine inaugure un caractère eschatologique nouveau. Pour la première fois, la Vierge ne vient pas seulement comme mère. Elle vient comme sage-femme en ce sens qu’elle va accompagner une douloureuse naissance vers la Vie.

[267] Il s’agit d’une apparition reconnue officiellement par l’autorité de l’Église. Son message a donc une certaine autorité sur l’espérance des catholiques et leur compréhension de l’action incarnée de Dieu dans chaque génération, à un degré précisé en fin d’ouvrage.

[268] A savoir que le salut consiste en une réconciliation amoureuse de Dieu avec l’humanité. Pour se faire, une nouvelle Ève a eu à dire oui. Le rôle de Marie, loin d’être passif, fait partie de la rédemption de la même manière que, pour qu’il y ait mariage, il faut deux oui.

[269] La valeur théologique de ces deux cœurs est très profonde. Elle est le cœur même de la révélation dans son interprétation catholique. Marie et Jésus sont ensemble, l’image de Dieu. Jésus-Dieu et Marie-femme sont ensemble rédempteurs et co-rédempteurs. etc.

[270] Apparition reconnue canoniquement par l’Église. Les textes cités ont une certaine autorité dont le degré est rappelé en fin d’ouvrage.

[271] Les apparitions continuent en ce début de troisième millénaire. Medjugorje* ne peut encore être reconnu puisque cette apparition n’est pas terminée.

[272] Apocalypse 11, 3-13. Texte symbolique, d’abord valable pour chaque époque de l’humanité, mais de plus en plus nettement réalisé vers la fin.

[273] Genèse 6, 22.

[274] 2 Rois 2, 11.

[275] Matthieu 11, 14.

[276] 1 Rois 17, 1. Le cycle d’Élie est rapporté dans la Bible au premier livre des Rois, à partir du chapitre 17.

[277] Marc 6, 18.

[278] Romains 11, 16.

[279] Il invita des représentants des grandes religions du monde à prier ensemble Dieu pour la paix.

[280] Il est probable que les trois sens soient vrais. Dieu se plaît à réaliser les textes selon tous leurs sens.

[281] L’Antéchrist, 1905.

[282] Daniel 12, 10.

[283] Daniel 11, 33.

[284] Matthieu 24, 14.

[285] … qui est un saint canonisé. Ses visions et ses prophéties ont de ce fait une certaine autorité dont le degré, sans rapport évidement avec celui de la Révélation publique, est précisé en fin d’ouvrage.

[286] Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, édition du seuil, Paris, 1966, 49ss.

[287] Psaume 126, 4.

[288] Anne-Catherine Emmerich (citée à titre de simple témoignage, sans qu’il lui soit attribué d’autorité)* eut la vision de ces derniers apôtres sous la forme de douze prédicateurs : « Je vis au milieu des désastres les douze hommes dont j’ai déjà parlé, dispersés en diverses contrées sans rien savoir les uns des autres, recevoir les rayons de l’eau vive. Je vis que tous faisaient le même travail de divers côtés. Ils étaient tous catholiques. Je vis aussi, chez les ténébreux destructeurs, de faux prophètes et les gens qui travaillaient contre les écrits des douze nouveaux apôtres. Les douze hommes apostoliques gagnaient toujours un grand nombre d’adhérents et la lumière se mit à briller depuis Rome. » (Vie d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1950, Tome 3, p. 159).

[289] Zacharie 9, 9.

[290] Marc 7, 27.

[291] Jean 12, 20-36.

[292] 2 Thessaloniciens 2, 3.

[293] Il s’agit d’une proximité en terme de générations -20, 40 ou 100 ans- nous l’avons déjà suggéré à propos de l’islam. Dieu a le temps. Rappelons que la Vierge a commencé à parler de la fin des fins à la Salette, il y a 150 ans! Les évènements peuvent certes se précipiter au plan de la politique.

[294] Jean 6, 66.

[295] Jean 7, 19.

[296] Jean 11, 45-53.

[297] Hébreux 5, 8.

[298] Jean 21, 18 - –l9.

[299] Jean 12, 4,

[300] Anne-Catherine Emmerich (citée à titre de simple témoignage, sans qu’il lui soit attribué d’autorité)*, écrit à propos du clergé progressiste qu’elle voit dans ses célèbres prophéties : « Ces « éclairés », je les vois toujours dans un certain rapport avec la venue de l’Antéchrist, car eux aussi, par leurs menées, coopèrent à l’accomplissement du mystère de l’iniquité. » (Vie d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1950, Tome I, p. 536). Ailleurs, elle décrit leur oeuvre de la manière suivante: « Ils bâtissaient une grande Église, étrange et extravagante. Tout le monde pouvait y entrer pour communier et y posséder les mêmes droits. Ce devait être une vraie communion des profanes où il n’y aurait qu’un seul pasteur, un seul troupeau. Il devait y avoir un pape (vraisemblablement élu) mais qui ne possèderait rien et serait salarié. Tout était préparé d’avance et bien des choses étaient déjà faites. Mais, à l’endroit de l’autel, il n’y avait que désolation et abomination. Ils veulent enlever au pasteur le pâturage qui est à lui. Ils veulent en imposer un qui livre tout aux ennemis. » » (Vie d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1950, Tome 3, p. 184).

[301] Des courants puissants réclament un Concile Vatican III: suppression de la papauté*, démocratisation dans la définition de la foi, de la morale. Si la foi chrétienne est un jour votée par les hommes, à quoi sera-t-elle réduite? La parole viendra-t-elle encore d’en haut?

[302] Avec le mystère de la charité de Dieu, qui veut se faire époux à égalité de droit avec l’homme, il s’agit de l’autre révélation spécifique du christianisme. Sur le cœur de Dieu.

[303] Jean 13, 6.

[304] Matthieu 24, 15.

[305] Luc 22, 32.

[306] Matthieu 16, 18.

[307] Luc 21, 28.

[308] Jean 19.

[309] Jean 21, 16.

[310] Catéchisme de l’Église Catholique, Mame 1992, pages 149-150. Ce texte, publié en 1992 par le Pape Jean-Paul II est le reflet authentique de la foi catholique. Il a donc une très grande autorité pour la foi.

[311] Seule exception peut-être à cette règle. Honorius I qui enseigna un temps de manière privée le monothélisme (Jésus n’aurait qu’une seule faculté volontaire, la volonté divine). Ce pape se rétracta. Mais son enseignement avait un caractère privé.

[312] Voir sous ce titre l’ouvrage de Jean Raspail qui raconte cette histoire, Albin Michel, 1995.

[313] L’anneau du pêcheur, Albin Michel, 1995, p. 226.

[314] Rappelons pour le puriste de la théologie, que je ne cite ce texte de roman qu’au titre d’une belle histoire qui illustre mieux qu’une théorie mon propos.

[315] Jean 21, 18 et ss.

[316] Jean 11, 49.

[317] Le 26 juin 2 000, le pape Jean-Paul II dévoila au monde le troisième secret de Fatima. Il parle d’un homme vêtu de blanc, entouré de prêtres, d’évêques et de laïcs et que des soldats viennent tuer sur une montagne. Dans son commentaire, le Cardinal Ratzinger, préfet pour la Congrégation de la foi, dit: «Ce secret concerne visiblement le passé». Il fait référence à l’attentat de 1981. Ce commentaire, venant de la source la plus proche du Saint Père, manifeste la difficulté du clergé à croire que cette prophétie puisse avoir un sens plus profond, plus radical. Pourtant, ce secret ne concerne pas le passé. Sa portée est beaucoup plus grande que l’attentat de 1981 contre Jean-Paul II. Voir texte complet du secret dans cet ouvrage, chapitre 7, L’Église du silence.

[318] Vers 1870.

[319] Ceci étant dit, nous verrons plus tard en quel sens il faut interpréter la prophétie de Jésus sur la présence de l’Abomination au cœur même du Temple saint, en Marc 13, 14.

[320] Matthieu 21, 7.

[321] Matthieu 27, 17.

[322] Zacharie 9, 9.

[323] Voir Le temps de la fin des temps, Patrick de Laubier, Editions F.X. de Guibert.

[324] Apparition reconnue canoniquement par l’Église. Les textes cités ont une certaine autorité dont le degré est rappelé en fin d’ouvrage.

[325] Ce texte de style apocalyptique ne doit pas nécessairement être pris au sens littéral. Il peut signifier aussi une destruction spirituelle par le péché. (Paris n’est-il pas une nouvelle Babylone, mère de tous les péchés médiatique d’une génération perdue). Cela peut signifier aussi un combat physique, une lutte civile. A notre époque, on serait tenté de voir sous ces images une future crise de l’islamisme des banlieues.

[326] La terre, c’est-à-dire les habitants du péché, du mondain. Ce texte semble indiquer une conversion subite du peuple, suite à un fléau. Terrorisme? Maladie?

[327] Par exemple, Anne-Catherine Emmerich (citée à titre de simple témoignage, sans qu’il lui soit attribué d’autorité)*, vit au XIXème siècle plusieurs renouveaux cycliques de l’Église suivis de décadence. Elle vit un dernier renouveau, plus puissant : « J’ai vu la Pentecôte, à travers le monde entier. Elle m’a été montrée en divers tableaux. J’ai vu aussi les douze nouveaux apôtres et leur rapport avec l’Église. J’ai vu encore une Église spirituelle se former de beaucoup de paroisses réunies et celles-ci recevoir le Saint-Esprit. C’était un nouveau réveil de l’Église catholique. » (Vie d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1950, Tome 3, p. 144). « Je vis l’Église complètement restaurée. Au-dessus d’elle, sur une montagne, l’Agneau de Dieu entouré de vierges tenant des palmes à la main. Je vis beaucoup de personnes qui devaient souffrir le martyre pour Jésus. Il y avait encore beaucoup de méchants et une autre séparation devait plus tard avoir lieu. » (Vie d’Anne-Catherine Emmerich, Téqui, 1950, Tome I, p. 113-115).

[328] Voir aussi La prophétie des papes* de saint Malachie, citée dans le vocabulaire en fin d’ouvrage. Je ne peux l’utiliser dans le corps de cet ouvrage où seules les révélations reconnues canoniquement ont leur place. Mais le nom du pape qui suit Jean-Paul II (le travail du soleil) est intéressant: « la gloire de l’olivier». L’olivier est symbole à la fois de l’Église, d’Israël, de la paix de Dieu. A Medjugorje* (apparition de la Vierge en Yougoslavie, non encore canoniquement reconnue), la Vierge annonce un grand signe, comme un jugement dernier de l’âme, qui incitera le peuple à réfléchir gravement sur lui-même.

[329] Beaucoup de crises possibles peuvent sortir à chaque époque. Épidémies brutales, fous d’Allah nucléarisés, etc. Le monde occidental sommeille, sûr que tout est sous contrôle. C’est un colosse aux pieds d’argile qui peut être remis par Dieu face à sa faiblesse par de multiples moyens.

[330] La Vierge Marie confirme à la Salette cette prophétie, en appelant pour cette époque les apôtres des derniers temps: « J’adresse un vibrant appel à la terre: J’appelle les vrais disciples du Dieu Vivant et régnant dans les cieux. J’appelle les vrais imitateurs du Christ fait homme, le seul et vrai sauveur des hommes. J’appelle mes enfants, mes vrais dévots, ceux qui se sont donnés à moi pour que je les conduise à mon divin Fils, ceux que je porte pour ainsi dire dans mes bras, ceux qui ont vécu de mon esprit. Enfin, j’appelle les apôtres des derniers temps, les fidèles disciples de Jésus-Christ qui ont vécu dans un mépris du monde et d’eux-mêmes, dans la pauvreté et l’humilité, dans le mépris et le silence, dans l’oraison et la mortification, dans la chasteté et dans l’union avec Dieu, dans la souffrance et inconnus du monde. Il est temps qu’ils sortent et viennent éclairer la terre. Allez, montrez-vous mes enfants chéris. Je suis avec vous et en vous, pourvu que votre foi soit la lumière qui vous éclaire dans ces jours de malheurs. Que votre zèle vous rende comme les affamés pour la gloire et l’honneur de Jésus-Christ. Combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez. Car voici le temps des temps, la fin des fins. »

[331] Liberté égoïste, humanisme orgueilleux, 666.

[332] Le secret de la Salette continue: «Avant que n’arrivent les dix rois de l’Antéchrist qui gouverneront le monde, il y aura une espèce de fausse paix sur le monde. On ne pensera qu’à se divertir. Les méchants se livreront à toutes sortes de péchés. Mais les enfants de la sainte Église, les enfants de la foi, mes vrais imitateurs, grandiront dans l’amour de Dieu et dans les vertus qui me sont les plus chères.»

[333] Jean 12, 20: «Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête.»

[334] Jean 12, 23: Jésus leur répond: « Voici venue l'heure où doit être glorifié le Fils de l'homme. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul. Mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit.»

[335] Le chapitre qui suit peut paraître désespérant. En fait, il ne supprime pas l’espérance. Il montre qu’il n’y a pas d’espoir. Ces deux notions ne doivent pas être confondues. L’espoir vise une réussite terrestre. On espère, de cette manière, quand on est chrétien, que tous les hommes adhèrent à la foi dès cette terre. L’espérance, au contraire, vise une victoire éternelle. Elle n’attend que la victoire de Dieu, sachant qu’elle n’est promise dans sa plénitude que pour l’autre monde. Distinguer espoir et espérance est essentiel, sous peine de confondre le christianisme et son Royaume qui n’est pas de ce monde avec un millénarisme.

[336] Matthieu 24, 15.

[337] 2 Thessaloniciens 2, 1-12. Rappelons encore une fois, afin d’éviter le scandale de certains théologiens exigeants au plan de la précision, que ce genre de textes semble annoncer au sens premier littéral des évènements futurs. Bien que l’autorité de ces textes est la plus haute qui soit, ils doivent être utilisés avec prudence car leur sens est souvent, de par la volonté de Dieu, multiple. L’exemple de la fameuse parole de l’archange Gabriel à la Vierge Marie: « Ton fils régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n'aura pas de fin. » (Luc 1, 33) le prouve. Marie aurait pu comprendre l’annonce d’une royauté terrestre, puis éternelle. L’ange ne parlait que d’abord d’une royauté spirituelle, par la croix, puis d’une royauté totale dans la gloire éternelle. Il était aisé de se tromper.

[338] D’après l’abbé Augustin Lemann, L’Antéchrist, 1905.

[339] 1 Jean 4, 3.