Méditation spirituelle pour Pâques

 

Joseph, Christian et les autres,

ouvriers en… résurrection

 

 

U

ne nouvelle journée commençait. Joseph, jeune ouvrier, se rendait à pied à l’usine du village. Il était six heures. En chemin, il passait devant un grand crucifix se dressant au cœur du village, signe d’une ancienne mission religieuse. Souvent, il regardait le visage du Christ en croix. Peu avant de remettre l’Esprit, Jésus lève les yeux vers le Ciel, vers Son Père. Il a tout accompli de Sa Volonté. Cependant, au cœur de sa souffrance humaine, il s’est cru abandonné de Lui. Dès lors, Jésus Christ, Fils de Dieu, ne désire plus rejoindre Son Père, que pour nous rejoindre.

Au cœur de cet abandon, ce rejet de tous, cet échec apparent, va se manifester toute la puissance de Dieu, en un événement mondial et historique unique : la résurrection. La mort avait toujours été un passage vers une autre vie, les religions avant le monothéisme l’enseignaient déjà. Désormais, elle nous conduit à Quelqu’un qui nous restaure dans la plénitude d’une création parfaite pour la vie éternelle, dans un Royaume d’Amour.

Pour y parvenir, l’homme dès ici-bas peut commencer à se diviniser, non pour être Dieu, pour se redécouvrir créature de Dieu : homme de Dieu. Au 20° siècle, un scientifique et théologien, le père Pierre Teilhard de Chardin a compris cette vérité, un saint Padre Pio de Pietrelcina l’a réalisée sur terre au plus haut degré de la mystique. Chacun de nous, à son niveau personnel, y est appelé et tout acte d’amour, de don de soi, de dévouement, de souffrance offerte y contribuent à la foi pour soi-même et dans un mouvement  « sainement contagieux », pour les autres. Le véritable terrain d’action pour cette œuvre qui lentement renouvelle les hommes et la terre, c’est la suite des jours. Et chacun d’eux, est la seule réalité accessible sur laquelle nous avons entière liberté d’agir.

Joseph, remerciait le Ciel pour chaque nouvelle journée que son Seigneur lui accordait. Dans sa prière, il demandait à son Ami et divin Maître de l’accompagner durant ses heures de travail : pour l’aider à porter les lourdes charges et encore plus aux moments de fatigue, pour donner la main aux collègues en difficultés, pour répondre sans colère ou haine aux ordres et réflexions injustes, aux calomnies, aux vexations, aux humiliations. Savoir alors, ouvrir son cœur, humblement, au pardon, porter dans la prière et offrir tout cela au Seigneur et Maître de la Vie. Lui seul, pouvait lui donner sa force de paix, de tendresse, de compassion, de pardon, pour ne pas succomber aux forces du mal. Joseph en silence, sourire aux lèvres, en témoin caché s’attachait à réaliser à travers les petites choses banales du quotidien une transformation souvent lente et difficile du Mal en Bien. Lorsque des obstacles se dressaient, il se tournait vers la Vierge Marie et vers son Ange gardien, pour accueillir en son cœur les armes de la douceur et du pardon.

Dans ce combat de chaque jour, d’abord contre soi-même et les deux compagnons qui font la « paire » : orgueil-égoïsme, il essayait d’éviter deux tentations : d’une part, se « blinder », se forger une fausse carapace imperméable à tous sentiments ; d’autre part, se plaindre sans cesse, s’angoisser, se laisser saisir par des peurs qui nous font perdre toute confiance en nous-même et en notre entourage. Par l’accueil de l’Amour de Notre Seigneur, il trouvait cette voie équilibrante, donnant les armes authentiques pour cette lutte du disciple du Christ. Aimer, nos ennemis, comme le Christ nous l’a demandé, leur témoigner dans la Paix et en Vérité, ce trésor déposé en nous par l’Esprit Saint dès notre création et attesté à chaque étape de notre vie chrétienne terrestre par les sacrements, si nous sommes chrétiens.

Joseph, comme chacun de nous n’était pas capable de cet amour. C’est Amour est un don de Dieu. Mais comme un père aimant ses enfants, il ne l’impose pas. Il donne ce Regard de Tendresse et de Pardon à tous ceux et celles qui le désirent. Il le donne du haut de la Croix. Notre monde n’est-il pas un continuel Golgotha ? La terre tourne, la Croix demeure. Tant d’hommes, de femmes, d’enfants sont chaque jour sur la Croix. D’autres y sont au pied, pour prier, pour apaiser, soulager, réconforter. Combien d’autres abandonnent-ils à leur sort leurs frères et sœurs « nouveaux crucifiés », crucifiés un peu plus encore ? Nous chrétiens, et moi, où sommes-nous ? Avons-nous été saisi par le don surnaturel du Pardon du Christ ? Le Lui avons-nous demandé ? Lui ai-je suffisamment et définitivement ouvert la porte de mon cœur, où son Esprit Saint veut établir sa Demeure ? Devenir de la sorte « transparent de Dieu », pour qu’Il atteigne à travers le pauvre pécheur que je suis, d’autres âmes en quête de son Amour divin, pour devenir « pêcheurs d’hommes ».

Joseph, avait vécu que si nous accueillons le Pardon du Christ en nos cœurs, nous semons des graines de paix, d’amour, de joie, que d’autres ou nous-même récolterons un jour. Tel collègue de travail avec lequel Joseph s’était réconcilié, quelle joie, quel bonheur de pouvoir plus tard, le retrouver, lui parler. Lorsque le Pardon n’est pas encore possible, quelle tristesse. Il ressentait comme une déchirure qui lui faisait mal continuellement et le rendait malheureux. Dieu propose à tout homme de brûler ses péchés au soleil de l’Amour : cela s’appelle, la Croix.

Chaque fois que Joseph voyait une croix en ville, dans un village, à la croisée d’un chemin, sur une montagne, dans les regards de ceux qui cherchent la Vérité, de ceux qui souffrent, de ceux qui prient, de ceux qui s’aiment, qui se déchirent, qui blasphèment, où qui sont indifférents,  il était saisi par cette Espérance, qu’au-delà de nos tragédies ou héroïsmes humains, la victoire de la Vie, de l’Amour, de la Résurrection était certaine ! Notre Seigneur n’est pas ressuscité uniquement pour Lui-même, mais pour nous : « Là, où je suis, je veux que vous soyez vous aussi ». La Résurrection du Christ est l’Espérance des chrétiens. C’est aussi l’Espérance, obscure ou claire, de l’humanité entière. Quand les joies humaines paraissent trop courtes, quand nous sommes conscients du non-sens de la vie si tout est joué en moins d’un siècle, quand nous commençons à sentir les effets de la maladie, de l’isolement, du vieillissement, que la mort se profile à l’horizon et que l’ennui de vivre (cela arrive à tout âge) devient le pain quotidien, quand nous avons perdu un être cher… alors nous comprenons que rien et personne ne donne sens à la vie, si ce n’est le Christ par sa Mort-Résurrection. Moment à la fois unique de l’histoire et éternel, sans cesse redonné au cœur et au cours de l’Eucharistie.

La Résurrection du Christ est une force de Vie éternelle à jamais enfouie au cœur des hommes, au cœur du monde. Notre foi chrétienne perçoit-elle à certains moments privilégiés la présence du Christ ressuscité ? Sommes-nous assez confiants en  cette force de résurrection qui anime le monde actuel, en constatons-nous les effets visibles dans l’humble action d’hommes et de femmes porteurs d’espérance pour les plus malheureux ? Depuis vingt siècles, la résurrection du Christ intimement liée à la nôtre est l’avenir, mais aussi et surtout le présent de l’homme. Avec Christophe, nous avons côtoyé un jeune chrétien vivant dans son quotidien de labeur la Résurrection du Seigneur. Nous aurions pu en saisir le même accomplissement avec son ami handicapé Christian. Dans une lettre il lui partage sa joie d’avoir vécu la Semaine Sainte avec un groupe de jeunes chrétiens, venus de divers pays et ayant choisi d’offrir une année de leur vie pour un ressourcement spirituel.

Avant de s’endormir, Joseph lit la lettre de Christian :  «Sous le Ciel tourmenté nous quittons nos jeunes amis.  La nature gémissait à l’approche de la Passion, des plaintes douloureuses s’échappaient de nos prières, pourtant une forte lumière brillait, une forte joie brillait en nous. En ces jours écrasés de la souffrance du Christ, j’ai goûté de son amour en cet endroit retiré. Qu’il fut bon de s’égarer sur les hauteurs désolées, dans ce lieu de retrouvaille, loin de tout et si proche de la réelle totalité, loin du monde et dans l’environnement immédiat du monde divin. Heureuse visite, heureux que l’on puisse aimer autant en compagnie des âmes aimantes, joie profonde que les saintes épines saignent une moisson si prometteuse. La joie dans la voiture au retour, ça ne se raconte pas. Le partage de la journée rayonnait, les âmes flambaient de tout ce qu’elles avaient reçu. La dynamo spirituelle nous propulsait puissamment, plus vite que le moteur de la voiture… La Croix de Pâques concentre la souffrance et la transfigure de Joie ! Elle accepte les coups, les plaies, la divine incarnation déchirée et trempée de sang pour que nos oppressions cessent, nos plaies se soudent, nos existences écrasées d’injures et de souffrances se libèrent, pour que notre sang se lave au Sang de Jésus ».

 

Dans l’attente du jour béni de notre rencontre éternelle avec le Seigneur, soyons dans nos pauvretés, faiblesses et infidélités, de petits « transparents » de la Lumière divine de Pâques. Lumière du Christ mort et ressuscité, qui porte toute âme à travailler avec Lui pour la mission de pêcheur d’hommes. Mission que le Christ, hier, aujourd’hui comme demain confie à des pauvres, des faibles, des non-érudits. Cela me rappelle les paroles de saint Ephrem : « Ils partirent donc, ces pêcheurs de poissons, et ils remportèrent la victoire sur les forts, les riches et les sages. Grand miracle ! Faibles, comme ils l’étaient, ils attiraient sans violence, les forts à la doctrine ; pauvres, ils enseignaient les riches ; ignorants, ils faisaient des sages et des prudents leurs disciples. La sagesse du monde à fait place à cette sagesse qui est elle-même la sagesse des sagesses ».

 

                                                                                                                                   Jean-Louis Bru