LES FAMILLES SPIRITUELLES
Tous les êtres sont en rapport les uns avec les autres, quelle que soit
la forme sous laquelle ils nous apparaissent. Un homme a des relations avec les planètes;
un dieu en a avec telle ou telle forme de notre matière. La science d'une fraction
de ces correspondances constituait l'Occultisme antique.
La Kabbale, par exemple, énonçait l'anatomie philosophique de l'un des
dieux de la création actuelle, l'Adam Kadmon. Les rabbins croyaient que cet
être remplissait le monde, bien qu'il n'en soit effectivement que l'un des aspects.
Les Brahmes, par ailleurs, enseignaient l'embryologie de l'Univers, point de vue
encore bien plus riche en développements. Les anciens initiés jaunes, purs
intellectuels, faisaient de la mathématique cosmique, de la géométrie
psychique, de la mécanique divine.
Il n'est pas indispensable de s'être familiarisé avec les méthodes
mentales des anciens Sages. Si on a la présence d'esprit nécessaire pour
ne pas se laisser fasciner par leur éclat, quelquefois trompeur, elles constituent
une excellente gymnastique qui rend possible une légère avance.
Mais on peut très bien se contenter des notions suivantes. Les hommes appartiennent
chacun à une famille invisible à laquelle devrait correspondre la famille
visible où ils naissent. Chaque groupe est composé d'individus semblables,
c'est-à-dire pourvus des mêmes instruments de travail, parce qu'ils ont
la même tâche, ou, si vous aimez mieux, parce qu'ils sont sur la même
route. Ils partent du même endroit d'évolution et se dirigent vers le même
but temporaire. Et le premier de chaque groupe, l'aîné, entraîne les
autres.
Telle est la base de toutes les sciences divinatoires; mais vous vous rappelez quelles
sont les restrictions qu'on trouve à leur emploi.
Or, dans une famille, il se peut que l'un de ses membres prenne les devants et, si
les autres ne peuvent pas le rattraper, il rejoint un groupe plus avancé. Il
se peut aussi qu'un autre aperçoive un chemin de traverse, où ses parents
ne peuvent le suivre, et qui lui fait gagner du temps. Comme il se trouve aussi des
flâneurs. Une famille n'est donc pas fixe; et surtout elle n'est pas aujourd'hui
ce qu'elle était au moment de son premier départ.
Les routes spirituelles sont comme les routes d'ici-bas. Celles qui relient les grandes
villes, où la vie paraît large et l'argent abondant, sont bien aplanies,
bien fréquentées et contournent les obstacles du sol. Mais, que l'on veuille
en éviter les détours, ou explorer un pays inconnu, ou tenter un effort
au loin, la route devient tout de suite plus solitaire, plus rude et plus fatigante.
C'est exactement ce qui se passe dans l'Invisible. A mesure que l'on s'éloigne
des confins du monde, que l'on se rapproche de son centre, les voies deviennent de
moins en moins commodes, et les voyageurs plus rares. Tous les chemins sont tracés,
mais il en est qu'on ne parcourt qu'avec mille peines à cause des buissons,
des torrents, des fondrières, des voleurs et des fauves.
Le courage qu'il faut au voyageur pour quitter le chemin battu, c'est mystiquement
l'appel du Verbe. Chaque pas, chaque effort de cet homme hardi, il ne le fait que
par la force indicible de ce cri. Peu à peu il a abandonné le bâton,
les souliers, les vêtements qui étaient de mise sur la grande route; l'air
des pays inconnus qu'il traverse change même la qualité de son sang; les
escalades, les descentes, les traversées à la nage décuplent ses forces,
l'attente du danger aiguise ses sens, de même que le travail matériel fait
avec une intention pure donne la santé et appelle, pour l'existence suivante,
un corps vigoureux et normal. Cette lente alchimie qui transforme peu à peu
l'être tout entier, c'est la croissance du Christ intérieur. C'est ainsi,
comme nous le verrons, que celui qui fait la volonté du Ciel est le frère
cadet de Jésus, puisqu'il L'imite; il est la mère de Jésus, parce
que chaque douleur, chaque effort, chaque cellule morte au travail, chaque sacrifice
transmue un peu de Sa matérialité ténébreuse en augmentant la
Lumière centrale qui est le Verbe.