Cette force
miraculeuse qu'on nomme la Confiance naît en nous du sentiment de notre
petitesse. L'un croit en son étoile :
c'est le fataliste; l'autre a confiance en lui-même : c'est le volontaire;
et l'on rencontre quelquefois un individu original qui a confiance en Dieu :
c'est le mystique.
Ainsi, chancelant sous l'énormité du Monde, l'homme réagit
et s'élance par delà ce qui l'emprisonne, au delà de ce qui l'effraie;
et son appel frappe aux portes des cités invisibles qu'habitent les Puissances
du Mystère.
Le savant nous montre le travail de ces dieux sur le matériel; le
philosophe essaie de comprendre les pourquois de leur travail; l'artiste transpose
pour nos faibles yeux, pour nos oreilles à demi sourdes, la beauté
de leur aspect. Çà et là, des explorateurs
plus hardis soulèvent quelques-uns des voiles dont ces sphinx s'enveloppent;
mais, bientôt éblouis, les téméraires sombrent dans le brouillard
des illuminismes. Et puis, par intervalles, quelque mystique
véritable, extraordinairement humble - je veux dire extraordinairement
fort - traverse d'un coup d'aile le séjour de ces démiurges,
et se pose, par delà l'univers, sur les parvis surnaturels.
Cet explorateur, Messieurs, c'est lui que je vous invite à suivre.
Permettez-moi d'insister dès maintenant sur des vues essentielles :
il est bon de simplifier, mais il n'est pas bon d'être simpliste.
*
Contrairement a l'opinion commune, l'Au-Delà n'est pas unique. D'abord il y a un Au-Delà et un En Deçà, le
monde sensible n'est qu'un univers entre plusieurs.
Il y a même
C'est vers ce monde-là qu'il faut nous tourner; là, plus de
mirages, plus de pièges, plus d'adversaires; rien que du Réel, de
la Candeur, de la Confiance. Mais on n'y entre qu'après avoir
vaincu la Destinée intérieure, en domptant le Moi, - et
la Destinée extérieure en ne se laissant amoindrir par aucune opposition
des circonstances ou des créatures.
Dans ce monde-là seulement resplendissent la Lumière, la Certitude
et la Force. Partout ailleurs les
choses n'ont que l'apparence du Bien, ou du Vrai ou du Beau. Seul, ce monde surnaturel est digne de recevoir nos coeurs
purifiés.
Ne cherchez pas le monde occulte; demain le verra s'évanouir comme
le monde sensible. Cherchez l'Au-delà
du monde divin. Il est seul égal
à la dignité de notre âme.
*
Réciproquement, si Dieu seul ne déçoit jamais notre confiance,
à nous de la faire toute belle et toute parfaite : se sentir en confiance,
se fier, donner sa foi, pouvoir se dire : « Avec Celui-là,
je ne redoute aucune trahison; il me comprendra toujours, certainement, à
demi-mot, même sans
Celui qui veut mener à bien sa tâche sent la nécessité
d'une telle confiance très sûre; or, quelle tâche ne nous dépasse
pas, si nous la voulons parfaite ?
N'est-il pas raisonnable de se chercher le protecteur le plus ferme et
le plus puissant ? La science a permis d'admirables conquêtes,
mais Dieu n'est-Il pas le formateur des objets de la science et le donateur
de l'intelligence au savant ? La philosophie nous découvre de prestigieuses tours d'ivoire;
mais n'est-ce pas Dieu qui déposa la pensée dans les cerveaux de Platon
ou de Descartes ? L'art nous
ouvre les portes de tous nos tristes cachots, mais n'est-ce pas Dieu qui versa
l'enthousiasme, l'harmonie, la splendeur, dans l'âme du poète, du
peintre et du musicien ? Et,
si nous sentons que notre point d'appui ne peut se trouver sur la terre, où
tout se dispose à nous manquer quelque jour, ne devons-nous pas le prendre
au plus loin, au plus haut, dans l'immuable, dans l'Éternel ?
Ainsi cherchons Dieu, cherchons Sa volonté; pour ne plus craindre
l'échec, plaçons-nous là où il n'y a plus d'adversaires;
pour ne pas tomber, embrassons l'inébranlable; pour entraîner nos
frères enfin, jetons-nous sur les traces du Berger qui paît les troupeaux
des mondes aux guérets de l'Infini.
*
Voici deux hommes. L'un
est intelligent, instruit, cultivé; il entend le langage de tous les penseurs;
il goûte la beauté chez tous les artistes; son existence est brillante
peut1être; mais il n'éveille chez les autres que des sentiments superficiels;
et à peine la mort l'aura-t-elle emporté que son souvenir disparaîtra.
L'autre est fruste, obscur, ignorant; peu doué, il n'a pu
C'est qu'il possède une vie intérieure profonde, tandis que
celle du premier est toute en surface.
C'est qu'il a su constituer, entretenir et accroître le trésor
spirituel dont tout homme reçoit à sa naissance les pièces essentielles.
Les sages d'autrefois savaient et les sages d'aujourd'hui redécouvrent
que derrière l'homme sensible, pensant et conscient, se tient une autre
figure voilée vers laquelle il se tourne dans ses heures d'impuissance,
et qui lui transmet avec mesure les décrets du Destin, les secours des
anges et les certitudes éternelles.
On a nommé ce second homme, l'inconscient, le subliminal; comme
d'ordinaire, la chose dépasse l'étiquette.
Ce second homme est immense; il participe à tous les temps et à
tous les mondes; il touche aux enfers et aux paradis; pas d'étoile perdue
dont il ne reçoive la lueur; pas de dieu qu'il n'ait dévisagé;
pas de démon qu'il n'ait combattu.
Il contient des délégations de tout ce qui existe; et l'homme
conscient, son tout petit diminutif, peut obtenir de lui tous les baumes et
tous les poisons.
Replions sur nous-mêmes notre force affective; examinons-la; élaguons-en
toute végétation parasite : préjugés, petitesses, goûts
passagers, soins égoïstes. Elargissons-la,
lançons-la par dedans, vers toutes les avenues de tous les mondes; nourrissons-la
de fleurs exquises; en un mot, exposons-la sans cesse aux splendeurs qui nous
semblent être divines.
Ainsi nous ouvrirons les voies à l'autre homme inconnu qui nous
soutient. Ainsi nous serons un pur cristal à
ses rayons; nous prendrons de cet immortel la vigueur, la sérénité,
le courage. Nous ne craindrons
plus l'avenir, ni le changement; nous serons vrais, nous serons simples, et
notre Dieu sera le Dieu de la confiance et de la paix.
Cette confiance peut quelquefois naître
d'une méditation qui raisonne et qui persuade la volonté de se rendre
à l'abandon. L'espèce
de confiance que l'on obtient de la sorte n'est pas-centrale, elle cède
aux épreuves dont l'intelligence ne parvient pas à découvrir
les causes.
La confiance vivace par contre, vient seulement du coeur; elle ne raisonne
pas; elle aime; elle n'est pas volubile, mais silencieuse; elle ne gesticule
pas; elle lève seulement les yeux vers le Père, vers son Christ; elle
dit : Tu es là ! C'est
un abandon reposant, c'est une silencieuse soirée sous la lampe; les enfants
regardent des images; par intervalles, ils échangent un sourire avec leur
mère; et celle-ci à son tour pose son regard sur l'époux, exprimant
sans parole la plénitude paisible et sûre de l'amour partagé.
Mais la conservation de cette force demande des soins; elle est sujette
à des éclipses.
Il y a trois fuites possibles : la plainte, la crainte, le moindre
effort; dans les trois cas, la confiance faiblit.
Pourquoi se plaindre puisque, selon l'universel, tout ce qui arrive est
juste ? Pourquoi craindre,
puisque Dieu qui dirige tout, n'a en vue que notre bien ? Pourquoi de la paresse, puisque l'effort
seul nous grandit ? La vie
n'est pas l'immobilité, c'est la transformation. Bien loin que le royaume du Père
soit le repos, il est le mouvement absolu, le mouvement perpétuel. Si l'existence est pénible, pleine
de chocs et de blessures, c'est que les êtres ne consentent à bouger
une minute que pour se ménager une heure de farniente. Dans la vie éternelle, au contraire, tous les purs esprits
qui la peuplent s'activent sans cesse les uns pour les autres; tous sont les
collaborateurs de tous; et ces innombrables volontés toujours offertes
constituent l'harmonie plénière, immense et perpétuelle du Royaume
de la Paix. Jésus nous propose l'exemple des
lis; ils ne s'inquiètent pas de leur nourriture ni de leur vêtement;
ils vivent toutefois; si leur existence est courte, la nôtre est-elle beaucoup
plus longue au regard de celle des dieux ?
Ils répandent leur grâce et leur parfum sans parcimonie; ils
sont beaux tant qu'ils peuvent, ingénument; ils sont suaves chaque
Pourquoi ne pas leur ressembler ?
Pourquoi tant de préoccupations extérieures de convenances
artificielles, de manières inspirées par les seuls caprices de la
mode ou de l'opinion ?
Si nous croyons en Dieu, pourquoi ne pas être nous-mêmes, avec
honnêteté, avec simplicité, mais avec force ?
De quoi nous soucier, sinon de Dieu seul ? Notre Père ne regarde que notre bon
vouloir sincère; nos maladresses, Il les atténuera dans la juste mesure. Ne nous occupons plus de paraître;
soyons. Les morales, les ascétismes,
comprenons-les comme des écoles pour apprendre à être.
*
Voilà la mystique vivante.
Mais souvenez-vous qu'il y a une mystique du Ciel et une mystique de
l'Enfer. Par un certain point de son organisme,
Satan touche au surnaturel; et nous, hommes, nous touchons à l'incréé
ou bien au créé selon la noblesse de nos mobiles.
Si vous vous prêtez aux gestes de la mondanité par faiblesse,
vous rajoutez une pierre à la montagne des mensonges.
Si vous le faites par dédaigneuse condescendance, c'est à la
montagne des orgueils que vous ajoutez votre caillou. Si vous vous insurgez avec éclat contre ces misères,
votre fierté n'engendrera qu'un scandale autour de vous, et en vous de
la rancoeur. Au contraire, les
gestes que tout le monde fait par hypocrisie, par crainte, par veulerie, à
vous de les renouveler, après que l'Amour vous en aura dit la pure et noble
origine. Toute banalité actuelle fut autrefois
une beauté. Obéissons
à notre Maître : ne brisons pas le rameau froissé, n'éteignons
pas le lumignon qui fume encore.
Vous vous êtes imaginé parfois les sentiments réels de
deux personnes qui échangent un coup de chapeau sur le boulevard, ou une
poignée de mains dans un salon. Très
anciennement, ces gestes furent les signes de sentiments humains; aujourd'hui
ils n'en sont plus que les spectres.
Deux hommes qui « se découvrent »,
comme l'on dit sans songer à la profondeur expressive de cette locution,
se montrent dans la pleine clarté du jour et leurs regards se pénètrent.
Leurs visages, miroirs de la personne; leurs yeux, miroirs de l'âme. Avant que leurs lèvres aient formé une parole, les
choses essentielles sont déjà dites entre eux.
Les traits, l'ossature, le teint, le modelé, les rides, l'expression
générale, tout ceci s'est ouvert l'un à l'autre; et le premier
coup d'oeil de chacun a dit tout haut à son frère son secret suprême,
le secret qu'il n'ose pas sans doute se dire à lui-même.
Et la poignée de mains, qui devait être sympathie, franchise,
sincérité, confiance, alliance, fraternité, - qu'est-elle
devenue, ô Toi qui sus donner à Ton traître le baiser de la Paix ?
Ne devrions-nous pas faire d'abord que ces gestes de la civilité
ne soient pas des mensonges ? S'il
fallait, me répondrez-vous, ne serrer que les mains qu'on estime, on se
ferait vingt ennemis par jour. Sans
doute. Mais si, d'abord, nous ne condamnions
pas le malhonnête homme; si, ensuite, nous entretenions en nous une flamme
assez pure, est-ce que sa splendeur ne passerait pas dans nos regards, est-ce
que no mains ne transmettraient pas s vertu ? N'avez-vous jamais rencontré l'auguste visage d'un héros ?
N'avez-vous jamais rafraîchi vos yeux dans les yeux clairs d'un
saint ?
*
La confiance, c'est l'enfant qui me l'enseigne. Certain de mon invulnérabilité, car qui peut atteindre
mon âme éternelle, quel homme, quel démon, quel dieu ? j'aborderai le monde et ses merveilles,
les chefs-d'oeuvre et les laideurs, sang morgue, sans honte. Tous enfants du même Père, que
notre candeur proclame notre filiation divine à ceux qui l'ont oubliée. Je me présenterai devant le Vinci,
devant Bach, devant Corneille, devant une cathédrale, avec la certitude
d'en être recueilli et instruit.
Je me présenterai devant un patron, devant un chef, avec la même
confiance : ils sont là, non pas tant pour me faire gagner mon pain
que pour
Quiconque entretient commerce d'intimité avec les génies qui
élèvent sur le monde les flambeaux de l'intelligence ou de l'art approfondit
chaque jour l'admiration reconnaissante qui leur est due.
Il faut étudier, méditer, contempler leurs oeuvres; il faut
enrichir notre cerveau, agrandir notre coeur, gravir les cimes avec les philosophes,
franchir les abîmes avec les poètes ténébreux, s'unir aux
extases des artistes divins; il faut tout revivre ce que ces héros ont
vécu.
Mais si c'est Dieu que vous voulez joindre, si l'Éternité seule
est votre patrie, et l'Amour parfait votre unique passion (or, c'est cela l'unique
nécessaire), sachez à l'instant ensevelir toutes ces grandeurs; sur
leur tombe faites germer la rose mystique dont chacun de nous est élu à
devenir le jardinier. Tous ces grands hommes admirables n'ont
rempli leur mandat que parce qu'ils surent obéir à l'ordre sans paroles
transmis du Saint-des-Saints céleste jusqu'au Saint des Saints de leur
âme. Le labeur vénérable
des ancêtres devient aux enfants l'humus nourricier pour de plus merveilleuses
fleurs. Chaque homme d'aujourd'hui
peut être un thaumaturge dans son lieu social; et, sans le savoir, tous
nous attendons de tous leur miracle propre, leur chef1d'oeuvre personnel.
Le passé n'est que la fondation, votre édifice est l'avenir;
sa grandeur et sa magnificence dépendent de l'énergie avec laquelle,
dans chaque minute du présent, vous saisirez la force que l'Éternel
vous offre. Voilà l'unique nécessaire.
*
Nous nous étonnons que nos prières ne soient pas exaucées;
mais c'est notre faute; Dieu ne nous inviterait pas à Le prier, s'Il voulait
ne pas nous entendre. Il nous dit
de prier avec foi, et nous prions avec doute; Jésus nous dit de prier avec
confiance, et nous prions dans la crainte.
Nous
Dans cet univers de l'oraison, tout est Jésus : moi et mon
ami qui prie avec moi, c'est parce que Jésus est là; mon corps, mon
âme et mon esprit, Jésus les embrasse; mes ancêtres et mes fils,
Jésus est devant eux; l'objet de ma prière, ce doit être Jésus;
ma prière, c'est Jésus; la réponse,
Et la charité non plus, nous ne savons pas la faire; bien donner
deux sous à un pauvre, ce n'est pas si facile que cela paraît. Il n'y faut pas trop de zèle, mais une disposition intérieure
affectueuse et calme, une espèce de joie discrète et compatissante,
peu de paroles, un regard sympathique et sincère, sans suspicion. Le pauvre est un homme comme les autres,
pourvu des mêmes défauts et des mêmes qualités; on a pas
le droit d'attendre de lui un stoïcisme que nous, favorisés du sort,
ne possédons pas. Qui ne se
permet pas de petites combinaisons plus ou moins licites pour améliorer
son confortable ?
Non, il ne faut pas venir vers les humbles avec des discours moralisateurs;
en face d'eux il est bon de savoir se taire; même les moins bons approchent
le Christ de plus près que nous, puisqu'ils souffrent davantage; même
les mécréants d'entre eux et les aigris.
Si, lorsque nous les avons quittés ils ne se disent pas : « Il
y a tout de même de braves gens », c'est que notre charité
est mal faite. Il faut venir à
eux le coeur ouvert, vous dis-je, et avec une confiance double : confiance
en l'Ami commun qui nous regarde avec la même tendresse, eux et nous; confiance
en eux, confiance aux qualités profondes que la misère ensevelit,
mais qu'un peu de vraie bonté sortira de la gangue; si nous ne leur donnons
pas notre confiance, comment oseront-ils nous offrir la leur ?
Nous serons peut-être exploités; quelle importance cela a-t-il
en face de cette probabilité précieuse, qu'un jour le souvenir du
Ciel se réveille en eux ?
On répand involontairement autour de soi l'auréole de son idéal. Notre Christ est le Seigneur de la bienfaisance,
de la tendresse innocente et de la joie pacifique; si nous vivons dans cette
atmosphère, nous la rayonnerons; nous serrant contre Lui avec une confiance
très spontanée, les malheureux à leur tour viendront à nous
avec le même abandon.
Si le champ d'activité où les désillusions abondent le
plus est celui de l'apostolat, c'est souvent à cause de notre maladresse.
L'homme charitable détient avec
l'Inventeur et l'artiste pur le record des échecs. Aussi, dans ces carrières arides, est-il nécessaire
qu'un optimisme invincible, une confiance inaltérable, deviennent l'arbre
de couche de toute la machine. Au
fond, l'être d'élite sait bien qu'il ne sera pas diminué par
l'insuccès, mais il faut que cet aplomb intime se communique à toutes
ses facultés et s'établisse dans toutes ses puissances.
Il sait le monde assez peuplé de pauvres de toutes sortes pour que
les moindres épis soient glanés.
Et la première partie de l'axiome célèbre : « Rien
ne se perd, rien ne se crée » est encore plus vraie dans l'ordre
psychique que dans l'ordre chimique. De
plus le mystique sait que le : rien ne se crée est aussi faux que
le : rien ne se perd est vrai. Il
sait que Dieu « tire sans cesse de ses coffres de nouveaux trésors »,
et si l'humanité ignore cette effluence perpétuelle de l'Infini dans
le fini, que l'apparition de Jésus a inaugurée, c'est qu'elle ne veut
pas consentir à tendre les mains comme il faut les tendre pour recevoir.
En un mot, on ne peut entrer dans la phalange des vrais mystiques si
la confiance eu Dieu n'est devenue l'habitude de notre caractère et le
tissu même de nos énergies.
*
La coutume de s'interroger à fond et d'implorer le secours divin
avant d'agir entraîne le devoir de se donner entièrement à tout
ce que l'on fait. L'être qui rayonne la plus haute
qualité dynamique et la plus pure : le Saint, a pris l'habitude de
vivre devant Dieu.
Vivre dans la présence divine n'est pas une figure de rhétorique :
c'est une réalité; elle est impalpable mais beaucoup plus réelle
que ce rocher ou cette maison. Dieu
est présent partout, et nul ne peut fuir Son regard, disent les théologiens;
c'est vrai. Mais l'homme possède
la terrible faculté de se soustraire à l'efficace de cette présence
pénétrante, parce qu'il est libre et que Dieu ne veut pas, sous aucun
prétexte, lui retirer ce don insigne.
Le moindre de nos gestes spirituels est donc gros de terribles
De même que les trois personnes divines se tiennent, s'impliquent
et s'expliquent mutuellement, de même ces trois rayons de la splendeur
divine, la foi, l'espérance et la charité, forment un tout indivisible. La bonté du Père nous les offre
et nous prépare à leur visite; en nous faisant combattre le Destin,
Il nous ouvre la foi; en nous exhortant à nous fier à Sa bonté,
Il nous envoie l'espérance; et Il nous invite à la charité en
nous donnant le libre arbitre. Or, ce geste d'offrande, cet envoi, ce
don, c'est expressément le Christ.
Aucun chef spirituel ne donne comme le Christ l'impression d'être
l'Ami des hommes, l'Ami de chaque créature eu particulier.
Aucun ne parle au coeur comme Lui.
Aucun ne se penche si tendrement sur notre faiblesse. Aucun n'a su si bien rendre à notre
sensibilité l'élan ingénu de sa primitive et virginale innocence. Aucun ne s'installe en nous avec une si
souveraine douceur. Il nous donne
seul le sentiment de l'immuable, l'émotion de l'ineffable, l'allégresse
de la Paix. Seul, Il est la cause
de la confiance, le moyen de la confiance, la stabilité même de cette
confiance; et, dans ce domaine, comme dans tous les autres, Il est la plénitude
et l'accomplissement.
Messieurs, je conclurai cette méditation comme j'ai fait la précédente. Faites l'expérience. Retirez, pour quelques jours, votre confiance de la forme particulière d'Idéal ou jusqu'ici vous l'aviez placée. Faites peau neuve pour quelques jours; installez en vous un autel nouveau. Tournez-vous vers ce Christ, dont je ne sais pas vous parler comme il conviendrait; et, si vous vous remettez à Lui à force et à abandon, je vous proteste qu'II ne manquera point à Ses promesses, et qu'Il vous fera, par Sa force, plus forts que tous les ennemis et plus grands que tous les obstacles.