LETTRE CLXIX
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rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

 

 

LETTRE CLXIX. (A la fin de l'année 415.)

 

Saint Augustin énumère les ouvrages qui absorbent ses loisirs et se plaint qu'on le détourne de ses travaux par des questions nouvelles d'une moindre importance et d'un intérêt moins général; il donne à Evode le vrai sens d'un passage de saint Paul et répond à ses questions sur. la Trinité.

 

AUGUSTIN ÉVÊQUE, A ÉVODE ÉVÊQUE.

 

1. Si votre sainteté a un si grand désir de savoir ce qui m'occupe tant, et dont je ne veux pas être détourné, envoyez-moi quelqu'un qui le copie pour vous. Car j'ai déjà achevé beaucoup de choses commencées cette année même avant Pâques, aux approches du carême. J'ai ajouté deux livres aux trois livres de la Cité de Dieu, contre les adorateurs des démons, ennemis de la cité divine: dans ces cinq livres, j'en ai assez dit, je crois , contre ceux qui recommandent le culte des dieux pour être heureux dans la vie présente , et qui détestent le nom chrétien parce qu'ils supposent que nous empêchons cette félicité. Ensuite , comme nous l'avons promis dans le premier livre, nous aurons affaire à ceux qui jugent nécessaire d'adorer leurs dieux à cause de la vie future , pour laquelle nous sommes chrétiens. J'ai dicté aussi, assez au long, l'explication de trois psaumes : le LXVIIe, le LXXIe et le LXXVIIe. On nous demande impatiemment les autres; nous n'avons pu les dicter encore ni même les aborder. Je ne veux pas être détourné de ces travaux par des flots de questions jetées à la traverse ; je ne veux pas même me remettre aux livres de la Trinité, depuis longtemps entre mes mains et non encore terminés , parce qu'ils demandent trop de travail et qu'ils ne pourront être compris que d'un petit nombre ce qui presse davantage, c'est ce que nous espérons pouvoir être utile à beaucoup de gens.

2. Quand l'Apôtre a dit que « celui qui ignore sera ignoré (1), » il n'a pas voulu , ainsi que votes le croyez, condamner à ce châtiment celui qui ne peut discerner par l'intelligence l'ineffable unité des trois personnes divines comme on discerne dans l'esprit la mémoire , l'entendement, la volonté : saint Paul disait cela dans un autre sens. Lisez, et vous verrez qu'il avait en vue les choses qui édifient la foi ou les moeurs de plusieurs, et non celles qui parviennent à peine et très-faiblement à l'intelligence d'un petit nombre , dans l'humble mesure de ce qu'on peut comprendre de ces grandes vérités en cette vie. Il voulait qu'on préférât la prophétie au don des langues, que, sous prétexte de parler malgré soi avec un prétendu souffle prophétique, on ne jetât point le trouble dans les. saintes assemblées , que les femmes gardassent le silence dans l'église, et que tout se passât convenablement et dans l'ordre. « Si quelqu'un , dit-il , se croit prophète ou spirituel, qu'il reconnaisse que les choses que je vous écris sont des ordres du Seigneur. Mais si quelqu'un l'ignore, il sera ignoré. » Et l'Apôtre par là réprimait, ramenait à la paix et à l'ordre des esprits inquiets , d'autant plus enclins à la mutinerie qu'ils se croyaient favorisés des meilleurs dons de l'Esprit, tout en mettant partout le trouble par leur orgueil. « Si quelqu'un, dit-il, se croit prophète ou spirituel, qu'il reconnaisse que « les choses que je vous écris sont des ordres du Seigneur. » Si quelqu'un se croit tel , sans l'être ; car celui qui l'est n'a sûrement besoin ni d'avertissement ni d'exhortation pour connaître : il juge de tout et personne ne le juge (2). Ceux-là donc troublaient l'Église qui croyaient être dans l'Église ce qu'ils n'étaient pas. L'Apôtre leur apprend le commandement du Seigneur, « qui n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Et si quelqu'un l'ignore il sera ignoré, » c'est-à-dire réprouvé. Car Dieu , quant à la connaissance , n'ignore pas ceux à qui il doit dire un jour . « Je ne vous

 

1. I Cor. XIV, 38.

2. Ibid. II, 15.

 

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connais pas (1); » cette parole signifie leur réprobation.

3. Le Seigneur ayant dit : « Heureux ceux qui ont le coeur pur , parce qu'ils verront Dieu (2) » et cette vision étant promise pour la fin de la vie, comme la souveraine récompense, il n'est pas à craindre , si maintenant nous ne pouvons pas découvrir clairement ce que nous croyons sur la nature de Dieu, qu'il nous soit dit pour ce motif : « Celui qui ignore sera ignoré. » En effet, parce que le monde n'avait pas connu Dieu dans les oeuvres de sa sagesse , il a plu à Dieu de sauver par la folie de la prédication ceux qui croiraient. Cette folie de la prédication , ou , comme dit saint Paul, ce qui paraît folie en Dieu et qui est plus sage que les hommes (3), en attire un grand nombre au salut ; et ceux qui ne peuvent pas comprendre encore ce qu'ils croient de la nature de Dieu , ni même ceux qui ne sauraient discerner la spiritualité de leur âme d'avec la nature de leur corps , et n'en sont pas aussi certains qu'ils le sont de vivre, de penser, de vouloir, ne seront point, à cause de cela , exclus du salut qu'il accorde aux fidèles par cette folie de la prédication.

4. Si le Christ n'était mort que pour ceux qui peuvent se rendre compte de ces choses, nous travaillerions presque inutilement dans l'Eglise. Mais si, ce qui est vrai, de pauvres peuples de croyants courent au médecin afin d'être guéris par le Christ, et le Christ crucifié, pour que la grâce surabonde où le péché a abondé (4), nous voyons éclater d'une manière admirable la profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu et ses impénétrables jugements (5), et quelques-uns de ceux qui distinguent l'incorporel du corporel., se croyant grands pour cela, et se moquant de la folie de la prédication; par laquelle sont sauvés ceux qui croient, s'éloignent de la seule voie qui conduise à l'éternelle vie; tandis que beaucoup d'autres, se glorifiant dans la croix du Christ et ne s'écartant pas de cette même voie quoiqu'ils ne sachent rien de ces subtiles dissertations, parviennent à l'éternité, à la vérité, à la charité, c'est-à-dire à la félicité stable, certaine et pleine, où tout se découvre dans la plénitude du repos, de la vision et de l'amour : il ne périt pas un seul d'entre eux, pour lesquels le Christ est mort (6).

 

1. Luc, XIII, 27. — 2. Matth. V, 8. — 3. I Cor. I, 21, 25. — 4. Rom. V, 20. — 5. Ibid. XI, 33. — 6. Jean, XVII,12.

 

5. Croyons donc avec une piété ferme, en un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, sans croire que le Fils soit le Père, que le Père soit le Fils, et que celui qui est l'Esprit de l'un et de l'autre, soit le Père ou le Fils. Ecartons de cette Trinité toute idée de temps ni de lieux; mais reconnaissons que ces trois personnes sont égales et coéternelles et qu'elles sont absolument une seule nature; que les créatures n'ont pas été formées, les unes par le Père, les autres par le Fils, d'autres par le Saint-Esprit, mais que tout ce qui a été ou est créé l'a été et subsiste par la Trinité créatrice; que personne ne sera sauvé par le Père sans le Fils et le Saint-Esprit, ou par le Fils sans le Père et le Saint. Esprit, ou par le Saint-Esprit sales le Père et le Fils, mais par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Dieu unique, véritable, vraiment immortel, c'est-à-dire de toute manière immuable. L'Ecriture dit séparément beaucoup de choses de chacune des trois personnes pour laisser voir la Trinité, quoique Trinité inséparable; de même qu'on ne peut pas exprimer en même temps, avec des sons, les trois personnes malgré leur inséparabilité, de même, en certains endroits des Ecritures, elles sont désignées par des noms de choses créées : le Père par cette voix qui se fit entendre . « Vous êtes mon Fils bien-aimé (1), » le Fils par son incarnation au sein d'une vierge (2), et le Saint-Esprit par l'image sensible d'une colombe (3) : il y a distinction entre elles, mais pas du tout séparation.

6. Pour comprendre cela de quelque façon, nous nous servons de la mémoire, de l'entendement, de la volonté. Quoique nous énoncions ces trois facultés une à une et séparément, nous ne pouvons rien faire ni rien dire de l'une d'elles sans les deux autres. Il ne faut pas croire néanmoins que cette comparaison convienne de tout point à la Trinité; y a-t-il des similitudes qui soient parfaites sous tout rapport, et peut-il y avoir dans la créature que! que chose de semblable au Créateur? La première différence c'est que ces trois choses, la mémoire, l'entendement, la volonté, sont dans l'âme, mais ne sont pas l'âme; or la Trinité n'est pas en Dieu, elle est elle-même Dieu. Ici donc éclate une simplicité admirable , parce qu'ici l'être, l'intelligence ou tout autre attribut de Dieu ne font qu'une même chose; mais parce que l'âme existe, même quand elle ne comprend pas, c'est pour elle autre chose

 

1. Luc, III, 22. —  2. Ibid. II, 7. — 3. Matth. III, 16.

 

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d'être, autre chose de comprendre. Ensuite qui osera dire que le Père ne comprend pas par lui-même, mais par le Fils, comme la mémoire ne comprend pas par elle-même, mais par l'entendement, ou plutôt comme l'âme elle-même, qui est le siège de ces facultés, comprend seulement par l'entendement, ne se souvient que par la mémoire et ne veut que par la volonté? Nous employons cette comparaison afin de montrer que, comme l'énonciation spéciale de chacune de ces trois facultés différentes exige le concours de toutes les trois, car on ne prononce le nom d'aucune sans se le rappeler, le connaître et le vouloir prononcer; ainsi il n'y a pas une seule créature qui atteste le Père seul, le Fils seul, le Saint-Esprit seul, car la Sainte Trinité a produit ensemble tout ce qui existe, et ses opérations sont indivisibles; et c'est pourquoi la voix du Père, l'âme et la chair du Fils, la colombe du Saint-Esprit ont été formés par la coopération de la même Trinité.

7. Ce son de voix qui cessa aussitôt n'a pas été uni à la personne du Père, ni cette forme corporelle de la colombe à la personne du Saint-Esprit : une fois leur office rempli, ces symboles s'évanouirent, comme la nuée lumineuse qui sur la montagne couvrit le Seigneur avec les trois disciples (1), ou plutôt comme le feu qui figura l'Esprit-Saint (2). Mais parce que toutes ces choses s'accomplissaient pour délivrer la nature humaine, l'homme seul, par une merveille ineffable et unique, est resté uni à la personne du Verbe de Dieu, c'est-à-dire du Fils unique du Père: toutefois le Verbe demeure immuablement dans sa nature où il ne faut rien imaginer d'humain. On lit, il est vrai, dans l'Ecriture, que « l'esprit de la sagesse est multiple (3), » mais on dit aussi avec raison qu'il est simple. Il est multiple par tout ce qu'il renferme, mais il est simple parce qu'il n'est pas différent de ce qu'il a : c'est ainsi qu'il est dit du Fils qu'il a la vie en lui-même, et il est lui-même la vie (4). L'homme s'est uni au Verbe, mais le Verbe ne s'est point changé en homme. Ainsi le Fils de Dieu, c'est le Verbe avec (homme qu'il s'est uni; le Fils de Dieu est immuable et coéternel au Père, mais seulement en tant que Verbe, et le Fils de Dieu a été enseveli, mais seulement dans sa chair.

8. C'est pourquoi, il faut voir, dans ce qu'on

 

1. Matth. XVII, 5. — 2. Act. II, 8. — 3. Sag. VII, 22. — 4. Jean, V, 26.

 

dit du Fils de Dieu, en quel sens on le dit. Le nombre des personnes divines ne s'est point accru par l'incarnation ; mais la Trinité est demeurée la même. De même que dans tout homme, excepté celui que le Fils de Dieu s'est personnellement uni, l'âme et le corps ne font qu'une seule personne : ainsi le Verbe et l'homme ne font qu'une même personne dans le Christ. Et comme un homme, par exemple, n'est appelé philosophe qu'en raison de son âme et qu'on peut fort bien dire qu'un philosophe a été tué, qu'il est mort, qu'il a été enseveli, quoique tout cela lui arrive selon sa chair et non pas selon qu'il est philosophe; ainsi on dit du Christ qu'il est Dieu, Fils de Dieu, Seigneur de gloire, et tout ce qu'il est en tant que Verbe; et cependant on dit très-bien qu'il est un Dieu crucifié, quoique sans aucun doute il ait souffert selon la chair et non pas selon qu'il est Seigneur de gloire.

9. Ce son de voix, cette forme corporelle de la colombe, ces langues de feu descendues sur chacun des apôtres, de même que les terribles scènes du Sinaï (1) et la colonne de nuée pendant le jour et de feu pendant la nuit (2), toutes ces choses figuratives ont passé. On doit surtout prendre garde d'en conclure que la nature de Dieu, du Père, du Fils ou du Saint-Esprit, soit susceptible de changement. Ne vous mettez point en peine si parfois le signe reçoit le nom de la chose qu'il représente, comme quand il est dit que le Saint-Esprit descendit et s'arrêta sur le Sauveur sous la forme d'une colombe. C'est ainsi que la pierre était le Christ s parce qu'elle signifie le Christ.

10. Je m'étonne qu'il vous paraisse que ce son de voix par lequel il a été dit: « Vous êtes mon Fils, » ait pu se produire sans l'entremise d'une âme et par la seule volonté de Dieu, agissant sur la nature matérielle; et qu'il ne vous semble pas que la même volonté ait pu former de la même manière une forme corporelle d'un animal quelconque avec un mouvement semblable à celui d'un être vivant, sans cependant lui avoir donné un vrai souffle de vie. Si la créature corporelle obéit à Dieu sans le ministère d'une âme vivante, de façon à faire entendre des sons articulés comme en fait entendre un corps animé; pourquoi ne lui obéirait-elle pas de façon à laisser voir, par la même puissance du Créateur, sans le ministère de rien de vivant, la figure et le mouvement d'un

 

1. Exod. XIX, 18. — 2. Ibid. XIII, 2l. — 3. I Cor. X, 4.

 

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oiseau ? Ce qui arrive pour l'ouïe ne peut-il pas arriver pour la vue, puisque ces deux organes se composent de matière, ainsi que le son qui frappe l'oreille et l'objet qui se montre aux yeux, et l'articulation de la voix et les linéaments des membres et les mouvements de ce qui s'entend et de ce qui se voit, en sorte que ce qui est perceptible aux sens du corps est véritablement corps, et qu'un corps n'est rien de plus que ce qui est perçu par nos sens? Car l'âme, dans tout être vivant, n'est sentie par rien de corporel. Il n'est donc pas besoin de chercher comment a pu apparaître une figure corporelle de colombe; pas plus que nous ne cherchons comment des sons ont pu se faire entendre. Si une âme n'a pas été nécessaire pour produire ce que l'Ecriture appelle une voix et non pas quelque chose comme une voix; à plus forte raison n'était-elle point nécessaire quand la même Ecriture dit simplement Comme une colombe, expression qui signifie seulement une apparence sensible , et non une nature de colombe véritablement vivante. C'est ainsi qu'il est dit aussi: « Et soudain un bruit s'entendit du ciel comme un vent violent, et ils virent comme des langues de feu qui. se partagèrent (1). » C'était donc comme un vent et comme un feu semblables à ce que nous connaissons dans la nature ; mais ce n'était réellement ni du vent ni du feu que Dieu aurait créés pour un moment.

11. Si, en regardant plus haut et plus à fond, nous trouvons que cette nature, incapable de se mouvoir quant au temps et à l'espace, ne le peut que par cette autre nature capable de se mouvoir quant au temps sinon quant aux lieux, il s'ensuivra que toutes ces choses se sont accomplies par le ministère de quelque créature vivante comme elles le sont par les anges: ici commenceraient des questions qu'il serait trop long et qu'il n'est pas nécessaire d'examiner. Ajoutez qu'il y a des visions qui apparaissent à l'esprit comme aux sens du corps, non-seulement à ceux qui dorment ou aux frénétiques, mais parfois à des personnes sensées tout éveillées; et cela non point par le jeu trompeur des démons, mais par quelque révélation spirituelle qui a lieu sous des formes incorporelles semblables à des corps; le discernement n'en est pas aisé, à moins qu'on ne soit éclairé par le secours divin; cette appréciation n'est l'oeuvre que de l'esprit, et on la fait bien

 

1. Actes des Apôtres, II, 2.

 

plus souvent après que les visions ont passé qu'au moment où elles apparaissent.

Ces visions qui se montrent à notre esprit comme si. elles frappaient nos sens, ont-elles quelque chose de corporel ou n'en ont-elles que l'apparence? Auquel de ces deux genres appartiennent ces visions dont nous parle la sainte Ecriture ? Si elles sont corporelles, se produisent-elles par l'entremise de quelque créature vivante? Voilà ce sur quoi nous ne devons pas nous prononcer témérairement:il suffit que nous croyions sans aucun doute et que nous comprenions, n'importe de quelle manière, que la nature du Créateur, c'est-à-dire de la souveraine et ineffable Trinité, est invisible et immuable, éloignée et séparée des sens des corps mortels, incapable de tout changement, soit en mieux, soit en mal, soit en quoi que ce soit.

12. Telle est ma réponse à vos deux questions sur la Trinité et sur la colombe par laquelle le Saint-Esprit se montra non dans sa nature, mais sous une apparence significative, de même que le Fils de Dieu n'a pas été crucifié par les Juifs, en tant que Verbe « engendré avant l'aurore (1), » mais en tant qu'homme né d'une Vierge : voyez ce que j'ai pu écrire sans loisir à quelqu'un qui en a beaucoup. Je n'ai pas cru devoir toucher à toutes les questions que vous avez posées dans votre. lettre, mais seulement aux deux sur lesquelles vous voulez que je vous réponde : votre avidité ne trouvera pas que j'en aie assez dit, mais j'ai obéi à votre charité.

13. Sans compter les deux livres que j'ai ajoutés aux trois premiers de la Cité de Dieu., comme je l'ai marqué plus haut, et l'explication des trois psaumes, j'ai adressé un livre sur l'origine de l'âme au saint prêtre Jérôme (2). Je lui ai demandé comment il pouvait défendre l'opinion qu'il a dit être la sienne dans une lettre écrite à Marcellin, de religieuse mémoire, et d'après laquelle de nouvelles âmes sont. créées pour chacun de ceux qui naissent. Je lui ai demandé, dis-je, comment il pouvait défendre cette opinion, de façon à ne pas porter atteinte à la foi de l'Église, par laquelle nous croyons que tous meurent en Adam (3), et que si l'on n'est admis, par la grâce du Christ, à la délivrance qu'il confère même aux enfants dans le baptême, on tombe dans la damnation. J'ai écrit aussi au même saint prêtre Jérôme pour

 

1. Ps. CLX, 3. — 2. Ci-dessus, let. 166. — 3. I Cor. XV, 22.

 

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lui demander son sentiment sur ce passage de l'épître de saint Jacques : « Quiconque ayant

gardé toute la loi et l'ayant violée en un seul point, est coupable comme s'il l'avait violée tout entière (1). » J'ai dit sur cette question ce qu'il m'en semble; et pour ce qui est de l'origine de l'âme, c'est seulement le sentiment de Jérôme que j'ai désiré connaître. J'ai profité pour cela de l'occasion du saint et studieux jeune prêtre Orose, venu vers nous des points les plus reculés de l'Espagne, c'est-à-dire des rivages de l'Océan, poussé par l'unique désir de s'instruire dans les divines Ecritures ; je l'ai engagé à aller voir Jérôme. De plus, dans un livre qui n'est pas très-étendu, et où j'ai tâché de n'être pas court aux dépens de la clarté, j'ai répondu à des questions qui préoccupaient ce même Orose sur l'hérésie des priscillianistes et sur certaines opinions d'Origène non reçues par l'Eglise. Enfin, j'ai écrit un livre assez considérable (2) contre l'hérésie de Pélage, d'après les instances de quelques-uns de nos frères que Pélage avait entraînés dans ses opinions pernicieuses contre la grâce du Christ. Si vous voulez avoir tous ces ouvrages-là, envoyez quelqu'un qui vous les copie. Mais permettez-moi de donner tout mon temps à étudier et à dicter ce qui est nécessaire à beaucoup de monde, plutôt que de répondre de préférence à vos questions qui ne s'adressent qu'à peu de gens.

 

1. Jacq. II, 10.

2. Le livre de la Nature et de la Grâce.

 

 

 

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