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QUESTIONS SUR LES ÉVANGILES.Ces deux livres ont été traduits par MM. les abbés FRESNOIS et POGNON. Oeuvres Complètes de Saint Augustin, Traduites pour la première fois en français, sous la direction de M. Raulx, Tome Vème, Commentaires sur l'Écriture, Bar-Le-Duc, L. Guérins & Cie éditeurs, 1867. p. 318-350. TITRES DES QUESTIONS DU PREMIER LIVRE :
EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU. TITRES DES QUESTIONS DU LIVRE
DEUXIÈME : EVANGILE SELON SAINT LUC. LIVRE PREMIER. QUESTIONS SUR L'ÉVANGILE
SELON SAINT MATTHIEU. LIVRE SECOND. QUESTIONS SUR L'ÉVANGILE SELON
SAINT LUC. INTRODUCTION.Cet ouvrage n'est pas une exposition suivie de l'Evangile. Quelqu'un lisant ce livre avec moi, me consulta sur les difficultés qu'il rencontrait, choisissant les questions à son gré, et comme il en avait le temps. Aussi de nombreux passages, même des plus difficiles peut-être, ont été mis à l'écart. Mon interrogateur connaissait leur signification, et ne voulait point consumer un temps précieux sur des matières qui avaient été bien des fois discutées devant lui ou même par lui, et qui étaient solidement gravées dans sa mémoire; c'est pourquoi il s'est attaché de préférence à découvrir ce qu'il ignorait. On s'apercevra de plus que certaines choses ne sont pas présentées ici dans l'ordre suivi par le récit de l'Evangile. Ajournées faute de loi sir, remaniées quand le temps le permettait, ces questions prenaient rang à la suite des matières déjà traitées. J'appris qu'on avait recueilli et réuni en un corps d'ouvrage ces remarques dictées sans dessein suivi, et comme j'avais pu ; je craignis alors que le changement dans l'ordre des matières ne rebutât le lecteur, excité par le texte de l'Evangile à chercher dans cet écrit l'explication de quelque passage qui l'embarrasserait ; et pour faciliter les recherches dont chacun aurait besoin, j'ai marqué par des chiffres l'ordre des différentes questions. TITRES DES QUESTIONS DU PREMIER LIVRE : EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU.I. Commentaire de cette parole : « Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père. » II. Les disciples du Seigneur froissent les épis et les mangent. III. De la mèche qui fume. IV. De laveugle et du muet. V. Sur cette parole: « Mais si je chasse les démons par Béelzébuth. » VI. Sur cette parole: « Race de vipères. » VII. Sur cette parole: « Comme Jonas fut dans le ventre de la baleine trois jours et trois nuits.» VIII. Sur cette parole : « Lorsque l'Esprit immonde est sorti d'un homme. » IX. Du centuple, des soixante, et des trente. X. Sur cette parole: « Ramassez premièrement l'ivraie. XI. Du grain de sénevé qui devient le plus grand des légumes. XII. Du levain qu'une femme prend et cache dans trois mesures de farine. XIII. Du trésor caché dans un champ. XIV. Sur cette parole des Juifs: « D'où vient à celui-ci cette sagesse et cette vertu ? » XV. Jésus marche sur la mer vers ses disciples. XVI. Sur le sens de cette parole: « Toute offrande de ma part vous sera profitable.» XVII. Sur cette parole: « Tout plant que mon Père n'a point planté sera arraché. » XVIII. Du serviteur du centurion et de la fille de la Chananéenne. XIX. Que représentent les muets, les aveugles, les sourds, les boiteux, conduits à Notre-Seigneur pour être guéris? XX. Sur cette parole : « Le soir venu, vous dites: « le temps sera serein, car le ciel est rouge. » XXI. Sur cette parole: « Elie sans doute doit venir et il rétablira toutes choses. » XXII. De celui qui tombait souvent dans le feu, et quelquefois dans l'eau. XXIII. Sur cette parole: « Donc les enfants sont libres, » à l'occasion de la levée des impôts. XXIV. Sur cette parole: « Or celui qui aura scandalisé un de ces petits. » XXV. Du débiteur qui devait dix mille talents et que l'on amène à son maître. XXVI. Du riche qui n'entre pas dans le royaume de Dieu. XXVII. Jésus annonce sa passion à deux disciples en particulier. XXVIII. Jésus sortant de Jéricho rend la vue à deux aveugles. XXIX. Sur cette parole de Jésus aux disciples: « Vous direz à cette montagne: Lève-toi, et va te précipiter dans la mer. » XXX. Sur cette parole: « Et celui qui tombera sur cette pierre sera brisé. » XXXI. Du roi qui fait les noces de son fils. XXXII. Des sept frères qui eurent la même femme pour épouse. XXXIII. Sur le sens de cette parole : « Toute la loi est renfermée dans ces deux préceptes. » 319 XXXV. Sur cette parole: « Quel est le plus grand, l'or où le temple qui sanctifie l'or ? » XXXV. Sur cette parole: « Ils rejettent un moucheron et avalent un chameau. XXXVI. Sur cette parole: « Combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, comme la poule, ses poussins. » XXXVII. Sur cette parole : « Priez que votre fuite n'ait pas lieu en hiver où le jour du sabbat.» XXXVIII. Sur cette parole: « Comme la foudre part de l'Orient et arrive jusqu'à l'Occident. » XXXIX. Sur cette parole; « Apprenez une comparaison tirée du figuier.» XL. Sur cette parole dite de Judas : « Il lui eût été bon de ne pas naître. » XLI. Jésus vendu trente pièces d'argent. XLII. Sur cette parole : « Là où le corps sera, les aigles s'assembleront. » XLII. Sur cette parole : « Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne. » XLIV. Les Juifs crachent à la face de Jésus et le meurtrissent de soufflets. XLV. Du triple reniement de Pierre. XLVI. Pierre suit de loin le Seigneur allant à la Passion. XLVI. Le Seigneur prie trois fois avant d'être livré. TITRES DES QUESTIONS DU LIVRE DEUXIÈME : EVANGILE SELON SAINT LUC.I. Zacharie entend cette parole de l'âge : « Ta prière a été exaucée. » II Jésus enseigne les multitudes de dessus la barque. III. Jésus dit au lépreux guéri: « Va, montre-toi au prêtre. » IV. Du paralytique que l'on descend aux pieds de Jésus par le toit. V. Comment Joseph put-il avoir deux pères? VI. Des soixante-dix-sept générations. VII. De l'homme dont la main droite était desséchée. VIII. Sur cette parole: « On versera dans votre sein une mesure bonne, pressée, entassée et qui se répandra par dessus. » IX. Jésus dit : « Un aveugle peut-il conduire un aveugle? » X. De celui qui creuse à fond et pose la fondation sur la pierre. XI. Des enfants assis sur la place publique et criant les uns aux autres. XII. Sur cette parole: « Personne n'allume une lampe pour la cacher sous un vase, ou la mettre sous le lit. » XIII. De celui que possédait une légion de démons. XIV. Des soixante-douze disciples. XV. Sur ces paroles: « Si la lumière qui est en vous est ténèbres, combien grandes seront les ténèbres elles-mêmes! » XVI Sur cette parole : « Maintenant vous, ô Pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du bassin. » XVII. Pourquoi le Saint-Esprit est appelé le doigt de Dieu. XVIII. Du jeune des fils de l'Èpoux. XIX. De l'homme qui descendant de Jérusalem à Jéricho rencontra des voleurs. XX. Marthe reçoit Jésus dans sa maison, et là Marie s'assied aux pieds du Seigneur. XXI. De l'homme qui demande, au milieu de la nuit, trois pains à son ami. XXII. Du pain, du poisson et de l'oeuf. XXIII. Sur ces paroles: « Vous avez pris la clef de la science. » XXIV. Sur cette parole : « La vie est plus que la nourriture. » XXV. Sur cette parole: « Que vos reins soient ceints, et vos lampes ardentes. » XXVI. De la mesure de froment que le fidèle économe distribue à la famille. XXVII. Sur cette parole: « Lorsque vous verrez une nuée s'élevant du côté du couchant. » XXVIII. Sur la taille de l'homme à laquelle on ne peut rien ajouter. XXIX. Sur cette parole: « Ne vous élevez point dans des pensées de superbe. » De l'hydropique et de la femme courbée. XXX. Des invités au repas du soir. XXXI. Des dépenses pour bâtir une tour, et du roi qui a vingt-mille hommes. XXVII. Du sel affadi et de la brebis perdue . XXXVII. Des deux fils dont le plus jeune partit pour une contrée lointaine. XXXV. Sur cette parole: « Faites-vous des amis avec les richesses d'iniquité. » XXXV. Sur cette parole: « Si vous n'avez pas été fidèles dans un bien étranger. » XXXVI. Sur cette parole : « Personne ne peut servir deux maîtres. » XXXVII. Sur cette parole: « Le royaume des cieux souffre violence.» XXXVIII. Du riche à la porte duquel était couché Lazare couvert d'ulcères. XXXIX. Sur ce que les disciples dirent au Seigneur : « Augmentez la foi en nous. » XL. Des dix lépreux. XLI. De celui qui est sur son toit, et dont; les meubles sont dans la maison. XLII. De celui qui est dans un champ, et qui ne doit point retourner sur ses pas. XLIII. De la femme de Loth. XLIV. Des deux hommes couchés dans un lit, des deux femmes occupées à moudre, des deux hommes dans un champ. XLV. Du juge injuste qu'une veuve interpellait. XLVI. De l'homme noble qui s'en alla dans un pays (320) lointain prendre possession d'un royaume. XLVII. Du chameau passant par le trou d'une aiguille. XLVIII. De l'aveugle qui recouvre la vue en approchant de Jéricho. XLIX De la vie des saints, lorsqu'ils seront ressuscités. L. Sur cette parole , « Priez, de peur que vous n'entriez en tentation.» LI. Sur ce qu'il est écrit du Seigneur : « Il feignit de passer outre. » LIVRE PREMIER. QUESTIONS SUR L'ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU.PREMIÈRE QUESTION. Personne ne tonnait le Fils, si ce n'est le Père (1). L'Evangile dit : « Personne ne tonnait le Fils; si ce n'est le Père; » il n'ajoute pas : et celui à qui le Père aura voulu le révéler. Cependant, après ces paroles : « Personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, » Jésus avait ajouté : « Et celui à qui le Fils aura voulu le révéler. » Le sens de ce passage n'est pas que le Fils ne puisse être connu que par le Père seul, tandis que le Père serait connu et par le Fils et par ceux à qui le Fils l'aurait manifesté. L'Ecriture veut nous faire entendre plutôt que par le Fils nous vient la connaissance du Père et du Fils, car le Fils est lui-même la lumière de notre âme. Ainsi cette parole qui vient ensuite: « Et celui à qui le Fils aura voulu le révéler, » ne s'entend point seulement du Père mais encore du Fils : elle se rapporte à tout ce qui précède. Le Père est manifesté par sa parole, et toute parole se manifeste elle-même autant que ce qu'elle exprime. II. Epis rompus (2). Les disciples du Seigneur se mirent à arracher des épis et à les manger. » Ils les froissèrent d'abord, autrement ils nauraient pu les manger. De là cette recommandation : « Mortifiez vos membres qui sont terrestres, » c'est-à-dire : nul n'est incorporé au Christ qu'après avoir dépouillé le vêtement de la chair. De là cette parole : « Dépouillez le vieil homme (3); » et celle-ci : « Soyez circoncis, non de la circoncision qui se pratique extérieurement sur la chair (4). » III. Mèche encore fumante (5). A propos de la mèche qui fume, contentons-nous de remarquer, qu'en perdant sa lumière, elle répand l'infection. 1 Matt. XI,
27 2 Ib. XII,1. 3 Coloss. III, 5-9. 4 Ib. II, 11.
5 Matt. XII, 20. IV. De l'aveugle-muet (1). On lui présenta un homme possédé du démon, aveugle et muet, » c'est-à-dire, un homme qui ne croit point, et qui est au pouvoir de satan ; qui ne connaît ni ne confesse la foi de laquelle il est écrit : « Qu'on la confesse de bouche pour être sauvé (2), » ou qui ne rend point gloire à Dieu. V. Jésus accusé d'être le suppôt de Béelzébuth (3). Jésus dit : « Mais si » de votre propre aveu, « je chasse les démons par Béelzébuth, « donc le royaume de Dieu est venu parmi vous, » car le royaume de satan ne peut subsister, étant, comme vous le reconnaissez, divisé contre lui-même. Jésus appelle royaume de Dieu en ce monde, la puissance qui condamne les impies et les sépare des fidèles livrés en ce monde aux exercices de la pénitence. Il donne à Béelzébuth le nom de fort armé, parce que les hommes ne pouvaient secouer son joug par leurs propres forces, mais seulement par la grâce de Dieu. « Ce qu'il possède, » autrement, les infidèles. « S'il ne l'enchaîne auparavant, » c'est-à-dire, s'il ne lui enlève le pouvoir d'empêcher la volonté des fidèles de s'attacher au Christ et d'obtenir le royaume de Dieu. VI. Race de vipères (4). Jésus appelle les juifs : Race de vipères, comme il dit d'eux qu'ils sont fils du diable. On est d'autant plus fils du diable qu'on pèche davantage à l'exemple du diable. VII. Signe de Jonas (5). Comme Jonas fut dans le ventre de la baleine, trois jours et trois nuits ; ainsi le Fils de l'homme sera, trois jours et trois nuits, dans le sein de la terre. » Comptez pour une nuit et un jour, c'est-à-dire, 1 Matt. XII,
22 2 321 pour un jour entier, le soir du vendredi où le Christ fut mis au tombeau avec la nuit précédente; ajoutez la nuit et le jour du sabbat ; puis la nuit du dimanche et le commencement de ce même jour, et vous trouverez, en prenant la partie pour le tout, trois jours et trois nuits. Ainsi dans le langage commun, la durée de la grossesse est de dix mois, c'est-à-dire, de neuf mois pleins; le commencement du dixième est compté pour un mois. Ainsi encore, la Transfiguration du Seigneur eut lieu sur le Thabor «après six jours, » selon saint Matthieu (1); « après huit jours, » selon saint Luc (2). Saint Luc compte la dernière partie du premier jour où Notre-Seigneur promit cette merveille, et la première partie du dernier jour où le mystère s'accomplit, comme deux jours entiers ; par conséquent, saint Matthieu n'aurait compté que les six jours intermédiaires qui seuls étaient complets. Dans la Genèse, le jour commence avec la lumière et finit avec les ténèbres, pour figurer la chute de l'homme (3). Maintenant le jour va des ténèbres à la lumière, selon cette parole : « Dieu a fait sortir la lumière des ténèbres (4), » parce que l'homme délivré des ténèbres du péché est arrivé à la lumière de la justice. VIII. L'Esprit impur sorti d'une âme (5). Cette parole : « Lorsque l'Esprit impur est sorti d'un homme, » désigne ceux qui croiront, mais qui ne sachant point porter le joug de la continence, retourneront au siècle. « Il prend sept autres esprits plus méchants. » Cela signifie que l'homme déchu de la justice deviendra hypocrite. En effet, quand la convoitise de la chair, dont l'âme s'était dépouillée parla pénitence, en renonçant aux habitudes et aux oeuvres du péché, ne trouve plus la satisfaction de ses désirs, elle revient avec une ardeur plus vive l'âme est alors subjugée de nouveau, si après avoir expulsé l'ennemi, elle s'est abandonnée à l'oisiveté, et a négligé de faire entrer dans sa demeure purifiée le Verbe de Dieu, cet hôte divin que la saine doctrine y aurait introduit. Comme cet homme souillé par les sept vices opposés au sept vertus de l'âme, affecte en outre hypocritement d'être en possession de ces mêmes vertus, la convoitise est vraiment cet esprit mauvais qui en le rendant sept fois hypocrite, revient avec sept autres esprits plus méchants : ainsi son dernier état est pire que le précédent. 1 Mait.
XVII, 1. 2 Luc, IX, 23. 3 Gen.
I, 5. 4 I Cor. IV, 6. 5
Matt. XII, 43-45. IX. Rapporter au centuple (1). Ces paroles : « L'un rapporte cent, un autre soixante, un autre trente, » désignent : le centuple, l'état des martyrs : les martyrs, en effet, sont rassasiés de la vie, et méprisent ta mort; les soixante, l'état des vierges qui possèdent le repos de l'âme, n'ayant point à lutter contre le poids de la chair ; on sait, en effet, que les soldats et les autres fonctionnaires publics, ont droit au repos quand ils sont sexagénaires; les trente, l'état des gens mariés leur âge indique le temps du combat : les luttes les plus difficiles pour résister aux efforts des passions, voilà leur partage. . X. L'ivraie séparée du bon grain (2) . On donne le nom d'ivraie à toute herbe étrangère qui gâte les moissons. Il est dit : que l'on sépare d'abord l'ivraie . Les impies dans l'épreuve qui précédera le jugement, seront donc séparés des justes. Les bons Anges feront cette division ; car les bons peuvent très-bien, dans une bonne intention, exercer le ministère de la vengeance ainsi un roi, ainsi un juge ; mais les offices de la miséricorde ne peuvent être remplis par les méchants. XI. Le grain de sénevé (3). Le grain de sénevé, soit comme figure de la ferveur de la foi, soit à caisse de la propriété qu'il a, dit-on, d'expulser les poisons, s'élève en réalité au-dessus de tous les légumes, c'est-à-dire de tous les systèmes. J'appelle systèmes les opinions, les fantaisies de toutes les sortes. XII. Levain mystérieux (4). Dans ce passage : « Le levain qu'une femme a pris et caché dans trois mesures de farine, » la femme désigne la sagesse; le levain exprime la charité qui échauffe et l'ait fermenter. Quant aux trois mesures de farine, elles désignent, ou bien ces trois choses: le coeur, l'âme et l'esprit de l'homme, d'après cette parole : « De tout ton tueur, de toute ton âme de tout ton esprit (5) ; » ou bien les trois fruits de la parole : « le centuple, les soixante, les trente (6) » ou bien encore les trois espèces d'hommes figurés par Noé, Daniel et Job (7). XIII. Trésor caché dans un champ (8). Le trésor caché dans un champ représente les deux Testaments de la Loi renfermés dans l'Eglise. L'homme dont l'intelligence a touché à ce trésor, sent qu'il y a là une grande fortune enfouie, et il s'en va, vend tout ce qu'il possède, et achète le champ, » c'est-à-dire, sacrifie les choses 1 Matt. XIII, 13-23.
2 Ib. 25-30. 3 Ib. 31. 4 Ib. 31 . 5 Ib. XII, 37. 6 Ib. XIII,
8-23. 7 Ezéch XIV, 14 . 8 Matt,
XIII, 44. 322 ses temporelles pour s'enrichir, dans la retraite, de la connaissance de Dieu. XIV. Le fils du charpentier (1). Dans ces paroles des Juifs : «D'où viennent à celui-ci cette sagesse et ces vertus, » la sagesse a trait aux discours, les vertus aux merveilles opérées par le Sauveur. C'est en ce sens que l'Apôtre appelle le Christ, la Vertu de Dieu, et la Sagesse de Dieu (2) ;» par la vertu, il rappelle aux Juifs les miracles, par la sagesse il signale aux Grecs, c'est-à-dire aux Gentils, la doctrine de Jésus-Christ. XV. Jésus marchant sur les eaux (3). Les disciples dirent que c'était un fantôme ; ce fait a la même signification que cette parole : « Penses-tu qu'il trouvera de la foi sur la terre (4) ? » Ceux, en effet, qui auront accepté l'empire du démon, douteront de l'avènement de Jésus-Christ. Saint Pierre implorant le secours du Seigneur pour n'être point submergé, marque que l'Eglise doit être encore purifiée par quelques épreuves, après la dernière persécution. C'est aussi ce que saint Paul annonce quand il dit: « Le salut sera obtenu, mais après qu'on aura passé par le feu (5). » Ce qui est dit ensuite que tous ceux qui étaient dans la nacelle l'adorèrent en disant «Vous êtes vraiment le Fils de Dieu, » nous présage la future manifestation de la gloire du Seigneur, quand aux ombres de la foi qui nous guident maintenant auront succédé les clartés de la vision bienheureuse. XVI. Respect dû aux parents (6). Toute offrande de ma part vous sera profitable. » Voici le sens de ce passage : Tout présent que vous offrez pour moi vous appartiendra désormais. Par ces paroles, les enfants déclarent n'avoir plus besoin que leurs parents fassent pour eux des.offrandes, et qu'ils sont en âge d'en faire eux-mêmes. Les Pharisiens niaient que ce langage fût coupable dans les enfants parvenus à l'âge où ils pouvaient parler ainsi à leurs parents, et ils les autorisaient à refuser à leurs parents le respect qui leur est dû. XVIl. Plante que Dieu n'a point plantée (7). Tout plant que mon Père céleste n'a point planté, sera arraché. » Il s'agit ici de la convoitise charnelle qui portait les Pharisiens à se scandaliser, si l'on n'observait pas les présages, ou si l'on négligeait leurs traditions, tandis qu'ils n'accordaient aucune attention aux préceptes de 1 Matt.
XIII, 54. 2 I Cor. I, 24. 3 Matt. XIV, 26-33. 4 Luc, XVIII, 8.
5 I Cor. III Cor. 15. 6 Matt. XV, 5. 7 Ib. 13. la vie qui purifient l'âme de la convoitise. XVIII. Le serviteur du centurion et la fille de la Chananéenne (1). Jésus guérit le serviteur du centenier et la fille de la Chananéenne, sans aller à leur demeure- Il montre ainsi d'avance la conversion des Gentils qu'il ne visitera point, et que sa parole sauvera. C'est aux supplications des parents que cette guérison est accordée touchante image de l'Eglise, dans laquelle nous voyons tout à la fois une mère et ses enfants. L'Eglise en corps est une mère : l'Eglise dans les membres qui la composent, voilà les enfants. XIX. Malades spirituels (2). La foule présente au Seigneur des « muets: » ce sont ceux qui ne louent pas Dieu, ou qui ne confessent point la foi; « des aveugles : » des hommes soumis mais sans intelligence ; « des sourds : » ceux qui. comprennent mais n'obéissent pas; « des boiteux : » ceux qui n'accomplissent pas les préceptes. XX. Les signes du temps (3). Le soir venu vous dites : Le temps sera serein, car le ciel est rouge. » Voilà le premier avènement du Christ, dans lequel le sang versé à la Passion donne la rémission des péchés . « Et le matin : Aujourd'hui tempête, car le ciel est rouge et triste. »Voilà le second avènement que le feu précédera. «Vous savez juger de l'aspect du ciel, et vous ne pouvez connaître les signes du temps ? » Par les signes du temps Jésus-Christ; entend son avènement et sa Passion, dont la rougeur du ciel sur le soir est l'emblème, et aussi la tribulation qui précédera le second avènement, figuré par la rougeur triste du ciel au matin. XXI. Avènement d'Elie (4). « Élie sans doute doit venir et il rétablira toutes choses, » soit en relevant ceux que la persécution de lAntechrist aura ébranlés, soit en payant lui-même à la mort le tribut qu'il doit. XXII. Possédé épileptique (5). Dans ce passage : « Souvent il tombe dans le feu, quelque fois dans l'eau, » le feu représente la colère, parce qu'il s'élève en haut; l'eau, la volupté de la chair. Ainsi, les disciples demandent : « Pourquoi n'avons nous pu chasser ce démon? » Et de peur que le don des miracles ne les porte à s'élever par orgueil, ils sont avertis de guérir avec l'humilité de la foi, comme par un grain de sénevé, la superbe terrestre figurée par la montagne, qu'il faut transporter. 1 Matt. VIII, 13, XV, 28. 2 Ib. XV, 30. 3 Ib. XVI, 2, 3. 4 Ib. XVII, 11. 5 Ib. 14-18. 323 XXIII. Liberté des enfants de Dieu (1). «Donc, les enfants sont libres. » Explication : Dans tout royaume, les enfants sont libres, c'est-à-dire, exempts du, Tribut : à plus forte raison, faut-il exempter du tribut, dans tout royaume terrestre, les enfants du céleste royaume auquel sont soumis tous les royaumes de la terre. XXIV. Du scandale (2). Or, celui qui aura scandalisé un de ces petits, dit Notre-Seigneur, mieux vaudrait qu'un lui attachât une meule de moulin au cou et qu'on le précipitât dans la mer. » Les petits sont les humbles; tels Jésus voulut que fussent ses disciples on les scandalise en n'obéissant point à l'Evangile, ou bien en le combattant, ainsi que faisait Alexandre, l'ouvrier en cuivre dont parle saint Paul (3). La meule de moulin, c'est la cupidité temporelle à laquelle sont attachés tant d'hommes aveugles et insensés, et dont le poids entraîne le scandaleux à sa perte. XXV. Pardon des injures (4). « On amena un débiteur qui devait à son maître dix mille talents. Le maître ordonna qu'il fût vendu, avec sa femme, ses fils, et tout ce qu'il possédait, et que sa dette fût payée. » Ce débiteur est celui qui est redevable aux dix préceptes de la Loi. La concupiscence et les oeuvres qu'elle enfante, désignées par la femme et les fils, attirent sur le coupable le châtiment qui est comme le prix de la vente. Ce prix marque, en effet, le supplice du damné. Les paroles qui suivent : « Et il ne voulut pas avoir pitié de son compagnon et il alla le faire mettre en prison, etc, » signifient que ce méchant serviteur conserva le dessein d'infliger le supplice à son compagnon. Les autres serviteurs qui racontèrent au maître ce qui se passait, peuvent désigner l'Eglise qui délie et qui lie tour à tour le débiteur coupable. XXVI. Riche exclu du royaume de Dieu (5). Le Seigneur dit que le riche n'entrera point dans le royaume de Dieu, et les disciples demandent : « Qui donc pourra être sauvé ? » Le nombre des riches, cependant, est petit, comparé à la multitude des pauvres. Mais les disciples avaient bien compris que tous ceux qui convoitent lesbiens terrestres doivent être mis au nombre des riches dont il est question. XXVII. Passion prédite (6) . Notre-Seigneur prend à part deux disciples et leur découvre 1 Matt.
XVII, 25. 2 Ib. XVIII, 6. 3 II
Tim. IV, 14. 4 Matt. XVII,
24-31. 5 Ib. XIX, 23-25. 8 Ib.
XX, 17. sa passion future (1): il prépare ainsi pour sa parole un témoignage qui plus tard la confirmera, suivant ce qui est écrit : « Toute parole sera crue sur la déposition de deux ou trois témoins (2). » Il fallait que cette prédiction ne fût point divulguée ; il fallait qu'elle fût garantie par un témoignage humain irrécusable; il fallait donc ail moins deux témoins. Ceci peut encore signifier le mystère de la charité. La charité suppose rigoureusement deux personnes qu'elle unit. Or, la Passion est le mystère de la charité; le Christ ne devait point souffrir par nécessité, pour expier des fautes personnelles, mais par amour, afin de nous délivrer de nos péchés. XXVIII. Aveugles de Jéricho (3). Jésus sort de Jéricho : c'est ici le mystère anticipé de son éloignement de la terre par sa résurrection. Des multitudes sans nombre le suivent, les peuples et les nations croient en lui. Voici deux aveugles assis sur la route : c'est l'image des quelques fidèles du Judaïsme et de la Gentilité qui s'attachent à lui d'abord par la foi aux mystères de son humanité : l'humanité du Christ est la voie qui mène au salut; ils désirent l'illumination d'en haut; quelques rayons d'intelligence sur l'éternité du Verbe. C'est au passage de Jésus, c'est-à-dire, c'est par le mérite de la foi à l'Incarnation et à la Passion du Fils de Dieu, qu'ils s'efforcent d'obtenir l'objet de leurs voeux. Jésus, en effet, passe, pour ainsi dire, dans le mystère de sa vie mortelle; l'oeuvre qu'il accomplit est son passage dans le temps. Il faut élever la voix avec force, et dominer la résistance causée par le bruit et le tumulte de la foule; il faut prier, frapper avec insistance et persévérance; les inclinations de la chair comme une foule désordonnée assiègent l'âme qui désire contempler la lumière de l'éternelle vérité, et s'opposent à ses efforts; la société tumultueuse des hommes charnels vient empêcher les méditations de l'esprit; il faut par une très-grande vigueur morale surmonter tous ces obstacles. C'est pourquoi, Jésus entendant ceux qui viennent à lui, et qui par l'ardeur même du désir arrivent à l'objet désiré, Jésus qui a dit: « On donnera à celui qui demande; celui qui cherche trouvera; et l'on ouvrira à celui qui frappe (4), » s'arrête, il touche ces aveugles, il les éclaire. Mystère admirable ! L'apparition dans l'infirmité de la chair est temporelle ; c'est Jésus qui passe : mais 1 Rét. 1. II, Ch. XII. 2 Matt. XVIII, 16. Ib, XX, 29-34. 4 Ib. VII, 7. 324 léternité du Verbe est stable, elle renouvelle toutes choses, immuable en elle même (1); c'est Jésus qui s'arrête. Ainsi, comme la, foi au mystère de l'Incarnation dans le temps, prépare nos âmes à lintelligence des secrets de l'éternité, quand Jésus passe, les aveugles sont avertis de se disposer à recevoir la lumière; quand Jésus s'arrête, le miracle de l'illumination s'opère : ce qui est temporel passe en effet, mais ce qui est éternel demeure. XXIX. Puissance de la foi (2). Cette parole du Seigneur à ses, disciples : « Vous direz à cette montagne : Lève-toi, et va te précipiter dans la mer, » désigne l'orgueil des gens du siècle. Le serviteur de Dieu doit s'appliquer cette parole, de repousser loin de son âme, l'orgueil qui est si contraire à sa profession. On peut entendre encore que par la foi des Apôtres, et la prédication de l'Evangile, Notre-Seigneur lui-même , qui est représenté dans Isaïe comme une montagne (3), a été enlevé du milieu des Juifs et transporté parmi le peuple de la Gentilité, comme au milieu d'une grande mer. XXX. La pierre qui écrase (4). Le Seigneur dit : « Et celui qui tombera sur cette pierre sera brisé, et celui sur lequel cette pierre tombera sera broyé. » Le Christ est cette pierre : ceux qui tombent sur elle sont ceux qui le méprisent maintenant, ou qui l'injurient ; ils ne périssent pas encore sans rémission, mais ils sont brisés, et ne peuvent plus marcher droit. La pierre tombe sur ceux que le Christ, au jugement, frappe d'un châtiment sans remède : de là cette parole : « Cette pierre les broiera, et les impies seront comme la poussière que le vent dissipe de la face de la terre (5). » XXXI. Les noces royales (6). Le royaume des cieux est semblable à un roi qui lit les noces de son fils. » Ces noces sont l'Incarnation du Verbe; par cette adoption de la nature de l'homme, l'Eglise fut unie à Dieu comme une épouse. « Mes taureaux et mes volailles sont tués. » Les taureaux signifient les chefs des peuples; les volailles, tout ce qui est engraissé. « Allez aux détours des chemins, et tous ceux que vous trouverez, appelez-les au festin des noces. » Il faut entendre par ces paroles les voies des gentils et leurs égarements; ils ont quitté leurs erreurs, pour venir au banquet nuptial, c'est-à-dire, qu'ils ont cru en Jésus-Christ. 1 Sag. VII,
27. 2 Matt. XXI, 21, 3 Is. II, 2. 4 Matt. XXI, 44 . 5 Ps. I, 4. 6 Matt. XXII, 2-9. XXXII. Les sept maris (1). Les Sadducéens disent au Seigneur: « Il y avait parmi nous sept frères, le premier se maria et mourut, le second épousa sa veuve et mourut et tous les autres ensuite. » Ces sept frères représentent les hommes impies qui n'auront produit aucun fruit de justice pendant la suite des sept âges du monde, c'est-à-dire pendant la durée de cette terre. La terre enfin passe à sort tour, après que semblables aux sept maris, et comme eux stériles, ils ont passé sur elle. XXXIII. Le double précepte (2). Cette parole de Notre-Seigneur : « Dans ces deux préceptes consistent la Loi entière et les Prophètes, A signifie que ces deux commandements sont le terme et la fin de la Loi et des Prophètes. XXXIV. L'autel qui sanctifie (3). Qu'y a-t-il de plus grand, l'or, ou le, temple qui sanctifie l'or? » Et encore: « Qu'y a-t-il de plus grand, le don, ou l'autel qui sanctifie le don? », Le Temple et l'Autel c'est le Christ lui-même; l'or, le don, sont les sacrifices de louanges et les prières que nous offrons sur l'autel du Christ par la main même du Christ. Ce ne sont point ces offrandes qui le sanctifient, c'est lui-même qui sanctifie les offrandes. XXXV. Le moucheron et le chameau (4). Ces paroles du divin Maître : « Ils rejettent, le moucheron, » sont une allusion aux minuties des Pharisiens; et celles-ci: « Ils avalent le chameau, » rappellent ce reproche qui leur a été fait : « Vous négligez ce qu'il y a de plus grave dans la Loi, la miséricorde, la justice, la fidélité. » Le sens est donc celui-ci : Vous observez les plus petites choses, vous méprisez les plus grandes. On peut dire dans un sens allégorique qu'en vertu de cette criminelle disposition ils mirent Barrabbas en liberté (5), et livrèrent le Seigneur à la mort. Barrabbas était à leurs yeux fidèle observateur du sabbat dont ils entendaient la sanctification dans un sens grossier et tout matériel ; mais le Seigneur insistait sur la sanctification spirituelle par la pratique de la miséricorde, de la justice, de la fidélité, vertus qu'ils foulaient aux pieds. Il n'est pas déraisonnable de trouver dans la comparaison du moucheron un emblème du séditieux, coupable de meurtre; le moucheron tourmente par son bourdonnement, et il est avide de sang. Le chameau qui abaisse docilement sa taille élevée pour se charger des 1 Matt. XXII. 25. 2 Ib. 40. 3 Ib. XXIII, 17-19.
4 Ib. 23, 24. 5 Ib. XXVII, 30. 325 fardeaux, est le type assez expressif des abaissements du Seigneur. XXXVI. Dévouement maternel (1). Jésus s'adressant à Jérusalem s'écrie: « Combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes et tu n'a pas voulu. » Rien de plus extraordinaire que la tendresse de la poule envers ses poussins elle éprouve toutes leurs souffrances, elle en est comme accablée elle-même, et chose plus rare dans les autres animaux, lorsque l'oiseau de proie menace ses petits, elle les couvre de ses ailes et combat le ravisseur. C'est ainsi que la Sagesse de Dieu, notre mère, s'est rendue infirme pour ainsi dire en prenant notre chair, couvrant de sa protection notre infirmité: «Ce qui est infirme pour Dieu, dit l'Apôtre, est plus fort que les hommes (2). » Elle résiste au démon, et ne permet pas qui; nous soyons victimes de sa rapacité. Comme l'amour rend la poule courageuse pour la défense des siens contre le terrible oiseau de proie: ainsi la sagesse divine triomphe par sa puissance des efforts du démon. XXXVII. Ne pas fuir en hiver ni le jour du sabbat (3). Priez, dit Notre-Seigneur, que votre fuite n'ait point lieu en hiver, où le jour du sabbat, » c'est-à-dire que vous ne soyez point retenus par quelque obstacle. Pendant l'hiver, on est retenu par les pluies ou le froid : le jour du sabbat, il était défendu d'entreprendre aucun voyage. Autre interprétation: Priez que ce dernier des jours ne vous surprenne ni dans la tristesse ni dans la joie des choses temporelles. XXXVIII. La foudre et l'Église (4). Comme la foudre part de l'Orient et parait à l'Occident; « ainsi l'avènement du Fils de l'homme. » L'Orient et l'Occident désignent ici l'univers entier où l'Église devait un jour se répandre, commençant par Jérusalem la prédication de l'Évangile (5). C'est dans le même sens que Jésus dit : « Vous verrez dorénavant le Fils de l'homme venir sur les nuées (6). » L'Église , même dans son état présent, est comparée très justement à la foudre qui brille et qui éclate principalement du sein des nues. Son autorité étant donc clairement et manifestement établie sur le monde entier, Jésus avertit les disciples, tous les fidèles, quiconque voudra croire en lui, de s'éloigner des assemblées hérétiques et schismatiques. Tous les schismes et les hérésies demeurent isolés et 1 Matt XXIII, 37. 2
I Cor. I, 25. 3 Matt. XXIV, 20. 4 Ib. 23-27. 5
Luc, XXIV, 47. 6 Matt. XXVI, 64. circonscrits dans certaines contrées, ou bien ils forment dans les ténèbres des associations clandestines, séduisant les hommes par l'appât de la curiosité. C'est pourquoi Jésus ajoutant. «Si quelqu'un, vous dit: Le Christ et ici, ou il est là, » marque ainsi le caractère de l'erreur bornée à certains lieux, et dans ces paroles : « il est dans le lieu le plus retiré de la maison, ou dans le désert, » il signale les réunions secrètes et ténébreuses des hérétiques. Ainsi l'oracle dans lequel son avènement est annoncé comme devant se faire sentir de l'Orient à l'Occident, est la condamnation de toutes les sectes qui, bornées à certaines régions, prétendent que le Christ demeure au milieu d'elles. Cette parole : « Comme la foudre, »condamne également ceux qui s'assemblent en secret, comme dans l'ombre, et réunissent quelques rares adeptes comme dans un désert: la foudre exprime l'éclatante manifestation de l'Eglise ; elle signifie de plus la nuit du siècle présent ou ses tempêtes ; car c'est alors que la foudre brille avec plus d'éclat. XXXIX. Le figuier et le genre humain (1).-Dans ces paroles de Notre-Seigneur: « Apprenez une comparaison tirée du figuier, »le figuier est le symbole du genre humain, à cause de l'aiguillon de la chair. Ces mots : «Lorsque ses branches sont encore tendres, » désignent les enfants des hommes qui vont produire des fruits spirituels par la toi en Jésus-Christ et dans lesquels on voit briller avec éclat l'honneur de l'adoption divine. XL. Il eût été bon pour Judas de ne point naître (2). Quel est le sens de cette parole du Seigneur sur Judas: « Il eût été bon pour lui qu'il ne fût point né? » Le Seigneur parle-t-il, selon le langage ordinaire, de la vie naturelle? Car une chose ne peut-être bonne que pour celui qui jouit de l'existence . Si l'on soutient qu'il y a une vie antérieure à la vie présente, ce ne sera pas seulement pour Judas mais pour tout homme qu'il sera vrai de dire qu'il était bon de ne point naître. Ou bien Jésus dit-il qu'il eût été bon pour Judas de ne pas naître au diable pour pécher? Ou bien enfin, de ne point naître à la vie du Christ par la grâce de la vocation, afin de ne point devenir apostat ? XLI. Les trente pièces d'argent (3). Le Seigneur est vendu trente pièces d'argent : Judas est ici le type de l'iniquité des Juifs. L'amour grossier des biens terrestres leur fit rejeter le Messie. 1 Matt. XXIV, 32. 2 Ib. XXVI, 24. 3 Ib. 15. 326 Ces biens qui sont du domaine des cinq sens, sont figurés par le nombre cinq. Le crime fut accompli au sixième âge du monde. Trente pièces d'argent, six fois cinq deniers, prix de la vente du Seigneur, voilà donc dans la main des Juifs la marque expressive de leur forfait. C'est pourquoi le . Prophète se plaint en ces termes de la grande iniquité de cet âge: « Jusques à quand; ô enfants des hommes, vos coeurs sont-ils appesantis? Pourquoi préférez-vous la vanité, et recherchez-vous le mensonge (1)? » Le péché fût-il digne d'excuse dans les cinq premiers âges, au moins le sixième âge venu, le Christ annonçant la vérité, la rendant visible, ne fallait-il pas la comprendre? C'est au sixième jour de la création que l'homme fut fait à l'image de Dieu (2). Mais non, ils ne voulurent point comprendre ; c'est pourquoi ils sont marqués du sceau du prince du siècle, inscrit sur la monnaie des trente deniers, et ils sont privés de la possession du Christ par qui la lumière de votre visage, ô mon Dieu, a été imprimée en nous (3). » De plus, comme la Loi du Seigneur est appelée un argent (4), et que cette Loi, par eux conservée, ils l'ont comprise d'une manière charnelle, en perdant le Christ, ils ont retenu l'image de la principauté terrestre, que l'argent de la monnaie représente. XLII. Les aigles autour du corps (5). Le Seigneur dit . « Où sera le corps, là s'assembleront les aigles. » C'est au ciel que le Seigneur a élevé de cette terre dans sa personne le corps qu'il avait dans son incarnation. Si l'expression désigne un corps mort, c'est que le Seigneur était sur le point de mourir quand il parlait ainsi : « Là s'assembleront les aigles. » Les aigles sont les hommes spirituels qui se nourrissent de son corps pour ainsi dire, en imitant les souffrances et les abaissements du Maître. Quand il a pris un corps, c'est nous en effet qu'il avait en vue dans ses abaissements et ses souffrances. XLIII. Le fruit de la vigne transformé (6). Le Seigneur dit à ses disciples, au temps de sa passion : « Je ne boirai point désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour dans lequel je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. » Entendons que le premier fruit symbolise ce qui est ancien, puisque le second est appelé un fruit nouveau. Le Seigneur avait pris d'Adam, qui est appelé le vieil homme, un corps qu'il devait livrer à la mort dans sa passion ; 1 Ps. IV, 7.
2 Gen. I, 26. 3 Ps. IV,
7. 4 Ps. XI, 7. 5 Matt. XXIV, 28.
6 Ib. XXVI, 29. de là le mystère du vin, symbole de son sang. Quant au fruit nouveau de la vigne, que faut-il entendre par là, sinon l'immortalité des corps renouvelés par la résurrection ? Jésus dit : « Je boirai avec vous; » la résurrection qui doit revêtir les corps d'immortalité est promise aux disciples eux-mêmes: non qu'elle doive s'opérer, dans le même temps que celle du Seigneur; tel n'est point le sens de ces mots: « avec vous; » mais parce qu'elle est un renouvellement semblable. C'est ainsi que l'Apôtre dit que nous sommes ressuscités avec Jésus-Christ (1), rendant présentes déjà par l'espérance les joies futures de l'éternité. Le fruit de la vigne dont le Seigneur dit qu'il n'en boira plus, est le même dont il dit ensuite qu'il le boira nouveau. Cela signifie que la résurrection renouvellera dans la gloire les mêmes corps soumis maintenant, dans l'état du vieil homme terrestre, à la nécessité de mourir. Si l'on entend par ce fruit ancien de la vigne dont le Seigneur a bu le calice dans sa passion, les Juifs eux-mêmes ; il faudra reconnaître également dans le fruit nouveau la vie nouvelle de ce même peuple et son incorporation au Christ, quand la plénitude des Gentils étant entrée, tout Israël obtiendra le salut (2). XLIV. Crachats et soufflets (3). Cette parole : Ils lui crachèrent au visage, » s'applique à ceux qui repoussent la présence de la grâce de Jésus. Ce divin Maître est souffleté pour ceux qui lui préfèrent les honneurs : les mains sacrilèges qui le frappent au visage sont les aveugles infidèles qui nient sa venue; ils repoussent sa présence, ils le bannissent. XLV. Reniement de saint Pierre (4). Pierre n'étant point affermi dans la foi, renia son Dieu trois fois. Ce triple reniement parait désigner les erreurs perverses des hérétiques. Les erreurs des hérétiques touchant la personne du Christ se partagent en effet en trois catégories : elles attaquent ou sa divinité, ou son humanité, ou f union des deux natures en lui. XLVI. Pierre ou l'Eglise suivant de loin le Sauveur (5) . « Pierre suivait de loin » le Seigneur allant à sa passion. C'est l'image de l'Eglise qui doit suivre son Maître, c'est-à-dire imiter sa passion; mais il y a cette grande différence: l'Eglise souffre pour elle-même, Jésus souffre pour l'Eglise. XLVII. Triple tentation et triple prières (6). 1 327 De même qu'il y a une triple tentation de concupiscence, il y a une triple tentation de crainte. A la concupiscence qui consiste dans la curiosité, correspond la crainte de la mort : celle-là est une avidité de connaître ; celle-ci est une appréhension de perdre la connaissance. A la concupiscence des honneurs et des louanges est opposée la crainte du déshonneur et des opprobres. A la concupiscence du plaisir, est opposée la crainte de la douleur. Il n'est donc point déraisonnable de penser, qu'en vue de la triple épreuve de la passion le Seigneur a prié trois fois que le calice fût éloigné, » de manière toutefois que la volonté du Père fût accomplie de préférence. LIVRE SECOND. QUESTIONS SUR L'ÉVANGILE SELON SAINT LUC.QUESTION PREMIÈRE. « Ta prière a été exaucée (1). » Zacharie priant pour le peuple entend un Ange lui dire : « Ta prière a été exaucée : voilà qu'Élisabeth ton épouse concevra, « et enfantera un fils ; et tu appelleras ce fils du nom de Jean. n Zacharie offrait le sacrifice pour les péchés, le salut et la rédemption du peuple : puisque le peuple attendait qu'il eût achevé l'oblation. Or il n'est pas vraisemblable qu'il aurait interrompu la prière publique pour demander à Dieu des enfants, lui vieillard dont l'épouse était fort âgée. On ne demande pas d'ailleurs ce qu'on n'espère aucunement obtenir, et Zacharie avait tellement perdu toute espérance d'avoir jamais des enfants, qu'il ne crut point à la promesse de l'ange lui annonçant un fils. Cette parole: « Ta prière a été exaucée, » se rapporte donc à la prière qu'il faisait pour le peuple. Comme le salut, la rédemption du peuple et l'abolition des péchés devaient s'accomplir par le Christ; on annonça à Zacharie la naissance d'un Fils dont la destinée serait d'être le Précurseur du Christ. Zacharie ne crut point à la parole de l'Ange et l'Ange ajouta : « Et voilà que tu seras muet jusqu'à ce que ces choses s'accomplissent dans leur temps. » Ceci est la figure de l'état des prophéties qui furent comme muettes jusqu'à la venue de Jean ; ne pouvant alors être comprises. Ce ne fut qu'après leur accomplissement en Notre-Seigneur que leur sens fut découvert. II. Jésus enseignant sur la barque (2). » Jésus enseigne du milieu d'une barque les multitudes : c'est une figure du temps présent, où 1 Luc, I, 13-20. 2 Ib. V, 3-11. ce même Jésus enseigne les nations par l'autorité de l'Église. « Montant dans une barque qui était à Pierre, il prie celui-ci de s'éloigner un peu de terre. » Cela peut signifier qu'il faut user de discrétion en prêchant à la foule, qu'il ne faut ni la porter aux choses de la terre, ni l'en éloigner entièrement pour la jeter dans les profondeurs des mystères, dans lesquelles son intelligence ne puisse pénétrer. Cela peut signifier aussi que la prédication du salut doit se faire entendre d'abord aux Gentils des contrées voisines, et ce qui est dit ensuite à Pierre : « Avance en pleine mer, et jette tes filets pour la pêche, » désigne les nations plus éloignées qui reçurent plus tard la bonne nouvelle, selon cet oracle d'Isaïe : « Levez l'étendard au milieu des nations, vers celles qui sont près, et vers celles qui sont éloignées (1). » Les filets qui se rompent à cause de l'abondance des poissons, les barques remplies et sur le point d'être submergées, représentent la multitude des hommes charnels qui entreront un jour dans l'Église, multitude immense, même après la rupture de l'unité, et l'expulsion des hérétiques et des schismatiques. C'est pourquoi l'Eglise humiliée d'une si grande perte de la foi et des bonnes murs, semble dire à Jésus. « Éloignez-vous de moi car je suis un homme pécheur. » Remplie de cette foule que tyrannisent les désirs de la chair, presque submergée par le débordement des vices, elle repousse en quelque sorte, la direction des 'hommes spirituels qui sont la vive expression du Christ. Ce n'est point à la vérité par des paroles que les hommes déréglés supplient de s'éloigner d'eux les dignes ministres 1 Is. LXII, 10; LVII, 19. 328 de Dieu; mais leur vie et leurs oeuvres font entendre une voix qui les pressé de s'éloigner, et de fuir la direction de ce peuple, tette voix est d'autant plus puissante que fon prodigue des honneurs à ceux que l'on repousse par une conduite criminelle. Pierre tombant aux pieds du Seigneur nous représente ces hommages, et quand il dit: « Retirez-vous de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur, » c'est la figure de cette vie de licence. Jésus ne fait point ce que Pierre demande; il ne se retire pas, mais faisant avancer les barques il amène les disciples au rivage. Cette conduite nous apprend que les hommes justes et spirituels ne doivent point se laisser aller à l'abattement à la vue des péchés des peuples, ni renoncer au ministère ecclésiastique pour mener une vie plus sûre et plus tranquille. « Les barques étant à bord, » Pierre, Jacques, et Jean, « quittant tout, le suivirent. » On peut voir ici la figure de ce qui arrivera à la fin des siècles, quand ceux qui s'attacheront à Jésus-Christ se retireront entièrement de la mer de ce monde. III. Va, montre-toi au prêtre (1). » Le Seigneur dit au lépreux qu'il a guéri : « Va, montre-toi au prêtre, et fais ton offrande pour ta guérison, comme Moïse l'a ordonné, afin que cela leur serve de témoignage. n Ces paroles paraissent une approbation du sacrifice mosaïque, rejeté néanmoins par l'Eglise. Mais il faut comprendre que lorsque Jésus donna cet ordre, le sacrifice du saint des saints, c'est-à-dire le sacrifice de son corps n'avait pas encore commencé. Le Seigneur n'avait point encore offert son holocauste dans sa passion. Quand ce sacrifice fut établi parmi les peuples conquis à la foi, le Temple même, où les anciens sacrifices étaient offerts, fut renversé. Ce fut l'accomplissement de la prophétie de Daniel (2). Mais ces sacrifices figuratifs ne devaient point être abolis jusqu'à ce que le sacrifice dont ils étaient la figure, fût établi et confirmé par le témoignage de la prédication des Apôtres, et la foi des peuples convertis. IV. Paralytique descendu par la toiture (3). Dans ce paralytique on peut voir la figure d'une âme paralysée, c'est-à-dire impuissante pour opérer le bien. Elle cherche le Christ, la volonté du Verbe de Dieu; mais la foule lui fait obstacle : il faut qu'elle découvre le toit, les mystères cachés des Ecritures, afin de parvenir ainsi 1 Luc, V, 14.
2 Dan, IX, 2,7. 3 Luc, V,18-25. à la connaissance du Christ: en d'autres terme sil faut que par une foi pieuse elle descende jusqu'aux abaissements de Jésus. Ceux qui déposent le paralytique représentent les docteurs qui enseignent le bien dans l'Eglise. Lé paralytique est déposé sur son lit aux pieds du Seigneur, afin que nous entendions, que l'homme encore vivant ici-bas dans la chair doit connaître le Christ. Le paralytique après sa guérison reçoit l'ordre d'emporter son lit et d'aller dans sa maison. La rémission des péchés, voilà la guérison de l'âme qui recouvre ses forces et ranime ses espérances; cette âme ne devra plus à l'avenir se reposer comme sur un lit d'infirmité dans les joies de la chair, mais réprimer toutes ses convoitises déréglées, et tendre vers le repos mystérieux de son coeur. V. Comment Joseph put-il avoir deux pères (1). Cette question n'est point absurde. Saint Matthieu dit que Joseph fut engendré par Jacob (2), et saint Luc dit qu'il est fils d'Héli. On ne peut résoudre cette difficulté en disant que le même personnage portait deux noms, comme c'était l'usage quelquefois chez les Gentils et chez les Juifs. La série des autres générations est une réfutation péremptoire de ce genre de solution. Car comment expliquer pourquoi les noms de l'aïeul, du bisaïeul, du trisaïeul, et des autres ancêtres sont différents dans les deux Evangélistes ? Comment expliquer la différence dans le nombre des générations? Saint Luc en compte quarante-trois, remontant de Notre-Seigneur à David. Saint Matthieu, descendant de David à Notre-Seigneur, en compte vingt-sept ou vingt-huit; et, pour une raison mystérieuse, le nom qui termine la série des générations qui viennent aboutir à la captivité de Babylone, se trouve répété comme le premier de celles qui commencent au retour de la captivité. La question de savoir en quel sens Joseph put avoir deux pères, n'est donc pas résolue. Je vois trois hypothèses parmi lesquelles il peut s'en trouver une qui se rapporte à la pensée de l'Evangéliste. Ou bien Joseph eut un père adoptif outre son père selon la nature;-ou bien en vertu de la coutume d'après laquelle chez les Juifs lorsqu'un homme était mort sans enfants, son plue proche parent épousait sa veuve et faisait remonter au défunt tous les droits de la paternité à l'égard du fils issu de ce mariage (3); Joseph appartenait à un autre qu'à celui dont il avait reçu la vie, et 1 Luc, III, 23. 2 Matt. I, 16. 3 Deut. XXV, 5, 6. 329 reconnaissait ainsi véritablement une double paternité ; ou bien l'un des Évangélistes a désigné le père qui donna le jour, et l'autre a désigné un aïeul maternel, ou quelqu'un des ancêtres dont Joseph, à cause des liens de parenté, pouvait être appelé le Fils, sans aucune invraisemblance. Dans cette hypothèse la généalogie de saint Luc jusqu'à David serait différente de la généalogie de saint Matthieu. La seconde de ces explications parait moins solide, car lorsqu'un homme chez les Juifs avait eu un enfant de la veuve de son frère ou d'un proche parent, le nom de l'époux défunt était donné à cet enfant (1). La difficulté sera donc résolue par l'hypothèse de l'adoption, ou bien en admettant que l'une des généalogies suppute les ancêtres collatéraux, ou d'une toute autre manière qui échappe à notre pensée. Mais quelle folie et quelle extrémité d'accuser un Evangéliste de mensonge, au lieu de chercher une explication à cette différence dans le nom des ancêtres dit Christ? Ce serait une témérité déjà, de prétendre qu'il n'y ait que deux solutions possibles. Une seule pourtant suffit pour faire évanouir toute difficulté,. VI. Des soixante-dix-sept générations (2). On peut demander quelle est la signification de ce nombre de soixante-dix-sept générations marqué dans la généalogie de saint Luc. Notre-Seigneur mentionne le même nombre quand il est interrogé par Pierre touchant la remise des offenses que l'on a reçues du prochain. Il répond qu'il faut pardonner, non pas seulement sept fois, mais soixante-dix sept fois (3). » On croit avec raison que par l'expression de ce nombre il ordonne la remise de toutes les offenses; d'autant plus que c'est dans la soixante-dix-septième génération, au témoignage de l'Evangéliste, que lui-même, par qui tous les péchés ont été remis, a daigné venir aux hommes sous la forme humaine. Comme on connaît par saint Matthieu l'autre ligne généalogique (4), c'est avec beaucoup de convenance et d'à propos que saint Luc, remontant du baptême du Seigneur à l'origine des choses, compte soixante-dix-sept ancêtres. Ce dénombrement mystérieux, cette énumération ascendante exprime notre retour, mire ascension vers Dieu avec qui nous sommes réconciliés, après l'abolition du péché. Figurée parle nombre soixante-dix-sept, la rémission universelle des péchés s'accomplit dans le baptême. Rét. l. II, ch. XII. 2 Luc, III, 23-38. 3 Matt. XVIII, 22. 4 Ib. I, 17. Dans le baptême du Seigneur, sans doute, le Seigneur ne reçoit pas lui-même la rémission des péchés ; mais son baptême et le nombre de soixante-dix-sept générations expriment comme une marque sacrée, un sceau inviolable, le pardon de toutes les iniquités accordé aux hommes eux-mêmes par la miséricorde et la puissance divines. Ce n'est point vainement et sans raison que le Seigneur est venu pour anéantir tous les péchés à la soixante-dix-septième génération: ce nombre renferme quelque signification mystérieuse exprimant l'universalité des péchés. Cette signification résulte du rapport du nombre onze et du nombre sept. Ces deux nombres multipliés l'un par l'autre produisent le nombre mystérieux soixante-dix-sept : onze fois sept ou sept fois onze font soixante-dix-sept.Le nombre onze est la transgression de la dizaine. La dizaine marque la perfection de la béatitude, c'est pour cela que les ouvriers de la vigne reçoivent tous pour récompense un denier (1); ce qui a lieu lorsque la créature dont le nombre est sept se trouve réunie au Créateur qui est Trinité. La transgression de la dizaine signifie donc manifestement le péché par lequel on perd l'intégrité et la perfection en convoitant par orgueil quelque chose au-delà. Ce nombre onze est répété sept fois, afin d'exprimer que la transgression est le fruit du mouvement de l'action humaine . Voici comment : le nombre trois désigne la partie immatérielle de l'homme ; il nous est ordonné d'aimer Dieu de tout notre cur, de toute notre âme et de tout notre esprit (2) : le nombre quatre désigne le corps ; ce nombre est écrit de mille manières dans la nature corporelle . L'homme étant composé d'un corps et d'une âme unis ensemble, il n'est donc point absurde de le désigner parle nombre sept. Quant au mouvement, à l'action, les nombres ne l'expriment pas quand on calcule en disant : un, deux, trois, quatre, etc, mais quand on, dit: une fois, deux. fois, trois fois, quatre fois, etc. C'est pourquoi ce n'est point l'addition des nombres sept et onze, mais la multiplication de onze par sept qui marque la transgression accomplie par l'action de l'homme pécheur. Le péché consiste à sortir des bornes de la perfection parle désir d'acquérir quelque chose de plus. Aussi le prophète aurait pu dire à l'âme pécheresse: Tu espérais en te séparant de moi obtenir 1 Matt. XX,
2-10. 2 Deut. VI, 5; Matt. XXII,
37. 330 davantage ? Ce vice de la superbe enfante tous les péchés en foule. Mais la rémission en est garantie quand nous sommes avertis qu'il faut pardonner soixante-dix-sept fois (1). » Jésus veut nous faire comprendre qu'il n'est aucun péché dont l'Eglise représentée ici par Pierre, n'accorde le pardon au coupable qui se repent et implore sa grâce. VII. Main droite desséché (2). Sur cette parole de Notre-Seigneur aux Juifs, à propos d'un homme dont la main droite était desséché : « Je vous ferai cette question : Est-il permis le jour du sabbat de faire bien ou mal, de sauver une âme où de la perdre ? » on demande pourquoi lorsqu'il s'agit d'une guérison corporelle, parler de « sauver une âme ou de la perdre ? » On répond : ou bien Jésus opérait les miracles dont il est question pour inspirer la foi qui est. la source du salut pour l'âme, ou bien la guérison même de la main droite symbolisait la guérison spirituelle: la main droite desséchée est une image expressive d'une âne qui a cessé d'opérer les bonnes oeuvres ; ou bien l'âme désigne ici l'homme tout entier, comme quand on dit : il y avait là tant d'âmes. VIII. Mesure bonne, pressée, entassée et comble (3). Donnez et on vous donnera : on versera dans votre sein une mesure bonne, pressée, « entassée, et qui se répandra pardessus. » Cette parole du Seigneur peut être entendue dans le même sens que cette autre qu'il a dite ailleurs Afin qu'ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels (4). « Ces mots : « Donnez et on vous donnera » paraissent exprimer un commandement qui s'adresse au peuple. C'est dans le même sens que l'Apôtre dit : « Que celui qui est catéchisé par la parole, fasse part de tous ses biens à celui qui le catéchise (5). » Jésus disant : « Ils verseront dans votre sein, » ne veut pas exprimer autre chose en effet, sinon que ses disciples mériteront de recevoir la céleste récompense par les mérites des pauvres auxquels ils auront donné en son nom, ne fût-ce qu'un verre d'eau froide (6). IX. Jésus dit: « Un aveugle peut-il conduire un aveugle (7)? » Quand Notre-Seigneur dit Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tombent-ils pas tous deux dans la fosse ? » peut-être ajoute-t-il ces mots afin que le peuple ne compte point recevoir des Lévites auxquels 1 Matt. XVIII, 22. 2 Luc, VI, 9. 3 Ib. VI, 38. 4 Ib. XVI, 9. 5 Gal.VI, 6. 6 Matt. X, 42. 7 Luc, VI, 39. il paie les dîmes, cette mesure dont il a été dit Ils verseront dans votre sein » etc. Comme ces Lévites n'acceptaient point l'Evangile, il les appelle des aveugles, insinuant ainsi que c'était de ses disciples que le peuple devait désormais attendre ,cette récompense. Pour montrer que ceux-ci seront ses imitateurs, il ajoute: « Le disciple n'est pas au-dessus du Maître. » X. Bâtir sur la pierre (1). Le Seigneur dit : « Quiconque vient à moi, et écoute mes discours, et les exécute, je vous montrerai à qui il est semblable. Il est semblable à un homme bâtissant une maison,lequel a creusé profondément, et posé le fondement sur la pierre. » Creuser, c'est ôter de son coeur par l'humilité chrétienne tout amour des choses terrestres, ne se proposer comme prix du service de Dieu aucun avantage temporel. Creuser profondément jusqu'au roc, c'est s'attacher au Christ sans intérêt, le servir gratuitement, c'est ne chercher la récompense du culte rendu à Dieu ni dans les superfluités de la vie présente, ni même dans les choses indispensables qu'un homme juste peut avoir et conserver légitimement ; car elles sont terrestres, temporelles. XI. Enfants assis sur la place publique et criant les uns aux autres (2). Par la comparaison des enfants assis sur la place publique et qui crient les uns aux autres, Jésus répond en sens inverse aux questions qui lui ont été faites. Ces paroles : « Nous avons chanté des airs lugubres et vous n'avez pas pleuré, » sont une allusion à Jean-Baptiste, dont l'abstinence relativement au boire et au manger figurait le deuil de la pénitence. Celles-ci au contraire : « Nous avons joué de la flûte et vous n'avez pas dansé, » se rapportent à Jésus lui-même, qui mangeant et buvant comme le reste des hommes, représentait ainsi la joie du royaume. Les Pharisiens ne voulurent ni s'humilier avec Jean, ni se réjouir avec le Christ ; disant le premier possédé du démon, le second homme de bonne chère, adonné au vin, ami des publicains et des pécheurs. Jésus ajoute : « Et la sagesse fut justifiée par tous ses fils. » Cela veut dire : Les enfants de la sagesse comprennent que la justice ne consiste ni dans l'abstinence, ni dans le manger, mais dans l'égalité d'âme qui supporte la disette et qui sait dans l'abondance user de modération et ne point se laisser corrompre, pratiquant 1 Luc, VI, 47-48. 2 Ib. VII, 32-35. 331 quant à propos tantôt l'abstinence, tantôt l'usage des aliments, l'usage n'étant point répréhensible, mais seulement le désir déréglé. La nature des aliments que l'on emploie pour subvenir aux besoins de l'existence est en effet chose de nulle importance ; il suffit à cet égard de se conformer aux habitudes des personnes avec lesquelles on est appelé à vivre. La quantité de nourriture est également assez indifférente. Il y a des personnes dont la faim est promptement apaisée, et qui, pour le peu de nourriture qui leur est nécessaire, soupirent avec une ardeur, une impatience tout à fait ignominieuse. D'autres au contraire, à qui une plus grande quantité d'aliments est indispensable, supportent mieux la privation, et lors même que le repas est servi, savent attendre si les bienséances ou la nécessité l'exigent, regardant d'un oeil tranquille, et s'abstenant. Non ce n'est point la qualité ni la quantité des mets dont on use qui a quelque chose d'important ; ces choses dépendent de la condition des personnes, de leur dispositions, des besoins du tempérament. Ce qui est important, c'est de supporter les privations, lorsque la nécessité, ou des circonstances non moins impérieuses le commandent, avec facilité et le coeur joyeux, et d'accomplir avec une générosité chrétienne ce que dit l'Apôtre : « Je sais avoir besoin, et je sais être dans l'abondance, car j'ai été instruit à faire profit de tout. « Je sais être rassasié, satisfait, et souffrir la faim, avoir le superflu et endurer l'indigence ; je puis tout en Celui qui me fortifie (1) ; » et ailleurs:. « Si nous avons la nourriture, nous ne commettrons point d'excès; si elle nous fait défaut, nous n'en serons point en peine (2) ; » et encore : « Car le royaume de Dieu n'est point le manger et le boire, mais la justice et la paix et la joie ; non la joie des festins grossiers dans lesquels les hommes ont coutume de mettre leur plaisir, mais la joie dans le Saint-Esprit (3). » C'est ainsi que la sagesse est justifiée par tous ses enfants. Tous comprennent que la diversité des circonstances détermine l'usage ou l'abstention des choses terrestres, mais que la disposition à supporter leur privation, et à désirer les jouissances de l'éternité, est indépendante des temps et doit subsister invariable et permanente. XII. Lampe sous le boisseau (4). Le Seigneur dit: « Or il n'est personne qui, allumant une 1 Philip II,
12, 13. 2 I Cor. VIII, 8. 3 lampe , la couvre d'un vase, ou la mette sous le lit; mais on la met sur le chandelier afin que ceux qui entrent voient la lumière. » Celui qui par la crainte des inconvénients temporels cache la parole de Dieu, préfère par la même les soins de la chair à la manifestation de la vérité; il cache la parole sous le voile de la chair, en craignant de l'annoncer. C'est la chair que désigne, dans l'intention du Sauveur, ce vase ou ce lit sous lequel on cache la lumière, quand on dissimule lâchement la vérité. XIII. De celui que possédait une légion de démons (1). L'homme possédé par une légion de démons, qui l'eut délivré par Jésus dans le pays des Géraséniens, figurait les Gentils, esclaves d'une multitude de démons. Il était sans vêtement, c'est-à-dire qu'il n'avait point la foi et les autres vertus. Il ne demeurait point dans sa maison : sa conscience n'était point en repos. Il habitait dans les tombeaux; les tombeaux figurent les oeuvres de mort, c'est-à-dire les péchés dans lesquels il se plaisait. Les entraves et les chaînes de fer dont il était garrotté, sont les lois rigoureuses et pesantes des gentils, les lois répressives du mal dans les républiques idolâtres. Il brisait ses liens, et le démon le poussait dans le désert ; c'est-à-dire, au sens figuré, qu'il violait même ces lois de la cité terrestre, précipité par la passion dans des crimes d'une rare énormité. Les pourceaux paissant sur les montagnes, et dans lesquels il fut permis aux démons d'entrer, sont l'image des hommes impurs et orgueilleux que les démons tiennent sous leur domination par le règne de l'idolâtrie. Ces animaux se précipitent dans un étang; cela signifie que l'Eglise étant purifiée aujourd'hui et le peuple gentil délivré de la servitude du démon, c'est dans les lieux secrets et retirés que les malheureux esclaves d'une superstition aveugle et ténébreuse accomplissent leurs rites sacrilèges, après avoir refusé de croire en Jésus-Christ. Les gardiens des pourceaux prenant la fuite et publiant ce qui vient d'arriver, sont la figure de certains princes des nations idolâtres, qui, frappés d'admiration et d'étonnement, publient la puissance et les merveilles de la loi chrétienne, en fuyant le joug qu'elle impose. Les Géraséniens sortent pour voir l'événement; ils trouvent aux pieds de Jésus l'énergumène qui avait repris ses vêtements et qui était sain d'esprit; à la vue de ce miracle ils sont saisis d'une grande 1 Luc, VIII, 26-39. 332 crainte, et prient Jésus de s'éloigner d'eux. Ceci désigne la multitude livrée aux goûts dépravés du vieil homme : elle honore la loi de Jésus-Christ, refusant d'en supporter les rigueurs, quelle déclare au dessus de ses forces, remplie d'admiration toutefois pour le peuple fidèle guéri des habitudes mauvaises de sa vie perdue d'autrefois. Le possédé après sa délivrance désire demeurer avec Jésus-Christ, mais le Sauveur lui dit : « Retourne dans ta maison, et publie les choses étonnantes que le Seigneur a faites pour toi. » On peut voir très-justement le sens du mystère caché ici, dans ces paroles de l'Apôtre. « Etre dissous, et aller à Jésus-Christ, voilà ce qui est le meilleur de beaucoup; mais il faut à cause de vous demeurer dans la chair (1) : » après la rémission des péchés il faut rentrer en soi-même dans la paix d'une bonne conscience et se dévouer au service de l'Évangile pour le salut de ses frères, afin de reposer plus tard avec Jésus-Christ, et il ne faut pas négliger, en désirant d'être réuni prématurément au Seigneur, le ministère de la prédication établi pour le salut du prochain. XIV. Des soixante-douze disciples (2). Comme l'univers est entièrement parcouru et éclairé par le soleil en vingt-quatre heures, ainsi le mystère de l'illumination du monde par l'Évangile de la Trinité est figuré dans les soixante-douze disciples. Vingt-quatre répété trois fois forme le nombre soixante-douze. Jésus envoie les disciples deux à deux, c'est le mystère de la charité, soit parce que le précepte de la charité est double, soit parce que la charité suppose rigoureusement, comme tout amour, deux personnes au moins qu'elle unit. XV. Lumière et ténèbres (3). Si la lumière qui est en vous est ténèbres, combien grandes seront les ténèbres elles-mêmes (4). » Par la lumière Jésus désigne la pureté d'intention de notre âme dans ce que nous faisons ; par les ténèbres il désigne nos actions elles-mêmes, soit parce que l'intention qui les inspire n'est point aperçue du dehors, soit parce que leurs conséquences nous sont inconnues à nous-mêmes. Nous agissons en vue du bien à l'égard de nos frères; nous ignorons quel sera le résultat. Trop souvent les hommes abusent de nos bienfaits et trouvent un poison dans les choses mêmes qu'un amour compatissant et sympathique nous avait suggérées en leur faveur. 1 Philip. I,
23. 2 Luc, X, 1 . 3 Ib. XI,
35. 4 Matt. VI, 23. XVI. Reproches aux Pharisiens (1). « Maintenant vous, ô Pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du bassin » Ces reproches et ceux que le Sauveur adressera encore aux pharisiens et aux docteurs de la Loi, donnent l'explication de cette parole dite plus haut : « Il avait affermi sa face pour aller à Jérusalem (2), » pour leur reprocher ouvertement leurs vices et leurs crimes, et mettre à nu l'effroyable vérité. XVII. Pourquoi le Saint-Esprit est-il appelé le doigt de Dieu (3) ? L'Esprit-Saint est appelé le doigt de Dieu, parce qu'il est le distributeur des grâces, donnant à chacun soit des hommes ou des Anges une mesure déterminée. Les doigts de la main dans l'homme sont le symbole le plus expressif de la distribution des faveurs. XVIII. Du jeûne des fils de l'Époux (4). On jeûne ou dans la tribulation ou dans la joie dans la tribulation pour obtenir de Dieu le pardon de ses péchés ; dans la joie, quand on goûte d'autant moins les satisfactions de la chair, qu'on est plus abondamment nourri des douceurs de la grâce. Aussi, quand on demande au Sauveur pourquoi ses disciples ne jeûnent point, il comprend dans sa réponse l'une et l'autre espèce de jeûne. Au jeûne qui a lieu dans la tribulation se rapporte ce qu'il dit : que les fils de l'Époux jeûneront lorsque l'Époux leur aura été enlevé, car alors ils seront dans la désolation, la tristesse et les larmes, jusqu'à ce que les joies consolatrices leur soient données par l'Esprit,Saint. Qu'ils reçoivent ce don; qu'ils se sentent renouvelés dans la vie spirituelle, alors sera venu pour eux le moment de célébrer le jeûne qui s'accomplit dans la joie. Tant qu'ils n'ont point reçu cette faveur, le Seigneur les compare à des vêtements usés, auxquels il ne convient pas de coudre un lambeau d'étoffe neuve ; ce lambeau figure toute portion mutilée de la doctrine, qui embrasse la tempérance dans la vie nouvelle. Que cette adjonction se fasse et nous voyons la doctrine elle-même en quelque sorte inutilée. Pourquoi cette partie spéciale de la doctrine concernant le jeûne des aliments ? N'est-ce pas l'appliquer mal à propos, quand la doctrine elle-même prescrit le jeûne général, c'est-à-dire non-seulement la mortification dans la nourriture, mais encore la répression de tout attrait pour les joies terrestres ? Le précepte de l'abstinence des 1 Luc, XI, 39. 2
Ib. IX, 51. 3 Ib. XI, 20. 4 Ib. V, 33-38. 333 aliments est donc comme un lambeau doctrinal, Jésus ne veut point que l'on en fasse part à des hommes livrés encore aux vieilles coutumes : il y aurait là comme une mutilation, un défaut d'harmonie d'ailleurs avec des visages atteints de caducité. Il compare encore ses disciples à des outres veilles qui se rompront au lieu de contenir le vin nouveau, c'est-à-dire les préceptes spirituels. Ils étaient devenus des outres neuves quand après l'Ascension du Seigneur ils étaient renouvelés dans la prière et l'espérance par le désir de la consolation d'en haut. Alors ils reçurent l'Esprit-Saint dont ils furent remplis, et comme ils parlaient les langues des diverses nations qui étaient présentes, on dit qu'ils étaient enivrés (1). XIX. Le bon samaritain (2). « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. » On voit ici Adam lui-même avec le genre humain. Jérusalem est cette cité céleste de la paix, de la béatitude, de laquelle l'homme est déchu; Jéricho qui signifie Lune, représente notre mortalité, laquelle naît, croît, vieillit et disparaît. Les voleurs sont le diable et ses anges qui « dépouillèrent » l'homme de l'immortalité « et qui l'ayant couvert de plaies » en l'induisant au péché, le laissèrent demi-mort. » L'homme en effet par le côté de lui-même qui peut saisir et connaître Dieu, est vivant; mais en tant que le péché lui ôte sa force et l'accable, il est mort; c'est pourquoi on le dit laissé demi-mort. Le prêtre et le lévite qui l'ayant vu passent outre, désignent le sacerdoce et le ministère du vieux Testament qui ne pouvaient servir au salut. C'est Notre-Seigneur lui-même qui est figuré par le Samaritain; le Samaritain veut dire: le gardien. Le bandage des plaies marque la répression des péchés; l'huile, la consolation de l'espérance bienheureuse, fruit de l'indulgence accordée pour la réconciliation de la paix; le vin l'exhortation à la pratique fervente des oeuvres de l'esprit. Le cheval du samaritain est l'emblème de la chair dans laquelle le Seigneur a daigné venir à nous. Etre mis sur ce cheval, c'est croire à l'incarnation du Christ. L'hôtellerie est l'Eglise où trouvent la réparation de leurs forces les voyageurs retournant de la terre étrangère à l'éternelle patrie. Le jour suivant marque le temps qui suit la résurrection du Seigneur. 1 Act. II, 1-13. 2 Luc, X, 30-37 Les deux deniers sont ou bien les deux préceptes de la charité qui fut comme enseignée aux Apôtres par l'Esprit-Saint afin qu'ils annonçassent aux autres l'Evangile, ou bien la promesse de la vie présente et celle de la vie future. C'est en effet conformément à cette double promesse qu'il est dit: « Il recevra dans ce siècle sept fois autant, et dans le siècle futur il obtiendra la vie éternelle (1). » Le Maître d'hôtel c'est donc l'Apôtre. Ce qu'il donne par surcroît désigne soit le conseil de la virginité proclamé par lui : « Touchant les vierges je n'ai point de précepte du Seigneur, mais je donne un conseil (2); soit le travail des mains auquel il se livrait pour ne rendre. onéreuse la promulgation de l'Evangile à aucun des infirmes de l'Eglise lorsqu'il pouvait vivre de l'Evangile (3). XX. Marthe et Marie (4). « Marthe le reçut dans sa maison. » Marthe est la figure de l'Eglise d'ici-bas recevant le Seigneur dans son coeur. « Marie sa soeur, qui était assise aux pieds du Maître écoutant sa parole, » représente cette même Eglise dans le siècle futur, où le travail et le service de tous les besoins ayant cessé, elle jouira pleinement de la seule sagesse. Marthe est donc occupée d'un nombreux service ; l'Eglise maintenant est appliquée de même à des oeuvres multipliées. Marthe se plaignant que sa soeur ne lui vient pas en aide, donne lieu à une sentence du Seigneur, qui montre l'Eglise inquiète et troublée ici-bas de beaucoup de choses, lorsqu'une seule est nécessaire, parvenir au terme et à la récompense des travaux du ministère. Jésus dit que Marie a choisi la meilleure part qui ne lui sera point ôtée. Cette part est reconnue la meilleure, et parce qu'elle est le terme des travaux et des services, et parce qu'elle ne sera point ôtée. La part du ministère quoique bonne, sera ôtée, quand les besoins auxquels elle pourvoit auront disparu. XXI. Les trois pains demandés au milieu de la nuit (5). Cet ami auquel on vient demander au milieu de la nuit trois pains à emprunter, est évidemment une figure. de ce qui arrive quand l'homme plongé au milieu des tribulations demande à Dieu, comme adoucissement aux peines de la vie présente, l'intelligence de la Trinité. Mais la comparaison est du petit au grand. En effet, si l'ami se lève de son lit, et donne, non pas mû par l'amitié, mais lassé 1 Matt. XIX,
29. 2 I Cor. VII, 35. 3 II Thess. III, 8, 9.
4 Luc, X, 38-42. 5 Ib. XI, 5-8. 334 d'une prière importune, combien plus Dieu donnera-t-il, lui qui accorde, très-libéralement et sans répugnance, ce qu'on lui demande; lui qui veut être prié uniquement pour que ceux qui réclament ses dons soient mis en état de les recevoir. Les trois pains marquent l'unité de substance dans la Trinité. Par cet ami arrivant de voyage, auquel son ami, qui demande à emprunter, n'a rien, dit-il, à présenter, il faut entendre les appétits de l'homme, lesquels doivent obéir à la raison. Ces appétits étaient esclaves de la vie temporelle que l'on nomme un voyage, parce que tout y est passager. Quand l'homme se convertit à Dieu, ils reprennent un un autre cours; mais si les consolations intérieures, si les joies, fruit de la doctrine spirituelle qui donne connaissance de la Trinité du Créateur, viennent à manquer, l'homme se trouve en de grandes angoisses: privé des joies extérieures dont il lui est ordonné de s'abstenir, privé de la manne intérieure, des joies causées par' la doctrine du salut, une tristesse mortelle l'accable. Cet état d'angoisse, voilà la nuit pendant laquelle il est contraint de solliciter avec de très-vives instances, pour obtenir trois pains. Une voix sortie de l'intérieur de la maison lui répond que la porte est fermée, et que les enfants prennent leur repos ; ceci figure le temps où la faim de la parole se fera sentir; lorsque l'intelligence en sera fermée et que les distributeurs de ce pain de la sagesse évangélique, l'ayant répandu dans tout l'univers, les enfants du Père de famille goûteront avec le Seigneur les douceurs cachées du repos. Toutefois celui qui désire l'intelligence l'obtient, par la prière, du Seigneur lui-même, bien qu'il n'y ait point d'homme pour lui enseigner la sagesse. XXII. Le pain, le poisson et l'oeuf (1). Au pain, Jésus oppose la pierre ; au poisson, leserpent; à l'uf, le scorpion. Le pain désigne la charité: elle est le bien le plus désirable; elle est tellement nécessaire que sans elle tout le reste n'est rien, de même que sans pain une table est indigente. A la charité est opposée la dureté du coeur que Jésus compare à la pierre. Le poisson figure la foi des choses invisibles, soit par allusion aux eaux du baptême, soit parce que le poisson est pêché dans des profondeurs invisibles ; la foi d'ailleurs immobile au milieu des flots de ce monde qui l'assaillent de toute part, est très-bien 1 Luc, XI, 12. représentée par le poisson. A la foi Jésus oppose le serpent, parce que le serpent infecta le premier homme de son venin perfide, en le portant au mal par ses mensonges. L'oeuf marque l'espérance; car l'oeuf n'est point un être parvenu au terme de la génération, mais donne l'espérance que la fécondation l'animera. Le scorpion est mis ici en opposition ; c'est par derrière que le scorpion blesse de son dard empoisonné : ainsi l'opposé de l'espérance est de regarder en arrière, car l'espérance se porte en avant, vers les biens futurs. XXIII. La clef de la science (1). Jésus dit aux scribes, c'est-à-dire aux docteurs des Juifs: « Vous avez pris la clef de la science et vous n'êtes point entrés et vous avez empêché ceux qui entraient. » Les Scribes ne voulaient point reconnaître dans l'Ecriture divine l'humilité du Christ, ni permettre aux autres de la reconnaître. XXIV. La vie est plus que la nourriture (2). Le Seigneur dit à ses disciples: « La vie est plus que la nourriture. » Donc celui qui vous a donné un plus grand bien, assurément ne vous refusera pas un bien moindre. XXV. Les reins ceints et les lampes allumées (3). Le Seigneur dit : « Que vos reins soient ceints, » par la modération dans l'amour des choses du siècle ; « les lampes ardentes » marquent la fin légitime à laquelle cette modération elle-même doit être rapportée par une intention pure. XXVI. De la mesure de froment (4). Le Seigneur dit à Pierre : « Quel est le dispensateur fidèle et prudent que son maître établira sur ses serviteurs pour distribuer à chacun dans le temps la mesure de froment » qui lui est destinée? La mesure indique la proportion à la capacité de chacun des auditeurs. XXVII. La nuée s'élevant du côté de l'Occident (5). Cette nuée dont Notre-Seigneur dit : « Lorsque vous verrez une nuée s'élevant du côté du couchant, » figure son corps sortant glorieux du tombeau. De ce moment en effet la pluie de la parole évangélique arrosa toutes les plages de la terre. « Le vent du midi faisant sentir son souffle » avant les chaleurs, désigne les tribulation plus légères qui précéderont le jugement. XXVIII. Impossible d'ajouter à sa taille (6). Jésus dit: « Si vous ne pouvez pas ce qu'il y a de moindre» parlant de l'augmentation de la 1 Luc, XI, 52. 2
Ib. XII, 23. 3 Ib. XII. 35. 4
Ib. 42. 5 Ib. 63, 64. 6 Ib. 26. 335 taille de l'homme; c'est en effet ce qu'il y a de moindre pour Dieu, que le travail de la nature corporelle. XXIX. Contre l'orgueil (1). Jésus ayant dit à ses disciples qu'il ne faut point être dans l'inquiétude au suret des aliments, ajouta : « Ne vous élevez point dans des pensées d'orgueil, » C'est qu'en effet l'homme recherche d'abord ces sortes de biens afin de pourvoir à la nécessité; mais quand ensuite il les a en abondance, il commence à e n concevoir de l'orgueil, semblable à un blessé, qui se vanterait d'avoir beaucoup de remèdes à la maison, comme s'il ne serait pas meilleur pour lui d'être sans blessure, et de n'avoir besoin d'aucun remède. De l'hydropique et de la femme courbée (2). Notre-Seigneur compare très-justement l'hydropique à un animal tombé dans un puits, une telle maladie provenant de l'excès des humeurs: de même, parlant de cette femme courbée depuis dix-huit ans et qu'il avait délivrée, il la compare à un animal qu'on délie pour le mener à l'abreuvoir. Dans l'hydropique nous voyons la fidèle représentation du riche avare. Plus les humeurs déréglées abondent dans l'hydropique, plus il est consumé par la soif: de même plus les richesses dont on fait mauvais usage affluent, plus ces désirs de la cupidité s'allument chez l'avare. La femme courbée par la maladie, impuissante à se redresser, est le type de l'âme que les pensées terrestres ont affaiblie et abaissée, et qui ne peut plus s'occuper des choses divines. XXX. Des invités au repas du soir (3). Les invités que l'on amène de la ville au souper désignent ceux de la nation juive qui ont cru au Christ; c'est-à-dire ces infirmes qui sentant le poids de leurs péchés n'ont point eu l'orgueil de cette apparente justice, dont le mensonge éloignait de la grâce du salut les maîtres d'Israël. Les autres invités que le maître du festin fait chercher le long des haies et sur les chemins tant qu'il reste des places à sa table, sont la figure des gentils dispersés sur tous les chemins par la division des sectes, meurtris et embarrassés par les épines de leurs péchés. XXXI. Bâtir une tour, et se préparer à la guerre (4). Les dépenses pour la contraction d'une tour représentent les forces qu'il faut déployer pour devenir disciple de Jésus-Christ, et 1 Luc, 39. 2 Ib. XIV, 3, 5; XIII, 11-16. 3 Ib. XIV, 21-23. 4 Ib. 28-34. les dix mille hommes menés au combat par celui qui s'avance contre un roi qui en a vingt mille, figurent la simplicité du chrétien devant combattre contre la duplicité du démon, c'est-à-dire contre ses ruses et ses tromperies; simplicité que Jésus fait consister dans le renoncement intérieur à tout ce que l'on possède. Voici en effet la conclusion qui suit: « Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tout ce qui lui appartient, ne peut être mon disciple.» Dans cet universel renoncement, il faut aussi comprendre la vie du corps dont la possession doit nous paraître tellement temporaire et provisoire que la menace d'en être dépouillé ne puisse faire sacrifier la vie de l'éternité. De même que Jésus nous détourne de laisser la tour inachevée, rappelant les insultes de ceux qui diront : « Cet homme a commencé à bâtir et n'a pu terminer; » de même dans l'exemple du roi contre lequel il faut combattre il condamne la paix quand il dit: « Il lui envoie une ambassade lorsqu'il est encore loin pour lui faire des propositions de paix, » faisant voir par là que les assauts des démons font succomber les hommes qui ne renoncent pas à tout ce qu'il possèdent, et que ces hommes font la paix avec le diable, se livrant à ses suggestions pour commettre le péché. Ainsi bâtir une tour, combattre contre le roi ennemi, c'est être disciple de Jésus-Christ: posséder les ressources pour achever la tour, disposer de dix mille hommes de troupes contre les vingt mille de l'ennemi, c'est renoncer à tout ce que l'on possède. XXXII. Le sel affadi et la brebis perdue (1). Le set affadi désigne l'apostat; la brebis perdue, tous les pécheurs qui se réconcilient avec Dieu par la pénitence. Le pasteur porte sur ses épaules la brebis retrouvée, parce que c'est en s'abaissant que Jésus releva ces pécheurs. Les brebis laissées dans le désert sont au nombre de quatre-vingt-dix-neuf, parce qu'elles figurent les superbes qui se font comme une solitude dans leur coeur en voulant être seuls remarqués: l'unité leur manque, pour qu'ils soient parfaits. Quiconque en effet s'arrache à l'unité véritable, le fait par orgueil : car, dès que l'on aspire à l'indépendance on se détache de l'unité qui est Dieu même. C'est pourquoi les quatre-vingt-dix-neuf brebis et les neuf drachmes sont mises pour figurer ceux qui présumant d'eux-mêmes 1 Luc, XIV, 34, 35; XV, 4-10. 336 se préfèrent aux pécheurs retournant au salut. L'unité manque au nombre neuf pour compléter la dizaine, et au nombre quatre-vingt-dix-neuf pour former la centaine, et ainsi de suite pour toute la série des nombres, à neuf-cent quatre-vingt-dix-neuf pour atteindre le mille, à neuf mille neuf-cent-quatre-vingt-dix-neuf pour la dizaine de mille. On peut en multipliant ou en divisant varier indéfiniment les nombres auxquels la perfection fait défaut par l'absence de l'unité. Celle-ci au contraire, immuable en elle-même, venant à s'ajouter, imprime le sceau de la perfection. C'est à l'unité que le Sauveur ramène les pécheurs convertis par la pénitence fruit de l'humilité. XXXIII. L'enfant prodigue (1). Cet homme qui a deux fils, c'est Dieu, père de deux peuples qui sont comme les deux branches de la race humaine, le peuple des hommes demeurés fidèles au culte d'un sent Dieu, et le peuple des idolâtres, qui abandonnèrent le Seigneur. Mais il faut remonter à l'origine de la création de l'homme pour approfondir cette histoire. Le fils aîné est le type de la fidélité au culte du vrai Dieu. Le plus jeune part pour une contrée lointaine. Il a demandé à son père la portion d'héritage qui lui revient. Telle est l'âme que la jouissance de son pouvoir a séduite. Son patrimoine, c'est-à-dire la vie, l'intelligence, la mémoire, la sublimité et la promptitude du génie, tous ces dons de la munificence divine sont plis à sa disposition par le libre arbitre; c'est pourquoi. « le père distribua son bien à ses enfants. » Le plus jeune partit pour un pays lointain. Il abusa des dons naturels, il abandonna son père, délaissant le Créateur pour se livrer à la jouissance des créatures. Il est représenté, « peu de jours après rassemblant tout ses biens, et s'en allant dans une contrée lointaine. » C'est qu'en effet, peu de jours après la création du genre humain, l'âme, cette créature raisonnable, voulut être, par son libre arbitre, maîtresse absolue d'elle-même et de ses facultés, et se détacher de son Créateur pour s'appuyer sur ses propres forces. Mais plus elle s'éloigna de Celui qui était la source de sa vie, plus elle fut promptement épuisée. C'est pourquoi l'Evangile appelle une vie de débauche et d'excès la vie répandue et dissipée dans les pompes extérieures et vide au dedans : l'homme qui s'y livre poursuit 1 Luc, XV, 11 -32. les vanités qu'elle enfante, et abandonne Dieu qui est au dedans de lui. Cette région lointaine, c'est donc l'oubli de Dieu. La famine survenue dans ce pays, cest la privation de la parole de vérité. L'habitant de la contrée désigne quelque prince de l'air, faisant partie de la milice de Satan. Sa maison de campagne figure le genre de pouvoir qu'il exerce, et les pourceaux les esprits immondes qui sont au-dessous de lui. Les cosses dont il nourrissait les pourceaux figurent les maximes du siècle, vides et sonores, dont retentissent les poèmes et les divers discours consacrés à la louange des idoles ou aux fables des dieux des Gentils, et qui font la joie des démons. C'est pourquoi ce jeune homme voulant se rassasier cherchait dans cette vile pâture un aliment qui fût substantiel et sain, et qui procurât le bonheur, et il ne le trouvait pas. De là cette parole : « Et personne ne lui en donnait. » « Mais étant rentré en lui-même, » c'est-à-dire s'arrachant aux trompeuses illusions et aux entraînements; des vanités du monde extérieur et recueillant ses pensées dans l'intérieur de sa conscience, « combien de mercenaires, s'écrie-t-il, ont du pain en abondance dans la maison de mon père. » Comment ceci pourrait-il être connu de l'homme plongé, comme les idolâtres l'étaient, dans un si grand oubli de Dieu? Ces paroles ne désigneraient-elles point le réveil de l'âme à la prédication de l'Evangile. On vit alors en effet de nombreux prédicateurs de la vérité, parmi lesquels plusieurs étaient guidés, non par l'amour de la vérité elle-même, mais par le désir des avantages terrestres. C'est d'eux que l'Apôtre disait : Que plusieurs qui annoncent l'Evangile, ne le font pas avec pureté (1), faisant de la piété un trafic (2). Ils ne prêchaient pas un autre Evangile comme les hérétiques, ils prêchaient l'Evangile de Paul, mais dans un autre esprit que celui de cet Apôtre. C'est pourquoi ils sont très-,justement appelés des mercenaires. Ils dispensent le même pain de la parole et dans la même maison, toutefois ils ne dont point appelés au céleste héritage, mais ils travaillent pour une récompense temporelle. C'est d'eux qu'il est dit . « En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense (3). » Il s'écrie donc: « Je me lèverai, » car il était étendu dans un état de prostration; « et j'irai, » II était en effet 1 Philip.1,
17. 2 I Tim.
VI, 5. 3 Matt. VI, 2. bien éloigné; « vers mon père, » il était devenu le serviteur de celui à qui appartenaient les pourceaux. Les autres paroles indiquent la disposition d'un âme qui se prépare à la pénitence par l'aveu de ses péchés, mais qui ne la fait pas encore. Il ne s'ouvre pas encore à son père, mais il promet de s'ouvrir à lui, quand il le reverra. « Comprenez donc maintenant ce que signifie venir vers son père: » c'est être établi dans l'Église par la foi, et pouvoir y trouver, dans la confession de ses fan Vites, l'accomplissement du devoir et la récompense qui en est le fruit. Qu'est-ce donc qu'il se propose de dire à son père ? Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous, et je ne suis plus digne d'être appelé votre fils : traitez-moi comme l'un de vos mercenaires. J'ai péché contre le ciel, » ce mot a-t-il la même signification que j'ai péché contre vous ? » Alors il faudrait entendre par le «ciel » la souveraine majesté du Père : c'est en ce sens que le Psalmiste a dit : « Il s'élance des hauteurs du ciel (1), » c'est-à-dire du sein du Père lui-même. Ou plutôt « j'ai péché contre le ciel » ne veut-il pas dire :en présence des âmes saintes, qui sont le trône de Dieu; « et contre vous : » jusque dans le sanctuaire intime de la conscience? « Et se levant, il vint vers son père. Et lorsqu'il était encore bien loin : » avant qu'il eût de Dieu une véritable idée, mais néanmoins dans le moment où il le cherchait déjà de bonne foi, « son père le vit. » L'expression est donc juste, quand on dit de Dieu qu'il ne voit pas les impies et les superbes, qu'il ne les a pas en quelque sorte devant les yeux : car être devant les yeux, ne s'entend d'ordinaire que des personnes aimées. « Et il fut touché de compassion : et courant à lui, il se jeta à son cou. » Le père n'a pas quitté son Fils unique, par qui il a fait cette course lointaine et s'est abaissé jusqu'à nous ; car Dieu était dans le Christ se réconciliant le monde (2); » et le Seigneur l'a déclaré lui-même : « Mon « Père, qui demeure en moi, fait lui-même les oeuvres que je fais (3).» Or, que signifie «se jeter à son cou, » si ce n'est incliner et abaisser son bras pour l'étreindre ? « Et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé (4) ? » Ce bras n'est autre assurément que Notre-Seigneur Jésus-Christ. « Et il le baisa. » Etre consolé par la parole de la grâce divine, qui fait naître l'espérance du pardon des péchés, c'est obtenir du père, au retour de longs égarements, le baiser de 1 Ps. XVIII, 7. 2 II Cor. V, 19. 3 Jean, XIV 10.
4 Is. LIII, 1. charité. Alors commence pour celui qui est établi dans l'Église la confession de ses péchés. Le prodigue ne dit pas tout ce qu'il s'était promis de dire; il va seulement jusqu'à ces paroles : « Je ne suis pas digne d'être appelé votre fils. » Car Dieu veut opérer par la grâce ce dont il se reconnaît indigne à cause de ses fautes. Il n'ajoute pas ce qu'il s'était proposé d'abord dans sa première résolution : « Traitez-moi comme l'un de vos mercenaires. » Quand il était privé de pain, il allait jusqu'à souhaiter la condition de mercenaire; mais après que son père l'a embrassé, il n'a plus pour elle qu'un noble et généreux dédain. La première robe symbolise la dignité perdue par Adam; les serviteurs qui l'apportent sont les prédicateurs du pardon. L'an |