HOMÉLIE XLIII
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HOMÉLIE XLIII.

LORSQUE LE SOIR FUT VENU, SES DISCIPLES DESCENDIRENT AU BORD DE LA MER ET MONTÈRENT SUR UNE BARQUE, POUR PASSER AU DELA DE LA MER, VERS CAPHARNAÜM. IL ÉTAIT DÉJÀ NUIT QUE JÉSUS N'ÉTAIT PAS ENCORE VENU A EUX. — CEPENDANT LA MER COMMENÇAIT A S'ENFLER A CAUSE DU GRAND VENT QUI SOUFFLAIT. (VERS. 16, 17, 18, JUSQU'AU VERS. 26.)

 

ANALYSE.

 

 

1. Jésus traverse la mer sans barque et apaise une tempête. — Jésus faisait certains miracles , sans autres témoins que ses disciples.

2. Inconstance et légèreté du peuple. — Miracle du passage de la mer Rouge, miracle de Jésus-Christ marchant sur la mer; leur différence. — Dieu veut que nous lui rendions grâces des biens terrestres et des biens spirituels qu'il nous fait. — Ne demander à Dieu que les biens spirituels, comme les seuls nécessaires. — Quelles sont les choses que nous devons principalement demander au Seigneur. — Les pécheurs, les scélérats sont riches, pourquoi ? —  Aimer des véritables richesses.

 

1. Ce n'est pas seulement quand Jésus-Christ est, de corps, auprès de ses disciples, qu'il s'occupe d'eux, c'est encore lorsqu'il est absent et même fort éloigné. Sa toute-puissance lui permet de produire des effets pareils dans les conjonctures les plus différentes. Remarquez, par exemple, ce qu'il fait ici : ayant laissé ses disciples , il gravit la montagne. Le Maître étant absent, les disciples, sur le tard, descendirent au bord de la mer et demeurèrent là [309] jusqu'au soir à attendre qu'il revînt; lorsque le soir fut venu, dans l'inquiétude et l'impatience où ils étaient, ils cherchèrent avec empressement leur cher Maître, tant leur âme était embrasée du feu de son amour. Ils ne disent pas: Le soir est venu, la nuit approche, maintenant où irons-nous? Ce lieu est dangereux, l'heure est périlleuse : inspirés par leur ardente affection, ils montent dans une barque. Et ce n'est pas sans raison que l'évangéliste indique le temps, c'est pour montrer l'ardeur de leur amour. Pourquoi donc Jésus s'était-il éloigné de ses disciples ? ou plutôt pourquoi paraît-il de nouveau tout seul, marchant sur la mer? Premièrement, pour leur apprendre combien il était triste et dangereux pour eux d'être seuls et séparés de lui, et pour enflammer davantage leur coeur; en second lieu; pour leur montrer sa puissance. Comme Jésus-Christ ne les instruisait pas seulement en public avec tout le peuple, mais encore en particulier, de même aussi il faisait pour eux des miracles particuliers que le peuple ne voyait pas, parce qu'il était juste que ceux à qui il devait confier la conversion et le gouvernement de tout le monde, reçussent aussi de plus grandes grâces et de plus grands dons que les autres.

Et quels sont les miracles, direz-vous, que les seuls disciples ont vu ? La transfiguration sur la montagne, le miracle que Jésus fait ici sur la mer, beaucoup de choses admirables et merveilleuses après sa résurrection, et, comme je le crois, bien d'autres encore. Les disciples vinrent donc vers Capharnaüm; véritablement ils ne savaient pas où était allé leur Maître, mais ils espéraient de le rencontrer là ou dans leur navigation. Saint Jean l'insinue en disant que le soir étant arrivé, Jésus n'était pas encore venu, et que la mer s'était enflée à cause d'un grand vent qui soufflait. Et les disciples? Ils étaient troublés, et certes, il y avait sujet de l'être ; bien des choses étaient capables de les épouvanter : le temps, car il était nuit; la tempête, car la mer s'était enflée; le lieu, car ils n'étaient pas proche de la terre. Mais « comme ils eurent fait environ vingt-cinq stades (19) », il leur arrive enfin ce à quoi ils ne s’attendaient pas, « car ils virent Jésus qui marchait sur la mer », et comme ils étaient fort effrayés, il leur dit : « C'est moi, ne craignez point (20) ». Pourquoi donc leur apparaît-il ? Pour leur faire connaître que c'était lui qui apaiserait la tempête. Ces paroles de l'évangéliste nous le font entendre : « Ils voulurent le prendre dans leur barque ; et la barque se trouva aussitôt au lieu où ils allaient (21) ». Ainsi, non-seulement il les délivra du danger, mais encore il les fit heureusement arriver au port. Il ne se fit pas voir au peuple marchant sur la mer, parce que ce miracle était au-dessus de sa portée, et même il ne s'y fit pas voir longtemps à ses disciples, mais il se montra, il apparut et disparut aussitôt; pour moi, il me semble que c'est ici un autre miracle que celui que saint Matthieu raconte, et même bien des choses prouvent qu'il est différent. Au reste, souvent Jésus-Christ fait les mêmes miracles, afin qu'ils n'étonnent pas seulement ceux qui les voient, mais, qu'étant accoutumés à les voir, ceux-ci les reçoivent avec beaucoup de foi.

« C'est moi, ne craignez point ». Jésus, par sa parole, chasse la crainte de leur coeur; il ne fit pas de même dans une autre occasion où Pierre dit : « Seigneur, si c'est vous, commandez que j'aille à vous ». (Matth. XIV, 28.) Pourquoi donc alors les disciples ne le reconnurent-ils pas aussitôt, tandis qu'à présent ils le reconnaissent et croient en lui ? Parce qu'alors la tempête continuait et tourmentait la barque, et que maintenant sa voix calme la mer. S'il n'en est pas ainsi, c'est sûrement, . comme je viens de le dire, parce que Jésus, faisant souvent les mêmes miracles, les premiers rendaient les seconds plus croyables. Et pourquoi ne monte-t-il pas dans la barque? C'était pour faire un plus grand miracle, et en même temps pour manifester plus clairement sa divinité, et pour montrer que quand il avait rendu grâces, il ne l'avait pas fait par besoin, mais par condescendance. Il permit que la tempête s'élevât, pour les engager à le chercher toujours, et il l'apaisa sur-le-champ, pour manifester sa puissance; enfin , il ne monta point dans la barque pour faire un plus grand miracle.

« Le lendemain le peuple, qui était demeuré à l'autre côté de la mer, ayant vu qu'il n'y avait point là d'autre barque et que Jésus n'y était point entré avec ses disciples (22) », ils entrèrent aussi eux-mêmes dans d'autres  barques, qui étaient arrivées de Tibériade. Pourquoi saint Jean détaille-t-il toutes ces circonstances, ou plutôt pourquoi n'a-t-il pas dit que le lendemain, les gens s'étant embarqués; s'en [310] allèrent? Il veut nous apprendre quelqu'autre. chose. Quoi? Que si Jésus-Christ n'avait pas ouvertement déclaré cela au peuple, il l'avait néanmoins secrètement insinué et donné à penser, car il dit: « Le peuple vit qu'il n'y avait eu là qu'une seule barque », que Jésus n'y était point entré avec ses disciples; et étant entrés dans des barques. qui étaient arrivées de Tibériade, «ils allèrent à Capharnaüm chercher Jésus ». En effet, que restait-il à penser, sinon que Jésus était allé à Capharnaüm en traversant la mer à pied ? On ne pouvait pas dire qu'il avait passé la mer sur une autre barque, il n'y en avait qu'une, ait saint Jean, celle dans laquelle les disciples sont entrés. Toutefois, après un si grand miracle, ils ne demandèrent pas à Jésus comment il avait fait pour passer la mer, ils ne s'informèrent pas d'un miracle aussi considérable. Que dirent-ils donc ? « Maître, quand êtes-vous venu ici (25) ? » A moins qu'on ne suppose qu'ici l'évangéliste a mis « quand » pour « comment », et dans le même sens.

2. Ici encore, mes frères, il est important de faire attention à l'inconstance et à la légèreté de ce peuple. Les mêmes qui avaient dit c'est là le prophète; les mêmes qui avaient été chercher Jésus pour l'enlever et le faire leur roi, l'ont-ils trouvé, ils n'y pensent plus, et perdant, il faut le croire, le souvenir du miracle, ils cessent d'admirer Jésus-Christ pour ses oeuvres passées. Peut-être aussi le cherchent-ils, à présent, pour l'engager à leur donner encore à manger, comme précédemment.

Les Juifs passèrent la mer Rouge sous la conduite de Moïse, mais ce miracle était bien différent de celui-ci. Ce que fait Moïse, il le fait comme serviteur, il l'obtient par la prière (Exod. XIV, 22), mais Jésus-Christ opère tout par sa suprême autorité et sa souveraine puissance. Là le souille d'un vent du midi dessèche l'eau , et les Juifs passent la mer à sec; mais ici le miracle est plus grand : l'eau, sans rien perdre de sa nature, porte le Seigneur sur son dos, confirmant cette parole: « Le Seigneur « marche sur la mer comme sur un pavé». (Job, IX, 8, 70.) Au reste, le miracle des pains était bien à sa place au moment où Jésus-Christ allait entrer dans Capharnaüm, au milieu d'un peuple incrédule et endurci: il voulait amollir ces coeurs obstinés; non-seulement par les miracles qu'il opérerait dans la ville, mais encore par ceux qu'il ferait au dehors. Une si grande multitude de gens, entrant dans la ville avec tant d'ardeur et d'empressement, n'était-ce pas un spectacle capable d'émouvoir un rocher? Cependant nul n'en fut ému, nul n'en fut touché ; mais ils ne recherchaient tous que la nourriture corporelle; voilà pourquoi Jésus-Christ « les reprend ».

Instruits par cet exemple, mes très-chers frères, bénissons le Seigneur, rendons-lui grâces, non-seulement pour les biens terrestres qu'il nous accorde, mais beaucoup plus encore pour les biens spirituels. Il veut que nous lui rendions grâces des uns et des autres; et c'est pour répandre sur nous les biens spirituels qu'il nous donne les biens temporels; il prévient, il attire ceux qui sont plus grossiers et plus imparfaits par des bienfaits sensibles, parce qu'ils désirent encore les choses de ce monde. Mais si , après les. avoir reçues, ils s'y renferment, il leur en fait des reproches et des réprimandes. Jésus-Christ voulut première. ment donner au paralytique les biens spirituels ; mais ceux qui étaient présents s'y opposaient et ne pouvaient le souffrir; car Jésus ayant dit: « Vos péchés vous sont remis », ils disaient: « Cet homme blasphème ». (Matth. IX, 2, 3.) Loin de nous dé tels sentiments, je vous en conjure, mes frères; mais recherchons avant toutes choses les biens spirituels. Pourquoi ? Parce que, si nous avons les biens spirituels, la privation des biens temporels ne nous fera aucun tort, ni préjudice ; et au contraire, si nous ne les possédons pas, quelle espérance, quelle consolation aurons-nous? Prions donc continuellement le Seigneur de nous les accorder, et demandons-les uniquement. Jésus-Christ nous a appris que ce sont là les biens que bous devons demander.

Si nous méditons la prière qu'il nous a enseignée, nous n'y trouverons rien de charnel, nous n'y trouverons rien que de spirituel. Car ce peu de bien sensible qu'on y demande devient spirituel par la manière dont on le demande. En effet, ne demander à Dieu rien de, plus que le pain quotidien ou de chaque jour (Matth. VI, 71), c'est d'une âme spirituelle et d'un vrai philosophe. Mais remarquez ce qui précède: « Que votre nom soit sanctifié ; que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel ». (Ibid. 9, 10.) Ensuite, après cette demande d'une chose terrestre et sensible , il recommence la suite [311] des demandes spirituelles qu'il nous est prescrit de faire : « Remettez-nous nos dettes, comme nous les remettons » à ceux « qui nous doivent ». ( Ibid. 12.) Dans cette formule de prière que Jésus-Christ, nous a donnée , il n'est question ni de dignités, ni de richesses, ni de gloire, ni de puissance, nous ne demandons que ce qui est utile à l'âme: nous ne demandons rien de terrestre, rien qui ne soit céleste. Puis donc que Dieu nous ordonné de détourner nos yeux des biens de là vie présente, ne serons-nous pas bien malheureux, si nous lui demandons des choses qu'il nous commande de mépriser jusqu'à nous en dépouiller quand nous les avons, afin de nous délivrer de tout soin et de toute inquiétude; et si nous ne demandons pas , si même nous ne désirons point ce qu'il nous prescrit de lui demander? C'est là sûrement parler en pure perte: c'est aussi ce qui rend nos prières vaines et infructueuses.

Comment donc, direz-vous, les méchants s'enrichissent-ils? comment les pécheurs, les scélérats, les voleurs sont-ils dans l'opulence? Ce n'est point Dieu qui leur donne ces richesses: loin de nous cette pensée ! Mais pourquoi le Seigneur le permet-il? Il l'a permis à l'égard du riche, pour le réserver à un plus grand supplice. Ecoutez ce qu'on lui dit: « Mon fils, vous avez reçu vos biens dans votre vie , et Lazare n'y a eu que des maux. C'est pourquoi il est maintenant dans la consolation, et vous dans les tourments ». (Luc, XVI, 25.) Mais, de peur que cette terrible sentence, nous ne l'entendions aussi prononcer contre nous, nous qui perdons notre vie dans les délices, et qui ajoutons péchés sur péchés; aimons les véritables richesses, appliquons-nous à la vraie philosophie , afin d'obtenir les biens que Dieu nous a promis : puissions-nous y participer tous, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui et avec qui la gloire soit au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans tous les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.

 

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