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COMMENTAIRES SUR L’ECRITURE.

DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE.

IN OEUVRES  COMPLÈTES DE SAINT AUGUSTIN, traduites pour la première fois en français sous la direction de M. Raulx, Tome IV, p. 1-87. BAR-LE-DUC,1866. 

COMMENTAIRES SUR L’ECRITURE.

DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE.

PROLOGUE. IL N'EST PAS INUTILE D'ENSEIGNER A INTERPRÉTER L'ÉCRITURE SAINTE.

LIVRE PREMIER.

CHAPITRE PREMIER. POUR TRAITER DE L'ÉCRITURE, IL FAUT SAVOIR EN DÉCOUVRIR ET EN EXPOSER LE SENS.

CHAPITRE II. LES CHOSES ET LES SIGNES.

CHAPITRE III. DIVISION DES CHOSES.

CHAPITRE IV. DE LA JOUISSANCE ET DE L'USAGE

CHAPITRE V. L'OBJET DE NOTRE JOUISSANCE EST LA SAINTE TRINITÉ.

CHAPITRE VI. DIEU NE PEUT SE DÉFINIR.

CHAPITRE VII. TOUS LES HOMMES COMPRENNENT SOUS L'IDÉE DE DIEU L'ÊTRE LE PLUS EXCELLENT.

CHAPITRE VIII. DIEU EST LA SAGESSE IMMUABLE ET DOIT ÊTRE PRÉFÉRÉ A TOUT.

CHAPITRE IX. TOUS LES HOMMES PORTENT LE MÊME JUGEMENT.

CHAPITRE X. PURETÉ D’AME NÉCESSAIRE POUR VOIR DIEU.

CHAPITRE XI. LA SAGESSE INCARNÉE NOUS APPREND A PURIFIER NOTRE COEUR.

CHAPITRE XII. COMMENT LA SAGESSE DIVINE EST VENUE A NOUS.

CHAPITRE XIV. COMMENT LA SAGESSE DIVINE A GUÉRI L'HOMME.

CHAPITRE XV. LA RÉSURRECTION ET L'ASCENSION DE JÉSUS-CHRIST SOUTIENNENT NOTRE FOI ; LE JUGEMENT LA STIMULE.

CHAPITRE XVI. JÉSUS-CHRIST PURIFIE SON ÉGLISE.

CHAPITRE XVII. LA VOIE DE LA PATRIE OUVERTE DANS LE PARDON DES PÉCHÉS.

CHAPITRE XVIII. LES CLEFS CONFIÉES A L'ÉGLISE.

CHAPITRE XIX. MORT ET RÉSURRECTION DU CORPS ET DE L’AME.

CHAPITRES XX ET XXI. RÉSURRECTION POUR LE CHATIMENT.

CHAPITRE XXII. DIEU SEUL OBJET DE NOTRE JOUISSANCE. .

CHAPITRE XXIII. L'HOMME S'AIME NATURELLEMENT. QUAND CET AMOUR EST-IL DÉSORDONNÉ!

CHAPITRE XXIV. PERSONNE NE HAIT SA PROPRE CHAIR, PAS MÊME CELUI QUI LA CHATIE.

CHAPITRE XXV. QUEL AMOUR ON DOIT A SON CORPS.

CHAPITRE XXVI. DU COMMANDEMENT QUI PRESCRIT L'AMOUR DE DIEU, DU PROCHAIN ET DE SOI-MÊME.

CHAPITRE XXVII. ORDRE DANS LEQUEL ON DOIT AIMER.

CHAPITRE XXVIII. QUI DOIT-ON SECOURIR DE PRÉFÉRENCE

CHAPITRE XXIX. ON DOIT TENDRE A CE QUE DIEU SOIT UNIVERSELLEMENT AIMÉ.

CHAPITRE XXX. TOUS LES HOMMES ET LES ANGES MÊMES SONT NOTRE PROCHAIN.

CHAPITRE XXXI. DIEU SE SERT DE NOUS ET N'EN JOUIT PAS.

CHAPITRE XXXII. COMMENT DIEU SE SERT DE L'HOMME.

CHAPITRE XXXIII. COMMENT IL FAUT JOUIR DE L'HOMME.

CHAPITRE XXXIV. LE CHRIST EST LA PREMIÈRE VOIE QUI MÈNE A DIEU.

CHAPITRE XXXV. L'AMOUR DE DIEU ET DU PROCHAIN EST LA PLÉNITUDE ET LA FIN DE L'ÉCRITURE.

CHAPITRE XXXVI. CE QU'IL FAUT PENSER D'UNE INTERPRÉTATION DEFECTUEUSE DE L'ÉCRITURE, SI ELLE SERT A ÉDIFIER LA CHARITÉ.

CHAPITRE XXXVII. ON DOIT INSTRUIRE UN INTERPRÈTE QUI SE TROMPE.

CHAPITRE XXXVIII. LA CHARITÉ DEMEURE ÉTERNELLEMENT.

CHAPITRE XXXIX. L'ÉCRITURE N'EST POINT NÉCESSAIRE A L'HOMME QUI POSSÈDE LA FOI, L'ESPÉRANCE ET LA CHARITÉ.

CHAPITRE XL. DANS QUEL ESPRIT ON DOIT LIRE L'ÉCRITURE.

LIVRE DEUXIÈME.

CHAPITRE PREMIER. NATURE DU SIGNE ET SES DIFFÉRENTES ESPÈCES.

CHAPITRE II. QUELS SIGNES SONT L'OBJET DE CE LIVRE.

CHAPITRE III. LA PAROLE EST AU PREMIER RANG PARMI LES SIGNES.

CHAPITRE IV. ORIGINE DES LETTRES.

CHAPITRE V. DIVERSITÉ DES LANGUES.

CHAPITRE VI. UTILITÉ QUI RESSORT DE L'OBSCURITÉ DE L'ÉCRITURE.

CHAPITRE VII. LES SEPT DEGRÉS QUI CONDUISENT A LA SAGESSE.

CHAPITRE VIII. LIVRES CANONIQUES.

CHAPITRE IX. RÈGLE A SUIVRE DANS L'ÉTUDE DE L'ÉCRITURE.

CHAPITRE X. OBSCURITÉ DE L'ÉCRITURE DANS LES SIGNES QU'ELLE EMPLOIE.

CHAPITRE XI. LA SCIENCE DES LANGUES NÉCESSAIRE POUR L'INTELLIGENCE DES SIGNES.

CHAPITRE XII. UTILITÉ DES DIFFÉRENTES INTERPRÉTATIONS.

CHAPITRE XIII. COMMENT IL FAUT CORRIGER UN DÉFAUT DE TRADUCTION.

CHAPITRE XIV. SOURCES OU L'ON DOIT PUISER LA CONNAISSANCE DES TERMES ET DES LOCUTIONS INCONNUES.

CHAPITRE XV. EXCELLENCE DE LA VERSION ITALIQUE ET DE CELLE DES SEPTANTE.

CHAPITRE XVI. UTILITÉ DE LA CONNAISSANCE DES LANGUES, DE LA NATURE, DES NOMBRES ET DE LA MUSIQUE POUR L'INTELLIGENCE DES SIGNES FIGURÉS.

CHAPITRE XVII. ORIGINE DE LA FABLE DES NEUF MUSES.

CHAPITRE XVIII. NE PAS MÉPRISER CE QUE LES PROFANES ONT DE BON ET D'UTILE.

CHAPITRE XIX. DEUX SORTES DE SCIENCES PARMI LES PAIENS.

CHAPITRE XX. SCIENCES HUMAINES REMPLIES DE SUPERSTITIONS.

CHAPITRE XXI. SUPERSTITIONS DES ASTROLOGUES.

CHAPITRE XXII. VANITÉ DES PRÉDICTIONS FONDÉES SUR L'OBSERVATION DES ASTRES.

CHAPITRE XXIII. POURQUOI IL FAUT REJETER LA SCIENCE DES ASTROLOGUES.

CHAPITRE XXIV. TOUT USAGE SUPERSTITIEUX SUPPOSE LE COMMERCE AVEC LES DÉMONS.

CHAPITRE XXV. LES INSTITUTIONS HUMAINES EXEMPTES DE SUPERSTITIONS SONT EN PARTIE SUPERFLUES ET EN PARTIE UTILES ET NÉCESSAIRES.

CHAPITRE XXVI. INSTITUTIONS HUMAINES A REJETER ; CELLES QU'IL FAUT ADOPTER.

CHAPITRE XXVII. SCIENCES QUI NE SONT PAS D'INSTITUTION HUMAINE.

CHAPITRE XXVIII. UTILITÉ DE L'HISTOIRE.

CHAPITRE XXIX. UTILITÉ DE LA CONNAISSANCE DES ANIMAUX, DES PLANTES, DES ARBRES, POUR L'INTELLIGENCE DE L'ÉCRITURE.

CHAPITRE XXX. UTILITÉ DES ARTS MÉCANIQUES.

CHAPITRE XXXI. UTILITÉ DE LA DIALECTIQUE.

CHAPITRE XXXII. D'OÙ PROVIENT LA LOGIQUE DANS LES CONCLUSIONS.

CHAPITRE XXXIII. CONSÉQUENCES VRAIES DE PROPOSITIONS FAUSSES, ET CONSÉQUENCES FAUSSES DE PROPOSITIONS VRAIES.

CHAPITRE XXXIV. CONNAISSANCE DES RÉGLES, DES CONSÉQUENCES ET DE LA VÉRITÉ DES PROPOSITIONS.

CHAPITRE XXXV. SCIENCE DE LA DÉFINITION ET DE LA DIVISION DES CHOSES, VRAIE EN ELLE-MÊME.

CHAPITRE XXXVI. MÈMES OBSERVATIONS SUR LES RÈGLES DE L'ÉLOQUENCE.

CHAPITRE XXXVII. UTILITÉ DE LA RHÉTORIQUE ET DE LA DIALECTIQUE.

CHAPITRE XXXVIII. ORIGINE DE LA SCIENCE DES NOMBRES.

CHAPITRE XXXIX.  SCIENCES AUXQUELLES ON PEUT S'APPLIQUER.

CHAPITRE XL. IL FAUT PROFITER DE CE QUE LES PAÏENS ONT DE VRAI.

CHAPITRE XLI. DANS QUEL ESPRIT IL FAUT ÉTUDIER L'ÉCRITURE.

CHAPITRE XLII. DIFFÉRENCE ENTRE LES LIVRES SAINTS ET LES LIVRES PROFANES.

LIVRE TROISIÈME.

CHAPITRE PREMIER. OBJET DE CE LIVRE.

CHAPITRE II. AMBIGUITÉ QUI HAIT DE LA DIVISION DES TERMES.

CHAPITRE III. INCERTITUDE QUI NAÎT DE LA PRONONCIATION.

CHAPITRE IV. AMBIGUITÉ QUI PROVIENT DES PAROLES.

CHAPITRE V. NE PAS PRENDRE A LA LETTRE LES EXPRESSIFS FIGURÉES.

CHAPITRE VI. UTILITÉ DES FIGURES POUR LES JUIFS.

CHAPITRE VII. CULTE DES IDOLES ET DES CRÉATURES.

CHAPITRE VIII. LES JUIFS ET LES GENTILS AFFRANCHIS DIFFÉREMMENT DE LA SERVITUDE DES SIGNES.

CHAPITRE IX. COMMENT ON EST ESCLAVE DES SIGNES.

CHAPITRE X. COMMENT RECONNAITRE QU'UNE EXPRESSION EST FIGURÉE.

CHAPITRE XI. RÈGLE POUR JUGER CE QUI, DANS L'ÉCRITURE, PRÉSENTE UN CARACTÈRE DE SÉVÉRITÉ.

CHAPITRE XII. RÈGLE POUR JUGER DES ACTIONS QUI PARAISSENT CRIMINELLES.

CHAPITRE XIII. SUITE DU MÊME SUJET.

CHAPITRE XIV. ERREUR DE CEUX QUI NE CROIENT PAS A LA JUSTICE ABSOLUE.

CHAPITRE XV. RÈGLE POUR LES EXPRESSIONS FIGURÉES.

CHAPITRE XVI. DES PASSAGES QUI RENFERMENT QUELQUE PRÉCEPTE.

CHAPITRE XVII. IL Y A DES PRÉCEPTES COMMUNS A TOUS, D'AUTRES QUI SONT PARTICULIERS.

CHAPITRE XVIII. ON DOIT CONSIDÉRER LE TEMPS OÙ UNE CHOSE A ÉTÉ COMMANDÉE OU PERMISE.

CHAPITRE XIX. LES MECHANTS JUGENT DES AUTRES D'APRÈS EUX-MÊMES.

CHAPITRE XX. CONTINUATION DU MÊME SUJET.

CHAPITRE XXI. MODÉRATION DE DAVID QUOIQU'IL AIT ÉTÉ ADULTÈRE.

CHAPITRE XXII. ACTIONS LOUÉES DANS L'ÉCRITURE, MAINTENANT CONTRAIRES AUX BONNES MOEURS.

CHAPITRE XXIII. CONCLUSION A TIRER DES FAUTES DES HOMMES LES PLUS CÉLÈBRES.

CHAPITRE XXIV. EXAMINER AVANT TOUT LA NATURE DE L'EXPRESSION.

CHAPITRE XXV. LE MÊME TERME N'A PAS TOUJOURS LA MÈNE SIGNIFICATION.

CHAPITRE XXVI. LES PASSAGES CLAIRS SERVENT À DISSIPER LES OBSCURITÉS.

CHAPITRE XXVII. UN MÊME PASSAGE PEUT ÊTRE INTERPRÉTÉ DIFFÉREMMENT.

CHAPITRE XXVIII. L'ÉCRITURE S'EXPLIQUE MIEUX PAR ELLE-MÊME QUE PAR LA RAISON.

CHAPITRE XIX. NÉCESSITÉ DE LA CONNAISSANCE DES DIVERSES SORTES DE FIGURES.

CHAPITRE XXX. RÈGLES DU DONATISTE TICHONIUS.

CHAPITRE XXXI. PREMIÈRE RÈGLE DE TICHONIUS.

CHAPITRE XXXII. DEUXIÈME RÈGLE.

CHAPITRE XXXIII. TROISIÈME RÈGLE.

CHAPITRE XXXIV. QUATRIÈME RÈGLE.

CHAPITRE XXXV. CINQUIÈME RÈGLE.

CHAPITRE XXXVI. SIXIÈME RÈGLE.

CHAPITRE XXXV. SEPTIÈME RÈGLE.

LIVRE QUATRIÈME.

PROLOGUE.

CHAPITRE PREMIER. IL N'EST PAS ICI QUESTION DE PRÉCEPTES DE RHÉTORIQUE.

CHAPITRE II. LE DOCTEUR CHRÉTIEN DOIT SE SERVIR DE L'ART DE LA RHÉTORIQUE.

CHAPITRE III. A QUEL AGE ET DE QUELLE MANIÈRE IL CONVIENT D'APPRENDRE LA RHÉTORIQUE.

CHAPITRE IV. DEVOIRS DU DOCTEUR CHRÉTIEN.

CHAPITRE V. LA SAGESSE PRÉFÉRABLE A L'ÉLOQUENCE DANS L'ORATEUR CHRÉTIEN.

CHAPITRE VI. LA SAGESSE JOINTE A L'ÉLOQUENCE DANS LES AUTEURS SACRÉS.

CHAPITRE VII. TRAITS D'ÉLOQUENCE TIRÉS DE L'ECRITURE.

CHAPITRE VIII. L'OBSCURITÉ DES AUTEURS SACRÉS N'EST PAS A IMITER.

CHAPITRE IX. MANIÈRE DE TRAITER LES SUJETS DIFFICILES ET OBSCURS.

CHAPITRE X. IMPORTANCE DE LA CLARTÉ DANS LE DISCOURS.

CHAPITRE XI. INSTRUIRE CLAIREMENT ET AGRÉABLEMENT.

CHAPITRE XII. L'ORATEUR DOIT INSTRUIRE; PLAIRE ET TOUCHER.

CHAPITRE XIII. IL FAUT PARVENIR A TOUCHER L'AUDITEUR.

CHAPITRE XIV. L'ART DE PLAIRE NE DOIT PAS NUIRE A LA VÉRITÉ NI A LA GRAVITÉ.

CHAPITRE XV. AVANT DE PARLER, L'ORATEUR DOIT PRIER.

CHAPITRE XVI. LES RÈGLES DE L'ÉLOQUENCE NE SONT PAS INUTILES, QUOIQUE DIEU LUI-MÊME FASSE LES DOCTEURS.

CHAPITRE XVII. TROIS GENRES D'ÉLOQUENCE.

CHAPITRE XVIII. L'ORATEUR CHRÉTIEN N'A QUE DES SUJETS RELEVÉS A TRAITER.

CHAPITE XIX. IL FAUT CEPENDANT VARIER LE STYLE.

CHAPITRE XX. EXEMPLES TIRÉS DE L'ECRITURE POUR CHAQUE GENRE DE STYLE.

CHAPITRE XXI. EXEMPLES TIRÉS DES DOCTEURS DE L'ÉGLISE.

CHAPITRE XXII. ON DOIT VARIER LE DISCOURS PAR LES DIFFÉRENTS GENRES DE STYLE.

CHAPITRE XXIII. MANIÈRE D'ALLIER LES TROIS GENRES DE STYLE.

CHAPITRE XXIV. EFFETS DU SUBLIME.

CHAPITRE XXV. BUT QUE SE PROPOSE LE STYLE TEMPÉRÉ.

CHAPITRE. XXVI. DANS CHAQUE GENRE, L'ORATEUR DOIT SE FAIRE ENTENDRE AVEC CLARTÉ, AVEC PLAISIR ET AVEC DOCILITÉ.

CHAPITRE XXVII. PUISSANCE DE L'ORATEUR DONT LA VIE RÉPOND A SES DISCOURS.

CHAPITRE XXVIII. L'ORATEUR DOIT PLUS S'ATTACHER A LA VÉRITÉ QU'A LA FORME.

CHAPITRE XXIX. UN ORATEUR PEUT SE SERVIR D'UN DISCOURS COMPOSÉ PAR UN AUTRE.

CHAPITRE XXX. L'ORATEUR DOIT PRIER AVANT DE PARLER.

CHAPITRE XXXI. AUGUSTIN S'EXCUSE SUR LA LONGUEUR DE CE LIVRE.

 

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DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE.

Les quatre livres de la Doctrine chrétienne ont été traduits par M. l'abbé HUSSENOT.

 

PROLOGUE. IL N'EST PAS INUTILE D'ENSEIGNER A INTERPRÉTER L'ÉCRITURE SAINTE.

 

1. Il y a pour l'interprétation de l'Écriture, des règles que l'on peut, je crois, donner avec avantage à ceux qui s'appliquent à les étudier ils en profiteront, non-seulement quand ils liront les oeuvres de ceux qui ont porté la lumière dans les passages obscurs des divines lettres, mais encore lorsqu'ils en donneront aux autres l'intelligence. J'ai résolu de formuler ces préceptes en faveur de ceux qui ont le désir et la faculté de les apprendre, pourvu toutefois que notre , Dieu et Seigneur ne me refuse point pour les écrire, les inspirations qu'il a coutume de m'envoyer quand j'y réfléchis. Avant de commencer, je crois devoir répondre à ceux qui blâmeront mon dessein, ou qui le blâmeraient, si je ne prévenais leur critique; et si malgré mes observations, certains esprits persistent à censurer mon oeuvre, du moins ils ne feront aucune impression sur les autres: ils ne les détourneront pas d'une utile étude pour les jeter dans une ignorante paresse, comme ils auraient pu le faire, si l'on n'était prémuni et fortifié contre leurs attaques.

2. Quelques-uns censureront cet ouvrage, parce qu'ils ne comprendront pas les règles que j'y dois établir. D'autres en auront l'intelligence; mais quand ils voudront les appliquer, quand ils chercheront à s'en servir pour l'interprétation (les divines Écritures, et qu'ils se verront dans l'impossibilité de découvrir et d'expliquer ce qu'ils désirent, ils penseront que je me suis livré à un travail inutile. N'y trouvant aucun secours pour eux-mêmes, ils jugeront qu'il ne peut servir davantage à personne. Il se rencontrera, une troisième espèce de censeurs, parmi ceux qui en réalité interprètent ou croient bien interpréter les livres saints. Sans avoir jamais la aucune règle du genre de celles que j'ai dessein de tracer, ils croient à tort ou â raison qu'ils ont obtenu la grâce de commenter l'Écriture, et ils crieront partout que ces règles ne sont nullement nécessaires, et due tout ce que l'on peut découvrir de salutaires clartés dans la profondeur des divins oracles est dû exclusivement à l'assistance divine.

3. Je répondrai à tous en peu de mots. A (2) ceux qui ne comprennent pas les préceptes que je trace, je dirai que leur défaut d'intelligence n'est pas un motif de me censurer. Pourraient-ils me censurer, si, voulant voir à son déclin ou à son croissant la lune ou tout autre astre peu apparent, la faiblesse de leurs yeux ne leur permettait pas même d'apercevoir mon doigt qui le leur montre ? Pour ceux qui, même avec la connaissance et l'intelligence de ces règles, ne pourront pénétrer dans les obscurités des divines Ecritures, qu'ils se regardent comme capables d'apercevoir mon doigt, mais non les astres vers lesquels je le dirige pour les leur indiquer. Que les uns et les autres cessent donc de me blâmer, et qu'ils conjurent le ciel de communiquer à leurs yeux la lumière. Si je puis mouvoir mon doigt pour indiquer, je ne puis donner des yeux pour faire voir le mouvement que j'imprime ni l'objet que je désigne.

4. Venons à ceux qui se félicitent des dons du ciel, qui se glorifient de comprendre et d'exposer les saints Livres, sans le secours de préceptes semblables à ceux que j'ai dessein de formuler, et qui, pour ce motif, s'arrêtent à l'idée que je n'ai entrepris qu'un travail superflu. Sans doute ils peuvent se réjouir des dons précieux qu'ils ont reçus de Dieu; mais pour tempérer l'amertume de leurs critiques, ne doivent-ils pas se rappeler que        c'est de la bouche des hommes qu'ils ont reçu la connaissance des lettres mêmes? Parce qu'Antoine, ce saint et parfait solitaire d'Egypte, parvint, sans aucune connaissance des lettres; à retenir de mémoire les divines Ecritures, qu'il lui suffisait d'entendre lire, et à en acquérir l'intelligence par ses gages méditations, a-t-il le droit de les insulter? A-t-il aussi ce droit, l'esclave barbare devenu chrétien, de qui nous ont parlé dernièrement les hommes les plus graves et les plus dignes de foi? Sans aucun maître pour lui enseigner les lettres, il en            obtint par ses prières une pleine connaissance; car, après trois jours de supplications, il put, au grand étonnement de  ceux qui étaient là; parcourir à la lecture le volume qui lui fut présenté.

5. Si l'on révoque en doute la véracité de ces faits, je ne lutterai pas. Mais je m'adresse à des chrétiens qui se flattent de connaître les Ecritures sans le secours de l'homme; s'il en est ainsi, ils jouissent assurément d'un grand privilège. Ce qu'ils ne peuvent nier toutefois, c'est que nous avons tous appris notre propre langue par l'habitude de l'entendre parler dès notre première enfance, et que c'est de la même manière, ou par les leçons d'un précepteur, que nous avons acquis la connaissance de toute autre langue étrangère; grecque ou hébraïque, peu importe. Maintenant dirons-nous à tous nos frères de ne plus en enseigner aucune à leurs enfants, parce qu'en un instant les apôtres remplis des lumières de l'Esprit-Saint descendu sur eux, se sont mis à parler les langues de toutes les nations; ou que celui qui n'aura pas reçu des dons semblables ne doit pas se regarder comme chrétien, mais douter s'il a reçu le Saint-Esprit? Loin de là; que chacun de nous apprenne humblement de l'homme ce qu'il doit apprendre de lui, et que celui qui instruit les autres communique sans orgueil et sans envie ce qu'il a reçu. Ne tentons point non plus celui à qui nous avons donné notre foi; trompés par les ruses et la perversité de l'ennemi, peut-être refuserions-nous, pour entendre et apprendre l'Evangile même, d'aller dans les églises en lire le texte sacré, ou en écouter la lecture et la prédication; peut-être attendrions-nous que nous fussions ravis jusqu'au troisième ciel, soit avec notre corps, soit sans notre corps, ainsi que s'exprime l'Apôtre, pour y entendre des paroles ineffables qu'il n'est. pas permis à l'homme de rapporter (1), » pour y voir Jésus-Christ, notre Seigneur, et recevoir l'Evangile de sa bouche, plutôt que de celle des hommes.

6. Loin de nous, de telles prétentions, elles sont trop pleines d'orgueil et de dangers; rappelons-nous plutôt qu'instruit par la voix di vine qui l'avait terrassé du haut du ciel, Paul lui-même fut envoyé vers un homme pour recevoir de lui les sacrements- et être incorporé à l'Eglise (2). Après avoir appris de la bouche d'un ange que ses prières avaient été exaucées, et ses aumônes agréées de Dieu, le centurion Corneille fut également adressé à Pierre pour être baptisé de sa main. Il devait non-seulement recevoir de lui les Sacrements, mais encore apprendre ce qu'il faut croire,        ce qu'il faut espérer et ce qu'il faut aimer (3). L'ange, sans doute, pouvait faire tout cela; mais la condition de l'homme serait bien vile,

 

1. II Cor. XII, 4. — 2. Act. IX, 3-7. — 3. Ibid. X, 1- 6.

 

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si Dieu semblait ne vouloir pas transmettre sa parole aux hommes par l'organe des hommes. Eh! comment serait vraie cette maxime : « Le temple de Dieu est saint et vous êtes ce temple (1), » si Dieu ne rendait point d'oracles du sein de ce temple humain, s'il ne faisait plus entendre que du haut du ciel et par le ministère des anges, tout ce qu'il veut faire connaître aux hommes? Ensuite, si nous n'avions rien à apprendre de nos semblables, la charité elle-même qui nous étreint dans le nœud de l'unité, ne pourrait plus travailler au mélange et à la fusion des cœurs.

7. Aussi l'Apôtre ne renvoya point à un ange cet eunuque qui lisait le prophète Isaïe sans le comprendre; et. ce qu'il n'entendait point ne lui fut ni expliqué par un ange, ni découvert intérieurement par une révélation divine, sans le concours d'aucun homme. Une inspiration céleste lui adressa Philippe, qui connaissait le prophète Isaïe ; cet apôtre s'assit près de lui, et dans un langage humain lui découvrit ce que cette prophétie avait d'obscur pour lui. Moïse ne conversa-t-il pas avec Dieu? Cependant il reçut avec prudence et sans orgueil le conseil que lui donnait son beau-père, un étranger, pour le gouvernement et l'administration d'un peuple si nombreux. Ce grand homme savait que, quel que soit celui qui dicte un sage conseil, il faut l'attribuer non à celui qui le donne,        mais au Dieu immuable qui est la vérité même.

8. Enfin, celui qui sans avoir étudié       aucun précepte, remercie le ciel de lui avoir donné l'intelligence de toutes les obscurités de l'Ecriture, celui-là ne se trompe point, car il est vrai que de lui-même il n'a pas cette intelligence; elle ne vient pas de lui mais du         ciel ainsi, il cherche la gloire de Dieu et non la sienne. Cependant, s'il lit et comprend sans aucun interprète humain, pourquoi affecte-t-il d'expliquer lui-même aux autres? pourquoi ne les renvoie-t-il pas à Dieu? Eux aussi ne devraient yen à l'homme et ne seraient éclairés que par l'enseignement du Maître intérieur? Il craint sans doute d'entendre : « Mauvais serviteur, pourquoi ne mettrais-tu pas mon argent entre les mains des banquiers (2) ? »

 

1. I Cor. IV, 17. — 2. Matth. XXV, 27.

 

Ces hommes livrent à d'autres, par leurs discours ou leurs écrits, ce qu'ils comprennent dans les Ecritures, et moi, si je livre à mon tour, non-seulement ce qu'ils comprennent, mais encore les règles à observer pour bien comprendre, pourront-ils m'en faire un crime? Personne ne doit rien considérer comme sa propriété, si ce n'est peut-être le mensonge. Tout ce qui est vrai procède de Celui qui a dit : « Je suis la vérité (1). » Qu'avons nous en effet que nous n'ayons point reçu? Et si nous l'avons reçu, pourquoi nous en glorifier comme si. nous ne l'avions point reçu (2) ?

9. Celui qui lit en présence d'auditeurs qui savent lire, exprime sans doute ce qu'il connaît; mais celui qui enseigne les lettres, apprend aux autres à lire; chacun d'eux néanmoins ne communique que ce qu'il a reçu. De même exposer ce qu'on comprend dans l'Ecriture, c'est remplir en quelque sorte l'office du lecteur qui fait entendre les lettres qu'il connaît; mais tracer des règles pour conduire à l'intelligence de l'Ecriture, c'est ressembler au maître qui enseigne les lettres, c'est-à-dire qui apprend à lire; et si celui qui sait lire n'est point, quand il rencontre un ouvrage, dans la nécessité de recourir à un lecteur étranger pour connaître ce qui y est écrit, celui qui aura été instruit des règles que je travaille à formuler, pourra également s'en servir comme des lettres ; et s'il vient à rencontrer dans les Saints Livres quelque passage obscur, il ne sera point forcé de chercher un interprète pour en comprendre le sens caché; mais en marchant dans la voie qui va s'ouvrir, il le pénètrera lui-même sans erreur, du moins sans tomber dans une interprétation absurde ou dangereuse. Cet ouvrage même pourra montrer suffisamment que mon travail est utile et que c'est à tort qu'on voudrait le blâmer; cependant si l'on juge que par ces observations préliminaires, nous avons convenablement répondu à tous nos détracteurs, voici ce qui s'offre à nous dès l'entrée de la carrière où nous voulons marcher.

 

1. Jean, XIV, 7. — 2 I Cor. IV, 7.

 

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LIVRE PREMIER.

 

Pour découvrir le sens de l'Ecriture, il faut se rappeler que tout ce qu'elle comprend se divise en choses- et en signes. Parmi les choses, il en est dont nous pouvons jouir ; il eu est d'autres dont nous ne pouvons que faire usage. A Dieu seul nous devons nous attacher pour jouir de lui, c'est à cette jouissance que nous conduisent les mystères du Verbe incarné et l'autorité confiée à l'Èglise. Tout le reste, même ce cire nous, devons aimer, est simplement destiné à notre usage, puisque cet amour doit être rattaché à Dieu. Ainsi toute l'Ecriture se rapporte au double précepte de la charité, à l'amour à Dieu pour lui-même et à l'amour du prochain par rapport à Dieu.

 

 

CHAPITRE PREMIER. POUR TRAITER DE L'ÉCRITURE, IL FAUT SAVOIR EN DÉCOUVRIR ET EN EXPOSER LE SENS.

 

1. L'interprétation de l'Ecriture comprend deux choses : la manière de découvrir ce que l'on y doit comprendre, et la manière d'exposer ce que l'on y a compris. Nous parlerons successivement de la première et de la seconde. C'est une grande et difficile entreprise; n'est-il clone pas téméraire de m'y engager? Oui, sans cloute, si nous présumions de nos forces; mais lotit notre espoir de mener à bonne fin cet ouvrage, repose en Celui dont nous avons déjà reçu dans nos méditations bien des lumières sur ce sujet, et nous ne doutons point qu'il ne nous accorde celtes qui nous Manquent, dès que nous aurons commencé à communiquer celles qu'il nous a départies. Car posséder sans la donner une chose se donne sans s'épuiser, c'est ne pas la posséder encore comme il convient. Or, Dieu a dit : « Quiconque a déjà, on lui donnera encore (1). » Il donnera donc à ceux qui possèdent, c'est-à-dire, que si on use ave„ largesse de ce qu'on a reçu, il remplira et comblera la mesure qu'il a confiée. Ici il n'y avait que cinq pains et là que sept, avant de les donner â une multitude affamée;

 

1. Matth. XIII, 12.

 

à peine eut-on  commencé à les distribuer, qu'après en avoir rassasié plusieurs milliers d'hommes, on en remplit des corbeilles et des paniers entiers (1). De même donc que le pain se multiplia sous les mains qui le rompaient, ainsi ce que Dieu nous a déjà donné pour entreprendre cet ouvrage, des que nous aurons commencé à le communiquer, se fécondera sous le souffle de son inspiration, et loin de, nous trouver jamais réduit à la disette dans le cours de notre tâche, nous aurons à nous réjouir au sein d'une merveilleuse abondance.

 

 

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CHAPITRE II. LES CHOSES ET LES SIGNES.

 

2. Tout enseignement a pour objet les choses ou, les signes; c'est par les seconds qu'on arrive à la connaissance des premières. J'appelle proprement chose ce qui ne sert pas à déterminer un autre objet, comme le bois, la pierre, un animal, ou, tout être semblable. Ceci donc ne s'applique pas au bois que Moïse, au rapport de l'Ecriture, jeta dans les eaux amères pour les adoucir (2), ni à la pierre que Jacob avait posé sous sa tête (3), à l'animal qu'Abraham immola en place de son fils (4). Car ce

 

1. Matth. XIV, 17-21; XV, 34-38. — 2. Exod, XV,           26. — 3. Genès. XVIII, 17. — 4. Ibid. XXII, 13.

 

 

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bois, cette pierre et cet animal, outre la propriété d'être choses, » ont encore celle d'être signes » d'autres choses. Or il est des signes dont l'usage exclusif est de signifier quelque chose; telle est la parole que l'on n'emploie jamais qu'à cette titi. On comprend dès lors que j'entends par signe, » ce qui s'emploie pour désigner quelque chose. Ainsi tout signe est en même temps une certaine chose, autrement il ne serait absolument rien; mais toute chose n'est pas un signe. C'est pourquoi, dans cette division des choses et des signes, lorsque nous traiterons des choses, il pourra s'en rencontrer plusieurs qui aient la propriété de signifier; Tuais nous en parierons de manière à ne pas renverser l'ordre d'après lequel nous devons traiter d'abord des choses et ensuite des signes ; et rappelons-nous que nous n'avons à considérer ici dans les choses que ce qu'elles sont en elles-mêmes, et non ce qu'elles peuvent signifier d'ailleurs.

 

 

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CHAPITRE III. DIVISION DES CHOSES.

 

3. Il y a des choses dont il faut jouir, d'autres dont il faut user, d'autres enfin qui sont appelées à cette jouissance et à cet usage. Celles dont ou doit jouir, nous rendent heureux. Celles dont on doit user, nous soutiennent dans nos efforts vers la béatitude, et sont comme autant d'appuis et d'échelons à l'aide desquels nous pouvons parvenir et nous unir à l'objet qui doit faire notre bonheur. Pour nous, destinés à la jouissance et à l'usage de ces choses, nous sommes placés entre les premières et les secondes; si nous voulons jouir de celles dont il faudrait seulement user, nous entravons notre marche, et parfois même nous lui imprimons  une fausse direction, en sorte que l'amour des biens inférieurs qui nous enlace, retarde pour nous, si même il ne l'éloigne pour jamais, la possession de ceux qui doivent être l'objet de notre jouissance.

 

 

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CHAPITRE IV. DE LA JOUISSANCE ET DE L'USAGE

 

4. Jouir, c'est s'attacher par amour à une chose pour elle-même. User, c'est. faire servir ce qui tombe sous l'usage, à obtenir l'objet qu'on aime, si toutefois il peut être aimé. Car user d'une chose pour une fin illégitime, c'est moins un usage qu'un abus. Représentons-nous donc comme des voyageurs qui n'ont de bonheur à attendre que dans la patrie; désireux de la rejoindre pour mettre titi terme aux peines et aux misères de l'exil, nous avons besoin d'employer les véhicules nécessaires pour nous transporter sur terre ou sur mer jusqu'à cette patrie dont nous voudrions jouir. Mais si, captivés par les beautés du voyage et les douceurs mêmes du transport, nous nous arrêtons à jouir de ce dont il fallait seulement user, alors nous désirons voir la voie se prolonger, et sous l'empire d'un plaisir funeste, nous oublions la patrie dont les charmes devaient nous rendre heureux. Ainsi en est-il dans le cours de cette vie mortelle où nous voyageons loin du Seigneur (1); s'il est vrai que nous soupirions après la patrie où se rencontre le vrai bonheur, il faut user de ce monde et non pas en jouir; il faut s'en servir pour découvrir et admirer dans l'image des créatures, les grandeurs invisibles du Créateur (2), et s'élever ainsi de la vue des choses sensibles et passagères à la contemplation des choses spirituelles et permanentes.

 

 

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CHAPITRE V. L'OBJET DE NOTRE JOUISSANCE EST LA SAINTE TRINITÉ.

 

5. La Trinité sainte, Père, Fils et Saint-Esprit, tel est donc l'objet de notre jouissance. Chose unique dans son excellence et commune à tous ceux qui en jouissent, si toutefois nous pouvons l'appeler une chose, et non pas plutôt la cause de toutes choses; et encore ce dernier ternie suffit-il pour l'exprimer? Car il est difficile de trouver un nom qui convienne à un Eire si sublime, et ce que nous avons encore de plus expressif, est de dire que cette Trinité sainte est le Dieu unique; principe, soutien et fin de toutes choses (3). Ainsi le Pie et le Fils et l'Esprit-Saint sont chacun Dieu, et tous ensemble ne sont qu'un seul Dieu; chacun d'eux possède la plénitude de substance, et les trois ne sont qu'une même substance. Le Père n'est ni le Fils ni l'Esprit-Saint; le Fils n'est ni le Père ni l'Esprit-Saint, et l'Esprit-Saint n'est ni le Père ni le Fils, mais le

 

1. II Cor. V, 6. — 2 Rom. I, 20. —  3. Rom. XI, 38.

 

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Père est seulement le Père, le Fils seulement le Fils, et l'Esprit-Saint seulement l'Esprit-Saint. Aux trois appartiennent la même éternité, la même immutabilité, la même majesté et la même puissance. L'unité est dans le Père, l'égalité dans le Fils, et dans l'Esprit-Saint le lien de l'unité et de l'égalité. Et les trois sont tous trois un dans le Père, tous trois égaux dans le Fils, et tous trois unis dans l'Esprit-Saint.

 

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CHAPITRE VI. DIEU NE PEUT SE DÉFINIR.

 

6. Avons-nous dit et fait entendre un seul mot digne de Dieu? Non, sans doute, et je sens bien n'avoir eu que le désir de le faire, car ce que j'ai pu dire n'est pas ce que j'ai voulu dire. Si j'en ai la conviction, n'est-ce pas parce que Dieu est ineffable? Et si ce que ,j'ai dit était ineffable, aurais-je pu l'exprimer? Comment. même dire de Dieu qu'il est ineffable, puisque tout en lui. appliquant . cette expression, c'est en dire quelque chose? 11 existe ainsi je ne sais quelle contradiction dans les termes; car si l'on doit regarder comme ineffable ce qui ne peut s'exprimer, ce dont on peut dire seulement qu'il est ineffable, n'est plus ineffable. Prévenons par le silence cette lutte de mots, plutôt que de chercher à y mettre un terme par la discussion. Dieu cependant, dont on ne peut dignement parler, n'a point dédaigné l'hommage de la parole de l'homme, et il nous a fait un devoir de célébrer avec joie dans notre langage ses louanges et sa gloire. De là le nom même de Dieu, Deus, que nous lui donnons. Ce n'est point assurément le son de ces deux simples syllabes qui le fait connaître; mais lorsqu'elles viennent frapper les oreilles de tous ceux qui comprennent la langue latine, elles éveillent aussitôt dans leur esprit la pensée d'une nature immortelle et souveraine dans son excellence.

 

 

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CHAPITRE VII. TOUS LES HOMMES COMPRENNENT SOUS L'IDÉE DE DIEU L'ÊTRE LE PLUS EXCELLENT.

 

7. Quand, en effet, les hommes s'arrêtent à considérer le Dieu souverain, et je parle de

ceux-mêmes qui se figurent d'autres dieux dans le ciel ou sur la terre, à qui ils rendent des vœux et des hommages, toujours ils se le représentent comme la nature la plus excellente et la plus sublime que leur esprit puisse concevoir. Mais ils sont touchés par des biens de différente nature, les uns par les plaisirs des sens, d'autres par les plaisirs de l'esprit. Ceux donc qui se laissent captiver par les sens, regardent comme le Dieu souverain le ciel, ou ce qu'ils y voient de plus éclatant, ou le monde lui-même. Et ceux dont les conceptions s'élèvent au delà des limites de cet univers, imaginent quelque substance lumineuse qu'ils supposent infinie, et à laquelle ils prêtent, dans leurs vaines fictions, telle forme qu’ils jugent la plus parfaite; ils lui attribuent même la figure du corps humain, quand ils la préfèrent à toutes les autres. S'ils n'admettent pas l'existence d'un Dieu souverain de tous les dieux, mais en imaginent un nombre infini de même ordre, ils se représentent toujours chacun d'eux sous la forme corporelle qu'ils .jugent la plus parfaite. Quant à ceux qui cherchent à découvrir par l'intelligence ce qu'est Dieu, ils le placent au-dessus de toutes les natures visibles et corporelles, au-dessus même de toutes les substances intelligentes et spirituelles, au-dessus de tous les êtres muables. Tous proclament à l'envi l'excellence de la nature divine, et pas un- seul ne se rencontre qui regarde Dieu comme un être inférieur à quelqu'autre que ce soit. Ainsi tous reconnaissent d'une voix unanime pour Dieu toute substance qu'ils estiment au-dessus de toutes les autres.

 

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CHAPITRE VIII. DIEU EST LA SAGESSE IMMUABLE ET DOIT ÊTRE PRÉFÉRÉ A TOUT.

 

8. Tous ceux qui s'appliquent à se former l'idée de Dieu, le conçoivent comme une nature vivante; mais ceux-là seuls évitent de tomber dans des pensées absurdes et indignes de la divinité, qui le conçoivent comme la vie même. Car toutes les formes corporelles qui s'offrent à leurs regards leur apparaissent vivantes ou inanimées, et ils préfèrent celle qui possède la vie à celle qui en est privée. Ils comprennent aussi que cette forme corporelle vivante, quels que soient l'éclat dont elle brille, la grandeur qui la distingue et la (7) beauté dont elle est ornée, n'est pas la même chose que la vie qui l'anime, et ils attribuent à cette vie une excellence incomparable sur la matière à laquelle elle est unie. S'attachent-ils ensuite à considérer la vie en elle-même? ils estiment bien supérieure à la vie purement végétative des plantes, la vie sensitive des animaux, et plus parfaite que cette dernière, la vie intelligente de l'homme. Frappés de nouveau du caractère de mutabilité clé cette vie intelligente, ils se voient forcés de lui préférer encore une autre vie inaccessible au changement, c'est-à-dire cette vie qui ne s'écarte jamais des principes de la sagesse, et qui est proprement la