JOB
Précédente Accueil Suivante


rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

Accueil
HISTOIRE
LES RÉTRACTATIONS
LETTRES
LES CONFESSIONS
LA CITÉ DE DIEU
DE LA TRINITÉ
GENÈSE
LOCUTIONS
QUESTIONS
JOB
COM. ECRITURES II
LES PSAUMES
SAINT JEAN
PARTHES
SERMONS DÉT.
SERMONS INÉDITS
DOCTRINE Xtienne
V. THÉOLOGALES
COMBAT CHRÉTIEN
CATÉCHISME
CONTINENCE
MARIAGE
VIRGINITÉ
VIDUITÉ
UNIONS ADULTÈRES
DU MENSONGE
Ctre LE MENSONGE
TRAVAIL D. MOINES
DIVINATION
DEV.  AUX MORTS
DE LA PATIENCE
DU SYMBOLE
DISC. CHRÉTIENNE
CANTIQUE NOUVEAU
UTILITÉ DU JEUNE
RUINE DE  ROME
LES SOLILOQUES
IMMORTALITÉ
VIE BIENHEUREUSE
DU MAÎTRE
DE L'ORDRE
ACADÉMICIENS
GRANDEUR DE L'AME
LIBRE ARBITRE
DE LA MUSIQUE
DES MOEURS
VRAIE RELIGION
RÈGLE  S. AUGUSTIN
POLÉMIQUES

ANNOTATIONS SUR LE LIVRE DE JOB

Cette traduction est due à M. l'abbé JOYEUX.

 

In Oeuvres complètes de Saint Augustin, Tome Quatrième, p.590-641, Bar-Le-Duc, 1866

 

CHAPITRE PREMIER. —  Prospérité de Job; tentation du démon ; premières épreuves.

CHAPITRE II — Nouveaux malheurs ; résignation.

CHAPITRE III. — Cris arrachés, par la douleur: vanité des grandeurs humaines.

CHAPITRE IV. —  Eliphaz de Théman reproche à Job son peu de fermeté et l'injure qu'il fait à Dieu.

CHAPITRE V. — Suite du discours précédent: Dieu punit les méchants.

CHAPITRE VI. —  Paroles de Job ; sa justification.

CHAPITRE VII. — Nouvelles preuves de l'innocence de Job. —  Grandeur de ses maux.

CHAPITRE VIII. —  Job doit confesser ses fautes. —  Paroles de Baldad de Sueh.

CHAPITRE IX. —  Réponse de Job.

CHAPITRE X.. — Plaintes et prière de Job.

CHAPITRE XI. — Reproches outrageants. Paroles de Sophar le Minéen.

CHAPITRE XII. —  Paroles de Job

CHAPITRE XIII. —  Faux raisonnements des accusateurs de Job.

CHAPITRE XIV. — Brièveté et misères de la vie humaine ; espoir de la résurrection.

CHAPITRE XV. —  Job accusé de blasphème. —  Paroles d'Éliphaz de Théman.

CHAPITRE XVI. — Reproches de Job à ses consolateurs importuns; il est innocent. —  Paroles de Job.

CHAPITREXVII. — Exhortations à ses faux amis; la mort est l'objet de son désir

CHAPITRE XVIII. — Nouveaux reproches de Baldad : les maux ne sont infligés qu'aux méchants. Paroles de Baldad de Sueh.

CHAPITRE XIX. — Job veut exciter ses accusateurs à la compassion et les convaincre de son innocence. — Paroles de Job.

CHAPITRE XX. —  Sophar sur le point d'être persuadé de l'innocence de Job retombe dans ses invectives. —  Paroles de Sophar le Minéen

CHAPITREXXI. — La conduite de Dieu étonne Job, mais ne saurait prouver sa cupabilité. —  Paroles de Job.

CHAPITRE XXII. — Injures et calomnies d'Eliphax à ce sujet. —  Paroles d'Eliphaz de Théman.

CHAPITRE XXIII. —  Dieu seul connaît le coeur et les sentiments de Job. — Paroles de Job.

CHAPITRE XXIV. —  Jugements de Dieu cachés aux hommes.

CHAPITRE XXV. — Baldad taxe d'orgueil Job qui se dit pur aux deux du Seigneur. — Paroles de Baldad le Sueh.

CHAPITRE XXVI. — Job connaît la grandeur de Dieu; ce n'est ni à lui ni à Baldad à donner  des conseils au Tout-Puissant. —  Paroles de Job.

CHAPITRE XXVII. — Grandes leçons de Job.

CHAPITRE XXVIII. —  L'homme méconnaît la vraie sagesse, elle réside en Dieu.

CHAPITREXXIX. — Retour sur sa vie passée.

CHAPITRE XXX. —  Changement de fortune; la vue de ses malheurs attendrira le Seigneur.

CHAPITRE XXXI. — Job a observé toute la Loi.

CHAPITRE XXXII. —  Indignation d'Eliu deBuz, en entendant la justification de Job. —  Paroles d'Eliu de Buz.

CHAPITRE XXXIII. —  Autres reproches d'Eliu; il excité Job à l'humilité et à l'aveu de ses fautes.

CHAPITRE XXXIV. — Eliu indigné continue d'insulter Job ; il prie Dieu de ne le point épargner.

CHAPITRE XXXV. — Leçons d'Eliu à Job blasphémateur et impie.

CHAPITRE XXXVI. — Exhortations d'Eliu de Buz, pour amener Job à des sentiments de pénitence.

CHAPITRE XXXVII. —  Description de la sagesse, de la grandeur et de la puissance de Dieu par Eliu de Buz.

CHAPITRE XXXVIII. — Le Seigneur reproche à Job ses discours inconsidérés.

CHAPITRE XXXIX. — Interrogations du Seigneur à Job sur la nature et les propiétés de certains animaux.

 

Haut du document

 

 

ANNOTATIONS SUR LE LIVRE DE JOB (1).

 

CHAPITRE PREMIER. —  Prospérité de Job; tentation du démon ; premières épreuves.

 

3. « Ses « travaux étaient grands sur la terre : » car il s'occupait de perfectionner ses travaux mêmes.

4. « Chaque jour, à tour de rôle, ils se donnaient un festin, » signe de charité.

5. « Il offrait pour chacun d'eux des victimes. » Les aveux de chacun d'eux étaient comme autant de victimes particulières et différaient des sacrifices généraux présentés pour les péchés de tous; c'est ce qu'il fait entendre, en disant : « Peut-être mes enfants ont-ils péché et maudit Dieu dans leur coeur. » Il a raison de dire : « peut-être, » car il ne fait que redouter ce malheur.

6. « Et voici que les anges de Dieu vinrent pour se présenter devant le Seigneur. » L'amour de l’âme pour la vérité ne peut s'exprimer qu'en faisant connaître de quelque manière le temps et le lieu. « Et le démon vint aussi avec eux. » Est-ce par ce qu'il ne pouvait entendre que par leur intermédiaire, qu'il est dit : « avec eux ? »

7. « Et le Seigneur dit au démon :D'où viens-tu ? » La réponse à cette question, c'est le rapprochement de et qu'il a fait et de la permission qui lui est donnée d'agir ensuite. La question elle-même est la puissance divine, qui ne permet pas de faire ce que l'on veut, car « l'impie sera questionné sur ses pensées (2), » pour nous le faire connaître.

11. «Mais étendez la main, et touchez à ce qu'il possède. » Donnez-en le pouvoir. «S'il ne vous bénit en face. » Suspension qui signifie: S'il ne vous bénit en face, quand vous aurez touché à ses biens, qu'ordonnerez-vous ? Ce dernier mot est sous-entendu.

12. « Et le démon s'éloigna de devant le « Seigneur. » Il va du conseil à l'action.

15. « Les ennemis vinrent et s'en saisirent ; »

 

1 Voir II Rétr. ch. 1(3). —  2 Sag.I, 9.

 

conformément, à cette parole : « Il agit maintenant dans les enfants de la défiance (1), » il excita également ces ennemis. Remarquez comment il exercé sa puissance sur les hommes et sur les éléments : mais il la tient de Dieu.

21. « Je suis sorti nu du sein de ma mère.» Notez combien ce langage est consolant, quoique d'ailleurs Job s'abandonne à la douleur, selon l'usage.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE II — Nouveaux malheurs ; résignation.

 

6. «Je te l'abandonne, respecte seulement son âme, » c'était pour qu'il ne se crût pas autorisé à lui ôter la vie.

8. « Il se saisit des débris d'un vase, afin d'enlever le pus de ses plaies. » Figure de la Passion du Seigneur; par elle les péchés sont effacés à ceux qui les confessent.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE III. — Cris arrachés, par la douleur: vanité des grandeurs humaines.

 

3. « Et la nuit dans laquelle on a dit : Un homme est conçu. » Ce sont quelques puissances supérieures qui ont tenu ce langage, car elles ont pu avoir connaissance de ce fait.

4. « Que cette nuit soit ténèbres : » pour que Job n'ait plus à souffrir ce qu'il a souffert. « Que cette nuit soit ténèbres, » c'est-à-dire, livrée à l'oubli. « Que d'en haut le Seigneur ne la recherche pas. » Qu'elle ne soit point reproduite dans l'immortalité, c'est-à-dire qu'elle périsse avec tout ce qui est mortel. « Que la lumière ne l'éclaire point; » la lumière du souvenir.

5. « Mais qu'elle entre dans les ténèbres et les ombres de la mort, » cette vie qui est l'ombre des châtiments futurs. Le sens serait donc: que le ,juste, qui est la vraie lumière, ne la voie point, mais plutôt les ténèbres, c'est-à-dire les pécheurs et les tribulations charnelles issues de cette vie. « Que le trouble lui vienne comme les

 

1 Eph. II,16.

 

591

 

amertumes du jour. » Ces amertumes sont les préceptes d'une sainte vie ou le jour du jugement, qui épouvantent les hommes charnels.

6. « Que cette nuit entre dans les ténèbres, » éternelles. « Qu'elle ne compte plus parmi les jours de l'année, » pour les justes devenus spirituels qui jouissent du soleil et sont plus élevés, que les autres.       .

7. « Mais qu'elle soit douleur; » parce qu'elle apporte la douleur à ceux qui l'aiment. « Qu'elle ne compte plus dans les jours des mois, » pour ces justes qui, représentés dans l'Eglise par l'astre des nuits, sont inférieurs aux autres ; c'est à eux que s'adressent ces paroles : « Pour moi, mes frères, je n'ai pu vous parler comme à des hommes spirituels (1). » Saint Paul alors serait au nombre des jours de l'année.

8. « Que celui-là la maudisse, qui maudira le jour. » C'est-à-dire le Seigneur, qui maudit les amateurs des plaisirs charnels.

9. « Que les astres de cette nuit s'obscurcissent; » les hommes les plus avancés dans le péché. « Qu'elle reste et ne vienne point à la lumière ; » parce qu'ils ne se convertiront point ; c'est une prophétie.

10. « Parce qu'elle n'a point fermé le sein de ma mère ; » de la cité terrestre que figure Babylone. Elle serait fermée si on ne louait point le pécheur dans les désirs de son âme (2). «Pourquoi ne suis-je point mort dans le sein maternel ? » Avant de me signaler en votre présence par quelqu'action, car la conception n'est qu'une espérance. « Que n'ai-je péri en sortant de son sein ? » Voyez dans ces mots la figure d'un homme qui aurait vieilli dans la concupiscence.

12. « Pourquoi mes genoux se sont-ils fortifiés, » afin de m'affermir ? « Pourquoi ai je sucé le lait, » de la doctrine qui prépare au péché ?

13. « Maintenant je me reposerais dans mon sommeil ; » en mourant pour ce monde.

14. « Avec les rois que la terre a mis en honneur, » dans l'Eglise. « Qui se glorifiaient dans leur épée ; » dans « le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire, la parole de Dieu (3). « Ou avec les princes qui possèdent beaucoup d'or; » beaucoup de sagesse. « Qui ont rempli leur palais d'argent; » de la parole de Dieu.

16. « Comme un avorton échappé du sein de sa mère ; » et qui n'a pas été remarqué. «Ou

 

1 II Cor. III, 1. — 2 Ps. IX, 2,4.   3 Eph. VI, 17.

 

comme les enfants qui n'ont pas vu la lumière ; » qui ne sont parvenus à aucun rang distingué.

17. « Là les impies ont déposé leur fureur ; » en mourant à ce monde. « Là reposent les forts épuisés de fatigue ; » fatigués dans leur corps, et non dans leur âme ; ou après avoir accompli la destinée des créatures périssables.

18. « Ils n'ont point entendu la voix de l'exacteur. » De là cette parole : « Le juge te livrera à l'exacteur (1); » c'est-à-dire que leurs péchés leurs sont pardonnés : il parlait des impies.

19. « Là sont le grand et le petit. » On peut bien ici ne voir qu'un seul homme, conformément à cette sentence : « Celui qui s'humilie sera glorifié (2). —  Et le serviteur qui ne redoute « point son maître ; » dans le sens de ce passage « Veux-tu ne pas craindre la puissance ? fais le bien (3); » ou de cet autre : « L'amour parfait chasse la crainte (4). »

20. « Pourquoi la lumière est-elle donnée à ceux qui sont dans le chagrin ? » C'est l'honneur accordé aux méchants. « Et la vie aux âmes qui sont dans la douleur ? » Dans ce qui produit la douleur, c'est-à-dire dans le péché.

21. « Qui désirent la mort, et elle ne vient point. » Ils ne recueillent point de fruit du péché. 23. « La mort est un repos pour l'homme dont la vie est cachée. » Parce qu'elle n'est vue que de Dieu, ou connue que d'un petit nombre. Cela s'entend de cette mort qui nous fait mourir au monde; en l'autre il n'y a point de repos. « Dieu l'a enfermé de toutes parts ; » en ne l'abandonnant pas aux désirs de son coeur.

24. «Avant de prendre ma nourriture, le gémissement est sur mes lèvres. » Avant la joie de la nourriture céleste, arrivent les tribulations. « Et je pleure dans les angoisses;» envoyant que je ne puis éviter ce que je redouté.

25. « Car la crainte queue redoutais est venue jusqu'à moi. » L'adversité qui nous vient de la miséricorde divine pour notre amendement.

26. « Je n'ai été ni dans la paix, ni dans le silence, ni dans le repos. » Car ce n'était que de faux biens dont il redoutait la perte. «Et la colère es venue jusqu'à moi. » La vengeance devant laquelle le juste à peine sera sauvé (5).

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE IV. —  Eliphaz de Théman reproche à Job son peu de fermeté et l'injure qu'il fait à Dieu.

 

3. « Qui soutiendra le poids de tes

 

1 Luc, XII, 58. —  2 Ib. XIV, 11. — 3 Rom. XIII, (3). —  4 I Jean, IV, 18. — 5 I Pierre IV, 18.

 

592

 

paroles ? » Eliphaz se croit donc contraint de parler, parce qu'il ne peut supporter les paroles de Job.

6. « Ta crainte n'est-elle pas insensée ? » Si tu étais sincère en conseillant les autres, tu devais t'attendre à ce qui t'arrive. Tu t'effraies sans raison de ces maux, n'as-tu pas dit: «La crainte que je redoutais est venue jusqu'à moi (1) ? Et ton espérance, et la simplicité de ta vie ne  sont-elles pas comme la sottise, » celle qui fait croire que ces biens sont véritables ?

10. « Le rugissement du lion et le cri de la lionne; » c'est-à-dire le démon lui-même, et la cité orgueilleuse, souvent décrite parles prophètes sous les traits de la bête. « Et la joie du dragon sera anéantie; » celle des orgueilleux et des traîtres.

11. « Le myrmicoléon a péri, parce qu'il n'a plus de proie; » parce qu'au dernier jour le démon n'en pourra plus séduire pour les dévorer, car les bons seront séparés des méchants.Eliphaz se trompe en appliquant à Job les paroles prophétiques qui doivent s'entendre du démon. Celui-ci doit être ainsi appelé (fourmi-lion), soit parce que les traits de ces deux bêtes sont en lui

cet animal pille et enlève secrètement le  froment, et l'empêche de produire, en détruisant son germe; soit encore parce que le démon est le maître des avares et de ceux qui thésaurisent; soit enfin parce qu'il tourmente les justes, lesquels, semblables aux fourmis, rassemblent en été les provisions de l'hiver; mais il ne pourra les dévorer, car alors les bons seront séparés des méchants. « Et les petits du lion ont été dispersés. » Les princes issus de l'alliance de cette cité avec le démon avaient formé une ligue qui a été dissipé, ou bien, ils se sont détruits les uns les autres, selon cette parole : « Une nation s'élèvera contre un autre nation (2). »

12. «Aucun de ces maux ne te serait arrivé; » soit ces pertes, ces privations, ces plaies saignantes, soit les tristesses qui ont accablé ton esprit. Tu aurais su te consoler, si tes discours avaient été sincères.

13. « Ne m'a-t-il pas fait entendre de   magnifiques accents ? » Il annonce ici que ses paroles lui sont inspirées d'en haut.

15. « Et un esprit vint se placer devant moi. » Il veut nous faire entendre qu'un souffle l'a touché, et l'on voit, par ce qu'il ajoute, que ce n'était pas selon lui un vain fantôme. Rappelons-nous

 

1 Job. III, 25. — 2 Marc, XIII, 8.

 

que l'Esprit-Saint descendit de cette manière sur les Apôtres.

17. « Eh quoi ! l'homme sera-t-il jamais pur devant Dieu ? » Il veut dire ou qu'il a entendu énoncer cette pensée, ou qu'il a été saisi d'effroi en voyant que personne n'est pur devant Dieu, ou qu'il a eu ce genre de vision, parce que nul n'est assez pur pour voir Dieu tel qu'il est. Ici le mot pur signifie une pureté parfaite plus haut il s'entendait d'un pureté relative, et en ce sens il a pu dire que l'homme ne périrait pas.

18. « S'il ne croit pas le mal contre ses serviteurs. » C'est ce qui arriva lorsqu'Elie disait: « Seigneur, ils ont tué vos prophètes ; » il lui fut répondu : « Je me suis réservé sept mille hommes (1). » Non pas que ces sept mille hommes fussent déjà purs. Cela était dit des anges'et des prophètes. « Et dans ses anges même il a trouvé « le mal; » ou parce que le mal a été dit contre eux, ou parce qu'ils l'ont dit eux-mêmes. Ceci peut s'entendre même des bons anges.

19. « Ceux qui habitent des maisons de boue, » dont la conversation n'est pas dans le ciel. « Il les a frappés comme s'ils étaient rongés par les vers. » Ou bien quelque maladie les a rongés comme les vers; ou Dieu lui-même les a condamnés à être mangés par les vers, ou. enfin leurs coupables voluptés ont fait naître en eux-mêmes un germe de corruption qui les a rongés peu-à-peu ; c'est parce qu'ils habitaient une maison de boue.

20. « Nés le matin, le soir ils ne sont plus. » Cela veut dire qu'ils ne sont plus rien après cette vie, ou qu'ils arrivent promptement de la prospérité à 1a tribulation ; car le châtiment les a suivis de près. « Et parce qu'il n'ont pu s'aider, ils ont péri, » c'est qu'ils ont mis en eux leur espérance.

21. « Ils ont péri, parce qu'ils n'avaient pas la sagesse, »la sagesse de ne pas se confier en eux-mêmes.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE V. — Suite du discours précédent: Dieu punit les méchants.

 

1. « Appelle à ton secours; peut-être quelqu'un répondra-t-il. » Dieu répond à ceux qui son purs à ses yeux.

2. « Car la colère tue l'insensé. » L'indignation qui le saisit à la vue de son malheur, comme s'il lui arrivait injustement : il oublie que les souillures de son âme, connues de Dieu, empêchent les Anges de répondre à sa prière, ou de

 

1 III Rois, XIX, 14, 18.

 

593

 

se montrer à lui ; car n'ayant pas ces pensées, il est insensé, et son injuste colère le fait mourir. Ou bien encore l'insensé ne peut voir ni entendre les anges, parce qu'il est battu par sa colère, anéanti par ses emportements. « Et l'envie fait mourir celui qui se trompe, » quand il veut imiter les pécheurs.

3. « J'ai vu les insensés comme affermis par de profondes racines. » Les insensés sont ici les impies; et la sagesse de l'homme signifie sa piété, comme la suite nous le fera voir.

4. « Et qu'ils soient écrasés à la porte des faibles, » c'est-à-dire des humbles, lorsque ceux-ci seront reçus dans la chambre de l'époux et que les insensés seront laissés dehors (1).

5. «Le juste se nourrira de ce   qu'il aura amassé. » Ceci peut s'appliquer aux Juifs,      qui ont recueilli les prophéties, mieux reçues ensuite parles Gentils, ou bien à ceux qui nourrissent leur âme en faisant ce que d'autres prescrivent sans l'accomplir. « Pour eux, ils ne seront point délivrés de leurs péchés, » quoiqu'ils enseignent ce qu'il faut éviter. « Et que leur force soit anéantie ; » quand ils se prévalent contre le faible; qu'elle soit épuisée et qu'ils connaissent les fatigues.

6. « Car ce n'est point la terre qui produit la douleur. » Ils n'ont point à se plaindre des créatures, mais d'eux-mêmes.

7. « L'homme est né dans le travail.» On dit ici : « Il est né, » en ce sens que l'homme quitte un état de repos pour une vie laborieuse. « Et «les petits du vautour s'élèvent très-haut dans « leur vol. » Le vautour, c'est le Seigneur qui, des hauteurs de la Prophétie, voit notre condition mortelle : il vient s'en revêtir et nous changer en son corps. Les petits du vautour sont. les petits de l'époux; leur vol est très-élevé, puisque leur conversation est dans le ciel (2); aussi sont-ils délivrés du travail dans lequel l'homme vient au monde. Ils ont obéi à celte voix: « Venez à moi, vous tous qui travaillez (3). » Par les petits du vautour, on peut encore entendre, en mauvaise part, les puissances de l'air, à qui la mort, c'est-à-dire le péché, sert de pâture. Parce que ces anges prévaricateurs n'ont pas été abaissés à notre condition mortelle, condamnés à nos fatigues, ils s'en prévalent à l'excès : ils s'élèvent très-haut dans leur vol.

10. « Il répand la pluie sur la terre. » Il fait miséricorde à ceux qui s'avouent coupables.

 

1 Matt.XXV.   2 Phil. III, 20.   3 Matt. XI, 28.

 

12. « Afin que leur main n'accomplisse pas ce qu'ils ont médité; » qu'ils ne fassent pas ce qu'ils ont promis, quand ils ont menacé d'écraser le faible.

14. « Pendant le jour ils seront environnés de ténèbres ; » comme les Juifs qui n'ont pas connu le Seigneur. « Au milieu du jour ils tâtonneront comme pendant la nuit : » En voyant les miracles les uns disent . « Est-ce un prophète ? » les autres: « Il séduit le peuple (1). » Ils n'ont point voulu ouvrir les yeux à la lumière.

15. « Qu'ils périssent dans la lutte ; » dans les tentations. — « Que le faible échappe aux mains du fort; » à celles du démon. « Que l'espérance soit au coeur du faible ; » car ces forts cherchent ici la réalité même.

17. « Bienheureux l'homme que le Seigneur reprend. » Ici Eliphaz se trompe, il croit que Job souffre à cause de ses péchés : au contraire Job est bienheureux; parce que s'il est condamné en cette vie, il peut se purifier.

19. « Et le septième jour le mal ne pourra t'atteindre. » Désignation mystérieuse du sabbat.

20. « Au temps de la famine, il te préservera de la mort. » Par sa parole il nourrit et rend fort contre la tentation. « Au jour du combat il te délivrera de la main de fer; » de la puissance des chaînes.

21. « Il te dérobera aux morsures de la langue : » pour que tu ne ressentes pas les outrages, et non pour les détourner de toi.

22. « Tu te riras de l'injuste et du méchant; » comme il est dit que la sagesse se rira de la perte des méchants (2). « Tu n'auras plus à craindre les « bêtes cruelles, » c'est-à-dire, tu ne craindras plus les Juifs, car les gentils seront dociles à ta voix. Ceci doit s'entendre de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Eliphaz se trompe ici en attribuant à Job ce qui lui est révélé ; tout doit s'appliquer au Sauveur.

23. « Parce que tu as fait alliance avec les pierres des champs. » Ces pierres des champs sont les Gentils. La Loi ne fut point promulguée parmi eux; ils étaient comme les pierres qu'on assemble pour l'édifice. « Les animaux féroces s'apprivoiseront devant toi. » On peut appliquer ceci aux Juifs comme aux        Gentils.

24. « Tu verras ensuite reposer en paix ta maison; » c'est-à-dire l'Eglise.

 

1 Jean, VII, 40, 12. —  2 Prov. I, 26.

 

594

 

25. « Et tes enfants seront comme l'herbe des champs ; » préservés de la sécheresse.

26. « Et tu viendras dans le tombeau comme le froment bien mûr. » Après ta passion.

27. « Voilà ce que nous avons attentivement « médité. » Ces paroles confirment l'autorité de cette prophétie. « Pour toi, sache bien te connaître toi-même et ce que tu as fait. » Car Dieu n'a pas permis que ceci t'arrive injustement.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE VI. —  Paroles de Job ; sa justification.

 

3. « Il te semble donc que mes paroles sont mauvaises. » Job n'a point parlé pour se plaindre des coups de l'adversité ; il n'a fait qu'exprimer sa douleur, moins la sienne propre que celle que lui fait éprouver le sort du genre humain tout entier.

4. « Les flèches du Seigneur se sont     fixées sur moi. » C'est la parole de Dieu qui transperce l'âme en lui faisant confesser ses fautes. « Leur fureur s'est abreuvée de mon sang; » car elles enlèvent le péché. « Dès que je veux parler, elles m'aiguillonnent. » Elles m'imposent ce que je dois dire.

5. « Eh quoi ! N'est-ce pas quand il a faim que l'onagre pousse de vaines clameurs ?» S'il souffre de la faim, c'est qu'il a voulu être libre. « Le boeuf mugira-t-il, quand il aura devant lui sa nourriture? » Le travail du boeuf préparé à l'âne sa nourriture. Ainsi fut-elle préparée aux Gentils parles Prophètes et les Apôtres, qui étaient Juifs. Ces paroles expriment donc le désir de manger; c'est-à-dire d'être secouru, et non l'impatience de souffrir.

6. « Le pain peut-il sans sel être mangé? » Comme si on lui disait: Pourquoi donc parles-tu ainsi en figures? Il répond que ces choses exprimées au propre seraient sans saveur. « Quelle « douceur y a-t-il dans les discours insensées ? » Il appelle insensés les discours des hommes ; la parole de Dieu est le vrai pain, mais le pain céleste. « Voilà pourquoi mon esprit ne peut se taire. » De même que sans le sel on ne peut goûter le pain, ainsi je me dois tout entier à la parole de Dieu, selon ce qui est écrit : « Comment entendront-ils, si personne ne les prêche (1) ? »

7. « Je le vois, ma nourriture est devenue fétide comme l'odeur du lion. » Mes paroles sont fétides comme le lion : ou parce que dans leur orgueil ils se sont prévalus de leurs pensées,

 

1 Rom. X, 14.

 

ou parce que s'attachant aux plaisirs charnels, ils ont répandu l'odeur du lion, eux qui se glorifient en leurs discours.

8. « S'il plaît au Seigneur que ma demande arrive. » Il appelle demande la chose même qu'il sollicite. « Et qu'il réponde à mes espérances. » L'épreuve est bonne pour celui qui a l'espérance d'être consolé après la tribulation,, Le mot espérance est ici bien choisi, car après avoir obtenu ce qu'il attend, l'homme n'a plus besoin d'être éprouvé.

10. « Que la cité dont je franchissais les murailles soit pour moi un sépulcre. » Il veut que la cité impie de Babylone soit pour lui un sépulcre, non pour qu'elle le couvre de ses ruines, mais afin qu'elle sache qu'elle ne renferme que des morts, elle où il se vantait de trouver son appui et sa défense. « Je serai sans pitié ; car je n'ai point dit le mensonge; mes paroles sont les paroles saintes de mon Dieu. » Il a seulement dit ce que le Seigneur lui a inspiré; savoir que l'humanité en général a besoin de se, cours pour le louer.

11. « Quelle est ma force pour tout supporter? » Voilà la blessure. « Combien de temps encore « mon âme doit-elle souffrir? » Aux approches de la mort les hommes sont pressés de se convertir et de faire à Dieu l'aveu de leurs péchés les plus honteux ; et cette considération l'a forcé à se reconnaître coupable.

12. « Ai-je la force des pierres ?» Il désigne les endurcis, que les traits de la parole divine ne peuvent pénétrer, que rien ne touche et ne détermine à confesser leurs péchés.

13. « Ai-je refusé de me confier en lui dans ma prospérité? » quand, à l'image de Dieu, j'étais immortel. « Et il m'a retiré son appui. » Je suis devenu mortel en voulant me confier en moi . « Dieu m'a visité et m'a dédaigné ; » selon ce, qui est écrit : « Qu'est-ce que le fils de l'homme; « pour que vous le visitiez (1) ?»

16. « Mes proches ont refusé de me voir. » J'ai fait horreur aux anges. « Comme le torrent qui s'écoule. » J'ai été comme inondé par la miséricorde; tout s'est desséché, et il n'y a plus de source pour me désaltérer. « Ils sont passés devant moi comme les flots . » Les consolations étaient donc pour lui comme un breuvage. «Ceux qui me craignaient sont venus fondre sur moi. A Le démon avec ses anges. « C'en est fait de moi, je suis exilé de ma propre maison ; » il veut

 

1 Ps. VIII, 5.

 

595

 

parler de la demeure éternelle ou de sa propre conscience : c'est pourquoi il était assis devant. sa porte,.

19. « Voyez les chemins de Théman, les sentiers de Saba. » Il désigne ici ceux qui n'aiment que les biens de ce monde, sur lesquels il assure ne pas s'appuyer lui-même, ou mieux l'humanité qu'il représente.

20. « Et vous aussi, vous vous êtes impitoyablement élevés contre moi, » pensant que l'homme est heureux s'il regorge des biens de ce monde. Ils l'insultaient en effet plutôt qu'ils ne compatissaient à ses maux.

21. «Mais voyez mes blessures et craignez ; » comprenez ce qu'elles signifient et craignez les châtiments à venir.

22. « Eh quoi? que vous ai-je demandé et qu'ai-je besoin de votre force ? » car il souffre en la présence de Celui qui peut le guérir.

24. « Instruisez-moi, et je garde le silence. » Ils devaient être attentifs à ses enseignements, puisqu'ils ne pouvaient l'instruire.

25. « Mais je le vois, les paroles de l'homme véridique ont été en petit nombre sur vos lèvres. » Il appelle l'homme véridique celui qui par sa conversion est devenu un vrai modèle de pénitence, et dont ses amis. imitaient peu le langage.

26. «Je n'implore point votre secours. » L'homme véritable n'implore que le secours de Dieu, et cet homme véridique aussi est celui qui avoue ses péchés :delà cette parole : « Celui qui pratique la vérité vient à la lumière (1). —  Je ne supporterai plus désormais les excès de votre langage ; » c'est la parole de Dieu qu'il veut seule accepter, c'est-elle qui doit le guider

27. « Et cependant vous vous attaquez à l'orphelin » voilà votre rôle : vous voulez m'injurier sans comprendre. ce que tout ceci signifie. Ils n'auraient pas dû insulter Job qui était en leur présence ; aussi dit-il: « Et cependant. »

28. « Maintenant, que vous me voyez, laissez-moi en repos ; » puisque vous ne pouvez m'instruire.

29 . « Et recherchez désormais la justice. » Il leur avait d'abord semblé que le bon droit les faisait parler

30. « Car l'iniquité n'est point sur mes lèvres, et mon coeur n'a-t-il point médité la sagesse ? » Il n'a point accusé Dieu, dit-il, mais il a fait parler un homme qui s'accusait lui-même, comme

 

Jean, III, 21.

 

déjà il nous l'a fait comprendre dans ses autres paroles. C'est ainsi qu'il a médité la sagesse.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE VII. — Nouvelles preuves de l'innocence de Job. —  Grandeur de ses maux.

 

1. « La vie de l'homme sur la terre n'est-elle pas une épreuve? » Il dit ici plus clairement ce qu'il représentait plus haut dans son langage. La tentation pour lui est comme l'arène du combat, où l'homme doit être vainqueur ou vaincu. « Et son existence comme celle du mercenaire à la journée, » qui attend de ce monde son salaire. Par conséquent ceux qui attendent en l'autre vie la récompense de leurs vertus ne vivent plus sur la terre.

2. « Comme l'esclave qui redoute son maître et qui court à l'ombre. » Ceci rappelle la fuite d'Adam pour éviter la présence du Seigneur et le feuillage dont il se couvrit: il n'eut que l'ombre de ce feuillage, après avoir abandonné le Seigneur. « Ou comme le mercenaire qui attend le salaire de son travail. » Celui-ci diffère du précédent en ce que le premier possède les biens temporels, tandis que lui les désire.

3. « Ainsi ai-je eu des mois d'une attente stérile. » Il les a appelés stériles, parce qu'il y recherchait ou l'ombre, des biens temporels. « Et des nuits de douleurs m'ont été données. » Ce sont celles où l'on perd la lumière de la sagesse, et où on se prépare des châtiments pour l'avenir.

4. « Si je m'endors, je demande quand luira le jour; si je veille, je cherche aussi quand viendra le soir. » C'est bien là le désir du travail qui tourmente l'homme dans le repos, et celui du repos qui le tourmente dans le travail. « Du soir au matin je suis rempli d'amertume. » Voilà ou il est arrivé en se séparant de Dieu. Aussi Dieu s'avançant vers le soir, les chassa (1). Ce qui signifie que les malheureux n'ont d'espoir de soulagement que le matin, selon ce qui est écrit : « Le matin je me présenterai devant vous (2); » c'est-à-dire, quand après le jugement, Dieu, le véritable matin, se révèlera aux justes. C'est pourquoi Notre-Seigneur est enseveli le soir et ressuscite le matin (3). On peut donc comparer cette vie à l'étoile du matin.

5. « Mon corps est formé de la pourriture des vers: » d'un nombre infini de vers. « Et la terre s'est abreuvée de la souillure de mes plaies. » Tels sont les désirs et les soucis des méchants, quand ils racontent avec joie leurs péchés. Ils se

 

1 Gen. III, 7, 8. —  2 Ps. V, 5. —  3 Jean, XIX, XX.

 

596

 

font une occasion de péché, de ce qui excite les autres au repentir, ce sont des chiens qui viennent lécher les plaies de Lazare (1).

6. « Et ma vie s'envole plus vite que la parole. » J'agis encore moins que je ne parle.

7. « Rappelez-vous donc que ma vie est un souffle, » c'est-à-dire qu'elle souffre une faim spirituelle. « Et que je ne puis retourner aux choses  visibles. »

8. « Celui qui me voit ne me connaîtra plus. » Parce que je changerai. Par celui « qui me voit » il faut entendre le démon qui nous regarde avec envie. «Vos yeux sont tournés vers moi, et je ne subsiste plus. » Vous avez anéanti en moi la vie charnelle, qui l'a fait régner sur moi.

9. « Comme une nuée chassée du ciel, » ou dissipée dans le ciel; comme on dit, chassée par le fer. Il enseigne ici qu'il a été secouru parle ciel pour purifier son âme, ou qu'il n'y a plus pour lui de nuée, parce qu'elle a été réduite en un air sans mélange, purifiée par les rayons du soleil, et ainsi l'obscurité de la chair et du sang n'est plus dans le ciel. Car la chair et le sang; ne possèderont point le royaume du ciel, après que ce corps mortel aura revêtu l'incorruptibilité, et que la mort aura été anéantie dans sa victoire (2). « Si l'homme descend aux enfers, il n'en remontera point. » Souviens-toi de ceci pour n'y point descendre.

10. « Et il ne reviendra plus dans sa maison; » c'est-à-dire, il ne retrouvera plus son premier repos.

11. « C'est pourquoi je ne retiendrai pas mes paroles: » j'avouerai mes fautes puisqu'il en est temps.

12. « Suis-je comme la nier ou le dragon ? » Car vous ne m'avez pas repoussé comme vous . repoussez les impies ou le démon. « Vous avez  chargé de veiller sur moi; » afin que je ne sois point agité comme les rivages de la mer.

13. « Je m'étais dit : Mon lit me consolera: » les jouissances charnelles où il se reposait. « Et « sur ma couche j'apporterai l'adoucissement à mes maux: » Et cependant je dois vous attribuer toute ma consolation.

14. « Vous m'épouvanterez dans mon sommeil, et vous me troublerez par d'horribles visions. » Par les tribulations delà vie présente, véritables songes aussi bien que sa prospérité.

15. « Vous délivrerez mon âme de ce genre de vie; » à cause de ces épouvantables visions

 

1 Luc, XVI. 21. — 2 I Cor. XV, 60, 63, 64.

 

dont sera délivrée toute âme craignant de les recevoir « Et j'ai de mes os repoussé la mort. » Ils allaient être saisis par la mort, si dans mon effroi je n'eusse montré plus de courage et de patience; ce qui est leur force.

16. « Je ne vivrai point toujours, pour toujours être patient. » La brièveté de la vie et la crainte de la mort ont servi à me corriger. Aussi le démon ne peut se convertir parce qu'il ne meurt point, et que son jugement est prononcé. De là cette parole : « La crainte est le commencement de la sagesse (1). — Retirez-vous de moi, ma vie « n'est que vanité; » parce que je n'en puis supporter les épreuves.

17. « Ou pour que vous étendiez  jusqu'à lui votre esprit. » Parce qu'il est doué de raison et qu'il est dit : « Nous avons l'Esprit du Seigneur (2). » Or, le propre de la raison est de développer l'intelligence.

18. « Et vous le jugerez dans le repos: » cligne de repos.

19. « Jusques à quand me tiendrez vous enchaîné ? » dans les liens de la tribulation. «Ne m'abandonnerez-vous pas, que je puisse respirer ? » afin qu'instruit par la tribulation, je puisse contenir et absorber, dans les douleurs  de mon supplice , le flot des voluptés charnelles.

 20. « Si j'ai péché, que puis-je faire pour vous? Cela veut dire; si j'ai péché, je ne puis rien faire pour vous. Est-ce que les hommes vous importunent par leurs discours? Vous qui connaissez sa pensée, auriez-vous donc formé l'homme pour que ses discours se tournent contre vous; soient pour vous un fardeau ? Et si le péché de l'homme, soit en parole, soit. en action, ne peut vous atteindre, pourquoi ne l’oubliez-vous pas? pourquoi pari fiez-vous celui qui l'a commis ? N'est-ce pas qu'il faut rapporter à votre bonté ce qui est dit plus haut: «Qu'est-ce que l'homme pour que vous l'exaltiez ? » Parce qu'ils ne comprenaient pas ceci, les amis de Job pensèrent qu'il avait accusé Dieu. Si les épreuves auxquelles vous me soumettez ne doivent point contenir en moi les mouvements désordonnés, si vous ne veillez point ainsi sur moi, quel autre motif avez,vous de châtier l'homme? Son péché ne peut vous nuire. Ou bien si vous voyez qu'il parle contre vous, puisque vous connaissez ses plus secrètes pensées, vous ne deviez pas établir ce qui est contre vous.

21. « Et pourquoi n'avez-vous pas oublié mon

 

1 Eccli. I, 16. — 21 Cor. II, 16.

 

597

 

iniquité? » Si mes épreuves ne doivent point m'être utiles et que tout, le châtiment même, ne me vienne pas de votre miséricorde ? « Maintenant je retournerai dans la terre. » Tout purifié que je serai de mes péchés, il faudra que je meure et que mon corps soit mis en terre. « Je me lèverai et l'on ne me verra plus, » dans cette terre.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE VIII. —  Job doit confesser ses fautes. —  Paroles de Baldad de Sueh.

 

 4. « Il a pris en « main leurs iniquités. » Il les a pris en main eux-mêmes ou pour les châtier, ou pour les supputer et les trouver ainsi ses débiteurs, parce qu'ils avaient péché.

6. « Il te rétablira dans la vie de la justice, » dans la vie qui est due à la justice, c'est-à-dire dans la vie bienheureuse.

7. « Et ta première prospérité paraîtra sans éclat, » en comparaison des biens à venir qui sont infinis.

10. « Ceux-ci ne pourront-ils pas t'instruire et te parler sagement ? » L'autorité de plusieurs est toujours plus grande : il va donc dire ce qui lui a été révélé du Christ, comme déjà Eliphaz a répété ce qu'il avait appris par inspiration.

11. « Est-ce que le jonc peut croître sans eau? , » Ainsi se dessècheront les impies loin de la divine miséricorde.

12. « Il s'arrête au moment de croître et personne ne vient le cueillir, » puisqu'il est sans eau. « Avant d'être arrosée l'herbe ne se dessèche-t-elle pas? » si elle n'est arrosée; jamais en effet l'impie n'a pu croître.

14. « Les araignées rempliront sa demeure. » Ce sont les oeuvres inutiles. Il semble parler ici des Juifs et de Notre-Seigneur.

15. « S'il veut étayer sa maison, elle s'écroulera. » L’étayer ou sur les saintes Ecritures, ou sur l'espérance des divines promesses : n'est-il pas ici question du royaume de Dieu ? « S'il commente, il ne pourra persévérer, » à suivre Dieu. C'est ce qui est arrivé aux Juifs, qui ne l'ont point suivi jusqu'à la fin.

16. « Il est humide devant le soleil. » Ils se corrompent sous le flot des passions humaines. Il dit : « devant le soleil, » sous le poids des tribulations. Devant, peut signifier sous; ainsi nous disons; fais cela devant moi, sous mes yeux. « Et en pourrissant il fait croître son germe. » S'ils n'avaient pas été si pervertis, la passion n'aurait pas élevé celui qui était né d'eux selon la chair (1).

 

1 Rom. IX, 5.

 

17. « Il s'endort sur des monceaux de pierres. » Ce sont ceux qui l'ont crucifié. « Et il vivra au milieu des cailloux; » au milieu des humbles, parmi lesquels étaient les Apôtres.

18. « Si on le fait disparaître, le lieu qu'il occupait ne le reconnaîtra plus. » S'il ne montre pas qu'il est le Fils de Dieu, on dira qu'il ne l'est point: il faut donc qu'il le déclare lui-même, car où il se trouve, on ne veut pas reconnaître les oeuvres de Dieu.

19. « Et un autre sortira de terre; » ou Notre-Seigneur en ressuscitant, ou une autre race de justes, celle des Chrétiens.

20. «le Seigneur ne mettra pas à l'épreuve « son innocence. » Dominos non probabit innocentem. Faut-il traduire : Le Seigneur ne réprouvera pas l’homme innocent? ou bien, ne trouvera pas innocent l'impie? « Aucun présent, » les sacrifices crue lui offraient les Juifs.

21. « Il mettra la joie aux lèvres des hommes sincères; » de ceux qui s'avouent coupables. « Et tente ne l'impie ne pourra se tenir debout; » ou leur temple, ou leur royaume.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE IX. —  Réponse de Job.

 

« Je sais qu'il en est ainsi. » C'est-à-dire, qu'il m'a accablé de ces maux; à cause de mes iniquités, mais ce n'est point comme vous l'avez pensé, c'est plutôt parce qu'aucun homme n'est juste devant lui.

3. « De mille accusations on ne pourra répondre à une seule. » En toutes il prouvera qu'ils sont coupables.

5. « Il fait vieillir les montagnes et elles l'ignorent. » Il les affaiblit peu à peu, comme il est dit : « J'ai vieilli au milieu de mes ennemis (1). —  « Il les renverse dans sa colère. » Lorsqu'il est irrité contr'eux, il les renverse, pour qu'ils ne trouvent point ce qu'ils avaient cherché, puisque celui qui s'élève sera abaissé (2).

6. « Il ébranle le monde dans ses fondements; » ainsi quand il a appelé les hommes à lui, il a ébranlé ceux qui étaient au premier rang. « Et ses colonnes chancèleront. »

7. « Il commande et le soleil ne se lève point. » Ou la sagesse ne sera point connue, ou ceux qui écrivent rie seront point compris, selon cette parole: « Scelle le livre (3). »

8. « C'est lui seul qui étend les cieux; » l'Eglise siège, de sa puissance, qu'il répand par tout le monde. « C'est lui seul, » dit-il, pour exprimer

 

1 Ps. VI, 8. — 2 Luc, XIV, 11. — 3 Dan. XII, 4.

 

598

 

l'unité de la Trinité, car tout a été fait par le Fils, dans le Saint-Esprit. « Il s'avance sur les flots comme sur la terre. » Sur la terre, c'est-à-dire en affermissant son Eglise sur de fermes appuis au milieu des agitations du monde, ou bien en soumettant à sa puissance les pécheurs qui ne peuvent l'engloutir; jamais il ne fléchit devant leurs efforts.

11. « S'il passe devant moi, je ne le verrai point. S'il est plus élevé que moi et qu'il m'étourdisse par la rapidité de sa course, je ne le connaîtrai pas. » Il faut donc qu'il compatisse à ma faiblesse et ne m'abandonne pas.

12. « S'il livre à la mort, qui pourra l'éditer? » Il livre à la mort, quand il passe avec dédain, ou sans être connu; et c'est bien la mort. — Pour l’âme que de ne pas connaître Dieu.

13. « Nul ne peut éviter les coups de sa colère. » Celle d'un autre peut être évitée par un plus puissant. « Il a assujetti tout ce qui est sous le ciel. » Il faut en excepter le ciel, c'est-à-dire la créature douée de raison, parce que si celle-ci s'était soumis à elle-même toutes les autres, jamais elle n'aurait pu être châtiée par les êtres qu'elle aurait soumis à sa puissance: mais comme c'est Dieu qui les lui a subordonnés, elle trouve en eux son châtiment, quand elle offense celui qui les lui a assujettis.

15. « Quand même je. serais juste, il ne m'exaucera pas ; » si, en le priant je; m'appuie sur ma sainteté. Car s'il compare mes mérites avec les saints qui sont près de lui immortels et immuables, il rejettera ma prière comme celle d'un criminel. Il est donc vrai que sa miséricorde m'est nécessaire. « J'implorerai son jugement, » parce que je ne puis me croire juste moi-même, selon cette parole : « Je ne me juge point c'est le Seigneur qui est mon juge (1). »

16. « Si je l’invoque et qu'il ne m'exauce point, je ne croirai pas qu'il ait entendu ma voix. » Lorsque je réclame son jugement, s'il ne m'exauce point, je ne croirai pas qu'il m'ait jamais exaucé, mais qu'il a prêté l'oreille à mes paroles pour des motifs secrets et non à cause de l'excellence de ma prière. Ou bien : je ne crois pas qu'il ne m'exauce point maintenant, puisqu'il m'a quelquefois exaucé. Voici encore une autre explication : S'il m'accorde ce que je demande, je croirai qu'il m'a exaucé, car si je ne le crois pas, bien que j'aie ce que j'ai demandé, je ne

 

1 I Cor. IV, 3, 4.

 

suis point exaucé; ainsi la foi de celui qui prie serait le signe qu'il a été exaucé.

17. « De peur que je ne sois brisé dans la tempête: » aussi ai-je réclamé son jugement, de peur qu'il ne me brise dans la tempête. « Il a multiplié sur moi les tribulations, sans motif; » je n'ai pu en connaître le motif. Voilà.. bien le langage d'un homme qui avoue que les châtiments de Dieu ne l'ont point changé, et qu'il peut être englouti par la tempête, c'est-à-dire, frappé d'un châtiment encore plus rigoureux.

18. « Il me laisse à peine respirer; » tant est grand le nombre de mes afflictions.

19. « Parce qu'il est le Tout-Puissant, il l'emporte. » Il m'a vaincu, afin que je fasse sa volonté et non la Arienne. « Quand même je serais juste, l'impiété serait encore sur mes lèvres : » si je me croyais juste.

21. « Néanmoins la vie me sera ôtée. » Quand même j'ignorerais si j'ai agi avec impiété, on m'ôtera la vie ; on me condamnera à souffrir ce que je redoute, et à ne pas faire ce que je désire.

22. « Je n'ai dit qu'une seule chose : la colère brise le fort et le puissant. » C'est-à-dire, sis les hommes sont affligés, c'est afin que nul d'entre eux ne s'appuie sur ses propres foras, pour se croire puissant et redoutable.

23. « Car une longue mort. est le partage du méchant; » et non une mort courte, comme celle du juste, lorsqu'il est dans la peine et tourné en dérision par les impies.

24. « La terre a été livrée aux mains de l'impie. » Les saints dans leur corps et non dans leur âme lui sont livrés, quand il les persécute, ou qu'il peut leur imposer ses volontés. On peut voir encore ici le pécheur tombant aux mains du démon dans sa nature mortelle. « Il prononce son jugement et ne le lui fait point connaître. » Le jugement du juste comme celui de l'impie n'est point connu en cette vie. Ou bien, il lui fait son jugement, il le punit en tenant pour lui cachés les décrets de sa. Providence, selon cette parole : « Dans l'excès de sa colère, il l'abandonnera (1). » Ou bien encore : il venge le juste en cachant à son persécuteur les décrets de sa justice, c'est-à-dire ceux de sa Providence, afin que l'impunité le conduise plus avant dans les pièges de son péché. « Et si ce n'est point lui, quel autre est-ce donc? » Tout ce            ceci peut s'entendre de Notre-Seigneur, qui fut tourné en dérision, et

 

1 Ps. IX, 26.

 

599

dont la terre, c'est-à-dire le corps, fut livré aux mains des Juifs;. et c'est quand son jugement fut rendu, que sa majesté demeura inconnue. « Et si ce n'est point lui, quel autre donc » pour,rait montrer plus de puissance? Ou bien encore Site n'est point Dieu qui juge le juste et l'impie, quel autre pourrait le faire?

25. « Ma vie est plus rapide qu'un coursier. » Il regarde comme des fugitifs, ceux qui s'éloignent de la sainteté, pareils au jeune prodigue qui partit pour un pays lointain (1).

26. « Ou de l'aigle abaissant son vol et cherchant sa proie. » De ce rang élevé, où les créatures douées de raison goûtent le bonheur mérité par leurs actes de vertu, ils se sont abaissés jusqu'aux voluptés charnelles.

27. « Si je veux élever la voix, j'oublie à mesure que je parle. » De même que la parole ne s'adresse qu'aux objets extérieurs, ainsi l'âme se produisant au dehors, et séduite par les appâts de la créature, oublie son Créateur au dedans d'elle-même. « Je baisse la tête, et n'ai plus qu'à gémir. » Ces chutes en effet son suivies de douleurs.

 28. « Tous mes membres frémissent. » C'est la crainte qui prépare la conversion.

29. « Si je suis un impie, pourquoi ne suis-je point mort, plutôt que de souffrir? » Je le sais, tu l'entends, toi-même. Il veut dire peut-être encore qu'il souffre, parce qu'il n'est point mort à l'impiété.

30. « Et je serai purifié par des mains pures. » Par celles de Dieu ou les siennes, c'est-à-dire par les bonnes oeuvres après son retour à la grâce.

31. « Vous m'avez couvert de souillures; » jeté au milieu de cette vie mortelle. « Et mon vêtement m'a maudit : » celui de l'immortalité, dont nous voulons être revêtus (2). Mais parce que nous ne le pouvons dans cette vie de péché, il ajoute : « Et mon vêtement m'a maudit. »

32. « Vous n'êtes point un homme semblable à moi, que je puisse contredire. » Devant un homme je pourrais proclamer ma justice, mais à votre tribunal, je ne suis qu'un pécheur.

33. « Qu'un autre soit juge entre vous et moi! » Ce serait un blasphème, si on ne savait qu'il appelle ici le Médiateur de Dieu et des hommes (3), pour présenter ses prières. Placé entre l'un et l'autre, ce médiateur écoute l'homme pour le reprendre, car le Fils a reçu du Père le pouvoir

 

1 Luc, XV, 13.   2 II Cor. V, 4.   3 I Tim. II, 5.

 

de tout juger (1). « Qu'il m'accuse et se prononce entre nous deux! »

34. « Qu'il détourne de moi sa verge : » que la crainte de la Loi disparaisse, et que je lui sois uni par la liberté de l'adoption et l'amour.

35. « Car ainsi je ne suis point maître de mes pensées; » parce que je suis  attaché aux objets extérieurs.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE X.. — Plaintes et prière de Job.

 

1. « Je parlerai contre moi. » C'est un humble aveu.

2. « Et je dirai au Seigneur : Ne m'enseignez pas à devenir impie. » Ne m'éprouvez pas au-delà de mes forces, et lie laissez point venir à moi ce qui m'entraînerait à l'impiété:

3. « Vous semble-t-il bon que .j'aie commis l'iniquité? » Vous n'approuvez pas, assurément, que je l'aie commise; vous n'avez donc pas été injuste, en disposant ainsi de moi. « Puisque vous méprisez l'ouvrage de vos mains; » si néanmoins vous méprisez après l'ouvrage de vos mains. « Considérez-vous les desseins des impies? » Il n'est point question de l'impiété qui se montre aux hommes. Ces mots : « Considérez-vous les desseins des impies? » ne signifient pas que Dieu se plait à les voir commettre l'iniquité.

4. « Regardez-vous comme l'homme regarde? » Evidemment vous ne voyez point comme l'homme. C'est pourquoi vous avez considéré les projets des impies; je veux parler de l'impiété connue de vous seul, et que les hommes ne peuvent voir.

5. « Ou votre vie est-elle la vie de l'homme? » , c'est-à-dire de peu de durée, de manière à ne pouvoir juger de ce qui est éternel.

6. « Vous avez sondé mes iniquités. » Car on ne peut vous cacher ce que l'on cache aux hommes.

7. « Vous savez que je ne suis pas un impie.» Jamais devant les hommes je n'ai agi avec impiété. « Mais qui peut s'échapper de vos mains? » lorsque vous jugez, car vous jugez en Dieu, vous voyez des impiétés que l'homme ne peut découvrir.

8. « Mais ensuite changeant vos desseins, vous m'avez frappé. » C'est lui et non pas Dieu qui a changé : mais l'homme, en se pervertissant, croit que Dieu change à son tour, pareil aux yeux longtemps habitués aux ténèbres et pour qui le soleil semble ensuite être changé.

9. « Souvenez-vous donc que vous m'avez pétri

 

Jean, V, 22.

 

600

 

d'argile. » Ainsi j'ai besoin de votre miséricorde. « Et que vous me ferez retourner en terre, » par la mort qui est la peine du péché.

10. « N'avez-vous pas épaissi ma substance comme le lait? » C'est que Dieu témoigne sa miséricorde aux mortels, dès le moment même où il les forme de la substance informe de leurs parents.

13. « Vous contenez tous ces trésors en vous-même, et vous pouvez tout. » Telle est leur bonté, qu'ils produisent les principes vivants de la chair.

14. « Si je commets le péché, vous me protégez encore, » soit pour ne point me perdre, soit pour ne point me laisser ignorer mon péché.

15. « Et si je suis juste, à peine osè-je respirer, » devant les autres hommes: car vous découvrez des péchés qu'ils ne peuvent connaître. « Je suis couvert de confusion, » en votre présente.

16. « Je suis pris comme le lion que l'on conduit à la mort. » C'est le péché d'orgueil que les hommes ne voient point, et qui peut se glisser même dans les actions dignes de louanges. « Et « vous avez changé de nouveau pour me tourmenter cruellement. » Après.la peine du péché qui a soumis l'homme à la mort. Il parle ici des maux que les hommes ont à souffrir ici-bas : la plupart nous arrivent subitement, et troublent le repos que donnent à la vie présente la santé et la paisible possession des biens temporels, qu'on reçoit de la bonté divine.

17. « Ranimant contre moi mon supplice. » Car c'est déjà une peine que d'être sujet à la mort, et cette peine produit les autres tribulations.

18. « Pourquoi donc m'avez-vous tiré du sein de ma mère? » D'une condition obscure à un rang illustre; ce rang est à lui seul la source d'une misère plus grand, quand. on en est précipité. Il a déjà plus haut rappelé cette naissance.

19. « J'eusse été comme n'étant point, » complètement ignoré. De là cette parole : « Il appelle ce qui n'est pas, comme ce qui est (1), » au point de vue de la réputation.

20. « Est-ce que ma vie n'est point de courte durée? » Si je ne suis point mort, ce n'est pas que ma vie soit longue, car elle est assurément peu de chose. « Laissez-moi donc me reposer quelques instants; » après la bonté que vous

 

1 Rom. IV, 17.

 

m'avez témoignée en me formant de l'argile, en me condamnant à mourir quand je me suis corrompu, en me consolant après cette condamnation même et en m'éprouvant' ensuite par les afflictions. Souffrez donc que je me repose en vous.

21. « Avant d'aller dans ces lieux de tourments d'où l'on ne peut revenir. » On peut échapper à ces. autres peines dont il a été question, si l'on revient à Dieu. Il veut donc se reposer avant d'endurer les supplices éternels, c'est-à-dire, pour ne pas les endurer. Comme si l'on disait à quelqu'un corrige-toi avant d'être puni, évidemment, s'il se corrige, il ne sera point puni.

22. « Terre sans lumière, où l'on ne peut voir la vie de l'homme. » Cette vie de l'homme est là seulement où est la vraie lumière qui éclaire tous les hommes (1). Ici donc est la terre des vivants, et là la terre des mourants.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE XI. — Reproches outrageants. Paroles de Sophar le Minéen.

 

2. « Suffira-t-il de bien parler, pour paraître juste? » Sophar croit que Job est plus riche en paroles qu'en oeuvres. « Bienheureux l'homme né pour peu de jours. » Il répète ce que l'autre vient de dire, pour lui montrer que ce n'est qu'une maxime vaine et insensée.

3. « Puisque personne ne te contredit. » Quand il parlait, personne ne le contredisait effectivement.

5. « Et comment Dieu lui-même pourrait-il te parler? » Dis plutôt ce qui peut attirer sur toi sa miséricorde.

6. « Il se fera sentir à toi doublement : » par ses châtiments,, par ses consolations. « Et tu le verras, le Seigneur n'a fait retomber sur toi que la juste punition de ton péché. » Après son châtiment, tu recevras ses lumières.

7. « As-tu pénétré dans le sanctuaire de la divinité? » pour oser la condamner.

8. « Le ciel se perd dans les hauteurs ; que pourras tu faire ? » pour en découvrir les secrets. Tu ne dois donc pas condamner Celui dont tu ne peux comprendre les oeuvres.

10. « Qui peut lui dire: Qu'avez-vous fait? » En vérité, tout est bien, si c'est Dieu qui l'a fait il ne peut faire que ce qui est bien.

11. « Il connaît les oeuvres des méchants : » sans rien faire de méchant. Il veut faire comprendre combien Job, qu'il croit mauvais, a été insensé d'accuser Dieu : c'est ainsi qu'il interprète ses paroles.

 

1 Jean, I, 9.

 

601

 

12. « L'homme au contraire hésite toujours en ses discours : » Tour-à-tour il aime Dieu et le condamne : quoique Dieu ne change pas. « L'homme, né de la femme, est comme l'onagre au désert : » avide de liberté, ne voulant être ni dominé ni dompté.

13. « Tu lèves vers lui des mains suppliantes, » afin qu'il accepte tes oeuvres.

14. « Si en tes mains il y a quelque souillure. » Il reprend les deux mêmes idées, mais dans un ordre différent. « Que l'iniquité n'habite point en ta maison. » Il veut dire dans son coeur.

15. « Alors ton visage resplendira comme une eau limpide. » Sa conscience sera pure.

16. « Comme le flot qui s'arrête, et tu ne seras plus effrayé; » à moins que Dieu ne frappe tous les vivants.

17. « Et ta prière s'élèvera brillante comme Lucifer. » Elle marchera avant la grande lumière. On dirait que tout ce qui précède lui a été révélé ou inspiré comme aux autres amis de Job, dans un sens prophétique, relatif à la cité sainte ou au peuple de Dieu.

19. « Et beaucoup viendront t'implorer. » Tout ceci,se rapporte à l'Église.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE XII. —  Paroles de Job

 

4. « Mais l'homme juste et saint est tourné en dérision. » Cet homme juste est Notre-Seigneur, et voici le sens : il n'est donc pas étonnant si moi aussi je suis tourné en dérision.

5. « Sa demeure dévastée parles méchants. » C'est l’Eglise aux mains des persécuteurs. « Mais que nul dans sa méchanceté ne se flatte de rester impuni. » Car le jugement commence par la maison de Dieu (1).

6. « Comme s'ils ne devaient pas subir un sévère examen : » qu'ils ne soient point rassurés.

7. « Interroge les animaux des champs et ils te répondront. » Dans sa justice il recherche les oeuvres des méchants, parce qu'ils ont pu reconnaître le Créateur dans ses oeuvres et le servir. Ce n'était point aux créatures à les instruire, puisque la raison dont ils étaient doués devait les amener à cette connaissance.

10. « A moins que tous les êtres vivants ne soient point sous sa puissance. » On peut donc savoir qu'il a tout créé, puisqu'il tient en ses mains la vie de tout ce qui respire. « Et le souffle qui anime le corps. de l'homme, » tout

 

1 I Pierre, IV, 17.

 

corps humain ; ce souffle, l'âme raisonnable.

11. « L'oreille discerne les paroles. » De même que les objets sensibles tombent sous nos sens, ainsi les choses spirituelles sont aperçues de l'esprit. L'esprit doit donc connaître les oeuvres de Dieu, puisqu'il est sous sa main.

12. « La sagesse vient après un long temps : »  non après un long temps, mais elle est près de Dieu à qu'il faut la demander.

14. « S'il détruit, qui pourra rebâtir ? » Sa puissance a détruit, sa sagesse a fermé l'entrée, pour qu'on n'arrive point jusqu'à elle.

15. « S'il retient les eaux, la terre sera desséchée. » L'eau, c'est la sagesse, et la terre, c'est l'homme. « S'il leur livre passage, elles bouleverseront. » Quand beaucoup deviennent sages, les pécheurs se troublent.

17. « Il retient captifs les conseillers. » Il subjugue ceux qui ne prennent conseil que d'eux-mêmes. « Il jette l'effroi parmi les juges de la terre. » Ce sont les Juifs ou Pilate, ou ceux qui jugent selon les maximes du monde.

18. « Il place les rois sur leur trône, » ce sont les Apôtres ; « et les ceint du baudrier, » des austérités de la continence.

19. « Il laisse enchaîner ses Pontifes, » pour qu'ils soient menés par les hommes : il désigne ici les Juifs.

20. « Il change les lèvres de ses fidèles serviteurs. » Il les change pour le bien, afin que ceux-ci s'appuient, non sur leur sainteté, mais sur sa grâce. « Il connaît l'expérience des vieillards. » Il s'y complaît. D'où cette parole : « Vous êtes connus de Dieu (1); » et cette autre, tout-à-fait, contraire : « Je ne vous connais point (2). » C'est ainsi qu'il nous conduit sagement de la foi à l'expérience des vieillards.

22. « Il découvre les profondeurs des ténèbres, » en expliquant les prophéties. « Il produit à la  lumière les ombres de la mort. » C'est-à-dire, il fait connaître ce que vaut la vie présente : ce n'est que l'ombre de la mort.

23. « Il trompe les nations et les abandonne. » Elles croyaient perdre l'Église ; elles se sont perdues elles-mêmes : ceci s'applique aux impies. « Il renverse les peuples, puis les dirige; » pour les humilier, comme l'âne dont il est parlé.

24. « Il a réconcilié les coeurs des princes de la terre. » Il s'est réconcilié les Juifs ou les rois de la terre, qui d'abord avaient persécuté son Eglise. « Il les a conduits sur une route nouvelle

 

1 Gal. IV, 9. — 2 Matt. XXV,12.

 

602

 

qu'ils ne connaissaient point : » en abrogeant la Loi il n'a parlé qu'à leur intelligence; aussi l'ont-ils regardé comme un pécheur.

25. « Ils se sont égarés en ces ténèbres comme un homme ivre. »

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE XIII. —  Faux raisonnements des accusateurs de Job.

 

3. « Et s'il le veut, j'accuserai en sa présence; » c'est pour s'accuser lui-même : c'est encore un aveu.

4. « Tous vous n'êtes que les médecins des méchants. »Vous ne pouvez apporter de consolations aux justes.

6. « Ecoutez donc les reproches de mes lèvres, » contre vous.

7. « Et vous ne dites que mensonge en sa présence; » lorsque, sans être justes, vous voulez le paraître.

8. « Prétendez-vous ne plus vouloir juger? » Pouvez-vous encore dissimuler, et ne pas convenir que j'ai parlé de vous selon la vérité?

9. « Et quand vous avez tout accompli, vous lui êtes encore redevables ; » c'est-à-dire, quand même vous observeriez tous ses commandements, il trouverait encore en vous de quoi vous condamner ; car personne n'est juste devant lui.

10. « Quand même vous admireriez les personnages ; » eux-mêmes, en se justifiant à leur propres yeux comme devant les hommes.

12. « Votre corps est de boue ; » sachez donc craindre en considérant votre néant.

14. « Et mes dents ont déchiré mes chairs. » Je ne veux point m'épargner, m'accusant comme je vous accuse. « Je prendrai mon âme dans ma main, » pour la regarder, pour ne rien cacher et compter le nombre de mes fautes.

15. « Si le Tout-Puissant me fait mourir, comme il a commencé; » s'il fait mourir mes péchés. « Je parlerai et me condamnerai devant lui. » Je ne me justifierai point en cachant mes fautes.

18. « Me voici près de mon jugement: , je dois me juger moi-même. C'est un acte de justice de ne pas s'épargner en avouant ses fautes.

20. « Je ne fuirai point votre présence, » à l'exemple des pécheurs.

21. « Retirez de moi votre main; » que rien en moi ne mérite plus vos châtiments, et que j'aie votre amour. « Et ne m'accablez plus de vos terreurs. »

23. « Quelles sont mes iniquités? » Ce qui fait voir que c'est pour les compter qu'il a dit : « Je  prendrai mon âme dans ma main. »

24. « Pourquoi me croyez-vous révolté contre vous? » Je suis si faible 1 Croyez-vous que ma justification me rende votre égal, moi qui suis comme la feuille ? Il y a donc une autre cause cachée de votre colère, car ce n'est point celle-ci.

26. « Vous m'avez accablé des péchés de ma jeunesse. » S'il n'a point connu ses péchés, c'est qu'il a écouté l'orgueil, le péché de sa jeunesse.

27. « Vous avez mis des entraves à mes pieds; » les liens de la mort. « Vous avez suivi la trace de mes pas : » observé mes désirs coupables.

28. « Je suis comme une outre vieillie : » qui ne peut contenir le vin nouveau. « Ou comme le vêtement rongé par les insectes, » rattaché à une étoffe nouvelle.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE XIV. — Brièveté et misères de la vie humaine ; espoir de la résurrection.

 

1. « L'homme né de la femme vit peu de jours, et il les passe dans la colère, » dans la douleur.

3. « Et vous l'appelez en votre présence pour le juger. » Malgré sa fragile existence, il a encore à vous rendre compte de sa vie. On exige de lui ce qu'il peut, quoique ce soit bien peu.

5. « Vous avez compté le nombre de ses mois. » Cette existence si limitée est la preuve de son péché, car vous l'avez créé immortel.

6. « Retirez-vous de lui, laissez-le, qu'il se repose. » Ainsi raisonne l'homme charnel; esclave de ses sens, qui place son bonheur dans la vie présente. Il demande qu'on l'épargne afin d'en jouir.

7. « L'arbre n'est pas sans espérance. » Il faut prononcer d'un ton ironique, car c'est l'homme surtout qui doit espérer, mais les hommes charnels ne peuvent le croire.

10. « L'homme meurt et ne revient pas: » nouvelle ironie.

11. « La mer diminue pour un temps et se remplit bientôt. » En parlant du flux et du reflux de la mer, il veut dire ou que sur tous les rivages, quand ce phénomène a lieu, l'eau décroît et augmente insensiblement, à des instants fixés par le mouvement de la lune, ou bien que pour nous, ou pour d'autres régions, l'eau s'élève jusqu'au milieu du jour, puis redescend.

12. « Tant que le ciel subsistera, un autre ne sera point créé, » ne sera point ajouté au premier.

13. « Que ne m'avez-vous conservé dans le  tombeau? » Telles sont mes espérances de résurrection, que je voudrais n'être plus en proie aux incertitudes de cette vie. « Pourquoi ne (603) m'avez-vous point caché, jusqu'à ce que votre colère soit apaisée ? » De là cette parole: « Cache-toi jusqu'à ce que la colère de Dieu soit passée (1) ; » c'est-à-dire jusqu'à ce que finisse cette vie mortelle, et qu'arrive la résurrection.

14. « Car si l'homme meurt, il vivra : » cette vie n'est point la vraie vie. « Quand tous ses jours seront finis, » alors il vivra.

15. « Si vous m'appelez, je vous répondrai: » je vous obéirai, sans être arrêté par la mort.

17. « Vous avez scellé dans un sac mes iniquités, » afin de me les rendre. « Vous avez pris note de celles que l'ignorance ma fait commettre: »oui, même de celles-là. Ces égarements involontaires sont la peine du péché.

18. « La montagne s'affaisse, et disparaît. » Ainsi l'homme tombe, si haut placé, si ferme qu'il soit. « Et le rocher s'en va vieillissant, au lieu même qu'il occupe. » Comme l'homme dans sa famille, dans le rang où il est.

19. « Par le débordement de ses nombreux abîmes. » Ainsi l'homme est-il réduit à la misère, lorsqu'il est miné par les débordements continuels de ses désirs. « Vous avez confondu les espérances de l'homme . » Il y a ici gradation de la montagne au rocher, du rocher aux pierres, des pierres au grain de sable ; les hommes charnels subissent en effet toutes ces vicissitudes; et c'est avec raison qu'il est dit : « Vous avez confondu. »

20. « Vous l'avez ébranlé pour toujours, » afin qu'il périsse . pour anéantir ces espérances qui réjouissent l'homme charnel. « Vous avez changé son visage et l'avez éloigné de vous. » L'image de Dieu a été détruite en lui.

21. « Ses fils sont nombreux, mais il l'ignore. » Il meurt pendant que sa postérité augmente. 22. « Sa chair a frémi de douleur. » L'esclave de la chair déplore son sort, il en gémit comme l'animal; l'homme spirituel, au contraire, sait bien que si l'extérieur se détruit, l'intérieur se renouvelle de jour en jour (2) : il l'éprouve en lui-même.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE XV. —  Job accusé de blasphème. —  Paroles d'Éliphaz de Théman.

 

2. « Il a multiplié les douleurs en mes entrailles. » L'esprit de science allège plutôt par ses consolations le poids de la douleur, mais toi qui remplis de douleurs les entrailles, ce n'est point l'esprit de science qui t'inspire.

4. « N'as-tu pas repoussé la crainte? » Tu n'avais pas la crainte de Dieu, en lui adressant ces reproches.

 

1 Is. XXVI, 20.   2 II Cor. IV, 16.

 

5. « Et tu as préféré le langage des méchants; »celui de la malédiction.

7. « Eh quoi ! serais-tu le premier appelé à la vie? » Puisque tu es si superbe. « As-tu été formé avant les collines? » Par les collines, il faut aussi entendre les montagnes : c'est donc dire, avant toutes les Vertus et les Puissances.

10. « Nous avons aussi des vieillards, des hommes chargés d'années. » Il en est parmi nous qui savent ce que nous ne savons pas.

12. « Quelle n'a pas été la fierté de ton coeur, l'audace de ton regard? »Que n'espérait-il pas? 14. « Qu'est-ce que l'homme pour qu'il soit innocent ? » Tu l'as dit toi-même.

15. « Si la fidélité n'est pas dans ses saints même. » L'avenir est si incertain ! il nous trompe, et nous annonçons beaucoup de projets sans les accomplir. « Le ciel n'est point pur devant lui : » il veut parler de ceux qui habitent le ciel, ou des saints eux-mêmes, parce que Dieu habite en eux.

18. « Ce que les sages ont dit, et ce qu'ils ont appris à leurs pères. » Car les Apôtres ont annoncé la vérité aux Juifs eux-mêmes.

19. « A eux seuls la terre a été donnée, » pour qu'ils l'habitent. « Parmi eux n'est venu aucun étranger, » aucun saint, ni même aucun ange; ils y seront dans une profonde sécurité.

21. « Lorsqu'ils se croiront en paix. » On dirait que selon lui Job s'est cru dans cet état.

22. « Il n'espère point sortir des ténèbres : » il n'espère pas sortir du péché.

23. « Il a été donné en pâture aux vautours. » Aux puissances aériennes qui se repaissent de la mort des pécheurs.

24. « Pareil au général qui succombe au premier choc. » Il est plein d'audace, mais il succombe devant la tentation.

25. « C'est par là qu'il a levé le bras contre Dieu. Qua elevavit. » N'est-ce pas plutôt « Quia elavit, parce qu'il a levé? »

26. « Il l'a poursuivi de ses outrages : » faisant le contraire de ce qu'il lui avait prescrit. « Confiant dans l'épaisseur de son bouclier : » Se croyant assez fort pour se défendre.

27. « Il a caché dans sa graisse la face de Dieu. » La graisse est cet orgueil triomphant qui a détourné Dieu de lui. « Il a placé une muselière sur sa cuisse. » Ses passions l'enchaînent et le traînent comme un captif à la mort.

28. « Car d'autres enlèveront   ce qu'eux ont amassé. » La souveraine puissance elle-même,

 

604

 

comme toute autre espérance temporelle, sera avec le monde entier le partage du juste.

29. « Il ne pourra s'enrichir, ni même conserver ce qu'il possède. » C'est-à-dire, l'impie. « Il ne répandra aucune ombre. » Il ne prospérera pas.

30. « Le vent dessèchera sa racine,» Le vent de la tentation.

32. « Il sera coupé avant l'heure, et périra, » avant de pouvoir espérer.

33. « Qu'il tombe comme la fleur de l'olivier . » Qu'il perde la paix; ou bien encore: une situation meilleure s'établira après eux, comme le fruit après la fleur.

34. « Le témoignage de l'impie, c'est la mort. » Le signe de son impiété. « Et le feu consumera la demeure de ceux qui reçoivent des présents. » — Ce sont les impies qui préfèrent à la justice les faveurs temporelles.

35. « Elle concevra en son sein les gémissements. » L'objet de ses espérances sera l'instrument de son supplice.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE XVI. — Reproches de Job à ses consolateurs importuns; il est innocent. —  Paroles de Job.

 

2. « Déjà j'ai entendu beaucoup de ces discours; » d'autres encore que ceux que vous tenez. «Consolateurs des méchants. » Vous pouvez consoler les méchants, puisqu'ils sont vos imitateurs, mais non les justes. Je n'ai entendu de vous aucune parole sage.

3. « Eh quoi! est-ce que la beauté des discours est l'esprit? » d'orgueil. « Et qui pourra t'importuner?» quoique tu n'aimes point ce que tu as dit.

4. « Moi aussi je parle comme vous. » Je tiens un langage digne de vous. « Si votre âme prenait la place de la mienne; » si vous souffriez les tourments que j'endure, je vous parlerais sans vous faire des reproches; que son des paroles contraires aux actions ?

7. « Si j'élève la voix, je ne me plains pas de ma blessure. » Vous n'avez été prudents ni dans vos discours, ni dans votre silence. En effet si le sage veut parler, c'est pour prendre en pitié le malheureux et le consoler; s'il parle de lui-même, c'est pour pleurer sur ses blessures; et s'il se tait, il se tait à propos.

8. « Il m'a épuisé de fatigue, il a égaré mon esprit et m'a réduit en poussière. » Afin que je n'élève point la voix contre vous, Dieu a brisé mon orgueil; il veut que ma folie devienne sagesse.

9. « Vous m'avez saisi, et j'ai rendu témoignage. » Vous m'avez convaincu de mes péchés, et je suis devenu mon accusateur. « Et mon mensonge s'est élevé contre moi; » lorsque je me croyais juste. « Je m'élèverai contre moi-même. » De là cette parole: « Je t'exposerai à tes propres regards (1). »

10. « Il a pris la colère pour me rejeter. » C'est bien dit : « Il a pris la colère, » car il n'en subit pas les excès. Il a rejeté, comme il rejette l'orgueilleux. « Il a grincé les dents contre moi. » Il m'a accablé de ses reproches; les dents, ce sont ici les paroles. « Les flèches de ses pirates sont venues me frapper. » Ce sont les puissances de l'air : instruments à qui Dieu permet d'éprouver les justes et de châtier les méchants elles sont appelées des pirates, car elles nous harcèlent dans notre course sur la mer de ce monde.

11. « Il m'a percé de son regard. » Loin d'atténuer mes péchés, il a ordonné de me châtier. Il est comme le trait de lumière qui, découvre aux ministres de ses vengeances ceux qu'ils doivent punir; son regard a été ma condamnation. Voici un autre sens : Il m'a fait voir mon péché auparavant je ne l'avais pas aussi vivement ressenti. « Il m'a violemment frappé aux genoux, et tous sont accourus sur moi. » Dès que Dieu l'eut frappé, près de lui accoururent les anges de Satan.

13. « Lorsque j'étais en paix, il m'a brisé. Il m'a ravi à mon repos, ou à moi-même; j'ai été déchiré par mes. ennemis, ceux mêmes qui se déchiraient entr'eux. « Il a saisi et arraché ma chevelure; » à cause de mes péchés, il a mis la division en moi. « Il m'a choisi comme le but de leurs flèches, » pour qu'ils les lançassent sur moi. Comme on place un but auquel doit viser l'archer qui lance ses flèches.

14. « Ils m'ont assailli de leurs lances, m'ont percé les reins et ont été pour moi sans pitié. En punition des désirs charnels dont il se voit tout pénétré, et que lui suggèrent les tentations des mauvais anges. Ils ont répandu mon fiel à terre, » afin que la vue des biens temporels excitât mon envie contre ceux qui les possèdent.

15. « Ils m'ont entraîné à des chutes énormes: » n'entendons point ici les chutes de son corps.

16. « Ils ont cousu un cilice sur ma peau. » Ce sont les péchés intérieurs qui lui rappellent son ancien bonheur.

 

1 Ps. XLIX, 2

 

605

 

17. « Et sur ma paupière est venue l'ombre de la mort. » Je veux arriver à la lumière, et je me sens arrêté par  les habitudes coupables.

19. « Que la terre ne recouvre pas le sang de mes veines. » C'est-à-dire, si ma prière n'a pas été pure, à cause de mes désirs charnels, que la terre amoncelée ne recouvre pas le lien de ma mortalité; c'est ce qu'il désigne par le mot « sang, » comme s'il disait : qu'un malheur plus grand que ces désirs coupables, celui d'un péché volontaire, ne tombe pas sur moi : ce péché nous porte la nature condamnée à mort. « Et que mes cris soient étouffés. » Que ma prière demeure privée de mérites.

20. « Et maintenant j'ai dans le ciel un témoin. » Il semble parler de Notre-Seigneur, qui n'était pas encore descendu sur la terre. « Et au plus haut des cieux celui qui connaît mon « coeur, » parce qu'il doit partager ma condition mortelle.

22. « Que l'homme entre en jugement avec son Dieu. » Que le Seigneur vienne, et que l'homme lui soit comparé, comme saint Jean avec le Christ. Une telle comparaison fera clairement ressortir toute la différence entre l'homme le plus parfait et le Dieu fait homme. « Comme le fils de l'homme vers son semblable : » comme le Seigneur dans son humanité vers celui qui était tombé entre les mains des voleurs (1).

23. « Les années qui m'avaient été comptée me sont arrivées . » Et le Christ me secourra à la plénitude des temps (2). « Et j'entre dans une voie par laquelle jamais je ne reviendrai. » Celle du renoncement au monde.

 

Haut du document

 

 

CHAPITREXVII. — Exhortations à ses faux amis; la mort est l'objet de son désir

 

1. « Defeci agitatus spiritu. » Voici l'ordre de cette phrase : l'esprit en moi s'est éteint : Defeci spiritu; brisé que j'étais parle travail, laboribus concussus. — « Je désire être mis au tombeau, et je ne suis point exaucé; » afin que la mort soit anéantie par la vie. Nous gémissons sous le poids de ce corps, ne voulant pas en être dépouilles, mais recevoir par dessus un nouveau vêtement (3) : c'est-à-dire nous préférons changer plutôt que de mourir; mais l'homme éprouve en vain ce désir, la mort est pour lui une dette à laquelle le péché l'a condamné.

2. « J'unis la prière au travail, et qu'ai-je fait? » J'ai fait quelque chose, puisque j'ai été exaucé.

 

1 Luc, X, 30.   2 Gal. IV, 4.   3 II Cor. V, 4.

 

« Les étrangers m'ont dépouillé de mes biens. » L'immortalité dont il fut dépouillé est figurée par celui que les voleurs laissèrent à demi-mort.

3. « Quel est-il? » Celui qui doit me secourir; il veut parler de notre Seigneur : et il dit : « Quel est-il? » Car il sera tellement confondu avec les autres hommes, qu'à peine on pourra le reconnaître. « Qu'à ma main il soit attaché, » par le lien de la charité; qu'il me protège et me conduise où il lui plaît.

4. « Vous avez fermé leur coeur à la sagesse; » vous les avez empêchés de le reconnaître. « C'est pourquoi vous ne les glorifierez point. » Ils ne se sont point humiliés, c'est la cause de leur aveuglement, et ils mont pu,être exaltés dans l'humilité du Christ.

5. « Une partie a reçu les maux en partage. » Une partie en .Israël a été frappée d'aveuglement (1); c'est. ou bien parce qui le regardaient comme mauvais ce que le Christ leur avait annoncé, au point de dire : « Il séduit la multitude (2);» ou bien parce que les prophéties, qui prédirent à Israël son aveuglement, ne s'accomplirent point dans tout le peuple, mais seulement en une partie. « Et les yeux de ses enfants se sont obscurcis. » Ceux que les prodiges confondaient, et à qui il fut dit : « Si c'est au nom de Béelzébud que je chasse les démons, au nom de qui vos enfants les chassent-ils (3). »

6. « Vous m'avez rendu fameux parmi les nations : » l'homme que vous avez racheté, c'est-à-dire l'Eglise, dont devaient parler les nations, ou qui devait elle-même leur parler. « Je suis devenu leur fouet; » ou celui des Gentils qui devaient l'insulter; ou celui des Juifs qui en parlaient aux Gentils.

7. « La colère obscurcit mes yeuix. » Les yeux de l'Eglise, c'est-à-dire les Apôtres, sont comme obscurcis lorsqu'ils ne sont point compris de ceux qui ont mérité ce châtiment. « Et je suis vivement pressé de toutes parts. » En effet, et Juifs et Gentils, tous ont fait la guerre à l'Eglise.

8. « Les amis de la vérité ont été stupéfaits; » ou de ce que les impies ont pu attaquer l'Eglise, ou de ce qu'ils n'ont point connu l'Évangile. « Mais que, le juste s'élève au-dessus de son ennemi : » s'il succombe pour un temps sous les coups de la persécution, il dominera ensuite les infidèles.

 

1 Rom. XI, 25. —  2 Jean, VII, 12. —  3 Matt. XI, 27.

 

606

 

9. « Et que l'homme dont les mains sont pures s'arme de hardiesse, » de celle que donne l'espérance pour confesser Jésus-Christ, même dans la.persécution.

10. « Car il n'a point en vous trouvé la vérité. » A tous la grâce est nécessaire , non-seulement aux Juifs, mais encore aux autres peuples.

11. « Toutes les fibres de mon âme ont été vivement secouées, » parce que je ne dissimule point mes péchés.

12. « Ils ont pris la nuit pour le jour, » les impies. C’est pourquoi il est dit : « Malheur à ceux qui appellent mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal ; qui changent la lumière en ténèbres, et les ténèbres en lumière (1). »

13. « Si je soutiens encore, l'enfer sera ma demeure. » Si je porte le poids de mes péchés, pour ne point les avouer.

14. « J'ai appelé le trépas mon père. » Je ne serai point fils de la vie. Le Seigneur pourtant l'a appelé ainsi. « La pourriture, ma mère et ma soeur. » Entre la mort et la pourriture, il y a l'union d'une étroite parenté.

15. « Quelle est désormais mon espérance? » Il faut sous-entendre : Si je continue à porter le poids de mes péchés. « Pourrai-je jouir de mes biens d'autrefois ? » du bonheur qui l'a séduit, qui l'a retenu dans son péché, et qui a retardé sa conversion.

 

Haut du document

 

 

CHAPITRE XVIII. — Nouveaux reproches de Baldad : les maux ne sont infligés qu'aux méchants. Paroles de Baldad de Sueh.

 

«Et le flambeau des impies s'éteindra. » Ne sois donc pas étonné si ton flambeau s'éteint comme celui de l'impie.

6. « Les ténèbres ont éclairé sa maison. » Elle a été éclairée par le diable ou l'antéchrist. « Et son flambeau s'est éteint sur lui ; » c'était le faible éclat d'une lumière terrestre.

7. « Que sa fortune soit donnée aux derniers des hommes, » Que les humbles possèdent ce qu'il a voulu posséder.

8. « Son pied s'est engagé dans le piège. »Il a été lui-même saisi en faisant la guerre au Seigneur.

9. « Celui qui a soif s'est affermi contre lui. » Il est vaincu par ceux qui ont faim et soif de la justice.

10. « Son héritage a été caché sur la terre, » pour le perdre. Son héritage est ce qui lui est comme accordé. « Et il a été saisi dans le chemin, » qu'il suivait,

 

1 Is. V, 20.

 

11. « Que les douleurs l'entourent et le perdent;» qu'elles lui arrivent de tous côtés. « Que beaucoup se jettent sur lui, »

12. « Dans les angoisses de la faim. » Soit ceux qui le suivent, soit ceux qui lui obéissent.

13. « Que les traces de ses pieds soient dévorées, » celles de ses enseignements, partout où il va.

14. « Qu'en sa demeure la santé soit à jamais ruinée ; » la tranquillité de la vie. « Et qu'il soutienne le poids d'une accusation royale. » Châtié en temps opportun, il procure la gloire de Dieu ; c'est pourquoi on l'abandonne quelque temps à ses désirs. Il a dit : une accusation royale, de lèse-majesté, parce qu'il s'est vanté d'être le Christ.

15. « Qu'il soit dans sa tente environné de la nuit. » Le tourment de cette accusation agitera sa conscience; son désir de dominer le dévore. « De la nuit, » du supplice de son aveuglement, après sa condamnation. «Que sa beauté soit couverte de souffre. » Il s'y complaisait; qu'elle soit la proie d'une flamme impure.

16. « Qu'il soit d'en haut subitement moissonné : » par Dieu.

17. « Et que son nom soit oublié sur les places publiques où il était connu. » Que le peuple n'en garde aucun souvenir.

19. « Qu'il ne soit plus reconnu parmi son « peuple. » Qu'il descende à un tel degré d'abjection, que les siens ne puissent le reconnaître. « Et que sa maison ne