HÉRÉSIES

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HOMÉLIE SUR CE TEXTE : IL FAUT QU'IL Y AIT DES HÉRÉSIES PARMI VOUS, ETC. (ROM. VII, 20.)

 

AVERTISSEMENT et ANALYSE.

 

Nous ne pouvons rien dire, même par conjecture sur la date ni sur le lieu de cette homélie.

 

1° Le mot qu’il faut ne doit pas s’entendre dans le texte ci-dessus d'une nécessité quelconque ; mais c'est simplement une prédiction que fait l'Apôtre. Le mot grec ina du texte n'indique pas la cause mais l'événement. — 2° Dans ce passage de saint Paul, il ne s'agit pas des hérésies proprement dites, mais des scissions que l'orgueil faisait naître entre les riches et les pauvres de Corinthe. — 3° Charmante description de l'agape chrétienne dans les premiers temps de l'Ég lise . — 4° Saint Paul reprend les riches fortement et doucement. Continuation du commentaire. — 5° Exhortation.

 

1. Une assez ardente émotion éclatait dernièrement dans ce théâtre spirituel, quand je vous montrais dans mon discours Jérusalem gémissant et annonçant ses propres malheurs: Alors je vis vos yeux se gonfler de larmes toutes prêtes à couler; je vis -les sentiments qui oppressaient mon âme, pénétrer dans les vôtres et les remplir de douleur et de trouble. Aussitôt je mis fin à cette tragédie; je dérobai mon sujet, et j'arrêtai les gémissements qui allaient s'échapper du fond de vos coeurs. Car l'esprit en proie à la douleur ne saurait proférer ni recevoir aucune parole salutaire. Mass pourquoi vous ai-je rappelé ce souvenir? Parce que le sujet que je dois traiter aujourd'hui tient de près à celui que je traitais en ce jour. Mes paroles d'alors réprimaient la mollesse de notre conduite et corrigeaient notre négligence du devoir. Ce que je vais dire maintenant vous donnera peut-être une connaissance plus sûre et plus exacte de nos dogmes. Il faut qu'en toutes choses nous soyons accomplis, que nous atteignions à la perfection de l'homme, à la mesure de l'âge (Eph. IV, 13) , selon l'expression du divin Apôtre. C'était votre corps que je soignais alors en parlant de morale; c'est votre tête que je guéris aujourd'hui en traitant du dogme; alors avec les paroles de Jérémie, aujourd'hui avec celles de Paul.

Que signifient donc les paroles de Paul qui me servent de texte aujourd'hui? Il faut qu'il y ait, dit-il, des hérésies parmi vous, de sorte qu'on découvrira ceux d'entre vous qui ont une vertu éprouvée. (I Cor. II,19.) Importante question. Car si c'est un conseil que donne Paul, et s'il faut vraiment qu'il y ait des hérésies, les hérésiarques sont innocents. Mais il n'en est ,point ainsi; bien loin de là. Ce n'est pas un conseil, c'est une prédiction que contiennent ces paroles. Quand un médecin voit un malade se livrer à la boisson, à la débauche et violer ses défenses, il faut, dit-il, que ces excès engendrent la fièvre. Ce n'est point une loi qu'il impose, un conseil qu'il donne; c'est une prévision de l'avenir que lui inspire le présent. De même le laboureur ou le pilote voyant les nuages amoncelés et sillonnés de tonnerres et d'éclairs, dit : Il faut que ces nuages amènent la pluie et de violents orages. Ce n'est point l'expression d'un désir, c'est une prédiction. C'est dans ce (217) sens que Paul a employé le mot : il faut. Et nous-mêmes, quand nous voyons des gens se disputer et s'accabler mutuellement d'injures, nous disons : Il faut que ces gens en viennent aux coups; ils ont besoin d'être surveillés. Ce n'est ni un conseil ni une exhortation (comment cela serait-il?), c'est une conjecture que nous inspire ce que nous voyons. Ainsi Paul ne donne point un conseil quand il dit : Il faut qu'il y ait parmi vous des hérésies; il prédit et prophétise l'avenir. Une preuve qu'il ne conseille point l'hérésie, c'est que c'est lui qui a dit : Quand un ange vous annoncerait un autre Evangile que celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème. (Gal. I, 8.) C'est lui-même qui; voyant la loi de la circoncision intempestivement observée et la pureté de sa prédication exposée aux calomnies, rejette la circoncision et dit : Si vous vous faites circoncire, Jésus-Christ ne vous servira de rien. (Gal. V, 2.) Mais pourquoi, me direz-vous, a-t-il indiqué cette cause des hérésies, que par elles on découvrira ceux qui ont une vertu éprouvée? Mais le mot «Iv«, dans les Ecritures, est souvent employé, non pour indiquer une cause , mais la façon dont les choses arriveront. Par exemple le Christ vient et rend la vue à un aveugle : cet homme aussitôt l'adora; mais les Juifs; après cette guérison, tentèrent par tous les moyens d'ensevelir dans l'ombre ce miracle et chassèrent Jésus. Alors il dit : Je suis venu en-ce monde exercer un jugement,de sorte que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent aveugles. (Jean, IX, 39.) Etait-il donc venu pour ôter la vue à quelqu'un? Non, il n'était point venu pour cela, mais cela est arrivé; et, pour désigner l'événement, il emploie la même expression qui eût indiqué une cause. Autre exemple : il donne une loi pour arrêter les pécheurs qui couraient à leur perte et modérer les passions de ceux qui la recevraient. Mais le zèle leur manque, et le contraire arrive; les péchés se multiplient. Paul dit alors : La loi est survenue, de sorte qu'elle a donné lieu à l'abondance du péché. (Rom. V, 20.) Or, ce n'est point pour cela qu'elle était survenue, mais pour diminuer le nombre des péchés. Mais les choses sont arrivées ainsi par la désobéissance de ceux qui l'avaient reçue. Ici encore, le mot ‘Ina ne désigne point la cause, mais l'événement. — Voulez-vous vous convaincre que ces hérésies ont eu d'autres causes; que ce n'est pas pour faire connaître les hommes d'une vertu éprouvée qu'elles ont éclaté, mais que d'autres raisons les ont fait naître? écoutez le Christ : Le royaume des cieux, dit-il, est semblable à un homme qui avait semé de bon grain dans son champ. Tandis que les hommes dormaient, vint l'ennemi qui sema l'ivraie. (Matth. XIII, 24, 25.) Voyez-vous que les hérésies ont éclaté parce que les hommes dormaient, parce qu'ils manquaient de zèle? Parce qu'ils ne s'attachaient pas exactement aux paroles de Dieu ? Quelqu'un aurait pu dire : Mais pourquoi le Christ l'a-t-il permis? Paul a répondu d'avance : Il  l'a permis, mais, quel mal cela vous fait-il? Si vous êtes un homme d'une vertu éprouvée, vous n'en serez que plus en lumière. Il n'y a point le même mérite, quand personne ne vous attaque, ne vous tend de piéges, à conserver sa foi, qu'à rester ferme et inébranlable quand éclatent mille tempêtes. De même que les arbres exposés à la furie de tous les vents deviennent plus solides quand ils ont poussé de bonnes racines; de même les âmes fortement enracinées dans le sol de la foi résistent à tous les assauts des hérésies et en reçoivent plus de fermeté. Que dirons-nous des faibles, qu'un souffle ébranle et renverse? Ce ne sont point les attaques des hérésies, mais leur propre faiblesse qu'ils doivent accuser. Et je ne parle point de leur faiblesse naturelle, mais de leur faiblesse volontaire, faiblesse coupable, qui mérite peines et châtiments, et qu'il est en notre pouvoir de corriger; d'où vient qu'en la corrigeant nous méritons des louanges, en ne la corrigeant point, nous encourons des punitions.

2. A qui veille, rien ne peut nuire; j'essayerai de vous le démontrer autrement. Est-il un être plus malin, plus scélérat que le démon? Cependant cet être malin et scélérat, dont la force est si redoutable, dressa contre Job toutes ses batteries, épuisa sur la maison et sur la personne de ce juste tous les traits de son carquois, et non-seulement il ne l'abattit point, mais il donna un éclat nouveau à sa vertu. Le démon ne put faire aucun mal à Job; Judas, au contraire, qui était faible et sans zèle,.ne gagna rien à son commerce avec le Christ; malgré. ses exhortations et ses conseils, il ne fut qu'un traître. Pourquoi? c'est que Dieu ne fait violence à personne et ne lui fit point violence. Veillons donc, et le démon ne nous pourra point nuire; si nous ne veillons pas, si nous sommes lâches, nous ne tirerons (218) aucun fruit même des choses utiles, et nous nous exposerons aux plus sensibles dommages, tant la mollesse est dangereuse. C'est ainsi que les Juifs, non-seulement ne profitèrent point de la venue du Christ, mais en souffrirent. Toutefois ils ne peuvent point accuser le Christ, la faute est à leur faiblesse et à leur méchanceté. Jésus-Christ le dit lui-même : Si je ne fusse point venu et ne leur eusse pas parlé, ils n'auraient point de péché; mais maintenant ils n'ont pas d'excuse de leur péché. (Jean, XV, 22.) Voyez ! la venue de Jésus-Christ les a privés du pardon et leur a enlevé toute excuse, tant il y a de mal à ne pas veiller sur soi-même, à ne pas songer comme on doit à ses intérêts! La même chose arrive au corps : si quelqu'un a les yeux malades, le soleil l'offusque et l'aveugle, tandis que les ténèbres même ne peuvent nuire à des yeux sains. Ce n'est point sans motif que j'insiste sur ces pensées; tant d'hommes devraient accuser leur mollesse , corriger leur malice , secouer leur torpeur, qui s'en vont cherchant de vaines excuses et disant : s'il n'y avait point de démon nous ne péririons pas; si la loi n'existait pas, nous ne pécherions pas; s'il n'y avait point d'hérésies, nous n'y tomberions pas ! Mensonges et vains prétextes que tout cela ! Je le répète : à qui veille, rien ne peut nuire; à qui s'endort mollement et trahit son, salut, rien ne peut servir. C'est ce que Paul lui-même fait entendre quand il dit : On découvrira par là ceux d'entre vous qui ont une vertu éprouvée. C'est-à-dire ne vous troublez pas, ne craignez point; les hérésies ne peuvent vous nuire. Ainsi, quand même il parlerait des hérésies dogmatiques , le texte ne donnerait lieu à aucune question difficile puisqu'il renferme une prophétie et non un conseil , une prédiction et non une exhortation , et que le mot ‘Ina indique non une cause, mais l'événement. Mais ce n'est point du dogme qu'il veut parler; c'est des, pauvres et des riches, de la bonne chère et de l'abstinence, de la luxure et de la débauche des riches, du mépris qu'ils font des pauvres; permettez-moi, pour vous le prouver, de remonter un peu plus haut; je ne saurais sans cela vous le montrer clairement. Quand les apôtres commencèrent à semer la parole de foi, aussitôt se joignirent à eux trois mille hommes, plais cinq mille, et tous ces hommes n'avaient qu'un coeur et qu'une âme. Ce qui faisait leur concorde, les liait par l'amour et réunissait tant d'âmes en une seule, c'était le mépris des richesses. Personne, en effet, dit l'Apôtre, ne prétendait posséder en propre aucune chose; mais tout était commun entre eux. (Act. IV, 33.) L'avarice, source de tous Les maux, étant supprimée, les biens étaient venus en foule, et ces hommes étaient liés les uns aux autres parce que rien ne les séparait. Le mien et le tien, funestes paroles qui ont causé mille guerres dans le inonde , étaient bannis de cette sainte Ég lise , et ils habitaient la terre comme les anges font le ciel; les pauvres n'enviaient point les riches, car il n'y avait point de riches;, les riches ne méprisaient pas les pauvres, car il n'y avait point de pauvres; c'était une vraie communauté. Personne ne prétendait posséder en propre aucune chose; ce n'était pont ce. qu'on voit aujourd'hui. Maintenant ceux qui possèdent donnent aux pauvres. Alors il n'en était point de même; ils renonçaient à la propriété de leurs richesses, les mettaient en commun, et dès lors on ne distinguait plus parmi les autres le riche de la veille ; de sorte que l'orgueil même qui pouvait naître du mépris des richesses était effacé dans cette communauté, dans ce mélange des fortunes. Et ce n'est point par là seulement, mais par la manière dont ils renonçaient à leurs richesses qu'on peut voir toute leur piété. Tous ceux qui. avaient des terres ou des maisons les vendaient et en déposaient le prix aux pieds des apôtres. (Act. IV, 34.) Il ne dit point dans leurs mains, mais à leurs pieds, ce qui prouve le respect, la vénération, la crainte que leur inspiraient les apôtres; car ils ne. croyaient pas donner plus qu'ils ne recevaient. Et c'est là vraiment mépriser les richesses, c'est là nourrir le Christ, de le faire sans orgueil ni ostentation, de se montrer plus obligé que celui qui reçoit. Si telles ne sont point vos dispositions, ne donnez pas si vous ne croyez pas recevoir plus que vous ne donnez; gardez vos richesses; c'est ce que Paul vous témoigne dans d'autres paroles: Il faut, mes frères, que je vous fasse savoir la grâce que Dieu a faite aux Ég lise s de Macédoine, qui est que leur profonde pauvreté a répandu avec abondance les richesses de leur charité sincère. Je leur rends ce témoignage qu'ils se sont portés d'eux-mêmes à donner autant qu'ils pouvaient, et même au delà de ce qu'ils pouvaient, nous conjurant avec beaucoup de prières de recevoir leurs aumônes et de souffrir qu'ils eussent (219) part à la charité qu'on fait aux saints de Jérusalem. (Il Cor. VIII, 1-4.) Voyez-vous qu'il les admire davantage, parce que ce fut avec. reconnaissance, avec prières et supplications qu'ils firent paraître leur générosité?

3. Et si nous admirons Abraham , ce n'est point seulement parce qu'il immola un veau let pétrit la farine, mais parce qu'il reçut ses hôtes avec une joie et une humilité profonde, courant au-devant d'eux, les servant, les appelant ses maîtres, persuadé qu'il avait trouvé un trésor inépuisable, quand il voyait un hôte chez lui. En effet, l'aumône est double quand nous donnons et que nous donnons avec empressement. Dieu aime ceux qui donnent avec joie (II Cor. IX, 7), dit l'Apôtre. Vous donneriez dix mille talents, si c'est avec orgueil, jactance et vaine gloire, c'est autant de perdu : ainsi, le pharisien qui donnait la dîme de son bien, mais avec orgueil et vanité, avait perdu le fruit de ce don en sortant du temple. II n'en était point ainsi du temps des apôtres : c'était avec joie, avec allégresse qu'on donnait ses richesses , et dans la pensée qu'on s'enrichissait ainsi; et l'on s'estimait heureux quand les apôtres daignaient les recevoir. Et de même que les hommes appelés aux plus hautes magistratures et obligés d'aller habiter les grandes villes du royaume, s'y transportent après avoir réalisé toute leur fortune; ainsi faisaient ces hommes appelés au ciel, à la patrie d'en-haut, au céleste royaume. lis savaient que c'était là leur vraie patrie; ils réalisaient tous leurs biens et les y envoyaient devant eux par les mains des apôtres. C'est en effet la dernière folie de laisser ici-bas la moindre de nos possessions, puisque nous devons sitôt partir nous-mêmes ! Tout ce que nous y laissons après nous est perdu. Envoyons donc tous nos biens au lieu où nous devons habiter nous-mêmes. C'était dans, ces pensées qu'ils renonçaient à leur fortune, et faisaient ainsi deux fois le bien: car ils soulageaient la misère des pauvres, et s'assuraient une fortune plus grande et plus certaine en faisant passer au ciel leurs possessions.

De cette loi et de cette coutume naquit alors dans l'Eg lise un usage admirable: les fidèles assemblés , après les instructions, les sermons et la participation aux mystères, quand finissait la sainte réunion, ne se retiraient point aussitôt chez eux; les plus riches et les plus opulents portaient de chez eux des aliments et des mets, et appelaient les pauvres. Ils s’asseyaient avec eux à table ; c'étaient des repas et des festins communs dans l'Eg lise même; 1a communauté de la table, la sainteté du lieu, tout enfin resserrait les liens de la charité, c'était pour tous un plaisir en même temps qu'un avantage. Les pauvres étaient efficacement consolés, les riches s'attiraient l'amour de ceux qu’ils nourrissaient, celui de Dieu pour qui ils le faisaient, et s'en retournaient pleins de grâces. De là découlaient mille biens, et d'abord l'amour croissant à chaque réunion entre les bienfaiteurs et les obligés; assis à la même table. Les Corinthiens, avec le temps, perdirent cette coutume: les riches mangeaient à part, ils dédaignaient- les pauvres, ils n'attendaient pas les retardataires, ceux que retenaient les nécessités où sont soumis les pauvres et qui n'arrivaient point à temps. Et quand ils venaient enfin , la table était levée, ils se retiraient tout honteux. Les uns s'étaient trop hâtés, les autres avaient trop tardé. Paul, voyant les maux qu'avait causés cette désunion et ceux qu'elle devait causer encore, car les riches méprisaient et dédaignaient les pauvres, les pauvres souffraient et détestaient les riches, et tous les maux enfin qui devaient sortir de cette source, essaya de corriger cette vicieuse et funeste coutume. Et voyez avec quelle prudence et quelle modération il entreprend cette correction: Voici ce que je vous dis d'abord: je ne puis vous louer de ce que, dans vos assemblées , vous vous conduisiez de manière qu'elles vous nuisent au lieu de vous servir. (I Cor. II, 17.) Qu'est-ce à dire: au lieu de vous servir? Vos ancêtres, dit-il, et vos pères vendaient leurs biens, leurs domaines, leurs possessions, mettaient tout en commun et s'aimaient les uns les autres; et. vous, qui devriez riva lise r avec eux, non-seulement vous ne les imitez point, mais vous avez perdu le seul bien que vous eussiez, la coutume des repas en commun après ces réunions. C'est pourquoi il dit : Vos assemblées vous nuisent au lieu de vous servir.

Ils abandonnaient toutes leurs richesses aux pauvres, et vous, vous les avez chassés de la talle qu'ils partageaient avec. vous. Car, premièrement, j'apprends que quand vous vous assemblez dans l'ég lise , il y a des divisions entre vous, et je le crois en partie. (I Cor. XI, 18.)

4. Remarquez de nouveau la prudence de cette correction. Il ne dit ni : Je le crois, ni : je ne le crois pas; il prend un. moyen terme : je (220) le crois en partie, c'est-à-dire je ne le crois pas entièrement, mais je ne refuse pas entièrement de le croire. Il dépend de vous que je le croie ou que je ne le croie point. Si vous vous corrigez je ne le crois point, si vous persistez je le crois. Ainsi, sans les accuser, il les accuse. Ce n'est point une accusation complète : il leur laisse l'espoir du retour et leur ouvre le chemin du repentir; mais ce n'est point une absolution, il craindrait de les voir persister dans le mal. Je ne l'ai pas définitivement cru, dit-il ; car c'est là ce que signifie : je le crois en partie. Il les engageait ainsi à se corriger et à s'amender, à l'empêcher lui-même de croire semblable chose, même en partie. Car il faut, dit-il, qu'il y ait même des hérésies parmi vous, de sorte qu'on découvre par là ceux d'entre vous qui ont une vertu éprouvée. (I Cor. XI, 19.) Quelles hérésies? Soyez attentifs à cet endroit ; ce n'est point des dogmes qu'il parle en disant : il faut qu'il y ait parmi vous des hérésies, mais de la désunion, qui avait aboli la table commune. Après avoir dit : il faut qu'il y ait des hérésies parmi vous, il fait connaître les hérésies dont il parle : Lorsque vous vous assemblez comme vous faites, ce n'est pas pour manger la cène du Seigneur. (Ibid. 20) Ce n'est pas, dit-il , pour manger la cène du Seigneur : il fait allusion à ce repas qu'institua le Christ dans sa nuit dernière, quand tous ses disciples étaient avec lui. A ce repas les serviteurs eurent place auprès du Maître, et vous, qui êtes tous des serviteurs de Dieu, vous êtes séparés et divisés1 Jésus n'éloigna pas même les traîtres, car Judas était là avec les autres, et- toi, tu chasses ton frère ! Ce n'est point pour manger la cène du Seigneur, dit-il; il appelle cène du Seigneur ces repas où la concorde appelle tous les fidèles. En effet, chacun de vous prend son repas pour le manger en particulier, l'un souffre de la faim, tandis que l'autre est ivre. (Ibid. 21.) Il ne dit point : l'un a faim tandis que l'autre mange; le mot d'ivresse les doit toucher. davantage : de part ni d'autre, dit-il, nulle mesure, tu te gorges de nourriture, tandis qu'un autre meurt de faim; tu manges plus qu'il ne faut, tandis qu'un autre n'a pas même le nécessaire, Ce double mal qu'engendre la ruine de l'égalité, voilà ce qu'il appelle hérésies, divisions et luttes entre des hommes dont l'un était ivre, tandis que l'autre mourait de faim. Et il a bien dit : Quand vous vous assemblez. Pourquoi mous assembler? A quoi sert cette réunion commune puisque vous n'avez pas de table commune? Nos biens nous viennent du Seigneur, et ceux qui le servent avec nous les doivent partager. N'avez-vous pas vos maisons pour y boire et pour y manger? ou méprisez-vous l'ég lise de Dieu et voulez-vous faire honte à ceux qui sont pauvre ? (Ibid. 22.) Vous croyez, dit-il, que l'injure n'atteint que votre frère ! Elle atteint aussi le lieu saint. C'est l'ég lise entière que vous méprisez. Il dit l'ég lise , parce que l'ég lise reçoit en commun tous les fidèles. Pourquoi traitez-vous l'ég lise avec aussi peu de respect que votre maison? Si vous méprisez votre frère, respectez du moins le lieu saint, car c'est l'ég lise qui est insultée. Et il n'a pas dit : vous privez ceux qui sont pauvres, ou vous n'avez pas pitié des pauvres; il dit : vous faites honte à ceux qui sont pauvres. C'est la manière la plus sensible de leur reprocher leurs dérèglements. Le pauvre a moins de souci, dit-il, de sa nourriture, que des affronts qu'il reçoit. Voyez avec quelle gravité il défend la cause du pauvre et comme il redresse fortement les riches : Que vous dirai-je ? vous donnerai-je des louanges ? Non, je ne vous louerai point. Qu'est-ce à dire? Il leur démontre d'abord la folie de leur conduite et les blâme ensuite avec douceur. Il le fallait ainsi pour les empêcher de s'endurcir dans le mal. Avant de leur démontrer leur folie, il a énoncé toute sa pensée : D'abord je ne vous louerai point. Puis, quand il leur a montré combien ils sont répréhensibles, il adoucit l'expression de son blâme et laisse toute la force de l'accusation dans ses précédentes paroles et dans sa démonstration. Ensuite il parle de la table mystique pour leur inspirer plus de crainte : c'est du Seigneur que j'ai appris ce que je vous ai enseigné. Quelle est la suite logique de ce discours? Vous partiez des repas communs, et vous faites mention maintenant des plus redoutables mystères ! Oui, certes, dit-il. Car si cette table spirituelle, où s'accomplit un redoutable mystère, est commune à tous, au riche et au pauvre, si le riche n'y est pas mieux traité que le pauvre, ni le pauvre moins bien traité que le riche, s'ils y sont tous également hongrés et y trouvent une place égale; si, jusqu'à ce que tous aient pris part au festin, se soient assis à cette table spirituelle et sacrée, elle demeure servie, si les prêtres sont là attendant le dernier des pauvres, à plus forte raison en doit-il être ainsi à la table (221) matérielle. Voilà pourquoi j'ai parlé de la cène du Seigneur. C'est du Seigneur que j'ai appris ce que le vous ai enseigné, que le Seigneur Jésus, la nuit même qu'il devait être livré, prit du pain, le bénit, le rompit, et dit à ses disciples : ceci est mon corps, qui Est rompu pour beaucoup, pour la rémission des péchés. Faites cela en mémoire de moi. Il prit de même le calice après le repas, et dit : le calice est la nouvelle alliance en mon sang. (Ibid. 23-2G.)

5. Puis il parle longuement de ceux qui participent indignement aux mystères, il les saisit, les confond, et après avoir enseigné que ceux qui reçoivent le corps et le sang de Jésus-Christ sans réflexion ni conseil, subiront la même peine que les meurtriers de Jésus-Christ, il revient à son sujet, en disant: Ainsi, mes frères, lorsque vous vous assemblez pour manger, attendez-vous les uns les autres; et si quelqu'un est pressé de manger, qu'il mange chez lui, afin que vous ne vous assembliez pas pour votre condamnation. ( Ibid. 33, 34. ) Voyez comme il dissimule le reproche qu'il fait à leur intempérance. Il ne dit point : Si vous êtes pressés de manger, mais: si quelqu'un est, pressé de manger, afin que chacun, rougissant à la pensée d'être exposé à ce reproche, le devance et se corrige: C'est enfin sur la crainte du châtiment qu'il arrête son discours en disant: Afin que vous ne voue assembliez pas à un jugement, c'est-à-dire, à voire condamnation et à votre honte. Ce n'est point un repas ni une table, dit-il, si l'outrage fait à'un frère, le mépris de l'ég lise , la gloutonnerie et l'intempérance y trouvent place. Ce n'est point une réjouissance, mais un châtiment et une peine. Vous vous attirez de redoutables vengeances en outrageant vos frères, en méprisant l'ég lise , en faisant de ce lieu saint une maison ordinaire par les repas particuliers que vous y faites. Maintenant que vous avez aussi entendu ces leçons, mes frères, fermez la bouche à ceux qui font un usage irréfléchi des paroles et des enseignements de l'Apôtre. Redressez ceux. qui tournent les saintes Ecritures à leur perte et à la perte des autres. Car vous savez que ces paroles : Il faut qu'il y ait des hérésies parmi vous, ont été dites de la désunion qui s'était mise dans les repas communs, puisque l'Apôtre ajoute : L'un souffre de la faim, tandis que l'autre est ivre.

Avec une foi orthodoxe et une conduite en harmonie avec les dogmes; montrons un grand amour pour les pauvres, prenons le plus grand soin des indigents. Exerçons ce négoce spirituel, et ne cherchons rien au delà de nos besoins. Voilà la richesse, voilà le négoce, voilà l'inépuisable trésor, de faire passer tous ses biens dans le ciel et de se confier au gardien de ce dépôt. Nous retirons de l'aumône un double profit: d'abord nous ne craignons pas pour notre argent, ainsi mis en réserve, ni les voleurs, ni les brigands, ni les esclaves infidèles; de plus, il n'est pas. stérilement enfoui. Mais de même qu'un arbre planté dans un sol fertile porte chaque année des fruits en sa saison, de mêle l'argent semé dans les mains des pauvres nous rapporte, non point seulement chaque année, mais chaque jour, des fruits spirituels, la confiance en Dieu, le pardon des péchés, la compagnie des anges, la bonne conscience, la joie et le bonheur spirituel, une espérance légitime, et les biens admirables que Dieu réserve à ceux qui l'aiment, à ceux qui, dans le zèle et la ferveur de leur âme, implorent sa miséricorde et son règne. Puissions-nous tous, après avoir vécu selon sa loi, l'obtenir avec l'éternelle joie de ceux qui arrivent au salut, par la grâce et la miséricorde du vrai Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, auquel appartiennent la gloire et la puissance, avec le père et-le Saint-Esprit , dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il,

 

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