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HOMÉLIE CONTRE CEUX QUI ABUSENT DE CETTE PAROLE DE L'APÔTRE : PAR OCCASION OU PAR VÉRITÉ LE CHRIST EST ANNONCÉ. (PHIL. I, 18.) et sur l'humilité (1).

 

AVERTISSEMENT ET ANALYSE. .

 

Cette homélie a été prononcée à Antioche quelques jours après la cinquième contre les Anoméens, c'est-à-dire dans les derniers jours de l'année 386. C'est en effet dans la cinquième homélie contre les Anoméens, que se trouve commentée l'histoire du publicain et du pharisien mentionnée au début de celle-ci. L'occasion de cette homélie fut l'abus que certains hérétiques faisaient des paroles de saint Paul : Que ce soit par occasion ou par vérité que le Christ est annoncé, je m'en réjouis, prétendant qu'elles signifiaient qu'il importait peu que les dogmes fussent vrais ou faux pourvu que le Christ fût annoncé.

 

1. Le cinquième discours contre les Anoméens est mentionné. — 2. L'humilité est la seule pierre solide sur laquelle doit être fondé l'édifice de notre salut. — 3. La simplicité, la pureté, l'unité de foi exigée par saint Paul et par Notre-Seigneur Jésus-Christ. — 4-9. Saint Chrysostome raconte en quelles circonstances saint Paul a prononcé les paroles dont on abusait; il était dans les fers, et ses ennemis prêchaient l'Evangile pour irriter Néron et le porter à faire mourir l'Apôtre; néanmoins, la prédication faisait des progrès, voilà pourquoi saint Paul disait les paroles en question. — 10. Après cela ces paroles s'expliquent d'elles-mêmes. — 11-12. Exhortation à la prière.

 

1. En vous parlant naguère du pharisien et du publicain, je pris pour exemple deux chars attelés, l'un de la vertu, l'autre du vice, et vous fis voir ce qu'on gagne par l'humilité et ce qu'on perd par l'arrogance. Je vous montrai comment l'arrogance, attelée avec la justice, les jeûnes et les dîmes, se laissa devancer tandis que l'humilité, attelée avec le péché, dépassa le char du pharisien, quoique conduite par un mauvais cocher. Y eut-il plus grand coupable que le publicain ? Cependant, par la contrition de son âme et l'aveu de ses péchés, il l'emporta sur le pharisien, qui pouvait se faire un mérite de ses dîmes et de ses jeûnes,

 

1 On trouvera à la fin du volume l'homélie.: Utinam sustineretis modicum, etc.

 

et n'était souillé d'aucune iniquité. Comment et pourquoi? C'est que, s'il n'était souillé ni d'avarice ni de rapines, il avait laissé germer en son âme la vanité, l'arrogance, mère de tous les vices. C'est pourquoi Paul nous exhorte par ses paroles : Que chacun examine bien ses actions : il trouvera ainsi sa gloire en lui-même, et non dans les autres. (Gal. VI, 4.) Or, ce pharisien se fait l'accusateur du monde entier, et se prétend meilleur que tous les hommes. Se fût-il préféré à dix seulement, à cinq, à deux, à un seul, Dieu ne l'aurait pu souffrir. Or, non-seulement il se préfère au monde entier, mais il accuse tous les hommes. C'est pourquoi il fut devancé. Et, semblable à un vaisseau qui , ayant traversé les flots agités, (246) échappé à mille tempêtes, vient, à l'entrée même du port, se heurter à un écueil, et laisse échapper tous les trésors qu'il contenait, ce pharisien , qui avait enduré les fatigues du jeûne et des autres oeuvres de vertu, parce qu'il ne sut point modérer sa langue, fit naufrage au port. Car, tirer de la prière, au lieu du fruit qu'il y fallait trouver, un semblable dommage, c'est véritablement faire naufrage au port.

2. Ainsi, mes chers-frères, serions-nous arrivés au faîte. de la vertu, estimons-nous les' moins parfaits des hommes, sachant que l'arrogance peut précipiter du ciel même celui qui ne veille point sur soi, et que l'humilité peut élever du fond de l'abîme du péché celui qui sait être modeste. L'une mit le publicain au-dessus du pharisien; l'autre, c'est l'arrogance, la fierté que je veux dire, vainquit même l'invisible puissance du démon. L'humilité, au contraire, l'aveu de ses fautes conduisirent le coupable au ciel avant les apôtres eux-mêmes. Or, si les pécheurs, en avouant leurs fautes, peuvent s'assurer ainsi la paix devant Dieu , que de couronnes. attendent ceux qui ont conscience de leurs bonnes oeuvres, et qui humilient leurs âmes? Le péché, attelé avec l'humilité, court assez légèrement -pour dépasser et devancer la justice jointe à l'arrogance. Or, si vous unissez l'humilité à la justice, où n'arrivera-t-elle point, à quelle hauteur des cieux ne s'élèvera-t-elle point? Elle vous portera assurément au trône même de Dieu, au milieu des anges, et vous y assoira dans une entière confiance. D'autre part, si l'arrogance, jointe à la justice, peut, par l'excès et-le poids de sa malice propre, entraîner dans l'abîme la confiance que donne la vertu, cette même croyance jointe au péché, ne précipitera-t-elle point dans la géhenne même celui qui en est possédé ?

Si je vous dis ces paroles, ce n'est point pour vous porter à négliger la justice, mais à fuir l'arrogance ; il ne faut point être pécheurs, mais être modestes. Le fondement de notre philosophie est l'humilité. Elèveriez-vous vers les cieux un immense édifice d'aumônes, de prières, de jeûnes, de vertus, sans ce fondement, c'est en vain que vous bâtissez : l'édifice tombera au premier souffle, parce qu'il repose sur le sable. Il n'est point une seule de nos bonnes couvres qui n'ait besoin de l'humilité, une seule qui puisse subsister sans elle. Auriez-vous et la continence, et la virginité, et le mépris des richesses, ou d'autres vertus, ce n'est que souillure et abomination sans l'humilité. Qu'elle soit donc dans nos paroles, dans nos oeuvres, dans nos pensées, ne bâtissons point sans elle.

3. Mais c'est assez parler de l'humilité, non pour l'excellence de cette vertu , car personne ne la pourrait dignement célébrer, mais pour votre instruction, mes chers frères. Ca'r je sais que le peu de paroles que je vous ai dites vous engageront à l'embrasser avec zèle. Mais puisqu'il faut expliquer la parole de l'Apôtre que. je vous ai lue aujourd'hui, qui paraît fournir à quelques hommes une occasion de relâchement, et d'où ils pourraient tirer de vaines excuses pour négliger leur salut, je passe à ce nouveau sujet. Quelle est cette parole? Que ce soit par occasion ou par vérité qu'on annonce Jésus-Christ. (Phil. I,18.) Cette parole, bien des gens la vont répétant à la légère, sans avoir lu ce qui précède ni ce qui suit. Ils retranchent la , suite des pensées, et, pour la perdition de leur âme, ils l'offrent comme un appât aux plus relâchés. Car tandis qu'ils tendent de les détourner de la véritable foi, les voyant craintifs et tremblants- devant le danger qu'ils y aperçoivent, pour les délivrer de leurs terreurs, ils leur citent la parole de l'Apôtre, et leur disent : Paul permet cela, puisqu'il dit : par occasion ou par vérité, que le Christ soit annoncé. Mais il n'en est , point ainsi, loin de là ! D'abord Paul n'a pas dit soit annoncé, mais : est annoncé, ce qui est bien différent; en effet, dire soit annoncé, c'est porter une loi; dire est annoncé, c'est signaler, un fait. Paul n'autorise point l'hérésie, il en détourne tous ses auditeurs ; écoutez ses paroles : Si quelqu'un vous annonce un autre évangile que , celui que vous avez reçu , qu'il soit anathème, serait-ce moi, serait-ce un ange du ciel! (Gal. 1, 8, 9.) Il n'aurait pas anathématisé et lui-même et l'ange, s'il avait cru la chose  sans danger. — Il dit ailleurs : J'ai pour vous un amour de jalousie, et d'une jalousie de Dieu, parce que je vous ai fiancés à cet unique époux comme j'eusse fait une vierge pure. dais j'appréhende qu'ainsi que le serpent séduisit Eve par ses artifices, vos esprits aussi ne se corrompent et ne dégénèrent de la simplicité qui est en Jésus-Christ. (II Cor. XI, .2, 3. ) Vous voyez qu'il fait de la simplicité une loi , et qu'il n'accorde point qu'on s'en éloigne. S'il l’accordait, il n'y (247) aurait point de danger; s'il n'y avait point de danger, Paul n'aurait pas eu de craintes; et le Christ n'aurait pas ordonné de brûler l'ivraie s'il était indifférent d'écouter celui-ci ou celui-là, en un mot le premier venu.

4. Que signifie cette parole? Je prendrai les choses d'un peu plus haut : il faut que vous sachiez dans quelle situation se trouvait Paul au moment qu'il écrivait cela. Dans quelle situation était-il? En prison, dans les chaînes, dans les plus grands dangers. Comment le savons-nous? Par sa lettre même, car il dit plus haut : Or je désire que vous sachiez, mes frères, que ce qui m'est arrivé a servi au progrès de l'Evangile; en sorte que mes liens sont devenus célèbres à la cour, dans les autres lieux de la ville, à la gloire de Jésus-Christ; et ainsi plusieurs de nos frères en Notre-Seigneur ont pris confiance en mes liens et conçu une hardiesse nouvelle pour annoncer sans crainte la parole de Dieu. (Philipp. I, 12, 14.) C'était Néron qui l'avait jeté dans les fers. De même qu'un voleur qui entre dans une maison pendant que tout le monde dort, et la déva lise , s'il voit quelqu'un allumer une lampe, il éteint la lumière et tue celui qui la porte, afin de pouvoir en liberté achever le pillage; ainsi l'empereur Néron , semblable à un voleur et à un brigand, pendant que tous les hommes étaient plongés dans un profond et insensible sommeil, pillait les biens, souillait les mariages, ruinait les maisons, commettait tous les crimes. Quand il vit Paul porter la lumière dans le aronde entier; je dis la parole de la doctrine, et confondre sa scélératesse, il voulut étouffer la prédication et mettre à mort celui qui instruisait les hommes, afin de pouvoir en liberté commettre tous les excès; il enchaîna le saint, et le jeta en prison. C'est alors que Paul écrivit les paroles que vous avez entendues.

Qui ne serait frappé d'étonnement et d'admiration, ou plutôt qui serait assez étonné, qui admirerait assez cette âme noble et vraiment céleste? A Rome, dans les fers, du fond. de sa prison, de si loin, il écrit aux Philippiens! Vous savez quelle distance sépare la .Macédoine de Rome. Mais ni la distance, ni le temps, ni les difficultés, ni les dangers, ni les malheurs sans fin, ne purent faire sortir de son âme l'amour ni le souvenir de ses disciples. Ils étaient toujours présents à sa pensée. Moins solides étaient les liens qui enchaînaient ses mains que l'amour qui attachait son coeur à ses disciples. C'est ce qu'il fait paraître au commencement de sa lettre : Car je vous ai tous dans le coeur, à cause de la part que vous avez prise à mes liens, à ma défense, et à l'affermissement de l'Evangile. (Philip. 1, 7.) Et comme un roi qui le matin monte sur son trône, s'assied sur le siége royal, et reçoit de toute part d'innombrables lettres, Paul, assis dans sa prison comme dans un palais, recevait et envoyait plus de lettres qu'un roi, car toutes les nations en appelaient à sa sagesse; il avait plus de soins que l'empereur même, car un empire plus grand lui était confié. Ce n'était pas seulement le monde romain, mais encore le monde barbare, la terre et les mers, que Dieu avait mis en ses mains. C'est pourquoi il disait aux Romains : Je ne veux pas, mes frères, que vous ignoriez que j'avais souvent proposé de vous aller voir pour faire quelque fruit parmi vous, comme dans les autres nations; mais je me dois aux Grecs et aux Barbares, aux sages et aux simples. (Rom. 1, 13, 14.) Chaque jour donc, il s'inquiétait de ce que faisaient les Corinthiens, les Macédoniens, de la vie que menaient les Philippiens, les Galates, les Athéniens, les habitants de Pont, et tous les hommes. Cependant, quoique la terre entière lui fût confiée , il ne s'inquiétait point seulement des nations, mais aussi de chaque homme. Tantôt il envoyait une lettre à l'occasion d'Onésime, tantôt à l'occasion de celui qui avait commis chez les Corinthiens le péché de fornication. Car il ne songeait point que ce n'était qu'un pécheur qui avait besoin de direction, mais que c'était un homme, un homme aux regards de Dieu la plus précieuse des créatures, et pour laquelle il n'a point hésité à donner son Fils unique.

5. Ne me dites point que c'est un esclave fugitif, un voleur, un brigand chargé de tous les crimes; que c'est un mendiant, un homme méprisé, sans prix ni valeur. Mais songez que pour cet homme, comme pour-les autres, le Christ est mort, et cela suffit pour que Vous lui donniez tous vos soins. Songez au prix que vaut cette créature que le Christ a estimé assez haut pour ne point épargner son sang. Si un roi se sacrifiait pour un homme, nous ne demanderions pas d'autre preuve de la valeur de cet homme ni de l'état que le roi faisait de lui, je pense. Car cette mort suffirait pour démontrer l'amour qu'avait pour lui celui qui aurait (248) donné sa vie. Mais, ce n'est point un homme, ni un ange, ni un archange, c'est le Maître des cieux lui-même, le Fils unique de Dieu fait homme qui s'est donné pour nous. Ne ferons-nous point tous nos efforts pour que des hommes qui ont reçu pareil honneur ressentent les effets de notre plus vive sollicitude? quelle défense aurions-nous, quelle excuse ? C'est ce que vous faisait entendre Paul quand il disait : Ne faites point périr par votre manger celui pour qui Jésus-Christ est mort. (Rom. XIV,15.) Voyant des hommes, qui méprisent leurs frères et dédaignent les faibles, il veut les faire rougir, leur inspirer l'amour du prochain, les engager à prendre soin des autres; pour toute exhortation il leur présente la mort du Christ. Ainsi, du fond de sa prison, il écrivait aux Philippiens, malgré la distance. Car , tel est l'amour selon Dieu; les choses humaines jamais ne lui font obstacle, parce qu'il a dans les cieux sa source et sa récompense. Et que leur dit-il? Je veux que vous sachiez., mes frères. (Philip. I, 12.) Voyez-vous comme sa pensés se porte vers ses disciples? voyez-vous la sollicitude du Maître ? Entendez aussi les témoignages de l'amour que les disciples avaient pour le Maître, afin que vous appreniez que s'ils étaient fermes et invincibles c'était par l'effet de ce mutuel attachement. Car, un frère soutenu par un frère est comme une ville fortifiée. (Prov. XVIII, 19.) A plus forte raison un si grand nombre d'hommes, unis par les liens de l'amour, sont capables de repousser toutes les attaques du démon. L'attachement de Paul pour ses disciples n'a plus besoin d'être démontré; vous l'avez vu, dans les fers mêmes, ne point cesser de prendre soin d'eux, et chaque jour mourir pour eux, le coeur enflammé de l'amour du prochain.

6. Quant aux disciples de Paul, ils étaient liés à leur maître par le plus entier attachement, et non-seulement les hommes, mais les femmes. Ecoutez ce qu'il dit de Phébé : Je vous recommande notre soeur Phébé, diaconesse de l'Eg lise de Corinthe, qui est au port de Cenchrée, afin que vous la receviez, au nom du Seigneur, comme on doit recevoir les saints, et que vous l'assistiez dans toutes les choses où elle pourra avoir besoin de vous, car elle en a assisté elle-même plusieurs, et moi en particulier..(Rom. XVI, 1, 2.) Paul ne témoigne que de l'assistance qu'il dut au zèle de Phébé. Mais Priscille et Aquila affrontèrent pour lui la mort même; voici ce qu'il écrit d'eux : Aquila et Priscille vous saluent : pour sauver ma vie ils ont exposé leur tête. (Rom. XVI, 3, 4.) C'est évidemment à la mort qu'ils se sont exposés. Et, parlant d'un autre de ses disciples, il écrit : Il s'est vu tout proche de la mort pour avoir voulu servir à l'œuvre de Jésus-Christ, abandonnant sa vie, afin de suppléer par son assistance à celle que vous ne pouviez me rendre vous-mêmes. (Philip. II, 30.) Vous voyez comme ils aimaient leur maître, comme ils négligeaient le soin de leur vie pour ne songer qu'à sa sûreté ! C'est la cause qui les empêcha d'être jamais vaincus. Si je rappelle ces faits, ce n'est pas seulement pour que nous en entendions le récit, mais pour que nous les imitions. Et j'adresse mes paroles non point seulement à ceux qui sont gouvernés, mais aussi à ceux qui. gouvernent. Je veux que les disciples fassent paraître la plus grande sollicitude pour leurs maîtres, et que les maîtres montrent à ceux qu'ils conduisent tout l'amour que Paul avait pour ses disciples, de loin comme de près. Car Paul considérait comme une habitation unique la terre tout entière, et, oubliant ses chaînes, ses douleurs, ses plaies, ses angoisses, il s'inquiétait et s'informait chaque jour de l'état où étaient ses disciples. Et souvent, pour cette seule cause, il envoyait tantôt Timothée, tantôt Tychicus ; c'est de lui qu'il dit : Il vient s'informer de ce qui vous touche et, consoler vos cœurs. (Ephés. VI, 22.) Et de Timothée : Je l'ai envoyé vers vous, car je ne contenais plus mon inquiétude, pour savoir si le tentateur ne vous a point tentés. (I Thess. III, 5.) Ailleurs il envoie Titus, ailleurs d'autres encore. Comme il était souvent lui - même retenu par ses chaînes dans le même lieu, et ne pouvait se trouver parmi ceux qui étaient son sang et ses entrailles, il les allait trouver dans la personne de ses disciples..

7. Il est donc dans les fers quand il écrit aux Philippiens : Je veux que vous sachiez, mes frères... (Philipp. I, 12.) Il appelle ses disciples du nom de frères. Tel est l'amour : il efface toute inégalité; il ne connaît ni prééminence, ni dignités; par lui, le plus grand des hommes s'abaisse jusqu'au plus humble, à l'exemple de Paul. Mais que leur veut-il faire savoir? Que tout ce qui m'est arrivé, dit-il, a servi au progrès de l'Evangile. (Ibid.) Comment, et de quelle manière? Avez-vous donc été délivré de vos liens? Avez-vous déposé vos chaînes, et (249) prêchez-vous sans trouble l'Evangile dans Rome? Avez-vous fait dans l'ég lise de longs discours sur la foi, et gagné bon nombre de disciples? Avez-vous ressuscité les morts et fait éclater des miracles? Avez-vous guéri des lépreux et étonné la multitude? Avez-vous chassé des démons, et le peuple a-t-il célébré vos louanges? Rien de pareil, répond l'Apôtre. Quel est donc ce progrès de l'Evangile? C'est que mes liens sont devenus célèbres à la cour de l'empereur et dans tous les lieux de Rome.  (Ibid. 13.) Que dites-vous? Est-ce là ce progrès, cette extension, cet accroissement de la prédication, que tous les hommes aient appris que vous êtes dans les fers? Oui, dit-il. Et la suite va vous montrer que ces fers, loin d'être un obstacle à la. prédication, étaient un nouveau sujet de confiance : Ainsi, plusieurs de nos frères en Notre-Seigneur ont, pris confiance en mes liens, et conçu une hardiesse nouvelle pour annoncer sans crainte la parole de Dieu. (Ibid. 14.) Que dites-vous, Paul? Au lieu de jeter le doute dans leur âme, vos liens leur ont inspiré la confiance, et, au lieu de la crainte, l'ardeur? Il n'y a nulle raison dans ces paroles ! — Je le sais. Mais ce n'est point la raison humaine qui peut expliquer ces événements, dit-il. Ils surpassent la nature et viennent de la grâce céleste. Voilà pourquoi ce qui ébranlait les autres inspirait la confiance aux fidèles. Quand l'ennemi fait captif un général, le charge de chaînes et fait connaître son sort, il met en fuite tous ses soldats; quand les voleurs se saisissent d'un berger, ils enlèvent le troupeau sans coup férir. Mais il n'en était point ainsi de Paul, et le contraire arrivait : le général était aux fers, et les soldats, pleins d'une ardeur nouvelle, s'élançaient au combat avec plus de confiance; le berger était chargé de chaînes, et le troupeau n'était ni détruit, ni dispersé.

8. Qui jamais a vu, qui jamais a out dire que les afflictions des maîtres aient consolé les disciples? Comment ne furent-ils pas saisis de crainte et ne dirent-ils point à Paul : Médecin, guéris-toi toi-même? (Luc, IV, 23.) Délivrez-vous des maux et de leurs chaînes, et vous nous procurerez ensuite tous les biens que vous nous promettez. Comment ne lui parlèrent-ils point ainsi? Comment? C'est qu'ils étaient instruits, par la grâce du Saint-Esprit, que tous ces maux n'arrivaient point par la faiblesse de leur maître, mais par. la permission du Christ, afin de donner à la vérité un nouvel éclat, et de lui procurer, par ces chaînes, cette prison, ces douleurs et ces angoisses, accroissement et grandeur. C'est ainsi que la puissance du Christ paraît. d'une manière plus accomplie dans la faiblesse. (II Cor. XII, 9.). Si Paul n'eût trouvé dans ses liens que découragement et timidité, c'est alors que lui-même et ceux qui s'étaient attachés à lui auraient eu de justes sujets de crainte; mais, s'il y puisait plus de confiance et voyait s'accroître sa gloire, il faut s'étonner et admirer qua de l'ignominie le maître ait tiré de la gloire, et qu'un effrayant supplice ait apporté aux disciples confiance et consolation: Car, quel homme n'était point frappé d'étonnement à la vue de Paul chargé de chaînes? Les démons fuyaient plus vite en le voyant dans sa prison. C'est que le diadème donne moins d'éclat à une tête couronnée, que n'en donnaient aux mains de l'Apôtre ces fers, qui ne sont point un ornement de leur nature, mais qui brillaient des splendeurs de la grâce. C'est elle qui prodiguait aux fidèles les consolations : ils voyaient les mains de Paul enchaînées, mais sa langue libre; ses bras chargés de chaînes, mais sa parole sans entraves parcourir, plus rapide qu'un rayon de soleil, la terre tout entière. Et ils se consolaient en apprenant, par les oeuvres, qu'il n'y a rien de considérable dans les choses présentes; car une âme vraiment pleine de l'amour de Dieu ne jette ses regards sur aucune des choses présentes. Mais, comme les insensés courent sans hésiter au feu, au fer, aux bêtes sauvages, à la mer, ces hommes, saisis d'un délire sublime, délire spirituel engendré par la sagesse, se riaient de toutes les choses terrestres. Aussi; en voyant leur maître dans les fers, ils faisaient éclater une joie plus vive, témoignant pat leurs œuvres, à leurs adversaires, qu'ils étaient de toutes parts imprenables, invincibles.

9. A ce moment et dans ces circonstances , quelques ennemis de Paul , pour attiser la guerre, et aviver la haine que le tyran nourrissait contre lui, entreprirent de feintes prédications , où ils enseignaient la véritable foi pour faire progresser la doctrine. Mais ce n'était point dans le dessein de répandre la foi dans le monde. Ils voulaient que Néron fût instruit du progrès de. la prédication et de l'accroissement de la doctrine, et se hâtât de faire périr l'Apôtre. Il y avait donc deux enseignements : celui des disciples de Paul, et celui de ses ennemis; les uns prêchant pour rendre (250) témoignage à la vérité, les autres par esprit de discorde, et par haine contre l'Apôtre. C'est ce qu'il marquait lui-même en disant : Quelques-uns prêchent Jésus-Christ par esprit de discorde et de haine (Phil. I, 15), et par ces mots, il désigne ses ennemis; d'autres le prêchent par bonne volonté (Ibid.), c'est de ses disciples qu'il parle. Plus loin il dit encore : Les uns prêchent Jésus-Christ par jalousie, ce sont des ennemis, dont les intentions ne sont ni pures, ni justes, comptant ajouter une nouvelle affliction à celle que je souffre dans les fers; les autres, par charité. (Ibid. 17, 16.) Il dit encore de ses disciples : Parce qu'ils savent que j'ai été établi pour la défense de l'Évangile. (Ibid. 16.) Mais que m'importe ? puisque de toute manière par occasion ou par vérité Jésus-Christ est annoncé ? (Ibid. 18.) C'est donc inutilement qu'on s'efforce d'appuyer l'hérésie de ces paroles. Car ceux qui prêchaient alors ne prêchaient point une doctrine corrompue ; ils enseignaient une foi saine, et droite. En effet, s'ils avaient prêché une doctrine corrompue , et différente de celle de Paul, ils n'auraient jamais atteint leur but. Quel était leur but? d'étendre la for, d'accroître le nombre des disciples de Paul, et de pousser ainsi Néron à faire aux chrétiens une guerre plus acharnée. S'ils eussent prêché une doctrine différente , ils, n'auraient pas gagné des disciples à l'Apôtre, et sans cela, ils n'auraient pas excité la colère du tyran. Aussi Paul ne dit-il point que leur doctrine fût corrompue. il ne condamne que la cause qui les poussait à Il prédication. Autre chose est de condamner la cause de la prédication, autre chose d'accuser la prédication elle-même de n'être pas pure. Car elle ne l'est point lorsque les. dogmes enseignés sont pleins d'erreurs; la cause de la prédication est blâmable lorsque, quelle que soit la pureté de la doctrine, elle n'est point prêchée en vue de Dieu, mais par haine ou par tout autre motif.

10. Aussi Paul ne dit-il point que ces hommes causèrent des hérésies; mais que le motif de leurs prédications était coupable, et qu'ils ne prêchaient point par piété. Car ils n'avaient point dessein de propager l'Évangile, mais de lui faire la guerre et de le faire tomber dans de plus grands dangers. Voilà pourquoi l'Apôtre les accuse. Et voyez quelle exactitude dans ces mots : Comptant ajouter une affliction à celle que je souffre dans mes liens. (Phil. I, 17.) Il ne dit pas ajoutant, mais comptant ajouter, c'est-à-dire, pensant, pour montrer qu'ils le peuvent croire, mais qu'il rie pense point de même; qu'au contraire, il se réjouit du progrès de la prédication. Aussi ajoute-t-il : Mais je m'en réjouis; et m'en réjouirai toujours. (Ibid. 18.) Si la doctrine de ses ennemis eût été erronée, si elle eût causé des hérésies, Paul ne se fût point réjoui. C'est parce que leurs dogmes étaient purs et sans altération qu'il a pu dire : Je m'en réjouis et m'en réjouirai toujours. Que m'importent mes ennemis, si leur haine tourne contre eux-mêmes? cette haine servira ma cause. Voyez-vous la puissance de Paul, et qu'il ne se laisse surprendre à aucune des ruses du démon? et. non-seulement il ne se laisse point surprendre, mais il le fait tomber dans ses propres pièges. Grande était la fourbe du démon, grande aussi la malice de ses serviteurs : sous ombre de partager la même foi, ils voulaient étouffer la prédication. Mais Celui qui perce les ruses des habiles (I Cor. III, 19), ne le permettait point; t'est ce que montrait Paul dans ces paroles : Il est plus utile pour votre bien que je demeure encore en cette vie;. c'est pourquoi j'ai une confiance qui me persuadé que je demeurerai encore avec nous, et que j'y demeurerai même assez longtemps. (Phil. I , 24, 25.) Mes ennemis me veulent faire perdre la vie, et pour y parvenir, il n'est rien qu'ils n'osent tenter, mais Dieu ne le permettra point à cause de vous.

11. Souvenez-vous exactement de toutes mes paroles, afin que si vous trouvez des gens qui, à la légère et sans réflexion, abusent de l'Ecriture pour perdre le prochain, vous les puissiez redresser en toute connaissance de cause. Or, nous conserverons fidèlement le souvenir de ces instructions et nous pourrons redresser les autres, si nous avons recours à la prière, si nous prions le Dieu qui donne la parole de sagesse, de nous donner aussi l'intelligence pour la recevoir, et la grâce de conserver intact et inviolable ce dépôt spirituel. Car souvent ce que nos propres fonces sont impuissantes à faire, s'accomplit sans peine avec le secours de la prière, je dis la prière assidue. En effet, il faut prier toujours, prier sans cesse dans les traverses et dans la paix, dans les malheurs et dans la prospérité; dans la paix et la prospérité, pour que ces biens s'affermissent, ne passent ni ne périssent point; dans les traverses et les malheurs, afin qu'il survienne un heureux changement, et que le (251) trouble se tourne en calme et en consolations. Vous vivez dans le calme? priez donc Dieu, afin que ce calme dure. Vous avez vu la tempête s'élever contre-vous? priez, suppliez Dieu d'apaiser les flots et de vous rendre le calme après l'orage. Vous avez été entendu ? remerciez Dieu qui vous à exaucé. Vous ne l’avez point été? Insistez pour qu'il vous exauce. Si jamais Dieu diffère ses grâces, ce n'est point qu'il vous haïsse ou volis repousse ; il veut par ce retard vous retenir plus longtemps auprès de lui; comme font les pères qui aiment leurs `enfants. Quand l'affection de leurs fils n'est pas assez vive, pour les retenir toujours auprès d'eux, ils tardent à dessein à se rendre à leurs prières. Vous n'avez pas besoin de chercher des intermédiaires auprès de Dieu ni de gagner à grand'peine, à force de flatteries, le bon vouloir des autres hommes; seriez-vous seul, sans protecteur, seul avec vous-même, invoquez Dieu, et vous obtiendrez assurément. Il cède moins volontiers aux prières qu'on lui adresse pour nous qu'à celles que nous lui faisons nous-mêmes dans nos besoins, fussions-nous mille fois pécheurs.. Aurions-nous fait mille offenses à un homme, s'il nous voit venir à lui le matin, à midi, le soir, pour tenter d'adoucir sa colère, notre continuelle présente, notre assiduité calme sans peine son ressentiment. Cela ne doit-il pas être plus aisé encore auprès de Dieu?

12. Mais, dites-vous, vous êtes indigne des dons de Dieu. Rendez-vous en digne par l'assiduité de vos prières: Oui, le plus indigne petit mériter des grâces par l'assiduité de ses prières. Dieu cède plutôt à nos prières qu'à celles qu'on lui fait pour nous, il tarde souvent à nous exaucer, non pour nous décourager ou nous renvoyer les mains vides, mais pour nous procurer plus de biens que nous n'en demandons. Je veux vous démontrer ces trois vérités en me servant de la parabole que je vous ai lue aujourd'hui. Le Christ vit venir à lui la Chananéenne qui le priait pour sa fille possédée du démon, et qui s'écriait: Ayez pitié de moi, Seigneur : ma fille est tourmentée par le démon. (Matth. XV, 22.) Voilà une femme de nation étFangère , én dehors de la loi des Juifs. Devait-elle être aux yeux de Jésus-Christ plus qu'un chien! était-elle digne d'être exaucée? Il n'est pas bon, dit Jésus lui-même, de prendre le pain de ses enfants et de le donner aux chiens. (Ibid. 26.) Cependant l'assiduité de ses prières lui fut un mérite. Non-seulement Jésus traita comme on traite ses enfants celle que la loi abaissait au rang des animaux, mais il la renvoya comblée d'éloges : Femme, lui dit-il, ta foi est grande; qu'il te soit fait comme tu veux. (Ibid. 28.) Le Christ a dit : Ta foi est grande. Ne cherchez point d'autre preuve de la noblesse d'âme de celle femme; vous avez vu comme elle devint digne des grâces du Seigneur,-elle qui en était d'abord indigne. Voulez-vous aussi vous convaincre que Dieu se rend plutôt à nos prières qu'à celles qu'on lui fait pour nous? La Chananéenne criait, tt les disciples s'approchant de Jésus, lui dirent: Accordez-lui ce qu'elle demande, car elle crie après nous. (Ibid. 23). Et il leur répondit: Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. (Ibid. 24.) Mais elle s'approcha elle-même et insista disant : Mais, Seigneur, les chieras mangent ait moins les miettes de la table de leur maître. (Ibid. 27.) Alors Jésus lui accorda sa demande et lui dit: Qu'il soit fait comme tu veux. (Ibid. 28.) Voyez-vous que Jésus repousse la prière des disciples, mais qu'il cède aux prières et aux cris de la mère? Il répond aux uns: Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël; et à la Chananéenne : Ta foi est grande, qu'il soit fait comme tu veux. A sa première demande, Jésus n'accorde point, mais la voyant revenir à lui trois fois, il exauce sa prière, nous enseignant, que s'il différait cette grâce qu'il lui accorde à la fin, ce n'était point pour la repousser, mais pour nous donner en exemple sa patience. Car s'il eût différé pour la repousser, il ne l'eût pas exaucée même à la tin. Mais comme il n'attendait que pour faire paraître la sagesse de cette femme, il gardait d'abord le silence. S'il lui avait dès l'abord accordé la grâce qu'elle demandait, nous n'aurions point connu sa vertu. Accordez, disent les disciples, car elle crie après nous. Que répond le Christ? Vous entendez sa voix, mais je lis dans sa pensée ; je ne veux pas que le trésor qu'elle contient demeure caché, j'attends en silence pour le découvrir à tous les regards, pour le faire briller aux yeux du monde. Ainsi, serions-nous pécheurs, indignes des grâces de Dieu, ne désespérons point, et assurons-nous que par la persévérance nous pouvons nous en rendre dignes. Serions-nous seuls, sans protecteurs, ne perdons point confiance, sachant que c'est une puissante protection que de s'adresser soi-même (252) à Dieu, le coeur plein de zèle. S'il tarde, s'il diffère, ne nous laissons point détourner, certains que ces retards sont une preuve de sa sollicitude et de sa bonté. Si nous avons cette persuasion, si avec un coeur contrit, plein d'amour, avec une ardente volonté, comme la Chananéenne; nous allons au Seigneur, serions-nous des chiens, des pécheurs chargés de crimes, nous nous délivrerons de nos misères, et deviendrons assez purs pour servir aux autres de protecteurs. C'est ainsi que la Chananéenne emporta non-seulement la confiance devant Dieu et mille louanges; mais qu'elle arracha sa fille à d'intolérables tortures. Rien, je vous le dis, rien n'est plus puissant que la prière ardente et pure. Car elle seule nous peut délivrer des maux présents et des châtiments que nous méritons en cette vie. C'est pourquoi, si nous vouions passer avec moins de peine la vie présente, et la quitter avec confiance, prions avec zèle, avec ardeur, avec persévérance. Ainsi nous obtiendrons les biens qui nous sont réservés et nous goûterons les plus douces espérances. C'est ce que je souhaite pour nous tous, par la grâce, la bonté et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui partage, avec le Père et le Saint-Esprit, la gloire, l'honneur et la puissance, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Traduit par M. WIEREYSKI.

 

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