INSCRIPTION II

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DEUXIÈME HOMÉLIE.

 

Prononcée dans la vieille ég lise où il n'y avait pas eu de réunion depuis longtemps ; — que la vie vertueuse vaut mieux que les miracles et les prodiges ; — sur la différence qu'il y a entre la bonne vie et les miracles.

 

ANALYSE.

 

1° Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eg lise , et les portes. de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Tel est le rempart de l'Eg lise contre lequel sont venus se briser tous les efforts de la gentilité et de l'hérésie. — 2° L'Eg lise a été bâtie par les mains des apôtres sur le fondement des prophètes. Pourquoi ce titre : Actes des Apôtres, plutût que tout autre ?  — 3° Différence entre les actes et les miracles. Les actes viennent de la volonté et de la grâce ; les miracles de la grâce seulement; ce sont les actes et non les miracles qui ouvrent le ciel. — 4° Ce qui fait les apôtres c'est la charité et non les miracles. — 5° L'orateur poursuit sa thèse tout en commentant le miracle du boiteux guéri par saint Pierre à la porte du temple. — 6° Résumé et exhortations.

 

1. Nous voici donc rassemblés de nouveau dans cette ég lise notre mère, cette ég lise si chère à nos coeurs, cette ég lise notre mère et mère de toutes les ég lise s. Mère, non pas seulement parce qu'elle a été bâtie il y a Ion, temps, trais parce qu'elle a été fondée par les mains des apôtres. C'est pour cela que, renversée souvent en haine du nom du Christ, elle a toujours été relevée par la puissance du Christ. Et ce ne sont pus seulement les mains des apôtres qui l'ont fondée , mais le Maître des apôtres l'a édifiée d'une manière nouvelle et inouïe. Il n'a pas rassemblé, pour la bâtir, du bois et des pierres, ni creusé un fossé pour en marquer l'enceinte, ni enfoncé des pieux, ni élevé des tours; il n'a prononcé que deux paroles et. elles lui ont tenu lieu de rempart, de tour, de fossé et de tout autre moyen de défense. Et quelles sont les paroles qui ont produit un si grand effet? Sur cette pierre je bâtirai mon Eg lise , et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. ( Matth. XVI , 18.) Voilà le rempart, le mur d'enceinte, la défense, le port, le refuge. Jugez combien ce mur est inexpugnable. Jésus-Christ n'a pas dit seulement que les ruses des hommes ne prévaudraient pas contre elle, mais même les machinations de l'enfer : Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Il n'a pas dit : « ne l'attaqueront pas, » mais ne prévaudront pas contre elle; elles l'attaqueront, mais ne la vaincront pas. Et qu'est-ce donc que les portes de l'enfer? Car peut-être le sens de ce mot ne vous est pas bien connu. Voyons ce que c'est que la porte d'une ville et nous saurons ce que c'est que la porte de l'enfer. La porte d'une ville, c'est l'entrée qui y conduit : donc, la perte de l'enfer, c'est le danger (45) qui y mène. Voici donc en d'autres termes ce que dit Notre-Seigneur : Quand même mon Eg lise serait attaquée , assiégée par des épreuves capables de la précipiter en enfer, elle n'en restera pas moins immobile. Il pouvait ne pas permettre qu'elle fût exposée au danger : pourquoi donc l'a-t-il permis? Parce que c'est la marque d'une bien plus grande puissance de permettre que les épreuves vous assiègent sans pouvoir vous vaincre que de les empêcher de vous assiéger. Aussi a-t-il permis que son Eg lise fût soumise à toutes les épreuves afin qu'elle en devînt plus illustre. La tribulation produit la patience; la patience, l'épreuve. (Rom. V, 3-4). Et pour montrer sa force avec plus d'évidence encore, il retire son Eg lise des portes mêmes de la mort. C'est pour cela qu'il permet la tempête et qu'il ne permet pas que la barque soit submergée : car nous admirons un pilote, non pas lorsque, naviguant par un temps favorable ou le vent en proue, il conduit son vaisseau sain et sauf; mais lorsque, la mer étant orageuse, les flots irrités, la tempête déchaînée, il oppose son art à l'impétuosité du vent et sauve son vaisseau du milieu des périls. Ainsi fait le Christ. En plaçant, comme un navire sur la mer, son Eg lise sur la terre, il n'a pas enchaîné la tempête, mais a sauvé l'Ég lise de la tempête ; il n'a pas empêché la mer de s'irriter, mais il a assuré !e salut du navire. Les peuples s'élèveront de toutes parts comme les flots en fureur, les esprits mauvais l'attaqueront comme des tempêtes déchaînées, l'envelopperont comme un ouragan, le Christ veille à la conservation de l'Ég lise . Et ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que la tempête non-seulement n'a pas été maîtresse du vaisseau, mais encore a été vaincue par le vaisseau. Les persécutions continues, loin de vaincre l'Ég lise , ont été vaincues par elle. — Comment, d'où, de quelle manière? — Parce que ces paroles se sont réalisées : Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle.

Que n'ont pas fait les Gentils pour donner à cette parole un démenti, pour rendre cette promesse impuissante ! et ils n'y sont point parvenus : car c'était la parole de Dieu. Voyez cette tour bâtie de blocs de granit, solidement revêtue de fer : les ennemis, l'attaquant de tous côtés, n'en ébranlent pas la structure, n'en désorganisent pas l'arrangement, mais se retirent la laissant intacte, sans aucun dommage, n'ayant ruiné que leurs propres forces de même cette parole, comme une tour inexpugnable, bâtie avec solidité au milieu de la terre, a été de tous côtés attaquée par les Gentils, mais ils n'ont abouti qu'à rendre sa force plus évidente, qu'à briser leur puissance, et ils sont morts ! Quelles trames n'ont-ils pas ourdies contre cette promesse? Ils ont levé des troupes, saisi leurs armes, les rois se sont préparés à la guerre, les peuples se sont levés, les villes se sont agitées, les juges se sont irrités et ont employé tous les. genres de supplices; aucune espèce de peine n'a été omise feu, fer, dents des bêtes féroces, précipices, submersions, gouffres, bois, croix, fournaises ardentes, tous les tourments imaginables, tout a été employé; ils ont employé des menaces incroyables, d'incroyables promesses pour effrayer les uns, pour séduire et attirer les autres. Ruse et violence, tout a été tenté. Les pères ont livré leurs enfants, les enfants ont renié leurs pères, les mères oubliaient ceux qu'elles avaient portés dans leurs entrailles, les lois de la nature étaient méconnues. Et pourtant ces assauts n'ont pas ébranlé les remparts de l'Ég lise , et ses propres enfants ont levé l'étendard de la révolte, sans que la guerre ait porté aucune atteinte à la solidité de ses murs, à cause de cette parole : Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Songez que ce n'était pas une parole quelconque, mais la parole de Dieu. D'une parole Dieu fonda le ciel, d'une parole il affermit la terre sur les eaux (Ps. CIII, 5), il fit soutenir cet élément solide et pesant par un élément léger et fluide; et cette mer à la violence irrésistible, aux flots gigantesques, la parole de Dieu lui a donné pour rempart un fragile grain de sable. Mais si d'une parole Dieu a fondé le ciel, affermi les fondements de la terre, donné des bornes à la mer, vous étonnerez-vous que par une parole il ait entouré comme d'un rempart inexpugnable son Eg lise bien plus noble que le ciel, la terre et la mer?

2. Mais l'édifice étant si solide, le rempart si inexpugnable, voyons comment les apôtres en ont jeté les fondements, à quelle profondeur ils ont creusé pour élever une construction aussi inébranlable. Ils n'ont pas eu besoin de creuser profondément, de se livrer à un grand travail. Pourquoi? C'est qu'ils ont trouvé un premier fondement déjà ancien, celui des prophètes. Un homme qui, sur le point de bâtir (46) une grande maison, trouverait un ancien fondement ferme et solide, se garderait bien de le bouleverser, d'en remuer les pierres, mais le laissant tel qu'il le trouverait, il élèverait là-dessus son nouvel édifice; de même les apôtres, pour bâtir ce grand édifice de l'Eg lise qui embrasse la terre entière, n'ont pas creusé profondément; mais, ayant trouvé un fondement ancien, celui des prophètes, ils ne l'ont pas bouleversé, n'ont pas renversé cette construction, cette doctrine, mais la laissant intacte, ils ont élevé par-dessus leur propre doctrine et la foi nouvelle de l'Eg lise . Et si vous voulez être bien certains qu'ils n'ont pas renversé le fondement premier, mais qu'ils ont bâti dessus, écoutez saint Paul, ce sage architecte, nous rendant un compte exact de cette construction; c'est le sage architecte qui dit lui-même: J'ai, comme un sage architecte, posé le fondement. (I Cor. III, 10.) Voyons comment il l'a posé. Sur un autre fondement plus ancien, celui des prophètes. D'où le savez-vous? Vous n'êtes plus des hôtes et des étrangers, dit-il, mais les concitoyens des saints, bâtis sur le fondement des apôtres et des prophètes. (Ephés. II, 19, 20.) Vous voyez deux fondements, celui des prophètes, et au-dessus celui des apôtres. Et ce qu'il y a d'étonnant, c'est que les apôtres ne suivirent pas immédiatement les prophètes et qu'il y eut entre eux un grand intervalle. Pour quelle raison? C'est ainsi que font les meilleurs architectes; après avoir posé le fondement, ils n'élèvent pas de suite l'édifice de peur qu'étant trop peu solide et trop récent, il ne puisse porter le poids des murs. Ils laissent au contraire les pierres s'affermir par le temps, et quand ils les voient solidement reliées entre elles, ils construisent les murs. Le Christ a fait de même; il a laissé le fondement des prophètes s'affermir dans l'esprit des auditeurs, leur doctrine s'y solidifier, et quand cette première construction fut devenue inébranlable, que ces saints enseignements eurent pénétré assez profondément pour pouvoir supporter la loi nouvelle, alors il envoya les apôtres pour élever sur le fondement des prophètes les murs de l'Eg lise . Mais voyons comment ils furent bâtis.

Qui nous l'apprendra ? Qui, sinon le livre des Actes dont je vous ai parlé, les jours précédents ? Et peut-être ai-je par suite de cela contracté à votre égard une dette que je veux acquitter aujourd'hui. Quelle dette ? Efforçons-nous d'expliquer le titre du livre. Car il n'est pas aussi simple, aussi clair que beaucoup le croient; il réclame notre sagacité. Quel est le titre de ce livre ? — Actes des Apôtres. — N'est-ce pas clair, évident, à la portée de tous? — Oui; mais si vous examinez ce qui est rapporté dans le livre, vous verrez combien ce titre est profond. Pourquoi ne pas dire Merveilles opérées par les apôtres? Pourquoi ne pas dire Miracles des apôtres ou encore Puissance et prodiges des apôtres? Pourquoi préférer Actes des apôtres? Ce n'est pas la même chose de dire Actes ou Miracles, Actes ou prodiges, Actes ou Puissance : il y a entre ces termes une grande différence. Un acte c'est le produit de notre propre volonté, un miracle c'est un don de la grâce divine. Voyez-vous la différence de l'acte et du miracle? Un acte, c'est l'effet du travail de l'homme, un miracle, de la libéralité divine; un acte a pour principe notre propre volonté, un miracle la grâce de Dieu; l'un vient du secours d'en-haut, l'autre d'une volonté d'ici-bas. Un acte se compose de deux éléments, de notre activité et de la grâce divine; un miracle ne montre que la grâce divine et ne requiert pas notre coopération. C'est un acte que d'être homme, sage, modeste, que de dompter la colère, de combattre ses passions, d'exercer sa vertu ; c'est un acte, un travail. C'est un miracle au contraire que de chasser les démons, de rendre la vue aux aveugles, de purifier le corps des lépreux, de rendre la vigueur aux membres paralysés, de ressusciter les morts et le reste. Voyez quelle différence entre les actes et les miracles, la sage conduite et les prodiges, notre activité et la grâce de Dieu !

3. Voulez-vous que je vous 1rtontre une autre différence ? car je n'ai d'autre but dans cette instruction que de vous apprendre ce qu'est le miracle, le prodige. Le miracle est par lui-même quelque chose de grand, d'étonnant, quelque chose qui surpasse notre nature. L'action, la sage conduite est moins remarquable que le miracle, mais elle nous est plus avantageuse et plus utile : c'est le fruit de nos travaux et de nos sueurs. Et pour vous donner une preuve que l'action est plus avantageuse et plus utile que le prodige, sachez qu'une bonne action, même sans miracles, conduira au ciel celui qui l'a faite, tandis que les prodiges et les miracles sans les bonnes oeuvres ne peuvent conduire à ce royal séjour. Comment (47) cela? Je vais vous le montrer. Voyez comme les actions sont placées en première ligne quand il s'agit de récompenser; comme les prodiges, seuls et par eux-mêmes, sont impuissants à sauver ceux qui les font; comme au contraire l'action seule et par elle-même, sans avoir besoin d'autre chose, procure le salut à ceux qui l'ont opérée. Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom ? Voilà un prodige, un miracle. En votre nom n'avons-nous pas chassé les démons et opéré bien des merveilles ? ( Matth. VII, 22.) Vous ne voyez partout que des prodiges et des miracles, et aucune bonne oeuvre. Mais comme les miracles sont seuls et qu'il n'y a pas de bonnes œuvres. Retirez-vous de moi, dira le Seigneur, je ne vous connais pas, vous qui opérez l'iniquité! ( Matth. VII, 22-23.) Si vous ne les connaissez pas, comment savez-vous qu'ils opèrent l'iniquité? C'est que cette parole, je ne vous connais pas, ce n'est pas l'ignorance qui la fait prononcer, mais la haine et l'aversion. Je ne vous connais pas; et pourquoi donc, dites-moi? En votre non n'avons-nous pas chassé les démons? C'est précisément pourquoi je vous hais et vous déteste; car mes dons ne vous ont pas rendus meilleurs, et revêtus de tant d'honneur vous avez pu rester dans vos iniquités. Retirez-vous de moi, je ne vous connais pas!

Quoi donc! ils en étaient indignes, ceux qui anciennement recevaient ces faveurs ! Ces thaumaturges menaient une vie corrompue, et enrichis des dons de Dieu, ils ne s'occupaient pas de rendre leur vie parfaite ! S'ils étaient enrichis, cela leur venait de l'amour de Dieu, non de leur propre mérite. Il fallait que partout se répandît la doctrine du salut, puisque c'était le commencement et comme le premier âge de la religion nouvelle. Lorsqu'un habile cultivateur -vient de confier à la terre un arbre encore frêle, il lui prodigue au commencement des soins empressés, le protége de toutes parts, l'entoure et de pierres et d'épines, afin qu'il ne soit ni renversé par le vent, ni maltraité par les bestiaux, qu'il ne soit, en un mot, exposé à aucune injure; mais quand il est devenu fort et qu'il commence à s'élancer, il enlève toutes ces défenses : car l'arbre peut par lui-même se suffire; il en fut ainsi de la religion. Lorsqu'elle ne faisait que de naître, qu'elle était encore tendre, qu'elle jetait ses premières racines dans les coeurs des hommes, elle exigeait de grands soins; mais quand elle fut profondément enracinée et qu'elle eut pris tout son développement, lorsqu'elle eut rempli toute la terre, le Christ enleva tout ce qui l'entourait et la protégeait. Voilà pourquoi au commencement ces faveurs furent accordées même à des indignes: pour que la foi s'établit, elle avait besoin de ces secours; aujourd'hui des hommes, même qui en sont dignes, ne reçoivent plus ces grâces : la foi est assez forte pour s'en passer. Et afin que vous sachiez que ces hommes dont parle l'Évangile ne mentaient pas, mais qu'ils opéraient réellement des miracles, que ce don avait été accordé à des indignes, et aussi pour que ces mêmes hommes, né se bornant pas aux miracles, perfectionnassent leur vie et que, respectant la grâce de Dieu, ils rejetassent leurs iniquités, Dieu permit que Judas, l'un des douze, opérât, de l'aveu de tous, des prodiges, chassât des démons, ressuscitât des morts, purifiât des lépreux, lui qui cependant perdit le royaume du ciel. Ses miracles ne purent le sauver parce que c'était un scélérat, un voleur, et qu'il trahit le Maître.

Ainsi les miracles ne peuvent sauver s'ils ne sont accompagnés d'une conduite parfaite , d'une vie pure et sans tache; je viens d'en donner les preuves. Oui, une bonne conduite qui n'est pas soutenue de ces faveurs extraordinaires, qui n'est point aidée par ce don des miracles, mais qui est livrée à elle-même, peut se présenter avec confiance au royaume des cieux; écoutez ces paroles du Christ: Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume préparé pour vous depuis la création du monde. (Matth. XXV, 34.) Et pourquoi? Parce qu'ils ont ressuscité des morts, purifié des lépreux, chassé des démons? Non; mais pourquoi donc? «Vous m'avez vu épuisé par la faim, dit-il, et vous m'avez nourri; par la soif, et vous m'avez donné à boire; privé de vêtements, et vous m'en avez fourni; d'asile, et vous m'avez recueilli.» Vous ne voyez pas de miracles, rien que de bonnes actions. D'un côté il n'y a que des miracles, et la punition n'est pas moins terrible parce qu'il n'y a pas de bonnes oeuvres; de l'autre côté, il n'y a que des bonnes oeuvres, pas de miracles, et néanmoins le salut est accordé; ce qui montre que par elle seule une conduite parfaite procure le salut. Voilà pourquoi le saint, l'illustre, l'admirable Luc intitula son livre Actes des Apôtres et non Miracles des apôtres, bien que les apôtres aient fait des miracles. Mais ceux-ci (48) ont duré un moment et ils sont passés; ceux-là devront être pratiqués pendant tous les siècles par ceux qui veulent se sauver. Et c'est parce que nous devons imiter non les miracles, mais les actes des apôtres qu'il a donné ce titre à son livre. Et afin que vous ne disiez pas ou plutôt afin que les lâches ne disent pas, quand nous leur proposons l'imitation des apôtres , quand nous leur répétons: Imitez Pierre, faites comme Paul, agissez comme Jean, suivez Jacques; afin, dis-je, qu'ils ne nous objectent pas: Mais nous ne pouvons, ils ont ressuscité des morts, purifié des lépreux, Luc rejette cette excuse impudente et leur dit . Silence, taisez-vous : ce ne sont pas les miracles, mais les actes qui conduisent au ciel.

Imitez donc la conduite des apôtres et vous n'obtiendrez pas moins qu'eux. Ce qui les a faits apôtres, ce ne sont pas les miracles, mais la sainteté de leur vie. C'est là le signe qui distingue les apôtres et qui caractérise les disciples : écoutez à ce sujet la parole du Christ. Lorsqu'il veut tracer le portrait de ses disciples et montrer quelle est la marque distinctive des apôtres, il dit : C'est à ce signe que toits reconnaîtront que vous êtes mes disciples. (Jean, XIII, 35.) A ce signe, à quoi? A faire des miracles, à ressusciter des morts? Non ; à quoi donc? C'est à ce signe que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres. L'amour n'est pas un miracle, mais une oeuvre : L'amour, c'est la plénitude de la loi. Voyez-vous quelle est la marque des disciples, le signe des apôtres, leur forme, leur type? Ne cherchez rien de plus; le Maître nous a révélé que la charité doit être le caractère propre de ses disciples. Si donc vous avez la charité, vous êtes apôtre et le premier des apôtres.

4. Voulez-vous retirer d'un autre passage le même enseignement? s'adressant à Pierre, le Christ dit : Pierre, m'aimez-vous plus que ceux-ci? (Jean, XXI, 17.) Il n'y a rien qui nous fasse obtenir le royaume du ciel comme d'aimer le Christ autant qu'il le faut. Et lui-même a dit quelle était la marque de cet amour. Quelle est-elle? Que ferons-nous pour l'aimer plus que les apôtres? Sera-ce en ressuscitant des morts ou en faisant quelque autre miracle? Non ; que ferons-nous donc ? Ecoutons le Christ, celui-là même que nous devons aimer: Si vous m'aimez, dit-il, plus que ceux-ci, paissez mes brebis. Vous le voyez, c'est la conduite qui paraît ici encore. Car le zèle, la compassion, le soin, tout cela ce sont des actes, non des miracles ni des prodiges. Mais, direz-vous, s'ils sont devenus tels, c'est à cause de leurs miracles. Ce n'est pas à cause de leurs miracles, mais à cause de leurs actes, et ceux-ci les. ont rendus bien plus illustres. C'est pourquoi il leur dit : Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu'ils voient, non vos miracles, mais vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. (Matth. V, 16.) Ne voyez-vous pas partout qu'il n'y a de louange que pour la conduite vertueuse et la vie sainte? Voulez-vous que je vous montre Pierre lui-même, Pierre, le chef des apôtres, qui mena une vie si parfaite et qui opéra des merveilles si grandes qu'elles dépassent tout pouvoir humain? voulez-vous, dis-je, que je vous montre et les miracles et les actes comparés ensemble, et Pierre retirant plus d'honneur de ses actes que de ses miracles?

Ecoutez ce récit : Pierre et Jean montaient au temple pour la prière de la neuvième heure. (Act. III, 1.) Ne passez pas trop légèrement sur ce récit; mais arrêtez-vous dès le commencement et voyez quelle était leur affection, leur union, leur accord, combien tqut était commun entre eux, comme ils étaient liés en tout par le lien de la charité divine, comment on les trouvait ensemble soit pendant les repas, soit pendant la prière, soit pendant les voyages, soit en toute autre circonstance. Mais si ces colonnes, ces tours de l'Eg lise , ces hommes qui avaient auprès de Dieu un si libre accès, avaient besoin du secours l'un de l'autre, et retiraient un grand avantage de cette assistance mutuelle, combien plus nous , si faibles , si malheureux, si vils, n'avons-nous pas besoin d'être aidés les uns par les autres? Le frère qui est soutenu par son frère est comme une ville fortifiée (Prov. XVIII, 19); et en un autre endroit: N'est-il pas bien beau et bien agréable pour des frères d'habiter ensemble? (Ps. CXXXII,1.) Pierre et Jean étaient ensemble et ils avaient Jésus au milieu d'eux : Là où deux ou trois, dit-il, sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux. (Matth. XVIII, 20. ) Voyez comme il est beau d'être réunis ! Mais ils n'étaient pas seulement réunis; nous aussi nous sommes tous réunis maintenant; mais il faut être unis par le lien de la charité, par une affection volontaire. Mais de même que nos corps sont près les uns des autres et se tiennent mutuellement, il faut (49) aussi que nos coeurs se tiennent les uns les autres: Pierre et Jean montaient au temple. Le voile est déchiré, le saint des saints désert, on adore Dieu bien ailleurs que dans le temple de Jérusalem, saint Paul crie : En tout lieu levez des mains pures, pourquoi courent-ils donc au temple pour prier? Retournaient-ils donc au vain culte des Juifs? Non, non t Mais ils condescendaient à leur faiblesse et accomplissaient la parole de saint Paul qui disait : Je me suis fait comme juif avec les juifs. (I Cor. IX, 20.) Ils ont de la condescendance pour les faibles afin que cette faiblesse disparaisse.

D'ailleurs toute la ville se portait encore là; et de même que les pêcheurs les plus habiles recherchent les endroits des fleuves où tous les poissons se rassemblent, afin de réussir mieux et plus facilement dans leurs travaux; de même les apôtres, ces pêcheurs spirituels, se rendaient à cet endroit où toute la ville se réunissait, afin d'y tendre le filet de l'Evangile et de faire une pêche plus abondante. En cela ils imitaient leur Maître. Car le Christ dit : Tous les jours j'étais assis au milieu de vous dans le temple (Matth. XXVI, 55.) Pourquoi dans le temple? Pour attirer ceux qui s'y trouvaient. De même les apôtres s'y rendaient pour prier, et surtout pour y répandre leur doctrine: Dans le temple, pour prier, à la prière de la neuvième heure. Ce n'est pas sans motif qu'ils ont choisi ce temps : car je vous ai souvent parlé de cette heure, et je vous ai dit qu'à ce moment le paradis avait été ouvert, que le bon larron y était entré, que la malédiction avait cessé, quela victime du genre humain avait été immolée, que les ténèbres avaient disparu, que la lumière avait brillé, aussi bien la lumière sensible que la lumière spirituelle,. De la neuvième heure Ainsi au moment où tant d'autres, quittant le manger et le boire vont se livrer, à un sommeil profond, ceux-ci, à jeun, éveillés, animés par le zèle, courent se livrer à la prière. (tais s'ils avaient besoin de la prière, d'une prière si continue, d'une prière si parfaite, eux qui avaient tant de motifs d'être complètement rassurés, eux qui n'avaient rien à se reprocher, que ferons-nous, nous couverts de mille blessures, et qui n'y appliquons pas le baume de la prière? C'est une armure solide que la prière. Voulez-vous savoir combien c'est une armure solide? Les apôtres abandonnaient le soin des pauvres pour se livrer complètement à la prière : Choisissez , dit saint Pierre, parmi vous sept hommes de bon témoignage; pour nous, nous nous appliquerons à la prière et au ministère de la parole. (Act. VI, 3.)

5. Mais, comme je le disais (car il ne faut pas nous éloigner de notre sujet, savoir que saint Pierre accomplit des actes de vertu, qu'il fit aussi des miracles, et que ses actes lui attirent plus de gloire), il alla au temple pour y prier, et voilà qu'on apportait à la porte d u temple un homme boiteux dès le sein de sa mère. C'est dès le sein de sa mère que sa constitution était défectueuse et l'art de la médecine ne pouvait rien sur cette maladie, afin que la grâce de Dieu parût dans un plus grand éclat. Ce boiteux était placé à la porte du temple, et voyant ces hommes qui entraient, il se tourna vers eux, leur demandant l'aumône, et Pierre lui dit : Regarde-nous. A le voir, on pouvait juger de sa pauvreté; il n'est pas besoin ni de discours, ni de démonstration , ni de réponse , ni de preuve; son habit seul nous fait voir en lui un pauvre. L'oeuvre apostolique par excellence c'est de parler au pauvre, de ne pas le délivrer de sa pauvreté seulement, de lui dire : Tu verras une richesse autre et plus grande que celle de ce monde : De l'argent, dit-il, et de l'or, je n'en ai pas; mais ce que j'ai, je te le donne. Au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche! (Act. III, 6.) Voyez-vous la pénurie et la richesse, pénurie d'argent, richesse de grâces ? Il n'a pas fait disparaître la pénurie d'argent, mais bien le défaut de la nature.

Voyez l'affabilité de saint Pierre : Regarde-nous. Il ne lui adresse ni injures, ni insultes, ce que nous faisons bien souvent aux personnes qui viennent nous supplier, leur reprochant leur oisiveté. Avez-vous reçu cette mission , dites-moi? Dieu ne vous a pas commandé de reprocher à votre frère pauvre sa paresse, mais de soulager sa détresse; il a voulu que vous fussiez non l'accusateur de ses vices, mais le médecin de ses infirmités; non que vous lui reprochiez sa lâcheté, mais que vous lui présentiez une main secourable; non que vous blâmiez ses moeurs, mais que vous soulagiez sa faim. Et nous, nous faisons tout le contraire; au lieu de consoler par nos dons ceux qui viennent nous supplier, nous irritons leurs blessures par nos reproches intempestifs. Mais saint Pierre s'excuse auprès du pauvre et lui parle avec modestie : Prêtez sans peine votre oreille à la demande du pauvre et répondez-lui avec douceur et miséricorde. (Eccl. IV, 8): De l'argent et de (50) l'or, je n'en ai pas; mais ce que j'ai je te le donne : au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche! Il y a là un acte et un miracle. Un acte : De l'argent et de l'or, je n'en ai pas. C'est une vertu que de fouler aux pieds les choses de la terre, de rejeter ce que l'on possède, de mépriser la vanité présente. C'est un miracle que de guérir le boiteux, que de redresser ses membres affligés. Voilà donc un acte et un miracle. Voyons de quoi saint Pierre se glorifie. Qu'a-t-il. dit? Qu'il a fait des miracles? Et pourtant il en avait fait; mais il ne dit pas cela : que dit-il donc? Voici que nous avons tout quitté pour vous suivre. (Matth. XIX, 27.) Voyez-vous qu'à côté du miracle, la vertu seule est couronnée? Que fit le Christ? Il l'exalta et le loua : Je vous disque vous qui avez quitté vos maisons, etc. Il ne dit pas, qui avez ressuscité des morts, mais vous qui avez abandonné vos biens, vous serez assis sur douze trônes (Matth. XIX, 29), et quiconque abandonne tout ce qu'il possède jouira de la même gloire. Vous ne pouvez redresser un boiteux, comme l'a fait saint Pierre? Vous pouvez du moins dire comme lui : De l'argent et de l'or, je n'en ai pas. Si vous le dites, vous voilà l'égal de saint Pierre, ou plutôt non pas si vous le dites, mais si vous le faites. Vous ne pouvez guérir une main paralysée? Mais vous pouvez faire que votre main paralysée par inhumanité s'étende par charité : Que votre main ne soit pas ouverte pour prendre et fermée pour donner. (Eccl. IV, 36) Vous le voyez, ce n'est pas la paralysie, mais l'inhumanité qui resserre votre main. Etendez-la pour la charité et l'aumône Vous ne pouvez chasser les démons? Mais chassez le péché et votre récompense sera bien plus grande. Voyez-vous comme partout la conduite vertueuse et les bonnes oeuvres obtiennent plus de louanges et une plus belle récompense que les miracles ? Si vous voulez, examinons un autre passage d'où nous recueillerons la même doctrine : Les soixante-dix disciples revinrent vers leur Maître avec joie et lui dirent : Seigneur, en votre nom les démons même nous sont soumis. Et il leur dit : Ne vous réjouissez pas de ce que les démons vous sont soumis; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. (Luc, X, 17, 20.) Voyez-vous partout la vertu louée et admirée ?

6. Mais reprenons ce que nous avons dit ci-dessus : C'est en ceci que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns pour les autres. Ce sont les vertus, et non les miracles qui seront, dit-il, le signe distinctif de ses disciples: Pierre, m'aimez-vous plus que ceux-ci ? Paissez mes brebis. Voilà un second signe, et c'est encore la vertu qui le fournit. En voici un troisième : Ne vous réjouissez pas de ce que les démons vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. C'est encore là un acte de vertu. Voulez-vous voir une quatrième preuve? Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes couvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. Là encore on ne voit que des actes. Et quand il dit: Quiconque a quitté ou maison ou frères ou scours à cause de moi, recevra le centuple et aura pour héritage la vie éternelle. Ce sont les actes qu'il loue et la perfection de la vie. Vous voyez que la marque des disciples, c'est de s'aimer les uns les autres : que celui des apôtres qui aime le Christ plus que les autres montre son amour en ce qu'il paît ses frères; que l'on doit se réjouir non de ce que l'on chasse les démons, mais de ce qu'on a son nom écrit dans les cieux; que ceux qui veulent glorifier Dieu doivent le faire par l'éclat de leurs oeuvres; que ceux qui ont pour héritage la vie éternelle et qui sont récompensés au centuple sont ainsi traités pour avoir méprisé tous les biens présents. Imitez-les tous et vous pourrez être disciples, vous pourrez être comptés au nombre des amis de Dieu, glorifier Dieu et jouir de la vie éternelle; ce ne vous sera pas un empêchement pour jouir de tous les biens que de ne pas faire de miracles, si vous avez une conduite parfaite. Si cet apôtre lui-même fut appelé Pierre, ce ne fut pas à cause de ses miracles et de ses prodiges, mais à cause de son amour et de sa remarquable charité. Ce n'est pas après avoir ressuscité des morts ni après avoir guéri un boiteux qu'il reçut ce nom, mais c'est après avoir énergiquement confessé sa foi : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eg lise . (Matth. XVI, 18.) Pourquoi? Parce qu'il le reçut non pour avoir fait des miracles, mais pour avoir dit Vous êtes le Christ, le Fils dit Dieu vivant. Vous voyez que s'il est appelé Pierre, cela vient non de ses miracles, mais de son ardente charité. Mais en parlant de Pierre, il me vient en pensée un autre Pierre (1), notre père, notre maître commun qui, héritier de sa vertu, a aussi hérité

 

1. L'évêque Flavien.

 

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de son siège. Car c'est là le plus beau titre de gloire de notre cité d'avoir eu pour maître dès l'origine le prince même des apôtres. Il convenait que la ville qui avant tout le reste de la terre, mit sur son front comme un diadème le nom de chrétien, eût pour pasteur le premier des apôtres. Mais après l'avoir eu pour maître, nous ne l'avons pas gardé jusqu'à la fin, nous l'avons cédé à la ville reine du monde, à Rome; ou plutôt nous le gardons jusqu'à la fin; le corps de Pierre, nous ne l'avons pas, mais la foi de Pierre, nous la gardons comme si c'était Pierre ; et ayant la foi de Pierre, nous avons Pierre lui-même. Aussi en voyant l'héritier de son esprit, nous croyons le voir en personne; le Christ a donné à Jean le nom d'Elie , non que Jean fût Elie, mais parce qu'il avait l'esprit et la vertu d'Elfe. De même donc que Jean, parce qu'il avait l'esprit et la vertu d'Elie, était appelé Jean, de même ce prélat, parce qu'il est en communauté de foi avec Pierre, semble mériter ce nom. La similitude de vie produit la similitude des noms. Demandons tous pour qu'il arrive à un âge aussi avancé que Pierre; car l'Apôtre parvint à la vieillesse avant de voir la mort : Quand tu seras vieux, dit le Christ, on te ceindra et on te conduira où tu ne voudras pas. (Jean, XXI,18). Demandons pour notre chef une longue vie; car plus sa vieillesse sera de longue durée, plus elle vivifiera, plus elle fera fleurir notre jeunesse spirituelle : puissions-nous la garder cette jeunesse, grâce aux prières de notre père, aux prières de Pierre, grâce surtout à l'amour et à la charités de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soit gloire et puissance, avec le Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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