SERMON XXIX
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SERMON XXIX. Plaintes de l'Église contre ses persécuteurs, c'est-à-dire contre ceux qui sèment la division entre les frères. »

 

1. « Les enfants de ma mère ont combattu contre moi. » Anne, Caïphe et Judas Iscariote étaient enfants de la Synagogue; et ils ont fait une cruelle guerre à l'Église dans son commencement, quoiqu'elle fût aussi fille de la Synagogue, en attachant sur un bois infâme Jésus qui la rassemblait de toutes parts. Car dès lors Dieu accomplit, par eux, ce qu'il avait prédit longtemps auparavant par le prophète en disant: » Je frapperai le pasteur, et les brebis seront dispersées (Zach. XIII, 7). » Et peut-être cette parole qui est dans le cantique d'Ezéchias est-elle aussi d'elle: « Ma vie est comme une trame de fil, que le tisserand a coupée lorsqu'il ne faisait que commencer à l'ourdir (Isa. XXXVIII, 12). » C'est donc de ceux-là et de ceux qui leur ressemblent et qui se sont opposés à la religion chrétienne, que l'Épouse dit; u Les enfants de ma mère ont combattu contre moi. » Et c'est avec beaucoup de raison qu'elle les appelle les enfants de sa mère, non point de son père, puisqu'ils n'avaient point Dieu pour père, mais le Diable. Car ils étaient homicides comme il en a été un depuis le commencement du monde. C'est pour cela qu’elle ne dit pas, mes frères ou les enfants de mon Père, mais, cc les enfants de ma mère ont combattu contre moi. » Autrement, si elle ne faisait cette distinction, il semblerait que l'apôtre saint Paul même serait compris au nombre de ceux dont elle se plaint, car il a aussi persécuté l'Église de Dieu pendant un temps. Mais il en a obtenu miséricorde, parce qu'il l'avait fait par ignorance, lorsqu'il n'avait pas encore la foi ( I Tim. I, 9) ; et il a montré qu'il avait Dieu pour Père, et qu'il était frère de l'Église, tant du côté de son Père que de celui de sa Mère.

2. Mais remarquez qu'elle n'accuse nommément que les enfants de sa mère; comme s'il n'y avait qu'eux de coupables. Cependant combien a-t-elle souffert des étrangers, suivant cette parole du Prophète; « Ils m'ont souvent persécutée dès ma jeunesse, et les pécheurs ont mis sur moi des fardeaux insupportables (Psal. CXXVIII, 1) ? » Pourquoi donc accusez-vous particulièrement les enfants de votre mère, puisque vous n'ignorez pas, que vous avez été souvent persécutée par beaucoup d'autres encore ? « Lorsque vous êtes appelé à la table d'un homme riche, dit le Sage, considérez attentivement les viandes que l'on sert devant vous (Prov. XXIII, 1). » Mes frères, nous sommes assis à la table de Salomon. Qui est plus riche que lui! Je ne parle pas des richesses de la terre, quoiqu'il les possède en abondance. Mais regardez cette table qui est devant nous, de combien de mets délicieux n'est-elle pu couverte? Les mets qui nous y sont servis sont spirituels et divins. « Considérez donc, dit-il, attentivement les viandes qu'on vous sert, et sachez qu'il faut que vous en serviez aussi de pareilles. » C'est pourquoi je considère aussi attentivement que je puis ce qui m'est servi dans les paroles de l'Épouse; car c'est sans doute pour mon instruction qu'elle ne parle que de la persécution qu'elle reçoit de ceux de sa maison, et qu'elle passe sous silence tant de maux qu'on sait qu'elle a soufferts par toute la terre et de toutes les nations qui sont sous le ciel, tant des hérétiques que des schismatiques. Je connais trop la prudence de l'Épouse pour croire que c'est par hasard ou par oubli qu'elle n'en a fait aucune mention. Mais sans doute elle pleure plus particulièrement, ce qu'elle sent plus vivement, et croit nous devoir avertir d'éviter avec plus de soin. Qu'est-ce donc? Ce sont des maux intérieurs et domestiques. C'est ce qui vous est marqué clairement dans l'Évangile par la bouche du Sauveur, même lorsqu'il dit : « Les ennemis de l'homme sont ses domestiques (Matth. X, 36). » On voit la même chose dans le Prophète : Un homme, dit-il, qui vivait en paix avec moi, et qui mangeait mon pain, a usé d'une insigne perfidie contre moi. Et encore : si c'était mon ennemi qui m'eût outragé, j'aurais tâché de le souffrir en patience; et si celui qui me haïssait eût tenu de moi des discours hautains et insolents, peut-être me            serais-je caché, pour laisser passer sa colère; mais c'est vous à qui je témoignais tant d'affection et de bonne volonté, sans le conseil de qui je ne faisais rien, à qui j'avais découvert le fond de mon coeur, et qui mangiez à ma table des mes excellents et délicieux (Psal. LIV, 13).» C'est-à-dire, ce que vous rue faites souffrir, vous qui mangiez à ma tabla, et qui viviez chez moi, je le ressens beaucoup plus vivement et j'ai bien plus de peine à le supporter. Vous    savez de qui est cette plainte et à qui elle s'adresse.

3. Reconnaissez donc que l'Épouse se plaint des enfants de sa mère dans le mêmes sentiments de douleur, parce qu'elle s'en plaint dans un même esprit, quand elle dit : « Les enfants de ma mère ont combattu contre moi. » C'est pourquoi le Prophète dit encore ailleurs : mes amis et mes parents se sont approchés pour me perdre (Psal. XXXVII, 12). » Éloignez toujours de vous, je vous prie, un mal si abominable et si détestable, vous qui avez éprouvé, et qui éprouvez encore tous les jours, combien c'est une chose bonne et agréable que des frères demeurent ensemble (Psal. CXXXII, 1), » pourvu toutefois que ce ne soit pas pour se diviser et se scandaliser : car alors, au lieu d'être une chose agréable et bonne, c'en serait plutôt une très-fâcheuse et très-funeste. Malheur à celui qui est cause que le lien si doux de l'unité se rompt. Quel qu'il soit, il en portera la peine. Que je meure plutôt que d'entendre jamais un de vous s'écrier avec raison : « Les enfants de ma mère ont combattu contre moi. » N'êtes-vous pas tous les enfants de cette congrégation et comme les enfants d'une même mère? N'êtes-vous pas tous les frères les uns des autres? Que peut-il donc venir du dehors qui soit capable de vous troubler et de vous attrister, si vous êtes bien unis au dedans, si vous jouissez de la paix fraternelle? « Qui pourra vous nuire, dit l'Apôtre, si vous êtes animés d'une émulation louable (I Pet. III, 13) ? » C'est pourquoi, n'ambitionnez pas les dons de la. grâce les plus éminents (I Cor. XII, 34), pour que votre émulation soit louable. Or, le plus excellent de tous es dons, c'est la charité. Il faut qu'il soit incomparable pour que l'Époux céleste de la nouvelle Épouse ait pris tant de soin pour le lui inculquer, en disant : « Tout le monde reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez l'un l'autre (Joan. XIII, 35).» Ou bien encore : « Je vous donne un nouveau commandement, de vous entr'aimer (Joan. XV, 12); » et enfin : «Voici mon précepte, de vous aimer les uns les autres (Joan. XVII, 11), » et en demandant à Dieu qu'ils ne fussent tous qu'un, comme son Père et lui ne sont qu'un. Et voyez si saint Paul lui-même, qui vous invite aux dons les plus excellents (I Cor. XIII, 32), ne met pas la charité au dessus de tous les autres, soit lorsqu'il dit qu'elle est plus grande que la foi et que l'espérance, et qu'elle surpasse infiniment toute science; soit lorsqu'ayant fait une énumération de plusieurs merveilleux dons de la grâce, il nous fait entrer enfin dans une voie beaucoup plus noble, qui n'est autre que la charité. En effet, que croyons-nous qu'on puisse comparer à une vertu qui est préférée au martyre, à la foi même qui transporte les montagnes? Voilà donc ce que je vous dis. Que votre paix vienne de vous, et tous les dangers qui semblent menacer du dehors ne vous épouvanteront point, parce qu'ils ne vous peuvent nuire : au contraire, tout ce qui semble flatter au dehors ne vous donnera aucune satisfaction, si, ce que à Dieu ne plaise, les semences de la division et de la discorde croissent au milieu de vous.

4. C'est pourquoi, mes très-chers frères, conservez la paix parmi vous, et ne vous offensez point les uns les autres, ni par actions, ni par paroles, ni même par quelque signe que ce soit; de peur que quelqu'un d'entre vous, se sentant aigri et abattu par sa propre faiblesse, et par la persécution qu'il endure, ne soit obligé d'appeler Dieu à son secours contre ceux qui le blessent ou l'attristent, et n'en vienne à dire cette parole fâcheuse : « Les enfants de ma mère ont combattu contre moi.» Car, en péchant contre votre frère, vous péchez contre Jésus-Christ, qui a dit : « Ce que vous faites au moindre des miens, c'est à moi-même que vous le faites (Matth. XXV, 45). » Et il ne faut pas seulement se donner de garde des offenses considérables, telles que les injures et les outrages publics, mais encore des. médisances secrètes et empoisonnées. Non, dis-je, il ne suffit pas de se garder de ces choses et autres semblables, il faut encore éviter les fautes les plus légères, si toutefois on peut appeler léger ce qu'on fait contre son frère pour lui nuire, puisque, selon la parole du Sauveur, on est criminel au jugement de Dieu pour se mettre seulement en colère contre lui (Matth. XV, 22). Et certes c'est justice, car ce que vous croyez léger et que, à cause de cela, vous dites avec moins de retenue, souvent un autre le prend tout autrement que vous, parce qu'il ne juge que ce qu'il voit et croit volontiers qu'un fêtu est une poutre, et qu'une étincelle est une fournaise. Car tout le monde n'a pas cette charité qui croit tout. L'esprit de l'homme est naturellement plus porté à soupçonner le mal qu'à croire le bien,surtout lorsque la règle du silence ne vous permet pas, à vous qui êtes cause du désordre, de vous excuser, ni à lui de découvrir la plaie qu'un soupçon téméraire a faite dans son âme, afin qu'on puisse la guérir. Ainsi il est brûlé au dedans et il meurt, parce que sa blessure n'ayant point d'air devient mortelle; il soupire et gémit en lui-même, parce que son âme aigrie; et blessée ne songe à autre chose dans son silence qu'à l'injure qu'il a reçue. Il rue saurait ni prier, ni lire, ni rien méditer de saint et de spirituel. Voilà comment il arrive que l'esprit qui donne la vie, se trouvant comme intercepté, cette âme, pour qui Jésus-Christ est mort, meurt misérablement, parce qu'elle est privée de nourriture. Quels sont cependant les mouvements de votre coeur? Et comment pouvez-vous prendre aucun plaisir à l'oraison ou à quoi que ce soit, taudis que Jésus-Christ crie contre vous avec douleur dans le coeur de votre frère que vous avez attristé? Le fils de ma mère combat contre moi, et celui qui mangeait à ma table des mets délicieux m'a rempli d'amertume.

5. Si vous dites qu'il ne devait pas se troubler si fort pour un sujet si léger, je réponds que plus la chose est légère, plus il vous était facile de vous abstenir de la commettre, quoique, après tout, je ne sais comment vous pouvez appeler léger, comme j'ai dit, ce qui est plus que de se mettre en colère, puisque vous avez appris de la bouche même de votre juge, que la seule colère doit s'attendre à subir la rigueur de son jugement (Matth. V, 22). Et, en effet, appellerez-vous léger ce qui offense Jésus- Christ et doit vous traîner devant le tribunal de Dieu; puisqu'il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant (Heb. X, 50) ? Lors donc que vous avez souffert une injure, et il est difficile que cela n'arrive pas quelquefois parmi tant de personnes qui sont dans un monastère, ne vous hâtez pas aussitôt, comme les gens du monde, de la repousser par une réponse outrageuse à votre frère. N'ayez pas même la hardiesse, sous prétexte de le reprendre, de percer, par une parole piquante et amère, une âme pour laquelle Jésus-Christ a daigné être attaché à la croix, ni de gronder sourdement comme pour la blâmer, ni de murmurer entre vos dents, ni de prendre un air narquois, ni de ricaner en vous moquant de lui, ni de froncer les sourcils d'un air agressif et menaçant. Que votre émotion meure là où elle naît; ne lui permettez pas de se montrer; car elle porte la mort avec elle, et pourrait tuer quelque âme; et vous pourrez dire avec le Prophète : « Ému de colère, je n'ai pas dit un seul mot (Psal, LXXXVI, 4). »

6. Il y en a qui interprètent ces paroles de l'Épouse d'une manière plus élevée, et les entendent du Diable et de ses anges, qui sont aussi les enfants de la Jérusalem céleste, notre mère, et qui eux aussi, depuis qu'ils sont tombés, ne cessent de faire la guerre à l'Église qui est leur soeur. Je ne m'éloignerais pas non plus de l'opinion de ceux qui entendent ces paroles dans un bon sens, et disent qu'elles indiquent les personnes spirituelles qui sont dans l'Église et qui combattent contre leurs frères charnels avec le glaive de l'Esprit (Ephes. VI, 17), c'est-à-dire avec la parole de Dieu, qui les blessent pour leur salut, et les portent à goûter les choses spirituelles par cette sorte de combat. Dieu veuille que le Juste me reprenne dans sa miséricorde, me corrige de mes péchés, me frappe pour me guérir, et me tue pour me donner la vie, afin que j'ose dire moi aussi : «Ce n'est plus moi qui vis maintenant, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi (Galat. IV, 20). » « Demeurez en paix, dit Jésus-Christ,avec votre adversaire, tandis que vous êtes dans le chemin, de peur qu'il ne vous livre au juge, et que le Juge ne vous livre au bourreau (Matth. V, 25). » C'est un bon adversaire celui avec qui je n'ai qu'à vivre en paix, pour ne pas tomber entre les mains du juge ou du bourreau. Certainement, si quelquefois il m'est arrivé d'attrister quelques-uns de vous pour de tels sujets, je ne m'en repens point. Car ceux-là ont été attristés pour leur salut. D'ailleurs, je ne crois point l'avoir jamais fait, sans en ressentir moi-même beaucoup de peine, suivant ces paroles : « Lorsqu'une femme accouche, elle sent une vive douleur (Joan. XVI, 21). » Mais à Dieu ne plaise que je me souvienne encore de ma douleur lorsque j'en recueille le fruit, et vois Jésus-Christ formé dans mes entrailles. Je ne sais même comment il se fait que j'aime plus tendrement ceux qui, par le moyen de ces corrections charitables, se sont relevés de leurs faiblesses, que ceux qui ont toujours été forts, et n'ont point eu besoin de ces remèdes.

7. C'est donc en ce sens que l'Église, ou l'âme qui aime Dieu, pourra dire, que « le Soleil l'a décolorée, » en envoyant et en armant quelques-uns des enfants de sa mère pour lui faire une guerre salutaire, l'entraîner et la captiver à sa foi et à son amour, après l'avoir percée des flèches dont il est dit : « Les flèches du Tout-Puissant sont aigues et acérées. » Et ailleurs : « Vos flèches m'ont percé de toutes parts (Psal. CXIX, 4). » Voilà pourquoi le même Prophète ajoute : « Et je n'ai pas une seule partie saine dans tout mon corps (Psa1. XXXVII, 3) ; » mais quant à l'âme, elle est rendue par ces épreuves plus saine et plus vigoureuse, en sorte qu'elle peut dire : « L'esprit est prompt, mais la chair est faible (Mat. XXVI, 42). Et quand je suis plus infirme, c'est alors que je suis robuste et fort (II Cor. XLII, 11). » Voyez-vous comme la faiblesse de la chair augmente la vigueur de l'esprit et lui donne de nouvelles forces? au contraire, la force du corps diminue celle de l'esprit. Pourquoi s'étonner après tout que vous soyez plus fort à mesure que votre ennemi l'est moins? à moins peut-être que vous soyez assez insensé pour croire que celle qui ne cesse de se révolter contre l'esprit est votre amie. Dites-moi donc si le saint homme qui demande à Dieu de le percer de ses flèches, et de le combattre pour son bien, lorsqu'il dit dans sa prière : « Frappez et pénétrez mon corps de votre crainte, » n'avait pas raisons de parler ainsi (Psal. CXVIII, 170)? La crainte qui perce et tue les désirs de la chair pour sauver l'esprit est une chose précieuse. Mais ne vous semble-t-il pas aussi que celui qui châtie son corps et le réduit en servitude, aide et conduit lui-même la main de celui qui le combat?

8. Il y a encore une autre flèche, c'est la parole de Dieu vive, efficace et plus perçante qu'un glaive à deux tranchants, c'est d'elle que le Sauveur a dit: Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive (Matth. X, 14). Il en est une autre encore, une flèche choisie : c'est l'amour de Jésus-Christ qui, non-seulement a fait une plaie à l'âme de Marie, mais l'a percée de part en part, afin qu'il n'y eût dans ce cœur virginal aucun endroit qui fût vide d'amour, mais qu'elle aimât de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces, et qu'elle fût pleine de grâce. Ou du moins elle la transperça, pour qu'elle vînt jusqu'à nous, que nous reçussions tous quelque chose de la plénitude de grâce qui était en elle, qu'elle devint la mère de l'amour dont Dieu qui est amour est le père, qu'elle enfantât et mît son tabernacle dans le Soleil, et que cette parole de l'Écriture fût accomplie: «Je vous ai donné aux nations pour leur servir de lumière, afin que vous soyez mon salut jusqu'aux extrémités de la terre (Isa. XLIX, 6).» Or cela s'est fait par Marie, qui a mis au monde et rendu visible, dans la chair, celui qui était invisible, et qu'elle n'a conçu ni de la chair ni par la chair. Quant à elle, elle a reçu dans tout son être une profonde et douce plaie d'amour. Combien je m'estimerais heureux si seulement je me sentais piqué de la pointe de ce glaive, et si mon âme, atteinte de cette légère blessure d'amour, pouvait s'écrier aussi : Je suis blessée des traits de l'amour. Qui me donnera non-seulement d'être blessé de cette sorte, mais d'être frappé jusqu'à l’entière destruction de la couleur et de la chaleur qui font la guère à mon âme.

9. Si les filles du siècle font des reproches à une pareille âme, et disent qu'elle est pâle et sans couleur, ne vous semble-t-il pas qu'elle pourra fort bien leur répondre : « Ne faites point attention si je suis noire; car c'est le soleil qui m'a décolorée.» Et si elle se souvient qu'elle est arrivée à cet état parles exhortations ou parles corrections de quelques serviteurs de Dieu, qui faim aient véritablement et selon Dieu, ne pourra-t-elle pas dire ensuite avec beaucoup de vérité : «Car les enfants de ma mère ont combattu contre moi.» Le sens donc de ces paroles, comme nous l'avons dit, et que l'Église, ou toute âme vertueuse le dit, non en gémissant ou en se plaignant, mais dans un sentiment de joie, d'actions de grâces, et même de saint orgueil, est de ce qu'elle a mérité la grâce d'être noire et décolorée pour le nom et l'amour de Jésus-Christ, et qu'on lui en fasse le reproche. Elle n'attribue pas cette faveur à son mérite, mais à la grâce et à la miséricorde qui l'ont prévenue et qui ont envoyé quelqu'un vers elle pour cet effet. Car comment croirait-elle si personne ne lui avait prêché la vérité ? Et comment la lui aurait-on prêchée si personne n'avait reçu mission de le faire (Rom. X, 14) ? Si donc elle rapporte que les enfants de sa mère ont combattu contre elle, ce n'est pas dans un esprit de colère, mais dans un mouvement de reconnaissance. Aussi lisons-nous ensuite: « Ils m'ont mise dans les vignes pour les garder. » Car, à mon avis, cette parole, si on la prend dans un sens spirituel, ne paraît renfermer ni plainte, ni aigreur, mais plutôt marquer quelque chose de favorable. Mais avant d'entreprendre d'expliquer ce passage qui est saint, il faut nous concilier par nos prières accoutumées et consulter cet Esprit qui pénètre les secrets de Dieu, ou au moins le Fils unique qui est dans le sein du Père, l'Époux de l'Église, Jésus-Christ notre Seigneur, qui étant Dieu est infiniment élevé au dessus de toutes choses et mérite d'être béni dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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