SERMON XXIV
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SERMON XXIV. Toutes ont double agneau ; il n'y en a point de stériles parmi elles. Vos lèvres sont comme une bandelette d'écarlate. (Cant. IV, 2.)

 

1. Dans le discours précédent, vous avez entendu vanter les dents de l'épouse. C'était avec raison : rien n'égale la beauté des dents quand elles sont blanches et placées en rangs égaux. Ce n'est pas seulement la beauté, c'est aussi l'utilité qui plait dans les dents. Quoi donc Comment saint Jean, dans l'Apocalypse, mangerait-il le volume qu'un ange lui présente fermé, s'il n'avait pas de dents propres à broyer une nourriture de ce genre ? (Ap. X, 10.) Un livre entier paraissait une nourriture dure, c'est pourquoi il fallait des dents qui le broyassent et le rendissent mou, afin qu'il pût, plus facilement être reçu comme aliment. C'est une bonne dent que l'intelligence exercée, que l'intelligence spirituelle; elle juge tout, elle discute tout, elle rumine et examine tout, même les profondeurs de Dieu : elle mange même la moélle du volume scellé et les entrailles intimes de la sagesse. «Le sot, » ainsi qu'il est écrit, plie ses mains et mange ses entrailles. » (Eccl. IV, 5.) C'est un mets sanglant, un mets charnel; il périt, et même, ce qui est plus fort, il fait périr. Qu'il est plus doux et plus utile de se nourrir des entrailles de la sagesse et des secrets de la parole sainte ! Cette nourriture, les dents sanglantes ne la peuvent atteindre; elle n'est touchée que par celles qui sont pures et blanches, parce qu'elle est la lueur de la lumière éternelle ; et il est dit que les dents de l'époux sont plus blanches que le lait. C'est pourquoi il vante celles de l'épouse qui sont semblables aux siennes : « vos dents sont comme un troupeau de chèvres, qui sortent du lavoir. » Il faut qu'il ait les sens de son âme, non-seulement propres, mais encore libres, celui qui les prépare à recevoir les communications intimes de la parole divine.

2. « Toutes ont double fruit, il n'en est pas de stériles dans leur nombre. » C'est stérilité si vous vous contentez d'un seul fruit. Si vous avez pu atteindre à un sens sacré dans la sainte Ecriture, vous avez déjà produit un fruit. C'est un bon et un grand profit, mais ce résultat n'est pas à la hauteur de ce sens obtenu, si l'affection n'y correspond pas. L'intelligence est stérile, si elle n'est accompagnée d'une dévotion soeur et de même âge. Partout vous la trouverez répandue dans les saintes Ecritures, comme une sorte de semence, d'où peut-être conçu ce jumeau. Tout y est non-seulement subtil, mais suave. La loi du Seigneur est lumineuse, (Ps. XVIII, 9.) et sa parole est pleine de feu. La parole de Dieu est stérile en vous, en tant qu'elle n'y produit point l'un ou l'autre de ces effets. Si voyant par l'intelligence, votre coeur est saisi d'un froid glacial, est-ce qu'alors la vertu brûlante de la parole de Dieu n'est pas stérile et sans effet en vous ? Car encore que la fonction du feu soit d'éclairer, néanmoins sa principale force consiste à brûler : « La parole qui sortira de ma bouche », dit le Seigneur, « ne reviendra pas à moi vide, mais elle fera avec succès ce pourquoi je l'aurai envoyée. (Is. LV, 11.) Pourquoi est-elle envoyée? Vous en avez l'explication dans l'Evangile : « Je suis venu mettre le feu sur la terre, et quel est mon désir, sinon de le voir s'enflammer ? (Luc. XII, 4.) » La parole de Dieu est une semence, et c'est par elle (comme on le lit au livre de Job), « que la lumière et la chaleur sont répandues sur la terre. (Job. XXXVIII, 24.) » Mais je ne sais pourquoi la lumière s'est répandue et pourquoi les hommes ont plus aimé la lumière que la haleur, à moins qu ils se réjouissent plus de la lumière, eux qui n'embrassent pas l'être même qui luit. Est-ce qu'un feu qui ne brûle point ne vous semble pas avoir perdu ou oublié sa nature ? Quand vous entendez une personne se glorifier presque et dire : Ce passage de l'écriture ne m'édifie pas, est-ce entendre émettre une pensée autre que celle-ci : La parole enflammée a perdu en moi son efficacité, elle ne me brûle pas, elle ne m'enflamme pas, elle n'exerce pas en moi sa vertu fécondante? Cet homme impute sa stérilité à la parole de Dieu qui, autant qu'il est en elle, croit et fructifie. Quel sujet de vous glorifier, mon frère qui parlez de la sorte, quel sujet de vous glorifier de ce que la parole divine ne vous édifie pas. Peut-être que les vieux éléments, qui étaient en vous, n'ont pas encore été arrachés et renversés, et c'est pourquoi les plantes nouvelles ne peuvent pas être placées par-dessus : il est impossible qu'elles y germent et y arrivent à leur parfait développement, Heureux celui en qui l’humeur de l’amour du monde a été desséchée et a perdu sa force : en lui, l'énergie de la parole de feu produit facilement ses effets. Cette parole luit et brûle. Qu'elle conserve en vous cette double puissance, concevez de cette semence un double fruit. On regarde comme stérile le sein qui ne le donne pas. Dans le Christ Jésus, ce n'est ni la circoncision qui vaut quelque chose, ni la chair, mais bien la foi opérant par la charité. (Gal. V, 6.) « La charité, voilà un très-bon fruit » ; elle est comptée parmi les fruits du saint Esprit. La double charité est comme ces deux jumeaux dont il s'agit en ce lieu. « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre coeur, et de toute votre âme et de tout votre esprit. Voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : vous aimerez votre prochain comme vous-même. (Math. XXII, 38.) » Celui-là est le premier, celui-ci est le second : l'un et l'autre sont très-grands, parce que l'un est semblable à l'autre. Ces deux fruits jumeaux sont bons et ils suffisent, en eux consiste la loi et les prophètes. «Et la fin du précepte. c'est la charité. (1. Tim. 1, 5.), » vertu qui dans un autre endroit est appelée «le lien de la perfection (Col. LIII, 14.) »

3. C'est avec à-propos que la suite de ce texte parle d'une bandelette d'écarlate, à laquelle on compare les lèvres de l'épouse, afin d'en louer la beauté. «Vos lèvres sont comme une bandelette d'écarlate. » Les lèvres lient et brillent lorsqu’elles parlent du fruit de charité produit par un tel sein. Conçue dans le coeur, cette éminente vertu, comme un feu consumant, teint d'une couleur d'écarlate les lèvres qui l'expriment. La chaleur, tombée d'en haut dans le coeur, donne aux lèvres une peinte vive. Pourquoi parle-t-on ici d'écarlate, sinon que cette couleur peint la flamme, parce que l'écarlate a la teinte du feu? Ces lèvres n'ont plus besoin d'être purifiées par les charbons de l'autel, ni d'être brûlées par le feu du dehors. Elles sont déjà embrasées par; les flammes dus. dedans, et elles répandent, dans les entrailles des autres, le feu; qu'elles ont conçu d'en haut. Elles propagent la science du salut, la loi de feu que le Seigneur est venu apporter à la terre. Lèvres vraiment empourprées, qui répandent ce feu non-seulement sur la terre, mais encore dans le ciel, et même qui embrasent le Seigneur du ciel lui-même. Aussi l'époux vante ces lèvres, parce qu'elles sont rouges pour lui, parce qu'il les trouve brûlantes, parce qu'il tes sent enflammées, et qu'elles le provoquent davantage à une charité réciproque. Chose étonnante Dieu est un feu, et pourtant il s'enflamme aux étincelles qui partent de notre coeur. Pourquoi pas ? Le verbe de Dieu est un glaive et néanmoins il est blessé. « Vous avez blessé mon coeur, ô ma soeur, vous l’avez blessé par un de vos yeux. (Cant. 4.) De même, il est un feu et il est enflammé. Il est blessé par un oeil, enflammé et même lié par une lèvre c'est pourquoi cette lèvre est comparée à une bandelette. Mais la charité est blessure, elle est vie, elle est pourpre. Vous voyez :combien elle est aiguë, combien tenace, combien embrasée. Quand vous priez, ayez ces lèvres, liez votre bien-aimé à la mémoire de votre cœur, comme par un lien solide, agglutinez-le, embrasez-le de vos étreintes brûlantes. Quelle douceur pour vous s'il vous adresse, en vous les appliquant, ces paroles du Psaume : Votre parole est grandement embrasée, et votre époux la chérit. Embrassez-moi d'un baiser de votre bouche, parce que vos lèvres sont belles comme une bandelette de pourpre. Le désir d'un baiser fait l'éloge des lèvres. Il désire que ses lèvres soient imprimées sur les vôtres, afin qu'il n'y ait plus pour vous qu'une seule bouche et une seule lèvre, et pour qu'après cette vive impression, il puisse dire : voilà maintenant la bouche de ma bouche, et la lèvre de ma lèvre. La grâce répandue sur ses lèvres se répand aussi sur les vôtres, et elles s'empourprent de son écarlate. Excellente impression qui laisse gravée une si grande grâce sur les lèvres de l'épouse. Souvenez-vous cependant que je n'entends point parler en ce moment des lèvres de chair, mais des lèvres spirituelles, mais des lèvres intérieures, de celles dont l'Apôtre dit dans ce passage : « chantant et psalmodiant dans vos coeurs, à la gloire du Seigneur. (Eph. V,19.) Si vous êtes épouse, vos lèvres doivent être liées, et être enflammées par cet unique emploi, celui de supplier le bien-aimé, de vous entretenir avec lui, de chanter ses louanges et de dire avec le prophète : « Mes lèvres tressailleront de joie, lorsque j'aurai chanté votre gloire. (Ps. LXX, 23.) » Dans des entretiens si sacrés, qu'il n'y ait rien de relâché, et alors vos lèvres sont une bandelette : qu'il ne s'y trouve rien de froid, et alors elles sont écarlates de charité. Qui me donnera, ô bon Jésus, d'avoir des lèvres de ce genre pour m'entretenir avec vous, lèvres si promptes, si découvertes, si embrasées ; enflammées, et tressaillantes, qui ne chantent que vous et pour vous! Qu'il en soit ainsi de mes lèvres, que dans la prolongation d'une méditation dégagée et pleine de chaleur, elles ressemblent à une bandelette de pourpre.

4. Le Christ vante ces lèvres dans son épouse, non pas seulement en vue de la prière, mais encore par rapport à l'instruction, afin qu'elle puisse exhorter les autres dans la saine doctrine. Car les lèvres qui s'attachent à causer avec Dieu, répandent une science salutaire, si elles emploient leur douce et fervente prière, à exciter les coeurs de catin qui écoutent : elles sont de pourpre, parce qu'elles embrassent les antres. Que si elles exhortent et instruisent tout à la fois, en apprenant ce qui se rapporte à la saine doctrine, et s'accordent avec les règles de la doctrine, elles sont déjà comme une bandelette et répandent une science, qu'on peut appeler non-seulement salutaire, mais encore inaltérable. Qu'y a-t-il en effet de si lié, de si enchaîné, de si retenu par des liens puissants, que la méthode de la foi ? C'était la leçon que saint Paul donnait à son disciple : « Attachez-vous à la prédication et à la doctrine. (I. Tim., IV 13.) Et même dans les entretiens ordinaires, où ne sont pas exposés les mystères de la foi, vos lèvres sont encore comparées à des bandelettes de pourpre, si vos paroles se renferment et se contiennent dans une mesure qui ne fatigue pas, sont sobres et colorées de l'agréable rougeur de la modestie; si la croix de Jésus-Christ y est rappelée souvent et avec plaisir. O bienheureuses sont ces lèvres, vraiment dignes, de recevoir les baisers du Christ et de s'entretenir avec lui, lèvres si pures et si enflammées! Pures par la foi et enflammées par l'amour! Cette chaleur vient du dedans et du sommet, elle n'a rien qui soit d'en bas.

5. Car il est une chaleur qui monte du fond des abîmes. Saint Jacques dit : « La langue, petit membre, enflamme la roue de notre naissance, enflammée elle-même par l'enfer. (Jac. III, 5.) » Qu'elles, bonnes flammes peut communiquer une langue qui est consumée de si mauvais feux ? La corruption mobile de notre naissance viciée, roule trop d'elle-même vers le mal, et se précipite trop rapidement par sa propre pente, vers les abîmes. Et qu'est-il nécessaire d'enflammer cette roue qu'on ne peut fixer et qui se tourne d'elle-même au mal? On l'a soigneusement remarqué: le coeur de l'homme est porté vers le mal dès son enfance. Poussé dès le principe de sa vie, il ne sait changer de direction, et vous, à l'aide de cette petite langue, vous venez lui donner une impulsion nouvelle et l'enflammer davantage? La langue mauvaise cherche les occasions d'indignation et de colère; elle feint d'avoir reçu des injures qui n'ont pas eu lieu, elle exagère celles qui ont été faites et qu'elle aurait dû cacher; elle prend . en mauvaise part même les services qu'on lui rend, et elle emploie, pour émouvoir son coeur, les étincelles des paroles envenimées. Pourquoi, à l'aide d'une langue mauvaise allumer dans votre coeur un feu semblable? Qu'il ait assez de sa propre flamme, qu'à sa concupiscence suffise son ardeur charnelle, avec la chaleur de sa légèreté innée qui pousse votre coeur comme une roue rapide. Votre première naissance a placé en vous ce feu, mais la grâce de la renaissance l'a restreint. Ne mettez pas feu sur feu, ne fournissez pas des aliments à la concupiscence. Ce feu, que vous vomissez, vous le tirez de l'enfer. Il en sort, et il y entraîne. « La langue », dit l'Apôtre, « est enflammée par l'enfer. » Cette langue mauvaise est empourprée, mais elle n'est pas une bandelette. Elle ne lie pas, elle dissipe. Elle embrase mal, parce qu'elle divise ce qui est uni, et jette, comme des étincelles d'incendie, les paroles de désunion ; cette flamme sort de l'enfer. Car la flamme qui vient d'en haut est pudique, pacifique, elle approuve ce qui est bien, et rend les hommes bons. Car une parole douce multiplie les amis et calme les ennemis. Une flamme en dévore une autre, la supérieure, celle d'en bas, la céleste, celle de l'enfer,lorsqu'une parole sage et suave triomphe de la malice, et quand un mot tendre en adoucit la dureté. C'est pourquoi le sage dit: « Vos lèvres sont comme une bandelette de pourpre, et vos paroles sont douces. » Il ne saurait convenir à l'épouse que des paroles suaves, des paroles d'amour, qui, semblables à des liens délicats, enlacent l'époux et l'attirent par l'influence de la charité : voilà les paroles qui n'appartiennent qu'à elle. Heureuse l'âme qui sait ainsi tisser le réseau des doux accents, pour prendre Jésus ; lier, par les affections de son âme, le verbe du Père, enfermer le Christ dans ses entretiens, le retenir et le charmer par ses expressions d'amour, afin que sa voix soit agréable à celui qui a les paroles de la vie éternelle, qui est la parole éternelle, et qui vit et qui règne, avec le Père et le saint Esprit, Dieu dans tous les siècles des siècles. Amen.

 

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