SERMON XXXVI
Précédente ] Accueil ] Remonter ] Suivante ]

Accueil
Remonter
PRÉFACE
SERMON I
SERMON II
SERMON III
SERMON IV
SERMON V
SERMON VI
SERMON VII
SERMON VIII
SERMON IX
SERMON X
SERMON XI
SERMON XII
SERMON XIII
SERMON XIV
SERMON XV
SERMON XVI
SERMON XVII
SERMON XVIII
SERMON XIX
SERMON XX
SERMON XXI
SERMON XXII
SERMON XXIII
SERMON XXIV
SERMON XXV
SERMON XXVI
SERMON XXVII
SERMON XXVIII
SERMON XXIX
SERMON XXX
SERMON XXXI
SERMON XXXII
SERMON XXXIII
SERMON XXXIV
SERMON XXXV
SERMON XXXVI
SERMON XXXVII
SERMON XXXVIII
SERMON XXXIX
SERMON XL
SERMON XLI
SERMON XLII
SERMON XLIII
SERMON XLIV
SERMON XLV
SERMON XLVI
SERMON XLVII
SERMON XLVIII

SERMON XXXVI. Ce que vous produisez est un Paradis d'arbres à grenades, etc. (Cant. IV, 13.)

 

1. « Ce que vous répandez est comme un Paradis d'arbres à grenades avec les productions des arbres à fruits, les cyprès avec le nard, le nard et le safran, la canne aromatique et la cannelle avec tous les bois du Liban, la myrrhe et l'aloès avec tous les excellents parfums. » Commençons par le cyprès, puisque nous avons fini par lui. On énumère, en ce lieu, sept arbres aromatiques, qui sont produits par les eaux de la fontaine scellée. Et les termes qui les désignent semblent tirés d'un livre fermé. Il en est de la sorte, ils sont scellés et fermés. A quoi bon, ô divin Jésus, nous faites-vous l'éloge de votre épouse, si vous n'expliquez pas vous-même la vertu que renferment les expressions qui la contiennent ? Vous tenez la clef de ce jardin fermé : c'est vous qui l'avez scellé, brisez le cachet, ouvrez, enlevez ces sept sceaux. Personne ne sait ce qui est dans l'intérieur de votre épouse, ces trésors cachés qui sont à vous, et qui remplissent le secret de son âme. Personne ne les tonnait que vous et celui à qui vous voulez les révéler. Plaise au ciel que nous ayons le bonheur d'être de ceux qui peuvent contempler à face découverte la gloire de l'épouse qui est dans son intérieur. Il y a une grande gloire cachée, et dans ce nombre et dans les noms. Et ce nombre de sept, autant qu'avec l'aide de Dieu, nous pouvons le comprendre, indique ou le caractère spirituel des grâces, ou leur universalité. Il se rencontre souvent dans les saintes écritures, que ce nombre indique les biens parfaits descendant du ciel. Il est des divisions de grâces, des divisions de ministères, des divisions d'opérations : mais c'est le même esprit qui les distribue à chacun comme il veut. (I. Cor. XII, 4.) Il les dispose en chacun, mais il les réunit et les entasse tous dans son épouse. Ils ne lui sont pas donnés par fractions, comme s'ils étaient eu elle comme à morceaux. Aux autres, l'esprit fractionne et divise, pour l'épouse, il ne morcelle rien, il donne tout, à moins que vous n'entendiez par distribution l'attention qu'il a de lui donner par prérogative et préférence, un plus haut degré dans un genre de grâce, ou de lui accorder un don plus spécial dans un autre. Il pouvait énumérer d'autres plantes aromatiques : mais il suffit qu'il en ait indiqué sept pour représenter, ainsi que nous l'avons dit, le caractère spirituel ou universel de ces grâces.

2. Expliquons maintenant le nom et la nature de ces arbres : il nous est doux de nous reposer à leur ombre, et leur fruit sera agréable à notre bouche. Par ombre, j'entends le symbolisme, par fruit, la réalité. Comment le goût de ces fruits ne serait-il pas doux, quand les feuilles mêmes de leurs noms sont agréables ? Et vous savez quelle tendresse et quelle joie vous éprouvez en les entendant résonner à vos oreilles. Il pouvait suffire, pour réveiller votre affection, de les redire ; cette répétition simple est assez pour le coeur ; mais l'intelligence demande quelque chose de plus. Il faut la satisfaire quand elle veut se nourrir de la vérité des sentiments. On entend redire avec plaisir ces douces expressions. « Les cyprès avec le nard, le nard et le safran, la canne aromatique et la, cannelle, la myrrhe et l'aloès. » Il n'est pas possible que le sens qu'elles contiennent ne soit encore plus suave. Grandes sont les délices qui renferment corporellement les arbres indiqués en ce lieu, plus grandes celles qui se trouvent spirituellement en eux. Ce qui sort de vous et en rayonne, dit l'époux, « c'est un Paradis planté d'arbres à grenades. » Il y a aussi les cyprès avec le nard. C'est une excellente marche après les travaux de la patience, après la rougeur de la pudeur, que d'en venir aux parfums, et aux parfums des rois. Car de la semence des cyprès, on est dans l'usage de composer un parfum. pour servir aux princes. Et parce que dans les grenades nous avons vu la concorde parfaite dans la vie régulière, dans ces paroles et dans ces parfums royaux, il est juste et logique, de considérer une sublimité excellente et très-relevée. « Qui s'humilie », dit le Seigneur, « sera exalté. » (Luc. XIV et XVIII.) Dans la patience et dans l'accord avec les au tres, que trouverez-vous, sinon l'humilité? L'humilité ne se raidit pas contre ceux qui lui font éprouver des injures, elle ne s'élève pas au-dessus des égaux. Dans les grenades donc, l'humilité, dans les cyprès, l'élévation : ici, la fatigue ; là, les jouissances. La semence du cyprès, dit-on, se cuit dans l'huile, et produit un parfum. Les autres sèment dans les larmes, mais l'épouse dans l'huile. Nos semences sont nos oeuvres, si elles sont accompagnées de joie, c'est comme si elles étaient cuites dans l'huile. Ce n'est pas assez qu'elles en soient couvertes au-dehors, il faut de plus qu'elles soient confites et consumées dans l'huile , et qu'elles soient devenues huile, elles aussi. Ce qui est cuit dans l'huile bouillante , est imbibé de la nature même de ce liquide. La semence du cyprès et l'huile sont mises sur le feu et forment, par leur mélange, un parfum. Il existe une composition admirable, résultant du travail et de la joie, d'autant plus admirable que dans le travail, ce n'est plus le travail, mais la joie seule qui se fait sentir. Le travail de la joie, mis dans l'huile, se transforme en huile et en prend la nature. L'action (si je puis parler de la sorte), arrive à oublier qu'elle est action, quand elle est toute imbibée de la liqueur grasse et abondante de l'amour. Mais l'allégresse intérieure tire accroissement de l'action, et ainsi la semence agit sur l'huile, et l'huile sur la semence, quand l'épouse travaille avec joie et qu'elle tressaille encore davantage après avoir bien travaillé.

3. Voilà le parfum royal. Jésus en reçoit l'onction avec plaisir : «Dieu aime celui qui donne avec allégresse. » (II. Cor. IX, 7.) Et bien que Dieu le père l'ait oint d'esprit et de force, bien qu'il ait reçu cette onction de la joie avec plus d'abondance que ses semblables, il veut cependant que ses compagnons l'oignent aussi, et il désire recevoir le parfum de notre dévotion. Qui me donnera une quantité d'huile suffisante pour pénétrer tous les fruits de mes oeuvres, et pour ramollir mon coeur tout entier ? L'évangéliste saint Jean, type de la vie contemplative sous la figure de l'épouse, est précipité dans un tonneau plein d'huile bouillante.  Qui me fournira une pareille quantité d'huile et d'huile bouillante, afin que je m'y plonge tout entier, et en sorte complètement pénétré ? Qui me donnera assez d'huile et de semence de cyprès pour en faire une composition d'agréable encens? Cet huile bouillante ne reçoit pas toute semence, elle n'admet pas toute sorte de fruits. Tout acte de contemplation ne peut être mêlé avec la joie. Les oeuvres de la sollicitude extérieure et l'usage de la contemplation ne peuvent aller ensemble et être compris dans le même genre d'activité. Quels sont donc les fruits que reçoit ce parfum préparé ? Ceux que l'apôtre énumère. « Les fruits de l'esprit sont la joie, la paix, la patience, la longanimité, la foi, la douceur, la modestie, la continence, la chasteté. (Gal. V, 22.) Ils vont bien avec l'huile de la contemplation et forment avec elle une même nature. Mais cette semence convient surtout à cette préparation, dont il est dit : « la semence, c'est la parole de Dieu. » (Luc. VIII, 11.) Enfin, la semence du cyprès a une certaine ressemblance avec la manne qui figurait la parole de Dieu. La manne en effet et cette semence sont blanches, et se peut comparer à la graine de coriandre. « La loi du Seigneur est sans tache. » (Ps. XVIII, 8.) Elle ne veut pas être éprouvée par l'eau de la sagesse séculière, ni être démontrée par ses onctions, mais par l'huile de l'esprit, afin de pouvoir rendre le sens spirituel et exprimer l'onction du saint Esprit. Sa méditation et la joie, que fait éprouver sa contemplation s'associent très-facilement, lorsqu'on lui joint l'étude du verbe et l'huile de la grâce, qui se trouve dans la contemplation ; et quand cette étude est pénétrée par la grâce de ce mélange, on tire, avec très-grande aisance, l'intelligence spirituelle et l'onction qui instruit sur toute chose. Et remarquez que l'on ne dit pas seulement les « cyprès, mais « les cyprès avec le nard. » Le Seigneur reconnaît qu'il a été oint d'avance de nard en vue de la sépulture. (Matth. XXVI, 12.) Que trouverez-vous dans le nard, sinon le symbole du repos de l'esprit? Aussi on le joint au cyprès, parce que tout acte de contemplation a besoin de la tranquillité de l'âme.

4. «Les cyprès, » dit-il, » avec le nard, le nard et le safran. » Bonne réunion. Le safran, fleur de couleur d'or, se rapporte au vif éclat dont brille la sagesse. Partant, dans le cyprès, on voit la recherche de la sagesse, dans le nard, le repos de l'âme qui s'y livre, et dans le safran, la vision qu'elle en obtient. C'est avec raison que le nard est placé au milieu; il est nécessaire aux deux extrêmes, c'est-à-dire, à la poursuite et à la vision de la sagesse. Sans le repos de l'esprit, on ne peut rechercher la vérité, ni la voir quand on l'a trouvée. Trouvez donc dans le cyprès, l'étude, dans le nard, le repos, dans le safran, le résultat de l'étude et du repos. Du reste, ô épouse, ne dites pas, je suis brune, ne dites pas que vous avez perdu votre couleur. Car déjà, au témoignage de votre époux, vous resplendissez d'une couleur de feu, vous qui produisez le safran. Il brille d'une couleur de flamme, celui que la vanité n'assombrit pas, dont la pâleur cadavéreuse de la défaillance et de l'ennui ne couvre pas les traits, mais qu'embellit en l'égayant, la couleur brillante de la sagesse avec l'éclat resplendissant de la charité.

5. Si nous voulions appliquer ces considérations à la personne du Christ, elles lui conviendraient parfaitement. Qui fut plus imbibé que lui de l'huile de la grâce? C'est lui que l'on découvre dans la manne, lui, qui a la beauté de la semence du cyprès, lui, qui sous le poids de la croix de la passion, fit couler les sacrements du salut et les parfums de la grâce : il souffre dans le cyprès, il est enseveli dans le nard et il sort du sein de la terre avec le safran. Comme nue fleur nouvelle et brillante, sa chair refleurit dans la résurrection. Et peut-être dans la canne aromatique, il s'élève vers le ciel. Cet arbre en effet parvient à des hauteurs considérables; et son épouse compatit à ses souffrances dans le cyprès, elle est ensevelie avec lui dans le nard, et elle partage sa résurrection dans le safran. Qu'y a-t-il à conclure, sinon qu'elle monte avec lui dans la canne aromatique? En effet, si elle est ressuscitée avec son époux, elle doit chercher ce qui est en haut, et goûter les choses du ciel, là où son époux est assis à la droite de Dieu. (Colos. III, 4.) a La canne aromatique et la cannelle. » La canne aromatique s'élance dans les airs, la cannelle s'élève très-peu de terre. Dans la première de ces plantes, elle contemple de haut, mais dans la seconde, elle n'a pas des sentiments trop élevés. L'une monte, l'autre descend. La canne aromatique paraît quand l'épouse est ravie en Dieu : la cannelle se montre, quand elle se met à notre niveau par sa condescendance. Bien qu'elle s'abaisse, tout ce qu'elle produit est toujours spirituel. La cannelle en met, lorsqu'elle est brisée, répand une odeur très-sensible. Quand est; e brisée, si ce n'est lorsqu'elle est ouverte, lorsqu'elle est exposée? Aussi Jésus, ayant pris du pain, le rompit et le distribua. (Marc. XVI, 22,) Le docteur, qui se met à la portée de ceux qui sont au-dessous de lui, se brise pour ainsi dire, lorsqu'il commence à s'expliquer, lorsqu'il fait jaillir du secret de ses entrailles, ce que le ciel y avait caché, lorsqu'il excite le souvenir de l’abondance de sa suavité. Voilà pourquoi on dit que la cannelle brisée répand une odeur qui est visible. Pourquoi est-ce une odeur, et pourquoi cette odeur est-elle visible? C'est une odeur parce que ce prédicateur enseigne des choses qui sont spirituelles; c'est une odeur visible, parce qu'il enseigne d'une manière très-claire et fort sensible. Celui qui, des vérités élevées, s'abaisse aux farces et aux vaines fables, ne condescend pas, il tombe. Sa parole est assurément brisée, mais elle ne répand point un parfum agréable. Comme cette canne aromatique, croissant dans les eaux, ainsi au milieu des larmes qui arrosent vos prières, vous vous élevez vers le ciel. Beau mouvement d'ascension, mais veillez à ce que votre descente imite la végétation de la cannelle. Lorsqu'une cause raisonnable vous rappelle de ces élévations et de ces extases, soyez comme cette plante. Que vos paroles, que votre conversation deviennent semblables à celles des gens ordinaires, qu'elles répandent la grâce. Et si parfois vous êtes empêché de suivre votre volonté, et d'exécuter la résolution que vous aviez prise, que votre volonté obéisse et soit brisée pour se plier aux ordres du supérieur; qu'on n'entende aucune plainte, aucun murmure. Soyez comme la cannelle : exhalez le parfum de la grâce, ne répondez pas en faisant sonner des paroles injurieuses. Après avoir été brisée, cette plante répand une odeur sensible, c'est-à-dire que la vertu d'humilité progresse et est éprouvée dans l'infirmité de l'affliction qui la broye pour ainsi dire. On parle en cet endroit d'odeur et d'odeur visible. D'odeur, parce que la tranquillité est gardée dans le coeur : d'odeur visible, parce que cette tranquillité reluit sur le visage.

6. A ces plantes l'époux ajoute tous les arbres du Liban. Et remarquez qu'il ne place que des bois du Liban, et qu'il n'en omet aucun de ceux qui croissent sur cette montagne. « Avec tous les bois du Liban », dit-il. Les arbres du Liban sont incorruptibles parce qu'ils sont des cèdres; las sont purs, parce qu'ils sent du Liban. Il n'y a que les bois de l'Eglise qui portent le mystère de la foi dans une conscience pure, et qui ont comme l'incorruptibilité de la continence. Ses bois seuls ont la pureté et la durée perpétuelle. Excellent arbre qu'un bon ecclésiastique; on trouve en lui, en luise rencontrent la vigueur de la discipline et l'éclat de la foi. La force et la beauté forment son vêtement. (Prov. XXXI, 25.) Ces jours-ci on a vu germer des plantes que le père céleste n'avait pas mises en terre, des arbres qui ne sont pas enracinés sur. notre Liban. Ils prétendent avoir la force dans le travail, être insensibles aux injures, et supporter la misère. Ils paraissent être des cèdres; mais ils ne sont pas du Liban, parce que leur esprit et leur conscience ne sont pas purs. Car pour les infidèles rien n'est pur. (Tit. I, 15.) La force se montre et éclate dans leur conduite, elle s'évanouit dans la confession de leur foi. Ce qui brille d'un côté, exhale d'un autre, l'odeur de la corruption. Dans leurs actes, on voit paraître la piété: mais si on les interroge, leur infidélité se fait sentir. Leur force, est la force de la pierre, et leur chair est de brome: Ils ne dégénèrent pas de leur père, dont il est dit au livre de Job: «.son coeur est endurci comme la pierre, il est resserré comme l'enclume de celui qui forge » (Job. XLI, 15.) Ils sont tristement forts; leur vigueur étant employée non pour servir la foi, mais pour la détruire. Le Tout-Puissant n'a pas ramolli leur coeur, il ne l'a point purifié, point rendu brillant par la foi; aussi ils ne sont en aucune façon les arbres du Liban. « Tout ce qui n'est pas de la foi est péché. » (Rom. XIV, 23) A combien plus forte raison, ce qui est contre la foi? Ils ne sont pas cèdres du Liban, ceux que n'arrosent point les ondes pures de la foi. Il est des vertus stériles que ne féconde pas la foi : et la foi elle-même dans les vertus est morte. Aucune tâche de corruption ne souille sa blancheur. Deux choses se trouvent dans les arbres plantés au sein de l'Eglise, ils sont droits dans la foi, et ils sont forts dans les oeuvres. Voilà le cèdre qui est planté dans notre Liban. Là, et pas ailleurs, se trouve la pureté de la foi et la prévoyance continuelle et comme incorruptible de la vertu.

7. C'est là que croissent « la myrrhe et l'aloès avec tous les précieux parfums. » Ces plantes sont connues comme ayant la vertu de préserver de la corruption, même les corps qui seraient exposés à se gâter. Pourquoi, en effet, après les bois du Liban parler de ces parfums, s'il n'y avait aucune différence entre les uns et les autres ? Car bien qu'ils paraissent semblables, une distinction réelle les sépare. Les uns, c'est-à-dire les bois dit Liban, portent en leur sein l'incorruptibilité : les autres, c'est-à-dire la myrrhe et l'aloès, la communiquent aux substances qui ne la possèdent point. Les premiers sont incorruptibles, les seconds rendent incorruptibles. C'est donc un bois précieux, vraiment planté dans le Paradis du Seigneur, sur sa montagne illustre, sur le Liban : il se retient pour ne point s'échapper en paroles ou en actions déréglées, et par la myrrhe de ces paroles, il empêche aussi les autres de tomber dans les mêmes excès : son corps est comme le cèdre et ses lèvres distillent la myrrhe. « La myrrhe », dis-je, « et l'aloès avec tous les principaux onguents. » Nous pouvons comprendre dans notre interprétation les quatre vertus cardinales, si dans « le cèdre» nous trouvons la force, « dans le Liban, » la foi forme la prudence, dans « la myrrhe », la tempérance, la continence et la justice ; la pureté dans « l'aloès. » La gomme qui découle de cet arbre passe pour purger l'estomac. La myrrhe retient et compose l'extérieur, l'aloès empêche l'intérieur de se couvrir d'un manteau d'hypocrisie. Quatre vertus se trouvent donc figurées dans ces arbres. La constance d'abord, pour que vous ne croyiez pas pour un temps seulement, vous retirant au temps de la tentation. La prudence ensuite, afin que votre obéissance soumette aussi votre raison. La myrrhe viendra après pour mortifier la chair, quand vous aurez le zèle selon la science. L'aloès se trouve à la quatrième place, quand le coeur s'offre et se consume. On rencontre en même temps la mortification de la chair dans la myrrhe, et dans l'aloès la purification des impressions causées dans la conscience par les oeuvres mortes, afin de mettre l'âme en état d'accomplir la volonté du Dieu vivant; de telle sorte que nous ne servions pas sous le regard, comme ne cherchant qu'à plaire aux hommes, mais plutôt voulant contenter le Seigneur. N'est-elle pas vraiment heureuse, l'épouse à qui on adresse des paroles si charmantes ? On a beaucoup donné, à celle qui produit à son bien-aimé tant de choses agréables. Car Jésus-Christ se glorifie en tous ces présents, et il y applaudit quand son épouse les lui offre: lui qui vit et règne dans tous les siècles des siècles. Amen.

 

Haut du document

 

 

Précédente Accueil Remonter Suivante