SERMON XXXVIII
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SERMON XXXVIII. Elève-toi, Aquilon, viens, vent du midi, et souffle dans mon jardin. (Cant. IV, 16.)

 

1. Les affections douces et saintes sont les aromates de l'épouse. Car elle-même est un jardin. Le souffle de l'Auster les fait s'exhaler pour réjouir l'époux, mais l'Aquilon arrête leurs émanations. Ce vent est froid et, quand il souffle, les aromates se gèlent. Jusques à quand, Seigneur, l'Aquilon de l'adversité ravagera-t-il nos terres? Jusques à quand se fera-t-il sentir dans nos jardins? Jusques à quand, ô bon Jésus, son souffle glacé empêchera-t-il nos parfums d'embaumer l'air ? Epargnez-en, Seigneur, épargnez-en les rigueurs à votre épouse. Il y a bien longtemps que ce vent cruel gèle, contracte et domine de tous côtés autour de nous. Les malheurs s'entassent de toutes parts. Commandez-lui, Seigneur, de s'élever et de se retirer pour nous laisser le temps de respirer. La pauvreté de l'infortune est stérile, et elle ne produit de toutes parts que de nouvelles tristesses. Ce qui est faible est facilement blessé et l'abîme du malheur en appelle un autre à la voix de vos cataractes. En secret vous appelez l'adversité contre nous; c'est comme si vous disiez à l'Aquilon : lève-toi, souffle et règne? « La fumée, dit Isaïe, « viendra de l'Aquilon. » (Is. XIV, 31.) Pour nous, ce n'est pas tant la fumée qui nous menace que la flamme : des chaudières sont enflammées en face de l'Aquilon. De l'Aquilon nous vient le froid, de l'Aquilon nous vient la flamme. Il en est ainsi, Seigneur. Dans la pesanteur de votre bras irrité, vous répandez sur moi des amertumes, vous arrêtez le cours de vos miséricordes : aussi mon esprit est agité, et le feu s'enflammera dans ma méditation. Ce feu d'une inquiète sollicitude fait lourdement sentir ses atteintes; à sa chaleur, les parfums ne cou lent pas, il dessèche plutôt les grâces que vous laissez couler dans l'âme : alors surtout que l'adversité semble approcher davantage.

2. Ma douleur, Seigneur, est devant vous et mon gémissement ne vous est point caché. Vous connaissez la raison de mon inquiétude, j'aurais dû plutôt dire, de mon chagrin, car toute mon inquiétude s'est changée en chagrin. Où il n'y a pas moyen de prendre conseil, où ne paraît pas même l'ombre d'un espoir heureux, c'est là que règne le chagrin, plutôt que l'inquiétude. Mes gémissements sont grands, mon coeur est attristé. Les petits enfants demandent du pain, et il ne se trouve personne qui le leur rompe. (Lament. IV, 4.) Pas un homme pour distribuer je ne dis pas le pain de la parole, mais même ce pain qui tous les jours alimente le corps. L'âme ne peut cependant s'engraisser du pain céleste de la doctrine, quand la privation du pain quotidien du corps lui fait sentir une sorte de maigreur de chagrin. Au bruit de ces gémissements, j'ai oublié de manger le pain céleste. L'adversité qui frappe au dehors est un dur Aquilon, bien plus dure, est la tristesse de l'esprit. L'une vous frappe, mes frères : toutes les deux m'atteignent. Je partage avec vous la peine qui nous est commune, et j'en éprouvé à l'intérieur une plus vivement que vous, parce que je la ressens pour vous. D'un côté, les revers de l'adversité, de l'autre, les calomnies de l'opinion publique. Les uns murmurent, les autres insultent, et quand arrive ce que l'industrie humaine ne peut empêcher ni prévoir, on en fait un sujet de blâme et de reproche. Quelques-uns irritent, d'autres se moquent, faisant servir la mauvaise fortune à alimenter leur sottise. Les bons succès qui les favorisent, ils se les imputent et les regardent, non comme des faveurs du ciel, mais comme le résultat de leur prévoyance et de leur mérite. « Les voleurs, » dit Job, « voient leurs tentes regorger de richesses, et ils provoquent Dieu avec audace, bien que ce soit lui qui leur ait tout mis entre mains. » (Job. III, 6.) Il en est qui volent et qui provoquent, qui enlèvent ce qui appartient au Seigneur en se l'attribuant à eux-mêmes, et qui croient que le don de la grâce divine est le fruit de leur propre habileté. Pourquoi nous reprocher les bienfaits que le ciel a déversés sur vous? Est-ce parce que le regard de la clémence divine est bon pour vous, que votre oeil est méchant pour nous? Pourquoi les faveurs d'en haut vous portent-elles à dénigrer. les autres, au lieu de vous engager à leur communiquer de vos biens?

3. Vous voyez, Seigneur, combien des régions de l'Aquilon, nous viennent des vents désagréables; de toutes parts nous arrivent des peines, des murmures et des reproches. Pris et resserré au milieu de ces douleurs amères, l'esprit ne sait pas recevoir les douces influences de souffles plus doux. Réveillez-vous, Seigneur, que l'Aquilon ne prévale pas, depuis trop de temps il s'est levé, trop longtemps il a régné : dites lui de se retirer et de faire place au vent du midi. Déjà la chaudière a été enflammée à la face de l'Aquilon. (Jerem. I, 13.) Envoyez, Seigneur, la tiède haleine du midi qui fera sentir, au milieu de cette fournaise, la fraîcheur de la rosée. Je n'ose pas demander que ce vent du midi souffle toujours, il suffit qu'il tempère la rigueur de l'Aquilon, en prenant quelquefois sa place dans les airs. Vous étendez (ainsi que nous le lisons au livre de Job) l'Aquilon sur le vide, non sur le jardin. Il n'est pas vide le jardin de l'épouse, il est rempli de tant de sortes de plantes aromatiques. Et comment pourront s'exhaler les aromates joyeux de la méditation, là où le goût de l'âme n'est pas exempt des atteintes du chagrin, là où l'adversité contriste, et l'Aquilon resserre? Soyez jaloux, Seigneur, montrez du zèle pour votre épouse, dites à l’Aquilon de s'en aller, et de partager le temps de son règne avec le vent du midi. Il en sera de la sorte, lorsque vos consolations réjouiront mon âme selon l'étendue des douleurs que mon coeur aura ressenties. Vous voyez, mes frères, comment l'Aquilon fait une place égale au souffle du midi, et peut-être que là où l'Aquilon a grandement soufflé, l'Auster soufflera plus grandement encore. Car l'Auster se fera heureusement sentir, et il dédommagera des désagréments causés par l'Aquilon. Que ce vent du nord s'élève donc, qu'il sévisse tant qu'il voudra, qu'il se livre à toutes ses fureurs, pourvu qu'il cède enfin la place au vent du midi, et lui donne même sa force. N'avaient-ils pas subi de cruelles atteintes de l'Aquilon, ces fidèles à qui saint Paul s’adresse en son épître aux Hébreux : « Vous avez soutenu de violentes attaques, » dit-il, « d'un côté, vous êtes devenus un spectacle qui vous a attiré les opprobres et les outrages; d'un autre, vous avez été mis en société de ceux qui ont souffert de la sorte, car vous avez compati aux maux de ceux de vos frères qui étaient enchaînés. (Heb. X, 31.) Mais l'Auster ne réclamera-t-il pas quelque part dans tout ce triomphe de l'Aquilon? Assurément. Ecoutez la suite de ce passage: « Vous avez supporté avec joie que l'on vous enlevât vos biens, sachant que vous aviez une fortune meilleure et durable. » Et quand les apôtres « se retiraient joyeux de la présence du. conseil, parce qu'ils avaient été jugés dignes de recevoir affront pour le nom de Jésus. » (Act. V, 41.) Ne vous semble-t-il pas qu'alors le vent du midi fit sentir son souffle agréable contre les rigueurs du nord. Considérez les tristes jours de la sépulture du Seigneur. N'est-ce pas que, comme sous l'influence de l'Aquilon, les coeurs des apôtres s'étaient rétrécis par l'infidélité et la timidité? A la résurrection de ce divin maître, l'Auster commença de promener sa douce haleine dans le jardin. Et durant tous ces quarante jours, durant lesquels cette résurrection se démontra par tant de preuves, la foi de la vérité, et la liberté de la confiance se développèrent peu-à-peu. Au jour même de la Pentecôte, quand le Saint-Esprit arriva comme un souffle violent sur le cénacle où les apôtres se tenaient en repos, le froid de leur esprit glacé fut réchauffé, comme lorsque un torrent coule au souffle du midi, et de suite se répandirent les aromates de la prédication et des vertus.

4. Mais est-ce à dire pour cela que le cruel Aquilon cessa de sévir? N'est-il pas vrai que la tempête de la persécution et les attaques de l'hérésie s'élevèrent encore plus violentes? N'est-ce pas que l'Aquilon de l'épreuve lutta, avec une sorte de jalousie, contre l'Auster de la grâce? Il s'efforce de faire régner dans le jardin la sévérité d'un esprit rude, voulant empêcher les aromates de couler : mais ils n'en coulent qu'avec plus d'abondance. Tantôt agitée, tantôt apaisée par ces mouvements alternatifs, d'adversité et de prospérité, l'Eglise, épouse de Jésus-Christ, n'a pas cessé ou ne cesse pas de produire les parfums des vertus. Dans la persécution, sa force a brillé; dans la paix, le nombre de ses enfants s'est multiplié. Dans l'une, les vaillants sont éprouvés, dans l'autre, les infirmes sont fortifiés. Pourquoi rappeler en ce moment la primitive Eglise, quand aujourd'hui encore, le jardin de l'époux reçoit des attaques fréquentes de l'Aquilon, moins violentes cependant. Sur ses frontières, l'Auster et l'Aquilon se remplacent tour-à-tour. En ce temps, l'Eglise a reçu un rude coup venu du côté du nord. Car c'est de là que le schisme tire son origine : il en vient et il y reste, l'Aquilon seul y gèle tout. Dites-lui, Seigneur, de se lever et de fuir. Appelez le souffle du midi et dites-lui : « viens, parcours mon jardin, et que ses parfums se répandent. » Je ne parle pas de l'Auster de la félicité et de la sécurité terrestre, car trop souvent, cet Auster retient et dessèche les aromates : mais appelez l'Auster de votre grâce, et s'il le faut, faites entrer dans ce jardin stérile l'Aquilon, non de l'obstination, mais de l'épreuve, afin que la souffrance ouvre l'intelligence et amène l'obéissance. Châtiez votre jardin par les rigueurs de l'Aquilon : par ce fléau, excitez sa torpeur, afin qu'il recherche avec plus d'avidité les douceurs du vent du midi. Autour de notre jardin, ces deux souffles ennemis se partagent le temps aussi bien que les places. De même que l'Auster souffle en tel moment et l'Aquilon en tel autre, de même l'Auster règne en ce lieu, et l'Aquilon sévit en cet autre. Au-dehors l'Aquilon, et au-dedans l’Auster : l'un cruel, l'autre agréable. Que l'Aquilon frémisse, et qu'il tempête au-dehors: seulement, qu'il ne ravage pas le dedans du jardin, qu'il n'y entre pas, qu'il n'étouffe pas la joie intérieure qui est dans le Christ Jésus. Quand donc , Seigneur, cet esprit glacial s'arrêtera-t-il entièrement; quand viendra le temps où l'on ne redoutera plus ses rigueurs? Votre cité est bâtie, votre jardin est planté du côté de ce vent du nord. Ce vent, dans les écritures, est appelé vent de la droite. Aussi Job exhale à son sujet cette plainte : « à la droite de l'Orient, » dit-il, « mes malheurs se sont fait sentir soudain. (Job. XXX, 12.) C'est avec raison qu'il appela vent de la « droite, » ce vent qui ne cessa de lui jeter sur la tête des choses sinistres : il apporta aussi à cet homme juste une augmentation de gloire, puisque sa vertu éprouvée brilla davantage et s'accrût dans les assauts qu'elle eut à soutenir. Ce vent frappe de bien près votre jardin: car il se trouve à côté de l'Aquilon. Faites, Seigneur, qu'il soit à notre droite, tempérez-le par la tiède haleine de l'Auster. Car l'Aquilon, même quand le vent du midi souffle, tourne en bien pour nous et à l'avantage de votre saint amour. Qu'il ne nous effraye pas, qu'il ait reçu l'ordre ou la permission de s'élever contre nous. Encore un peu de temps, et le souffle de la consolation prendra sa place, quand même ici-bas, il n'interromprait point le cours de ses violences. Car là où a abondé l'affliction, la grâce a abondé.

5. Mais pourquoi vous parler, mes frères, de la tribulation que l'on sent au-dehors? Il est un autre Aquilon, qui d'ordinaire vous fait éprouver ses rigueurs. Le Seigneur vous épargne les coups de celui-là, et vous en ménage d'autres qui remplacent les attaques fréquentes des troubles et de l'angoisse qui sévissent dans le siècle. Aucun grave souci, venu du dehors, ne vous altère, parce qu'en droit, aucun ne vous atteint, néanmoins vous n'êtes pas exempts de peines. Si du dehors, aucune torture ne vous frappe, l'ennemi vous saisit au-dedans. Par une excellente disposition, les religieux ne sont pas découverts aux influences du dehors : ils n'échappent point pour cela à l'Aquilon, quand ils ne se plaisent pas dans l'intérieur de leur monastère. Les joies, auparavant pleines de transports, sont prises en dégoût, et la tristesse altère la face de l'âme qui précédemment se montrait joyeuse. Heureux qui n'éprouve pas ce changement. Mais quel est celui qui a ce bonheur? Quel est celui que le chagrin n'abat point par moment, quel est celui, que par intervalles, la tristesse ne ronge pas? D'abord notre barque suivait le cours paisible d'une navigation prospère, bientôt nous rencontrons les récifs et les écueils, et au lieu du souffle favorable qui nous conduisait, voici qu'un tourbillon ennemi se met à nous vexer. Même là où il n'y a pas de raison, le trouble se fait sentir. Aucun sujet ne parait, et la colère éclate. L'homme s'irrite de la colère qu'il supporte sans motif, et il ne sait d'où provient le coup dont il abhorre les rigueurs. Ce souffle cruel se promène où bon lui semble, et vous ne savez ni d'où il vient, ni peut-être où il va. Connaissez-vous mieux par hasard de quel côté il s'échappe? Car de son propre mouvement; une telle impression ne tend pas vers le mal, souvent elle a le bien pour but. Elle n'arrive point où elle tend, Dieu, bien des fois, tire avantage de la tentation. Le Seigneur, quand il lui plait, amène l'Aquilon quand il veut il lui dit : vas-t-en. Et si son importunité vous fatigue, sachez que, comme un maître d'école, elle vous rappelle des souvenirs, et vous donne des avis. Elle vous rappelle de faire attention à son voisinage; elle vous avertit d'éviter ses rigueurs. Il n'est pas en votre pouvoir, tant que vous vous trouvez du côté de l'Aquilon, d'éviter sa proximité; vous pouvez cependant échapper à ses rigueurs. Tant que nous demeurons sur la terre, il est toujours près de nous. Il n'est pas toujours violent: après avoir fait le tour parle nord, souvent nous revenons vers le midi. Même quand vous ne sentez pas ses coups, ayez toujours son voisinage en suspicion.

6. Quand échapperez-vous à ses tourbillons, si le doux Auster, ne vient pas, et si vous ne tendez pas vos ailes vers lui, de telle sorte que leurs plumes poussant vous fassent voler vers le ciel? Si cependant l'Aquilon s'efforce d'intervenir et de retenir sous son souffle glacé, les plumes nouvellement sorties, il empêche alors les ailes de voler et les aromates de couler. Il les retient, dis-je, il ne les enlève pas. Car un grand ennui et une grande amertume de cœur éprouvent les vertus, mais ne les font pas disparaître. Ce tourbillon agite les saintes résolutions, il ne les renverse pas. Il contracte la joie, il ne laisse pas la constance. L'esprit sent l'ennui, il n'en est pas terrassé. Il est triste, mais il lutte contre sa tristesse. La vertu ainsi éprouvée, n'en est pas moins forte, elle est moins heureuse. Qu'a-t-elle de commun avec le vice contre lequel elle lutte, à qui elle a déclaré la guerre? Ce dégoût est comme s'il n'était pas le sien, puisqu'elle ne contracte pas d'alliance avec lui. Elle le supporte avec peine, elle n'a aucune faiblesse pour lui. Ce n'est pas l'âme qui le produit, mais bien plutôt l'Aquilon à côté duquel elle demeure. Aussi elle le déteste, parce qu'elle sent les attaques qu'il dirige contre sa vertu. Celui qui a du sentiment, sait avec quel ennui il soufre de l'ennui que lui inspire la bonne conduite, combien il est dégoûté de ce dégoût, avec quelle amertume il lutte contre cette amertume violente que la continuité des exercices réguliers produit malgré lui dans son coeur. Par ses désirs l'âme se tourne vers le midi, et voici que l'Aquilon se précipite en elle avec importunité, malgré sa répugnance et sa résistance. Il lui est dur d'avoir à supporter ses froides atteintes et elle ne peut fuir à son gré. Elle est livrée et à l'ennui de la discipline, et au déplaisir que lui cause cet ennui. Ces deux sentiments sont désagréables, ne pas trouver de douceur à ce que l'on a choisi, et sentir ce que l'on déteste. C'est un double ennui et de défendre la discipline, et de repousser le dégoût.

7. Comment, ô bon Jésus, tolérez-vous si longtemps une peine qui fait souffrir si extrêmement votre épouse bien-aimée? Elle soutire bien malgré elle cet état de dégoût, et elle le poursuit en elle en se punissant comme s'il était volontaire. Elle subit, avec une peine excessive, ce qui ne peut pas, selon ses désirs, lui faire trouver ses délices en vous seul qui êtes tout son bien. Le froid de l'Aquilon la pique, mais cet Aquilon l'excite à prier. Déchirée par ce coup, elle a recours aux supplications, elle qui auparavant s'était préparée à recevoir les embrassements. Epargnez à votre épouse, ô bon Jésus, la rigueur des jours mauvais. Si vous ne lui portez secours, l'Aquilon se fixera en maître dans son âme. Qui en effet se lèvera contre ce vent terrible, si ce n'est vous, ô Dieu, qui venez du midi? Le bon parfum, c'est la résolution sainte, c'est la conscience pure; mais il ne coule point pour qui ne jouit pas des délices que procure ce bien. Venez, ô bon Jésus, venez; que votre souffle parcoure votre jardin, que ces aromates coulent comme un torrent dans la force du vent du midi. Elle est le jardin, soyez l'Auster. Quand vous l'arroserez, son âme sera comme un jardin. fertile; quand votre souffle se fera sentir, ses parfums ne cesseront pas de faire respirer leurs exhalaisons suaves, ô vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.

 

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